Ecrittératures

24 novembre 2019

COMMENT J’AI RENCONTRÉ le FALSTAFF de TIFLIS

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:39

Photo Jean-Luc Schloeder copyright

 

( Introduction à une réédition des Chevaux Paradjanov, à paraître en édition bilingue, en 2020, chez Actual Art)

Avant ma rencontre

La première fois que le nom de Paradjanov est parvenu à mes oreilles, c’était en 1969. J’étais alors étudiant à Erevan en année préparatoire, ou nakhapatrastakan, dans une classe réservée aux étudiants arméniens de l’étranger. L’Arménie accordait alors des bourses pour tous ces jeunes de la diaspora qui désiraient faire des études au pays. De sorte que je fus le premier étudiant venu de France où j’avais terminé un premier cycle d’études universitaires. Je revois encore notre professeure de russe entrer en classe, dans un état d’excitation inhabituelle. Incapable de retenir son prurit mental, elle se lâche : la veille, elle a vu en avant-première le film d’un génie. Ce film, c’était « Nran Gouyne ». Peu de temps après, ce fut mon tour de le visionner dans une salle de la capitale, probablement dans sa version originale, celle que Youtkevitch allait modifier. J’étais avec mon cousin. Nous avons alors assisté à une véritable contagion : les spectateurs décrochaient un par un et quittaient la salle. A telle enseigne qu’on se sentait un peu idiot de rester. C’était tellement nouveau, que nous n’étions pas mûrs pour une telle œuvre.

Par la suite, à Kiev, où j’étais enseignant en 1972 et 1973, une coopérante française, travaillant à l’université, nous annonça que Paradjanov serait présent à une soirée à laquelle nous étions invités. Malheureusement, cette soirée n’a pas eu lieu. Mais un soir, une collègue française de l’Institut pédagogique nous conduisit dans une salle périphérique de Kiev pour voir Les Chevaux de feu. Par la suite, il se trouva que cette collègue, mariée à un Ukrainien, devait fournir des mouchoirs et du papier à dessin à Paradjanov par l’intermédiaire de son beau-frère qui était dans la même prison que lui. (Paradjanov y avait été arrêté le 17 décembre 1973 tandis que son procès aura lieu le 25 avril 1974). C’est l’un de ces mouchoirs, dessinés de la main même de Paradjanov que nous présentons dans ce livre.


                                                                                         Paradjanov roi, de D. Donikian

Le déclenchement de la campagne en France en faveur de Paradjanov vint avec une note du « Nouvel Observateur » le 12 juillet 1975. Cette campagne s’est amplifiée lors du Festival de Cannes en 1976 par un appel urgent aux cinéastes du monde entier pour demander la libération de Paradjanov. Le soutien de la communauté arménienne de France se concrétisa aussitôt par la création du Collectif Paradjanov qui avait son siège à Marseille, plus précisément dans les bureaux des éditions Parenthèses dont le directeur était Varoujan Arzoumanian. En rapport direct avec Varoujan, je mène campagne dans ma région. J’eus alors l’occasion d’alerter par téléphone Yves Montand qui me conseilla de m’adresser à Jack Lang. C’est dans ce climat que je commence à écrire Les Chevaux Paradjanov. A ce moment-là, plusieurs interventions de haut niveau, dont celles de Jean-Louis Bory, Louis Aragon et Lili Brik, permirent à Paradjanov d’être libéré, soit le 30 décembre 1977.

De mon côté, la part poétique des Chevaux Paradjanov étant terminée, je commençai à songer à une publication à compte d’auteur. Varoujan Arzoumanian me propose une couverture que je trouve magnifique. Or, à ce moment-là, en janvier 1980 paraît dans le Monde Dimanche le compte-rendu d’une rencontre de Paradjanov avec deux jeunes Arméniens de France. Paradjanov y fait part de son activité de peintre tandis qu’il est interdit de travail comme cinéaste. Brusquement me vient l’idée de rencontrer Paradjanov à Tbilissi, chez lui, malgré le risque d’être repéré par tous ceux qui avaient en charge de le surveiller. En avril, je pars pour Erevan comme accompagnateur au profit de l’agence Sevan Voyage. A Erevan, je fais une demande de visa de deux jours pour Tbilissi, sous prétexte que mon agence de tourisme m’avait chargé de faire un travail exploratoire. On me donne ce visa et je me trouve, le 12 avril, à Tbilissi, rue Koté Meskhi où vit Paradjanov.

Au fond d’une ruelle montante, se dressait une maison typique des lieux, avec un escalier de bois et un balcon qui courait le long du premier étage. Dans la cour du rez-de-chaussée, se trouve un bassin aux faïences fatiguées, avec une vasque d’où devait jaillir une eau également fatiguée.  Juste derrière, se trouve un cagibi très étroit. J’apprendrai plus tard que c’était là que dormait Paradjanov, comme un lapin.

 

Pendant la rencontre

Le cinéaste m’apparaît pour la première fois en compagnie de deux militantes françaises, l’une membre d’Amnesty International et l’autre du Comité des mathématiciens pour la libération de Leonid Pliouchtch. Puis il disparaît avec les deux jeunes femmes dans les ruelles du vieux Tbilissi, me laissant seul avec son neveu. Pour moi, comme la première fois à Kiev, la rencontre commence par une non-rencontre. Même si Paradjanov m’assure qu’il sera bientôt de retour. Au lieu de perdre mon temps, j’en profite pour filmer l’intérieur de l’appartement de sa sœur qu’il a transformée en musée Paradjanov avant la lettre. On trouve sur les murs des collages, des lettres dont celle de Fellini, des photos de ses parents… Une sorte de bric-à-brac qui montre la lutte du cinéaste contre le désœuvrement où les autorités l’ont plongé après sa sortie de prison. Sachant que Paradjanov ne reviendrait pas de sitôt, son neveu quitte les lieux. De retour, Paradjanov, étonné par ma patience, me retrouve chez lui sur son balcon. Nous commencerons un bout de conversation avant que je prenne la décision de revenir le lendemain.

Cette fois Paradjanov est disponible. Notre conversation se déroule en arménien. Contrairement à ses habitudes Paradjanov parlait avec aisance en arménien oriental, auquel, moi qui venais de l’arménien occidental, je m’étais familiarisé après mon année et demie d’études à Erevan. S’est joint à nous Jean-Luc Schloeder venu seul mais avec la protection d’Amnesty International. Jean-Luc sera resté quatre jours auprès de Paradjanov, soit deux jours de plus que moi. Et il en profite pour prendre des photos de nous, dont une sur le balcon avec pour fond la composition d’un couple du Zanguézour. Et puis, Paradjanov s’empare de ma caméra et commence à filmer son lieu de vie. Il sait qu’il n’y a pas mieux qu’un film pour écrire un destin. Il m’offre ensuite de le filmer et fait le fou dans l’escalier de bois en manipulant un parapluie. Ce qui frappe, c’est la vivacité esthétique de son esprit, sa boulimie créatrice, son incessante envie de créer des choses. Ainsi, à peine a-t-il reçu une carte postale de l’étranger qu’il commence à la brûler sur les côtés pour en faire un objet Paradjanov. Pour Jean-Luc, il ouvre les tiroirs de sa commode, prêt à lui offrir une de ces vieilleries d’église qu’il a toujours collectionnées. Mais c’est comme s’il négociait un service, celui de faire passer un film à l’occident. Jean-Luc, visiblement mal à l’aise, va protester, estimant que ce serait dangereux tant pour lui que pour le film.

L’heure étant venue de déjeuner, nous faisons un détour sur la tombe de Sayat Nova avant de rejoindre le centre-ville. Un moment émouvant, surtout pour lui, qui voue un culte esthétique au passé arménien.

Dans la stolovaïa où nous déjeunons, Paradjanov fait encore preuve de boulimie. On dirait qu’il tient à rattraper ses années de privation où tout avait un goût de mort et de désespoir. Ce jour-là, si mes souvenirs sont bons, il nous révélera qu’il était diabétique. Mais l’homme n’en aura cure et je sais que j’ai éprouvé une sorte de désolation à le voir malmener son corps sans retenue.

Déambulant dans les rues du centre-ville, il cherchera à nous surprendre en nous conduisant sous les fenêtres de Gaïané Khachaturian, femme-peintre. Derrière une fenêtre grande ouverte pour travailler en pleine lumière, Gaïané est tournée vers sa toile quand Paradjanov l’interpelle depuis le trottoir d’en face. Une conversation joyeuse se déroule entre les deux artistes. Jean-Luc en profite pour prendre une photo, regrettant qu’il n’ait plus de pellicule couleur.

Dans la ville, Paradjanov fait le pitre. Il avise un vieil homme, cherchant à vendre des chaussures. Paradjanov s’en empare et se pointe dans l’entrée d’un supermarché pour le proposer aux clients. Riant et généreux comme ce Falstaff dont Orson Welles dira : « Pour moi, c’est l’un des seuls personnages de toute la littérature dramatique qui soit fondamentalement bon. Sa bonté est essentielle, comme le pain, comme le vin. Il resplendit d’amour et il demande si peu qu’en fin de compte il ne reçoit rien du tout. » Paradjanov joue comme si pour lui tout était cinéma, transformant le réel en images de film sous l’œil omniprésent d’une caméra fantôme.

Ensuite, il m’a fallu reprendre l’avion. De retour à Erevan, mon cousin m’attendait dans l’angoisse, sachant que j’avais pris de gros risques. Pour moi, j’avais accompli ma mission. J’avais mon interview, des photos et un film.

 

Après la rencontre

De retour en France, je m’attelle à reproduire l’entretien qui paraîtra dans le Journal  Quotidien Rhône-Alpes (numéro 1025 du mercredi 21 mai 1980 sous la signature de R.D.). Comme prévu, cet entretien figurera à la fin du poème Les Chevaux Paradjanov. Un graphiste de l’institut où je travaille fabrique le livre à mes frais, à 100 exemplaires. Livre de ferveur, bouée de sauvetage au bénéfice d’un grand artiste menacé d’extinction, Les Chevaux Paradjanov  aura  probablement été évoqué ici ou là dans des cercles fermés et même acheté par des curieux pour qui importait que le cinéaste continue d’exercer son métier. Aujourd’hui encore, si j’en tire une satisfaction personnelle, c’est d’avoir transpiré pendant deux ans pour l’écrire et d’avoir risqué gros pendant deux jours à Tbilissi pour rencontrer le personnage qui devait tant me servir comme modèle par la suite. Souvent, il m’arrive encore de me dire que ma petite vie aura contribué à sauver une autre vie, celle d’un homme qu’il fallait tirer de l’enfer pour le rendre à l’humanité.

Toujours est-il que le prolifique Paradjanov aura sur le moment fécondé mon esprit, puisque ma rencontre suscitera un film, des nouvelles, des poèmes, des dessins…

Paradjanov s’éteindra 10 ans plus tard à Erevan, terrassé par un cancer. Une dernière fois, il sera passé par la France pour se soigner. Un passage de la dernière chance. Les Arméniens vont lui réserver des funérailles populaires comme s’ils découvraient qu’ils avaient mis au monde un enfant de génie. Un musée à Erevan, tenu par Zaven Sargsyan, lui sera consacré qui concentre tout ce qu’on avait de lui et sur lui.  Je devais m’y rendre après sa mort et montrer au directeur la photo d’un mouchoir dessiné par le maître et qui restera dans un cadre accroché au-dessus de mon bureau, comme si je comptais ainsi travailler sous son ombre tutélaire et la bénédiction de son énergie créatrice.

Pourtant, la figure de Paradjanov va rester en sommeil dans mon esprit durant de longues années, celles que me prendront mes occupations ordinaires. Mais l’esprit de Tbilissi va resurgir un jour, sans crier gare, sur la presqu’île de Giens, face à la mer, non loin de la pierre tombale de Saint-John Perse. Ce jour-là, j’ai vu monter comme une germination, celle de l’empreinte laissée en moi par le Paradjanov d’avril 1980. Pour la première fois, j’ose, mes craintes me quittent, la veine plasticienne de mon adolescence reprend brusquement du service, je dessine… Homme sans école, je bricole, je colle, je m’en remets aux couleurs pour me lancer dans une nouvelle voie. Sans chercher à faire de l’art, mais dans le seul but de chercher et de faire. Comme le fit Paradjanov avec sa carte postale. Et je m’émerveille en toute naïveté d’avoir franchi un cap. Probablement je devais à Paradjanov de m’être aventuré dans le collage (que j’appellerai bris-collage), la peinture sans pinceau, la sculpture à colle,  en utilisant des matériaux inédits et que lui ne connaissait pas. Jusqu’au jour où mes œuvres vont occuper la moitié de notre salon et où se fera sentir la nécessité de trouver un lieu pour donner libre cours aux eaux souterraines qui dormaient en moi. Ce lieu, une fois trouvé, un atelier de 140 m2, mes délires ne vont plus arrêter. Mais je me devais de très vite quitter les rives du maître pour pénétrer sur de nouveaux sentiers en associant écriture et arts plastiques dans une même œuvre. Ainsi sont nés : Sismographies, Fragments de figures apatrides, Un Nôtre Pays, Poteaubiographie, Un cercle d’histoire. Sans compter les installations à L’INSA de Lyon et à Morsang-sur-Orge où je mêlais musique, écriture et arts plastiques.

 

Les Chevaux Paradjanov

Coup sur coup, mes Chevaux vont sortir de leurs limbes sous la forme de deux traductions, l’une, en 2018, en espagnol par Ana Arzoumanian et Cristina Bourette (Ed. Leviatan, Buenos Aires), l’autre, en arménien, par Lilit Mnasatkanyan, prévu, au moment où j’écris, pour une parution à Erevan, chez Actual Art en 2020.

Étrange chose que la lecture de ce texte, quarante ans plus tard. Au fur et à mesure, m’accompagne le sentiment qu’il aurait été écrit par un autre. D’autant qu’aujourd’hui ma tendance est d’aller vers l’aphorisme minimaliste, le texte court, la retenue… Les chevaux Paradjanov est dans un style qui m’est devenu étranger et inaccessible.

Mais  je pense savoir pourquoi.

Au moment où j’écris Les chevaux Paradjanov, je suis imprégné par deux influences majeures : celle de Saint-John Perse et celle de Soljenitsyne. Mais aussi, plus sournoise, celle des tableaux mobiles-immobiles de Couleur de la Grenade (Nran Gouyne). Saint-John Perse pour ses fulgurances amples et précieuses. Soljenitsyne pour son combat contre le mensonge soviétique. Ainsi se dessine la figure de mon Paradjanov, un homme dont la fertilité artistique  souffre d’être encagée par l’idéologie délétère de son temps. Nul doute que Paradjanov n’ait éprouvé de ces bouffées d’une conscience aliénée telles que j’ai essayé de les formuler dans mon poème. Mon Paradjanov devient le porte-parole d’une humanité décérébrée, prise dans les fers de l’orthodoxie communiste. Sa parole sombre, issue des enfers de l’aliénation mentale et physique, vibre sous les poussées de son esprit.

Pour autant, le vrai Paradjanov ne saurait s’être constitué sous les tribulations d’une quelconque dissidence. Paradjanov l’a toujours déclaré. Tout en paraissant éloigné de la dissidence, Paradjanov se présente  seulement un artiste interdit de création, en l’occurrence un cinéaste en manque de caméra. C’est cette terrible frustration qui transparait de notre conversation dans le sens où les projets qui se bousculaient dans sa tête se heurtaient tous à l’impossibilité de les réaliser. Cette contrariété allait jusqu’à provoquer chez lui une impression de mort permanente, même si, comme pis aller, il donnait vie à sa créativité  par les collages et les dessins. Mais ni les collage ni les dessins ne pouvaient combler son  besoin de caméra. Et Dieu sait si cet empêchement qui le rendait malheureux et dans lequel l’avaient plongé ses bourreaux ne fut pas à l’origine de son cancer.

Il reste que mes Chevaux vont devoir affronter les paradoxes que rencontre toute lecture d’un texte fiévreusement poétique. Le mien ne s’interdisant aucun dérèglement, aucune dérive, aucune limite, sauf à se soumettre aux impératifs du langage et de sa grammaire. De fait, lire les délires de ce poème, comme n’importe quelle poésie qui jouerait sur la subversion des clichés et des images, conduit à l’attaquer de deux manières possibles, si antagonistes que le lecteur soit en sortira perturbé en raison des associations de mots qui échappent aux logiques ordinaires, soit il opérera une entrée coextensive aux métaphores qui débordent de tous côtés. En effet, l’esprit rationaliste sera forcément rebuté par les audaces qui émaillent le texte de part en part. Or, qu’est-ce que la poésie sinon une pratique audacieuse du langage ? Dès lors, il importe de pénétrer dans la chair du texte jusqu’à s’en pénétrer. « Enivrez-vous ! » disait Baudelaire. Enivrez-vous de la fougue sauvage qui traverse la langue ! Poussez jusqu’à vous fondre dans l’innocence et la virginité d’une imagination en état de bouillonnement ! Mais tant que le lecteur restera confiné à l’intérieur de son orthodoxie cartésienne, tant que s’établira entre lui et les mots une distance, une crainte, une méfiance, il aura du mal à apprécier un poème qui vise à être une fête de l’esprit par une défaite de la raison. C’est que la poésie se situe au-delà de toute poésie. Elle n’est pas dans les mots seuls, mais dans les espaces entre eux qui constituent autant d’échappées vers des vérités inconnues.

Curieusement, chaque fragment des Chevaux me donne l’impression d’avoir été construit comme les tableaux filmiques de Paradjanov où une image figée se déconstruit et se reconstruit elle-même par l’introduction du mouvement. Mais le mouvement chez Paradjanov relève du frémissement des lignes. Rien à voir avec le scénario classique qui mime l’activité humaine. Les scènes à la Paradjanov sont des morceaux de vie épurés, sinon esthétisés à l’extrême. Au point qu’on peut se demander si Paradjanov savait écrire un scénario tant il s’en éloigne pour explorer une voie qui n’aura jamais été osée dans toute l’histoire du cinéma. On peut dès lors se demander si la censure n’a pas joué le même rôle que joue la contrainte voulue et recherchée comme chez les tenants de l’OuLiPo. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une contrainte, sinon une censure qu’on décide de s’appliquer ? Paradjanov, en rusé petit Arménien, a su faire de la censure soviétique qu’on lui imposait un avantage. Nous dirons même qu’il a élevé la censure au rang d’art à part entière.

Quelle contrainte l’auteur des Chevaux Paradjanov s’est-il imposée, me demanderez-vous ? En toute apparence, le vers libre avance tandis que l’auteur place ses mots sur la portée en respectant cette petite musique intérieure qui le guide. Durant deux années, j’aurai vécu dans la démesure que m’inspirait mon sujet. Mais la démesure ici est contenue par la conscience d’une tonalité à restituer. C’est cette tonalité, empreinte de solennité et d’extravagance, qui m’a tenu en haleine pendant mon travail.

Je me réjouis qu’une traductrice comme Lilit Mnatsatkanyan soit entrée dans le texte avec autant d’aptitude et d’empathie. La version arménienne des Chevaux Paradjanov produit en moi une résonance particulière qui semble donner voix à Paradjanov, que ce soit le vrai Paradjanov ou le Paradjanov fictif. Toujours est-il que tous ces travaux autour de lui restent l’objet d’une ferveur qui contribue à le rendre vivant.

Denis Donikian, Novembre 2019.

Photo de Jean-Luc Schloeder, copyright

6 commentaires »

  1. Magnifique Denis ! Ce sont des souvenirs et un témoignage recueillis au prix d’un courage et d’une volonté certaine de vivre des moments exceptionnels dans la vie d’un homme . Merci de nous les avoir passés . Abriss !

    Commentaire par Donig — 24 novembre 2019 @ 7:23 | Réponse

  2. Merci pour ce beau témoignage cher Denis

    Commentaire par Christine — 24 novembre 2019 @ 7:42 | Réponse

  3. Merci pour ce beau témoignage cher Denis

    Commentaire par Christine — 24 novembre 2019 @ 7:42 | Réponse

  4. Tout simplement… merci Mekhit !
    A. B.

    Commentaire par Alain Barsamian — 24 novembre 2019 @ 8:55 | Réponse

  5. Merci Denis.
    La vie et le parcours de chacun sont jalonnés de rencontres parfois exceptionnelles.
    Celle que tu as vécue est certainement ancrée dans ta mémoire, mémoire que tu partages avec tes écrits que nous avons la chance de lire.

    Commentaire par antranik — 24 novembre 2019 @ 11:10 | Réponse

  6. Ce qui frappe dans cette belle photographie en noir et blanc c’est la puissance, la force de Paradjanov. Un magnétisme communicatif. Que vous avez en partage.
    Dans ce regard tout le courage et aussi toute l’ironie d’un témoin du chaos du monde et aussi de ses miracles humains.

    Georges

    Commentaire par George — 9 décembre 2019 @ 8:40 | Réponse


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