Ecrittératures

11 juillet 2017

Les assassins sont parmi nous

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 6:31

 

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Histoire d’un paradoxe

Récemment, je me suis fendu d’un commentaire sur le site intitulé «  Sur les pratiques d’un éditeur » (voir ICI) dans lequel je disais tout le mal que je pensais des Éditions Parenthèses, non pas que je souhaitais régler des comptes (alors que j’en aurais amplement les droits) mais d’un point de vue plus général pour ouvrir les yeux des Arméniens sur le paradoxe qui consiste à prétendre agir, en l’occurrence par les livres, au bénéfice la culture arménienne alors qu’en vérité ce genre d’activité « honorable » se retourne contre elle. Au lecteur d’en juger.

« Ce qu’on oublie de dire en évoquant les déboires des traducteurs de l’arménien vers le français avec un tel éditeur qui prétend défendre la culture arménienne alors qu’il ne fait que l’exploiter, c’est que ces traducteurs ne souhaitant plus renouveler une aussi humiliante expérience décident de ne plus rien traduire. En ce sens, les pratiques de cet éditeur desservent la culture arménienne. Or, aujourd’hui, on le constate, les traducteurs littéraires de l’arménien vers le français en France sont devenus rares sinon inexistants. Et la littérature arménienne contemporaine reste confinée à l’Arménie faute d’ouverture sur le monde par le truchement de traducteurs compétents. Merci aux Éditions Parenthèses et à son directeur, fossoyeur émérite de notre culture.
J’ajoute, pour compléter le tableau, que j’ai travaillé avec trois éditeurs dits « arméniens » ( sur quatre ou cinq, la notion d’éditeur chez les Arméniens ne correspondant pas exactement à ce qui se fait ailleurs). Avec ces trois éditeurs, les déboires n’ont pas manqué, selon des modalités différentes, sachant que tous se montrent des défenseurs de la culture arménienne alors qu’ils ne défendent que leur business. Je ne jette pas la pierre sur tous uniformément. Car il leur faut défendre à la fois un bien immatériel (la culture arménienne) et un équilibre commercial dans un contexte où le lectorat arménien s’amenuise de plus en plus, n’ayant pas été porté par les maisons dites de la culture arménienne, souvent transformées en relais de la mémoire historique et rien d’autre. Or la culture, ce n’est pas que la mémoire. Mais l’importance accordée à la mémoire s’est faite au détriment de la culture. C’est d’autant plus « naturel » qu’il est plus facile de parler de la chose passée que d’inventer un avenir à la faveur de vrais débats sur les valeurs dites arméniennes, lesquelles, autre paradoxe, peuvent aussi faire souffrir les Arméniens qui en sont victimes. »

 

 

Voilà. Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous. Et pourtant, c’est l’agonie de la diaspora arménienne de France qui se profile ici.

La part de l’argent

D’ailleurs, il faudrait mesurer chez les éditeurs dits arméniens la part qui revient à l’argent, celle qui repose sur la mémoire et celle qui ressortit au débat culturel, à l’actualité de la culture vivante, la culture prolongeant la mémoire et souvent en la combattant, ne serait-ce qu’en rétablissant la vérité des faits contre une histoire honteusement légendée qui fourvoie forcément les hommes du présent. Dès lors on verrait que le parent pauvre de cette trilogie serait immanquablement la culture, tandis que l’argent et la mémoire s’y taillent la part la plus substantielle. Notons au passage, qu’un éditeur courageux qui oserait aller à l’encontre des idées établies ne pourrait pas tenir longtemps la route, les lecteurs arméniens n’aimant pas qu’on les brosse à contre-poil. (Dans ce sens, je dois saluer au passage la lucidité des Éditions Sigest qui ont osé publier un de mes livres iconoclastes qui ressortissent à la littérature dite gênante: Arménie, la Croix et la bannière, avec l’immense succès qu’on peut imaginer).

Concernant la part de l’argent, comme chacun ne le sait pas, nos éditeurs arméniens, de tous bords, ne prennent jamais la peine de prévoir la rémunération destinée à l’auteur ou au traducteur. Cette rémunération comprend un vaste éventail de possibles avantageux pour leurs comptes ; cela débute avec des promesses flatteuses équivalant au final à zéro euro et peut monter péniblement jusqu’à la somme symbolique de 100, les Éditions Parenthèses préférant payer ses esclaves en exemplaires tout chauds sortis du four à imprimerie comme on offirait des croissants à ses cochons. Ainsi, pour quatre années de labeur acharné sur l’Anthologie de la poésie arménienne, Stéphane Juranics aura bénéficié de 4 exemplaires reçus sans frais à son domicile. Soit un livre par année consacrée à la mise au net des traductions. D’autres auteurs et traducteurs d’origine arménienne ont fait l’amère expérience de cette rémunération humiliante devenue coutumière dans cette maison qui par ailleurs fonctionne grâce à de grasses subventions obtenues soit auprès du Centre National du Livre, soit de la Région, soit d’autres organismes. Bref que du bénef… Quand on songe, par exemple à la passion que met un traducteur arménien dans son travail pour aboutir à un livre qui soit à la hauteur de ses exigences, et à la douche froide que lui envoie l’éditeur par la poste sous la forme de ces quatre exemplaires, on se dit que le cynisme n’a d’égal que le mépris qui l’anime. Et comme le traducteur a sué sang et eau avec le devoir de servir selon sa vocation la cause culturelle de la nation arménienne, on peut affirmer que les pratiques d’un tel éditeur arménien équivalent à cracher sur tous les Arméniens. Certes, cela ne se voit pas, cela ne s’entend pas, cela n’est pas public, mais cela contribue à la dégradation de la diaspora arménienne, d’une manière ou d’une autre, de près ou de loin. Pour preuve, comme je le disais plus haut, aujourd’hui, les traducteurs qui ont eu le malheur de passer dans la machine à broyer des Éditions Parenthèses ne souhaitent plus se donner la peine de traduire des œuvres arméniennes. Et de fil en aiguille, pareil découragement finit par gagner les traducteurs en herbe, s’il en est, au point que leur rareté aujourd’hui conduit immanquablement à une forme de désertification culturelle au regard des chefs-d’œuvre de notre littérature qui mériteraient de sortir de nos frontières. De la sorte, on serait tenté de dire que les alliés conjoncturels du génocide, compte tenu des dommages collatéraux qu’il suppose, résident parmi nous les Arméniens car ils sont arméniens. Qu’on se le dise.

En 2010, les Éditions Parenthèses font paraître, sous la plume du traducteur Léon Ketchoyan, avec une préface de Krikor Beledian , un livre de Yervant Odian. La traduction exacte en français du titre original de ce livre aurait dû être Années maudites, pour restituer le titre arménien [Anidzial darinér]. Or, quelle ne fut pas la surprise du traducteur, recevant ses quatre fameux exemplaires pour tout salaire, de découvrir que l’éditeur avait pris sur lui de transformer le titre original en Journal de déportation. J’ai énuméré en son temps les réticences que m’inspirait une telle manipulation pour le moins illégitime et en tout cas saugrenue (voir ICI). De fait, il ne faut pas être très sorcier pour penser que l’éditeur a agi plus en boutiquier qu’en acteur culturel, Années maudites étant trop négativement connoté pour allécher le client, tandis que Journal de déportation permettait de ratisser large en intéressant d’autres communautés ayant subi les affres de l’exil forcé. Où l’on voit donc que la part de l’argent est venue, dans cet exemple, déborder sur la part du culturel au détriment du strict respect d’une œuvre et de son auteur. Où l’on voit aussi que cet éditeur sans scrupule n’a de respect pour rien, ni pour le traducteur, ni pour l’auteur, ni même pour le lecteur qui sera amené à penser que Yervant Odian aura écrit deux livres sur son expérience du bannissement : Années maudites et Journal de déportation. En somme, manque de respect pour la vérité et manque de respect pour le peuple arménien. Au passage, remarquons que les spécialistes de la littérature arménienne de cette période ne se sont guère insurgés contre pareille falsification de la part d’un éditeur qu’ils ne souhaitaient probablement pas froisser au point de mettre en doute son professionnalisme.

La part de la culture

A la réflexion, la culture fait peur, surtout à ceux qui en sont dépourvus. Le propre de la culture, étant de remettre en cause la culture, surtout parmi les esprits, assis dans leurs certitudes et atteints par la sclérose des coutumes ordinaires, qui ne respirent que l’air délétère d’un passé vicié dans son contenu. En ce sens, et comme je l’ai toujours dit et même martelé, les Arméniens de la diaspora, en misant sur la reconstitution et l’adoration d’une époque révolue et d’un lieu déserté dont ils ont été violemment arrachés ont plongé tête baissée dans le piège tendu aux survivants par le génocide à savoir une nostalgie teintée de passéisme revendicatif au détriment d’une recherche de refondation culturelle par les valeurs arméniennes, au risque de les passer au crible d’une analyse critique permanente. Mais non. Au contraire, les acteurs de la culture arménienne n’ont rien fait d’autre que de se complaire dans le ressassement, la commémoration et la mort respectivement par des livres rappelant le paradis perdu, par des défilés et autres anniversaires de leurs défaites, par l’érection de khatchar ici ou là.

Dans ce sens, les directeurs de nos maisons dites de la culture arménienne n’auront jamais été que les pantins du passé pour la bonne et simple raison qu’ils ont été formatés depuis leur enfance par les slogans d’une culture nationaliste, de l’ordre de celle qui s’extasie devant Geghard parce qu’elle ignore Petra et le travail des Nabatéens. De fait, l’état de la culture dans la diaspora arménienne serait du même ordre en France si par exemple le Front National avait la mainmise sur l’ensemble de la production cinématographique, depuis la réalisation des films jusqu’à la gestion des salles de projection. Ou pour prendre l’exemple de l’information radiophonique, si ce même parti gérait Radio-France. Or, ce que les Arméniens de France n’admettraient pas pour la France, ils l’autorisent chez eux. On me dira, que mieux vaut le pire que rien du tout. Et moi je dis mieux vaut le rien que le pire. Car le pire peut conduire à l’abîme alors que le rien pousse à l’inventivité.

Les sauveurs improvisés

Il faut dire que l’après-génocide a fait naître nombre de « vocations » chez les Arméniens ordinaires prenant prétexte qu’il était urgent de sortir du naufrage pour en réalité se faire valoir comme sauveurs de la nation. Certains qui exerçaient des métiers de première nécessité se sont même improvisés écrivains en relatant dans des écrits hybrides des mémoires de famille mâtinées de réflexions historiques de très haute tenue. Les Arméniens se permettent tout, les Arméniens osent tout pourvu qu’ils participent, fût-ce partiellement, à la réparation des dommages causés par le génocide. C’est ainsi qu’on a vu des profanes (femmes au foyer en mal de reconversion, commerçants gestionnaires, prêtres sans formation pédagogique) se lancer dans l’administration d’une école avec une passion d’autant plus pathétique qu’elle serait même parvenue à produire des réussites aussi admirables qu’elles étaient sans lendemain. Qu’importe, me direz-vous. L’essentiel n’est-il pas de semer ? Mais semer quoi ? Là est toute la question. Dans l’urgence, ces bénévoles du SAMU national sont loin d’être arrêtés par les limites de leur incompétence étant donné qu’ils ne font rien d’autre que d’occuper une place vacante. C’est que l’Arménie, depuis le génocide, a horreur du vide. Il faut dire que dans le domaine de l’éducation, les vrais professionnels d’origine arménienne ne se sont guère attardés à servir une communauté sinistrée qui n’aurait pas eu de quoi les rémunérer à la hauteur de leurs diplômes. Ils se sont empressés de travailler dans des institutions françaises établies, raisonnées et capables de répondre au niveau d’exigence que supposait leur profil professionnel. De la sorte, les écoles dites arméniennes ont été la proie d’amateurs de bonne volonté mais que ne pouvait pas soutenir un esprit nourri de culture pédagogique et universelle. En effet, quand la culture n’alimente pas le savoir-faire, le fruit n’arrive pas à maturité. En l’occurrence, s’obstiner à privilégier exclusivement un arménien (l’arménien occidental) voué à une dégradation inéluctable en repoussant l’arménien vivant (l’arménien oriental), c’est justement miser sur la mémoire et la revanche aux dépens de ce qui existe ici et maintenant à savoir l’Arménie vivante. C’est dire que la diaspora ne s’est toujours pas réveillée du traumatisme génocidaire tant elle s’obstine depuis un siècle à vouloir réveiller ses morts. Pour ce qui est de la langue, elle oublie qu’une langue ça se vit, qu’elle permet la circulation des mots et des idées, qu’elle s’enrichit sans cesse par frottement et confrontation, et surtout qu’elle doit être ancrée sur une terre donnée. C’est alors qu’elle « prend ». Quand cette terre fait défaut, que la langue devient affaire de volonté « idéologique», qu’elle n’a pas de lieu où être mise en circulation, que lui manque l’opportunité de s’enrichir par un usage quotidien, alors cette langue se perd. Les élèves du collège de Sèvres en savent quelque chose qui sitôt entrés dans la vie active se sont empressés d’oublier « leur» langue. Car les vartabed du collège, malgré leur bonne volonté, roulaient sur la routine du salut par la langue alors que leur idéal national ne reposait sur aucun pragmatisme à long terme. Ils avaient le culte de la nation, soucieux de combler le vide produit par le mal génocidaire, ils n’avaient pas la culture qui aurait permis aux jeunes Arméniens que nous étions de recouvrer notre humanité. Aujourd’hui ceux qui s’obstinent à enseigner l’arménien occidental ne savent pas dire à leurs élèves pourquoi ils doivent apprendre une langue qu’ils ne pratiqueront jamais. Pour exemple, ces élèves n’ont qu’une idée une fois leur pensum accompli, c’est de rejeter cette chose inutile pour leur vie professionnelle. On aurait espéré que certains deviendraient des traducteurs vers le français, mais personne ne leur a fait valoir que la traduction était un moyen de donner vie à la culture arménienne. C’est que justement leurs pédagogues n’ont jamais eu d’autre souci que celui de sauver le passé alors qu’il leur fallait sauver l’avenir. Cet avenir, je l’aurais vu ainsi. Des adolescents qui savent précisément que la langue qu’ils apprennent se parlent en Arménie. Des adolescents qui parcourent à pied le pays, qui rencontrent la chair vive du peuple arménien, communiquent, partagent, festoient avec lui. Dès lors, la langue serait devenue un pont. Dès lors, elle aurait trouvé un ancrage dans une terre et un peuple, inscrite dans une culture, produisant de l’émerveillement et établissant des liens entre Arméniens d’Arménie et Arméniens de la diaspora. Quelque chose de l’avenir par la langue prendrait forme. Hélas, le Ari doun officiel du ministère de la diaspora n’est qu’une connexion artificielle, exaltée et temporaire entre l’Arménie et des adolescents qui passent ici leurs vacances comme ils les passeraient ailleurs. Pourquoi ? Parce que le ministère de la diaspora en Arménie est tenu par des technocrates que nourrit seule une culture du tape-à-l’œil, sinon de l’urgence nationale sans lien avec toute culture universelle. Programmer des adolescents pour en faire de bons Arméniens, c’est négliger d’en faire des hommes. Or la démocratie en Arménie a surtout besoin d’hommes, non de robots fascistes.

Le défaut d’humanisme

Mon lecteur commence à entrevoir des choses, mais cette notion de culture universelle, il ne la capte pas trop. Forcément. La culture universelle a du mal à pénétrer dans un esprit pétri de culture nationale. Et les Arméniens se sont bouchés les trous et autres émonctoires de peur que le ronron commémorationniste et nationaliste ne s’échappe de leur esprit au point qu’ils se trouveraient soudainement perdus dans une obscurité sans repère. La culture universelle fait peur à la culture nationale, car elle oblige à la relativisation. Elle obligerait les Arméniens, pour revenir à notre exemple plus haut, à mettre Petra au-dessus de Gerhard, probablement à réduire Barouïr Sevag à un faiseur de mots, savant et professoral, plutôt qu’à un poète inspiré, comme on le croit quand on n’ose pas le mettre en situation de confrontation avec les grands noms de la littérature universelle, si tant est que ce Tarzan des mots puisse au-delà de ses cris pathétiques « parler » à d’autres autres hommes qu’à des Arméniens.

Pour en revenir aux éditeurs, qu’ils soient d’Arménie ou de France (puisque nous sommes de France), force est de reconnaître qu’ils sont soit dans l’argent soit dans le commémoratif mais pas dans l’humanisme universel, de celui qui nourrit le livre et lui donne une vocation de vérité et de contestation. Les Arméniens qui se définissent par la haine du Turc avec l’aveugle tendance à les mettre tous dans le même sac de bourreaux devraient plutôt réviser leur jugement à l’emporte-pièce et reconnaître qu’il n’y a pas chez eux l’équivalent d’un Ragib Zarakolu, loin de là. Ragib Zarakolu publie à contre-courant des grandes haines fascistes et des puissantes falsifications de l’histoire qui parcourent le pays, au risque d’aller en prison, comme cela lui est déjà arrivé. On m’objectera que cette conduite est d’autant plus normale que les Arméniens n’ont rien à contester étant donné qu’ils sont dans le Droit alors que les Turcs sont dans le déni. Certes, mais ni durant l’époque soviétique qui a vu fleurir en Russie et ailleurs les dissidents, ni durant les mandats de Kotcharian et de Sarkissian qui se sont illustrés par des fraudes massives, on a vu naître en Arménie ou en France un éditeur arménien de la dimension d’un Ragib Zarakolu. Je veux dire que le climat délétère s’y prêtait, et s’y prête encore, d’autant que dans le domaine des droits de l’homme et de la transparence de la vie politique des figures comme celles de la regrettée Amalia Kostanian et de Hranouch Kharatian suffiraient à montrer qu’il y avait et qu’il y a toujours en Arménie matière à défendre l’homme contre l’effondrement de la raison démocratique. Est-ce à dire que les Arméniens qui n’ont que les mots ou expression « mon frère » ou «  tsavet danem » (« je prends ton mal ») à la bouche sont de piètres représentants de l’humanisme universel ? Faut-il croire que les Turcs tant décriés sont meilleurs en la matière, surtout parmi les intellectuels ? D’ailleurs, les pseudo écrivains, tant d’Arménie que de la diaspora, qui ne pensent qu’à leur pomme plutôt qu’à se mêler de ce qui les regarde quant au détournement de la démocratie au profit de quelques-uns, qui affichent sans honte un désengagement d’esthète au regard des injustices qui humilient les plus oubliés des Arméniens, loin de faire le poids auprès de ces femmes admirables, constituent une caste de beaux parleurs et de trouillards patentés, incapables de mettre une once de culture compassionnelle dans leurs livres ou dans leur vie pour faire sortir de l’ombre ceux qui subissent le fléau d’une corruption généralisée. Dans ce domaine non plus, les Arméniens n’ont pas l’équivalent d’une Asli Erdogan, d’un Oran Pamuk ou autres. Voilà bien pourquoi la société civile turque donne l’impression d’être un tissu vivant en constante ébullition alors que les Arméniens croupissent dans la résignation, la complaisance et pour tout dire la complicité. Si les soubresauts d’indignation qui traversent de temps en temps le pays ne sont soutenus par aucun éditeur, c’est bien que l’édition arménienne ignore l’indignation et qu’elle s’est donnée pour toute philosophie une sorte d’éthique de la prudence, de l’attentisme et pour tout dire de la passivité. Les poèmes enflammés qui émaillent ici ou là les anthologies ont beau éclater comme des cris d’étouffement, ils ne sont qu’un assemblage de mots enfermés dans un livre, autant dire de cadavres dans un cercueil, tant que leurs auteurs n’assimileront leurs écrits à un programme de combat pour plus de liberté et de vérité.

Pour finir sur le gestionnaire de cette maison du livre arménien, on n’en pourrait dire moins sinon qu’il ne vaudra jamais d’atteindre le niveau d’engagement d’un Turc comme Ragib Zarakolu. Là où un humaniste turc risque sa vie chaque jour en milieu hostile, notre boutiquier arménien veille sur ses plans comptables. Voilà pourquoi, j’ai une bonne raison de dormir sur mes deux oreilles, heureux et fier d’être un Arménien qui attend avec impatience d’être réveillé le jour où cette maison close sera récompensée soit par les aveugles de notre diaspora, soit par les bavards de notre Arménie, pour services rendus à la nation. Chez les Arméniens tout arrive, même le pire. En l’occurrence, ce pire serait l’extinction inéluctable de la diaspora arménienne, comme acte final du génocide.

Denis Donikian

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16 commentaires »

  1. On a beaucoup d’occasions de te dire merci Denis, on a beaucoup de raisons de lire tes posts quasi quotidiens, sans toutefois les commenter à chaque fois, mais en les gardant bien au chaud sur l’ordinateur pour le plaisir de les relire, de se fâcher ou de s’enthousiasmer et même souvent de sourire et rire pour de bon. Cette fois-ci,, puisqu’il est des sujets où on se sent plus concernés, en l’occurence l’édition, son apport à la culture , à la diaspora, à la terre et surtout son rapport à l’argent, je ne peux qu’applaudir des quatre mains que je n’ai pas. Je ne vais pas souligner ou mettre en relief des phrases ou des pans de phrases qui me vont droit au coeur , que je partage totalement , il y en a beaucoup. Comme tu le soulignes certains éditeurs profitent d’une situation diasporique pour exploiter auteurs et traducteurs. La rémunération ou plutôt leur non rémunération est une honte sans nom et ce fut le cas depuis presque toujours lorsque des journalistes arméniens voulaient être rémunérés pour un travail, qu’il concerne les Arméniens ou non. Ils devaient être honorés que leur article soit publié et j’estime cela inadmissible et amoral. Alors pourquoi s’étonner qu’auteurs, traducteurs ou journalistes arméniens se tournent vers les milieux professionnels des pays dans lesquels ils vivent, même si actuellement les éditions françaises ne font qu’à moitié leur travail , demandant souvent que l’auteur leur assure un nombre de ventes avant publication. Il en est de même du monde de l’art et plus je prends de l’âge et perds un peu de mes forces physiques et morales je me rends compte de l’importance de l’argent qui donne la liberté à ceux qui le méritent de faire des choses bien…avec conviction, foi en l’humanité et amour. C’est ce à quoi j’aspire que ce soit dans le domaine des arts, de la littérature et des relations humaines. N’ayant pas les assises solides pour construire mes rêves que je crois humanistes, dans la liberté, je ne fais plus rien. (du moins rien de visible). Ton article, tes critiques très constructives, ton souci de placer toute création arménienne face à d’autres créations, sans se cantonner dans un ghetto culturel ,ce que j’estime primordial, me redonnent force et peut-être optimisme lucide pour continuer, pour être en mouvement, pour ne pas me laisser embrigader par le « rien » de nos pensées si correctes. Merci. Varvara.

    Commentaire par haralezdesarts — 11 juillet 2017 @ 9:06 | Réponse

    • Cher Varvara, merci pour ce commentaire. Pour être juste, comme tu le soulignes, les petits éditeurs français ne font guère mieux que les nôtres. Avec eux aussi, un auteur n’est pas à l’abri de certaines déconvenues. J’en ai moi-même fait l’expérience. Mais au moins avec eux, les choses sont claires dès le départ. Par ailleurs, il faut déplorer un état de fait que n’arrive pas à juguler la Société des gens de lettres, dont la vocation est justement de défendre les auteurs. J’imagine que les autorités publiques laissent faire pour éviter que l’édition de livres à diffusion restreinte ne soit forcée d’arrêter.
      Cependant, nos éditeurs se sont coupables que pour moitié dans la mesure où une communauté en péril comme l’est la diaspora arménienne aurait dû financer l’aide à l’édition de notre littérature. Dernièrement une liste m’est passée sous les yeux de « classiques » français modernes se rapportant surtout à la philosophie qui devaient bénéficier des aides à la traduction de la part de la fondation Gulbenkian. C’étaient des livres que seuls des spécialistes pouvaient aborder. Autrement dit, à mes yeux, un gâchis. Sinon des livres destinés à des bibliothèques. Mais le plus comique est que cette initiative a été lancée sans tenir compte de l’absence cruelle de traducteurs spécialisés.
      Voilà où nous en sommes.

      Commentaire par denisdonikian — 11 juillet 2017 @ 5:13 | Réponse

  2. qu’ajouter, si ce n’est que tu as raison et notamment en ce qui concerne la fondation Gulbenkian. On continue.

    Commentaire par haralezdesarts — 15 juillet 2017 @ 9:30 | Réponse

  3. On continue, malgré le peu de réactions qu’aura suscité cet article, ce qui en dit long sur l’état d’endormissement de notre diaspora.

    Commentaire par denisdonikian — 15 juillet 2017 @ 3:32 | Réponse

  4. Mon cher Denis,
    Je trouve ton réquisitoire exagéré.
    Certes, la critique peut parfois revêtir un caractère salutaire, et je sais toute la passion qui t’anime s’agissant de la chose arménienne.
    Et pourtant Barouïr Sevag que tu fustiges avait jadis fait l’objet de ta part d’une remarquable traduction de son recueil « Que la lumière soit » et tu es bien sévère dans sa critique.
    Non, il est plus qu’un « faiseur de mots », il est un chantre de la liberté, tout autant qu’un Byron ou un Hugo, à tel point qu’il en est mort. « Nous sommes et nous serons arméniens » disait-il en opposition à la dictature.
    Pour ce qui concerne tes omissions parmi d’autres : Kostan Zorian pour moi fut autant universaliste qu’un Cervantès, avec l’épopée du « Bateau sur la montagne ».
    Hrant Matevossian fut tout autant universaliste qu’un Pagnol, qu’un Daudet, qu’un Mistral et même qu’un Giono parmi les écrivains de la terre ; « nous somme nos montagnes » disait-il.
    Par contre, je te rejoins pour ta critique de la gouvernance du pays, non pas en ce qui concerne les dirigeants, qui font ce qu’ils peuvent avec des oligarques authentiques voyous dépourvus de tout civisme qui scient la branche sur laquelle ils sont assis.

    Commentaire par sam — 23 juillet 2017 @ 12:53 | Réponse

    • Mon cher Sam,pardon si je te réponds tardivement.

      Concernant, Barouïr Sevag, je peux te rapporter une anecdote. Je me suis trouvé un jour il y a pas mal de temps, devant le kiosque d’un grand magasin destiné à la fabrication des clés. le gérant était un arménien et je m’en suite vite aperçu. Nous avons discuté un peu. A cette époque je crois que je venais de publier Que la lumière soit!. Je lui en ai parlé. Et lui de répliquer aussitôt : c’était une génie ! C’est le genre d’appréciation que donne un Arménien sur un Arménien reconnu par d’autres Arméniens. A mes yeux, la chose restera toujours suspecte, car c’est l’émanation d’un certain tribalisme. On se vante parce qu’on ignore les autres. C’est ce que je disais dans mon texte. On vante Gueghart parce qu’on ignore Petra. Dire que Barouïr Sevag est à mettre sur le même plan que Cervantès ou Victor Hugo, c’est excessif. Barouîr Sevag n’est lu et connu que dans le microcosme arménien ou celui de quelques spécialistes, alors que Cervantès et Hugo ont une ampleur de vue qui intéresse l’humanité. Ce n’est pas parce qu’on défend la liberté par l’écriture qu’on est un génie. C’est comment on exprime cette défense qui le détermine. Oui, certains textes de Que la lumière soit ! sont très forts. OUI et OUI ! mais le reste ne constitue pas de la haute poésie. On est loin derrière Char, Rimbaud ou Saint John Perse. Mais en poésie il y a les inspirés et il y a ceux qui ont du savoir faire. Les flamboyants et les artisans. Je préfère les flamboyants aux artisans.

      Quant à me rejoindre sur la critique du gouvernement actuel du pays, je ne vois pas le rapport avec ce que j’écris dans cet article qui est consacré surtout à la diaspora et à ses margoulins. C’est là-dessus que j’aurais aimé avoir ton opinion. Nous savons tous que l’Arménie patauge dans la corruption. Mais nous ?

      J’ajoute que j’ai changé d’avis sur l’accident  » programmé » qui a coûté la vie à Barouïr Sevag. Lors de mes voyages à pied je suis tombé sur quelqu’un qui le connaissait bien. Il m’a certifié qu’il ne savait pas conduire et que ce jour-là il n’aurait pas dû prendre le volant. Piètre poète aussi bien que piètre conducteur, Barouîr Sevag ?

      Commentaire par denisdonikian — 3 août 2017 @ 6:25 | Réponse

  5. Je ne suis pas d’origine arménienne mais je connais suffisamment bien la diaspora culturelle arménienne de France pour partager le constat que Denis en dresse — constat d’une lucidité aussi rare que salutaire. Oui, la culture arménienne de diaspora n’existera dans le temps (comme toutes les cultures diasporiques d’ailleurs) que si elle produit, avant tout, des œuvres vivantes, innovantes sur le plan formel, à la fois singulières (nées d’une expérience intime échappant aux représentations univoques de toute mémoire collective) et universelles (ne parlant pas en boucle à la seule communauté concernée). Il en va effectivement de sa survie. Denis a raison et son œuvre va dans ce sens.
    Quant aux Editions Parenthèses, aucun éditeur en France ne m’a jamais maltraité comme l’a fait M. Varoujan Arzoumanian, architecte raté qui semble prendre un plaisir pervers à se venger de sa propre frustration sur les auteurs et/ou traducteurs qu’il publie sans rémunérer leur travail, voire en les privant de la reconnaissance de ce travail. Avec de telles pratiques, pas étonnant que les Editions Parenthèses aient perdu tant de procès intentés par nombre de leurs auteurs ou traducteurs ! Dommage, en tout cas, qu’il reste encore des membres de la communauté arménienne de France pour continuer à idolâtrer cet éditeur alors qu’ils connaissent parfaitement ses agissements plusieurs fois sanctionnés par la justice française… Apparemment ils ne réalisent pas l’image désastreuse qu’il donne de la communauté arménienne culturelle de France auprès des auteurs, traducteurs, éditeurs et lecteurs français (en tant qu’auteur non arménien, je peux en témoigner). Par exemple, on pouvait lire en 2013, dans le guide Audace, édité par L’Oie Plate (L’Observatoire Indépendant de l’Édition Pour Les Auteurs Très Exigeants), à la page 450 : « En 2006, les Editions Parenthèses ont publié une anthologie de la poésie arménienne en tous points remarquable. Elle est aussi digne d’être appréciée diversement compte tenu des graves manquements contractuels dénoncés par les deux auteurs de l’anthologie : Stéphane Juranics et Olivia Alloyan. Ce gros dérapage n’est pas une parenthèse isolée comme le confirme le buzz sur Internet. Forcément, ça fait tache ! »
    Stéphane Juranics

    Commentaire par Stéphane Juranics — 25 juillet 2017 @ 9:15 | Réponse

    • Cher Stéphane, ton témoignage est d’autant plus précieux qu’il corrobore, dans le domaine de l’édition, les pathologies qui traversent la communauté arménienne. Certes, il n’y a pas de peuple sans défaut. Mais ici, c’est d’autant plus grave que les manquements que tu dénonces pour les avoir vécus touchent à la culture arménienne, cette culture que tu as voulu faire connaître, tandis qu’en retour on n’a pas reconnu, loin de là, tout le mal et la passion que tu as mis pour donner à voir la vitalité de la poésie arménienne.
      Les quelques lecteurs de ce blog, les Arméniens surtout, comme moi vont éprouver de la honte à l’idée que tes efforts loin d’être récompensés, ont été bafoués. Nous avons honte parce que tu viens d’ailleurs et que tu as été sensible à notre destin. Que nous soyons nous traducteurs arméniens humiliés par tant de mépris, passe. Mais qu’une personne dévouée n’appartenant pas à notre communauté le soit, c’est insupportable. C’est notre culture qu’on assassine de cette manière. Et c’est la bêtise qui voudrait triompher de ceux qui s’efforcent au contraire de la reléguer dans les bas-fonds de la barbarie. Voilà bien un paradoxe qui ne nous honore pas : les acteurs culturels que sont les éditeurs sont dans le fond les meilleurs fossoyeurs de notre culture.

      Commentaire par denisdonikian — 25 juillet 2017 @ 10:11 | Réponse

  6. Oui, Denis, c’est un gâchis incommensurable. Et tu es bien la seule personnalité publique arménienne de France à le reconnaître. Adapter l’ensemble des textes de cette anthologie a représenté un travail titanesque, qui m’a effectivement pris quatre années de ma vie, dans le seul but de faire connaître la poésie arménienne contemporaine au lectorat francophone. Mais ce gâchis ne doit pas t’entacher, toi qui es un homme d’honneur, un esprit libre, un véritable auteur. Ce n’est pas à toi d’avoir honte.
    Merci à toi.
    Stéphane

    Commentaire par Stéphane Juranics — 25 juillet 2017 @ 12:19 | Réponse

  7. Cher Denis,
    C’est vrai que tu soulèves tant de questions dérangeantes pour les acteurs de la communauté culturelle arménienne de France que personne ou presque ne réagit ! Le silence des soi-disant acteurs concernés de cette communauté est évocateur du niveau de dialogue possible sur des sujets aussi importants que le devenir de sa propre culture. En tant que co-directrice, avec le poète Stéphane Juranics, de l’anthologie de poésie arménienne contemporaine “Avis de recherche” publiée en 2006 par les Editions Parenthèses, je confirme ce que tu écris sur l’ampleur et l’irréversibilité des dégâts que cause le directeur de cette maison d’édition, Monsieur Arzoumanian. En effet, c’est à juste titre que tu parles du découragement des rares talents littéraires de la diaspora du fait des pratiques de cet éditeur, qui use sans scrupules de son pouvoir (et du chantage affectif à la “cause arménienne”) pour exploiter à son profit des auteurs et traducteurs qui cherchent juste à faire imprimer leur travail ! On peut légitimement parler d’une véritable catastrophe à court, moyen et long terme sur les vocations, les carrières et la dynamique des traductions de l’arménien vers le français.
    Et comme tu le dis, il existe effectivement une véritable interaction complice et complexe entre cet éditeur et le “petit” milieu culturel de la diaspora arménienne en France. L’existence d’un éditeur aussi malhonnête et indigne de la cause qu’il prétend défendre (et condamné à de nombreuses reprises par la justice !) ne devrait pas être tolérée et encore moins cautionnée par les Arméniens de France. Or la complaisance de certains acteurs de cette communauté envers de tels agissements illégaux encourage à terme d’autres violations du droit des auteurs et des traducteurs jusqu’à la disparition inéluctable de ceux-ci. Tout se passe comme si des intérêts ou des revendications communautaires étaient érigés au-dessus des lois et du respect élémentaire des auteurs et des traducteurs entre l’Arménie et la France. De toute façon, si ces réflexes intégristes et arriérés persistent, cela n’empêchera pas les candidats à l’arnaque éditoriale, eux, de se raréfier ! Ne resteront à terme dans cette communauté que les arrière-gardes complètement sclérosées.
    Trop rares sont ceux qui, comme toi, ont le courage et l’intelligence d’analyser en profondeur les tenants et aboutissants de la culture arménienne de diaspora. Personne d’autre que toi ne mesure et ne sensibilise autant le public sur les enjeux de la survie et de la diffusion de cette culture au bord du gouffre. La majorité silencieuse et la minorité des anonymes qui s’expriment sur internet (sans même avoir le courage de leurs opinions) ne réalisent pas l’importance de ton combat pour défendre avec des arguments sérieux les dérives nationalistes et mafieuses de la diaspora culturelle arménienne de France. Les internautes noteront que l’éditeur marseillais mis en cause ne répond jamais de rien ni à personne quand il est interpellé sur sa responsabilité. Ce genre de comportement méprisant fait évidemment partie du problème. Tu est pile dans le juste quand tu écris “le cynisme n’a d’égal que le mépris qui l’anime” à propos de ce véritable naufrageur de la littérature arménienne en France. Le comble est que cet éditeur – visiblement frustré de la création – détruit à terme la culture qu’il est censé défendre pour essayer d’obtenir une notoriété sur le dos d’auteurs et de traducteurs qui, eux, resteront pour leurs œuvres car eux, contrairement à lui, savent créer. C’est ce paradoxe que ne comprennent pas ceux qui le soutiennent encore.
    Tes propos et tes nombreux ouvrages sont là pour prouver qu’au-delà de la difficulté d’évoluer dans les affres de l’arménité, et à l’inverse de tous ceux qui se fourvoient dans les clichés mortifères de la culture arménienne, tu as su créer et construire passionnément une œuvre authentiquement universelle. Un grand écrivain arménien restera comme un grand écrivain seulement par son talent, non pour des revendications culturelles identitaires conjoncturelles. Contrairement à ceux de tant d’usurpateurs de la littérature arménienne, tes livres resteront et dépasseront les clivages pour s’imposer comme l’œuvre arménienne la plus proche de l’ambivalence de toute identité diasporique et, au-delà, de la complexité de l’identité humaine. Encore merci Denis pour ton engagement, tes analyses, ta créativité et l’immense richesse de tes textes.
    Olivia Alloyan

    Commentaire par Olivia Alloyan — 25 juillet 2017 @ 1:05 | Réponse

  8. J’ai lu cet article dès sa parution et me suis promis de faire un commentaire après bonne réflexion.
    Tout d’abord, je relève une partie de phrase de Varvara qui semble être la clé du problème soulevé par Denis :
    « …je me rends compte de l’importance de l’argent qui donne la liberté à ceux qui le méritent de faire des choses bien…avec conviction, foi en l’humanité et amour. »
    En effet, l’ARGENT est et sera de tous temps, le moteur et le moyen dans l’action. Sans argent, rien n’est possible ou si peu. La meilleure définition que j’ai trouvée sur l’argent est pour moi, celle de Rousseau dans ses Confessions, page 62 : « L’argent que l’on possède est l’instrument de la liberté, celui qu’on pourchasse est celui de la servitude. »

    Certes, c’est un idée à double face, car pour en avoir encore faut-il le chercher, d’abord par le travail, puis par tous les autres moyens, y compris ceux dont usent justement certains éditeurs ci-dessus nommés…
    Je comprends la révolte de Denis, mais au vu de la situation d’une diaspora en déclin de culture originelle, il me semble qu’il sera difficile d’inverser cette courbe.
    Les générations précédentes à la nôtre ont eu trop d’urgences à assumer, au détriment de la préservation de notre culture. La langue orale et plus encore, écrite, s’est appauvrie du fait de l’assimilation bien souvent voulue par elles-mêmes. « Sois fier de ton pays d’accueil, rends-lui hommage en adoptant sa culture, prouve que tu es un élément positif dans sa propre culture. »
    Des conseils que nous prodiguaient nos aînés trop contents d’être sortis de l’enfer pour une sorte de paradis inespéré.
    Pourtant, tout n’est pas perdu, effacé, oublié. Les technologies modernes permettent de diffuser notre langue d’origine par de nombreux canaux. Certes, je m’écarte un peu du sujet que j’ai pourtant bien noté : l’exploitation de traducteurs par des éditeurs peu scrupuleux.
    Pour ce cas précis, c’est en effet inadmissible, voire scandaleux mais cela rejoint la définition de l’argent ci-dessus, car tous les moyens sont utilisés y compris les plus malhonnêtes.
    Les assassins sont parmi nous, les dénoncer est une mission que Denis prend en main avec toujours la même fougue de sa plume acérée !

    Antranik

    Commentaire par Antranik — 26 juillet 2017 @ 2:59 | Réponse

    • J’avais déjà écrit, dans un autre article, que la question de l’argent pour le maintien de la culture devait être assumée par la communauté pour aider les éditeurs. Certes faire une collecte pour ça ne donnerait aucun résultat, la survie de la culture arménienne par le livre n’étant pas la préoccupation majeure des Arméniens. On voit d’ailleurs quels piètres décideurs littéraires sont les membres de jury chargés de remettre un prix à un écrivain ou plus généralement un pseudo écrivain. Et d’ailleurs sur quels critères distribuer l’argent de la diaspora aux éditeurs ?
      Cependant, il faut préciser que les éditeurs en question ne publient pas sans obtenir des aides substantielles de la part de diverses institutions françaises : Centre National du livre, Régions etc. Ces aides peuvent atteindre 3 à 4 000 euros sinon plus.
      Par ailleurs, les fondations pourraient systématiquement fournir ces aides, même minimes, à des éditeurs qui ont fait leurs preuves.
      Le problème est que ces mêmes éditeurs ne prévoient qu’une part infime ou nulle de leur budget pour rémunérer l’auteur ou le traducteur.
      Par ailleurs, les écoles arméniennes ou les maisons de la culture arménienne devraient valoriser les traducteurs en les invitant et en permettant un contact entre eux et le public ou même les élèves. Cela susciterait sûrement des vocations. Mais nos acteurs culturels, engoncés dans leur farouche besoin de survie par la reconnaissance du génocide, n’ont pas assez d’imagination pour penser ces choses.

      Commentaire par denisdonikian — 26 juillet 2017 @ 3:15 | Réponse

  9. L’argument économique évoqué ci-dessus ne suffit pas à minimiser la responsabilité des éditeurs. Tous les éditeurs de France et d’ailleurs connaissent ces difficultés à différents degrés et pourtant ils ne finissent pas tous devant les tribunaux comme les Editions Parenthèses. Il se trouve justement que l’ouvrage “Avis de recherche” a bénéficié en 2006 d’une aide à l’édition du CNL d’un montant de 4500 €. Or les Editions Parenthèses n’ont établi aucun contrat de traduction pour cet ouvrage (voir mon blog “Sur les pratiques d’un éditeur”) et n’ont, à titre d’exemple, “rétribué” l’adaptateur de l’intégralité des poèmes de cet ouvrage, Stéphane Juranics, qu’avec quatre exemplaires offerts, cela pour quatre années de travail ! Sans même parler de l’absence de mention du nom des directeurs de cette anthologie sur la couverture (où n’apparaît que le nom de l’éditeur, comme s’il avait, lui, dirigé cet ouvrage !) ni sur la page de titre (où les noms des directeurs sont mêlés à ceux des traducteurs afin de nier leur rôle), ce qui est un véritable scandale éditorial. Comme le dit Denis plus haut, C’EST UNE VÉRITABLE HONTE QUI RETOMBE SUR L’ENSEMBLE DE LA COMMUNAUTÉ ARMÉNIENNE DE FRANCE incapable de s’indigner qu’une personne non arménienne ait pu être ainsi traitée par un éditeur arménien après avoir passé quatre années (!) de sa vie à travailler avec une rigueur n’ayant d’égal que son talent de poète à faire connaître la poésie arménienne contemporaine en France ! Je n’accepterai jamais le silence complice et intolérable des Arméniens de France vis-à-vis d’un comportement aussi ignoble, effectivement digne des assassins de nos ancêtres !
    Quant aux institutions culturelles françaises (mentionnées dans les ouvrages aidés), elles ne peuvent contrôler la légalité des parutions qu’elles subventionnent mais elles sont informées de certaines violations au droit d’auteur. La plupart des petites ou moyennes maisons d’édition françaises établissent des contrats d’auteur ou de traducteurs en bonne et due forme, même lorsqu’elles ne bénéficient d’aucune aide à l’édition pour certains de leurs ouvrages !
    Les Editions Parenthèses, elles, n’établissent très souvent aucun contrat afin de rendre plus difficile aux auteurs le recours à une procédure juridique qui serait facilitée par un contrat à honorer. Mais, là où l’argument économique ne vaut pas pour cette maison d’édition marseillaise, c’est qu’elle n’hésite pas à perdre des dizaines de milliers d’euros en justice pour ne pas répondre aux demandes légales de ses auteurs et traducteurs ! Nous avons plusieurs témoignages accablants d’auteurs et de traducteurs qui ont dû se ruiner (en argent, en temps et en moral) pour faire valoir leurs droits auprès de cet éditeur qui, avec l’expérience de l’arnaque, sait froidement comment contourner ses obligations en terme de droit de la propriété intellectuelle. Certes ces auteurs et/ou traducteurs ont tous gagné leur procès contre les Editions Parenthèses (ils m’ont transmis leurs jugements), mais à quel prix ! Le recours à la justice est excessivement coûteux (au lancement de la procédure) et éprouvant, il en devient donc dissuasif pour certains auteurs aux revenus modestes, même en cas de violation caractérisée… Et Monsieur Arzoumanian est un mur quand il s’agit de s’expliquer avec lui. Quelqu’un devrait d’ailleurs dire à ce monsieur qu’il ferait des économies substantielles en rémunérant normalement les auteurs et traducteurs qu’il publie plutôt que de leur verser après coup des dommages et intérêts décuplés, de leur rembourser leurs frais d’avocats et d’huissiers et de régler les frais de justice auprès des tribunaux après avoir perdu chacun de ses procès contre eux. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de raison de préférer à tout prix publier un texte arménien en France chez un éditeur “dit” arménien. La collection “Arménies” de cet éditeur marseillais est un piège, un leurre pour d’éventuels candidats que j’ai souhaité mettre en garde avec mon blog. Blog que cet éditeur soucieux de son image a tenté, par voie d’intimidation, de me faire fermer (sans succès) tant les faits qui y sont relatés sont accablants pour lui !
    Olivia Alloyan

    Commentaire par Olivia Alloyan — 26 juillet 2017 @ 10:27 | Réponse

    • C’était au début de son travail d’éditeur. J’avais dû descendre à Marseille pour lui arracher une signature. J’étais sur le point de rater mon train, mais il a du le faire. Et c’est ce qui m’a permis de faire appel à un huissier. Cependant, l’éditeur s’est bien gardé de me donner toute la somme requise par le contrat, il en a gardé une partie.

      Mais le comble, c’est que les auteurs/traducteurs qui réclament leur dû, aux yeux de cet homme, ont eu tort de le faire. Nous avons tort de demander la juste rémunération de notre travail

      Enfin, je mettrai toujours en cause les responsables de la communauté qui ne stigmatisent pas un telle attitude, ne serait-ce que par écrit. Ceux qui défendent la culture arménienne s’accommodent de ce genre d’escroquerie. Et deviennent complices de la déliquescence de notre culture. Or, ce genre de méfait est multiplié partout chez nous, et tout le monde ferme les yeux car il n’est pas bon de faire le jeu de nos ennemis en tapant sur les nôtres, même à juste titre.

      Je voudrais dire aussi que l’indignation chez nous est à sens unique, elle ne s’adresse qu’aux Turcs. C’est une indignation relative, orientée, et pour tout dire une absence d’indignation. Or quand un peuple perd le sens de l’indignation, il perd aussi le sens de sa dignité. D’ailleurs, cet éditeur se frotte les mains. Le peu d’indignation dont font preuve les lecteurs de ce blog suffit à montrer que nous avons fini par ressembler aux escrocs qui nous manipulent.

      Commentaire par denisdonikian — 26 juillet 2017 @ 2:38 | Réponse

  10. J’ai récemment reçu à trois reprises des mails des Editions Parenthèses qui
    cherchent à me parler d’Arménie (mon adresse mail est mise en liste dans un
    envoi en nombre… vraisemblablement impersonnel).
    Voici ce que j’ai à dire à M. Arzoumanian :
    J’aurais apprécié vos annonces publicitaires et vos dires s’il n’y avait pas
    entre nous un gouffre des comportements : le mien — en tant que fils de
    Mekhitar Alloyan et Chouchan Melkonian, Mouchétsis rescapés du génocide de
    1915 — qui est d’encourager mes enfants à valoriser honnêtement la culture
    arménienne — je parle de poésie —, et le vôtre qui en est l’opposé, à savoir
    celui d’un éditeur sans conscience professionnelle, destructeur d’auteurs
    et/ou traducteurs en relations d’affaires avec vous, comme Denis Donikian,
    Alice Kéghélian, Stéphane Juranics, Olivia Alloyan et bien d’autres que vous
    avez honteusement maltraités et continuez à le faire.
    Alors c’est quoi ?
    C’est ce qu’il en reste en réalité : LA HONTE D’AVOIR DANS LA COMMUNAUTÉ UN
    INDIVIDU COMME VOUS qui se propose de faire de l’arménité un but louable.
    Non Monsieur. EN EXISTANT PAR LE VOL, VOUS N’EXISTEZ PAS !
    Vous faites à terme l’inverse.
    Lisez point par point tout ce que l’on dit de vous et qui restera dans la
    postérité QUAND VOUS NE SEREZ PLUS DE CE MONDE.
    Réfléchissez.
    Il n’est jamais trop tard pour bien faire.
    Tout simplement.
    Maurice Alloyan

    Commentaire par Alloyan Maurice — 28 juillet 2017 @ 1:50 | Réponse

    • Cher Maurice, d’une certaine manière, ce type est un produit de la nation arménienne. Dans notre histoire, il y en a eu beaucoup. Même quand les Arméniens cherchaient à se défendre contre leurs ennemis traditionnels. Et pour corroborer ce que je dis, il suffirait de souligner combien ce débat suscite peu de réactions de la part des lecteurs de ce blog. Pratiquement aucun, proportionnellement aux dégâts qu’ont entrainés les méfaits de cet « éditeur ». Cette indifférence constitue une sorte d’encouragement à reproduire les manquements à la morale qui sont dénoncés. Même si, dans les mains d’un tel margoulin, la culture arménienne n’est devenue ni plus ni moins qu’une putain qu’on paye de quatre livres et qu’on baise jusqu’à la mort. De là à espérer que cet homme change dans un sursaut de conscience hypothétique, c’est demander à une vache de chanter comme un rossignol. Non. Le mal est à la fois culturellement propre à notre communauté et intrinsèquement propre à cette personne.
      Regardez l’Arménie.
      Même le catholicos a des avoirs de l’ordre de 1,1 million de dollars dans la banque HSBC. Notre cher catholicos, celui qui s’enrichit sur la naïveté de la diaspora, et serait prêt à laver les pieds du plus humble des Arméniens.
      Je regrette d’être de ceux qui ne voient que le verre à moitié vide. Mais depuis que je fréquente l’Arménie et certains de ses ressortissants, soit une quarantaine d’années, ce sont mes larmes seules qui pourraient faire déborder ce verre.

      Commentaire par denisdonikian — 28 juillet 2017 @ 2:56 | Réponse


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