Ecrittératures

26 juillet 2017

Entretien avec Taner Akçam sur sa récente découverte

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© Princeton University Press, 2012

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Avec l’aimable autorisation de Georges Festa  pour la traduction.

( VOIR ICI)

 

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La dernière brique dans le mur négationniste :

entretien avec Taner Akçam sur sa récente découverte

par Dickran Khodanian

The Armenian Weekly, 04.05.2017

WATERTOWN, Mass. – Tandis que les communautés arméniennes à travers le monde commémorent le 102ème anniversaire du génocide arménien, une récente révélation de l’historien turc Taner Akçam, reprise par les principales chaînes d’information et la grande presse, occupe tous les esprits. Surnommé à juste titre le « Sherlock Holmes du génocide arménien » dans un récent article du New York Times, Akçam étudie le génocide arménien depuis des années en compilant des archives du monde entier pour combattre le négationnisme de l’Etat turc.

D’après Akçam, sa récente découverte – qu’il qualifie d' »arme du crime » et de « dernière brique dans le mur négationniste » prouve la pleine conscience et l’implication du gouvernement ottoman dans l’anéantissement de la population arménienne. La découverte de ces documents a été réalisée, alors qu’ils étaient censés avoir disparu suite à la Première Guerre mondiale.

L’un de ces documents, reconnu authentique par le gouvernement ottoman d’après-guerre, a aidé à déclarer coupable son auteur, Behaeddine Chakir, l’un des fondateurs du Comité Union et Progrès (CUP), comme l’un des instigateurs du génocide arménien.

Le 11 mai, l’Armenian Museum of America et la National Association of Armenian Studies and Research (NAASR) présenteront « The Story Behind: ‘The Smoking Gun' » [Les Coulisses de l’histoire : l’arme du crime], une présentation par Akçam de documents inédits jusqu’ici. Pour la première fois, ce document, ainsi que d’autres, feront l’objet d’un débat public.

The Armenian Weekly a récemment rencontré le Dr. Akçam, avant son intervention à Boston, pour évoquer sa récente découverte et sa signification dans le combat contre le déni du génocide arménien par la Turquie.

Ci-dessous l’entretien dans son intégralité.

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– Dickran Khodanian : Vous qualifiez la découverte de ce télégramme d' »arme du crime, » l’une des « dernières briques dans le mur négationniste. » En quoi cet élément de preuve est-il plus important que d’autres preuves qui étaient disponibles auparavant ?

– Taner Akçam : Cette preuve conforte celles qui ont été compilées au fil des ans. Les archives des tribunaux militaires d’Istanbul constituent l’une des plus importantes sources sur le génocide arménien. L’historien Vahakn Dadrian s’est servi de ces tribunaux pour briser le mur négationniste de la Turquie et ce, abondamment. Or les preuves émanant de la Cour ont été sans cesse critiquées, car ce n’étaient pas des originaux.

En fait, quand Guenter Lewy publia son ouvrage intitulé The Armenian Massacres in Ottoman Turkey: A Disputed Genocide1, il jeta le discrédit sur les matériaux des cours martiales au motif que nous ne possédons pas les originaux, puisqu’ils n’existent pas. Il écrit dans ce livre : « Le problème le plus grave concernant la valeur probatoire des procédures engagées par la justice militaire en 1919-20 est la perte de la totalité des documents relatifs à ces procès. Ce qui veut dire que nous ne possédons aucun document original, aucun témoignage sous serment, ni la moindre déposition, sur lesquels ces tribunaux ont fondé leurs conclusions et leurs verdicts. » (p. 80)

Aujourd’hui, nous sommes en possession de documents originaux munis d’en-têtes officiels, qui ont été déchiffrés à l’aide d’un système de codage. Ce système de codage nous permet d’authentifier des lettres liées au massacre ou à la mise en œuvre des massacres. C’est là un coup majeur porté à la thèse négationniste. Je continuerai à publier d’autres documents de ce genre, émanant des cours martiales, car il s’agit un apport très important à la recherche existante.

– Dickran Khodanian : Vous avez déclaré avoir retrouvé ce document grâce au neveu d’un prêtre catholique arménien, Krikor Guerguérian. Pourriez-vous nous préciser ? Comment avez-vous pu obtenir finalement ce document ?

– Taner Akçam : Ce document se trouve dans les archives privées du prêtre catholique arménien Krikor Guerguérian à New York. Le document original se trouve dans les archives du Patriarche arménien de Jérusalem, où Guerguérian s’est rendu dans les années 1960 et où il a filmé tous les matériaux. C’est un document très connu, qui a été publié plusieurs fois sous la forme de citations. Au tribunal compétent d’Istanbul en 1919-1921, il est largement cité ! Dadrian s’est rendu personnellement à Jérusalem et a été en contact avec Guerguérian; il a utilisé ce télégramme précis et fait référence aux archives de Guerguérian et de Jérusalem dans ses notes de bas de page.

Plus important, l’Assemblée Arménienne2 a microfilmé l’intégralité des archives de Guerguérian en 1983. Ces archives sont accessibles depuis 1983, mais personne ne peut les consulter en profondeur, car il n’existe pas véritablement de système de catalogage. Les rouleaux de microfilms se comptent par centaines et il est quasiment impossible de dépouiller chaque rouleau pour retrouver ce document. L’existence des archives Guerguérian et des copies possédées par L’Assemblée est de notoriété publique parmi les chercheurs. Quand je suis arrivé pour la première fois aux Etats-Unis en 2000, j’ai contacté le neveu de Guerguérian, en lui demandant l’autorisation de consulter les originaux qu’il possède à New York. Il a refusé, au motif que les matériaux sont tous microfilmés à Washington. En 2015, je l’ai appelé à nouveau pour lui demander l’autorisation de consulter les matériaux originaux et cette fois il me l’a accordée.

– Dickran Khodanian : Est-il possible qu’il y ait d’autres matériaux à découvrir ?

– Taner Akçam : Il existe encore de nombreux autres matériaux à découvrir. Ce sera d’ailleurs l’un des points principaux que je vais aborder lors de mon intervention le 11 mai prochain. Nous possédons plusieurs matériaux originaux émanant du tribunal d’Istanbul, que nous savons s’être retrouvés dans les archives de Jérusalem et celles personnelles de Guerguérian.

Dans les années 1940, alors que Krikor Guerguérian menait des recherches sur l’extermination du clergé durant le génocide arménien pour sa thèse de doctorat au Caire, il rencontra un ancien juge ottoman qui avait été membre des cours martiales d’Istanbul, après la Première Guerre mondiale. Ce juge informa Guerguérian que, lorsqu’il présidait la cour martiale, le Patriarcat arménien était le représentant officiel des Arméniens lors du procès. Ils obtinrent légalement le droit d’avoir accès aux matériaux du tribunal et, en conséquence, il les autorisa à prendre des matériaux.

Le juge apprit aussi à Guerguérian qu’en 1922, le Patriarche Zaven Ier [Der Eghiayan] transféra ces matériaux en Europe, à Marseille tout d’abord, puis à Manchester, en Grande-Bretagne, pour atterrir finalement aux archives de Jérusalem. Voilà pourquoi, dans les années 1960, Krikor Guerguérian s’est rendu là-bas et a tout photographié.

– Dickran Khodanian : Qu’est-ce qui rend votre découverte différente ? Vous avez déclaré dans d’autres publications ne pas croire que cette récente découverte conduise à des changements immédiats dans la position de la Turquie à ce sujet. Pourquoi ?

– Taner Akçam : La découverte importante que j’ai faite est le système de codage, et aussi la mise en évidence que ce document revêt un en-tête ottoman. Les autorités turques ne pourront pas dire qu’il n’est pas authentique. Le système de codage du télégramme est irréfutable et démontre l’authenticité de ce document.

Aujourd’hui, dans les archives ottomanes, il existe des centaines de documents, principalement sous forme de télégrammes émanant des provinces vers Istanbul. Ils sont tous codés en chiffres arabes. Quatre ou cinq chiffres indiquent un mot ou des pluriels ou des suffixes. Quand ces télégrammes codés arrivaient à Istanbul, les autorités écrivaient les mots ou les terminaisons équivalentes au-dessus de chaque groupe de chiffres. Voilà comment nous pouvons lire ces documents aujourd’hui. J’ai comparé le système de codage des télégrammes de Behaeddine Chakir avec ceux des archives ottomanes et j’ai découvert qu’ils concordaient.

Juste pour donner un exemple : le terme de déportation est codé « 4889 » sur le télégramme de Chakir; si l’on consulte les matériaux ottomans adressés au gouvernement central depuis les provinces à la même période, lesquels comptent quatre chiffres comme dans le télégramme de Chakir, on se rend compte qu’ils ont tous le code « 4889 » pour déportation.

Personne ne pourra dire que ce télégramme n’est pas authentique. Désormais, le gouvernement turc doit trouver une explication, car l’argument consistant à dire « Montrez l’original » n’est pas valable. Nous possédons l’original. Ils sont pris au piège de leur propre argumentation.

Je suis sûr qu’ils vont continuer à nier le génocide car le négationnisme n’a rien à voir avec la recherche universitaire; c’est un problème politique. Mon argument est que, compte tenu de ces documents nouveaux, il est maintenant très difficile de nier le génocide arménien. Les arguments qu’ils ont avancés au fil des ans ne fonctionneront plus. Ils devront donc recourir à autre chose.

– Dickran Khodanian : Les historiens ne sont pas autorisés à faire des recherches dans les archives de Jérusalem ?

– Taner Akçam : Tout à fait. Les chercheurs n’y ont pas accès. On me l’a refusé plusieurs fois au fil des ans. Je voulais consulter le matériau de Krikor Guerguérian pour voir s’il avait vraiment tout filmé. Impossible d’y accéder. Ils répondent invariablement : « Nous sommes en train de cataloguer. » Mais je ne suis pas sûr que ce soit vrai. A ma connaissance, il n’y a pas de raison valable pour que des historiens n’aient pas accès aux archives de Jérusalem. Je n’ai pas envie de spéculer à ce sujet.

– Dickran Khodanian : Le 11 mai prochain, vous allez intervenir à Watertown, à l’Armenian Museum of Armerica. Pourriez-vous nous dire un mot des thèmes abordés lors de votre exposé ?

– Taner Akçam : Ma conférence du 11 mai portera essentiellement sur le contenu des archives de Krikor Guerguérian en lien avec les matériaux du tribunal militaire d’Istanbul. Il y a beaucoup d’autres matériaux dans ces archives, mais je me focaliserai sur le tribunal et les matériaux recueillis à cette époque.

NdT

  1. Guenter Lewy, The Armenian Massacres in Ottoman Turkey: A Disputed Genocide, University of Utah Press, 2007
  2. Armenian Assembly of America Inc., Washington, DC 20005 – http://www.aaainc.org/

[Taner Akçam est titulaire de la chaire Robert Aram and Marianne Kaloosdian and Stephen and Marian Mugar d’études sur le génocide arménien à l’Université Clark.

Il est l’A. de The Spirit of the Laws: The Plunder of Wealth in the Armenian Genocide, avec Ümit Kurt (Berghahn Books, 2015), The Young Turk’ Crime Against Humanity: The Armenian Genocide and Ethnic Cleansing in the Ottoman Empire (Princeton University, 2012), Judgment at Istanbul: The Armenian Genocide Trials avec Vahakn Dadrian (Berghahn Books, 2011), A Shameful Act: Armenian Genocide and the Question of Turkish Responsibility (Metropolitan Books, 2006), et From Empire to Republic: Turkish Nationalism and the Armenian Genocide (Zed Books, 2004).

Il est aussi l’A. d’autres ouvrages en allemand et en turc, dont récemment Naim Efendi’nin Hatıratı ve Talat Paşa Telgrafları: Krikor Gergeryan Arşivi [Les Mémoires de Naïm Effendi et les télégrammes de Talaat Pacha : les archives de Krikor Guerguérian] (İletişim, 2016), à paraître en traduction anglaise.

[Dickran Khodanian est rédacteur en chef adjoint à The Armenian Weekly, après l’avoir été à Asbarez (édition anglaise). Diplômé d’histoire, spécialité Histoire arménienne, de l’Université de Boston, il est aussi diplômé d’histoire, option Etudes arméniennes, de l’Université d’Etat de Californie à Northridge. Il a occupé plusieurs fonctions dirigeantes au sein de l’Armenian Youth Federation (AYF) (Côte Ouest) et milite très activement dans la communauté arménienne de Los Angeles. Il compte poursuivre son doctorat en histoire.]

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Source : http://armenianweekly.com/2017/05/04/the-last-brick-in-the-denialist-wall-akcam-speaks-with-the-armenian-weekly-on-his-latest-discovery/

Traduction : © Georges Festa – 07.2017

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2 mai 2017

Pourquoi ils ont fait ça ?

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25 juin 2016

Mémorial du génocide à Erevan

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1 – S’appuyant sur Aloïs Riegl, l’historien d’art viennois, Taline Ter Minasisian, auteur de Erevan, La construction d’une capitale à l’époque soviétique (Presses universitaires de Rennes, 2007), retient que l’édification du monument «  empêche quasi définitivement qu’un moment ne sombre dans le passé, et le garde toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures » (p. 178). Elle note que l’archaïsme de la « conception mémorielle » du monument bâti sur la colline de Dzidzernagapert à Erevan se définirait par son ex-territorialité par rapport à la géographie des événements de 1915.

2 – En tant que monument funéraire, et selon la législation soviétique, le mémorial relevait de la compétence des autorités locales. Rédigée en arménien, en date du 16 mars 1965, la décision soulignait sa fonction symbolique en ces termes : «  Le monument doit donner corps aux combats et à la vie du peuple arménien, à sa renaissance, à son dynamisme, à son présent et à son avenir radieux et à l’immortalité du million de victimes du Yeghern de 1915 ». Les dossiers de 69 projets en compétition devaient être déposés au 20 avril 1965, s’appuyant sur les divers sens du terme arménien gotogh, à savoir monument, mais aussi, en russe, pilier, colonne, obélisque ou stèle.

3 – Après la manifestation du 24 avril 1965, le jury opta pour que soit exprimée une volonté d’austérité et de recueillement, loin des « discours hyperboliques sur les thèmes nationaux ». Achevé en 1967, le projet des architectes S. Kalachian et S. Tarkhanian, ainsi que du sculpteur V. Khatachtrian était censé célébrer la mémoire des victimes et incarner la renaissance du peuple arménien. Pour autant, le jury insista pour « qu’au cours de l’élaboration du projet, on renonce pour ce monument à tout procédé de type narratif et que l’on se concentre au contraire sur des moyens d’expressions purement architecturaux ».

4 – Ainsi, les architectes conçurent deux volumes. L’un composé de douze pylônes de basalte gris en cercle inclinés vers un centre où brûle une flamme et d’où se diffuse un chant choral arménien, en manière de gigantesque couronne d’épines ouverte sur la voute céleste. L’autre, d’un obélisque de pierre effilé, pointé vers le ciel. Ainsi la contrainte à laquelle se sont pliés les architectes d’éliminer tout procédé narratif a fait du mémorial un monument de sobriété capable de susciter la ferveur tant des autochtones que des touristes et principalement de la diaspora.

5 – Il faut noter qu’aucun document d’archives ne mentionne la surinterprétation du mémorial, inconcevable dans le contexte des relations soviéto-turques de l’époque, par la symbolique des douze colonnes rapportée aux douze provinces de l’Arménie martyre, les vilayets n’étant qu’au nombre de six. Tandis que les touristes de la diaspora commencent à affluer à partir de 1960, le parc sera aménagé par l’architecte O. Berberian vingt ans plus tard, tout en restant « propice aux malfrats et aux rendez-vous nocturnes » ( A. T. M.). Enfin, un musée du génocide et un « mur de la mémoire » construits par la suite, ont fait du mémorial un cimetière national et un substitut de panthéon où viendront se recueillir Poutine, Hollande, les papes Jean-Paul II et François et autres.

15 octobre 2015

500 ème

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« Le génocide arménien dans les archives turques » est la 500 ème fiche de la Petite encyclopédie du génocide arménien  ou MEDZ YEGHERN ( voir Blog du journal Le Monde). Il est possible que d’autres viennent compléter cet ensemble, sachant que le génocide arménien constitue un sujet inépuisable. Cependant, ce travail, conduit depuis 10 ans, avait pour but d’offrir aux profanes mais aussi aux curieux un outil informatif simple, fiable et exhaustif sur la plupart des thématiques relatives au sujet. Aujourd’hui, ces fiches ont vocation à devenir un livre pour qu’une trace plus pérenne qu’Internet soit laissée et qu’elles continuent d’agir par le souci de vérité contre le négationnisme de l’État turc. Ce livre, agrémenté de photos d’époque, devrait servir aux générations d’aujourd’hui, turque, arménienne et autres, comme moyen de réflexion et objet de transmission afin de combattre l’oubli et la haine qui menacent à tout moment.

Le génocide arménien dans les archives turques

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1 – Le 4 octobre 2012, le professeur Taner Akçam, parlant à la John F. Kennedy School of Government de Harvard, de son livre le plus récent, The Young Turks’ Crime against Humanity : The Armenian Genocide and Ethnic Cleansing in the Ottoman Empire (in Armenpress du 23 octobre 2012, citant The Armenian-Mirror Spectator) déclarait que le projet de génocide du gouvernement central était bien mentionné dans les archives turques. Basé sur plus de 600 documents, son dernier livre veut souligner que «  le matériel ottoman nous montre la même chose que les archives allemandes, américaines et britanniques ».

2 – Selon sa veuve, Talaat, ministre de l’intérieur, utilisait le télégraphe installé à son domicile pour organiser les déportations des Arméniens. Une corrélation directe existait entre le mouvement des réformes de l’ère ottomane et la mise en œuvre des massacres de masse ; les premières vagues du génocide ayant commencé en 1894, tandis que le gouvernement des réformes accéda au pouvoir en 1895. Des observateurs étaient dépêchés pour évaluer la population mais aussi l’état des massacres. A la fin de la guerre des Balkans de 1912-1913, l’Empire ottoman ayant perdu 80% de ses territoires européens et plus de 70% de sa population, celle-ci fut transférée dans les régions à majorité chrétienne d’Anatolie, patrie des Arméniens.

3 – Dès 1913, Arméniens, Grecs et Assyriens considérés comme des « tumeurs », le gouvernement entreprit une « restructuration radicale du caractère démographique » de l’Anatolie, ayant pour but de les faire disparaître et de les remplacer par les musulmans turcs. Un premier échange de population fut d’abord testé sur la minorité grecque en 1913, en dépit des normes du droit international. Puis cette politique démographique, selon un plan de transferts et d’exterminations, fut appliquée aux Arméniens afin de rendre la population arménienne à un niveau « gouvernable » situé entre 5 et 10 % de la population totale.

4 – Des officiels étaient chargés de faire des études démographiques pour déterminer la proportion des Arméniens en divers lieux d’Anatolie. A Alep, Damas et Mossoul, la population des déportés fut réduite à 5%. Ceux qui étaient transférés à Der Zor subirent une seconde vague de génocide, vers le début de 1916, qui fit 200 000 victimes dans les provinces syriennes afin de maintenir leur nombre au-dessous de 10%, les autorités n’ayant pas imaginé qu’il y aurait autant de survivants après les marches forcées dans le désert. S’adressant à Djemal, le 7 octobre 1916, Talaat spécifiait la nécessité de vider la Cilicie des Arméniens qui s’y trouvaient, sous prétexte qu’ils étaient attachés à cette terre au point de la considérer comme une partie centrale de leur héritage.

5 – En se servant de documents du ministère de l’Intérieur, y compris de sa Direction générale et du Bureau du chiffre, Akçam a évalué l’importance de ce dernier, constitué en 1913, avec «  pour unique fonction la communication [cryptée] télégraphique entre le bureau central et les provinces ». En effet, les autorités usaient de l’information codée, et croyant avoir développé une méthode inviolable, discutaient librement de leurs plans dans ces documents. D’autres documents découverts par Akçam comportent un télégramme du ministère de l’Éducation au ministère de l’Intérieur, en date du 26 juin 1915, déterminant le sort des enfants arméniens sur le point de devenir des orphelins et qui devaient être suivis pour leur assimilation.

14 octobre 2015

Le génocide des Grecs Pontiques

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Déportation des Grecs Pontiques, 1914

© http://www.pontian.info

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1 – Ingénieur et pianiste canadien, Raffi Bedrosyan, relève ( in The Armenian Weekly, 02 juillet 2014) qu’en 1915, en même temps que les Arméniens, furent massacrés 250 000 Assyriens, tandis qu’à partir de 1916 furent éliminés les Grecs Pontiques sur la côte de la mer Noire. Mais ceux-ci, témoins du sort des Arméniens, organisant leur autodéfense dans les montagnes, eurent « seulement » 150 000 victimes, soit le tiers de la population pontique jusqu’à la fin de la guerre. La seconde phase du massacre coïncida avec l’arrivée de Mustafa Kemal Ataturk à Samsun, le 19 mai 1919 et la collaboration de Topal Osman et Ipsiz Recep pour vider le nord de la Turquie des Grecs Pontiques.

2 – La population masculine grecque pontique étant installée dans les montagnes, Topal Osman et Ipsiz Recep s’en prirent aux femmes et aux enfants grecs, restés dans les villages. Ils étaient conduits par villages entiers dans des grottes pour y être brûlés vifs ou gazés par asphyxie. Les mâles grecs étaient jetés vivants, par les cheminées, dans les chaudières à charbon des navires à vapeur. On enfermait les Grecs dans les églises avant d’y mettre le feu. L’horreur des massacres choqua tellement la population musulmane locale qu’elle demanda au gouvernement d’Ankara d’éloigner les criminels. Rappelé auprès d’Ataturk, Osman devint son garde du corps avant d’être exécuté pour avoir critiqué et menacé son maître.

3 – Les « tribunaux de libération » [İstiklâl Mahkemeleri], mis en place pour juger les rebelles grecs, prenaient des décisions arbitraires aboutissant invariablement à des condamnations à mort par pendaison. Enseignants grecs des écoles américaines et grecques de la région, dirigeants communautaires, religieux se comptèrent par centaines parmi les victimes de ces tribunaux qui ne permettaient ni de se défendre, ni de faire appel. Connu aussi pour ses penchants sadiques, Nurettin Pacha, nommé par Ataturk commandant de l’Armée centrale, détruisit des milliers de villages grecs sans défense. C’est lui qui, à la tête des unités militaires, entra dans Izmir (Smyrne), en 1922, où il organisa le lynchage du métropolite grec, avant de mettre le feu à toute la ville.

4 – De 1919 et à la fin 1922, la population grecque pontique fut décimée à raison de 353 000 victimes. Un certain nombre de survivants furent convertis de force à l’islam et turcisés sous la menace. Lors du traité de Lausanne en 1924, les quelques Grecs Pontiques restants furent inclus dans les 1 250 000 Grecs anatoliens, puis « échangés » contre des musulmans en Grèce. La région de la mer Noire fut ainsi vidée de sa civilisation grecque historique. Tous les noms grecs des villages et villes prirent des noms turcs nouveaux et la langue turque fut imposée à tous les Grecs convertis, aux Arméniens hamchènes, aux Laz et aux minorités géorgiennes.

5 – La portée raciste de cette politique de l’État unique, de la nation unique et de la langue unique, apparaît dans cette déclaration du ministre de la Justice d’alors, Mahmut Esat Bozkurt : « Les Turcs sont les maîtres de ce pays. Les populations restantes n’ont qu’un seul droit dans ce pays : être les serviteurs et les esclaves des véritables Turcs ! » Topal Osman, considéré comme un héros par les Turcs nationalistes a eu l’honneur d’une statue érigée à Giresun. En 1994, le Parlement grec a reconnu le génocide des Grecs Pontiques, lors du 75ème anniversaire des évènements de 1919.

 

 

12 octobre 2015

Arméniens et Turcs : le récit comme thérapie

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 2:04

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1 – L’article de Sanja Siljak publié sur le site de Napoli Monitor (24 novembre 2011) intitulé Armeni e turchi : il racconto come cura vise à montrer comment l’histoire orale peut constituer une méthode de réconciliation entre Arméniens et Turcs. Le cas de Lilith, Arménienne de 80 ans, qui raconte l’histoire de sa mère avec force détails comme sa propre histoire, montre comment les souvenirs de l’une transmise à l’autre constituent un héritage de douleur et le sentiment d’une perte. L’absence de dialogue et l’impossibilité de surmonter leurs préjugés continuent aujourd’hui de peser sur les deux peuples.

2 – Afin de pallier ce déficit de communication et de compréhension mutuelle, le projet «Speaking to One Another », porté par une O.N.G. composée de chercheurs, d’étudiants et d’artistes a pour but de réactiver le dialogue par l’histoire orale, le cinéma, la photographie et la performance artistique. L’exemple de Lilith met en scène des Turcs et des Arméniens partageant des récits censurés en Turquie tandis qu’ils constituent en Arménie « l’exercice habituel de mémoire d’un passé douloureux ». Le dialogue est d’autant plus fluide que Lilith précise n’éprouver aucune haine à l’égard de ses interlocuteurs, trop jeunes pour devoir endosser la responsabilité de leurs ancêtres.

3 – La difficulté d’un tel rapprochement porte sur la controverse liée à l’accueil de Turcs dans des villages arméniens constitués de rescapés du génocide. Par ailleurs, les Arméniens tiennent l’est de l’Anatolie comme leur terre d’attache, « espace imaginaire [qui] symbolise une période florissante de l’histoire arménienne », tandis que chrétiens et musulmans vivaient en paix. « Speaking One to Another » tente de replacer dans le discours public en Turquie les souvenirs positifs de cette période alors que toute allusion au génocide arménien est répréhensible au titre de l’article 301 du code pénal turc, punissant les coupables d’ « outrage à l’identité turque ».

4 – Si les Arméniens aspirent à une reconnaissance de ce qui est arrivé pour avancer dans leur vie, aucun processus de normalisation entre les deux pays ne permet encore d’envisager une telle perspective, d’autant que la Turquie subit les pressions de son allié l’Azerbaïdjan, pour lesquels l’Arménie reste l’ennemi commun. Faute de réconciliation entre les États, le projet «Speaking to One Another » aura permis à des jeunes Turcs et Arméniens de nouer des amitiés, d’établir « une grande confiance dans le militantisme comme moyen de construire un avenir plus démocratique ». Des exemples d’engagement à haut risque de la part d’étudiants turcs « dissidents désireux de changer le statu quo de leur pays « fasciste et antidémocratique », comme ils le définissent », prouvent que ce processus est engagé.

5 – Outre sa concrétisation en livre, expositions itinérantes et concert, le projet a pour ambition de briser le silence et les mythes qui empêchent une réelle communication. Par ailleurs, « éluder l’héritage obscur de l’empire ottoman et transmettre une histoire sélective, glorieuse, aux nouvelles générations a entraîné une ignorance diffuse de son passé parmi la jeunesse turque ». Cette ignorance a volontairement été entretenue en vue de préserver l’identité turque. Mais si la Turquie veut améliorer sa démocratie, elle doit reconnaître que « l’État moderne, dont elle s’enorgueillit, se dresse sur les décombres d’un génocide ».

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10 octobre 2015

Penser et connaître le génocide

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:47

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1 – Dans un entretien accordé au mensuel Nouvelles d’Arménie Magazine, (n°54, juin 2000), Catherine Coquio, maître de conférences en littérature comparée à l’Université Paris IV-Sorbonne, évoque l’approche pluridisciplinaire des génocides à propos de l’ouvrage qu’elle a dirigé : Parler des camps, penser les génocides (Éditions Albin Michel, 1999). Selon elle, toute approche univoque est ici d’autant plus imparfaite que les sciences humaines rencontrent leurs limites « quand ce qu’il faut comprendre est la réalisation humaine de l’inhumain ». Si la nature de l’évènement somme de tout comprendre, au risque d’erreurs monstrueuses, une mise en œuvre transversale devient nécessaire, même si elle reste difficile à réaliser.

 

2 – Peu conscients de leurs limites, les historiens demeurent rétifs à ce genre d’échange. Pour autant, les approches dites « objectives » (de l’historien, de l’anthropologue, du juriste) devraient être accompagnées de celles dites « subjectives » (du témoin, de l’écrivain, du psychanalyste, du philosophe). En fait, « la réflexion sur le génocide porte sur la relation entre les faits et leur sens dans tous les registres de l’existence ; son objet se situe dans l’histoire et au-delà d’elle, dans le droit et en dehors du droit ». Comme la violence du génocide n’a d’autre fin que d’être subie et non d’être comprise, « la destruction doit être connue et reconnue mais aussi pensée ».

3 – Penser cet évènement fou qu’est le génocide, c’est donc parier sur son intelligibilité et sur la possibilité de sa transmission. En effet l’approche positive de l’historien ne le met pas à l’abri du déni, le génocide ayant été programmé comme un non-évènement, « définitif et indéchiffrable ». La « « mise en doute » du crime d’État au nom du « fait » contre toute « interprétation » est le noyau pervers de ce type d’argumentation ». C’est ce qui s’est produit avec l’affaire Veinstein, puis avec le refus du Sénat. Malheureusement déni et retard historiographique ont joué en défaveur des Arméniens. Ce fait a conditionné leur mode d’existence en diaspora, voués qu’ils sont à l’éclatement et à l’absence de stratégie culturelle susceptible de prendre acte de la destruction dans la perspective d’une « parole politique efficace ».

4 – La littérature, qui permet de comprendre la destruction de l’intérieur et fait réexister l’évènement dans l’ordre symbolique de la langue, a malheureusement été tenue à l’écart de la question du génocide par les Arméniens. Par ailleurs, concernant l’unicité de la Shoah, il faut reconnaître qu’il s’agit d’un « débat [qui] fait partie de ces systèmes de malentendus stérilisants cultivés par leurs défenseurs et leurs adversaires ». L’inertie des opinions est à l’origine des différences de traitement des génocides quant à leur reconnaissance. Pourtant, si « le vécu génocidaire est impartageable, […] la destruction génocidaire vise le genre humain ».

 

5 – La littérature arménienne n’a pas vraiment donné de réels témoignages littéraires assumés dans une forme esthétique. En ce sens, Dans les ruines (1911) de Zabel Yessayan, puis En ces sombres jours d’Aram Andonian ne relèvent pas essentiellement de la littérature. Il n’y a pas d’exemple équivalant aux textes de Primo Levi où le récit à la fois subjectif et réflexif joue un rôle de transmission.

9 octobre 2015

Le déni après le déni

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 7:44

1 – Dans son article paru dans The Armenian Weekly (Watertown, MA, 30 avril 2012) sous le titre Post-Denial Denial, Henry C. Theriault, professeur de philosophie au Worcester State College, s’interrogeant sur les multiples raisons qui laissent perdurer le déni turc (atavisme, préjugé, réaffirmation de la haine génocidaire, auto-préservation psychologique, matérielle et statutaire, version étatique, habitude…) souligne qu’un tel comportement « représente une corvée mortifère pour l’intelligence et l’âme ». La vigilance s’impose d’autant plus que l’État négationniste, bénéficiaire d’expropriations massives, déploie tous ses efforts à travers des publications et des recherches pour promouvoir sa pensée qu’il fait passer pour de l’histoire.

2 – Ainsi, les tenants du négationnisme tentent d’imposer le relativisme historique, à savoir « l’autre versant de l’histoire », de manière à vampiriser, par la voie juridique, son versant véritable. Or, aujourd’hui, parallèlement à ce nouveau juridisme, commence à s’introduire la question des réparations dans le débat public sur le génocide arménien, alors qu’elle faisait, il y a dix ans, l’objet d’une exclusion tant dans l’opinion que dans les milieux universitaires. Si le déni se retrouvera chaque fois sous des formes voilées nouvelles, il importe de retenir que la recherche de la vérité ne doit pas être une fin en soi afin de trouver des moyens de résistance plus efficaces.

3 – L’enracinement psychosocial du déni constitue une victoire de l’État turc en ce qu’il a « obligé l’identité collective à occuper une place centrale dans l’identité personnelle de chaque individu », tout en rendant cette identité « fragile et rigide ». Le déni permet de défendre ce complexe psychosocial contre ceux qui visent à corriger le dommage. Dès lors, loin de revêtir d’autres formes, le racisme biologique se nourrit des formes anciennes qui ont réussi.

4 – Les tensions autour du déni ont conduit à une position de compromis, le génocide étant transformé en «  reconnaissance de la violence envers les Arméniens », sans pour autant qu’on admette l’application à cette violence d’un terme qui outragerait la sensibilité de la population turque. De la sorte, le déni évolue vers une interprétation déformée qui conduit à rabaisser la violence à un niveau inférieur. Pour certains Turcs, le refus terminologique se mue en volonté de dialogue et de dépassement tout en s’opposant à un règlement sincère du problème du génocide arménien, déformant la réparation collective des dommages en réparation individuelle.

5 – « Le fait de regrouper réparations individuelles et collectives entraîne une confusion conceptuelle » dans laquelle est conditionnée la population. Par ailleurs, la méthode du doute cartésien, retenue ici seulement dans sa phase initiale, fait fit de son projet constructif de production de savoir. De même, la « vulgate négationniste relativiste postmoderne » dissout les faits historiques matériels dans des discours purement linguistiques. De la même manière, le terme « traumatisme », vidé de son sens clinique, est détourné « pour désigner une aversion ou un malaise » intercommunautaire. Or, la connaissance maximale du génocide devrait impliquer une réparation de niveau identique. Mais « les modèles reconnaissance/dialogue/excuses et les modèles de réparations individuelles, s’ils ne se situent pas à l’extrémité de l’impunité au titre du génocide, demeurent éloignés du pôle plein et entier des réparations ».

7 octobre 2015

La Question arménienne à la Conférence de Paris (3)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:59

1 – Quand, en avril 1919, les Anglais offrirent le mandat à l’Italie sur la région, Vittorio Emanuele Orlando, chef du gouvernement italien envoya aussitôt une mission d’étude et de reconnaissance commandée par le général Gabba, malgré les réticences du roi Vittorio Emanuele III et d’autres représentants du gouvernement. Le Premier ministre Lloyd George espérait ainsi que les Italiens maintiendraient la paix en Transcaucasie et parviendraient à contenir l’expansionnisme des Bolcheviks et d’Anton Dénikine. Sans attendre le rapport peu favorable de Gabba, Orlando et Sonnino (ministre des Affaires Étrangères) approuvèrent la mission, persuadés du bénéfice de ses retombées.

2 – En décidant le retrait de leurs troupes, les Anglais se défaussaient de leur promesse officieuse de mettre à la disposition des Italiens des moyens nécessaires pour acheminer leurs soldats de l’Italie au Caucase. A la mi-Mai, les Italiens rejettent leur mandat politique sur la Transcaucasie, espérant plutôt, en accord avec l’Entente et la Russie, des concessions sur les mines et les gisements de pétrole. Dès lors, l’Italie préféra encourager les républiques à l’autonomie plutôt qu’à l’indépendance. Quand Saverio Nitti succéda à Orlando, il décida d’abandonner tout mandat sur le Caucase et chercha la démobilisation contre la proposition anglaise.

3 – L’Italie prétexta le coût excessif qu’occasionnerait la requête anglaise sans pour autant se désengager vis-à-vis de l’Arménie. En réalité, elle souhaitait se concentrer sur d’autres fronts, tout en maintenant l’objectif de pénétration économique. Le 30 juillet 1919, l’ambassade d’Italie à Londres fit part aux Anglais du désistement définitif italien. Après quoi, c’est la France qui se défaussa en disant vouloir laisser le Caucase, et donc l’Arménie, à l’administration directe des populations locales. De fait, loin de s’intéresser au Caucase, La France avait l’intention « de compliquer les plans anglais sur la région, de défendre ses conquêtes en Cilicie et en Syrie, et de les mettre à l’abri de l’expansionnisme britannique ».

4 – Après la règlement de la partie occidentale de la Conférence de la Paix, le 28 juin 1919 avec le traité de Versailles imposé à l’Allemagne, les Arméniens espéraient que la question orientale trouverait une solution à leur avantage. Les États-Unis et les Alliés se montraient favorables à un élargissement du territoire arménien à la Cilicie, mais celle-ci était convoitée par la France et les grandes puissances ne consentaient à aucun sacrifice pour la concrétisation de ce projet, différant de semaine en semaine toute décision concernant la « question arménienne ».

5 – Une délégation turque envoyée à Paris fit valoir la crainte que n’émergent des foyers nationalistes opposés à toute cession du territoire habité majoritairement par des Turcs. Les grandes puissances soucieuses de se répartir le territoire ottoman et ses voies de communication, prirent ces objections au sérieux. Outre le fait que la Russie se trouvait plongée dans une guerre civile, le traité de Versailles, paraphé en juin 1919, échoua à conclure la paix avec l’Empire ottoman, à régler la question du mandat de l’Arménie, à désarmer les troupes turques en Anatolie, à fixer les frontières en Transcaucasie, et même à organiser le rapatriement des réfugiés arméniens. Entre temps, le Mouvement de renaissance turque progressait grâce à la forte personnalité de Mustapha Kemal.

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