Ecrittératures

2 octobre 2019

Please, n’interrompez pas celui qui pisse !

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 5:32

vidures-2

Ça commence comme ça, juste après une citation de Mao Tsé Toung, un beau jet de pipi sur une fourmilière. Celui de Rod Steiger dans «  Il était une fois la révolution ».

Ceux qui ont lu « Vidures » doivent se souvenir qu’au tout début mon personnage pisse lui aussi sur une fourmilière, mais en dirigeant son jet sur Erevan, au loin, en contrebas.

Il se trouve que j’avais vu le film avant d’écrire mon livre.

Mais cette idée de pipi sur une fourmilière est née dans mon inconscient. Probablement, j’ai dû faire ça dans ma jeunesse, associant le bonheur à la source d’un soulagement à la cruauté finale d’un déluge d’urine.

Or, cette métaphore agit comme un introït essentiel dans l’histoire du film et de mon roman. A savoir que si les malheureuses fourmis subissent une violence tombée du ciel, c’est pour signifier que toute révolution est forcément violence, comme le dit la citation liminaire de Mao Tsé Toung. Dans mon livre, les fourmis qui subissent la violence d’une société détraquée, ce sont les chiffonniers qui travaillent en permanence sur la décharge, dans un déluge d’ordures.

Qui n’a pas « lu » cette métaphore ne peut rien comprendre au livre. Il ne peut pas comprendre les violences que les chiffonniers vont subir à la fin du roman et qui rappellent celles du 1er mars.

Or, il se trouve que « Vidures » a été présenté à l’époque par notre radio Naphtaline nationale, à savoir radio AYP, dans une émission dite « littéraire » intitulée «  Au fil des pages », et présentée par deux jeunes femmes, l’une comme critique, l’autre comme liseuse. Par charité, je tairai ici leurs noms afin de n’avoir à prendre personne pour cible. Et d’ailleurs, je n’ai jamais refusé à quiconque le droit de ne pas aimer mon livre, faute de ne pas pouvoir le comprendre.

Non, ça non !

En revanche, j’attends de mon lecteur qu’il respecte mes droits d’écrivain, ceux de pouvoir dire et écrire ce qu’il veut et comme il le veut. Le premier de ces droits étant le respect de mon texte.

Or, après une approche initiale du roman par la présentatrice, la « liseuse » se met à lire les premières lignes du texte sur le pipi. A peine a–t-elle entamé sa lecture qu’elle s’arrête. On se dit qu’elle va boire une gorgée d’eau, que ça lui racle dans la gorge. Quoi de plus naturel que d’avoir soudain soif ou des gratouillis dans le gosier ! Mais, l’interruption n’est pas d’ordre naturel, c’est une interruption culturelle. La liseuse, alors qu’elle n’a que le droit de se taire et seulement celui de lire ce qui est, s’interrompt pour dire : «  Vous savez ! Ce n’est pas moi qui parle, c’est l’auteur ! » Comme si on ignorait que c’était Denis Donikian qui avait écrit ces lignes. Mais le dire signifiait que cette cochonnerie urinaire qui vient sous la plume de son auteur, merci au lecteur de ne pas  m’en rendre  responsable. Le cochon, c’est lui, l’auteur. Pas moi.

Il se trouve que ce même passage aura été lu par Tania de Montaigne dans une émission sur France-Inter d’Alexandre Héraud, intitulée «  Ouvert la nuit ». Et Tania de Montaigne l’a lu sans interruption, et même en faisant des efforts pour le lire bien. C’est-à-dire pour respecter un texte vivant.

Cette anecdote en dit long sur la mentalité des Arméniens. Là où les Français lisent, les Arméniens interrompent. Là où les Français respectent, les Arméniens crachent dessus.

C’est dire que notre culture est malade. C’est dire aussi, comme je l’ai toujours proclamé, que les Arméniens n’ont aucun respect pour leurs auteurs, sauf s’ils parlent de génocide ou de cuisine. C’est qu’ils ne salivent que sur les morts et sur la bouffe. De là à dire que l’Arménie est une civilisation du livre, mon cul !

Laissez-moi ajouter que jusqu’à aujourd’hui, cette interruption intempestive dans mon texte continue de me blesser. Et croyez-moi, celle qui a fait ce gros caca n’est pas près de  s’en excuser.

Denis Donikian

3 commentaires »

  1. Mon cher Donabed , tu râles comme tu pisses , avec colère , abondance et volupté !

    Commentaire par Donig — 2 octobre 2019 @ 5:57 | Réponse

  2. Denis, tu as l’art de remettre les choses à leurs places, tu le fais à merveille et tu as BIEN raison. Que dire de plus, sinon de rappeler à ceux qui n’ont pas lu VIDURES de le lire…Et pendant qu’ils le liront ça leur évitera de s’empiffrer de sarmas, de beureks,voir de lokoum, de paklava et autres gourmandises…

    Commentaire par Barsamian Alain — 2 octobre 2019 @ 9:13 | Réponse

  3. Cher Denis,
    Pour avoir lu « Vidures » dès sa parution, permets-moi de dire que peu d’auteurs arméniens peuvent prétendre avoir décrit la société arménienne avec autant de justesse.
    Ce regard porté sur un pays enfermé aussi bien dans sa réalité que dans ses espérances, il a dix ans, avait de quoi susciter une colère sourde que tu as traduite dans le contenu du livre.
    Mais il arrive qu’on soit souvent dérangeant, et se voir rejeté au nom de la bienséance et de la pensée correcte.
    Que ceux qui ne comprennent pas se privent d’émettre des critiques…

    Commentaire par antranik — 2 octobre 2019 @ 2:53 | Réponse


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