Ecrittératures

28 mai 2017

COÏTUS ARMENICUS… INTERRUPTUS (3)

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 4:30

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L’article paru dans Armenews sur la loi visant à réduire les avortements sélectifs me rappelle qu’à deux reprises ( en 2009 et en 2012) nous avions déjà évoqué le sujet. En d’autres termes, c’est après 8 ans de laisser-faire que le gouvernement arménien commence à paniquer, sachant que pendant ce temps le mal s’est approfondi et que les risques démographiques n’ont fait qu’augmenter. Eh bien cher lecteur, je vous annonce les yeux fermés, que rien ne changera en notre beau pays car le mal du mâle en Arménie c’est et ça restera une affaire culturelle. Faudrait pas que les meufs se la ramènent avec ça !

 

*

Comme on vient d’apprendre qu’il manquerait cette année 1400 filles en Arménie, nous n’avons pu nous empêcher de ressortir un article ancien traitant de ce sujet. Ah  les filles ! Ah les filles ! ( 28 aout 2012)

 

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Rien ne va plus en Arménie ( article du 23 mai 2009)

Imaginez sur une ligne de départ 115 jeunes mâles arméniens en état de procréer. Et à cent mètres d’eux, 100 jeunes femelles arméniennes en état de procréer aussi. Les uns comme les autres sont en devoir de préférer le sentiment patriotique au sentiment amoureux. Tout romantisme n’est pas de mise quand le pays est en danger de pénurie démographique. Donc, ils s’épouseront pour le bien commun et ils auront beaucoup d’enfants. Les mâles vont devoir courir le plus vite possible pour atteindre la ligne des jeunes filles. Le premier choisira la plus belle. Peut-être aussi la plus idiote, mais on est pressé. Les autres le reste. Et le reste… rien. En effet, vous avez bien compté : 15 jeunes mâles, beaux, forts, virils, aimés, choyés, loukoumisés par leur maman plus que de raison, djanigess ! yavrouss ! hokiss ! seront voués à la masturbation extra-patriotique.  Du sperme national perdu en quelque sorte. Et en plus, ils auront couru pour rien.

Mais me direz-vous, comment, pourquoi ? 115 mâles pour 100 filles… Normal. Qui vous a dit qu’on aimait avoir une fille en Arménie ? Déjà, dans les années soviétiques, on discriminait à tout va. Je me souviens qu’un jour, passant par l’Avenue Lénine, aujourd’hui Machtots, je me trouve au pied d’une maternité. Un jeune père de famille a la tête levée qui demande à sa femme penchée à la fenêtre :  » Heï Vartouhie ! Intch ess bérel ? ( He ! Vartouhie, ma Rose, qu’est-ce que tu as mis au monde ?) – Aghtchik (Une fille), répond la dite Vartouhie. – Heeee ! lance dépité le mari en faisant un geste de dégoût, avant de repartir sans demander son reste. » Heeee ! ça veut tout dire. Que les filles d’Arménie sont…. heeee Quelque chose comme : je vais la nourrir vingt ans minimum pour que mon nom disparaisse dans celui d’un autre, son mari. Alors que si ç’avait été un garçon, il se perpétuerait dans les siècles des siècles et je n’aurais ni vécu ni trimé pour rien. Car la fille en Arménie, ce n’est pas un enfant, c’est une dévaluation, un châtiment, un embarras. Certes, on fait ce qu’il faut, on lui sourit, on la choit, mais ce n’est pas ça. Elle pèse au cœur. On le constate à la naissance du garçon, ce porteur de prépuce. Et si en avançant en âge, le petit mâle se montre doté d’un appendice nasal fort, c’est donc un viril. Or rien de plus prometteur que ces deux attributs, un nez fort et un prépuce fort. À coup sûr, grâce à eux, le nom se perpétuera comme une petite éternité. Alors on le nourrit son petit bonhomme comme une plante grasse. Le garçon devient vite conscient de son importance. Pour preuve, sa mère le lui dit chaque jour avec les yeux.

Pour ma part, j’ai pitié pour ces 15 qui restent. On aurait pu quand même leur faire des filles à ceux-là ! Mais non, l’échographie aidant, on décèle vite s’il y a prépuce ou pas. Je ne dirais pas qu’on fait en Arménie comme au Vietnam, depuis que les appareils d’investigation aident les traditions à se maintenir et à se perpétuer. En Arménie, les mères doivent sans doute se conditionner mentalement pour mettre au monde des mâles et décourager les filles à se former comme foetus. Je ne dirais pas non plus que les femmes font du racisme contre leur propre sexe, non. Toujours est-il que dans la chaîne du coïtus armenicus quelque chose est rompu. La culture a pris le pas sur la nature. J’ai peur.

Heureusement, le phénomène est caucasien. La Géorgie et l’Azerbaïdjan sont logés à la même enseigne. Comme ça, pas de jaloux. Je n’ose imaginer le contraire. Si la Géorgie et l’Azerbaïdjan avaient plus de mâles et plus de femelles que l’Arménie, dans une ou deux générations, celle-ci aurait du mal à défendre ses frontières.

Pour l’heure, ces 15 laissés-pour-compte ont le prépuce aussi affolé qu’une aiguille de boussole cherchant désespérément le nord. Ils hurlent au vent de ne pouvoir offrir leur sperme à la patrie. Et quel sperme, mes aïeux ! Du concentré de traditions on ne peut plus arméniennes ! Il y a bien les veuves et les divorcées, mais ça ne se fait pas. Que dirait leur maman. Et qu’en penseraient les voisins? Les Russes alors ? Ces anciens colonisateurs, que nenni ! Alors quoi ? Pour ma part, je verrais bien des Arméniennes de la diaspora se dévouer. On peut bien en trouver 15 dans le lot. Oui, mais en général, ça ne marche pas. Une Arménienne de la diaspora, ça vous renifle un macho à cent mètres. Et puis, vivre en Arménie pour être à la merci d’une belle-doche irascible, non merci !

Mais le plus grave, c’est l’inverse. Des mâles de la diaspora viennent prendre femme en Arménie. Or les Arméniennes aiment ça. Même si le mâle en question est idiot. On n’a pas le temps de chercher à le savoir. La fille est pressée. Après 25 ans, le ventre de la belle reste en jachère  jusqu’à sa mort. Elle est donc dans le sauve-qui-peut. Une fille arménienne d’Arménie, c’est plus élégant, plus cultivé qu’un jeune  Arménien d’Arménie, arrogant, bourru, mâle de mâle quoi. Avec une fille d’Arménie,  un Arménien de la diaspora en désir de mariage est assuré d’une substantielle plus-value. Et pour le prix d’une fille, on lui offre toute sa famille en sus.

Bref, j’ai peur.

*

Voir Le Monde du 20 mai 2009, page 4 :  Entretien avec le démographe Christophe Z. Guilmoto : »La sélection prénatale des garçons se développe »

 

 

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