Ecrittératures

27 novembre 2015

Entretien autour d’une décharge. Arménie (15)

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 9:33

15

Ana Arzoumanian : Peut-on faire un parallèle de ton œuvre avec Sade ? Sade et la fraternité dans le crime, et Denis Donikian et la fraternité par le déchet ?

 

DD : A première vue, dans Vidures, il y a autant d’actes de fraternité que de prédation. Après tout, le peuple de la décharge serait-il différent de celui du pays tout entier ? Pour la fraternité, le chapitre 24 raconte comment Gam’, sitôt trouvées, donne des baskets presque neuves, et Haïk un anorak au vieux Garo. L’anorak fera l’objet d’une querelle entre Mouk et Haïk, le premier voulant s’accaparer la trouvaille du second. Suit le portrait par Haïk d’un Mouk qui contrevient aux lois de la décharge par son comportement. « Mouk, l’obscur Mouk, le Mouk genre prédateur. Vorace comme un loup. Il ne vit que pour prendre la tête de la meute. Rêve de mettre la main sur toute l’organisation du tri. Non par la force, mais par la ruse ou le chantage. Il a ça dans le sang. Pour l’instant, il cherche à jeter le trouble chez nous. Retour aux brutalités de la nature. Le chacun pour soi, quitte à casser nos règles de bonne intelligence. »

 

Pour autant, quand Gam’ découvre les billets de 100 dollars dans le livre ASK HRÉCHDAGUI, son premier geste est de donner une coupure à Lousso qui lui force un peu la main. Or, le livre miraculeux est parsemé d’aphorismes sur le don. Et c’est avec Artémis que Gam’ exécute les injonctions de l’Ange. A la fin de la journée, dépouillé par les hommes de la police et de l’Église, il ne lui restera pas grand-chose. Il faut dire en effet que la décharge est une sorte d’utopie qui vit selon des règles tacites de solidarité minimum. (Le jour où Hamlet tombe sur un magot, il quitte sur-le-champ la décharge, sans même songer à en faire bénéficier ses compagnons d’infortune). Pour éviter d’être contaminés par la corruption qui gangrène le pays, les chiffonniers se sont constitués en une sorte de communauté fondée sur l’entraide et le respect mutuel. Même si ce monde n’est pas idéal, même si ici ou là on se laisse aller à certains débordements, c’est un monde où la compassion existe alors que sitôt franchi ses frontières, les prédateurs imposent leur loi par la peur, à commencer par la police et l’Église.

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