Ecrittératures

14 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (11) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 6:25

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Le point de vue du berger

 

Où je fais paître mes moutons ? Mais là, dans cette plaine, entre la route et la frontière. Ça fait des années que je fais ce travail… Des années… Quoi ? De la chance ? Et pourquoi donc ? Parce que je travaille devant le Tarara ? Si l’on veut ! Si l’on veut ! C’est un endroit comme un autre après tout. Toi, tu est bouche ouverte devant cette montagne, tu trouves probablement qu’il n’y a pas plus beau au monde. Mais moi, ce serait devant une belle voiture allemande, genre Mercedes, que je tomberais en extase. Après tout, ce n’est qu’une montagne. Nous n’allons pas en faire un khorovadz (1) pour ça. Elle est de l’autre côté de la frontière ? Mais qu’elle y reste ! Ça changerait quoi si elle était chez nous ? Ce n’est pas moi qui ferais grimper mes moutons sur ses pentes ! Ah ça, non ! Crois-moi. Pas à mon âge. Pas moi non plus qui me battrais pour qu’elle nous revienne. Une montagne, ça va, ça vient… Une fois chez nous, une autre fois chez eux. La seule chose qui me plaît, tu vois, c’est qu’elle nous cache ce qu’il y a de l’autre côté, le cul de notre ennemi. C’est vrai qu’en même temps elle nous laisse imaginer tout l’arrière-pays où les nôtres avaient habité. Mais elle est là comme un mur, et c’est tant mieux. Elle mène sa vie de montagnes et nos histoires ne l’intéressent pas. Pour ma part, je vis avec mes moutons parce qu’ils me font vivre. Le reste, c’est de la poésie pour les touristes de ton genre. Rien de plus. C’est un tas de pierres, cette montagne ! C’est tout ! Un gros tas de cailloux pour nos poètes. Et tralala, et tralala… Avec ce genre de tralala, on en a fait des guerres ! Mais les poètes ne les font pas, eux. Ils se contentent de mettre le feu aux esprits, bien assis dans leur fauteuil. Tiens, demande à mes moutons ce qu’ils en pensent de ton Tarara ! Eh bien moi, je pense comme eux. Bééééé…

 

  • – Viande grillée

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

 

 

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2 commentaires »

  1. Ce berger, j’en ferais volontiers mon ami !
    Son point de vue reste pragmatique, une vision saine de ce qui est et non pas ce qui pourrait être, surtout à quel prix ?
    Cette montagne, ils l’ont pour l’avoir volée, mais elle leur pèse sur l’estomac et la tête.
    Qu’ils la gardent, comme un furoncle sur le visage !

    Commentaire par antranik — 14 novembre 2017 @ 8:40 | Réponse

  2. En tout cas, j’ai Hayoutyoun sous la main et je me délecte à lire et à relire d’autres point de vu. C’est une vraie mine d’or ce bouquin !!
    Merci Denis. Bonne journée. 😉✋️✋️✋️☀️☀️☀️Même si ça semble couvert et Gris!

    Alain

    Commentaire par Alain BARSAMIAN — 15 novembre 2017 @ 7:27 | Réponse


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