Ecrittératures

23 septembre 2018

Le vol des oligarques

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 5:05

Prise de Bec

20180917_082300
*

Les oiseaux volent légers contrairement aux oligarques qui ne volent
que du lourd. C’est pourquoi selon la nature des choses, les oiseaux
n’entreront jamais dans le clan des oligarques, ni les oligarques dans
la catégorie des oiseaux. Ce sont deux mondes qui s’ignorent, quitte à
ce que le vol d’un oiseau puisse faire ici ou là l’admiration d’un
oligarque comme celui d’un pygargue en train d’emporter un agnelet pour
le dévorer. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : on ne verra jamais un
pygargue s’en prendre à un coffre-fort. Le monde naturel est ainsi fait
que les oiseaux restent dans l’ordre des oiseaux. Alors que toute
oligarchie qui se respecte ne connaît pas d’autre ordre que celui du
désordre. L’oligarchie est une anarchie.

Un oiseau dans les airs vole comme sur du velours. Ca glisse et ça
lisse. L’oiseau se laisse porter par les airs ascendants et économise
ainsi son énergie. En revanche, l’oligarque adore les messes basses et
les basses besognes, quitte à descendre le moindre péquenot qui veut
faire obstacle à l’empire de sa graisse. Et pourtant, le pire que
devrait apprendre à redouter un oligarque, ce sont les réunions
sauvages de tous les péquenots qu’il a dégommés, mais pas assez pour
leur ôter l’envie de lui voler dans les plumes. Ainsi surgissent les
révolutions que l’oligarque n’a pas vu venir tellement elles avancent
en silence en jouant sur du velours. Tant qu’elles se produisaient sur
les places publiques pour divertir le peuple, ces furies faisaient
sourire les oligarques en train de compter leurs grosses voitures, de
nourrir leurs bêtes exotiques ou de baiser une pute pour se donner de
l’extase à vil prix.  Mais dès lors que le peuple trop longtemps violé
par les prédateurs de tout poil s’est mis en tête de bousculer le
désordre établi, les oligarques ont aussitôt appliqué leur plan B en
prenant le premier vol  pour une capitale du capitalisme. Ne vous y
trompez pas, ceux qui font profil bas dans les aéroports, ce sont des
oligarques (par exemple, les dasnaks ne font jamais ça vu qu’ils n’ont
aucune honte à s’exposer à poil de face ou de profil). Généralement,
ils se choisissent la meilleure place : près d’un hublot pour voir les
grands oiseaux voler un temps de concert avec leur avion en phase de
décollage jusqu’au moment où ils seront lâchés loin derrière. C’est
alors qu’ils se sentent soulagés et qu’ils peuvent commander un verre
de cognac à l’hotesse qu’ils se promettent de baiser dans les
toilettes, même si les oligarques de gro/as gabarit du genre Dodi Gago,
notre sumo bien-aimé, savent qu’à deux ils ne pourraient  pas s’en
tirer dans un espace aussi étroit. Ainsi quittent leur patrie les oligarques sachant qu’ils n’ont jamais eu d’autre patrie que l’argent. Alors que la seule patrie des
oiseaux, c’est l’air. L’air vaste et libre qui permet d’errer à sa
guise d’un pays à l’autre. Car les oiseaux, êtres marinés d’azur par
excellence, ne connaissent pas les frontières sinon pour les
transgresser. Une cigogne ne sera jamais arménienne ni turque, ni
africaine ni alsacienne. Ce sera toujours une cigogne sans autre
territoire que celui que lui accorde la transcendance du vol, à savoir
le grand espace ouvert jusqu’à l’horizon derrière l’horizon. Alors
qu’un oligarque qui ne peut plus voler ici, volera ailleurs,peu
importe le pays pourvu qu’il fasse son nid. C’est tout lard du cochon
que d’être constitutif de son amour du monde. Lui non plus ne connaît
pas de frontière. D’ailleurs, c’est le seul point qu’il partage avec
les oiseaux.

Pléneuf Val André, le 18 septembre 2018

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Un commentaire »

  1. Quelle envolée !!!
    Et ils y en a tant d’autres de par le monde et dans chaque pays.
    Tiens, le nôtre par exemple, où les oiseaux deviennent plus rares mais où les drôles d’oiseaux prospères font leur nid dans les plus grandes institutions. Celles-là mêmes que les péquenots leur ont bâties, à coup de bulletin de vote.
    Il y a des révolutions qui se perdent…

    Commentaire par antranik — 23 septembre 2018 @ 6:56 | Réponse


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