Ecrittératures

21 septembre 2019

Barone VIRAVORAKAN’

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 7:01

 

Violette-Grigorian-02

(photo Max Sivaslian)

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Hello ! Here is Barone Viravorakan’

Un soir à Erevan, nous étions tous assis autour d’une table bien garnie, joueurs d’échecs, de duduk, de mots, d’idées, de couleurs… Par chance, j’avais pour voisine Mariné Pétrossian, ma poétesse préférée que j’avais traduite en français. « Poétesse, c’est très bien, dis-je,  mais pour sortir du ghetto arménien, mieux vaut écrire des romans comme me le demandent souvent les éditeurs en France, soucieux de faire découvrir l’Arménie. – Écrire des romans, répondit-elle. Mais tu n’y penses pas ! C’est d’ailleurs une demande très viravorakan’. »

Très blessante ? Allez savoir !

Récemment, mon article, « Je hais Pachinian », m’a valu de la part de Violette Krikorian, ma poétesse préférée que j’ai traduite en français, l’accusation d’être viravorakan’, pour la raison que je traitais les Arméniens d’Arménie avec condescendance et que j’avais trop tendance, comme écrivain de la diaspora, à vouloir leur faire la leçon pour les sortir de l’obscurantisme, sachant que je ne ferais jamais avec les Français ce que je fais avec eux.

Adoubé par deux fois par mes deux poétesses préférées comme écrivain viravorakan’, je dois reconnaître que le sobriquet dont elles m’ont affublé vaut titre de noblesse.  Barone Viravorakan’, ça sonne très  arménien, comme haykakan’, Armenakan’,Taklamakan’ et autres  Kaklamakan’.

Cependant, il ne sera pas dit que le fait d’avoir été viravorakan’ aux yeux de Violette Krikorian m’autorise à répondre  d’une manière viravorakan’ à ses accusations d’être un écrivain de la diaspora viravorakan’. Et pourtant, je serais en droit de le faire pour la bonne raison que Violette Krikorian ne connaissant pas le français ne peut pas avoir fondé son jugement à partir des nombreux articles que j’ai écrits sur mon blog ÉCRITTÉRATURES et réunis en livres. Elle aurait constaté que si je m’adresse aux Arméniens tant d’Arménie que de la diaspora, c’est pour la bonne raison que je ne suis pas un grizzli né parmi les grizzlis, mais un Arménien né parmi les Arméniens. Et que depuis mon premier livre, LE LIEU COMMUN, jusqu’au dernier, le roman LAO, l’essentiel de mon œuvre porte sur les Arméniens considérés comme sujet littéraire à part entière. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que les Arméniens réunissent plus que tout autre peuple les ingrédients d’une souffrance infinie et d’une résilience infinie. (A ce titre, ils méritaient d’être appréhendés comme une étude de cas). Mais aussi, parce que c’est le seul peuple au monde avec lequel je partage la même histoire. De ce fait, je me sens autorisé à partager avec lui le même présent et le même avenir.

Pour autant, il est fallacieux de penser que je ne me suis pas intéressé aux Français, sans parler des Turcs, des Noirs d’Amérique et de moi-même, ma cible privilégiée. Dès lors, je peux dire sans me tromper que mes livres sont peu ou mal lus, que personne ne s’est jamais jusqu’à présent penché sur la diversité de leurs thèmes et que Violette, ne connaissant pas le français, est d’autant plus excusable qu’on me lit déjà peu en France. Même si je fais un effort considérable pour rendre au moins mes livres accessibles aux Arméniens. Effort d’autant plus vain que les écrivains d’Arménie font preuve d’une incuriosité maladive à l’égard de cet écrivain de la diaspora qui vient marcher sur leurs plates-bandes.

Les propos peu amènes de Violette Krikorian m’accusant de prendre les Arméniens d’Arménie pour des ploucs me font très mal. Plus que viravorakan’, ce jugement puéril pourrait relever de la diffamation. Toute ma vie, j’ai accompagné de mes écrits et honoré par ma voix les vivants aussi bien que les morts du peuple arménien. Mes livres passés (« ETHNOS », témoignage d’un  jeune écrivain de la diaspora sur l’Arménie soviétique) et à venir  (« Encyclopédie thématique du génocide des Arméniens ») en font foi.

Le mépris n’a jamais été une valeur littéraire à mes yeux, contrairement ce que laisse entendre le coup de griffe de Violette sur ma personne. Mais c’est avec force humour et un travail acharné sur la langue qu’on peut arriver à dénoncer les ridicules d’une société. Pour moi, plus que des personnes, j’ai toujours pris pour cibles les absurdités contre la raison, la justice et la vérité, d’où qu’elles viennent. Et les condamnations de Violette à mon encontre n’y changeront rien. Dans le fond, un écrivain est un révélateur d’absurdités. Et pour ce qui concerne l’Arménie, les absurdités qui font souffrir les Arméniens sont légion.

Mais il y a plus grave. Violette Krikorian me dénierait-elle, en tant qu’écrivain de la diaspora, le droit d’écrire sur les Arméniens d’Arménie ?  Cela sent le vieux relent qui resurgit sous sa plume d’une forme de racisme interne à l’égard des aghpars. Et d’ailleurs, obligerait-elle un auteur d’Arménie ayant émigré au Canada à n’interviewer que les grizzlis ? Dès lors, disons le tout net, ce droit je le prends au nom de la liberté d’expression et je l’exerce dans quelque domaine que ce soit. Avec « Hayoutyoun », j’ai beaucoup écrit sur les travers des Arméniens de la diaspora. Mais en Arménie comme en diaspora, mes textes critiques m’ont valu de solides inimitiés. Or, la bêtise des imbéciles patriotards ou professionnels stimule ma plume. Qu’y faire ?

De fait, les reproches de Violette frisent un certain populisme dans la mesure où il semblerait que pour elle le peuple arménien soit intouchable. Sacré oui, Violette, intouchable non. Sacré dans le sens où c’est à lui, à sa préservation, à sa dignité et à son droit au bonheur que vont nos pensées et nos actes. Mais intouchable, non. Car le peuple arménien comme tous les peuples a ses héros et ses voyous. Et la plume de l’écrivain arménien se doit de crever les abcès partout où se logent des manquements à la dignité. Qu’on se rappelle, en 2012, les démêlés de Hovhannès Ishkhanian avec son recueil de nouvelles : «  Jour de démobilisation ».

D’ailleurs, qui ne sait que les premiers à prendre les Arméniens pour des moins que rien sont avant tout des Arméniens d’Arménie, à commencer par ces trois présidents de la république en passant par les oligarques ? Faut-il les dénoncer ou faut-il les préserver en s’abstenant de toute critique sous prétexte qu’on ne touche pas au peuple arménien.

Je ferais d’autre part remarquer à Violette Krikorian, que ce que je dis sur les Arméniens, en France, les essayistes et journalistes le disent au centuple sur les Français. Démocratie oblige. Dans le fond, pourquoi me reprocher d’être critique quand tout citoyen, tout journaliste, tout écrivain qui se sent partie prenante d’une démocratie le fait en toute liberté ? Est-ce à dire que les propos viravorakan’ de Violette Krikorian frisent le déni de démocratie et obligent tout un chacun à se retenir sous prétexte que le peuple arménien, c’est sacré ? En France et ailleurs le journalisme critique est un composante essentielle de la démocratie.

J’ajoute que, loin de donner des leçons à quiconque, je me suis accordé comme devoir de mettre ma plume au service du débat public et des enjeux que traverse le peuple arménien. À mes yeux, écrire sur l’Arménie, c’est d’abord le faire en tant que citoyen. Je dis bien citoyen. Car si le hasard a jeté une grande partie des Arméniens hors de leur territoire naturel pour former une diaspora, celle-ci, par son aide durant les années noires d’une gouvernance dévoyée, n’a jamais cessé, de près ou de loin, de soutenir financièrement le pays, malgré la corruption endémique qui y sévissait et qui se servait au passage. Dès lors, cet état de fait me laisse penser que je suis un citoyen économique de l’Arménie, étant donné que j’ai aidé ma famille sans relâche, mais aussi des traducteurs, un éditeur, des imprimeurs, tous payés de ma poche. Mais Violette Krikorian devrait aussi s’informer auprès de Vahan Ishkhanian, mon journaliste préféré, sur l’aide que j’ai apportée à une famille d’Arméniens, abandonnée de tous et frappée par une maladie de dégénérescence oculaire. Il était selon moi très viravorakan’ que ces Arméniens-là ne fassent l’objet d’aucune attention ni de la part du peuple arménien, ni de la part du gouvernement.

Durant au moins trois décennies, la société arménienne était une société scandaleuse. Sous Kotcharian et Sarkissian les Arméniens pouvaient mourir assassinés dans un commissariat ( affaire Goulian) ou même dans un restaurant (affaire Poghos Poghossian). La décharge de Erevan, telle que je la décris dans mon roman « Vidures », suintait le scandale. Et celui qui le lira verra que je ne prends pas les chiffonniers arméniens pour des ploucs. De fait, le vrai scandale en littérature, c’est de rester aveugle au scandaleux. Comme nos intellectuels conférenciers, parleurs de passé perdu, qui n’ont jamais accordé la moindre attention aux Arméniens  qui souffraient d’injustice et de pouvoir arbitraire.

Enfin, c’est à bon escient que je prends ici pour cible Violette Krikorian , ma poétesse préférée. Car en voulant me faire la leçon et en me prenant pour un  Arménien douteux vivant en diaspora, elle ajoute du ridicule à ses propos viravorakan’. Mais comme maintenant nous sommes tous viravorakan’, avec nos ridicules et nos travers, nous sommes donc tous frères et sœurs appartenant à un même peuple en quête de vérité, de justice et de bonheur.

Tous des Arméniens dans le même bateau voguant pour la même dignité.

Denis Donikian

15 août 2019

Ես ատում եմ Փաշինյանին

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Traduit du français par Yvette Nvart Vartanian

Հայ ընթերցողներիցս նրանք, ովքեր ջանասիրաբար այցելում են այս բլոգը՝ հայտնաբերելու համար, ինչ նոր գրոհ կարող են ներշնչել ինձ Հայաստանը, հայերը, հայ իրականությունը և Գ․2 կաթողիկոսը, նկատած կլինեն, որ մեկ տարուց ի վեր առաջվա եռանդսայլևս չկա։Գրիչս անգործության է մատնվել, իսկ նրա ցայտքերը հազվադեպ են արտանետվում։Պետք է խոստովանեմ՝ գրական-ստեղծագործական դադարի մի ժամանակաշրջան եմ ապրում, դա առողջական վիճակիս վատ նախանշաններից է, իմանալով, որ սուր քննադատություններս միշտ եղել են մտավոր կարողության լավ զգացողության նշան, նույնիսկ այն ժամանակահատվածում, երբ մարմինն էր տառապում։

Այլևս ոչինչ չկա, որ ատամիս տակ գցեմ։

Սարգսյանի և հատկապես Քոչարյանի օրոք ես գոնե հային խժռելու մի հնարավորություն ունեի, ատամ ցույց տալով հայկական անհեթեթությունների հասարակական շեղումներին, որ լացացնելու աստիճան ծիծաղ էր առաջացնում․․․ Բայց Փաշինյանի հարցում՝ ոչինչ։

Ատում եմ Փաշինյանին, քանի որ ինչ նա է անում, այնքան հարթ է, ինչպես նորածնի մաշկը։ Իսկ ես չեմ կարող կծել աշխարհի պես գեղեցիկ և կյանքի պես կենսախինդ մանկանը։ Ո՛չ, անկարող եմ։

Ատում եմ Փաշինյանին, քանի որ ոչինչ չի ընձեռում ինձ, ո՛չ իր հայտարարություններով, ո՛չ գործողություններով, որ արթնացնեն պամֆլետագրիս բնազդները։ Սարգսյանի, Քոչարյանի դեպքում կարողանում էի։ Երբ նրանք ինչ-որ բան էին ձեռնարկում՝ հակադեմոկրատական էր։ Երբ ոչինչ չէին ձեռնարկում՝ նույնպես հակադեմոկրատական էր։ Օրինակ, մարտի 1-ը սարքեցին, իսկ ետերկրաշարժի անտուն մարդկանց համար ոչինչ չարեցին։ Ես ամենախեղճերի մասին չեմ խոսում, ովքեր տապալվեցին փոշու մեջ, մինչդեռ նրանք սլանում էին իրենց 4x4 -երի մեջ բազմած։

Այո, ատում եմ Փաշինյանին, որովհետև ինձ դանդաղ սպանում է՝ որքանով որ հեղափոխական մտքերը թեժացնում է։ Որպես գրող-գրաքննադատ ես հոգեվարքի մեջ եմ․․․

Իրականում, եթե իմ ընթերցողը բավականին լավ է ճանաչում գործերս, տեղյակ է․ դեռ 2011 թվից կանխազգացել եմ, որ Փաշինյանը մի օր երկրի իշխանության գլուխ է կանգնելու։ (Հիմա, երբ նա հասել է դրան, տեղն է ինձ)։ Նրանք, ովքեր միշտ ձեռք են առել ինձ, թե զրպարտում եմ Սարգսյանի կամ Քոչարյանի խայտառակ վարչակարգերը, իրականում իրենց նողկալիություններով նրանք հանցակիցներ էին, արժանին մատուցվեց նրանց։ Հիմա որձկում եմ հաճույքից, որովհետև կարող եմ վերևից նայել ու խոսել, ինչպես միշտ եմ արել, այնինչ նրանք ինձ անտաշ քննադատի տեղ էին դնում։ Ճիշտ է, որ երբեմն գրական ժանրի մեջ ես գուշակի դերում եմ հանդես գալիս։

Ամեն դեպքում ես ատում եմ այս Փաշինյանին, եթե նույնիսկ կանխատեսել եմ նրա գալը և շտապում էի՝ շտապեցնելով Սարգսյանի անկումը անդուդի խորքը։

Պետք է նշել, որ միշտ լավ դպրոց է անցել այդ Նիկոլը, որովհետև ոչ մի միտինգ, ոչ մի ցույց բաց չի թողել և զերծ չի մնացել ճաղերի ետևում հայտնվելուց (մի բան, որ մեր հայ մտավորականները լռության են մատնել այս հանգամանքն այն ժամանակ, երբ ես այս բլոգում արտահայտվում էի ի պաշտպանություն նրա

Ուրեմն, այո, Փաշինյանը ճիշտ ուղու վրա դրեց Հայաստանը։

Սկսել ժողովրդավարական վստահությունից։ Քոչարյանին, Սարգսյանին, ինչպես նաև Տեր-Պետրոսյանին հաջողվել էր հուսահատության մատնել հայերին, ովքեր ձգտում էին հասնել ժողովրդավարական երջանկության։ – Իսկ ի՞նչ է ժողովրդավարական երջանկությունը,- կհարցնեք ինձ։ Այս երջանկությունն սկսում է սեփական երկրի և իր ժողովրդի հետ ներդաշնակելու զգացումից։ Դա հզոր զգացում է, որ քաղում է իր ներշնչանքը կառավարական գործողությունների թափանցիկությունից և դինամիզմից։

Ինչ վերաբերում է Հայաստանին, շատ հաճախ մոռանում ենք, որ հեղափոխական վերածնունդը դեռ մեկ տարեկան է, որ երկրի մեջ սեպ էր խրված, որ մի կողմից մշտապես պատերազմի մեջ է, մյուս կողմից՝ թշնամական վիճակում հայտնված։

Ամենախորամանկ հայերի մեջ, որ կարծում են, ապացուցում են իրենց խելամտությունը՝ թափելով ատելության մաղձը Փաշինյանի կառավական որոշումների վրա, պետք է կարողանան նախ սովորել կողպեք դնել իրենց լեզուներին։ Քանի որ քաղաքացու ժողովրդավարական առաքինությունն է նաև ուղեկցել ընտրված կառավարությանը նորմալ ձևով, որը նույնպես չի խնայում ջանքերը մարդկանց երջանկությունը կերտելու համար։

Այո, հիրավի, Փաշինյանը քննադատելի է։ Միշտ առիթներ կան քննադատելու քաղաքական որոշումները, երբ պետք է շիտակ խոսել բազմության առջև և ընդհանուրի շահերից ելնել։ Բայց այս փուլում, և հաշվի առնելով Հայաստանի իրավիճակը, քննադատներն են քննադատելի, քանի որ քննադատությունները խարխլում են վստահությունը և խորտակում են տրամադրվածությունն այն պահին, երբ այդ վստահությունն ու տրամադրվածությունը պետք է նպատակներից վեր կանգնած լինեն։ Այն հայերը, ովքեր մասնագիտացել են պառակտման և ինքնաոչնչացման հարցում, պետք է կարողանան հետևել առաձգական շարժմանը, երբ այն ազգային ընդգրկում ունի, ինչպես դա կատարվում է այսօր Հայստանում։

Այն ժամանակից ի վեր, ինչ Հայաստանի հանրապետությունը գոյություն ունի, տաբուլա ռազայի ոչ մի քաղաքականություն չի իրագործվել նույնպիսի արմատականությամբ։ Իրականում յուրաքանչյուր հեղափոխություն պահանջում է վերադառնալ հիմքերին, այն ժամանակին, երբ իրականացել են խախտումներ, որոնք կապված են եղել կաշառակերության (կոռուպցիայի), խարդախության, հովանավորչության հետ, իսկ կարևորների կողքով անցնում եմ։

Այսպիսով, Փաշինյանը ժամացույցի սլաքները ճիշտ ժամերի վրա դրեց, հարձակում գործելով հիմնականում համար առաջին չարիքի վրա, նկատի ունենալով կաշառակերությունը։ Շատ հաճախ մոռանում ենք, որ մարդիկ կաշառակերության պատճառով են մահանում, մանավանդ, երբ այն թափանցում է հանրային առողջության ոլորտ կամ մինչև իսկ բանակի մեջ։ Հավաստիապես ճանաչելով հայերին, շատ լավ գիտենք, որ մանր խաբեբաները միշտ փորձելու են սողոսկել ցանցի անցքերի միջով։ Բայց մի վարչակարգի, որտեղ կաշառակերությունը օրենք էր դարձել և մի այլ վարչակարգի միջև, որ պայքար է մղում, պետք է գովաբանել այն մարդուն, ով գտնվում է պայքարի բարձունքին։

Բացի այդ, Փաշինյանը գիտի, որ հայ երիտասարդությանը պետք է դուրս բերել խավարամիտ ուսումից, արժևորել այդ երիտասարդի ունակության առավելությունները։ Կողմնորոշումը դեպի նոր տեխնոլոգիաները կարողանալու է հայերին ուղեկցել սահմանելու առաջին կարգի բևեռացում և աշխատատեղեր ստեղծել։ Այս երիտասարդությունը եռանդով է լեցուն և ընչաքաղց է նորագույն գիտելիքների հանդեպ։ Հայտանշական է հավաստել, որ անմիջապես, երբ խթանող միջավայրում է հայտնվում, հայ երիտասարդն ընդունակ է վեր խոյանալ լավագույնների միջից։ Ընդհանրապես արտասահմանում են հայ երիտասարդները ցուցաբերում իրենց ունակությունների ծավալումը։ Ճանաչել եմ հայ երեխաների, որ ֆրանսերեն գրել, կարդալ չիմանալով հանդերձ, մի քանի տարի հետո դարձել են իրենց դասարանի լաավագույն աշակերտները, հաղթահարել են այն խոչընդոտները, որ կանգնում են դեպի բարձրագույն դպրոցներ տանող ճանապարհներին։ Այժմվանից ինչու՞ չկերտել երկրի համար որակյալ այդպիսի միջավայր, նույնիսկ, որպեսզի երիտասարդները հանձնեն իրենց ողջ ունակությունները հօգուտ ազգի բարելավման։

Մինչդեռ սփյուռքը Քոչարյանի, Սարգսյանի աչքին կթան կով էր, իսկ Փաշինյանը այն պահում է Արցախի և Հայաստանի հետ միասին որպես հայոց ազգի երեք ճյուղեր։ Այդ ժամանակից ի վեր սփյուռքը հաշվի մեջ է և եթե պետք է նկատի առնել նրան, սփյուռքը պիտի իր դերը կատարի այս եռամաս նվագախմբի մեջ։ Դա անցնում է փոխանակումների միջոցով, փոխադարձ և հիմնավորված վստահությամբ ու միասնության կամքով երկրի ապագայի համար, նաև ցեղասպանության ճանաչման համար։

Այո, ես ատում եմ Փաշինյանին, որովհետև խանգարում է ինձ գրել։

Բայց շատ հայտնի փաստ է․ պատվավոր մարդը զուսպ է լինում։

Դընի Դոնիկյան

11 août 2019

Je hais Pachinian

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 3:51

chimp-rire

 

Ceux de mes lecteurs arméniens qui fréquentent assidument ce blog pour découvrir quelle saillie nouvelle m’auront inspiré l’Arménie, les Arméniens, l’arménité et le catholicos K2, auront remarqué que depuis un an ma verve n’est plus ce qu’elle était.

J’ai la plume en berne et ses érections se font rares.

Je dois avouer que je traverse une période de ménopause littéraire qui augure mal de ma santé, sachant que mes diatribes ont toujours été le signe que le mental se portait bien même en période où le corps se portait mal.

Plus rien à me mettre sous la dent.

Avec Sakissian et surtout Kotcharian, j’avais au moins de quoi bouffer de l’Arménien, de me faire les dents sur les absurdités arméniennes, sur les travers d’une société qui vous fait pleurer de rire… Mais avec Pachinian, rien.

Je hais Pachinian car ce qu’il fait est aussi lisse qu’une peau de bébé qui vient de naître. Et moi, je ne peux pas mordre un bébé beau comme le monde et joyeux comme la vie. Non je ne peux pas.

Je hais Pachinian car il ne m’offre rien ni dans ses déclarations ni dans ses actions qui puisse réveiller mes instincts pamphlétaires. Sarkissian, Kotcharian je pouvais. Quand ils faisaient quelque chose, c’était antidémocratique. Quand ils ne faisaient rien, c’était aussi antidémocratique. Par exemple ils ont fait le 1er mars et ils n’ont rien fait pour les sans-abris de l’après-séisme. Je ne parle pas des plus pauvres qu’ils ont roulés dans la poussière tandis qu’ils roulaient en 4×4.

Oui, je hais Pachinian parce qu’il me tue au fur et à mesure qu’il fait monter la sauce de sa révolution. Comme écrivain critique, j’agonise…

En fait, mon lecteur, s’il m’a bien lu, sait que dès 2011, j’avais prédit que Pachinian serait un jour à la tête du pays. ( Maintenant qu’il est là, c’est bien fait pour ma gueule) . Ceux qui se sont toujours moqués de moi parce que je bavais sur les régimes honnis de Sarkissian ou Kotcharian, et qui en réalité se sont montrés complices de leurs dégueulasseries, en ont pris pour leur grade. Maintenant j’éructe de plaisir car je peux parler de haut comme j’ai toujours fait tandis qu’ils me voyaient rouler dans le caniveau. Il est vrai que dans mon genre je prends parfois des allures de pythonisse.

En tout cas, je le hais ce Pachinian, même si je l’avais vu venir et que je me précipitais pour précipiter Sarkissian dans l’abîme.

Il faut dire qu’il a toujours été à bonne école ce Nigol, puisqu’il ne ratait aucun meeting, aucune manifestation, et qu’il n’a pas raté la case prison (chose que nos intellectuels arméniens ont passé sous silence quand moi je prenais sa défense sur ce blog).

Alors, oui, Pachinian a mis l’Arménie sur les bons rails.

A commencer par ceux de la confiance démocratique. Kotcharian et Sarkissian, mais aussi Ter Pétrossian, avaient réussi à désespérer les Arméniens qui aspiraient au bonheur démocratique. Qu’est-ce que le bonheur démocratique, me direz-vous ? Ce bonheur commence par le sentiment d’être en harmonie avec son pays et son peuple. C’est un sentiment puissant qui puise son inspiration dans la transparence et le dynamisme des actions gouvernementales.

Concernant l’Arménie, on oublie trop souvent que la renaissance révolutionnaire n’a qu’un an d’âge, que c’est un pays enclavé, qu’il est toujours en guerre d’un côté et en situation d’hostilité de l’autre.

Ces Arméniens parmi les plus malins qui croient faire preuve d’intelligence en bavant leur haine sur les décisions du gouvernement Pachinian devraient apprendre à tenir leur langue. Car la vertu démocratique du citoyen est aussi d’accompagner un gouvernement démocratique normalement élu et qui ne ménage pas ses efforts pour construire le bonheur des gens.

Oui, bien sûr, Pachinian est critiquable. Il y a toujours lieu de critiquer des décisions politiques qui doivent trancher dans le tas et dans l’intérêt général. Mais à ce stade et compte tenu de la situation de l’Arménie, ce sont les critiques qui sont critiquables, car les critiques sapent la confiance et démolissent le moral au moment ou cette confiance et ce moral doivent être à la hauteur des enjeux. Les Arméniens qui sont experts en matière de division et d’autodestruction doivent apprendre à suivre le mouvement de résilience quand il est d’ampleur nationale comme aujourd’hui en Arménie.

Depuis que la république arménienne existe aucune politique de la table rase n’avait été mise en œuvre d’une manière aussi radicale. En effet, toute révolution consiste à revenir aux fondamentaux dès lors qu’ils ont subi les perversions liées à la corruption, à la fraude, au népotisme, j’en passe et des meilleurs.

Or, Pachinian a remis les pendules à l’heure en s’attaquant principalement au fléau numéro 1, à savoir la corruption. On oublie trop souvent que des gens meurent des mains de la corruption quand elle s’insinue dans les mécanismes de la santé publique ou même de l’armée. Certes, connaissant les Arméniens, on sait bien que des petits escrocs essaieront toujours de passer entre les mailles du filet. Mais entre un régime où la corruption faisait loi et un autre où elle est combattue, il faut louer celui qui se tient à la hauteur du combat.

Par ailleurs, Pachinian sait qu’il faut sortir la jeunesse arménienne d’une pédagogie obscurantiste en valorisant les vertus de son intelligence. L’orientation vers les technologies nouvelles ou de l’information pourrait conduire les Arméniens à constituer un pôle de première importance et produire de l’emploi. Cette jeunesse est vive et avide de savoirs nouveaux. Il est symptomatique de constater que sitôt qu’il est mis dans un environnement stimulant, le jeune Arménien est capable de se hisser parmi les meilleurs. Généralement, c’est à l’étranger que ces jeunes révèlent l’ampleur de leurs capacités. J’ai connu des enfants arméniens ne sachant ni lire ni écrire le français devenir les meilleurs de leur classe au bout de quelques années et franchir les obstacles qui conduisent aux grandes écoles. Dès lors, pourquoi ne pas créer cet environnement de qualité au pays même pour que les jeunes donnent la pleine mesure de leurs capacités et ce au profit de la nation ?

Tandis que la diaspora n’était aux yeux des Kotcharian-Sarkissian qu’une vache à lait, voilà que Pachinian la tient avec l’Artsakh et l’Arménie comme l’une des trois branches de la nation arménienne. Désormais la diaspora compte et s’il faut qu’elle compte la diaspora doit jouer son rôle dans cette orchestration tripartite. Cela passe par des échanges, une confiance mutuelle et raisonnée et une volonté d’unité dans le combat pour l’avenir du pays et celui pour la reconnaissance du génocide.

Oui, je hais Pachinian parce qu’il m’empêche d’écrire.

Mais c’est bien connu, un homme honnête ça s’empêche.

Denis Donikian

9 août 2019

Snif ! Snif !

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 8:11

 

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Deux Réunionnais se sont unis dans le même amour d’Aznavour pour offrir au futur musée de Erevan consacré à l’artiste deux mouchoirs lui ayant appartenu.

Foi du Réunionnais arménien, ce sont des mouchoirs dont l’authenticité peut être vérifiée par l’ADN que l’artiste y aurait laissé.

Snif ! Snif !

Le futur musée les a acceptés de bon cœur.

Dès lors, nous lançons un appel.

Ceux qui possèdent par devers eux des vardigs d’Aznavaour, des fois qu’il aurait laissé trainer ça quelque part et qu’une femme de chambre les aurait ramassés en douce, peuvent les faire parvenir au musée à condition que l’ADN de l’artiste soit authentifié. Les petits malins qui voudraient faire un voyage à l’œil avec de faux vardigs dans leur valise peuvent aller se rhabiller. Ça ne passera pas.

Le musée cherche également des chaussettes, des chemises, des maillots de corps, des cotons tiges, des poils, des cheveux, des bouts d’ongle, etc.

Toutes ces reliques seront précieusement conservées de manière à ce qu’elles perpétuent la sainte image du fils vénéré de la nation arménienne.

Snif ! Snif !

En revanche, que personne ne s’avise à transmettre au dit musée un vardig ayant appartenu à Robert Kotcharian avec lequel ( pas le vardig, Kotcharian) Aznavour était en bons termes.

D’ailleurs, ils avaient même diné ensemble au fameux Paplavok où un sbire du président avait tellement tapé sur un type qui lui aurait manqué de respect que le malheureux en est mort. Aznavour avait d’ailleurs admis que tout le monde pouvait mourir  d’une crise cardiaque. Et comment ?

Snif ! Snif !

Denis Donikian

1 juin 2019

Intellectuels de mes deux…

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 6:53

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Honte aux intellectuels arméniens qui n’ont pas défendu quand il le fallait les voix humiliées de l’Arménie.

20 mai 2019

Pashinyan : un faux pas

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 6:41

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Pour le moins, c’est la stupéfaction. Vus de l’étranger, les événements qui agitent l’Arménie ces dernières 24 heures constituent une vraie déception. Celui qui prônait une révolution en douceur en appelle à une certaine radicalisation par le peuple, c’est-à-dire en jetant la foule des affidés contre un système judiciaire qui tarde à adopter la nouvelle mentalité . Jusque-là nous avons cru que la séparation des pouvoirs serait respectée comme le veut toute bonne démocratie. Mais voilà que l’exécutif se mêle de ce qui ne le regarde pas.

Le déclenchement de cet acte anticonstitutionnel, disons plutôt anti démocratique, a été provoqué par la libération de Robert Kotcharian, qui bénéficie en l’occurrence des cautions des deux présidents de l’Artsakh, Bako Sahakian et Arkady Ghoukasian.

Ces faits obligent à nous interroger sur plusieurs points.

En quoi Robert Kotcharian, en tant que citoyen devrait-il être privé du droit au respect de sa personne tant que sa culpabilité n’est pas prouvée. On se demande pourquoi la présomption d’innocence ne lui a pas été accordée. L’Arménie s’est montrée aussi rétrograde que le Japon en la matière, qui a jeté en prison Carlos Ghosn avant même que les procès en accusation aient débuté. Quoi qu’il ait fait, Robert Kotcharian doit se soumettre à la justice dès lors que des griefs pèsent sur son mandat et sur sa personne. Si Pashinyan voulait donner la preuve qu’il est le garant d’une vraie démocratie, le cas Kotcharian est loin de le démontrer. En ce sens, Pashinyan avait à faire appliquer la justice avec le plus de retenue possible, dans le respect des règles, s’il voulait que cette justice fût efficace et non entachée d’actes douteux ou humiliants pour la victime.

Dès lors qu’on agit avec autant d’acharnement vis-à-vis de l’exprésident, celui-ci a tout à fait raison de brandir contre son accusateur le prétexte d’une vendetta politique. Ce qui fait de lui une victime qui attire forcément l’incompréhension et la compassion.

Cette accusation, Pashinyan vient de la renforcer en supportant mal qu’il ait été libéré sous caution. En appeler au peuple pour semoncer les juges d’avoir mal jugé relève de l’ingérence dans les cours de justice.

Par ailleurs, s’opposer à la caution des présidents Bako Sahakian et Arkady Ghoukasian équivaut à se mettre à dos la population du Karabagh, comme si les Arméniens avaient besoin d’une telle division.

De plus, la caution du peuple à laquelle fait appel Pashinyan, Premier ministre, jusqu’à lui demander de descendre dans la rue ou d’investir le palais de justice, rappelle à regret les propos d’Erdogan dans son acharnement à vouloir invalider les élections concernant la mairie d’Istanbul, sous prétexte que cette invalidation reflétait la volonté populaire. Cette volonté populaire qui a porté Pashinyan ne peut être invoquée à tout bout de champ. C’est au parlement et à la constitution de prendre le relai.

Ce qui pourrait excuser Pashinyan, c’est qu’il a forcément une connaissance des affaires arméniennes qui l’oblige à des réponses radicales, dans la mesure où il veut sauver la démocratie au prix de quelques entorses au système de droit. Nul plus que lui qui est au cœur des difficultés que traverse le pays sait quelles forces jouent contre sa personne au profit d’un retour à l’ancien régime. Nul plus que lui sait qui veut sa perte, et par conséquent la perte de la démocratie. La lutte contre la corruption n’est pas sans danger aussi bien pour celui qui la combat que pour le pays même. L’Arménie, à l’heure actuelle, marche sur un fil tendu. Et les nostalgiques du monde perdu, tant en Arménie qu’en Diaspora, se réjouissent des avatars de la nouvelle société. Or, on oublie que c’est la majorité des Arméniens qui a porté Pashinyan au pouvoir et que ce sont les Arméniens d’Arménie qui ont souffert le plus sous les régimes honnis de Kotcharian et Sarkissian. En conséquence, cette souffrance et ce besoin de changement, fussent-il problématiques, méritent d’être respectés. Honte à ceux qui en diaspora se délectent des échecs que rencontre l’Arménie nouvelle. Les échecs étaient inévitables. Les faux pas le sont aussi. Mais l’Arménie avance. En un an, elle a plus fait qu’en 20 ans sous les deux régimes précédents.

Denis Donikian

Je renvoie le lecteur à l’excellent article de Raffi Kalfayan dans les NAM

11 mai 2019

Journal d’un militant

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 5:11

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« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. » (Hannah Arendt)

Nous publions sur notre blog l’article de Manoug Atamian pour plusieurs raisons. La première étant que cet article aura été refusé par tous les médias arméniens auxquels il a été proposé. Et pour cause ! C’est un article critique sur le livre d’un militant connu et qui fourmillerait d’informations fausses ou douteuses. En ce sens, Manoug Atamian, qui déteste qu’on lui fasse avaler des couleuvres, nous alerte dans la mesure où trop souvent les complaisances dont fait preuve une communauté arménienne pétrie de patriotisme ordinaire peut la conduire à gober tout ce qui se dit ou s’écrit. Si être militant d’une cause comme la nôtre est louable, et notre auteur l’est pour avoir joué un rôle probablement important,  il reste que le moi frise le haïssable quand il prend le pas sur le nous. L’article de Manoug Atamian nous ouvre les yeux et c’est tant mieux si tout auteur improvisé prend dans notre communauté le risque d’être contredit ou lu à la loupe. Cela dit, cet article de Manoug Atamian reste de sa seule responsabilité, la nôtre étant de lui donner à la parole.

Denis Donikian

*

 

Dans son « Journal d’un militant » récemment publié et promu à coups de soirées de présentation et d’articles élogieux (avec sa photo en recto verso de la couverture et une troisième sur la tranche du livre !), à la page 179, Ara Krikorian nous apprend la disparition de Franz Werfel le 17 mai 1978 à l’âge de 90 ans. En 1978 ? On l’aurait donc connu de son vivant, l’auteur des « Quarante jours du Musa Dagh » ! Mais non, car dans la même annonce soi-disant rédigée à chaud ce jour-là, on lit à la fin de ce sujet qu’en fait, il est décédé à 54 ans en 1945… Franz Werfel est donc mort deux fois, à 33 ans d’intervalle. Comment peut-on écrire une pareille ineptie ?

Ce « Journal » manifestement remanié pour sa publication (ainsi, comme dans ce cas, à chaque fois qu’un personnage célèbre décède, au lieu d’exprimer les sentiments que lui inspire le disparu ou bien les souvenirs qu’il en a, Ara Krikorian nous sort une « nécro » toute prête, du genre : « il est né en telle année, il a fait ceci, il a écrit cela » etc.), « Journal » dans lequel il nous raconte sa vie, depuis son enfance difficile, puis à travers ses diverses responsabilités dans la F.R.A. ou comme président du CDCA (en évitant comme d’habitude d’évoquer le travail du Centre d’études arméniennes dans l’éveil des consciences durant les années qui précédèrent le cinquantenaire du Génocide). Ce qui lui permet de se donner le beau rôle, fustigeant les uns, de préférence déjà morts, flattant d’autres bien vivants avec force « mon ami » Untel, ou bien en parlant à plusieurs reprises, en tant qu’ancien élève du collège de Sèvres, de sa prétendue proximité avec les Pères mékhitaristes, alors qu’il n’y a passé qu’une année. (7 en ce qui me concerne).

Ara Krikorian poursuit ainsi son chemin dans la lignée de son « Dictionnaire de la Cause arménienne », digne du Guinness des Records en matière d’erreurs ou d’approximations de toutes sortes, dans lequel il compensait ses manques, parfois élémentaires, en matière d’Histoire, par son imagination fertile. Par exemple, en écrivant (page 33) que le fleuve Araxe est la « frontière naturelle de l’Arménie historique »(sic) ou à la page 26 que l’église d’Akhtamar date du VIIème siècle (on n’est plus à trois siècles près…). Il va jusqu’à confondre l’identité de portraits archiconnus, comme la photo de Daniel Varoujan sous laquelle il écrit Bedros Tourian (p.235), ou bien celle de Djemal Pacha sous-titrée Enver Pacha ! (p.95) Souvent, comme dans le cas de Franz Werfel, il donne un renseignement exact, puis il se contredit avec un fait ou une date inventée de toutes pièces. Par exemple, à l’article « NAZIM, Dr » (p.172), il écrit à juste titre que ce bourreau jeune-turc a fini par être exécuté en 1926 par les siens pour avoir comploté contre Kemal, tandis qu’à l’article « OPERATION NEMESIS » (p.179), on apprend qu’il aurait été abattu par Missak Torlakian, donc par un Arménien et plusieurs années auparavant !

Ara Krikorian va jusqu’à confondre sous la même rubrique : DJEMAL PACHA (AZMI), les deux personnages de Djemal Pacha déjà cité, l’un des trois acolytes du Triumvirat jeune-turc, avec Djemal Azmi, vali de Trébizonde, qui organisa l’extermination des Arméniens de sa province, souvent par noyade dans la mer Noire.(p.91) En revanche, ils se retrouvent séparés à l’heure de leur mort, en tombant sous les balles de vengeurs arméniens différents, pour Djemal Pacha en 1922 à Tiflis comme on peut le lire à la fin de cette rubrique, et en ce qui concerne Djemal Azmi à Berlin, en même temps que Behaeddine Chakir, le 17 avril 1922 (en page 69), et un an auparavant, « en avril 1921 », à la page 251.

Une rubrique concerne l’actualité de ce 24 avril : la « DECLARATION DU 24 MAI 1915 », document essentiel dont il a remanié les phrases à sa façon, avec pour résultat d’affadir sa signification, en substituant les termes de « nouveaux crimes de la Turquie contre l’humanité et la civilisation », dont les mots mis en caractères gras  furent utilisés ici pour la première fois dans un texte officiel, par celui de «  crime de lèse-humanité » sorti de son chapeau. Et c’est probablement en se fiant à son « Dictionnaire » que le rédacteur du discours du Premier ministre Edouard Philippe, lorsqu’il a évoqué cette Déclaration des Alliés, lui a fait prononcer, et à deux reprises, ce « lèse-humanité » inventé par le « militant » Ara Krikorian qui se prend pour un historien de la Question arménienne.

Or un « Journal », on peut le jeter par-dessus bord (ne vous inquiétez pas, on nous a annoncé qu’un deuxième tome était en préparation), mais un dictionnaire, y compris malheureusement celui-là, est destiné à demeurer dans les bibliothèques durant des décennies et de servir de « référence », c’est le mot qu’avait utilisé Arpik Missakian à son sujet, et je viens d’en montrer une conséquence fâcheuse.

Dans notre communauté hélas, entre le silence complice des uns et l’ignorance des autres, on peut écrire et publier n’importe quoi et jouer les vedettes, le ridicule ne tue pas.

Manoug Atamian

 

15 avril 2019

Donikian avait déjà prévu Pachinian en 2011

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 6:18

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Dans le commentaire à cet article, La démocratie par le feu, nous avions déjà vu en Pachinian sa capacité à diriger le pays.

Bien fait pour les intellectuels de l’impuissance qui nous ont traité de « mouche du coche ».

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11 février 2019

La force de l’utopie

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Je déjeunais l’autre jour à la MCA du 15 rue Bleue à Paris, quand la salle s’est brusquement remplie des membres de l’Organisation Terre et Culture. Ils étaient en assemblée générale à l’étage au-dessus. J’ai reconnu parmi eux, certains anciens du Collège Samuel Moorat de Sèvres, dont certains comme Kégham Kévonian et Manoug Atamian avaient milité avec moi au Centre d’Études Arméniennes. Ce furent des retrouvailles.

Ces premières lignes d’un article sur l’utopie devraient suffire à formuler quelques remarques. L’une est de souligner combien les Pères qui nous ont encadrés au collège, loin d’avoir consacré leur vie en vain à une éducation arménienne de leurs élèves, ont en quelque sorte gagné leur pari en leur ayant instillé le goût de l’impossible. Si beaucoup parmi les élèves ont été happés par l’engrenage ordinaire de la vie, quelques-uns ont réussi à sortir du lot pour recevoir la cause arménienne en héritage et pour la transmettre. Je pense à Kégham Kévonian qui lançait il y a une quarantaine d’années l’Organisation Terre et Culture, laquelle aujourd’hui essaime dans le monde entier.

Je pense aussi au fait que dans cette longue chaine d’années qui commencent à la veille du cinquantenaire du génocide et voient le réveil de la lutte pour sa reconnaissance, les mouvements naissent, meurent et donnent naissance à d’autres mouvements, les uns mourant à leur tour, les autres étant portés à perdurer. Ainsi, le goût de transformer le rêve impossible en avenir réel qui animait alors les élèves les plus actifs du collège allait les conduire à adhérer à un mouvement, puis à sa mort à en intégrer un autre, sans jamais se lasser, sans jamais fléchir, car le devoir d’utopie est toujours plus puissant que l’envie de jeter l’éponge, surtout quand ce devoir est bien accroché à une âme formatée par l’histoire la plus terrible.

De fait, depuis le génocide, les Arméniens sont assignés à l’utopie tellement le malheur qui s’est abattu sur eux fut énorme et tellement l’injustice qui se perpétue semble de glace. L’utopie, c’est un lieu qui n’existe pas dans une réalité qui trahit constamment les rêves que vous faites pour réparer un mal. Or, le propre de l’homme, c’est justement de sublimer le deuil en vie, à savoir d’envisager, quoi qu’il en coûte, un stade où se réconcilient les contraires les plus violents. Les utopies font les hommes d’action et les hommes d’action font l’histoire. Certes, ils se heurtent un temps au réel, échouent, mais leur échec conduit leurs successeurs à « corriger le tir » jusqu’à ce qu’ils réussissent.

Le renversement de la monarchie française était une utopie. Le désir de voler comme un oiseau, celui de nager comme un poisson étaient des utopies. On n’arrêterait pas d’énumérer les utopies qui ont fait le monde dans lequel nous vivons, de celles qui ont défié le réel, même si aujourd’hui encore des hommes et des femmes travaillent pour ce qui paraît aux yeux du plus grand nombre du délire.

Concernant les Arméniens, quand, il y a plus de cinquante ans, avaient lieu les premiers défilés du 24 avril en France, chacun aurait considéré comme utopique l’objectif de faire de cette date une journée nationale consacrée au génocide de 1915. Il ne venait à l’idée de personne que ce jour puisse arriver. Et pourtant l’idée a fait son chemin dans les têtes les plus avancées de nos leaders. Jamais, il y a cinquante ans, on n’aurait pu penser qu’un président de la République française puisse s’aligner sur nos revendications. Et pourtant, cela s’est fait récemment au dîner annuel organisé par le CCAF. Les grandes gueules de service peuvent brailler autant qu’elles peuvent, cracher sur ceux qui ont décidé de nous représenter, ce qu’ont fait Ara Toranian et Mourad Papazian est l’histoire d’un rêve devenu réalité. Ils l’ont fait en dépit d’un défaut de représentativité au sein de la diaspora, mais sans attendre qu’ils soient légitimés, ils ont préféré agir. Et ils ont eu raison. L’urgence l’exigeait. Les Arméniens de France devraient reconnaître ce résultat à nul autre pareil et rendre grâce à ceux qui ont dû franchir maints obstacles pour y arriver.(J’ajoute que ce genre d’opération commerciale comporte toujours quelques impuretés. En l’occurrence les plus fins de ceux qui critiquent toujours tout verront que le président y trouve un bénéfice électoral certain. Et alors ? Quelle importance si les Arméniens en retirent un avantage encore plus grand, dont celui d’énerver les négationnistes).

Dans le cadre de la reconnaissance du génocide par la Turquie, tout milite depuis cent ans et aujourd’hui plus que jamais, en sa défaveur. Le négationnisme pur et dur de l’État turc semble une forteresse d’autant plus imprenable qu’il modèle les mentalités dans la haine de l’Arménien. Pour autant, des brèches ont été ouvertes au sein de l’opinion turque depuis le cinquantième anniversaire du génocide. Qui aurait pensé que des Turcs issus de la société civile et des Arméniens de la diaspora participeraient un jour à une même commémoration dans la ville même d’Istanbul ? Et pourtant, c’est bien ce qui a lieu chaque année depuis un certain temps. La vérité fait son chemin comme une eau sur les terres de la mémoire brûlées par la sècheresse.

Pour revenir à l’Organisation Terre et Culture, il faut reconnaître le caractère utopique qui consiste à reconstituer, pierre à pierre, ce qui a été détruit par le temps ou l’histoire. Mais cette logique de reconstitution devait naturellement se porter sur les dommages multiples, aussi bien humains que matériels, provoqués par le génocide de 1915. A sa création en 2004, le Collectif 2015 : Réparation pouvait sembler en pleine utopie. Il faut imaginer l’immense confiance des membres d’OTC envers leurs leaders pour avoir osé les suivre sur cette voie. Et pourtant, avec le recul, il faut admettre qu’ils avaient pleinement raison de se lancer à l’aveugle dans une course aux revendications. Pourquoi ? Car la cause de la reconnaissance par la Turquie est juste. Et peu importe que les réparations seront immenses, il faudra bien un jour que les Arméniens soient prêts, qu’ils aient en mains des documents irréfutables pour se donner les moyens d’une négociation sans condition. Or, c’est à quoi travaille le Collectif dans le calme le plus résolu.

Dans le fond, que fallait-il faire ? Se laisser aller au découragement ou agir afin que les morts de 1915 aient un nom et une sépulture ? Le Collectif 2015 : Réparation a préféré agir. C’est-à-dire, dans les conditions actuelles de la politique turque négationniste, activer l’utopie.

En Arménie, les années Kotcharian et Sarkissian avaient à ce point gelé le débat démocratique par la corruption, les fraudes et la répression que toute tentative de révolution semblait utopique. Et pourtant, les opposants n’ont cessé de protester dans d’interminables meetings sans jamais se lasser, sans jamais cesser d’y croire. Et finalement, les plus utopistes des Arméniens, avec leurs moyens dérisoires, ont réussi à balayer les signes de la désespérance au profit d’une société nouvelle. Je pense aux militants des droits de l’homme, à ceux qui ont lutté contre les fraudes électorales sans relâche dans l’espoir de faire naître une Arménie libre, juste, aspirant au bonheur.

Soyons utopiques, quoi qu’il en coûte !

Denis Donikian

6 janvier 2019

Les origines de notre destin

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 8:04

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Interrogé par le journal Le Monde en date du 6-7 janvier 2019, Raphaël Glucksmann déclare qu’ « il ne faut pas laisser ses origines devenir un destin ». Voilà bien une phrase qui sonne juste dans la mesure où chacun doit être le créateur de sa biographie plutôt qu’à être la créature de l’histoire. De fait, c’est toujours l’histoire qui vous crée en quelque sorte. C’est l’histoire qui vous conduit à être vous-même. Les entretiens que Le Monde a mis en place autour d’une personnalité qui aurait produit sa propre naissance spirituelle, en l’occurrence son éveil à la politique à partir d’un moment décisif, montre qu’avec Raphaël Gluskmann ce moment fut la lecture des articles de Patrick de Saint-Exupéry dans le Figaro, en 1998, sur la responsabilité de la France, dotée alors d’un gouvernement de gauche, dans le génocide rwandais. On ne pouvait attendre moins qu’un choc émotionnel très fort dû à une trahison idéologique de la part de son propre pays. Dès lors, cette émotion va se traduire en destin, Raphaël Gluksmann cherchant à promouvoir une démocratie propre, par exemple en devenant le conseiller du président géorgien Mikheil Saakachvili. Et aujourd’hui en créant un nouveau mouvement, Place Publique.

Rapportée aux Arméniens, la phrase de Gluksmann revient à dire qu’il ne faut pas que leurs origines orientent leur vie mais que la liberté individuelle commande à chacun de s’en émanciper pour s’orienter dans une direction qu’il peut estimer utile pour l’humanité et juste envers les nécessités de la vie. De fait, il s’agit d’ajouter de la vie à la vie plutôt que de participer de près ou de loin à la catastrophe à laquelle l’humanité semble vouée.

Je ne sais si tous les Arméniens qui se battent pour la cause de la reconnaissance ont eu un genre d’émotion dans leur enfance, qui aurait définitivement orienté leur vie vers ce combat. Ce n’est pas certain. Mais il a suffi que quelques-uns parmi eux l’aient ressenti pour que leur vocation leur donne la force d’entraîner derrière eux ceux qui n’auraient pas bénéficié de ce choc. Peu importe dans le fond. Le combat pour la reconnaissance prend différents chemins. Et tous sont aussi bons les uns que les autres.

Pour l’anecdote, et pardon si je me répète, chez moi ce fut le départ pour l’Arménie de mon ami d’enfance Gollo, en 1947. J’étais dans les bras de ma mère, sur le quai de la Joliette, et Gollo était dans ce grand bateau blanc, le Rossia. Je pleurais toutes mes larmes et je pleure encore aujourd’hui. Probable que mon destin se nouait là à mon insu puisque des années plus tard je devais me rendre en Arménie pour étudier. C’était en 1969.

En réalité, le tragique de l’histoire qui s’est abattu sur les Arméniens débordant de tous côtés et les submergeant quoi qu’ils fassent pour s’en divertir les aura obligés à faire de leurs origines un destin. Ce sont ces origines de sueur et de sang qui auront dans le fond présidé aux choix essentiels au-delà des choix existentiels. Les Arméniens ne pouvant faire autrement que de désigner de leurs cris, de leurs souffrances, de leur manque le criminel turc qui persiste à vouloir clore le chapitre du génocide. Les Arméniens en ont fait un devoir qui au crime contre l’humanité doit répondre par un cri d’humanité. Au crime qui consistait à dénier toute humanité aux Arméniens, les Arméniens répondent par la nécessité de reconnaître qu’ils sont des êtres humains à part entière.

Dans ce sens, le destin des Arméniens est d’autant plus tragique qu’ils sont tenus de se battre pour ça alors qu’ils n’ont jamais souhaité d’autre de que vivre normalement. Certes, ils vivent normalement, mais ils vivent avec un trou en eux qui est le trou de la perte. C’est ainsi qu’échoit à chaque peuple sur terre le devoir de faire avancer l’humanité vers la lumière. Celui des Arméniens est de contribuer à la paix universelle par la dénonciation obsessionnelle du déni turc.

Denis Donikian

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