Ecrittératures

21 décembre 2016

Deux ou trois choses qu’on ignore de Gérard T.

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:49

 

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Ce qu’on ignore de Gérard Torikian  comédien ( Le concert arménien et le proverbe turc), acteur ( Mayrig), c’est  le compositeur qui a participé à plusieurs musiques de films dont le dernier est Celui qu’on attendait. Gérard a la musique dans la peau et principalement la musique arménienne des charakan qu’il a étudiée de près et dont il a tiré un  ouvrage savant qui mériterait de figurer dans toutes les bibliothèques publiques. (Voir ICI).

Gérard est un militant du génocide à sa manière, à savoir qu’il ne veut rien perdre des trésors qui définissent la culture profonde des Arméniens. Modeste, presque effacé, mais très efficace quand il s’agit d’aller au bout d’une idée. Cette fois, il est allé à Venise  pour enregistrer les derniers échos de la Semaine Sainte. Il en est revenu avec des dizaines d’heures d’enregistrement qu’il a réduites à quatre CD. C’est du chant brut, net comme l’esprit, profond comme une voix d’homme qui aspire à rejoindre Dieu.

Un immense travail qu’il a pu concrétiser grâce au soutien d’une fondation armeno-américaine qui a très vite compris l’intérêt de ces compilations. Il reste aux Arméniens de France de se  procurer cet ouvrage sonore, d’autant qu’il a été « fabriqué » à Erevan, avec un goût exquis digne des grandes maisons de disques européennes par Mkrtich Matevossian.

Prix public : 60 euros. Pour joindre Gérard Torikian : soit aller sur son site (ICI), soit faire la demande dans un commentaire à cet article, et je transmettrai votre adresse à Gérard.

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1- Bref historique

 

C’est en 1982 que je me rendis pour la première fois au Monastère des Pères Mekhitaristes de San Lazzaro à Venise, dans le cadre d’une thèse de doctorat en Musicologie. Pour les besoins de ma recherche, j’y effectuai cette année-là mes premiers enregistrements des offices de la Semaine Sainte.

A cette époque, les Pères y étaient plus nombreux. L’accueil qu’ils me réservèrent alors a, sans doute, agi fortement sur moi et contribué au fait que ce lieu si particulier devienne en quelque sorte pour moi un « laboratoire » de prédilection. Particulier d’abord en raison du fait qu’il soit isolé, et de ce fait peu imprégné d’influences musicales extérieures, particulier aussi en raison de sa vocation, édictée par son fondateur le Père Mekhitar de Sébaste (1676-1749), de diffusion de la culture dans le monde tant au moyen de la rédaction d’ouvrages scientifiques remarquables que d’un travail considérable de traduction.

Plus récemment, il y a 4 ou 5 ans, je décidai de reprendre une partie du travail que j’avais entrepris étudiant, et de l’éditer sous le titre « Incipitaire des hymnes des Hymnaires arméniens de Venise (1907) et Jérusalem (1936 ; Antélias, 1997) ». Ce travail, sorte d’étape dans ma recherche sur la notation neumatique arménienne – խազ (khaz) en arménien -, me conduisit de nouveau au monastère de Venise. J’y observai l’état très préoccupant, aux dires même de certains de ses Pères, de la transmission de son patrimoine musical et plus précisément des hymnes – շարական (charagan) en arménien – de sa liturgie.

Aussi, je ressentis le désir impérieux de planifier une nouvelle série d’enregistrements, professionnels cette fois, dans l’objectif de « capter » une trace vivante, une sorte d’instantané de la situation actuelle. M’étant tout particulièrement intéressé à la liturgie de Pâques, je décidai de me rendre à San Lazzaro en 2011, afin d’y enregistrer la totalité des offices chantés par les Pères durant la Semaine Sainte.

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2- Notre démarche

Bien que sachant qu’un lent processus de rupture de la transmission de la tradition s’était installé depuis plusieurs années, j’espérais y trouver, malgré tout, les traces d’un héritage sur lequel avaient veillé avec la plus grande attention les Pères Dayan (1884-1968) et Oulouhodjian (1939-2010) notamment.

En arrivant au monastère, l’un des Pères que je rencontrai, le Père Grégoire, m’informa sans détour que je risquais fort d’être déçu par l’état actuel des choses dans ce domaine. Sa seule présence fut pour nous un cadeau d’une valeur inestimable, car il se trouvait avoir été l' »élève » du Père Dayan, et, à ce titre, un élément extrêmement précieux dans la transmission de ce patrimoine musical.

Afin d’être au plus près de cette tradition, mon vœu a été celui de l' »immersion » totale dans l’enceinte du monastère au cours de la célébration de cette Fête centrale dans la liturgie. Je remercie ici l’Abbé général de l’avoir exaucé.

Il me semblait très important également, dans le cadre de ce projet, d’enregistrer ces offices « in situ », à savoir dans l’église du monastère, ou en quelques occasions, dans le cloître, de façon à recueillir l’instantanéité et la spontanéité du chant liturgique

J’ai pris le parti de débuter ici avec l’office chanté le Dimanche des Rameaux au soir –Ծաղկազարդ (Dzaghgazart) en arménien – et de conclure par celui du Dimanche de Pâques.

Sur les quelques 26 heures d’enregistrement effectué, il s’imposait bien sûr de faire une sélection. Notre choix a tenu à respecter plusieurs principes :

– respecter la chronologie des offices

– privilégier les parties chantées, ou psalmodiées, aux textes parlés

– conserver l’émotion, parfois intense, comme c’est le cas, par exemple, à l’office du soir du Vendredi Saint

– préserver l’humanité de tous ces Pères dans leurs célébrations au service de Dieu.

L’aperçu authentique que nous présentons aujourd’hui, nous l’avons réalisé dans le respect des textes liturgiques, en collaboration avec les Pères eux-mêmes.

 


3- Le répertoire

Avant de commencer ces enregistrements, nous les avons questionnés sur la fréquence des offices quotidiens durant cette Grande Semaine. Ils nous ont répondu que, par le passé, ils étaient plus nombreux. La raison principale, qui pourra sembler triviale, tient avant tout à l’effectif des Pères. En effet, la gestion du monastère réclame du temps et de la disponibilité, aussi devient-il impossible aujourd’hui, en raison de leur nombre réduit, de conserver une quantité importante de célébrations quotidiennes.

Ceci a, par exemple, une conséquence des plus directes sur la constitution des offices chantés aujourd’hui : ce qui, par le passé, donnait lieu à deux célébrations – l' »office de nuit » suivi de l' »office du matin » par exemple – se retrouve par nécessité « condensé » en une seule.

Ce qui auparavant était le résultat d’un long et patient apprentissage, à la fois spirituel et musical, s’est transformé aujourd’hui, en raison principalement d’une défection des vocations, en une « acquisition » parfois bien rapide du répertoire liturgique musical.

Aussi, avons-nous conçu la présentation de la Semaine Sainte « au quotidien », c’est-à-dire sous la forme calendaire chronologique, à savoir Dimanche des Rameaux, Lundi Saint, etc… Au sein de chacune de ces journées, un nombre variables d’offices, entre 2 et 4 pour la Pâque 2011, ainsi qu’un effectif variable de Pères ou d' »étudiants ».

Dans le répertoire même, une constante : les prières ouvrant et concluant l’office, récitées par l’Archiprêtre du monastère.

Afin de ponctuer ces offices successifs, rien de plus du reste que ce que le monastère nous a donné à entendre et à voir. Une distinction, cependant :

– entre chacun des offices constituant une journée, une sorte de brève respiration

– à l’inverse, entre chacune des journées successives, une respiration plus ample.

Ces deux formes de respiration, captations d’ambiances sonores diverses du monastère, nous semblent restituer fidèlement ce qu’il nous a été donné d’y vivre.

Pour conclure, je formule le souhait, qu’au-delà la nécessité musicologique d’une telle réalisation, soit mise en œuvre au sein des différents lieux de transmission patrimoniale une dynamique sérieuse et réfléchie, dont la mission serait de faire reculer, voire disparaître l’échéance irréversible d’une fracture « transmissionnelle ».

Gérard Torikian

 

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4- Un mot de la technique employée

Douze jours à San Lazzaro durant la Semaine Sainte, douze jours à enregistrer les différents offices. La gageure de cette « aventure » a été de trouver un système d’enregistrement mobile, léger, discret et robuste (taux d’humidité élevé dans la lagune).

Au fur et à mesure, la présence des microphones était acceptée par les Pères, jusqu’à, je pense, leur total oubli.

Un micro à large membrane, pour chacun des deux « choeurs », situé à environ trois mètres pour ne pas gêner l’office. Un couple de micros statiques plus éloignés pour capter l’acoustique du lieu. Enfin, un système mobile et autonome pour pouvoir accompagner les divers déplacements des Pères.

L’ensemble était relié à un enregistreur sur disque dur.

La captation en direct de ces offices de Pâques, dans le lieu même de leur célébration, permet de s’approcher au plus près de l’essentiel, la foi exprimée, vécue par les Pères et ce malgré les quelques « nuisances » inhérentes à ce type d’enregistrement.

Je tiens à remercier l’ensemble des Pères pour leur accueil et l’attention qu’ils ont portée à notre dispositif.

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Tous nos remerciements aux Pères et aux Frères du Monastère arménien de la Congrégation Mekhitariste de Saint Lazare à Venise placés sous la direction du Père Grégoire Mikaelian, Maître de Chapelle. 

Merci également à Chaghig Arzrouni, Hourig Attarian, Marina Ferdeghini et Peter Cooke pour leurs traductions du présent texte en arménien, italien et anglais.

Ces enregistrements ont été réalisés du Dimanche 17 au Dimanche 24 Avril 2011 à Venise.

NB : Pour la raison que nous évoquions plus haut, nous avons dû renoncer parfois à conserver la structure formelle de certaines hymnes au profit de leur qualité musicale. C’est notamment le cas pour plusieurs pièces responsoriales.

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2 commentaires »

  1. Mon cher Denis , merci mille fois de nous communiquer toutes ces bonnes nouvelles sur le modeste et très talentueux travail de Gérard Torikian . Merci d’y ajouter l’adresse ou nous pouvons passer commande .

    Commentaire par Donig — 22 décembre 2016 @ 10:26 | Réponse

  2. Venice, Vienne, Germigny-dès-Près, et tant d’autres endroits qui forment « l’Archipel d’Armenité » de nôtre époque!!

    Commentaire par Karsaclian — 25 décembre 2016 @ 6:26 | Réponse


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