Ecrittératures

16 juin 2018

Faut-il excommunier Karekine 2 ?

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 7:10

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Le temps n’est-il pas venu à l’arroseur de se faire arroser à son tour ?

Celui qui, en quelques années, a mis au ban de l’Église apostolique arménienne tant de dignitaires que leur nombre aura dépassé largement celui des excommuniés des siècles passés, ne mérite-t-il pas lui aussi de subir le sort de Serge Sarkissian dans l’ordre d’une révolution d’assainissement moral en Arménie ?

C’est aux laïcs, aux religieux et au peuple arménien de le dire.

Si les évêques inféodés à Karekine 2 se sont prononcés contre l’infaisabilité d’une telle révocation sous prétexte que les statuts de l’Église apostolique arménienne relatifs à l’élection du catholicos le leur interdisent, ils seraient bien avisés de se demander si les modalités liées à l’élection de ce même catholicos ont pleinement respecté les dits statuts. De fait, chacun sait que cette élection fut politique tandis que d’autres subodorent des tractations si peu catholiques que le résultat après plusieurs années de règne a démontré la profonde inanité du personnage, pour ne pas dire son inadéquation avec la charge pleine et entière, nationale et spirituelle qu’il lui incombait d’assumer. Quel esprit tordu pouvait choisir de mettre à la tête d’une institution aussi sacrée que celle de l’Église apostolique arménienne un tempérament aussi peu enclin à la tolérance, à la pauvreté et à la mystique ? En effet, tous les échos qui nous parviennent depuis des années d’Etchmiadzine sont si négatifs qu’ils font honte aux Arméniens. Ces échos ont fait l’objet de plusieurs articles sur notre blog et n’ont cessé de circuler de par le monde sans que pour autant Karékine 2 ne s’en trouve ébranlé.

Mais l’impunité ne dure qu’un temps. Et voici qu’avec la révolution de velours, le temps est venu à notre Hercule Pachinian de nettoyer les écuries d’Augias… Comprendre les caves d’Etchmiadzine.

Retenons toutefois que notre propos n’incrimine en aucune manière l’Église apostolique arménienne en tant qu’institution mais ceux qui sont censés la représenter. Or il se trouve que cette représentation est pour le moins en contradiction non seulement avec le message évangélique qu’elle prétend incarner mais également avec les intérêts du peuple arménien. De fait, le catholicos actuel n’est ni un exemple de vertu, ni un exemple de sagesse, ni un exemple d’amour. Encore moins l’interface entre Dieu et les hommes qu’il aurait vocation à symboliser.

Sous son règne, les sectes profitant des manques de l’Église apostolique arménienne n’ont jamais trouvé terrain plus favorable. Sans parler de l’athéisme qui s’est introduit dans les esprits en remplaçant une mystique de Dieu par une mystique de la nation, une mystique de l’intemporel par une mystique de l’histoire. Car la perversion d’une Église dite nationale conduit nécessairement au nationalisme plutôt qu’à la foi en l’Esprit saint. D’ailleurs, il n’est que d’entendre qualifier de saints les héros de la guerre du Karabagh pour se persuader de cette dérive.

En outre, l’une des merdes qui entachent l’Église apostolique arménienne dirigée par Karékine 2 est la propension de ce dernier à se comporter comme un des représentants d’une oligarchie honnie par le peuple arménien. Le scandale a été révélé par les Panama Papers sur le compte caché de sa Sainteté Karékine 2, catholicos de tous les Arméniens s’il vous plaît ! dans la banque suisse HSBC, parmi les rangs de gens aussi peu recommandables que Saddam Hussein. Or, qu’a répondu notre catholicos à cette révélation ? Que c’était de l’argent destiné aux pauvres qui seraient dans le besoin. Un argent qui dormait du sommeil du juste tandis que ces pauvres qu’il était censé soulager dormaient la faim au ventre dans des conditions autrement plus précaires que l’hôtel séculaire où vit le pacha d’Etchmiadzine, lequel a beaucoup trop tendance à se penser en propriétaire des biens de l’Église apostolique arménienne. Si cet argent dissimulé qui repose dans une banque suisse est bien destiné au peuple arménien, le gouvernement Pachinian serait légitimé pour le restituer à qui de droit. Dans le fond, les oligarchies ont cela de bon qu’elles accumulent des richesses jusqu’au jour où une révolution les oblige à rendre au peuple ce qu’elles lui ont volé.

Parmi tous les griefs dont on serait en droit d’accabler le chef de l’Église apostolique arménienne, émerge celui d’avoir fossilisé le message évangélique et de produire aux yeux du peuple l’image d’une théâtralisation de la nation plutôt que l’incarnation de la Parole. Qui n’a entendu dire de cette Église qu’elle était une coquille vide ? Il est vrai que 70 ans de propagande marxiste ont fini par avoir raison du spirituel en Arménie. Aujourd’hui les églises se visitent comme des vestiges du passé non comme des témoignages vivants d’une foi millénaire. C’est que ces vestiges sont à ce point habités par le vide qu’ils semblent faire écho à l’image des religieux dont l’unique vertu est de savoir psalmodier des rituels magiques lors d’un baptême, d’un mariage ou d’un enterrement. De sorte que le peuple arménien, autrefois premier peuple à avoir adopté le christianisme comme religion d’État, est devenu aujourd’hui un peuple aux croyances plus nationales que religieuses, sinon religieuses mâtinées de nationalisme. Et le catholicos, en éjectant les membres les plus honorables de l’Église apostolique arménienne,( forcément puisque le vice déteste être surveillé par la vertu) n’a réussi qu’à façonner une armée de mafieux à son image et à son service.

Or, si la diaspora arménienne a longtemps laissé trainer les choses malgré les différents scandales qui ont émaillé l’histoire des agissements de Karékine 2, c’est en raison d’un vieux réflexe qui consiste à tenir pour tabou l’institution qui représenterait un des piliers de notre identité. Mais chacun sait que tant que cette peur d’avoir à renverser les icônes sacrées du peuple arménien subsistera, surgiront des Arméniens pour l’exploiter à leur profit. C’est le cas du catholicos qui tient sa position dominante au respect aveugle et hypocrite que lui voue une bonne partie de la diaspora en dépit des îlots d’insurrection que l’on trouve soit à Nice soit en Californie et ailleurs. Ainsi s’est développée au sein de l’Église apostolique arménienne une politique de l’impunité en dépit des manques flagrants et dommageables qui salissent une institution qui devrait davantage s’inspirer de Krikor Naregatsi que de Dodi Gago.

Il faut espérer qu’au plus tôt la révolution du peuple arménien, après avoir évincé Serge Sarkissian, s’en prenne à la chefferie d’Erevan puis à la mafia d’Etchmiadzine.

 

Denis Donikian

 

 

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29 mai 2018

De la passion patriotique (3 et fin)

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Ce qu’ont réussi les trois présidents de l’indépendance de l’Arménie, c’est d’avoir accumulé de la haine au sein du peuple arménien durant leurs mandats. Cette haine est montée en puissance à mesure que les abus s’exprimaient sans vergogne et s’étalaient sur la place publique avec l’impunité de ceux qui ont le pouvoir dans leur poche. Comme nous l’avons déjà dit à maintes occasions, on peut  violer le peuple un temps, on ne le peut tout le temps. Arrive le moment où la masse de rancœur se traduit en répulsion. Ces présidents n’avaient pas compris que le pire ennemi du pouvoir est le manque de considération dont peuvent souffrir ceux qui subissent malversations et injustices ad nauseam sans avoir la possibilité de se défendre. Ou même s’il leur arrivait de se défendre, sans parvenirà renverser le cours des choses.

Les Arméniens de la diaspora ont dû maintes fois à chaque voyage être confrontés à cette rancœur. Qui n’a entendu les autochtones se plaindre d’un pouvoir qui n’avait d’autre objectif que de piller le pays ? C’était devenu une rengaine qui en disait long sur l’état psychologique des Arméniens, acculés à vivre en permanence dans l’aversion impuissante de leurs dirigeants.

Marchant des heures dans la forêt de Girants à la recherche d’un monastère, voici que nous tombons sur des apiculteurs. Ils nous invitent à boire du café. Et de quoi nous parlent-ils dans ce cadre enchanteur ? Non pas de leur merveilleux métier, ni de leur vie en pleine nature. Non ! Ils nous parlent de la manière dont le gouvernement Sarkissian s’emploie pour pourrir la vie du peuple arménien en lui volant son bonheur et son honneur. Un mot viendra souvent dans la bouche de l’apiculteur comme dans d’autres : « talan’ », à savoir pillage. Au retour de cette randonnée, nous serons pris en charge par un vieux grumier russe, chargé à bloc. Les « bûcherons » sont des Arméniens habitant Sarigyugh, le dernier village avant la forêt. Les troncs d’arbres ont été prélevés en toute illégalité. Mais la misère oblige à ça. Et s’ils rencontraient des policiers ? Eh bien, il leur suffira de leur graisser la patte. Car c’est ainsi que « fonctionnait » le petit peuple sous Sarkissian, qui avait pris exemple sur plus experts que lui en matière de vol. Sachant que les Arméniens pauvres pratiquaient un vol de survie, et les Arméniens riches un vol de luxe. Dans le Zanguezour, à Tatev, nous avons vu en pleine journée des hommes valides jouer aux cartes faute de travail, d’autres qui ressemblaient à des âmes errantes, tandis que certains se démenaient comme des diables pour sauvegarder le « pain du jour ». Tatev dont les habitants sont contraints de trouver leur bois de chauffage dans les forêts environnantes, par manque de gaz. Dans tel autre village, à Vorotan  plus précisément, telle personne, autrefois enrichie par la pisciculture, était à ce point déprimée qu’elle envisageait de plier bagage pour se refaire en Russie. Un tiers du peuple arménien vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les hommes valides sont partis travailler dans les pays environnants. Sans parler des femmes qui se prostituent en Turquie. Quelles pensées peut nourrir une épouse dont le mari doit vivre en Russie pour nourrir sa famille, ou qui habite un domik sinon une maison délabrée faute d’entretien, et qui vit comme une veuve sans être veuve ? Depuis le tremblement de terre de Spitak, certaines victimes n’ont toujours pas bénéficié d’un logement décent. Qui s’en est inquiété ? Pendant ce temps, le parlement est soumis à d’autres urgences. Les députés n’ayant pas le souci chrétien de l’autre pour rendre leur dignité aux plus pauvres. Une indifférence que Sarkissian a payée au prix fort. C’est que tôt ou tard, il était voué à tomber de son arbre comme un fruit gâté par le soleil.

Ces exemples sont symptomatiques de ce que fut l’état général de la société arménienne durant les premières décennies de l’indépendance. Parmi les dommages collatéraux, figurent des histoires de famille soumises au délabrement. De fait, dans les jours, sinon les mois qui précédèrent la démission de Sarkissian, la haine qui animait le peuple arménien était à son comble. C’est la haine de ce pouvoir honni qui dévorait les cœurs d’une manière quasi générale. Si Sarkissian était resté au pouvoir, la mal-être des Arméniens se serait aggravé dangereusement. Certains qui le pouvaient avaient déjà fui à l’étranger. D’autres les auraient suivis en masse. Certains qui le pouvaient s’étaient suicidés. D’autres l’auraient fait encore. Certains étaient déjà partis travailler en Russie. D’autres auraient pris le même chemin. L’Arménie en était arrivée au point où elle avait cessé d’être une patrie pour les Arméniens. Marâtre patrie en somme. Effectivement, en l’espace de trois mandats présidentiels, les Arméniens se sont sentis pris en étau entre un devoir d’amour envers leur pays et une accumulation de haine envers le pouvoir.

Dans son histoire récente, le peuple arménien a subi plusieurs passions ( le mot étant pris cette fois au sens premier de souffrance, comme dans la Passion du Christ) : le génocide, l’ère soviétique et ces trente années de souffrante indépendance. C’est seulement sur la fin de l’ère soviétique que les Arméniens commencèrent à trouver un semblant de stabilité et de bien-être, fût-ce au prix fort d’une liberté démocratique quasiment nulle. Puis, ils entrèrent dans l’indépendance par les trois portes de l’enfer : le séisme, la guerre du Karabakh et l’effondrement du système soviétique. Les répercussions de ces trois catastrophes n’ont pas cessé de peser sur les Arméniens jusqu’à aujourd’hui. Et les trois présidents, loin de tirer avantage de l’aide internationale ou des secours de la diaspora pour résoudre les problèmes monstrueux auxquels ils étaient confrontés, les ont pervertis au profit de quelques-uns et au détriment du peuple arménien.

C’est une passion moindre qui affecte les Arméniens de la diaspora dans la mesure où leur destin a été pour l’essentiel confronté à l’exil physique, si l’on s’en tient aux premières générations du génocide, puis à un exil symbolique compte tenu du fait que les générations suivantes ont hérité de l’exil premier de leurs parents sans pour autant avoir connu leur territoire d’appartenance. En ce sens, c’est le déracinement, puis la nécessaire adaptation, et enfin le sentiment permanent d’être apatride, à savoir d’une dépossession de soi, qui constituèrent ce qu’on peut appeler à juste titre la passion des Arméniens de la diaspora.

Arméniens d’Arménie et Arméniens de la diaspora avaient des raisons différentes de haïr l’histoire qui les avait fait naître sous de mauvaises étoiles. Quand les Arméniens d’Arménie ont réussi à sublimer leur haine en espérance, les Arméniens de la diaspora ont éprouvé un même sentiment de légèreté. Car alors, la terre arménienne devenait brusquement ouverte à tous les Arméniens dispersés de par le monde. Comme si la dialectique de l’histoire s’ouvrait enfin sur la synthèse d’une réconciliation.

Il faut ici reconnaître à Pachinian un coup de génie que ses détracteurs patentés, aveuglés par le ressentiment, ne pouvaient entrevoir. Pachinian a « vu » que sur la haine qui avait pourri l’âme du peuple arménien en proie aux maltraitances de ses trois premiers présidents, nul pays ne pouvait se construire durablement. Il a délibérément décidé d’arrimer l’Arménie non seulement sur le socle du droit mais aussi sur celui de l’amour. Amour des Arméniens d’Arménie entre eux. Amour entre les Arméniens d’Arménie et les Arméniens de la diaspora. Amour des Arméniens envers leur terre et leur pays. Cette conversion demeure l’axe capital de la révolution de velours. Et il reste à parier que si les hommes suivent ce nouvel ordre national le climat en Arménie, loin d’être délétère, sera de réelle fraternité.

Ce qui manquait aux Arméniens, c’était la Foi, l’Espérance et la Confiance. Les voici revenues comme des mages pour saluer la nouvelle naissance d’un pays.

Denis Donikian

 

 

 

26 mai 2018

De la passion patriotique (1)

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,E VIVA ARMENIA ! — denisdonikian @ 5:37

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Étrange chose que la passion patriotique.

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les récents événements d’Arménie ont permis d’observer combien les Arméniens du monde entier étaient en proie à des sentiments antagonistes. En trois semaines, non seulement nous avons assisté à des renversements de situation mais aussi à des virevoltes de comportement tant là-bas qu’en diaspora. Ainsi, par dépit amoureux, tel thuriféraire du pouvoir Sarkissian se changeait brusquement en contempteur de la chose arménienne tellement son esprit conservateur restait sonné par le coup de jeunesse que lui avait assené Erevan. Quant à ces protestataires, fous amoureux de leur leader, on les voyait, en un clignement, se soulever dans un même mouvement d’exécration envers les députés et potentats oligarchiques qui les auront menés en bateau durant 20 années et plus. Comme si le terreau de la nouvelle idolâtrie s’était constitué à partir d’une lente et sûre détestation. Comme si au mépris subi durant plus de vingt ans on répondait par un mépris unanime et concentré. Comme si en chaque passionné cohabitaient l’amour du pays et la haine de ce qui contrarie cet amour. Comme une même pièce de monnaie habile à montrer en un clin d’œil tantôt sa face et tantôt son envers, la passion patriotique est assez agile pour vous baiser la joue ou vous offrir son cul selon que vous la respectez ou pas.

 

Le lecteur qui nous lit en ce moment et nous-même qui écrivons sommes d’autant plus inconscients de cet passion qu’elle n’existe que par nous et nous constitue comme un attachement animal à la nation arménienne. Dès lors, si nous sommes des sujets lisant ou écrivant sur la chose arménienne, nous devons être aussi regardés comme les objets mêmes de cette passion parce que nous sommes l’œil autant que le spectacle.

 

On a souvent dit de la haine qu’elle pouvait être une autre forme de l’amour. De fait, la haine est constitutive de la passion. Dans le cas arménien, et d’ailleurs partout où se développe la passion patriotique, la chose est telle qu’elle peut s’emparer d’une même personne devenue ainsi victime d’une pathologie touchant à la fois ses pensées et ses actes. Au nom de son peuple ou de son pays, un Arménien peut  s’autoriser à torturer, à mentir ou à trucider un autre Arménien. En l’espèce, ce droit à faire le mal est le propre de tous ceux qui défendent bec et ongle leur patrie. Les Arméniens s’étonnent que Erdogan mente sur le génocide arménien. Mais en quoi Erdogan viendrait salir l’idée qu’il a de la Turquie par un génocide ? Comme si les Arméniens ne mentaient pas pour préserver l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. De fait, dans ce cas de figure, tout devient permis, l’amoralité plutôt que l’immoralité. Ainsi, toute morale patriotique aurait le devoir, sinon le droit, de transgresser la morale pour sauvegarder la nation.

 

L’histoire arménienne est jalonnée d’animosités verbales, d’inimitiés sanglantes, de rivalités secrètes ou déclarées, de trahisons. C’est que le bien de la patrie ne souffre pas d’autre conduite que suprême tant il est chose éminemment sacrée. Chacun qui se croit investi d’une mission patriotique de vigilance s’autorise à jeter des anathèmes au nom de l’intérêt national ou en fonction de références absolues qu’il estime incarner. C’est qu’en lui l’amour de la patrie se convertit au quart de tour en haine de ceux qui le dévoient. Mais ceux qui le dévoient croient à leur tour que leur contempteur est lui-même l’ennemi du bien national. Ainsi se mêlent dans un même panier de crabes des hommes relevant d’une même origine, animés d’une même animosité les uns envers les autres mais exprimant des visions antagonistes de l’intérêt national. Tout forum communautaire offre le spectacle de chaudes confrontations où chacun rivalise avec chacun de bons mots et d’idées salvatrices qui constituent autant de messages messianiques dignes d’un café du commerce.

 

Quand ces voix ne conduisent nulle part, elles produisent du rien, du ridicule et de la vanité. Chacun se donne une importance symbolique dont il est dépourvu dans la vie réelle. Garant de sa santé patriotique, le choc qu’il cherche à provoquer au contact de compatriotes qui pensent différemment, donc mal, rehausse à ses yeux son amour-propre, quitte à faire rire aux éclats un spectateur tenu à l’écart de ces joutes de petits titans.

 

En réalité, toute nation se nourrit de ce mal nécessaire pour faire valoir tels intérêts plutôt que tels autres. C’est ainsi qu’il faut voir l’activité parlementaire où des voix discordantes s’expriment au nom du bien supérieur de la patrie. Mais si ici les combats oratoires sont codifiés, sinon policés, ailleurs ils peuvent faire l’objet d’affrontements physiques redoutables. Il n’y pas de parlement où la joute oratoire ne se mue un jour ou l’autre en pugilat. En Arménie, le Parlement a même réussi à faire parler des armes tenues certes par des éléments de l’extérieur mais qui étaient probablement commandités par des responsables politiques désireux de s’imposer par la force.
En vérité, chaque membre soucieux du destin de la nation s’estime comme un acteur de sa survie. La passion patriotique individuelle n’a pas d’autre objectif que celui de garantir la pérennité du peuple. A ce titre, chacun consent à donner de sa personne pour contribuer à la réussite de cette mission. Laquelle mission est en quelque sorte inscrite dans les gênes des individus à des degrés divers. Chez certains elle investira la totalité de la personne, chez d’autres elle ne s’exprimera que de manière épisodique. Mais ne pas participer par son existence à l’éternisation de son peuple équivaudrait à ne pas faire partie de ce peuple. En ce cas, l’homme coupé de sa communauté prend le risque de devenir un être flottant, à savoir un membre libre de toute attache mais qui s’est retranché de la possibilité de s’inscrire dans la durée des siens. Cette insertion au sein d’une communauté offre une orientation à l’existence, entre une naissance qui n’est plus de hasard et une mort qui n’est plus mortelle. Bref, chaque individu se perçoit comme immortel du fait de l’immortalité supposée du peuple qu’il a nourrie de ses pensées et de ses actes, de son agressivité et de son amour.

 

Il faut du courage pour accepter d’être suspendu dans le vide. Un homme comme Ara Baliozian y travaille avec constance depuis des années. Reste à savoir si cette volonté de faire table rase en se débarrassant des oripeaux symboliques de l’appartenance au peuple arménien ne serait pas dans le fond une autre manière de décliner ses origines et de les chérir. De fait, les diatribes d’Ara Baliozian contre le peuple arménien sont des mots d’amour habillés d’humour noir, mais des mots d’amour quand même. Comme si la meilleure façon d’aimer son peuple serait de se fouetter jusqu’au sang en le fouettant jusqu’au sang.

 

Cela dit, la nation arménienne est une nation problématique qui engendre des enfants problématiques. Elle est de ces peuples rares qui restent écrasés par le contentieux d’un génocide, à savoir un deuil dont la plaie n’est toujours pas refermée. Par ailleurs, la nation arménienne souffre d’être une nation éclatée dont les fragments sont culturellement assez éloignés les uns des autres pour espérer une unité réelle et constructive. Il existe un fossé entre un Arménien d’Arménie et n’importe quel Arménien de la diaspora. Les valeurs des uns ne recouvrent pas les valeurs des autres. Et si le combat pour la reconnaissance du génocide est une priorité pour la diaspora, ce n’est pas le cas pour les Arméniens d’Arménie. Ainsi donc en diaspora le critère d’excellence en arménité serait ce combat pour la reconnaissance alors qu’en Arménie les gens qui se battent pour leur bonheur n’ont d’autre souci que de préserver leur survie et leur territoire.

 

Les Arméniens seraient à plaindre qui naissent dans un monde qui les a rendus fous par le meurtre de masse et qui les rend fous par la négation de ce meurtre, s’ils ne puisaient un peu de leur humanité dans des valeurs de compensation, comme la joie de vivre qui leur ouvre des parenthèses d’oubli. Pour autant, pèse sur eux l’obligation de rappeler leur humanité au monde pour l’avoir perdue en 1915. Tout Arménien qui œuvre de près ou de loin pour la reconnaissance du génocide œuvre en fait pour que soit reconnue sa propre personne tandis que perdure par le négationnisme le rejet dont lui et les siens furent et sont encore victimes. Cette rage de vouloir intégrer le monde des hommes rend fou. La passion patriotique arménienne est à la fois l’histoire d’une souffrance injustement subie et l’histoire d’une rédemption à conquérir.

 

Denis Donikian

10 mai 2018

L’honneur ultime de Serge Sarkissian

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Qu’on le veuille ou non, il faut reconnaître à Serge Sarkissian, le premier des Premiers ministres de l’Arménie parlementaire, le courage patriotique de l’autocritique le jour où il a reconnu que Nikol Pachinian avait raison sur l’avenir du pays et que lui avait tort.

Cette décision n’était pas sans risque pour la sécurité du pays. Mais le risque d’un embrasement intérieur aurait été autrement plus dangereux. Le chaos eût été partout si Sarkissian n’avait pas joué l’apaisement et misé sur la résolution de la crise en se retirant.

Voilà probablement l’acte politique le plus digne qui ait été accompli durant la décennie que dura le pouvoir d’un Sarkissian qui se survécut de gré ou de force, par le maintien de l’ordre ou le bourrage des urnes.

Cet acte qu’on qualifia de faiblesse fut exemplaire dans le sens où les intérêts de la nation arménienne ont été considérés avec gravité et justesse. La paix plutôt que le sang. Et effectivement, une fois qui n’était pas coutume dans la gouvernance de Sarkissian, l’apaisement des consciences prévalut sur l’effusion du sang. Acte d’autant plus exemplaire qu’il suscita de par le monde une certaine admiration. L’ère Sarkissian sera donc marquée dans l’histoire de l’Arménie par ce rattrapage politique qui permit à son auteur de quitter ses fonctions par le fait d’une rupture symbolique avec une décennie de malversations et d’abominations dont les Arméniens eurent à souffrir.

Certes les poussées fiévreuses de la rue démontrèrent que Serge Sarkissian n’avait pas d’autre issue que le retrait tellement l’humiliation du peuple arménien avait assez duré au point de se transformer en haine. C’est qu’on peut tromper un peuple un temps, mais on ne peut le tromper tout le temps. Vient le jour où le violeur de la volonté populaire doit payer pour le mal qu’il a provoqué.

Ce mal, le nouveau Premier ministre, Nikol Pachinian, ne souhaite pas qu’il devienne une cause de déchirement au sein du peuple arménien nouvelle manière. Nikol Pachinian a exclu toute vengeance, tout règlement de compte, même si, qu’il le veuille ou non, le temps viendra de donner force au droit pour reconsidérer toutes les anomalies antidémocratiques qui ont été accomplies sous le règne tant de Sarkissian que de Kotcharian. Il faudra bien un jour que des historiens de l’ère post-soviétique, pratiquant des méthodes d’investigations modernes et animés par la nécessité de clarifier les premiers temps de l’indépendance mettent au jour les agissements secrets de cette république souvent qualifiée de bananière. Sans ce nécessaire et salutaire travail de l’histoire portant sur les trente premières années du pays indépendant, il sera difficile de sortir des méthodes obscures qui ont prévalu dans la gestion politique du pays. Pour la bonne raison qu’en ne les examinant pas avec toute la lucidité qu’il convient, elles continueront à gangréner le pays et à perturber les avancées démocratiques voulues par la nouvelle donne.

Ainsi donc, en définitive, il faut reconnaître que durant les trois dernières semaines qui viennent de s’écouler avec l’espoir qu’elles ont apporté, l’Arménie peut à juste titre se présenter comme le symbole d’un changement par la pacification des esprits. Elle le doit à deux personnalités politiques qui ont joué des rôles complémentaires, à savoir Serge Sarkissian et Nikol Pachinian. Grâce leur soit rendue.

 

Denis Donikian

3 mai 2018

Arménie : nouvelle donne

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( Photo D. Donikian, Erevan,  nov 2010)

*

Depuis l’indépendance, et même avant, les intellectuels arméniens de la diaspora se sont comportés de trois manières principales généralement assez tranchées : l’indifférence désengagée, la collaboration passive ou l’observation critique. Il nous est arrivé d’en parler à maintes reprises, car le rôle des intellectuels dans l’évolution des mentalités n’est pas négligeable. Ils décrivent avec leurs mots une réalité qu’ils mesurent à l’aune de la souffrance et de l’injustice. Et même si la part de l’esthétique peut valoir plus que celle de l’éthique, la force interne du verbe les conduit naturellement à dénoncer les aberrations d’une société plutôt qu’à se réjouir de la régularité des trains.

Dans le cas arménien, l’énormité du génocide a obéré les consciences au point de les détourner, à leur insu, de l’urgence du présent. L’écrivain, plus que tout autre, n’a pas été épargné par cette tyrannie du passé. Dans cet ordre d’idée, chez les Arméniens l’historien tient lieu de conscience collective plutôt que l’écrivain lui-même, lequel s’est trop souvent laissé envahir par les questions restées ouvertes de notre histoire, quitte à trahir sa mission d’observation du réel. De la sorte, ce réflexe passéiste a en quelque sorte neutralisé sa capacité à promouvoir un imaginaire de la vie, à faire l’examen des comportements, à percer la carapace du monde tel qu’il est.

L’indifférence désengagée vis-à-vis de l’état social et politique de l’Arménie est d’autant plus déplorable que c’est là que se tient l’avenir du peuple arménien. Cette cécité philosophique qui repose sur une sorte de neutralité petite bourgeoise est-elle admissible quand il s’agit d’un peuple qui se vide lui-même par l’exil, la pauvreté, le mépris politique ou la guerre ? Autant de « causes » humaines qui engendrent des souffrances et sur lesquelles un œil simplement humain ne peut que s’accrocher. C’est que l’Arménie vit sur le fil du rasoir. Croire que toute critique à son encontre, fût-elle humaniste, peut faire le jeu de l’abîme, est indécent. Le véritable abîme est celui que vivent les gens : exil, pauvreté, mépris, guerre. Mais les indifférents qui se réfugient soit dans le passé, soit dans l’art, font aveu de faiblesse. Et cette faiblesse affaiblit le peuple même auquel ils appartiennent.

A l’autre extrême, se situent ceux qui trouvent un malin plaisir à encenser le pouvoir en place, à lui reconnaitre sagesse, hauteur de vue et tutti quanti. Pour autant, ils vous jureront que leur approbation ne vaut pas collaboration. C’est certes vrai dans la mesure où leur engagement n’accompagne pas forcément les impérities et les aberrations du pouvoir. Cependant, approuver suppose qu’on partage les mêmes idées, les mêmes actions, les bonnes autant que les mauvaises. Les bonnes du gouvernement Sarkissian seraient d’avoir préservé la sécurité du pays contre l’ennemi qui le menace périodiquement d’invasion. Les mauvaises seraient d’avoir maintenu la corruption, appauvri les pauvres, alimenté l’émigration. Bonnes ou mauvaises, ces actions forment un tout, constituent une cohérence, produisent un système. Quand on adhère à une politique, on en porte la responsabilité. En d’autres termes, ces intellectuels sont, qu’on le veuille ou non, d’autant plus complices de la corruption qui sévit en Arménie et de la pauvreté qui gangrène la société qu’ils s’opposent farouchement à ceux-là mêmes qui combattent la corruption et s’insurgent contre l’appauvrissement des gens en s’opposant à Sarkissian. Et comme ces intellectuels s’opposent aux opposants, ils donnent raison à celui qui a fait de la corruption un pilier du système et de la pauvreté le dernier de ses soucis (le premier de ses soucis présidentiels étant de bien manger, bien s’habiller et bien boire dans une maison bien protégée). Or, si la pauvreté pousse à l’exil, un climat de corruption généralisée fait de même. L’hémorragie que connaît l’Arménie depuis deux décennies affaiblit numériquement le pays qui est contraint par l’impératif de se défendre. Par ailleurs, si la corruption se répand partout où elle peut trouver de l’avantage, elle finit immanquablement par miner la société, mais aussi pourquoi pas l’économie militaire. Ce qui revient à dire que le soldat, faute d’armement adéquat, en sera réduit à se battre à son corps défendant. Les 4 jours d’avril 2016 ont montré que l’obsolescence des armes a exposé inutilement le soldat arménien. De fait, la corruption substitue à la camaraderie primordiale en temps de guerre un je-m’en-foutisme généralisé, quitte à détériorer la condition du soldat. Là encore, notre soldat est victime de cette mentalité. C’est dans ce sens qu’il faut placer le cas du soldat grièvement blessé qui ne pouvait être soigné qu’en Allemagne et qui s’est vu refusée toute aide financière de la part du gouvernement. Indigne !

De fait, on sait très bien à quelle Arménie se réfèrent ces intellectuels ringards de la collaboration. A une Arménie historique, idéale, traversant les siècles. En vérité, leur Arménie idéale, historique, traversant les siècles est une Arménie théorique, c’est-à-dire sans Arménien. Une certaine idée de l’Arménie. Sinon une Arménie avec des Arméniens qu’on peut sacrifier sans scrupule sur l’autel de la Patrie, de ces Arméniens qui sont accrochés au pays, pas de nos intellectuels d’une diaspora éloignée de tout conflit, à l’abri d’une réalité quotidienne aliénante et qui ose faire la leçon aux autochtones.

Quant aux intellectuels critiques, on l’aura compris, ils ne peuvent garder le silence, quand bien même les indifférents et les collaborateurs les traiteraient de « mouches du coche », c’est-à-dire de personnes qui croient produire du changement politique alors que le mouvement d’une société vient d’ailleurs.

Certes.
Mais à l’heure où Nikol Pachinian est en passe de devenir Premier ministre d’Arménie, le temps est venu de se réjouir qu’après trois présidents responsables du dégoût général, un homme se réclamant de Nelson Mandela  cherche à faire le ménage en remettant aux mains du peuple les clefs de son destin. Trois présidents que notre plume n’aura pas épargnés, depuis Le peuple haï (1995) jusqu’à L’Arménie, à cœur et à cri (2016), en passant par Un Nôtre Pays ( 2003), Vidures (2011), sans parler des livres de randonnées et autres articles parus sur le site Yevrobatsi.org et notre Blog Ecrittératures. A telle enseigne que ces livres et articles nous avaient donné une réputation d’écrivain négatif, incapable d’extraire d’une réalité complexe le solide en ne privilégiant que l’aberrant, comme si le pays arménien était voué à rester irrémédiablement enfoncé dans sa fange à cochons.

Il ne s’agit pas ici de faire du triomphalisme. Mais force est de constater que nos critiques, incessantes, obsessionnelles, compulsives depuis plus de vingt ans n’étaient autres que celles du peuple lui-même. Les 500 000 personnes qui en Arménie sont descendues dans la rue, s’ils avaient lu nos livres, y auraient vu la description de leur âme propre, la teneur de leurs dénonciation, le fiel de leur rancœur. Ce qui se passe aujourd’hui en Arménie est le résultat, qu’on le veuille ou non, comme cela se fait dans l’ordre des idées, d’un climat général de dénigrement, de réprobation et pour tout dire d’écœurement à l’égard de la classe dirigeante. Climat auquel ont contribué aussi bien les Arméniens eux-mêmes que les intellectuels de la colère. Tandis que les autres, les partisans de l’indifférence molle ou de la collaboration tiède se plaçaient par leurs paroles, leurs actions et leur vie du côté le plus inhumain du fléau.

A vrai dire, indifférents et collaborateurs avaient une si piètre idée du peuple arménien qu’ils n’étaient pas loin de penser que c’était un peuple rendu immature par soixante-dix années de soviétisme. Rien de bon ne pouvait advenir de ce peuple qui faisait en quelques années l’expérience de la catastrophe, de la guerre et de l’indépendance. Que ce peuple s’était étourdi sous le poids des malheurs  au point de perdre toute conscience politique et que son accès à la démocratie ne pouvait s’opérer sans un passage obligé par la phase du parti unique auquel il avait été habitué. Or, il aura fallu trois présidents, tous aussi mauvais les uns que les autres, pour donner au peuple arménien un puissant désir de démocratie. Une période d’étouffement qui fut une période d’initiation durant laquelle les Arméniens ont nourri leur colère démocratique et alimenté leur vœu de justice juste, d’élections transparentes et de  libre fraternité. Cette période qu’on ne savait pas transitoire, ni nécessaire, sinon depuis l’avènement de Pachinian, qui a forgé les esprits et les solidarités, les intellectuels de la contestation l’ont conceptualisée par leurs textes. Tandis que les autres continuaient à croire que le peuple arménien ne méritait pas mieux qu’une dictature déguisée en démocratie.

Et donc, disons-le tout net, ce qui nous a toujours guidé comme écrivain arménien, c’était de donner la parole aux sans-voix, de mettre des mots sur leurs souffrances, d’humaniser en quelque sorte le sort cruel que des Arméniens infligeaient à d’autres Arméniens. Nous n’aurons pas failli à cette tâche, même si les thuriféraires patentés des usurpateurs ont pris plaisir à nous ostraciser. Il n’y a pas d’écrivain véritablement humain qui ne soit iconoclaste. Et si, par malheur, Pachinian devait manquer à sa parole, nous reprendrions du service. C’est juré !

 

Denis Donikian

29 avril 2018

Marche et rêve…

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Tandis qu’en Arménie une fièvre démocratique s’est emparée des foules, certains parmi les « intellectuels » de notre diaspora, qui fréquentent les cafés du commerce cybernétiques, commentent les évènements avec l’ironie du scepticisme pour prophétiser que l’aventurisme des leaders conduira forcément le pays à la catastrophe.

Il se trouve que ces « intellectuels » de l’immobilisme qui ne vivent pas au pays viennent faire la leçon à des légions d’Arméniens qui subissaient depuis des années le mépris d’un parti habile à bourrer les urnes pour son avantage. Qui savait écouter les gens en Arménie n’entendait que force récriminations, dégoût et envie de fuir le pays.

Car c’était ça l’Arménie pendant de nombreuses, trop nombreuses années, un écrasement des âmes au quotidien. On ne le dira jamais assez. Un écrasement qui obligeait tant à la résignation qu’à l’exil soit physique soit intérieur. Un écrasement comme une véritable catastrophe culturelle et qui empêchait le potentiel intellectuel de la jeunesse de donner toute sa mesure. En ce sens, la perte de la démocratie conduit nécessairement à une perte des esprits, constamment détournés vers des soucis de survie matérielle ou de sauve-qui-peut politique.
Ce désordre démocratique a engendré des modèles de vie proches de la prédation et de l’affairisme mafieux. En effet, les jeunes n’avaient pas d’autre idéal que celui de calquer leur vie sur la réussite des oligarques. Gros business, grosses voitures, grosses fiestas. Le tout enrobé par un réseau d’amitiés fondé sur le renvoi d’ascenseur ou le retour sur investissement. Telle était la culture dite du « aghperoutyoun ».

A la longue, ce système, si l’on ne s’en préservait pas, pouvait engendrer des pathologies sociales tirées par des valeurs exclusivement matérialistes. La société arménienne a banni l’altruisme réel au profit d’un altruisme de parole où chacun « prend le mal » de l’autre à chaque détour de conversation. Mais dans le fond, c’était un monde de lutte serrée où le souci de l’autre n’existait plus. Cela veut dire que dans un tel contexte, les droits de l’homme ne peuvent avoir aucune consistance réelle faute d’ancrage dans une culture de fraternité.

Or, aujourd’hui, il semble que la société arménienne se réveille brusquement de son sommeil dogmatique et suicidaire. Ce qui se passe dans les têtes, c’est l’ouverture des esprits à tous les possibles. En effet, ce qui se passe dans la rue arménienne équivaut à l’explosion d’un bouchon de champagne. C’est que l’Arménie était vécue comme une société bouchée qui s’agitait en vase clos et n’aspirait qu’à prendre l’air.

Mais contrairement à un processus naturel irrépressible, les Arméniens se sont comportés jusque-là en personnes responsables. En premier lieu, ils ont voulu mener une révolution pacifique d’autant que des consignes ont été données pour éviter toute chasse aux sorcières. Toutefois, il ne s’agira certainement pas d’une révolution susceptible de répéter le passé honni en gardant en place ne serait-ce que des parties du système. Si révolution il y a, ce sera au sens strict, un retour à la case départ de la démocratie où les éléments d’une politique équitable et transparente seront remis au peuple pour qu’il accomplisse le chemin de son bonheur collectif.

En d’autres termes, les Arméniens viennent d’ouvrir la boite de leur rêve politique, celle-la même que le régime républicain s’était acharné à fermer hermétiquement en les privant du droit légitime de choisir celui qui doit incarner leurs aspirations. En effet, l’erreur de Sarkissian a été d’instaurer un régime parlementaire pour se faire élire par ses propres sbires plutôt que par le peuple. Cette dépolitisation à laquelle il a soumis le peuple arménien a fini par jouer contre lui. Mauvais calcul. On peut imaginer ce premier ministre nouvelle manière mesurer l’abîme qu’il aura ainsi creusé entre lui et son peuple au seul spectacle du dégout qu’il a dû lire sur les visages d’une jeunesse débordant de vie dans les rues de la capitale.

Aujourd’hui, tout est permis au peuple arménien, à commencer par le droit de rêver. Rêver d’une Arménie librement choisie. Rêver de travailler pour soi et pour son pays. Rêver de pouvoir donner un avenir à ses enfants. Bref, rêver au bonheur de vivre.

Oui, messieurs les pessimistes, les Arméniens ont raison de rêver. Rêver d’un monde sans oligarques ni corruption. Car à l’origine d’une réalité sociale transformée, il y a toujours une utopie. Et l’utopie nait de l’enthousiasme  qu’inspire un avenir plus grand, plus juste et plus fraternel.

Alors vive le rêve arménien !

 

Denis Donikian

22 avril 2018

L’Arménie au cœur

Filed under: APPEL à DIFFUSER,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 1:17

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LIBEREZ PACHINIAN

*

Qu’on se le dise. Aucun Arménien de la diaspora ne devrait se sentir autorisé à faire la leçon aux opposants à Serge Sarkissian, qui animent depuis plus d’une semaine les mouvements contestataires en Arménie. La première raison qui devrait pousser un Arménien de la diaspora à s’en abstenir serait que lui, contrairement à tout citoyen d’Arménie, ne souffre ni dans sa chair ni dans sa conscience civique du mépris que lui font subir tant des parlementaires affairistes que des politiciens accros du pouvoir et pratiquant depuis des années fraudes, répressions et autres jeux de dupes. Le dernier canular sorti du chapeau de Serge Sarkissian ayant été sa métamorphose de président en premier ministre au nez et à la barbe du peuple arménien.

 

Cette caste au pouvoir croyait le peuple arménien suffisamment amorphe et inapte au sacrifice pour se permettre de promouvoir ses hommes sans avoir recours au suffrage universel. Mais non. Les « salauds » qui tiennent ce truquage comme indispensable à un pays au bord de la crise de guerre se trouvent tant du côté du pouvoir qu’au sein d’une diaspora soumise, frileuse et pour tout dire lâche. Chacun aura remarqué que ceux qui en diaspora approuvent ce jeu de passe-passe ne sont eux capables d’aucune once d’indignation comme un citoyen de pays démocratique serait en devoir d’éprouver. C’est à se demander quels intérêts se cachent sous cette approbation d’un pouvoir honteux qui bafoue à tout-va le droit aux Arméniens d’Arménie de revendiquer un avenir qui soit à la mesure sinon de leurs rêves du moins de leur raison.

 

Parmi les arguments avancés, le plus éculé serait que 70 années de soviétisme n’auraient pas permis aux Arméniens d’accomplir cette maturation démocratique nécessaire à l’épanouissement politique du pays. Cela voudrait signifier que les Arméniens sont littéralement des imbéciles. Ils ne sauraient tenir tête à un ennemi qui force aux frontières, de sorte qu’il vaudrait mieux opposer à un dictateur fou (Aliev) un dictateur dur ( Sarkissian). D’ailleurs, l’idée n’est pas loin qui consiste à penser que la contestation affaiblirait le pays et que mieux vaut se serrer les fesses à l’interne avec un Sarkissian inapte au social pourvu qu’on s’épargne une percée ennemie aux frontières grâce au même Sarkissian. Cet argument oublie plusieurs choses, à commencer par le fait que les Arméniens n’ont pas attendu Sarkissian pour défendre les habitants de l’Artsakh au début des années 90. Et si hier, ils se sont levés comme un seul homme, aujourd’hui ils feraient sûrement de même. Sans oublier qu’aujourd’hui, une armée existe et que la combativité du soldat arménien n’est pas à prouver pourvu qu’on lui donne des armes.

 

De fait, ceux qui manifestent aujourd’hui dans Erevan sont pour la plupart d’une génération qui n’a pas connu le soviétisme mais qui baigne dans un monde aussi bien tiré vers le haut par un idéal de respect des droits humains que largement innervé par les réseaux sociaux. Ce n’est donc pas une jeunesse totalement conditionnée par les années de plomb qu’ont subies leurs parents, mais une génération neuve, ouverte, soucieuse d’égalité, à qui on ne la fait pas. C’est d’ailleurs en quoi Serge Sarkissian s’est grandement trompé en croyant que la prolongation artificielle de son mandat allait passer comme une lettre à la poste.

 

Soulignons au passage qu’il serait injuste d’incriminer Pachinian d’être à l’origine d’une instabilité intérieure susceptible à juste titre de provoquer une instabilité aux frontières. Pachinian n’est pas la cause, mais l’effet d’une cause qu’il a longtemps combattue en dénonçant les prolongations illégitimes du mandat présidentiel. En effet, le principal fauteur des troubles qui agitent la société arménienne périodiquement depuis dix ans n’est autre que le président Sarkissian lui-même. Chacun aura remarqué que sous son régime, la pauvreté a augmenté, l’hémorragie démographique est devenue d’autant plus alarmante qu’elle suscite aujourd’hui de la part du même Sarkissian des programmes pour inverser la tendance. Quant à la corruption, loin d’avoir été combattue comme promis, elle s’est au contraire durablement installée.

 

Et qu’on nous cite une seule réforme qui aurait permis un semblant de mieux-être dans le pays.

 

Si les Arméniens quittent l’Arménie, comme nous le dénonçons depuis nos premiers livres, ce n’est pas que le phénomène soit général dans les ex-républiques soviétiques, mais que les fraudes à répétition qui ont enrayé la machine électorale en Arménie ont découragé les Arméniens d’oser espérer améliorer l’avenir de leurs enfants. Dans cet ordre d’idées, rappelons que la corruption qui gangrène la société a également renvoyé chez eux les Arméniens de la diaspora qui souhaitaient contribuer au développement du pays.

 

Et comme tout se précipite en Arménie en ces jours d’effervescence civique, à l’heure où nous écrivons ces lignes, Nikol Pachinian a déjà été arrêté quelques heures à peine après avoir rencontré Serge Sarkissian auquel il a demandé de se retirer. Lequel Sarkissian a estimé qu’il s’agissait d’un chantage.

 

Cela dit, les « sages » tant de la diaspora (Aznavour et autres) qu’en Arménie ( le président Armen Sarkissian, le Catholicos, etc ) ont tôt fait de prôner un dialogue qui soit constructif pour le pays. Or, cela fait des mois sinon plus que Pachinian essaie de faire entendre raison à Sarkissian pour qu’il se retire définitivement de la vie politique au profit d’une réelle alternance comme en attendent les générations qui manifestent aujourd’hui à Erevan.

Vous aurez d’ailleurs remarqué que Serge Sarkissian use toujours des mêmes ficelles comme il l’a fait avec Tsarukian et Hovanissian. Il prône le dialogue mais ne cède rien sur son propre pouvoir, quitte à attirer son adversaire dans un piège pour mieux l’éliminer. Dans de telles circonstances, le dialogue est une figure imposée par la démocratie pour montrer la bonne volonté du pouvoir alors qu’il prépare en sous-main une répression impitoyable. En ce sens, Sarkissian a une trop haute idée de l’Arménie qu’il défend pour ne pas reculer devant le sacrifice de quelques citoyens afin de remettre les choses en place et de faire rentrer les manifestants chez eux.

 

Dans cet ordre d’idée, il faut déplorer les arrestations massives qui ont eu lieu et qui ne manqueront pas d’arriver dans la mesure où les personnes arrêtées vont se trouver à la merci d’une police qui aura probablement les coudées franches pour faire passer aux victimes l’envie de se mesurer à elle et de manifester de nouveau. Il faut rappeler qu’en Arménie, pays où l’État de droit n’existe pas, on peut rentrer dans les locaux de la police et ne plus en resortir vivant.

 

Tout compte fait, c’est ainsi que va se solder ce mouvement de protestation. Serge Sarkissian en a vu d’autres. Il fait avec et continue d’avancer. Et de la même manière, le peuple continuera de faire avec Sarkissian, quitte soit à se résigner, soit à quitter le pays. Quant aux autres, ils n’auront qu’à ronger leur frein.

 

Pour l’heure, il faut libérer Nikol Pachinian.

 

Denis Donikian

15 février 2018

Vive la censure !

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 3:51

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La bêtise des politiques en matière de pensée est souvent le terreau du génie artistique. Comme chacun sait, là où il y a de la gêne peut advenir le génie. Ce que les membres de l’OULIPO ( Ouvroir de littérature potentielle) avaient bien compris. Là où il n’y a pas de gêne, il n’y a pas de jouissance esthétique. Les Japonais qui pratiquent l’érotisme des nœuds savaient ça. Plus on saucissonne le corps aimé, plus la jouissance monte des profondeurs. Ah ces Japonais ! Ils auront toujours pratiqué le minimalisme en matière d’art, d’architecture, d’horticulture et d’alimentation. Le sushi, le jardin zen et le haïku relèvent du même état d’esprit minimaliste. On élimine le superflu pour atteindre l’épure. Ce que la cuisine moderne française a compris qui propose ses plats comme du comestible visuellement poétique.

Or, c’est en s’inspirant de leur culture fondée sur la restriction que les Japonais se trouvent à l’aise dans leur vie tant le peu permet de cultiver la perfection alors que l’exubérance fait perdre la tête et la maîtrise de la matière.

Quand un peuple baroque de nature se voit imposer de l’extérieur des contraintes, il s’oblige à filer droit dans les couloirs des lois, des règles et de la peur. Ces murs symboliques qui canalisent son existence permettent aux vies de mieux couler en s’abstenant de penser dans les débordements souvent inconséquents et même dangereux.

Mais que valent alors ces contraintes extérieures en matière d’art ? Soit elles tuent l’artiste, soit elles le fécondent. Nous n’irons pas par quatre chemins, la censure politique peut être considérée comme une aubaine pour les artistes qui tombent brusquement dans le chaudron démoniaque des censeurs politiques.

Trois cas me viennent à l’esprit. Ceux de Sergueï Paradjanov, d’Artavazd Pelechian et de Jafar Panahi.

Concernant Sergueï Paradjanov, nul doute qu’il y a une nette rupture esthétique entre les Chevaux de feu et Couleur de la Grenade. C’est qu’on passe d’un monde cinématographique appris à un monde cinématographique inventé, d’un mode narratif linéaire à un mode narratif fragmenté. Après les envolées du genre cinéma soviétique, dans Couleur de la Grenade, c’est le figé qui fait sens. Sergeï Paradjanov fait en sorte que ses images regardent les yeux dans les yeux ceux qui ont cru censurer son imagination. Et voilà qu’elles leur font la nique. De fait, avec ce film, Paradjanov invente un nouveau langage, si nouveau qu’il restera unique, inimitable et puissant.

Dans le même ordre d’idée, Artavazd Pelechian contourne la censure en prenant le matériau des archives soviétiques – donc autorisé – pour bâtir à coup de ciseaux des films d’un genre inédit, propre à satisfaire la censure. Or, le génie de Pelechian, c’est de faire émerger du sens à partir des images décousues, furtives comme l’éclair qu’il fait cracher sur l’écran.

Avec Taxi Téhéran, Jafar Panahi se moque de ceux qui l’auront condamné en 2011, en lui interdisant de réaliser des films pour une période de vingt ans. Mais il faut bien travailler. Le réalisateur s’improvise chauffeur de taxi transformant sa voiture en studio dans lequel les clients vont devoir exprimer les effets secondaires d’un système politique absurde. Dès lors, cette voiture va esquisser le portrait d’une ville engoncée dans ses débrouilles, ses traditions aberrantes et les formatages d’un pouvoir qui cherche à imposer une idée de la vie qui n’a rien à voir avec la vie même. Le tour de force de ce film, c’est qu’on ne sait jamais si on est dans le réel vrai ou le réel scénarisé. Et c’est ce qui lui confère aussi son originalité.

Bien sûr, on aurait rêvé que des cinéastes arméniens, qu’ils soient de la diaspora ou d’Arménie s’emparent avant Jafar Panahi de ce taxi cinématographique pour dire la ville de Erevan telle que la vivent les gens. Hélas, la censure en Arménie est si peu draconienne que les artistes éprouvent encore un sentiment de liberté. Du moins, sont-ils assez lâches pour croire qu’ils sont libres et pour rester aveugles sur les modes désespérés que le pouvoir impose à la vie. Quant aux cinéastes de la diaspora, ils n’ont pas assez de couilles ni de talent pour être à la hauteur d’un Paradjanov ni d’un Panahi.

 

Denis Donikian

11 février 2018

L’ACTU QUI TUE

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,L'ACTU QUI TUE — denisdonikian @ 4:20

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A la bonne heure ! Mon cousin germain revient d’Arménie. Il avait les dents en râteau. Et le voici qu’il nous est réapparu tout sourire avec des chagnottes made in armenia, blanches comme de l’ivoire et rangées serrées comme des troufions à la parade.

Je dois dire que mon cousin avait quitté l’Arménie il y a plus de vingt ans pour vivre en France. Mais ce cher pays de France reste trop cher pour une bourse d’exilé. Donc retour au pays du sourire où les dentistes diplômés vous rectifient une dentition à un prix défiant toute concurrence.

L’État arménien s’est empressé de sonner à tout va l’excellence de la culture médicale arménienne.

Pour une rage de dent, peut-être. Mais cette excellence est loin de couvrir les autres maladies. Ce qu’on s’empresse de vous camoufler.

C’est que nos Arméniens, experts en business et ruse marketing, savent agréablement jouer sur les amalgames pour tirer la fierté nationale du jeu. Voyez Tatev, le plus long téléphérique du monde. C’est en Arménie, les gars ! C’est donc le génie arménien qui a fait ça ! ( Non, c’est le génie suisse et italien, qu’on se le dise).

Dans certains centres de dialyse en France on voit venir des Arméniens. Mais on ne fait pas de dialyse chez vous ? Oui, mais ils sont si mauvais qu’on frise la mort à tous les coups. Ceux qui peuvent se payer le voyage et le séjour en bradant le tout venant pour subvenir aux dépenses ne diront pas que l’Arménie a une excellente culture médicale. D’autant que les dentistes sont souvent passés par l’Europe pour parfaire leurs connaissances.

Quant à la greffe du rein, ce n’est pas dans leur pays que les insuffisants rénaux d’Arménie pourront espérer sortir de l’aliénation que constitue une hémodialyse. En Arménie, un rein peut se donner à l’intérieur d’une famille, pas d’un Arménien lambda à un autre Arménien lambda, décédé ou non. Ce n’est pas dans la culture compassionnelle des Arméniens, Aghper djan’ tsavet danem ( soit : « mon frère je prends ton mal ». Mon cul, oui !)

Voir l’article sur Armenews ICI

*

A la male heure ! Le taux de pauvreté en Arménie va augmenter en 2018 ( Voir ICI). Selon le chef de l’union des employeurs arméniens, Gagik Makaryan, les 20 000 emplois prévus par an ne suffiront pas à enrayer une pauvreté qui s’élevait à 29,8% en 2015. Il précise qu’en cette même année 2015, 900 000 personnes pauvres vivaient en Arménie. Parmi elles, 310 000 étaient très pauvres et 60 000 vivaient dans une pauvreté absolue, soit respectivement 19,4%, 8,4% et 2%.

60 000, c’est l’équivalent de deux villes comme Vienne dans l’Isère où je suis né.

On me dit : c’est la guerre.

Certes, mais cette guerre n’a pas empêché certains Arméniens de s’enrichir. Je dirai même que la guerre est souvent à la source de leur enrichissement.

Elle n’a pas empêché les trois présidents de trahir leur devoir de compassion et d’exemplarité. Quand on préside au destin de l’Arménie, on n’a pas le doit de vivre mieux et plus haut que ceux des Arméniens qui doivent supporter le froid et la faim.

Cette pauvreté est une honte qui rejaillit et sur les autorités arméniennes et sur notre diaspora.

Mais aussi sur les intellectuels d’Arménie et les intellectuels de la diaspora, ces parleurs qui creusent de leurs paroles le vide de leur propre cœur.

Mais également sur les thuriféraires patentés et lâches des autorités arméniennes, sorte de laquais de la fierté nationale, qui vivent le cul au chaud et la tête enflammée par l’exaltation permanente.

Qu’on me dise quelles réformes ont fait les ministères concernés pour sortir les pauvres  de la pauvreté !

Qu’on me dise quel usage a fait le gouvernement de l’immense manne européenne et autre qui lui tombe du ciel depuis vingt ans.

Qu’on me dise quel obstacle empêche la diaspora d’investir en Arménie, alors qu’elle n’attend que ça.

Heureusement, nous avons notre bon et généreux catholicos qui a mis 1,1 million de dollars dans une banque suisse dans la louable intention de subvenir aux besoins de ces 60 000 Arméniens les plus oubliés de la planète, même de Dieu.

Denis Donikian

7 décembre 2017

L’ACTU QUI TUE

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,L'ACTU QUI TUE — denisdonikian @ 5:47

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Johnny Halliday est mort. Les industriels du tabac sont en deuil.

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Moi je n’ai rien de Johnny en moi. Suis je encore français?

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« Putain ! Si d’Ormesson et Johnny ont reçu tant d’hommages les miens vont être grandioses alors ? »

Charles Aznavour

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Selon son cuisinier personnel, Bachar El-Assad voudrait se suicider après qu’on lui a révélé les atrocités et les viols infligés à ses opposants par ses partisans.

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Trump veut faire de la Maison Blanche la capitale mondiale  de la connerie. Les Palestiniens ne sont pas d’accord.

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L’Europe a donné son feu vert à Monsanto pour qu’il remplace le sel de table par du glyphosate. Le sel, c’est mauvais pour la tension.

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Il y aurait de l’aluminium dans les vaccins mais pas dans les dosettes de café.

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Nous autres civilisations nous savons que nous sommes hantées par la jungle. La preuve : les harcèlements sexuels font du mâle un prédateur. Mais on ne nous dit pas tout. Monsanto, les labos pharmaceutiques, les industries de l’alimentaire ou de la pêche, le système de la consommation sont des entreprises de prédation massive qui vous nourrissent ou qui vous soignent par empoisonnement. Tous harcelés, tous empoisonnés. La grande bouffe.

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Le rocker commence rocker et finit millionnaire. Si c’est pas un oxymore, qu’est-ce que c’est ?

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Macron en Algérie : Bouteflika va lui apprendre à sucrer les fraises sans se pisser dessus.

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Dans le cadre d’une politique d’accroissement démographique de l’Arménie voulue par le président Sarkissian,  La ministre de la diaspora, Hranouch Agopian m’a écrit comme au  » fer de lance de la diaspora de France » ( dixit) pour venir engrosser les filles du pays. J’ai répondu que je manquais de fer et que ma lance était trop molle pour besogner qui que ce soit. Elle m’a répliqué en colère qu’elle serait obligée dans ce cas de faire appel à des homosexuels. Mais mon ami Chouchou déteste faire ça avec une fille, même pour une cause nationale aussi urgente. Bref ! On n’est pas dans la merde !

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Poutine va se représenter aux prochaines élections sur le modèle des poupées russes. Vous retirez la plus grande et vous tombez sur une  autre chaque fois plus petite. Et c’est vrai, d’une élection à l’autre, Poutine est chaque fois plus petit mais ne disparaît pas.

 

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