Ecrittératures

14 octobre 2015

Le génocide des Grecs Pontiques

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GENOCIDE_TRAIN

Déportation des Grecs Pontiques, 1914

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1 – Ingénieur et pianiste canadien, Raffi Bedrosyan, relève ( in The Armenian Weekly, 02 juillet 2014) qu’en 1915, en même temps que les Arméniens, furent massacrés 250 000 Assyriens, tandis qu’à partir de 1916 furent éliminés les Grecs Pontiques sur la côte de la mer Noire. Mais ceux-ci, témoins du sort des Arméniens, organisant leur autodéfense dans les montagnes, eurent « seulement » 150 000 victimes, soit le tiers de la population pontique jusqu’à la fin de la guerre. La seconde phase du massacre coïncida avec l’arrivée de Mustafa Kemal Ataturk à Samsun, le 19 mai 1919 et la collaboration de Topal Osman et Ipsiz Recep pour vider le nord de la Turquie des Grecs Pontiques.

2 – La population masculine grecque pontique étant installée dans les montagnes, Topal Osman et Ipsiz Recep s’en prirent aux femmes et aux enfants grecs, restés dans les villages. Ils étaient conduits par villages entiers dans des grottes pour y être brûlés vifs ou gazés par asphyxie. Les mâles grecs étaient jetés vivants, par les cheminées, dans les chaudières à charbon des navires à vapeur. On enfermait les Grecs dans les églises avant d’y mettre le feu. L’horreur des massacres choqua tellement la population musulmane locale qu’elle demanda au gouvernement d’Ankara d’éloigner les criminels. Rappelé auprès d’Ataturk, Osman devint son garde du corps avant d’être exécuté pour avoir critiqué et menacé son maître.

3 – Les « tribunaux de libération » [İstiklâl Mahkemeleri], mis en place pour juger les rebelles grecs, prenaient des décisions arbitraires aboutissant invariablement à des condamnations à mort par pendaison. Enseignants grecs des écoles américaines et grecques de la région, dirigeants communautaires, religieux se comptèrent par centaines parmi les victimes de ces tribunaux qui ne permettaient ni de se défendre, ni de faire appel. Connu aussi pour ses penchants sadiques, Nurettin Pacha, nommé par Ataturk commandant de l’Armée centrale, détruisit des milliers de villages grecs sans défense. C’est lui qui, à la tête des unités militaires, entra dans Izmir (Smyrne), en 1922, où il organisa le lynchage du métropolite grec, avant de mettre le feu à toute la ville.

4 – De 1919 et à la fin 1922, la population grecque pontique fut décimée à raison de 353 000 victimes. Un certain nombre de survivants furent convertis de force à l’islam et turcisés sous la menace. Lors du traité de Lausanne en 1924, les quelques Grecs Pontiques restants furent inclus dans les 1 250 000 Grecs anatoliens, puis « échangés » contre des musulmans en Grèce. La région de la mer Noire fut ainsi vidée de sa civilisation grecque historique. Tous les noms grecs des villages et villes prirent des noms turcs nouveaux et la langue turque fut imposée à tous les Grecs convertis, aux Arméniens hamchènes, aux Laz et aux minorités géorgiennes.

5 – La portée raciste de cette politique de l’État unique, de la nation unique et de la langue unique, apparaît dans cette déclaration du ministre de la Justice d’alors, Mahmut Esat Bozkurt : « Les Turcs sont les maîtres de ce pays. Les populations restantes n’ont qu’un seul droit dans ce pays : être les serviteurs et les esclaves des véritables Turcs ! » Topal Osman, considéré comme un héros par les Turcs nationalistes a eu l’honneur d’une statue érigée à Giresun. En 1994, le Parlement grec a reconnu le génocide des Grecs Pontiques, lors du 75ème anniversaire des évènements de 1919.

 

 

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