Ecrittératures

30 novembre 2020

9 –  » Où je meurs renaît la patrie  » (Louis Aragon). Nous étions trois cent deux…

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:42

Pour Lilit M.

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Nous étions trois cent deux, frères de feu et de sang

Pris à vifs sous le mors à broyer de la guerre

N’ayant pas d’autre nom que celui de la terre

Qui fit de nous la chair qu’à défendre on consent

*

Ma terre est belle à boire et me rend ivre

Qui aujourd’hui fait de nous ses soldats

Quitte à pleurer le sang dans les combats

Pleurer le rire et la douceur de vivre

Nous étions trois cent deux sous l’assaut des bouchers

Le ciel crachait sur nous ses vacheries de fer

Et les phosphores bleus nous dévoraient les chairs

Trois cent deux à tenir l’espoir de nos tranchées

*

Longtemps nous n’avons cru aux pitres des alarmes

Que le ciel tant prié nous rendrait apeurés

N’avons cru que les nôtres nous pourraient leurrer

A sauver la patrie avec de piètres armes

*

Longtemps nous ont charmés les mensonges des nôtres

Qui floutaient leur magot de mots patriotards

Toute patrie aura ses pâtres ses apôtres

Mais la nôtre longtemps a eu ses charognards

*

Nous étions trois cent deux à courir sous les bombes

Qui vomissaient leur fer sur nous pauvres colombes

Dans le ciel tant aimé fermentaient nos enfers

Nous étions trois cent deux à combattre les airs

*

Nous qui vivions insoucieux

Voici que le feu nous rend ivres

Oubliant la douleur de vivre

Que nous ne pourrons mourir vieux

*

Nous n’aurons bu que la jeunesse

Vieillis si prématurément

Par l’étreinte de la tristesse

Et par le frère qui nous ment

*

Trois cent deux tout petits soldats

Trois cent deux corps mis à la guerre

Jetés dans la boue au combat

Héros à pourrir sur leur terre

*

Troué dans l’âme et tout bandé

Me voici seul à l’hôpital

Où sont les miens qui m’ont aidé

À rester dur contre la peur

Qui sont partis dans la stupeur

Et m’ont laissé avec leur mal

Aphorisme du jour (49)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:23

 

Un imbécile peut gagner une guerre en usant de subtilités sur un réputé subtil multipliant des imbécilités.

29 novembre 2020

Aphorisme du jour ( 48)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 6:43

Dans un pays où penser peut être un crime, par bonheur pisser restera toujours un soulagement.

22 novembre 2020

8 – « Où je meurs renaît la patrie » (Louis Aragon) : GÉRARD J. LIBARIDIAN et le NAGORNO-KARABAGH /ARTSAKH

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 6:49

( Photo : Jean-Bernard Barsamian, copyright)

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Historien,  professeur à l’université de Michigan depuis 2007, Gérard J. Libaridian fut, de 1991 à 1997, le premier conseiller du président Levon Ter-Ptrossian en matière de politique étrangère, responsable de la sécurité nationale et de la solution des conflits. Il est l’auteur du Dossier  Karabagh : faits et documents sur la question du Haut-Karabagh, 1918-1988, paru en 1988 chez Sevig Press. Le 2 novembre 2020,  sur le site de The Armenian Miror-Spectator, il a publié un article sous le titre : Pourquoi les négociations ont échoué ?

Tout d’abord, il souligne qu’aucune des parties au conflit, l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabagh, l’Arménie et aujourd’hui la Turquie, n’est prête à accepter sa part de responsabilité dans les nombreux échecs qui ont fait capoter les négociations. Or, d’autres pays sont directement intéressés par l’issue du conflit, à savoir la Russie, la Turquie, l’Iran, les États-Unis, la Chine, la Géorgie, comme l’OSCE, l’UE, l’OTAN, l’Organisation des pays islamiques, British Petroleum et autres compagnies pétrolières et gazières. Et pour finir la diaspora.   A différents moments, se sont impliqués des pays comme la Russie, le Kazakhstan, l’Iran, la Turquie, l’Italie, la Suède, la Finlande, la France, l’Allemagne, les États-Unis, mais également les Nations Unies  et même le Comité international olympique.

Après des tentatives de médiation directe (Russie, Russie et Kazakhstan, Turquie, États-Unis, Iran) ou secrète (Russie, Turquie, États-Unis, Arménie, Azerbaïdjan), l’OSCE a créé le groupe de Minsk (Russie, États-Unis, France). Les éléments du conflit en cours de négociation étaient le cessez-le-feu, le statut du Haut-Karabagh/Artsakh, la situation des sept districts, les garanties de sécurité, le problème des réfugiés.

Soutenant le travail des médiateurs, l’administration Ter-Petrossian (1991-1997) estimait que le problème devait trouver une résolution avant tous les autres relatifs à la démocratisation et aux réformes économiques et institutionnelles du pays, afin d’instaurer  des relations normales avec les voisins. « A deux ou trois reprises, elle s’est rapprochée avec l’Azerbaïdjan d’un accord qui établirait la paix par le biais de concessions mutuelles » (G.J. Libaridian). En septembre 1997, quand l’accord devint possible sur la base de négociations constructives, un groupe de son administration s’y étant opposé avec véhémence, Ter-Petrossian fut obligé de démissionner.

A partir de 1998,  le conflit fut considéré sous l’angle historique (continuation d’épisodes d’hostilités armées), identitaire (les concessions équivalant à une perte d’identité), émotionnel (haine et racisme des Azerbaïdjanais à la suite de leur défaite, assimilation des Azerbaïdjanais aux Turcs génocidaires de la part des Arméniens), de la défiance réciproque, de la victimisation des deux côtés (induisant  inflexibilité et méfiance), de l’usage du temps (l’Azerbaïdjan pour tirer parti de sa diplomatie pétrolière et se préparer à la nouvelle guerre, l’Arménie pour s’appuyer – mais en vain – sur une diaspora susceptible de contrebalancer les atouts de l’ennemi), du remplacement de l’idéologie socialiste par le nationalisme à la chute de l’U.R.S.S, de l’unanimité sur l’essentiel malgré leurs intérêts divergents chez les médiateurs du groupe de Minsk. Par ailleurs, tout en se consultant, Russes et Américains cherchaient chacun à maximiser leurs intérêts et leur influence au détriment de l’autre. « En d’autres termes, les médiateurs ont essayé de résoudre leurs propres problèmes, au-delà du conflit du Karabagh lui-même » (G.J Libaridian). Aujourd’hui (rappel : la guerre n’est pas encore terminée au moment où G.J. Libaridian écrit son texte), le même schéma se répète, sauf que les trois médiateurs du groupe de Minsk pensent que la priorité est un cessez-le feu effectif alors que l’Azerbaïdjan et la Turquie ne le souhaitent pas.

Concernant le cessez-le-feu en période de guerre active, il faut rappeler que durant les combats entre 1991 et 1994, comme l’Azerbaïdjan perdait du terrain en cherchant à le récupérer, il ne souhaitait pas s’arrêter. Jusqu’au jour où il ne fut plus capable de combattre. Actuellement, il ne voit aucune raison de s’arrêter tant qu’il améliore son avantage sur le terrain.

Quant à la question centrale du statut du Haut-Karabagh/Artsakh, l’Azerbaïdjan a toujours insisté sur le principe de l’intégrité territoriale, sachant qu’il a parfois abandonné ce point pour une seconde phase des négociations. L’Arménie a aussi laissé la question pour l’après, tout en insistant sur le droit à l’autodétermination de l’Artsakh par le biais d’un référendum. Favorable au principe de l’intégrité territoriale et consciente de l’impossibilité d’un accord, la communauté internationale a remis les négociations sur le statut à plus tard.

Pour ce qui est des sept districts sous contrôle arménien, l’Azerbaïdjan a toujours déclaré qu’il entrerait en guerre pour les récupérer, quitte à prendre aussi le Karabagh et à négocier par la suite ce qui pourrait l’être. Côté arménien, les districts ont d’abord été conçus comme une nécessité sécuritaire, puis comme monnaie d’échange et enfin en tant que territoires libérés. En d’autres termes il ne s’agissait plus d’autonomiser le Haut-Karabagh/Artsakh, mais de l’agrandir. Le désaccord de la communauté internationale sur ce point a contribué à isoler l’Arménie en faveur de l’Azerbaïdjan.

« En résumé, il existe une différence simple, nette et cruciale entre les deux périodes, 1991-1998 et 1998-2020, en ce qui concerne les stratégies de négociation : durant la première période, c’est-à-dire l’administration Ter-Petrossian, la politique en matière de conflit était de rechercher activement une résolution du conflit. Au cours de la deuxième période, c’est-à-dire les administrations kotcharienne, sargshienne et pachinienne, la politique consistait essentiellement à préserver le statu quo. » (G.J. Libaridian)

S’il fallait commenter ces négociations, il faudrait évoquer le fait que la brutalisation et la militarisation du conflit qui incombent à L’Azerbaïdjan découlent de deux points de vue antagonistes : les Azerbaïdjanais considérant la question comme un problème de territoire, les Arméniens comme une affaire de droits des peuples à vivre libres sur leurs terres.

Par ailleurs, si la partie arménienne a participé activement à l’évolution des négociations,  l’Azerbaïdjan et maintenant la Turquie agissent comme si rien n’avait été dit ou fait.

En outre, force est de reconnaître que les Arméniens, sachant ce que pensait le groupe de Minsk, n’en ont jamais tenu compte alors qu’aujourd’hui ils lui demandent de les sauver.

Quant à la diaspora, elle a toujours tenu des positions maximalistes au détriment d’une évaluation réaliste de la situation dans le pays d’origine. «  Je ne connais aucune organisation politique ni aucune institution de la diaspora qui ait préconisé une politique plus circonspecte que celle préconisée par les groupes politiques qui prétendent parler au nom de la diaspora » (G.J. Libaridian)

On peut déplorer que, durant ces vingt dernières années, aucun historien, politologue ou autre n’aura osé, par des livres ou des conférences, formuler une position critique contre ces politiques extrémistes, alors que dans un cas aussi complexe que celui du Karabagh,  les universitaires permettent de connaître notre histoire mieux que ce qui existe dans l’imagination populaire. Il revient aujourd’hui aux universitaires, à la communauté et à la diaspora de repenser leurs postions pour contribuer à trouver une solution au problème au lieu de se taire ou de pousser aux positions maximalistes vers la guerre. « Répéter les erreurs du passé en attendant un résultat différent n’est pas la marque d’une nation qui connaît son histoire » (G.J.Libaridian).

21 novembre 2020

7- « Où je meurs renaît la patrie » (Louis Aragon) : LE MALHEUR DÉMOCRATIQUE ARMÉNIEN

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 8:49

(Photo : Jean-Bernard Barsamian,copyright)

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En vérité, il n’est de guerre qui ne soit sale. Et celle qui vient de se terminer au Karabagh l’aura été plus que toute autre. Dans un contexte de haine déchainée où le meurtre et la torture  s’en donnent à cœur joie, le droit de tuer devient un devoir dont le but est de violenter la combativité de l’adversaire. Dès lors, on assiste le plus souvent à la déshumanisation d’un homme devenu un bourreau banal cherchant à déshumaniser un autre homme en le transformant en chose torturable ou tuable à merci. Depuis qu’elles veillent au respect des règles, les instances internationales n’ont pu éviter les crimes contre l’humanité, en temps de guerre ou non. Aujourd’hui, des preuves flagrantes pèsent sur les Azéris pour leur usage de bombes à  sous-munitions contre les civils arméniens et de bombes au phosphore contre les soldats. Sans compter qu’à l’instar de leurs supplétifs syriens, ils ont pris plaisir à respecter  l’usage macabre qui consiste à couper la tête ou les oreilles de leurs prisonniers pour les exhiber sur les réseaux sociaux avec le triomphalisme cynique d’avoir ainsi offert à Dieu un mécréant en sacrifice. Si ces actes sont connus et répertoriés, d’autres, plus lâches, ont certainement eu lieu dans les sombres recoins d’une guerre où tout ce qui n’est vu n’est pas susceptible d’être connu. Aujourd’hui où commencent à être rendus les territoires de la zone tampon, le monde va recevoir en pleine figure la culture de cruauté et l’antihumanisme de ceux que les Arméniens ont combattus à mains nues pour ne pas avoir à les subir. Ils prendront conscience de l’incompatibilité des deux morales, l’une faite de prédation, l’autre d’autodéfense. De fait, comme le cessez-le-feu n’éteint pas les états d’esprit qui gouvernent les uns et les autres, la guerre va continuer sous d’autres formes, à commencer par la destruction de ce que les Arméniens ont de plus cher, à savoir leurs vieilles églises et par ce biais, leur sacralité. Les nations civilisées verront alors de leurs yeux que l’argent du pétrole ne permet pas, loin de là, de franchir les étapes qui conduisent aux principes qu’elles ont reconnus comme les meilleurs pour donner vie à une société fondée sur le droit. 

Que je sache, du côté arménien, le souci des règles humanitaires en temps de guerre a bien été assumé. Les prisonniers furent soignés, nourris et respectés en tant que personnes. Et s’il est arrivé aux Arméniens de lâcher des obus sur des civils, c’est pour la raison que l’ennemi implantait sciemment ses batteries près de leurs habitations. Ainsi donc, le monde civilisé aura reconnu que l’Arménie ne s’est jamais départie de l’humanisme dont relèvent ses valeurs, même dans un contexte de guerre où toute humanité sombre dans le mal et commet des actes qui jouiront forcément de l’impunité. Dans le fond, les Azéris ont montré dans cette guerre qu’ils étaient prêts à se comporter  à l’égard de ces « chiens d’Arméniens » (dixit Aliev) comme jadis leurs grands frères turcs. Dès lors, il faut retenir que, au regard des principes défendus par le droit international, dans un climat de guerre sale, l’Arménie aura réussi à préserver sa dignité. Que l’Arménien s’empêche là où l’Azéri se lâche. Même si on ne gagne pas une guerre  contre l’indécence par la retenue, ce qu’ils ont perdu en territoire, les Arméniens l’ont gagné en humanité. Et ce que les Azéris ont gagné en territoire, ils l’ont perdu en respectabilité. Et je doute que désormais la conjonction des deux ignominies archaïques turque et azérie ne fasse l’unanimité contre elle dans le concert des nations modernes. Les sanguinaires de l’impunité qui ne savent rougir de la honte nimbant le sombre chaos de leur « esprit » seraient bien avisés de garder en mémoire que le mal et le mensonge triomphent un temps, mais pas tout le temps.

Paradoxalement, la toute récente accession de l’Arménie à la démocratie lui aura été dommageable en ce sens qu’elle a fait peser sur elle des fatalités qu’elle ne soupçonnait pas. A commencer par la volonté russe, réelle pour les uns, supposée pour les autres, de punir cette volonté d’émancipation, malgré les efforts réalistes de Pachinian à faire des ronds de jambes à l’égard d’un Kremlin sourcilleux et tout puissant, tout en se pâmant d’amour pour une Europe qu’il croyait utile le moment venu et dont il épousait les idéaux. Or, la démocratisation du pays, nécessaire après deux décennies de lèche-poutinisme, semble avoir desservi l’Arménie dans la mesure où , malgré les apparences, c’est une Russie vindicative qui lui a imposé des conditions de paix dommageables alors que l’Europe droitdel’hommiste n’aura fait aucun effort pour équilibrer les termes de l’accord en faveur d’une Arménie proche de son camp. De fait, tout laisse à penser qu’après la proclamation de la république, les Arméniens se sont laissés aller à reconstruire leur pays tout en acceptant que leur ciel soit plombé par cette pluie d’épées de Damoclès que le problème non résolu du Karabagh pouvait lâcher sur eux à tout moment, compromettant ainsi leur espérance d’un avenir sûr et prospère. Au terme d’un webinaire, en octobre 2020, Gérard J. Libaridian affirmait à juste titre «  que toute tentative d’instaurer la démocratie, l’état de droit et de soutenir le développement économique était vouée à l’échec, sans la résolution du problème du Karabagh ». Ici, il faut bien reconnaître que c’est à l’administration Ter-Pétrossian que revient l’idée de prioriser la paix sur toute démocratisation, tout effort économique, toute réforme des institutions de l’État, toute mise en œuvre de relations normales avec tous les voisins de manière à garantir la sécurité de l’Arménie sur le long terme. Mais les jusqu’auboutistes d’Erevan lui ont fait payer cette philosophe au prix du gâchis qui mine aujourd’hui le peuple arménien tout entier.

D.Donikian

Voir aussi :

1 D’ABATTEMENT en RÉSILIENCE

2 DÉFAITE DU TRIOMPHALISME

3 QUAND LE PERDANT GAGNE CE QUE LE GAGNANT PERD

4 MORT OU EST TA VICTOIRE ?

5 L’HEAUTONTIMOROUMENOS

6 RESTES DE DRONES

20 novembre 2020

6- « Où je meurs renaît la patrie » (Louis Aragon) : RESTES de DRONE.

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:11


(Photo: Jean -Bernard Barsamian, copyright)

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Aliev étant obsédé par l’intégrité territoriale, les Arméniens ne jurant que par l’autodermination, ce cessez-le-feu ressemble beaucoup plus à une pause qu’à un règlement définitif du Karabagh. Outre d’avoir été épargnés par la catastrophe, les Arméniens devraient aussi se réjouir d’avoir conservé une portion de territoire même en son état d’instabilité problématique. Pour l’heure, on est en droit d’imaginer que l’histoire du Karabagh a encore devant elle un avenir où les ténèbres de l’enfer alterneront avec des aubes d’apaisement.  Personnellement, aux temps mouvementés de l’indépendance, j’avais exprimé un doute teinté de rejet au spectacle d’une République d’Arménie à peine sortie des affres du soviétisme et touchée à vif par le séisme de 1988, en train de s’embourber dans un Karabagh dont la préservation, fût-elle historiquement légitime,  allait à coup sûr non seulement dévorer les Arméniens, toutes générations confondues, mais aussi empoisonner la vie politique du pays, jusqu’à empêcher sa pleine démocratisation. De fait, il était prévisible que l’histoire de cette Arménie allait tourner sans fin sur la paranoïa du Karabagh, que les pauses, loin d’être des pacifications effectives seraient faites d’émotions incompatibles, d’antagonismes inconditionnels et d’affrontements meurtriers.  Aujourd’hui, la reconquête va permettre  aux réfugiés azéris de retrouver une grande partie de leurs sources. Et en dépit de leurs pertes et de leur perdition, les Arméniens seront encore autorisés à dormir dans le « berceau » de leur terre ancestrale, dans ce reste qui leur aura été accordé ou qu’ils auront sauvé au terme d’une lutte inégale de 45 jours. Reste indocile, reste fragile, un reste de drone (comme on disait hier « restes de l’épée ») consenti par le tyrannosaure de Bakou, montrant les dents et éructant des fanfaronnades, plus que jamais prêt à saisir le bon moment pour accomplir son obsession de récupération totale. Humiliation paradoxale pour les Arméniens, Stepanakert va devoir vivre sous la menace de sa chère Chouchi, ville perdue, dès lors que les forces d’interposition russes, tributaires d’aléas politiques mouvants et de turbulences économiques non négligeables,  pourraient du jour au lendemain plier bagages. Et si la Turquie réussissait à la longue à imposer à la Russie ses propres forces de paix, il est fort à parier qu’une étincelle finement orchestrée serait le prétexte pour engager une expédition punitive dont les conséquences conduiraient immanquablement au bouleversement des accords de cessez-le-feu. En effet, tout peut changer en cinq ans,  dans un sens comme dans l’autre. Reste qu’à ce jour, nous paraît impensable toute réconciliation entre Azéris et Arméniens, même dans les conditions formulées par Lavrov ou celles prônées par les pacifistes de tout poil.  Comme si en l’espace de cinq ans, des ennemis jurés pouvaient réussir à retrouver le chemin d’un équilibre troublé par des décennies de haine et de feu.

En vérité, il n’est de guerre qui ne soit sale…. ( à suivre)

Denis Donikian

Voir aussi :

1 D’ABATTEMENT en RÉSILIENCE

2 DÉFAITE DU TRIOMPHALISME

3 QUAND LE PERDANT GAGNE CE QUE LE GAGNANT PERD

4 MORT OU EST TA VICTOIRE ?

5 L’HEAUTONTIMOROUMENOS

7 LE MALHEUR DÉMOCRATIQUE ARMÉNIEN

18 novembre 2020

5- « Où je meurs renaît la patrie » ( Louis Aragon) : L’Héautontimorouménos.

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 6:19


(Photo : Jean-Bernard Barsamian, copyright)

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Les déluges de feu d’une précision chirurgicale ont eu raison du soldat arménien, de sa combativité et de sa hargne défensive. Les 1 300 tués qu’on nous annonçait hier, devenus le 14 décembre, on ne sait comment, 2 300, et les nombreux blessés et invalides attestent de l’inégalité monstrueuse des combats. (A une cousine, thérapeute en traumatologie, un rescapé du front aurait raconté que sur un groupe de 310 soldats, ils ne furent que sept à sortir vivants. C’est dire). Or, j’ai honte d’avoir à le rappeler, beaucoup d’entre eux sont morts de nos hypocrisies, d’imprévoyances et d’impréparations de toutes sortes. En effet, et n’en déplaise à nos arménolâtres confirmés,  ils furent ni plus ni moins le maillon final et fatal de cette chaîne de corruptions à l’arménienne qui permettait, en l’occurrence, de dépouiller le soldat Zin’vorian pour engraisser le business criminel de tel oligarque ou celui de tel député, et souvent ceux cumulés d’un cumulard. En d’autres termes, et à Dieu ne plaise qu’il ne fût la malheureuse cible des autres, le soldat arménien, incertain,  solitaire, désarmé tant son arme était honteusement dérisoire, pouvait déjà, s’il en avait eu conscience, se sentir comme la victime propitiatoire des nôtres, celle qui offre sa vie pour la rémission du péché arménien.Comme l’écrit Georges Orwell dans 1984 : « Les conséquences d’un acte sont incluses dans l’acte lui-même ».  A l’image de la république pétrolière adverse, notre Arménie démomerdique, manipulée par des présidents prédateurs, n’aura fait rien d’autre que d’entretenir en son sein cette dialectique perverse du bourreau et de la victime par laquelle se fomentent des crimes dans le secret des tractations d’argent sans le souci de leur effet sur nos défenseurs postés au front. Et s’il arrive qu’un peuple se dévore lui-même,  ici le bourreau est arménien et la victime est arménienne.  

Outre ce  constat invisible autant qu’indicible, mais réel, on est en droit de remarquer combien la stratégie de la ligne Maginot était archaïque et de surcroît périlleuse. Que l’armement, presque exclusivement russe acheté par obligation contractuelle, rafistolé moderne, ne pouvait prétendre rivaliser avec les drones dernier cri. Que l’Arménie, plongée dans ses débats démocratiques autant que dans son bain toxique de Covid-19, aura été prise de court par la science des opportunités stratégiques que Le Turcoman Magnifique a probablement murmuré à l’oreille de son poulain pétrocrate bien-aimé. Cela revient à dire que le soldat arménien était déjà emmuré par une vision anachronique de la guerre dans le cercueil d’une forme d’inefficacité matérielle. Quand un soldat est formaté pour une guerre de positions plus passive qu’agressive, on sait qu’il finira forcément sous la botte des commandos ennemis. Or, après le pilonnage par les drones, ce sont ces forces dites spéciales, turques ou azéries,  surnommées « saboteurs » par les nôtres,  qui ont pénétré dans Chouchi avec le succès que l’on sait et à la grande surprise de tous les Arméniens.

Dans l’ordre des causes sordides qui enveniment aujourd’hui le débat sur la défaite, force est de remarquer qu’il paraît improbable que leurs copains russes n’aient lâché aux oreilles de nos présidents poutiniens quelques mots sur le haut niveau technologique des armes que Bakou était en train d’engranger, en l’occurrence ces fameux drones. Et Pachinian n’aurait-il pas été plus avisé de les préférer aux avions ? Bien sûr l’argent ! Et même si la richesse de notre diaspora aurait du mal à rivaliser avec la manne pétrolière du Big Brother de Bakou, il semblerait qu’elle ait été sollicitée uniquement pour des projets de pays à reconstruire et non de pays à défendre. A quoi bon, me direz-vous, bâtir jusqu’à plus soif sur un territoire dont les frontières étaient d’année en année menacées d’effondrement ? Même si l’humanitaire est aujourd’hui prioritaire en Arménie, même s’il est urgent de panser les plaies, alors que les loups hurlent toujours à nos portes et que ces portes gonflent sous leur poussée, la realpolitik exige d’aller au plus pressé : un armement efficace et, le plus souhaitable comme le plus improbable, une union sacrée. Or, seule l’Arménie des deux dernières années, soit celle de Pachinian, aura été à même d’inspirer un assez haut niveau de confiance pour qu’elle réponde aux sollicitations de la mère patrie acculée aux urgences dans un contexte de rupture des pourparlers. Alors que tout le monde savait en son for intérieur qu’un jour ou l’autre l’ogre de Bakou, enragé par les marivaudages du trio de Minsk, mettrait en œuvre sa force de frappe pour effacer l’Artsakh.  Sans compter que ce statu quo de trente années aura joué en défaveur des Arméniens. Insensiblement ils se sont laissés glisser dans le sommeil d’un patriotisme dogmatique empreint de mollesse et de folie à l’exemple de leurs défenseurs dans les paralysies d’une guerre de positions, sans que les tirs au pigeon arménien, par des embusqués toujours plus pressants, ne puissent même les réveiller. 

En vérité, ce cessez-le-feu ressemble beaucoup plus à une pause… ( à suivre)

Denis Donikian

Voir aussi :

1 D’ABATTEMENT en RÉSILIENCE

2 DÉFAITE DU TRIOMPHALISME

3 QUAND LE PERDANT GAGNE CE QUE LE GAGNANT PERD

4 MORT OU EST TA VICTOIRE ?

17 novembre 2020

4- « Où je meurs renaît la patrie » ( Louis Aragon) : « MORT OU EST TA VICTOIRE ? »

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 3:59


Le gain le plus significatif pour les Arméniens et qui devrait immédiatement leur venir à l’esprit est que ce cessez-le-feu les a pour le moins mis à l’abri d’un massacre radical comme beaucoup le prédisaient à juste titre, au regard de la vindicte et de l’arménophobie dont se gargarisent les Azéris à l’instar de leur dictateur petroleum, le premier dans l’ordre du mérite anti-arménien. Sans compter que les supplétifs djihadistes et la soldatesque turque s’en seraient donnés à cœur joie à tremper leurs sales pattes dans la curée. Certes, arbitre de cette guerre, habile à procrastiner, le croque-mitaine du Kremlin n’ignorait pas l’antagonisme ethnique qui dévorait les belligérants et qui faisait peser sur les Arméniens la menace d’une catastrophe de la même eau et du même sang qu’en 1915. Toujours est-il qu’une vengeance non assouvie  a toujours besoin de bouc émissaire. En l’occurrence, comme la joie métaphysique à bouffer de l’Arménien vient de leur être retirée, les Azéris feront passer leur frustration sur ses monuments de prière en détruisant à coups de masse érotico-religieux églises et khatchkars, comme à Djoulfa. Et les appels auprès de L’UNESCO n’y feront rien, car l’UNESCO n’est rien tant les délinquants de l’homme et de ses droits se permettent tout, même le pire, même à abattre la moindre pierre vénérable se dressant sur leur route comme la preuve innocente et séculaire d’une présence arménienne. Car, c’est bien connu, tout Azéri qui se respecte aime tout réduire à zéro. N’est-ce pas Mehriban Aliyeva qui a traité  de chiottes l’église Sourp Ghazantchelots comme son mari traitera les Arméniens de chiens ?

(Photo : Jean Bernard Barsamian, copyright)

Le gain le plus significatif pour les Arméniens et qui devrait immédiatement leur venir à l’esprit est que ce cessez-le-feu les a pour le moins mis à l’abri d’un massacre radical comme beaucoup le prédisaient à juste titre, au regard de la vindicte et de l’arménophobie dont se gargarisent les Azéris à l’instar de leur dictateur petroleum, le premier dans l’ordre du mérite anti-arménien. Sans compter que les supplétifs djihadistes et la soldatesque turque s’en seraient donnés à cœur joie à tremper leurs sales pattes dans la curée. Certes, arbitre de cette guerre, habile à procrastiner, le croque-mitaine du Kremlin n’ignorait pas l’antagonisme ethnique qui dévorait les belligérants et qui faisait peser sur les Arméniens la menace d’une catastrophe de la même eau et du même sang qu’en 1915. Toujours est-il qu’une vengeance non assouvie  a toujours besoin de bouc émissaire. En l’occurrence, comme la joie métaphysique à bouffer de l’Arménien vient de leur être retirée, les Azéris feront passer leur frustration sur ses monuments de prière en détruisant à coups de masse érotico-religieux églises et khatchkars, comme à Djoulfa. Et les appels auprès de L’UNESCO n’y feront rien, car l’UNESCO n’est rien tant les délinquants de l’homme et de ses droits se permettent tout, même le pire, même à abattre la moindre pierre vénérable se dressant sur leur route comme la preuve innocente et séculaire d’une présence arménienne. Car, c’est bien connu, tout Azéri qui se respecte aime tout réduire à zéro. N’est-ce pas Mehriban Aliyeva qui a traité  de chiottes l’église Sourp Ghazantchelots comme son mari traitera les Arméniens de chiens ? D’où  l’on voit qu’on peut s’aimer dans la haine de l’autre.

Les Arméniens défaits dans leur foi en eux-mêmes auraient tort de courber l’échine sous les moustaches caudines du biquet d’Erdogan. Si l’on mesure ce qui est mesurable, cette pseudo-victoire, loin d’être purement azérie, est en réalité celle d’un monstre à trois têtes : turque,  djihadiste et … azerbaïdjanaise. Les soldats arméniens se seraient donc battus à trois contre un. Et si on y ajoute les drones israéliens et turcs et les bombes à sous-munitions, il serait plus juste de renchérir jusqu’à dix contre un. Contre les Azéris seuls, nos gars n’auraient cédé aucun pouce de terrain. La preuve en est que ce genre de tentative avait démontré à plusieurs reprises l’impuissance de Bakou à porter seul ses obsessions à leur terme. Sans oublier que, selon l’aveu des prisonniers syriens, les soldats azéris combattaient  toujours en seconde ligne afin d’offrir aux supplétifs l’honneur de se faire hacher menu les premiers. Où l’on voit que les cadavres de ces pauvres syriens pauvres qui ont exposé leur corps pour une poignée de dollars n’auront servi en définitive que de marchepied à l’avancée des deux frères en criminalité de masse, pour lesquels le prix de la vie humaine se mesure seulement à l’aune de leurs folies et de leurs phobies nationalistes.   

Les déluges de feu d’une précision chirurgicale… ( à suivre)

D. Donikian

Voir aussi :

1 D’ABATTEMENT en RÉSILIENCE

2 DÉFAITE DU TRIOMPHALISME

3 QUAND LE PERDANT GAGNE CE QUE LE GAGNANT PERD

5 L’HEAUTONTIMOROUMENOS

16 novembre 2020

3- « Où je meurs renaît la patrie » ( Louis Aragon) : QUAND LE PERDANT GAGNE CE QUE LE GAGNANT PERD.

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 7:10


(Photo : Jean Bernard barsamian, copyright)

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Les victoires ne sont jamais des victoires, les défaites jamais des défaites.

Ces mots en forme d’aphorisme me sont venus comme ça, sans crier gare. D’abord, je ne les ai pas crus,  sans même soupçonner qu’ils pussent cacher quelque chose.  Mais plutôt que de les jeter aux oubliettes, je me suis dit qu’ils finiraient probablement par laisser échapper des éclairs de soulagement pour calmer mes angoisses après la douche froide venue saisir les Arméniens.

Ordinairement, les gens pressés, souvent des instinctifs, réduisent un mot à sa signification première. Mais la vie réelle aime les sens seconds, les ambiguïtés, les doubles fonds, les non-dits sous ce qui est dit. Car si les ombres cachent des lumières, il arrive que les feux soient hantés de ténèbres. Or, concernant le cessez-le-feu au Karabagh, Nigol Pachinian a affirmé qu’il ne s’agissait ni d’une victoire ni d’une défaite. Diable ! En d’autres termes, la victoire d’Aliev ne serait pas à proprement parler une victoire, et la défaite des Arméniens pas à proprement parler une défaite. Mais la réalité suppose qu’une défaite peut se loger dans une victoire et une victoire s’insérer dans une défaite. Et il arrive même qu’une victoire ouvre la voie à une victoire plus grande et une défaite à une défaite plus cruelle.

A ce propos, dans une entretien paru sur le site Dialogorg.ru le 19 novembre 2020, Konstantin Sivkov, vice-président de l’Académie russe des sciences des missiles et de l’artillerie (ARSMA) pour la politique de l’information et docteur en sciences militaires,  soutient : « Je ne peux dire qu’une chose : l’art opérationnel et la formation tactique du personnel de commandement des troupes du Haut-Karabakh est le plus élevé. Le courage est le plus élevé. Dans les conditions dans lesquelles ils ont combattu, avec la monstrueuse supériorité de pouvoir et de moyens dont disposaient les Azerbaïdjanais, les Arméniens ont fait preuve de merveilles d’héroïsme de masse. Je ne peux pas dire autre chose ».

(Dans le même ordre d’idées, voir l’article d’Appo Jabarian : Victoire de l’Arménie sur la Turquie par Echec & Mat , mais aussi celui d’Ariane Bonzon : Au Haut-Karabakh, qui a gagné, qui a perdu?)

Loin de nous toute prétention à dire mieux et plus que les experts de tout poil. Notre point de vue ne vaut que pour ses interrogations, n’ayant pas l’ambition de toucher aux certitudes, généralement imaginées à partir des cachotteries stratégiques et des mensonges diplomatiques dont sont coutumiers les dirigeants de la planète. Au vrai, le chaos qui s’est brutalement installé dans les esprits, joie d’un côté, abattement de l’autre, à l’annonce du cessez-le-feu, ne permettra jamais de tirer au clair toutes les ficelles de cet imbroglio mettant en scène plusieurs acteurs, qu’ils jouent les Hamlet, les roi Lear ou les Iago.

Le gain le plus significatif pour les Arméniens… ( à suivre)

D. Donikian

Voir aussi :

1 D’ABATTEMENT en RÉSILIENCE

2 DÉFAITE DU TRIOMPHALISME

4 MORT OU EST TA VICTOIRE ?

5 L’HEAUTONTIMOROUMENOS

12 novembre 2020

2 – « Où je meurs renaît la patrie » (Louis Aragon) : DÉFAITE du TRIOMPHALISME

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:41

(Photo de Jean-Bernard Barsamian, copyright)

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«  C’est parfois ce qui arrive, lorsque, durant quarante-quatre jours de guerre, on ment à son peuple sur la réalité du champ de bataille ». Ces mots atroces et justes de Rémy  Ourdan, journaliste au Monde, qui introduisent son article du 12 novembre 2020, donnent la mesure du coup fatal que la paix imposée et consentie au Karabagh a provoqué chez tous les Arméniens.

Pour le moins, cela signifie que, durant cette guerre, en matière d’information intra-arménienne et autres, les manipulateurs ont joué d’une indécence qui, pour avoir été justifiée, n’en fut pas moins ressentie comme cynique. Quant aux bernés, ils auraient bel et bien pêché par naïveté triomphaliste au point d’endormir l’usage le plus élémentaire du soupçon et du doute. Aujourd’hui l’effet de ce double jeu se traduit par le choc qu’est venu provoquer ce diktat à la russe, par la souffrance survenue après une déclaration de paix surprenante autant que brutale, et par l’explosion d’une colère folle chez les Arméniens maximalistes. Encore faudrait-il savoir exactement quels marionnettistes mal intentionnés, sinon revanchards, tirent en coulisses les ficelles de ces acrimonieux pour couler Pachinian, le signataire de cette pax russica dans la Caucase.

Informer son peuple en temps de guerre sachant que l’oreille ennemie est à l’écoute n’est pas un exercice facile, surtout quand la flamme du combat et l’union sacrée doivent être maintenues au plus haut chez ceux des Arméniens qui se trouvent sur la ligne de contact et ceux qui s’activent à l’arrière à distances variables, tant en Arménie qu’en diaspora. Or, quand les informateurs étrangers faisaient état, avec cartes à l’appui, des avancées ennemies coûteuses en hommes mais inexorables, les nôtres nous serinaient que tout était sous contrôle. On se gargarisait d’un drône abattu, d’un char neutralisé, de soldats liquidés, exhibant un décompte d’adversaires morts et d’armes anéanties comme si dans le chaos d’une guerre l’observation pouvait être infaillible et que ce genre de bilan prévaut sur le constat de la progression ennemie. Or, force est de constater aujourd’hui que, d’une certaine manière, le triomphalisme bête circulant sur les réseaux sociaux nous est revenu en pleine figure. Que  cette antienne «  Haghtelou enk » ( Nous allons gagner !), chantée sur tous les tons, s’est dégonflée comme un ballon de baudruche à l’annonce de la fâcheuse signature de paix. Combien de fois n’avons-nous pas ridiculisé aussi bien nos ennemis, combattants de pacotille, que leur chef, coutumier de déclarations enflammées par la haine anti-arménienne. Au lieu de reconnaître que seul est journaliste l’informateur de terrain, nous avons moqué des articles sérieusement documentés qui nous étaient défavorables. Et quand Chouchi était déjà occupée, on nous affirmait que des combats très durs s’y déroulaient, probablement pour masquer le fait que les Azéris se trouvaient à trois kilomètres à peine de Stepanakert.  Voilà pourquoi l’annonce d’une restitution de Chouchi à l’Azerbaïdjan aura littéralement pris au dépourvu plus d’un Arménien. Sans parler du Président de la République qui n’aura jamais été informé du plan de paix. Même lui… Même si le temps de guerre n’invite pas à la transparence, même si la situation critique a bel et bien été évoquée, on doit reconnaître que les cachotteries ont eu des conséquences néfastes sur l’issue de la guerre, sur la diaspora et qu’elle en aura probablement sur l’Arménie, les charognards anti-Pachinian n’attendant pas mieux pour jeter à terre le sale gosse qui leur cherche des poux et reprendre leurs sales besognes.

Denis Donikian

Voir aussi :

1 D’ABATTEMENT en RÉSILIENCE

3 QUAND LE PERDANT GAGNE CE QUE LE GAGNANT PERD

4 MORT OU EST TA VICTOIRE ?

5 L’HEAUTONTIMOROUMENOS

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