Ecrittératures

31 mai 2017

Brèves de plaisanterie (392)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:48

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Rouge du sang de mon pays Grenade

Que ton grain sème en ma bouche

Le feu sucré de la terre qui t’a conçue

 

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Brèves de plaisanterie (391)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:36

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Moi l’obsédé des invisibles

Je veux voir au delà des vêtures

Le sang caché de tes courbes

Brèves de plaisanterie (390)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:35

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Le temps sur toi n’a prise immortelle de pierre

Dis moi qui t’a figée en ta chair la plus pure

Telle qu’en éternité ton corps nu ne s’altère 

 

 

 

 

 

 

Brèves de plaisanterie (389)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:34

Zoltan Glass, 1950

(Zoltan Glass, 1950)

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Caresse-toi la jambe et le soyeux des seins

Moi l’homme ancien mué en immuable pierre

Je vois ton corps changer sous l’éternel soleil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 mai 2017

VAN, épicentre du génocide

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 3:26

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 Arméniens défendant les murs de Van au printemps 1915

(source : encyclopédie soviétique arménienne, vol. 11, p. 273)

© https://commons.wikipedia.org

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« Van fut l’épicentre de ce séisme qu’a été le génocide. »

par Yetvart Danzikyan

Agos (Istanbul), 18.11.2016

Nos remerciements à Geurges Festa qui a traduit cet article de l’anglais ( Voir Armeniantrends)

 

[Le colloque « L’histoire sociale, culturelle et économique de Van et de sa région, » organisé par la Fondation Hrant Dink, s’est tenu dans l’immeuble Anarad Hığutyun les 11 et 12 novembre dernier. Nous nous sommes entretenus avec le docteur Yektan Türkyılmaz, principal intervenant lors de ce colloque, sur l’importance de Van dans l’histoire arménienne et ottomane.]

– Yetvart Danzikyan : Van est comme un laboratoire pour la période allant de la fin du 19ème siècle à 1915, et vous l’avez évoqué de ce point de vue. Comment définissez-vous cette période de Van ?

– Yektan Türkyılmaz : Tout d’abord, nous ne devons pas partir de 1915. Nous constatons que Van est bien plus complexe que ce que nous pensions. C’est le centre du processus qui inclut la création d’une identité arménienne moderne avec d’autres dimensions, l’émergence de tensions ethniques dans la région, ainsi que la formation de l’Etat, de la société et des acteurs internationaux. Ce que le colloque a montré très clairement.

–  Yetvart Danzikyan : En fait, Van est toujours pensé dans le contexte de la célèbre résistance de 1915. Or, Van commence à prendre de l’importance dès la fin du 19ème siècle. Commençons par là, si vous le voulez bien.

– Yektan Türkyılmaz : Van est très important, bien sûr; les conditions qui ont rendu la résistance possible sont aussi en lien avec cela. Fournir des armes ne suffit pas pour amener les gens à résister. La perspective d’une résistance, le bénéfice et le coût de celle-ci, ainsi que ses chances, ont une profondeur historique. Je m’explique : nous traversons une période telle que ce que nous savons s’ébranle à nouveau. Par exemple, nous pensions qu’un intérêt international pour la question arménienne naquit après la guerre russo-turque de 1877-79 et que les intellectuels prirent la suite. Aujourd’hui, notre centre d’intérêt a changé. Nous nous intéressons davantage au droit constitutionnel des Arméniens ottomans; nous prenons conscience que le Zartonk, le réveil des Arméniens, ne saurait se limiter à cette histoire. Nous observons aussi que des acteurs locaux, en particulier Van, furent importants pour les Arméniens ottomans durant ce processus. Lors de mon intervention, j’ai cité des noms, permettez-moi de les rappeler. Par exemple, il y avait Artzvi Vaspouragan et Khrimian Hayrig. En fait, quand on s’intéresse à l’autobiographie du Patriarche Krimian Hayrig, on arrive à reconstituer de quelle manière l’identité arménienne fut rétablie. Il fut Patriarche d’Istanbul et catholicos d’Etchmiadzine, mais dans sa tête il était toujours à Van. Sa façon de penser était modelée sur les récits des Arméniens de Van et ses rêves quant à leur libération. Un point important que nous devons noter : Van ne fut jamais une région fermée; elle était beaucoup plus en lien que ce que nous pensions. Elle était en contact avec des réseaux locaux et globaux. Nous devons citer aussi quelqu’un d’autre : Portoukalian. Il combina l’idée de libération nationale et d’enseignement. L’enseignement fut toujours important, mais Portoukalian joua un rôle important dans le processus de combinaison de l’idée de libération nationale et d’enseignement, qui conduisit à une mutation véritablement révolutionnaire. J’aimerais ajouter ceci : à mon avis, le réveil de Van fut différent de ceux de Tbilissi et d’Istanbul. Lorsque Portoukalian créa son école, il avait déjà en tête une idée de libération nationale, qui n’était pas chose abstraite. La première section du parti arménagan fut créée à Van en 1885 et ce ne fut pas un hasard.

–  Yetvart Danzikyan : J’aimerais évoquer cette période. Comment vivaient les Arméniens durant les années 1880 ? Quelle était la raison de ce besoin d’organisation ?

– Yektan Türkyılmaz : Je pense que les gens ne prennent pas d’initiatives uniquement quand les choses tournent mal. Les possibilités doivent aussi être prises en compte en complément du vécu. Quel genre de possibilités et d’opportunités s’offrent-elles à vous ? De quels réseaux disposez-vous ? Nous voyons Van comme la province (vilayet) orientale de l’empire ottoman, mais ce n’est pas tout. Dans mon intervention, j’utilise le terme « Vaspourakan. » Il s’agit de la capitale d’un royaume qui symbolise l’âge d’or dans le discours national arménien. Je voulais simplement souligner un système spatial. En tant qu’unité géographique, le Vaspourakan couvre une région allant de Hizan à Hoy et de Hamidiyé (au nord de l’Irak) au Nakhitchevan. Qu’est-ce que cela signifie ? Van est plus que la ville la plus orientale de l’empire ottoman; elle fait partie d’un système qui relie trois empires. Impossible de comprendre ce qui s’est passé à Van si l’on ne saisit pas ce qui s’est passé au sein de ce système. Et ce réseau spatial n’importait pas aux seuls Arméniens. Que l’on songe, par exemple, aux Kurdes et aux proto-nationalistes kurdes. Pensons à Simko Chikak, Adburrezzak Bedirhan et Hüseyin Pacha de Haydaran. Tous ces gens font partie de ce réseau. Lequel réseau était porteur de nombreuses opportunités, ce qu’il demeura. Je veux dire par là qu’il ne faut pas s’imaginer les frontières déterminées par le traité de Zuhab de 16391. Ces liens ont perduré dans le cadre des aşirets2 et de la contrebande. L’agitation révolutionnaire maintint ces relations. Que s’est-il donc passé ? L’ordre ancien fut bousculé par la modernisation ottomane et une période de chaos apparut. Un chaos et des problèmes suscités par la centralisation ottomane d’une part, et des opportunités croissantes d’autre part. Un chaos productif, comme n’importe quel chaos. Emre Can Dağlıoğlu a présenté lui aussi une communication lors de ce colloque et nous avons appris qu’il y avait un catholicos arménien à Akhtamar, dont les parents étaient syriaques et ses alliés les plus proches des aşirets kurdes. Ce qui a mis mal à l’aise la plupart des Arméniens. Ce que j’essaie de dire, c’est que les acteurs étaient pris dans des relations complexes et que l’oppression allait croissante. L’Etat traversait un processus similaire : des acteurs issus de milieux différents imposaient leurs projets, tout en vivant eux-mêmes une mutation. Rien n’allait plus entre la terre et la propriété foncière. Nous observons que les problèmes des villageois arméniens prenaient une place dominante. Les mouvements de résistance arméniens de cette période sont en général ignorés, comme, par exemple, la défense de la forteresse de Van en 1862. Nous commençons tout juste à découvrir et à comprendre ces événements. J’aimerais citer un autre religieux originaire de la Van du Zartonk : Servandztiants. Son action rappelle celle de Komitas. Il fit lui aussi date parmi les religieux. Il recueillit des contes populaires et mit en lumière une version des Casse-cous du Sassoun, cette épopée nationale arménienne. Quel est le sujet principal de cette épopée ? La victoire d’un groupe minoritaire légitime sur son ennemi. J’y vois un très bon reflet de l’état d’esprit d’alors. Par exemple, Raffi fut lui aussi une figure éminente du Zartonk. Il joua un rôle dans ce réseau du Vaspourakan. L’on observe que Van avait repéré tous ces gens bien avant que le grand public ne les découvre. Tbilissi découvrit Van après 1878. Les gens découvrirent l’Hayastan historique et Van fut au cœur de cet intérêt. On peut le constater dans la littérature produite à cette époque. Prenez la revue Azkakragan hantès3, par exemple. L’intérêt pour Van était incroyable !

–  Yetvart Danzikyan : Van fut aussi le lieu où des mouvements politiques modernes comme le nationalisme et le socialisme sont apparus. Pour les Arméniens, je veux dire. C’est bien ça ?

– Yektan Türkyılmaz : Tout à fait. Quand on étudie Van, on découvre une histoire plus large. Une tradition spécifique est liée à Van : le parti arménagan. Il ne s’est pas formé par hasard. Il s’inspira de la théorie de libération nationale développée par Méguerditch Portoukalian; il s’agit là d’une tradition nationaliste libérale, qui devint conservatrice par la suite. Le trait distinctif de Van est la tradition arménag : une organisation nationaliste libérale, partisane de la lutte armée pour la libération. Nous pensions depuis toujours que l’Arménie ottomane fut comme le réceptacle passif du Zartonk. Van fut bien plus; l’on constate sa créativité dans la création du parti arménagan, un fait sans précédent. Nous connaissons la résistance de 1896 à Van, mais il y eut un autre mouvement de résistance en 1889 à Başkale, qui fut organisé par le parti arménagan. Il est à noter que nous ne savons rien de l’histoire qui a fait de 1915 ce qu’il est. 1896 marqua un tournant très important. 1896 nous montre que la violence est un élément constitutif. Je m’explique sur ce qui a volé en éclats à Van en 1896. Durant la seconde moitié du 19ème siècle, Van a commencé à prospérer. Partout des magasins de textile, des maroquineries, des fabriques de meubles. Le travail de l’argent et l’orfèvrerie étaient en pleine expansion. Au début du 20ème siècle, il y avait 1 500 ouvriers, un prolétariat tel que nous le connaissons. De premières grèves étaient donc prévisibles à Van. Mais 1896 réduisit à néant ce processus de développement; un véritable coup mortel porté à l’accumulation créée par l’enrichissement des Arméniens. Il suscita un processus nouveau en termes d’identité. Par ailleurs, de nombreux lieux de Van furent détruits; certains quartiers ne furent jamais reconstruits. Aykestan, le quartier arménien de fait, était toujours là, mais il était considéré comme un lieu sûr. Le fait que les quartiers arméniens pouvaient être défendus au plan stratégique rendit possible la résistance de 1915. En termes d’identité, 1896 marqua la transition d’un groupe défini par la religion vers une identité nationale, même si elle était imparfaite.

–  Yetvart Danzikyan : Parlons de 1915. Dans l’histoire officielle, la défense de Van est présentée comme le motif de la déportation. « Ils l’ont bien cherché ! », disent-ils. Quelle était la situation réelle ?

– Yektan Türkyılmaz : Fin 1914, la communauté arménienne était divisée comme jamais elle ne l’avait été. Tel est le groupe qui est accusé de complot et de rébellion. Partons de là. Les Arméniens étaient en proie à des dissensions internes. En 1908, il n’y eut pas une, mais deux révolutions pour les Arméniens ottomans : 1) le défi lancé par les Jeunes-Turcs à Abdülhamid II à Istanbul, et 2) un processus de transformation radicale marqué par le limogeage du Patriarche Malakia Ier Ormanian. Il s’agit de la phase ultime du processus lancé par le Nizâmnâme-i Millet-i Ermeniyân [Constitution nationale arménienne] dans les années 1860 : l’étape finale des révolutionnaires visant à supprimer le Patriarcat comme unique représentant des Arméniens face à l’Etat. Le centre du pouvoir se déplaça de Kumkapı à Péra, où se trouvaient les bureaux politiques. Et à Van il y avait le mouvement Tébi Yerkir [Retour au pays, autrement dit les provinces orientales], outre le parti arménagan. Ce qui signifie que d’autres mouvements ont commencé à s’implanter à Van; le parti hentchak et son homologue dachnak étaient aussi là. Ils jouèrent eux aussi un rôle en 1896. Mais, en 1908, un événement concerna le parti dachnak. Juste avant 1908, il y eut l’ignoble trahison de Tavo. Les motifs de cette trahison font polémique. Selon certains, il y aurait une histoire d’amour impossible derrière; nous l’ignorons. Tavo révéla le lieu où étaient entreposées armes et munitions, ainsi que les noms des membres du parti, portant ainsi un coup fatal au parti dachnak. Tous furent emprisonnés, y compris Aram Manoukian. Par un concours de circonstances, ils sortirent de prison en tant qu’héros de la révolution. Le parti dachnak joua alors un rôle important dans le processus de décision concernant la province. Bref, entre 1908 et 1914, le parti dachnak exerça une grande influence à Van. Il joua très habilement de son alliance avec les unionistes, tout en usant de son pouvoir contre d’autres groupes arméniens. Le parti fut très agressif. Les unionistes le soutinrent, en particulier dans ses agissements contre l’Eglise. Il y eut de nombreux assassinats politiques, perpétrés en majorité par le parti dachnak contre les nationalistes libéraux. Actions qui restèrent impunies, les autorités fermant les yeux sur les attaques visant les Arméniens nationalistes libéraux. Personne n’osait porter plainte. Ces événements conduisirent à une scission au sein de la communauté. En 1914, la communauté était véritablement scindée. Notons que 1914 fut une excellente année pour Van. Imaginez-vous. Les gens s’étaient battus pour des réformes de 1878 à 1914. Elles arrivèrent enfin et un inspecteur européen, nommé Hoff4, se trouvait à Van. Un groupe d’unionistes était aussi présent. Ils étaient encore alliés aux dachnaks, malgré une certaine amertume liée au poids local plus lourd de ceux-ci.

–  Yetvart Danzikyan : On connaît la musique ! Mais laissons ça pour plus tard.

– Yektan Türkyılmaz : Une musique bien connue, c’est vraie, mais nous commençons seulement à envisager les choses de ce point de vue. En juin 1914, les Arméniens de Van n’avaient jamais été aussi optimistes. Une communauté pleine d’espoir, mais divisée. Et tout d’un coup, la guerre qui éclate. Je dirai d’abord que Van fut l’épicentre de ce séisme qu’a été le génocide. Qu’est-ce que cela signifie ? De l’optimisme à l’apparition des tensions et finalement à l’effondrement, Van fut comme le baromètre de cette période.

–  Yetvart Danzikyan : Que s’est-il passé à Van ? Comment les choses ont-elles commencé ?

– Yektan Türkyılmaz : Je vais peut-être choquer. Lorsque la guerre éclata, le dirigeant dachnak Aram Manoukian fit la tournée des quartiers arméniens et exhorta les jeunes Arméniens à s’enrôler. Mais les gens étaient réticents. C’est alors que se produit le choc : de jeunes Arméniens, issus notamment du parti dachnak, s’enrôlèrent afin d’encourager d’autres Arméniens. Plus tard, et à juste titre, les Arméniens de Van accuseront les membres du parti dachnak, qui n’auraient pas dû être aussi aveugles. Tahsin Bey, le gouverneur de Van, déclara : « Les Arméniens de Van ne posent aucun problème. Bien au contraire, ils nous aident. » Le gouvernement central cherchait des motifs pour aggraver les tensions, tandis que le gouverneur affirmait le contraire. Notons que les Arméniens considéraient alors les dachnaks comme alliés au gouvernement, les autres institutions étant dénuées de sens. Alors que tout se passait bien, un incident se produisit près de Timar. Des gendarmes et des İnknabachdbanoutioun (milices d’autodéfense) s’affrontèrent. Il y avait eu une invasion russe et, suite au retrait des forces russes en novembre et décembre, un massacre fut perpétré. J’ajouterai ceci. En novembre, les musulmans étaient très inquiets, puisqu’il n’y avait plus de forces de sécurité à Van. Parallèlement, les dachnaks étaient organisés et armés, tandis que le parti ramgavar possédait un certain pouvoir. Par la suite, de nombreux Arméniens de Van écrivirent dans leurs mémoires que c’était une époque idéale pour se révolter, puisqu’il n’y avait même pas besoin de le faire. Or personne ne pensait à se révolter ! C’est alors que Djevdet Bey fut nommé gouverneur. Je doute que la situation eût été différente, si Tahsin était resté en poste. Djevdet nourrissait une paranoïa du genre : « Les Arméniens de Van vont se révolter. » Selon lui, ils feraient en sorte que tous les Arméniens en paient le prix, au cas où cela arriverait. Mais il n’y avait pas de révolte à Van; il y avait simplement le complot ourdi par Djevdet et une population qui luttait pour son existence. Tout comme l’Etat actuel qui qualifie les incidents du Dersim de « révolte. »

–  Yetvart Danzikyan : Que s’est-il passé en 1915 à cette époque charnière ?

– Yektan Türkyılmaz : Tout d’abord, des incidents se produisirent à Şatak, qui débutèrent avec l’incarcération d’un enseignant. Selon certains récits, il prit part à la guerre et revint, une fois blessé. Les choses sont complexes. Djevdet contacta alors İşhan, qui était en charge des affaires militaires au parti dachnak, et lui déclara : « Ramène-toi et arrange tout ça. » İşhan pensait se rendre sur place et remettre de l’ordre. Mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Il tomba dans une embuscade et fut tué, puis le député de Van, Vramian, fut arrêté (il sera lui aussi tué plus tard). Le gouverneur de Van revendiqua la responsabilité de tous ces événements. Il déclara : « Cet Etat ne sera pas du mastic entre les mains de jeunes Arméniens ! » Après quoi, le parti dachnak, censé avoir du pouvoir, fut paralysé. Il fut réellement désemparé. Certaines sources affirment qu’il se tenait prêt depuis des mois, mais c’est faux. La défense de Van fut donc dirigée par un représentant du courant arménagan, un militant ramgavar nommé Arménak Egarian. Comment s’y prirent-ils ? Je m’explique. Suite aux événements que je viens de rappeler, des personnalités de la ville rencontrèrent le gouverneur afin de négocier. Mais le gouvernement, défait en Iran, pris en tenaille par la Russie et battu à Sarıkamış, cherchait un bouc émissaire. Djevdet annonça sans ambages qu’il n’y aurait pas de négociation et ils perdirent le contact avec l’Etat. Il leur déclara : « Vous êtes plus qu’une communauté désormais ! » Il était prêt à les anéantir. Voilà pourquoi j’affirme que l’intention génocidaire fut manifeste à Van pour la première fois en territoire ottoman. Les Arméniens comptaient un millier de combattants en armes et ils commencèrent à creuser des tranchées quelques jours avant les affrontements, qui débutèrent le 19 avril. De leur côté, les Ottomans possédaient les milices kurdes. Il est à noter que la population musulmane de Van ne se joignit pas à ces milices. Les Arméniens avaient déjà fait savoir qu’ils n’avaient rien à voir avec les habitants musulmans de Van. La défense de Van ne fut donc pas la cause de ces événements, mais la conséquence. Or, le gouvernement s’en servit comme alibi pour présenter les Arméniens comme des ennemis de l’intérieur. La défense de la ville fut formidable. Comme je l’ai dit, la communauté arménienne de Van était véritablement scindée, puis, le moment venu, il ne fut plus question de scission. D’ailleurs, des affrontements se produisaient non seulement dans la ville de Van, mais dans toute la province de Van. Fuyant les massacres ailleurs, les gens arrivaient au Aykestan. Et l’Etat laissa faire, croyant que les Arméniens épuiseraient ainsi leurs ressources. Mais les Arméniens de Van surmontèrent cette épreuve grâce à une solidarité exemplaire. Ce que les Arméniens de Van ont fait, on pourrait en parler pendant cent ans. Les discriminations de classe et autres motifs de division furent oubliés et une véritable communauté émergea. La résistance et la défense furent formidables. Heureusement, Djevdet battit en retraite, suite à la victoire des forces russes et arméniennes à Dilman. Après quoi, les Arméniens reprirent la ville. Mais ils perdirent leur unité par la suite. Ce qui s’est passé après est très complexe.

–  Yetvart Danzikyan : Nous devrions programmer un autre entretien pour en parler. Nous en savons assez maintenant sur le processus qui a conduit à la défense.

– Yektan Türkyılmaz : Autre point à noter. Van ne fait figure ni de héros, ni de vétéran dans le discours du nationalisme turc. De même, le discours kurde ne retient pas Van. Or, quand je me trouvais en Arménie, j’ai compris tout ce que Van et le Vaspourakan représentent là-bas. Les Arméniens de Van sont arméniens naturellement, mais ce sont des Vanetsi avant tout.

NdT

  1. Allusion au traité de Qasr-i-Chirin ou traité de Zuhab, signé le 17 mai 1639 entre l’Iran séfévide de Safi Ier et l’empire ottoman de Murad IV, qui mit fin à la guerre turco-persane de 1623-1639 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Qasr-i-Chirin

  2. Aşiret (turc) : clan, tribu.

  3. Ազգագրական հանդէս պատկերազարդ (Azkakragan hantès badguérazart [Revue ethnographique illustrée]), publiée à Tiflis (Tbilissi, Géorgie actuelle) (1895-1916).

  4. Il s’agit du major Nicolai Hoff, officier norvégien, désigné à Van (secteur sud auquel ont été rattachés les vilayetsde Bitlis, Dyarbekir et Harput (Raymond H. Kévorkian, Le Génocide des Arméniens, Paris : Odile Jacob, 2006, p. 216).

__________

Source : http://www.agos.com.tr/en/article/17066/van-was-the-epicenter-of-the-earthquake-of-genocide

Traduction : © Georges Festa – 05.2017

 

Brèves de plaisanterie (388)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 8:48

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Je bois à toi Tour Eiffel à ta lumineuse érection

Qui fait rêver toute femelle en mal de mâle en action

Dit la belle en son bain avec un verre de vin

 

Brèves de plaisanterie (387)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 8:41

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A quoi donc songe un homme admirant une femme

Assis, elle dansant ses formes de déesse

Il se pense en lion savourant sa gazelle

Brèves de plaisanterie (386)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 12:57

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Je glissais sur les eaux vers l’échancrure du paysage 

Sous les hautes grâces de pierre sombre 

Mon étrave pointant dans un obscur bonheur

29 mai 2017

LA DOSETTE QUI TUE A PETIT FEU

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 4:57

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Alors que nous ne sommes que 2 à la maison qui buvons 3 cafés  par jour, j’ai calculé qu’on amortissait

une cafetière électrique moderne qui moud le grain d’un bon café…  en un peu plus d’un an.

Ces dosettes Nespresso, c’est cher, polluant et dangereux pour la santé. Mais c’est « pratique »

Vive ma vieille cafetière !
INFORMEZ VOS JEUNES et tous les autres ! !
Je suis sûr que votre café aura un autre goût après cette lecture ! ! !
Simplement pour votre information et … Bonne dégustation après tout ça !

Je suis une dosette. Je vous en fais voir de toutes les couleurs !

Le séduisant George Clooney en use avec délectation dans un feutré, idéalisé et fantasmé.

Mes 4 grammes de café sont habillés d’une robe d’aluminium à la couleur de votre choix chacun y trouve son café, selon son goût et son humeur.

Le paradis au bout des lèvres, avec son arôme et surtout sa fameuse mousse !

Le raffinement ! Le luxe à portée de tasse.

4 grammes de café à 0,40 EUR, ça nous fait pour 1000 grammes de café 100 EUR.

Oui, 100 EUR le kilo, c’est le prix du luxe, on ne va pas chipoter, ce serait petit.
Il faut, bien sûr, s’en donner les moyens.

Je ne fais pas dans la dentelle avec mes habits de lumière en aluminium.

J’ai besoin de beaucoup d’énergie électrique fournie par de belles centrales nucléaires ou de très efficaces centrales thermiques.

Pour 1 tonne d’aluminium, j’offre 4 tonnes de rejets sous forme d’arsenic, de titane, de chrome, de plomb, de vanadium, de mercure, bref, de magnifiques boues rouges qui par exemple, grâce à une superbe canalisation terrestre de 55 km, glissent depuis l’usine Altéo de Gardanne jusqu’à la grande bleue.

Et grâce à un autre beau tuyau de 7,7 km, je vais me balader, tenez-vous bien, jusqu’à 320 mètres de profondeur, tout au fond du canyon sous-marin de Cassidaigne dans le magnifique parc des calanques.

Tout ça, donne soif, je bois comme un trou de la bonne eau locale.

J’en suis quelque peu fier, bien sûr, même si mes amis chinois et brésiliens font beaucoup mieux !

Maintenant, je vous invite à faire un petit tour dans la tasse : Avec mes 1 000 tonnes de café par semaine, je suis le roi du marché !

Je fais ce que je veux. Je prends toutes les origines de café au cours le plus bas du moment. Je te mélange tout ça au mieux (au mieux financier, bien sûr).

De toute façon, je m’en sortirai toujours grâce aux arômes ajoutés.

Vous savez bien, cette petite note de noisette si subtile !

Pour la torréfaction, je suis le champion : 1000°C en 90 secondes quand les autres (traditionnels) font avec 200/220 ° en 20 minutes. Et toc, bingo !

Le pompon, c’est la mousse qui persiste plusieurs heures quand les autres ne tiennent que quelques minutes.
Là, la recette est secrète. Je vous en dis un peu, pas tout, juste un peu : un chouia de graisse animale, des additifs top secret, et c’est joué.
D’une manière générale, je me débrouille plutôt bien pour qu’on se souvienne de moi, car, malgré quelques tentatives poussives et gourmandes en énergie et en eau, je ne suis presque pas recyclé.
Comme ça, vous pouvez me retrouver un peu partout sur la planète.
J’aime bien les vortex océaniques, ça marche du tonnerre !
Franchement, « y’a photo » face, par exemple, aux petits producteurs du réseau « équitable » (pour ne parler que de ceux-là, car il y a bien d’autres petits producteurs qui ne font pas partie de ce réseau).

Ils disent, qu’eux vendent 20 EUR le kilo les grands crus de café d’Éthiopie, de Madagascar, du Pérou, d’Équateur, du Honduras… Ils disent aussi que, grâce au « réseau équitable », ils ont un toit, une dignité et qu’ils peuvent envoyer leurs enfants à l’école afin qu’ils soient instruits et qu’ils aient un meilleur avenir…
Mais, ont-ils vraiment besoin de lire, d’écrire, de calculer et de réfléchir alors qu’on le fait pour eux ?

Ah, j’oubliais !… J’ai aussi le record du plus grand taux de Furane.

Là, ne m’applaudissez pas car il arrive qu’on batte des records sans réelle volonté.

Une recherche sur internet vous apprendra que le Furane est une substance organique (produit intermédiaire utilisé dans l’industrie chimique comme solvant pour les résines lors de la production de laques et comme agglomérant dans la fonderie).

Volatile, lipophile et cancérigène pour le foie, le furane double de quantité lorsque le café ingéré provient de capsules plutôt que d’une cafetière classique, selon les scientifiques de l’université de Barcelone.

CAPSULES DE CAFÉ NESPRESSO : UNE DOSE DE CANCER À CHAQUE FOIS !

C’est à prendre ou à laisser

 

( Transmis par Michel Ch. Merci à lui)

28 mai 2017

COÏTUS ARMENICUS… INTERRUPTUS (3)

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 4:30

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L’article paru dans Armenews sur la loi visant à réduire les avortements sélectifs me rappelle qu’à deux reprises ( en 2009 et en 2012) nous avions déjà évoqué le sujet. En d’autres termes, c’est après 8 ans de laisser-faire que le gouvernement arménien commence à paniquer, sachant que pendant ce temps le mal s’est approfondi et que les risques démographiques n’ont fait qu’augmenter. Eh bien cher lecteur, je vous annonce les yeux fermés, que rien ne changera en notre beau pays car le mal du mâle en Arménie c’est et ça restera une affaire culturelle. Faudrait pas que les meufs se la ramènent avec ça !

 

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Comme on vient d’apprendre qu’il manquerait cette année 1400 filles en Arménie, nous n’avons pu nous empêcher de ressortir un article ancien traitant de ce sujet. Ah  les filles ! Ah les filles ! ( 28 aout 2012)

 

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Rien ne va plus en Arménie ( article du 23 mai 2009)

Imaginez sur une ligne de départ 115 jeunes mâles arméniens en état de procréer. Et à cent mètres d’eux, 100 jeunes femelles arméniennes en état de procréer aussi. Les uns comme les autres sont en devoir de préférer le sentiment patriotique au sentiment amoureux. Tout romantisme n’est pas de mise quand le pays est en danger de pénurie démographique. Donc, ils s’épouseront pour le bien commun et ils auront beaucoup d’enfants. Les mâles vont devoir courir le plus vite possible pour atteindre la ligne des jeunes filles. Le premier choisira la plus belle. Peut-être aussi la plus idiote, mais on est pressé. Les autres le reste. Et le reste… rien. En effet, vous avez bien compté : 15 jeunes mâles, beaux, forts, virils, aimés, choyés, loukoumisés par leur maman plus que de raison, djanigess ! yavrouss ! hokiss ! seront voués à la masturbation extra-patriotique.  Du sperme national perdu en quelque sorte. Et en plus, ils auront couru pour rien.

Mais me direz-vous, comment, pourquoi ? 115 mâles pour 100 filles… Normal. Qui vous a dit qu’on aimait avoir une fille en Arménie ? Déjà, dans les années soviétiques, on discriminait à tout va. Je me souviens qu’un jour, passant par l’Avenue Lénine, aujourd’hui Machtots, je me trouve au pied d’une maternité. Un jeune père de famille a la tête levée qui demande à sa femme penchée à la fenêtre :  » Heï Vartouhie ! Intch ess bérel ? ( He ! Vartouhie, ma Rose, qu’est-ce que tu as mis au monde ?) – Aghtchik (Une fille), répond la dite Vartouhie. – Heeee ! lance dépité le mari en faisant un geste de dégoût, avant de repartir sans demander son reste. » Heeee ! ça veut tout dire. Que les filles d’Arménie sont…. heeee Quelque chose comme : je vais la nourrir vingt ans minimum pour que mon nom disparaisse dans celui d’un autre, son mari. Alors que si ç’avait été un garçon, il se perpétuerait dans les siècles des siècles et je n’aurais ni vécu ni trimé pour rien. Car la fille en Arménie, ce n’est pas un enfant, c’est une dévaluation, un châtiment, un embarras. Certes, on fait ce qu’il faut, on lui sourit, on la choit, mais ce n’est pas ça. Elle pèse au cœur. On le constate à la naissance du garçon, ce porteur de prépuce. Et si en avançant en âge, le petit mâle se montre doté d’un appendice nasal fort, c’est donc un viril. Or rien de plus prometteur que ces deux attributs, un nez fort et un prépuce fort. À coup sûr, grâce à eux, le nom se perpétuera comme une petite éternité. Alors on le nourrit son petit bonhomme comme une plante grasse. Le garçon devient vite conscient de son importance. Pour preuve, sa mère le lui dit chaque jour avec les yeux.

Pour ma part, j’ai pitié pour ces 15 qui restent. On aurait pu quand même leur faire des filles à ceux-là ! Mais non, l’échographie aidant, on décèle vite s’il y a prépuce ou pas. Je ne dirais pas qu’on fait en Arménie comme au Vietnam, depuis que les appareils d’investigation aident les traditions à se maintenir et à se perpétuer. En Arménie, les mères doivent sans doute se conditionner mentalement pour mettre au monde des mâles et décourager les filles à se former comme foetus. Je ne dirais pas non plus que les femmes font du racisme contre leur propre sexe, non. Toujours est-il que dans la chaîne du coïtus armenicus quelque chose est rompu. La culture a pris le pas sur la nature. J’ai peur.

Heureusement, le phénomène est caucasien. La Géorgie et l’Azerbaïdjan sont logés à la même enseigne. Comme ça, pas de jaloux. Je n’ose imaginer le contraire. Si la Géorgie et l’Azerbaïdjan avaient plus de mâles et plus de femelles que l’Arménie, dans une ou deux générations, celle-ci aurait du mal à défendre ses frontières.

Pour l’heure, ces 15 laissés-pour-compte ont le prépuce aussi affolé qu’une aiguille de boussole cherchant désespérément le nord. Ils hurlent au vent de ne pouvoir offrir leur sperme à la patrie. Et quel sperme, mes aïeux ! Du concentré de traditions on ne peut plus arméniennes ! Il y a bien les veuves et les divorcées, mais ça ne se fait pas. Que dirait leur maman. Et qu’en penseraient les voisins? Les Russes alors ? Ces anciens colonisateurs, que nenni ! Alors quoi ? Pour ma part, je verrais bien des Arméniennes de la diaspora se dévouer. On peut bien en trouver 15 dans le lot. Oui, mais en général, ça ne marche pas. Une Arménienne de la diaspora, ça vous renifle un macho à cent mètres. Et puis, vivre en Arménie pour être à la merci d’une belle-doche irascible, non merci !

Mais le plus grave, c’est l’inverse. Des mâles de la diaspora viennent prendre femme en Arménie. Or les Arméniennes aiment ça. Même si le mâle en question est idiot. On n’a pas le temps de chercher à le savoir. La fille est pressée. Après 25 ans, le ventre de la belle reste en jachère  jusqu’à sa mort. Elle est donc dans le sauve-qui-peut. Une fille arménienne d’Arménie, c’est plus élégant, plus cultivé qu’un jeune  Arménien d’Arménie, arrogant, bourru, mâle de mâle quoi. Avec une fille d’Arménie,  un Arménien de la diaspora en désir de mariage est assuré d’une substantielle plus-value. Et pour le prix d’une fille, on lui offre toute sa famille en sus.

Bref, j’ai peur.

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Voir Le Monde du 20 mai 2009, page 4 :  Entretien avec le démographe Christophe Z. Guilmoto : »La sélection prénatale des garçons se développe »

 

 

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