Ecrittératures

23 novembre 2015

Entretien autour d’une décharge. Arménie (14)

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 3:34

ararat JBBarsamian

14

Ana Arzoumanian : Si les terres/nations sont le produit de métissages, Vidures décrivant une terre d’impuissants et de castrés serait-il la métaphore de l’exil, au sens de l’expulsion et non de la conception ?  

 

 

DD : Pour revenir sur ce que j’ai évoqué plus haut, la décharge pourrait être « lue » comme la métaphore de la diaspora. Les chiffonniers, que rejette la violence d’une économie mafieuse, sont marqués par l’impuissance et la stérilité. Ils sont eux-mêmes des déchets humains, les déchets d’une société incapable d’en faire des citoyens à part entière, c’est-à-dire des citoyens capable de se perpétuer. De fait, leur vie est amputée de la possibilité de se transmettre autant que leur imaginaire est amputé de tout tropisme mythologique étant donné qu’ils sont prisonniers d’un impératif de survie. Ils n’ont pas d’autre bonheur et pas le temps pour un autre idéal.

 

La diaspora vit son exil comme une amputation aussi dans la mesure où pour survivre elle doit se couper de toute autre mythologie que celle bonheur par le matérialisme économique (du fait qu’ils habitent en général des pays dits occidentaux). Ils vivent absorbés par la consommation de la même manière que les chiffonniers sont plongés dans les restes de cette même consommation. C’est une diaspora à tel point aspirée par la frénésie consommatrice que le seul lien qu’elle entretient avec la terre mythique originelle serait celui de la nostalgie, (le garod arménien), laquelle constitue une mort par éloignement. Mais sa mort véritable est celle de l’assimilation. En d’autres termes, le contexte matériel favorable à la perpétuation de la vie joue en défaveur de la terre d’origine dans la mesure où la diaspora produit des générations de déracinés.

 

Quant à ces Arméniens ayant quitté la République d’Arménie aussi bien pour des motivations économiques qu’en raison d’un manque de considération démocratique, ils sont dans un sentiment d’expulsion de la même manière que les chiffonniers se sentent expulsés d’un mode de vie normal. Cette brisure favorise un sentiment d’impuissance et d’inutilité.

 

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Un commentaire »

  1. Que rajouter de plus à cette vision lucide ?
    Le peuple arménien est un résidu d’une grande tragédie qui en aura fait un éclatement, une dispersion irréversible.
    Et c’est bien le « garod » qui reste le seul lien entre ceux qui subsistent et ceux qui résistent, eux et nous avec une même problématique : qui sommes-nous ?

    Commentaire par antranik21a — 26 novembre 2015 @ 10:44 | Réponse


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