Ecrittératures

28 septembre 2021

Aphorisme du jour (166)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:14

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Les idées sont nouvelles en ce qu’elles contrarient les idées mortelles.

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22 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (8 et dernier)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:52

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8 – Édifier le pays, fluidifier les liens.

Dans un contexte social et politique qui brouille les esprits et les pistes, il importe avant tout d’œuvrer pour plus de fluidité dans la consolidation de la démocratie en Arménie, mais aussi dans les rapports entre l’Arménie et la diaspora. Car la fluidité constitue un facteur clé pour le renforcement du territoire arménien et la préservation de la langue, autrement dit de nos deux langues. Cela signifie que dans les rapports arméniens, il importe de mettre en œuvre des modes qui facilitent le passage des idées, des hommes, des concepts, des aides et surtout de l’intelligence entre toutes les parties de la nation arménienne. De fait, cette fluidité commence par la langue, la langue vivante, la langue qui sert à communiquer avec un même locuteur que soi.

On aura probablement compris que, dans ce cas de figure, le paradoxe veut que l’arménien occidental soit préservé et enseigné dans les écoles de la diaspora. En effet, perdre cet arménien-là serait faire disparaître le pan « occidental » de notre culture et de notre passé. Cela équivaudrait à accorder un second triomphe au génocideur d’hier puisque l’effacement des restes viendrait entériner l’effacement par le génocide. Si les écoles parviennent à susciter des vocations d’historiens, de linguistes ou autres, nul doute que l’apprentissage de la langue qui s’écrivait majoritairement dans la partie perdue de l’implantation arménienne sur le plateau d’Anatolie ne leur soit nécessaire. Toute étude de ce côté-là ne pourra faire l’impasse sur les documents d’époque, même si le pratiquant de l’arménien oriental pourrait lui aussi, tant bien que mal, faire le même travail. Mais c’est surtout la riche littérature d’avant le génocide, sur les terres où il a sévit, qui pourrait ainsi être épargnée de disparition.

Ajoutons que, pratiqué par nos universitaires, l’arménien occidental, s’étant forcément frotté aux concepts de la modernité européenne, les a suffisamment assimilés pour leur donner une traduction adéquate. Alors que l’histoire de la République d’Arménie fut telle que les Arméniens ont été éloignés de cette modernité au profit d’un obscurantisme idéologique qui a privé l’arménien oriental des concepts qui constituent aujourd’hui la base de l’anthropologie contemporaine. A telle enseigne qu’Hélène Piralian a dû renoncer à faire traduire ses propres livres même par des professionnels les plus chevronnés d’Arménie.

Dans ce sens, les échanges entre Arménie et diaspora ne peuvent être que bénéfiques pour l’enrichissement de l’arménien oriental. Les conférences que donnent régulièrement Marc Nichanian, Krikor Beledian ou Gérard Malkhassian à Erevan, tous de formation philosophique, sont d’un apport inestimable à la langue ainsi qu’aux esprits victimes, durant des décennies, d’un communisme clos et forcément stérile. De la même manière, les jeunes Arméniens d’Arménie qui viennent parachever leurs études en Occident s’enrichissent de concepts auxquels ils n’avaient pas accès au pays. Pour exemple, comment traduire en arménien oriental résilience, structuralisme, frustration, libido, soit le lexique psychanalytique, si la connaissance même de la pensée moderne a été systématiquement ostracisée. L’Arménie ne peut se dire européenne que si l’enseignement des sciences humaines assimile ces concepts et les diffuse dans la société comme des ferments actifs d’un renouvellement de la pensée et des mœurs. Or, encore aujourd’hui, on voit mal comment on pourrait traduire les livres de Janine Altounian en Arménie. En somme, on aura compris que ces problèmes de langue liés à la traduction de la pensée moderne établissent encore trop de disparités entre diaspora et Arménie, à telle enseigne que l’une autant que l’autre ont encore beaucoup à donner et beaucoup à apprendre.

Avant d’ouvrir des écoles arméniennes en diaspora, les responsables auront tout intérêt à se demander quelle langue y sera enseignée et dans quel but. Or, en s’affranchissant de cette étape, soit par paresse, soit par incompétence, soit par aveuglement, les sauveurs de l’arménité sont voués à ne rien sauver du tout. Comment donner du sens à la langue qu’on enseigne pour que l’envie ouvre des perspectives de vie à l’apprenant, à savoir le jeune Arménien de la diaspora qui serait né sous le joug d’un devoir de mémoire à assumer ? Sachant que le devoir répugne à la langue qui lui préfère le plaisir qu’on peut éprouver à la parler. Nous avons vu que l’apprentissage de l’arménien occidental pouvait être justifié dans le cadre d’études ultérieures par exemple. Mais cette langue ne favorise pas la fluidité des rapports humains car celui qui la pratiquerait en Arménie serait toujours un  « autre » plutôt qu’un « même » aux yeux d’un autochtone.

Toutes ces considérations conduisent à revisiter les enjeux de la langue, sinon à promouvoir un véritable retournement de perspectives, pour ne pas dire à une révolution pédagogique.

Cette révolution appelle à enseigner l’arménien d’Arménie dans les écoles de la diaspora.

L’avantage de ce retournement serait d’offrir des ouvertures à l’apprentissage de l’arménien plutôt qu’à jeter les élèves dans une impasse autant pour eux-mêmes que pour le pays.

Certains objecteront qu’apprendre l’arménien occidental n’empêche pas d’apprendre l’arménien d’Arménie. Pas sûr. Car l’apprentissage d’une langue est une question d’oreille. Pour assimiler les phonèmes tout commence par l’ouïe. Le cerveau reproduit alors par la langue ce que l’oreille reçoit. Une fois que les formes d’une langue sont constituées dans la tête, il est difficile de les remplacer. C’est pourquoi, si l’on veut que des enfants de la diaspora apprennent l’arménien oriental, il faut commencer par l’arménien oriental et non l’occidental. Absolument par lui.

Dès lors que nos jeunes Arméniens de la diaspora connaitront l’arménien oriental, une voie leur sera ouverte, sinon un avenir. En effet, il n’est pas interdit de penser que plus tard, certains parmi eux, éprouveront naturellement un lien charnel avec le pays et seront appelés à utiliser cette chance d’une communication fluide pour mettre au service du pays leur profession, un savoir technique, une expérience, tous obtenus en occident. Si l’Arménie doit se renforcer pour contrer la situation géopolitique périlleuse où elle se trouve, c’est bien par l’intelligence. Mais une intelligence humble et constructive plutôt qu’une intelligence orgueilleuse et aveugle qui a valu à l’Arménie sa défaite. Retenons aussi que sans sa diaspora, l’Arménie court au naufrage et que sans l’Arménie, la diaspora est vouée à disparaître. Seule la fluidité entre l’une et l’autre, capable de favoriser la transmission des compétences et le sentiment d’appartenir à un pays pourra assurer leur pérennité. Il est temps que la diaspora cesse d’être obnubilée par la nostalgie et le revanchisme et qu’elle se tourne résolument vers le pays. Ce pays a franchi une étape importante, qu’on le veuille ou non, vers la transparence politique. Tant bien que mal, et dans une situation où tout est brouillé, il avance pas à pas vers la fluidité démocratique à laquelle aspirent tous les Arméniens, ceux de l’intérieur comme ceux de la diaspora. Le critiquable doit-il pour autant dissuader cette diaspora d’établir des liens effectifs avec le pays ? L’apprentissage de l’arménien oriental dans nos écoles constituerait un pas décisif vers la consolidation du seul radeau qui reste encore aux Arméniens pour éviter le naufrage.

L’Arménie elle-même a déjà fait sa révolution puisque non contents de pouvoir apprendre les langues européennes comme le français et l’anglais, les jeunes Arméniens ont aujourd’hui la possibilité de connaître le chinois et le turc. Mais cette révolution n’en serait pas une si on n’y apprenait aussi la langue azérie. Il était temps  que l’Arménie se réveille et, plutôt que de se replier sur son orgueil, elle se mette à apprendre la langue de l’ennemi.

L’ennemi des Arméniens est tout ce qui contribue à donner au génocide l’occasion de triompher une seconde fois. Nostalgie maladive, patriotisme sourd, culte de la mort, obsession mémorielle, quête erronée du salut national, passéisme stérile, conservatisme identitaire… finiront pas nous tuer s’ils dominent nos façons d’être vivants et de penser la vie.

Qu’on se le dise !

Denis Donikian

A lire également :

1) Le génocide frappe deux fois.

2) Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

4) Une  littérature de propagande.

5) Les frigidaires de notre culture.

6) Ecoles : sarcophages de la langue.

7) L’art de hanter les cercueils.

21 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (7)

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7 – L’art de hanter les cercueils.

La problématique des écoles en diaspora est celle que rencontre l’arménien occidental. Les deux ont partie liée. Enseigner l’arménien dans un contexte social qui n’est pas arménien constitue une gageure. On sait d’ailleurs, que pour l’apprentissage d’une langue rien ne vaut l’immersion. Mais pour qui veut apprendre l’arménien occidental, où aller ? A la réflexion, le malin génie de l’histoire a donné aux Arméniens deux langues qui, d’une manière ou d’une autre, permettent de se rencontrer autant qu’elle les divisent : une langue pour la nostalgie, une autre pour le présent. Sans être devin, chacun est à même d’affirmer que devant les forces de la vie qu’elle incarne, la langue du pays tôt ou tard gagnera en force, tandis que celle de la diaspora s’affaiblira inexorablement, faute de locuteurs suffisants. N’en déplaise aux arménolâtres de tout poil qui ont peu de nez pour sentir le roussi, si l’Arménie venait un jour à disparaître, l’arménien tôt ou tard ne manquerait pas de la suivre dans l’abîme. A moins de créer ailleurs des sortes de colonies peuplées d’Arméniens, si tant est que là au moins elles échappent au sort des Arméniens de Roumanie. Rien n’est moins sûr.

Qu’ils le veuillent ou non, les pompiers de la langue inventée par Machtots seraient bien avisés d’avoir pour objectif premier de sauver du feu le territoire arménien. Impératif prioritaire qui exige réflexion avant toute création d’écoles. Sans territoire, pas de langue. Sans territoire, la langue disparaît par la disparition même de ses locuteurs. Alors, après le génocide charnel viendra le génocide culturel le plus radical qu’auront à subir les Arméniens. Car il sera sans retour possible. Un effacement qu’ils n’auront pas vu venir. Génocide graduel, feutré, silencieux, qui s’étalera dans le temps, qui bercera encore d’illusions les derniers des Arménindiens, jusqu’à leur amuïssement final.

Tout cela pour dire que la fin des Arméniens commence aujourd’hui. Elle commence chaque jour quand la lucidité des « sauveurs » patentés ou improvisés de notre diaspora se perd au gré d’un patriotisme sourd qui prétend qu’habiter la langue suffit à la faire exister. On croit faire dans la survie, alors qu’on creuse la tombe de ce qu’on veut sauver. En ce sens le mot contre-productif n’est pas assez fort. Il faudrait parler d’empoisonnement, d’assèchement, d’agonie lente et implacable. Notre vanité dans ce domaine n’a d’égal que notre aveuglement.

Sans condamner personne, osons affirmer que les écoles arméniennes se trompent de voie et abusent le peuple arménien de leurs bonnes intentions. (L’expérience du collège arménien de Sèvres le prouve, qui fut tenu par des prêtres dévoués mais n’ayant aucune compétence ni administrative, ni pédagogique). Car elles sont tournées vers la réparation des dommages provoqués par le génocide au lieu de regarder résolument l’avenir qu’appelle le vivant. Or,  l’arménien vivant ne trouve d’expression qu’en Arménie. Le seul lieu où vit la mémoire de la langue. Seulement voilà : les parleurs Saintes-nitouches de l’arménien occidental vont même jusqu’à proclamer que cette Arménie-là n’est pas leur pays. C’est dire !

Précisons toutefois qu’à première vue, l’antagonisme entre arménien occidental et arménien oriental semble minime si l’on tient compte que ces « deux » langues sont issues d’une même souche et que l’une et l’autre ne sont que des dialectes devenus des langues dominantes qui ont triomphé des autres patois. Qui parle encore l’arménien de Malatia ? Sauf qu’au fil des siècles les différences lexicales, phonétiques, grammaticales et autres se sont tellement creusées que ces deux langues sont devenues comme deux voix autonomes charriant des mentalités propres. Il reste, pour être juste, que ces deux voix se comprennent encore comme appartenant à un même peuple. On voit bien comme un ressortissant de la diaspora est capable de travailler en Arménie et avec les Arméniens du pays. Certes, mais l’osmose n’est qu’apparente, car si les mentalités se côtoient, elles ne s’assimilent pas. Sans compter qu’elles peuvent se détester jusqu’à pratiquer une sorte de racisme interne. On sait bien comment les autochtones ont accueilli les fameux « aghpars », partis de France et d’ailleurs dans les années 40. Même si aujourd’hui, cette fracture entre autochtones et diasporiques s’est atténuée, elle persiste de manière feutrée dans les comportements et les appréhensions mutuelles. Dès lors, que penser des rapprochements que préconise l’État arménien entre diaspora et Arménie sinon qu’ils commencent tout juste à se dégripper. Sachant que sous Kotcharian et Sarkissian, ils étaient honteusement et tragiquement pervertis par un cynisme qui a dégoûté plus d’un Arménien de la diaspora.

Prochain article : Édifier le pays, fluidifier les liens.

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A lire également:

1) Le génocide frappe deux fois.

2) Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

4) Une  littérature de propagande.

5) Les frigidaires de notre culture.

6) Ecoles : sarcophages de la langue.

7) 

8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

20 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (6)

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6 – Écoles : sarcophages de la langue

Dans cet ordre d’idées, force est de reconnaître que les écoles de notre diaspora ressemblent au pire à des sarcophages, au mieux à des hôpitaux de la dernière chance où l’on tente de maintenir en vie une langue, en l’occurrence l’arménien dit occidental, qui fermente dans les marais d’une mémoire stagnante. Or, les premiers martyrs d’une langue sous oxygène sont les enfants, nés otages de parents nostalgiques, archéopathes ou revanchards qui les accablent de leurs frustrations afin de reconquérir par leur truchement ce qu’ils ont perdu et qui se perd encore. Comme si on pouvait retenir l’eau qui fuit entre les doigts. Sans nous en rendre compte, nous voici comme des pompiers improvisés jetant le bébé avec l’eau du bain sur un arbre qui brûle. Dès lors qu’une langue cesse d’être le fluide qui permet aux hommes d’une même origine de se reconnaître comme tels et que ces hommes ne se trouvent pas rassemblés en un même lieu pour qu’elle garantisse des échanges naturels et constants, elle dépérit. Elle se délite dans la mémoire de ceux qui n’ont plus l’occasion de la parler. Les Arméniens de la diaspora oublient que l’arménien occidental n’est plus un mode de relations et même d’effusions puisqu’il est supplanté par la langue du pays d’accueil. C’est que la langue, organe vivant, a besoin d’être parlée pour se développer, s’enrichir, se renouveler. Or cette condition, par le fait même que les Arméniens ont été dispersés, n’existe plus, sinon sporadiquement ici ou là. L’arménien occidental ne vit plus comme langue, mais essaie de se maintenir comme volonté. Comme si la volonté pouvait suffire à faire une langue alors que le territoire avec qui elle a partie liée a disparu. Les Juifs l’ont bien compris qui ont hissé l’hébreu au statut de langue vernaculaire dans un pays nommé Israël. A contrario, les bons samaritains de l’arménien occidental, dont le dévouement mérite les louanges de la nation, travaillent avec des enfants qui sont des corps flottants baignant tantôt dans l’arménien, tantôt dans une autre langue, jusqu’à ce que celle-ci finisse par prendre la première place. Dès lors que l’arménien occidental ne peut jouer le rôle de langue vernaculaire et qu’il doit entrer en concurrence avec une langue dominante, son apprentissage devient problématique sinon, à plus ou moins longue échéance, voué à l’échec. En ce sens qu’étant de moins en moins parlé, il s’oublie de plus en plus. Car l’autre facteur, après le territoire, qui consolide une langue, est la mémoire, sachant qu’elle est constamment menacée par le principe du moindre effort. En effet, les enfants, dès qu’ils le pourront, sortiront de l’arménien pour parler la langue des « autres », celle qui vient naturellement à la bouche et qui permet la communication la plus aisée. Dans ce contexte, aucune des plus nobles considérations ne suffiront pour défendre l’arménien occidental. Car la langue est impitoyable et n’a que faire des mères pleureuses qui font fi des conditions de son fonctionnement. ( Nous tenons à préciser que nous parlons ici de la langue apprise à l’école, et non au sein de la famille, ce qui impliquerait d’autres enjeux plus favorables).

Le précédent qui illustre tragiquement notre propos est l’exemple des Arméniens de Transylvanie, dont les restes savent qu’ils furent arméniens mais qui ont totalement perdu la langue arménienne. Rappelons aussi que les Arméniens d’Alfortville, pour nombreux et concentrés qu’ils soient, ne sont pas dans la même configuration que ceux de Bourdj Hammoud, autrement appelé un petit coin d’Arménie… au Liban. Nul ne doit oublier que la disparition du journal Haratch était programmée en raison d’un lectorat arménophone de plus en plus réduit. Par ailleurs, que reste-t-il de l’arménien « appris », certes dans des conditions ubuesques, pour la majorité des élèves passés au Collège Samuel Moorat de Sèvres ? Et je ne serais pas surpris que ceux de nos écoles arméniennes actuelles, chargés de sauver la langue, une fois compris le stratagème de leurs parents, n’éprouvent un sentiment de rejet vis-à-vis de cette langue qui ne se parle pas et qui ne leur servira à rien dans leur vie, sinon de manière occasionnelle. Car le problème est qu’ils ne savent pas pourquoi ils apprennent cette langue, personne n’ayant exposé ou su exposer les arguments nécessaires à une saine motivation. Or, le seul argument qui puisse donner vie à cette langue dans l’esprit d’un enfant est que cette langue puisse vivre en se parlant et que cette vie de la langue puisse être un jour au service de l’Arménie. Pour l’heure, ni le lieu n’existe, ni les hommes. Pas d’usage, partant pas de langue. Dès lors, surgit le principe du moindre effort qui consiste à ne placer ses efforts que là où ça paye.

Prochain article : L’art de hanter les cercueils.

A lire également :

1) Le génocide frappe deux fois.

2) Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

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5) Les frigidaires de notre culture.

6) 

7) L’art de hanter les cercueils.

8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

19 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (5)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 5:28

 

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5 – Les frigidaires de notre culture

 

Pour autant, doit-on passer sous silence nos maisons de la culture qui conservent l’identité arménienne dans des frigidaires jalousement gardés par des vestales à haut niveau de frigidité idéologique ? De fait, il manque aux Arméniens une maison arménienne de la culture qui éviterait l’écueil d’un conservatisme de préservation et afin de privilégier la confrontation, l’échange, la fraternité avec d’autres cultures. Nous avons déjà dit que ces maisons étaient loin d’une programmation telle que la pratique la Péniche Anako qui n’hésite pas à convoquer les cultures du monde dans le but de promouvoir les couleurs d’une humanité riche et diverse. De la sorte, en mettant ses valeurs en relation avec celles des autres, chaque culture n’est plus à même de se considérer comme étant plus grande ou meilleure qu’elles. Comparaison n’est pas raison mais la raison comparative produit le respect mutuel et atténue les passions antagonistes. Sans quoi, on court au nationalisme culturel le plus ridicule qui porte Geghard au pinacle parce qu’il ignore Petra. Si nos pratiques d’une culture ethnocentrique sont le reflet d’une histoire illustrée par des épisodes d’effacement, comme le fut le génocide, il n’en reste pas moins qu’elles nourrissent à plus ou moins long terme les germes d’un repliement sur soi, d’une cécité vis-à-vis des autres et d’un appauvrissement, tous liés à l’étouffement par le manque d’échanges avec des peuples qui témoignent d’une autre manière de présence au monde.

 

Prochain article : Écoles : sarcophages de la langue

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1) Le génocide frappe deux fois.

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7) L’art de hanter les cercueils.

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17 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (4)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:56

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4 – Une littérature de propagande

En matière de création littéraire, les faiseurs de livres ethnocentriques se font comme un devoir patriotique de débiter du roman familial à base d’ingrédient génocidaire. Soit pour combler le désœuvrement de leur retraite, soit par piété filiale, enfin avec la conviction qu’ils ajoutent leur pierre aux monceaux de preuves portant sur les événements de 1915. Touchant ! Mais ce genre d’auteur qui écrit derrière les barreaux du génocide, montre en même temps qu’il a perdu ses ailes pour s’en échapper. Comme si la mort, la mort immense, la mort tueuse excitait en lui la mécanique du grimoire mémoriel. Car là encore la mémoire vaut plus que l’imagination. L’histoire est préférée au contemporain. Le tragique à l’humour. Le passé à la fiction. Rares sont les romans où l’inventivité prédomine comme chez Alexandre Topchian avec Banque ottomane, ou chez Daniel Arsand avec Un certain mois d’avril à Adana. Le reste du temps, cette « littérature de la perte », tant prisée par les fadas du deuil et les fanas de la reconnaissance, et que cherchent à primer des jurys où dominent la clique des causeurs de la Cause, n’est rien moins qu’une forme romancée de propagande. Dans un roman à base de génocide, c’est toujours l’angle d’attaque qui en fait de la littérature ou du boniment. Le véritable écrivain du génocide, loin de se laisser dévorer par le monstre, laisse place à l’humour, au vivant ou à la créativité. Les quarante jours du Musa Dagh, Le conte de la pensée dernière ou Le livre des chuchotements (respectivement de Franz Werfel, Edgar Hilsenrath, Varujan Vosganian) trempent dans le génocide autant qu’ils le transcendent. Leurs auteurs ne laissent pas l’histoire contaminer ou paralyser la mécanique fictionnelle qui anime leur écriture. Mais chez nous la domination de l’histoire sur toutes les autres disciplines de l’esprit est telle qu’elle produit chaque jour des aberrations qui à force sont devenues la norme. Pour tout dire, la littérature est à ce point humiliée qu’on aura vu, lors d’une soutenance de thèse sur un écrivain de la diaspora, des historiens arméniens du génocide arménien sortir de leurs compétences historiennes pour prendre part aux délibérations comme membres du jury. Que diraient-ils si des littéraires avaient dû juger leurs travaux dans le même cadre universitaire ? On ne s’étendra pas sur les jeux sombres que pratiquent certains de nos médias, spécialisés dans la censure feutrée, l’information orientée ou une certaine culture de l’obscurantisme, qui se plaisent à ostraciser l’écrivain arménien parce qu’il est plus soucieux de dire les quatre vérités que de devoir réciter des vérités mises en conserve. Mais passons…

Prochain article : Les frigidaires de notre culture.

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16 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (3)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:13

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3 – Traducteurs maltraités, nation trahie.

Nous avons maintes fois dénoncé combien le mépris dont ils faisaient l’objet de la part des éditeurs arméniens, soi-disant arménophiles, dissuadait le traducteurs littéraires de continuer. A telle enseigne qu’on assiste aujourd’hui à un véritable assèchement des vocations et par là même à la quasi inexistence de notre littérature arménienne sur le plan international au regard des écrivains contemporains d’autres pays abondamment traduits et diffusés. On se demande d’ailleurs à quoi servent nos écoles si elles ne poussent, pour le moins, à former de jeunes Arméniens à la traduction. D’ores et déjà, on peut remarquer ici, comme nous le ferons plus loin sur d’autres exemples, qu’à leur effacement physique par le génocide, les Arméniens ont l’art d’ajouter une autre couche d’effacement, cette fois dans un domaine qui touche à leur identité.

Prochain article :  Une littérature de propagande.

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Morts ! Où sont vos victoires ? (2)

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2 – Le ressassement contre le vivant.

Loin de nous l’idée de dénigrer le travail de qui que ce soit puisque ce qui a été fait tant bien que mal devait l’être dans des domaines aussi cruciaux que les revendications et les commémorations, la culture et la langue, l’histoire, les arts, l’humanitaire et j’en passe. Mais qu’on le veuille ou non, le ressassement interdit le changement, la répétition tourne en rond sur elle-même au point de donner le tournis, sans que le vivant y puisse glisser son ferment de résilience et son espérance de reconstruction. Encore une fois, ces avancées, ces efforts, ces petites revanches gagnées sur le destin, tout louables qu’ils puissent être, ne devraient pas nous empêcher d’examiner avec lucidité si le sillon tracé depuis un siècle aura contribué ou non à la rédemption du peuple arménien, autrement dit à consolider l’indépendance du pays, dans tous les sens du terme. Et comme dit le lion dans la fable « voyons sans indulgence l’état de notre conscience ».

Les manipulations dont souffre notre culture autant qu’elle nous fait souffrir en disent long sur nos aveuglements, nos hypocrisies et nos enfermements dans la mesure où justement ce qu’on croit faire à l’avantage du peuple arménien se retourne finalement contre lui.

Prochain article : Traducteurs maltraités, nation trahie.

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2) 

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8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

15 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (1)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 2:58
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Propos : La double peine du génocide, c’est que le ressassement nuit au vivant et conduit les Arméniens de la diaspora à une forme d’agonie culturelle. Celle-ci est entérinée dans d’autres domaines : ceux de la traduction, de la littérature, mais aussi des écoles. Pour consolider le pays, les écoles de la diaspora sont appelées à donner du sens à la langue et sans négliger l’arménien occidental, enseigner la langue du seul pays où l’arménien se parle. Car alors la fluidité des échanges entre diaspora et Arménie leur sera d’autant plus bénéfique qu’elle leur permettra de survivre.

 

 

1 – Le génocide frappe deux fois

 

Les effets lointains et pervers du génocide sont indétectables au regard des répercussions plus flagrantes que furent le sang, le deuil et la dispersion. Leur traumatisme fut tel qu’il rendit muets les survivants, intérieurement torturés à l’idée que la sauvagerie et l’inhumanité auxquelles ils venaient d’échapper relevaient de l’indicible. Si les déportés furent jetés à la mort de la plus inhumaine manière qui soit, les rescapés n’avaient d’autre issue que d’enfouir en eux des visions d’horreur, tandis que les criminels subissaient des condamnations factices ou refaisaient surface dans des fonctions honorifiques. Les Arméniens vécurent cinquante ans avec leur mal et leur manque, sans pouvoir combattre l’oubli qui fit suite à leur effacement sur leur propre terre. Mais on peut affirmer qu’après ce demi-siècle de résilience qui a suivi la catastrophe, la diaspora a travaillé sur l’idée qu’il fallait « faire savoir », faire savoir non seulement à tout prix mais aussi faire savoir au monde entier. Chacun se rappelle le fracas avec lequel le génocide de 1915 a fait irruption dans le champ de l’histoire contemporaine et des relations internationales. Les attentats perpétrés par l’ASALA, même s’ils n’ont pas reçu l’approbation des Arméniens, ont allumé la mèche qui devait rendre à la Turquie la monnaie de son impunité. Et si j’en juge par le travail accompli depuis le cinquantenaire du génocide, force est de reconnaître qu’aujourd’hui le monde « sait » et que le caillou du génocide dans la chaussure de la Turquie la fait claudiquer dans ses démarches diplomatiques comme un pays monstrueux n’ayant pas reconnu ses monstruosités historiques et qui, au lieu d’expulser de son esprit ses propres monstres n’a eu de cesse de les recycler pour d’autres génocides.

 

Or, durant les années qui suivirent le génocide, les Arméniens ont subi les affres d’une culture éclatée. Après l’impératif de la survie, vint l’impératif des réparations internes. La reconquête de l’identité impliquait de combler les pertes, même si le substrat social de la langue et de la culture devait rendre cette réappropriation du « nous » on ne peut plus périlleuse. En effet, retrouver les valeurs qui furent fracassées par le génocide impliquait de revenir au temps où elles étaient vivantes. Mais ce redémarrage réparateur supposait donc un retour aux sources. Dans ce cas, le passé prit une dimension primordiale dans l’esprit des rescapés qui, dès lors, furent à la fois dans une vie qui se jouait ici et maintenant et dans une autre dont la réalité s’était perdue et ne persistait que par la mémoire. C’est dire que la culture s’est muée alors en un culte du passé. Ce passé que nul ne voudrait voir mourir et que chaque Arménien idéalise au point de vouloir le ressusciter. La double peine du génocide est là. Après la mort physique, se glisse une mort culturelle dans la mesure où les esprits traumatisés se figent dans une époque révolue. Et alors que leur histoire même évolue sans cesse, les sauveurs de la tradition s’aveuglent sur la nouvelle donne politique et culturelle. Et donc, en diaspora, la nostalgie du passé a pris trop souvent le pas sur le principe de réalité. Le tort des Arméniens est de croire que le retour à leur culture d’avant le génocide est un moyen de se venger de leurs bourreaux qui visaient leur effacement. Au contraire, cette rétroaction en fixant les esprits dans des valeurs archaïques interdit plutôt aux principes de vie d’éclore et de riposter aux ennemis de manière adéquate.

 

Même si l’histoire doit avoir sa place dans la construction d’une nation, pour les Arméniens faire du vivant avec du passé est un piège dans lequel ils se sont aveuglément jetés depuis un siècle. En pansant leurs plaies, ils ont développé à outrance le mémoriel, et dans le même temps ils ont atrophié leur potentiel d’imagination qui pense l’avenir. Leurs bourreaux d’hier savaient-ils que les Arméniens traîneraient comme un boulet le génocide au point qu’il écraserait leur volonté de relèvement et de renouvellement. De fait, chez les Arméniens, le vivant qui explore les possibles, qui ose aller au-delà du crime, qui invente d’authentiques voies de salut fait beaucoup plus peur que le passé confortable, taillable et malléable à merci, pour autant qu’il fût et reste générateur de souffrance et d’humiliation. Ils s’entêtent, quoi qu’ils fassent encore et encore, à s’encrouter dans un mécanisme passif de déshumanisation alors qu’on attendait d’eux qu’ils reconquièrent leur humanité pleine et entière. Ils ont oublié que la tradition enferme l’audace là où la culture invente ces voies nouvelles qui font éclore la vie. En somme, il semblerait que le génocide tue deux fois : une fois par la main des bourreaux, une autre fois par celle des victimes.

Suite :

 2)  Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

4) Une  littérature de propagande.

5) Les frigidaires de notre culture.

6) Ecoles : sarcophages de la langue.

7) L’art de hanter les cercueils.

8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

Histoires et hystéries tarariennes (34)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:34

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Tel qu’il est encore et qu’il sera demain, le Crute restera la mauvaise herbe du genre humain, humainement plus mauvaise que la plus mauvaise herbe qui soit dans la nature, car c’est une mauvaise herbe pensante.

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