Ecrittératures

25 juin 2016

Mémorial du génocide à Erevan

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:26

Armenia_-_Genocide_Monument_(5034649480)

 

1 – S’appuyant sur Aloïs Riegl, l’historien d’art viennois, Taline Ter Minasisian, auteur de Erevan, La construction d’une capitale à l’époque soviétique (Presses universitaires de Rennes, 2007), retient que l’édification du monument «  empêche quasi définitivement qu’un moment ne sombre dans le passé, et le garde toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures » (p. 178). Elle note que l’archaïsme de la « conception mémorielle » du monument bâti sur la colline de Dzidzernagapert à Erevan se définirait par son ex-territorialité par rapport à la géographie des événements de 1915.

2 – En tant que monument funéraire, et selon la législation soviétique, le mémorial relevait de la compétence des autorités locales. Rédigée en arménien, en date du 16 mars 1965, la décision soulignait sa fonction symbolique en ces termes : «  Le monument doit donner corps aux combats et à la vie du peuple arménien, à sa renaissance, à son dynamisme, à son présent et à son avenir radieux et à l’immortalité du million de victimes du Yeghern de 1915 ». Les dossiers de 69 projets en compétition devaient être déposés au 20 avril 1965, s’appuyant sur les divers sens du terme arménien gotogh, à savoir monument, mais aussi, en russe, pilier, colonne, obélisque ou stèle.

3 – Après la manifestation du 24 avril 1965, le jury opta pour que soit exprimée une volonté d’austérité et de recueillement, loin des « discours hyperboliques sur les thèmes nationaux ». Achevé en 1967, le projet des architectes S. Kalachian et S. Tarkhanian, ainsi que du sculpteur V. Khatachtrian était censé célébrer la mémoire des victimes et incarner la renaissance du peuple arménien. Pour autant, le jury insista pour « qu’au cours de l’élaboration du projet, on renonce pour ce monument à tout procédé de type narratif et que l’on se concentre au contraire sur des moyens d’expressions purement architecturaux ».

4 – Ainsi, les architectes conçurent deux volumes. L’un composé de douze pylônes de basalte gris en cercle inclinés vers un centre où brûle une flamme et d’où se diffuse un chant choral arménien, en manière de gigantesque couronne d’épines ouverte sur la voute céleste. L’autre, d’un obélisque de pierre effilé, pointé vers le ciel. Ainsi la contrainte à laquelle se sont pliés les architectes d’éliminer tout procédé narratif a fait du mémorial un monument de sobriété capable de susciter la ferveur tant des autochtones que des touristes et principalement de la diaspora.

5 – Il faut noter qu’aucun document d’archives ne mentionne la surinterprétation du mémorial, inconcevable dans le contexte des relations soviéto-turques de l’époque, par la symbolique des douze colonnes rapportée aux douze provinces de l’Arménie martyre, les vilayets n’étant qu’au nombre de six. Tandis que les touristes de la diaspora commencent à affluer à partir de 1960, le parc sera aménagé par l’architecte O. Berberian vingt ans plus tard, tout en restant « propice aux malfrats et aux rendez-vous nocturnes » ( A. T. M.). Enfin, un musée du génocide et un « mur de la mémoire » construits par la suite, ont fait du mémorial un cimetière national et un substitut de panthéon où viendront se recueillir Poutine, Hollande, les papes Jean-Paul II et François et autres.

Publicités

2 commentaires »

  1. Pour avoir visité ce mémorial où on ressent une grande émotion, sa présence marque un témoignage indélébile de martyre du peuple arménien. Il fait face à cette Turquie arrogante et fière de son passé, soi-disant intact.
    C’est le combat de la mémoire contre la négation et l’oubli.

    Commentaire par antranik21a — 25 juin 2016 @ 3:48 | Réponse

  2. J’ai également visité ce mémorial.

    Personnellement, l’émotion première avait déjà pris racine le jour où le projet du voyage se concrétisait avec la réservation des billets d’avion. Ensuite, étape par étape, cette émotion grandissait car elle m’apparaissait d’heure en heure plus « palpable ».

    J’étais dans « l’émotion » elle ne m’a pas quitté et ce durant tout le voyage Aller-Retour jusqu’à ce jour, cinq après.

    Ensuite, ce voyage équivaut à un rêve, parce qu’on ne réalise pas toujours l’ampleur de ce que l’on va vivre et découvrir … tout va vite, trop vite, même si on a pris le temps de s’appesantir sur chaque chose.

    C’est au retour, voire des années après, qu’on réalise la profondeur et l’ampleur de ses émotions passées.

    A postériori on réalise qu’il y a une émotion au premier degré qui est celle du plaisir, du bonheur et de la chance d’avoir pu concrétiser ce projet de très longue date.
    Et puis il y a l’émotion inconsciente qui brusquement se réveille et qui vous ébranle en vous abandonnant à vos blessures .
    Celles ci sont purement humaines car elles font partie de la réalité du présent et non du passé.

    Ce ne sont pas les disparus qui hantent votre conscience mais les survivants qui vous ont parlé…et ce qu’ils vous ont raconté.
    C’est le visage du passé avec tout ce que cela comporte et engendre de complexité traumatique, économique, politique et religieux.

    C’est exactement là que se situe la véritable émotion qui m’a touché et m’a ému par flash, tout au long de mon voyage, mais si profondément…
    me laissant un goût amer, de la tristesse, une peine et un sentiment d’impuissance vis-à-vis de ces situations dramatiques auxquelles vous ne pouvez rien ou si peu car cela fait partie de l’existence de l’humanité… Mais là est un autre histoire.

    Commentaire par Barsamian Alain — 27 juin 2016 @ 2:32 | Réponse


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :