Ecrittératures

13 juin 2019

PAYSAGES/VISAGES d’ARMÉNIE

Filed under: LIVRES — denisdonikian @ 4:40

Album inédit. Textes de Denis Donikian

Photographies d’Alain Barsamian

 

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Il est de ces pays qui imprègnent les hommes. Où les visages sont les enfants des paysages, comme si la géologie du territoire passait dans la morphologie de ses habitants. Telle est l’Arménie dans ses rapports avec les Arméniens. Et tels sont les Arméniens dans leur communion avec l’Arménie. L’âpre beauté des lieux se lit dans la dureté et le pétillant des regards baignant chaque jour dans les extravagances sublimes du sol et l’adversité du climat.

Mais ce n’est pas seulement la terre qui se lit sur les hommes. Il y a aussi le temps politique. Les voyages d’Alain Barsamian avec son fils Jean-Bernard, en mai 2011, se déroulent dans un pays en proie aux dérélictions provoquées par les régimes humiliants de Robert Kotcharian et Serge Sarkissian. Il faut penser ces visages et ces paysages que nous offrent leurs photographies à l’aune d’une époque marquée par le mépris démocratique. Quand la pauvreté, la guerre, la stagnation économique, l’exil et la corruption sévissaient comme des lois générales. Tout un système qui a fait mourir la terre et souffrir les hommes obligés à la résignation et à la mélancolie. Ce parcours photographique d’un père avec son fils a valeur de diagnostic visuel. Il restera comme un document tandis que la mutation initiée par la révolution de velours manière Pashinyan propulse aujourd’hui l’Arménie vers la volonté de conquérir les voies de la démocratie et du bonheur. Mais il fallait les dire ces scléroses d’une politique erronée pour que la nouvelle mentalité prenne avec elles ses distances doucement et résolument.

Denis Donikian

 

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26 mars 2019

Chnorhantès pour « Marcher en Arménie »

Filed under: LIVRES,MARCHER en ARMENIE — denisdonikian @ 3:14

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 » Marcher en Arménie  » sera présenté à EREVAN, le 30 mars 2019, au THE CLUB, 40 avenue Toumanian à 17 heures.

La présentation sera assurée par Seda MAVIAN qui vient de publier aux Editions SIGEST

« Chronique de la révolution arménienne »( Avril – Mai 2018)

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23 mars 2019

Ce livre n’est pas à vendre

Filed under: APHORISMES,LIVRES — denisdonikian @ 5:14

surtout à ceux qui n’achètent jamais mes livres.

*

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En vérité, pour l’homme, dans l’immédiat du spectacle, il y a un ciel terrestre et un ciel céleste. L’un bouge, l’autre non. Ce spectacle est celui de l’impermanence et du permanent, celui des nuages qui passent et celui de l’espace impassible, celui des changements et celui de l’infini. Quel beau sujet pour un photographe hanté par l’obsession des ciels ! Nous avions remarqué qu’Alain Barsamian cherchait le pur à travers ses photographies du ciel sans pour autant négliger la terre où vont ses pieds. C’est ainsi que s’expriment ses clichés selon trois couches : le sol, les nuages et le ciel. Or, jouant sur la combinaison de cette trilogie qui jamais ne s’épuise, il arrive à nous faire aimer la lumière omniprésente qui baigne la totalité de l’horizon selon les déclinaisons du moment et du lieu. Ainsi fait-il qu’il nous aide à notre tour à formuler des appels intimes vers l’absolu qui toujours nous parle et toujours nous semble muet. C’est dans ce dialogue de l’homme avec les ciels que modestement se situent nos mots humains et ces images lumineuses.

Denis Donikian

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2 mars 2019

CIRCONSTANCIEL : LAO, le roman du 1er mars (2)

Filed under: LIVRES — denisdonikian @ 11:36

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LAO, le roman du 1er mars

Partie 2

 

Lui : J’ajoute que j’ai même des admirateurs qui ont fait l’effort de lire Vidures, qui proclament à cor et à cri que je suis un écrivain hors pair et qui n’achètent pas mes nouvelles parutions. C’est un paradoxe qui est symptomatique d’une culture arménienne fondée sur l’incuriosité. En somme, il y a des pans entiers de mon travail que ces gens-là ignorent.

Enfin, pour être juste, cette fois-ci, en l’occurrence pour Lao, la part financière de l’impression a été assumée grâce à l’aide d’un ami arménien de France qui a toujours répondu quand je le sollicitais. J’aime à penser que je ne suis pas seul dans mon travail d’écrivain.

Nous : Marcher en Arménie est sorti il y a à peine quelque mois et déjà ce roman Lao. Vous publiez plus vite que votre ombre, on dirait. Quelles sont les prochaines surprises que vous nous réservez ?

Lui : De fait, ces textes, Marcher en Arménie, Lao, avaient été écrits il y a déjà pas mal de temps. J’avais écrit Lao dans la foulée de Vidures. Mais mon éditeur à Actes Sud n’en a pas voulu sous prétexte je parlais encore de l’Arménie. Comme si on devait reprocher à un écrivain israélien de parler d’Israël. C’est très curieux. Comme Lao porte sur les événements du 1er mars et qu’en Arménie cette tragédie n’avait pas été effacée loin de là, j’ai jugé bon d’actualiser ce manuscrit qui était resté dans mon ordinateur. D’autant que le personnage principal a quelque chose qui dans sa réaction le fait ressembler à Nikol Pachinian. Je pense à son refus d’abandonner le combat. Il faut savoir que la victoire de Pachinian n’est pas tombée du ciel, elle a été le fruit de vingt années de meetings, de discours, vingt années d’indignation, de colère rentrée. A la longue, cela a fini par payer.

Nous : Je posais la question sur vos prochaines publications.

Lui : Là encore, des textes déjà écrits mais devenus introuvables. Tout d’abord ma traduction complète des Quatrains de Toumanian en édition bilingue, enrichie cette fois d’une introduction rédigée par Christopher Atamian, traducteur, écrivain et poète. Les Quatrains de Toumanian sont de véritables perles de mélancolie, des réflexions sur la passage du temps. Ils sont très prisés en Arménie, et souvent cités. Ensuite, la traduction en arménien d’un texte poétique sur Paradjanov intitulé Les Chevaux Paradjanov ainsi qu’une interview de lui que j’avais réalisée en 1980 à Tbilissi. Ce livre vient d’être traduit en espagnol par Ana Arzoumanian qui l’a publié en Argentine. Les Chevaux Paradjanov appartient à la période soviétique de l’Arménie, quand la liberté de création pouvait vous valoir d’aller en prison. Ce fut le cas de Paradjanov. Et puis, probablement cette année, une Encyclopédie thématique du génocide arménien, qui est le fruit de 15 années de travail et qui embrasse tous les aspects des événements de 1915, à savoir l’histoire bien sûr, mais aussi l’anthropologie, l’esthétique, le négationnisme, la dissidence turque etc. Une véritable somme qui devrait entrer dans toutes les familles arméniennes à l’intention des nouvelles générations. Un livre que je veux militant et dont je souhaite qu’il reçoive l’aide de la communauté arménienne. Enfin, je rappelle qu’avec Alain Barsamian, graphiste, j’ai publié une série d’aphorismes. Ce qui en fait un livre d’art de toute beauté.

Nous : Pourquoi souhaitez-vous publier vos livres en édition bilingue, français-arménien ?

Lui : J’ai toujours pensé que mes livres étaient ancrés sur le territoire arménien. Et que mes lecteurs naitront là-bas. Alors que pour l’instant je suis largement ignoré, sinon boycotté ou jalousé. J’espère qu’un jour on se rendra compte combien j’ai accompagné l’émergence de cette révolution par mes écrits. J’ai toujours été du côté des sans voix. Contrairement aux intellectuels de la diaspora qui n’ont jamais levé le petit doigt contre les régimes corrompus de Kotcharian et de Sarkissian.

Nous : Pour mieux vous connaître, pouvez-vous dire quelles sont vos lectures du moment ?

Lui : «  Shirin Yoku, l’art et la science du bain de forêt » par le docteur Quing Li, et les « 12 règles pour une vie, un antidote au chaos » de Jordan B. Peterson.

Nous : Quelle est pour vous la plus grande souffrance ?

Lui : Quand un bébé qui a  faim a l’impression d’être abandonné par sa mère.

Nous : Et le plus grand bonheur ?

Lui : Quand ce même bébé tète enfin sa mère.

Nous : Merci à vous, Denis Donikian.

Lui : le plus grand bonheur à mes yeux, c’est de serrer mon chat contre moi et de vivre une sorte de fusion entre l’animal qu’il est et l’homme que je suis.

*

18 euros, édition bilingue français-arménien, 97 pages

 S’adresser à Denis Donikian 4 rue du 8 mais 1945, 91130, Ris-Orangis

Ou denisdonikian@gmail.com

 

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1 mars 2019

EXCEPTIONNEL : LAO, le roman du 1er mars (1)

Filed under: LIVRES — denisdonikian @ 8:23

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LAO, le roman du 1er mars.

 

Fraichement arrivé de Erevan, dans les conditions que nous évoquerons, voici le nouveau livre de Denis Donikian, LAO, un roman. Nous avons interrogé l’auteur à son domicile, interrompu par les caresses de son chat Fuki, un ragdoll de toute beauté et aimant les câlineries.

*

Nous : D’abord, pourquoi cette précision dans le signet qui accompagne le livre, le roman du 1er mars ? Cela laisse supposer qu’il n’y aurait pas eu d’autre roman écrit sur cette date tragique qui a fait 10 morts.

Lui : A ma connaissance, il n’y a pas eu de roman écrit sur cette nuit-là. Je fais remarquer que mon roman Vidures, en parlait déjà sous forme allégorique. D’ailleurs, Lao est dédié au dix personnes qui ont perdu la vie durant cette nuit. Je cite les noms de ces personnes et leur dédie le livre afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. Ces événements du 1er mars ne sont d’ailleurs pas oubliés en Arménie. Le procès de Kotcharian en témoigne. En fait, outre le traumatisme que cela a créé au sein de la population, ce procès sonne le glas d’une politique d’impunité.

Nous : Étiez-vous à Erevan ce jour-là ?

Lui : J’avais participé comme observateur aux élections du 19 février. J’avais suivi les meetings de l’opposition et mesuré le sentiment de révolte qui y régnait. Et puis, ce premier mars, dans l’après-midi, j’étais là où s’étaient repliés les manifestants chassés à coups de matraque de la place de l’Opéra, à savoir devant l’ambassade de France considérée comme un symbole de liberté démocratique. Un bus était en travers de la route et empêchait toute circulation. Je me suis retrouvé coincé au milieu de la foule, à deux mètres de la police qui faisait corps en attendant les ordres. J’étais déjà rentré quand les choses ont dégénéré dans la soirée pour durer toute la nuit.

Nous : Quelle place occupe ces manifestations dans votre roman ?

Lui : C’est la toile de fond qui imprègne les personnages tellement ces événements ont marqué les esprits. De fait, le plus gros du roman se situe localement hors de Erevan, à savoir dans la plaine de l’Ararat. Mais à travers plusieurs personnages emblématiques, j’ai essayé d’étudier différents points de vue par rapport à ces événements. Pour autant ces personnages ne sont pas tous des stéréotypes figés. Lao va amorcer au cours de ce roman un virage radical, une telle prise de conscience que lui qui cherchait à fuir la capitale au début du livre, y retourne à la fin. Au lecteur de découvrir pourquoi. J’ajoute que tout le roman est déjà dans la citation liminaire. « Réveille-toi, mon fils !» Lao étant un terme affectueux appliqué à son enfant.

Nous : Parlez-nous des personnages.

Lui : Lao est un protestataire plus ou moins convaincu, plus ou moins résigné. Mais devant la tournure des événements, la force de la répression, il décide de se faire oublier et prend un de ces vieux bus qui vont au sud. Il va en descendre inopinément dans la plaine de l’Ararat, trouve un hôtel et sympathise avec la taulière et son mari qui est photographe. Il y a aussi un policier gradé, Gabo, qui est chargé de filtrer les passages des voitures. Un pauvre hère qui vend des fleurs sauvages pour survivre est son souffre-douleur. L’intrigue va se nouer entre ces personnages dès lors que chacun soupçonne l’autre d’intentions particulières. Finalement Lao trahi par son ami qu’il croyait être du même bord que lui décide à la dernière minute d’affronter le réel au lieu de botter en touche en cherchant à se faire oublier.

Nous : Qu’en est-il de la facture du roman ?

Lui : Rien de révolutionnaire. Sinon que le récit est entrecoupé de textes qui sont des réflexions de Lao ou de l’auteur. Comme j’ai travaillé de concert avec mon éditeur habituel, Mkrtitch Matévossian, nous avons pu jouer sur l’alliance entre l’image et le texte. Ainsi, ces mots de Lao sont comme une voix off par rapport au récit, une voix d’homme ou de pleureuse qui s’inscrit sur un fond de paysage immobile, à savoir l’Ararat. Textes différents à chaque fois, mais image toujours la même. Je souhaitais de cette manière mettre en confrontation l’impermanence de l’histoire et la permanence des choses. D’ailleurs, je suis persuadé que les Arméniens voient le mont Ararat comme une image de leur éternité, sinon de l’éternité tout court. C’est à cette mission que répondent les hors-textes en question.

Nous : Matériellement dites-nous comment on fait pour publier un livre en bilingue en Arménie et pour qu’il se retrouve en France ?

Lui : Je tiens à préciser que pour Lao, comme pour mes autres livres en général, je paie un traducteur en moyenne 500 euros. La conception graphique coûte autant. Et l’impression aussi pour 100 exemplaires. Cela veut dire que la fabrication d’un livre bilingue s’élève à 1500 euros en moyenne et que je fais travailler trois personnes en Arménie. Ensuite reste le problème de l’acheminement. Il s’est trouvé cette fois qu’une amie arménienne de Suisse m’a proposé de ramener des exemplaires. Elle en a rempli 2 petites valises. Soit près de 33 kilos. Comme son mari a des affaires à Paris, il les a déposés à mon intention dans son hôtel. Quand je pense au dévouement de cette amie et de son mari, quand je pense à l’argent que je dois dépenser et au peu d’écho que mes livres rencontrent auprès des Arméniens de la diaspora, je me dis que certains ne sont pas à la hauteur des sacrifices qui ont été consentis pour qu’un livre sur l’Arménie voie le jour. Mais je continue quand même. En fait, ce qui me fait écrire et publier en Arménie, sur les Arméniens, c’est une indécrottable naïveté. Je suis un naïf. Je crois toujours que les Arméniens vont acheter mes livres parce qu’ils nourrissent encore une certaine curiosité envers le destin de leur peuple. Pour autant, je suis persuadé que ceux qui lisent mes livres s’enrichissent d’une manière ou d’une autre. Car le peuple arménien a toujours cultivé l’effort et le dévouement pour se maintenir en vie, même si ceux qui tiennent le rôle d’acteurs culturels au sein de notre diaspora ne jouent pas le jeu que voudrait leur fonction vis-à-vis de mes livres. Il y a des salauds partout.

 

Lao, Bilingue français-arménien

En vente chez Denis Donikian,

4 rue du 8 mai 1945, 91130, RIS-ORANGIS

Ou

denisdonikian@gmail.com

18 euros port compris.

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16 janvier 2019

Il n’y en aura pas pour tout le monde

Filed under: EVENEMENTS,LIVRES — denisdonikian @ 7:22

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ICI EST UN HOMME

Aphorismes de  Denis Donikian,

Graphes d’Alain Barsamian

Conception graphique de Mkrtich Matevosian ( Actuel Art, Erevan)

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Les accords ou même les désaccords, comme des complicités, que peuvent tisser entre eux un auteur et un plasticien ne font pas forcément un beau livre. Même s’ils visent l’éthéré, le minimalisme ou le transcendant. Encore faut-il habiller le propos du diable en Prada. Surtout quand la parole se tient haut, que le graphisme se fait danse dans ses travaux d’approche pour la rendre en quelque sorte visible… Matérialiser le verbe, c’est aussi en faire un livre. Et en ce cas, le faire du livre doit être à la hauteur du texte et de son accompagnement graphique.

En fait, ce que nous livrons au lecteur, Alain Barsamian et moi-même, ne serait rien sans l’intervention d’un éditeur de génie. Or, il y a en Arménie, un éditeur de génie à qui est échue la grâce de la conception. Qui a l’œil parfait pour percevoir les alliances des mots et des signes. Qui, comme on dit, sait mettre en valeur les uns et les autres. Cet éditeur, je l’avoue, qui travaille dans l’ombre, mais qui a la passion du détail comme ces faiseurs de khatchkars qui font d’une pierre une dentelle, je lui dois de toujours m’émerveiller quand m’arrive de Erevan, par la voie des airs, mon dernier opus. Cet éditeur se nomme Mkrtitch Matévossian et sa maison d’édition Actual Art.

Heureux celui qui va s’empresser d’acquérir ce livre rare écrit, tracé et conçu respectivement par Denis Donikian, Alain Barsamian et Mkrtitch Matévossian. Je dis heureux car ce livre est plus qu’un livre, c’est un objet qui défie le temps, une subtile goutte d’éternité que l’esprit du lecteur va boire à petites gorgées. Une fois, deux fois, et sans cesse. Comme dans une envie d’étancher la quête d’absolu qui nous étreint tous.

Alors, oui, ne désespérons pas d’un peuple où s’expriment si haut des talents modestes autant que généreux !

ICI EST UN HOMME : 54 pages, bilingue français-arménien, dim. 24 x 34 cm. Prix port compris 35 €

S’adresser à D. Donikan : denisdonikian@gmail.com

Ou à Alain Barsamian : kezguecirem@gmail.com

Disponible selon arrivages

21 juillet 2018

Los Caballos Paradjanov ( Les chevaux Paradjanov)

Filed under: ARTICLES,LIVRES,Uncategorized — denisdonikian @ 5:25
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A l’occasion  de sa traduction  par Ana Arzoumanian et Cristina Bourette publiée en Argentine.

 

 

Los caballos Paradjanov

 

J’ai écrit ce livre, Les Chevaux Paradjanov, parmi les premiers de mes livres, à un âge où je me sentais de plus en plus heurté par le monde des hommes forts. Juste avant, mes textes avaient été écrits sur le génocide des Arméniens puis sur mon expérience soviétique puisque j’avais vécu deux ans sous ce régime comme étudiant. Mon écriture est née de la conjonction de ces deux prises de conscience, le monde génocidaire et le monde totalitaire. Paradjanov est venu juste après comme un homme à sauver. Je suis encore fier d’avoir contribué à sauver Paradjanov en militant, en écrivant et en le rencontrant. Contribuer dans sa vie ne fût-ce qu’une fois à sauver un homme des griffes des hommes forts, ce n’est pas rien.

Les Chevaux Paradjanov est l’expression d’une colère inutile. D’une colère qui se sent inutile contre les hommes qui sont plus forts qu’elle. En ce sens, c’est une colère poétique. C’est de la poésie au service d’une colère. Et oui, Les chevaux Paradjanov est un livre inutile. Mais que serait un pays où tous les livres publiés seraient utiles ? Ce serait un pays invivable car tout y serait codifié. Un pays amputé de son imaginaire. Un pays où ne se publieraient que des recettes, même des recettes pour faire de la poésie. De la poésie sans colère, de la poésie aseptisée.

Qu’un pays comme l’Argentine publie Les chevaux Paradjanov est le signe que la colère y est vivace et l’imaginaire toujours d’actualité. C’est le signe qu’une poésie inutile y a encore son utilité, celle de défendre la générosité naturelle du monde contre ceux qui veulent la remplacer par la force, la force de la raison, la force de la destruction, la force de la raison destructrice telle qu’elle s’exprime à travers un régime génocidaire ou un régime totalitaire.

Il faut sauver Paradjanov !

Denis Donikian

 

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8 septembre 2017

Brèves de Plaisanterie : Le livre

Filed under: APPEL à DIFFUSER,LIVRES — denisdonikian @ 5:16

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Les lecteurs de ce blog peuvent être heureux de voir transformé en livre les Brèves de plaisanterie qui vinrent chaque jour depuis plusieurs mois  y jouer les filles de l’air, l’air de rien.

Aujourd’hui, ces brèves, admirablement illustrées par l’éditeur lui-même, Mkrtich Matévossian, ont été réunies en livre afin d’échapper à leur disparition.

Si certaines sont tirées par les cheveux, si d’autres  tirent à boulets rouges ou aspirent à devenir des gouttes d’humour et de sagesse, toutes reflètent l’esprit de leur auteur. Il n’en renierait aucune même sous la menace d’un viol et si on le forçait à se mettre à genoux devant Karékine II ou Serge Sarkissian réunis, le couple fatal de notre chère Arménie.

Cela dit, le lecteur qui aura osé acquérir ce livre aura l’immense bonheur de savoir qu’il contribue par son rire ou sa réflexion à donner à l’auteur  de ce bréviaire la joie d’avoir travaillé pour la grande cause du futile et du rien.

Merci à eux, et longue route dans le royaume du langage insensé.

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PS. Le livre sera mis en vente pour la somme modique de 10 euros, port compris. Cependant, l’Arménie n’étant pas la porte à côté, il convient de préciser que des exemplaires arrivent portés par des chameaux , dromadaires, ânes, baudets et même chiens d’aveugle. C’est pourquoi, l’acheteur – Heureux acheteur ! – sera prévenu en temps utile quand la chose sera arrivée à destination.

 

 

3 octobre 2016

Articles de Tigrane Yegavian sur France-Arménie

Filed under: LIVRES — denisdonikian @ 5:50

 

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En arménien sur arteria.am

VIDURES, UN ROMAN EN QUESTIONS (bilingue arménien-français)

 

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EDITIONS ACTUAL ART – EREVAN – 270P. – 15€ PORT COMPRIS –

disponible uniquement chez l’auteur : denisdonikian@gmail.com

Dans le paysage de la littérature arménienne de la Diaspora, Denis Donikian occupe une place particulièrement à part. Écrivain, poète, plasticien, traducteur, s’étant donné à tous les genres, l’engagement fait figure de fil conducteur chez lui. Naguère grand voyageur, ce Viennois d’origine pratique l’Arménie depuis la fin des années 1960. Si ce pays l’habite de tous les pores de sa peau, c’est dans une belle langue de Molière créolisée qu’il a imposé ses marques.

Ecrit avec une plume corrosive et iconoclaste bien à lui, Vidures, néologisme rimant avec ordures, est son premier roman paru chez Actes Sud en 2011. Cette plongée en apnée dans l’univers des bas-fonds de la société arménienne avait donné sans doute pour la première fois la voix aux « sans dents » d’un pays au bord du précipice. De quoi défrayer la chronique dans les milieux communautaires. Boycotté et mis au ban par de nombreuses structures arméniennes choquées, le roman fut par contre salué par la critique française pour sa maestria littéraire, allant jusqu’à le sélectionner pour le festival de Chambéry en 2013 parmi les 15 meilleurs premiers romans français de l’année précédente. Les choses se com-pliquent lorsque la traduction arménienne voit le jour sous les presses de l’excellente maison d’édition Actual Art sous le titre suggestif d’Aghpastan. Jeté aux orties par le petit microcosme avant-gardiste du centre-ville d’Erevan, le livre est passé quasiment inaperçu en Arménie. Il n’en constitue pas moins un document précieux pour les historiens du futur qui chroniqueront des années maudites de l’après -indépendance. C’est pour renouer le dialogue avec ses lecteurs que l’écrivain a voulu faire preuve de clarification en se prêtant au jeu des questions et des réponses. Pour ce faire, il s’est entouré d’un groupe d’amis d’horizons et de pays divers. Loin d’être un enjeu narcissique, ce dialogue vif et stimulant nous invite à mieux décrypter les défis sociaux mais aussi culturels auxquels fait face l’Arménie actuelle.

Tigrane Yégavian

 

L’ARMÉNIE À CŒUR ET À CRI

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EDITIONS ACTUAL ART, COLLECTION ZOOM – EREVAN – 2016 – 296 P. – 15 € PORT COMPRIS – disponible uniquement chez l’auteur : denisdonikian@gmail.com

 

Paru en Arménie chez l’excellente maison d’édition Actual Art, le présent ouvrage est un recueil de textes parus en ligne sur le blog de Denis Donikian, ÉCRITTÉRATURES. Classées selon des thématiques d’actualité (essentiellement arménienne), ces chroniques portent un regard acéré sur notre réalité, reflétant la constance d’une même indignation. Dans la ligne droite de ce que nous avions pris l’habitude de lire depuis le regretté site Yevrobatsi, le ton souvent insolent de ces courtes réflexions oscille entre humour corrosif et noir désespoir. Reflet d’un écorché vif en mal d’Arménie, ces écrits que l’on soit en désaccord ou non, nous donnent à réfléchir sur la bêtise humaine et ses funestes conséquences. De fait, l’auteur n’a pas de mots assez durs pour hurler son indignation contre le mépris ahurissant des dirigeants arméniens contre l’intérêt général et le silence complice de la Diaspora. Chronique d’un observateur engagé qui, en se battant avec les mots, n’a jamais renoncé à scruter l’humanité, porteur d’une expression rebelle à toute forme d’allégeance.

Tigrane Yégavian

FRANCE ARMÉNIE / OCTOBRE 2016            55

16 mai 2015

Les Arméniens 100 ans après

Filed under: LIVRES — denisdonikian @ 5:58
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On ignore souvent d’un livre qu’il a demandé l’expérience d’une vie pour naître. Même si ce livre la masque, elle circule comme une eau souterraine et vient irriguer chaque question de sa force et de son espérance pour que la vie, la vraie vie, la vie belle et entière se manifeste pleinement aux yeux du lecteur. L’Arménie est décevante, on le sait. Mais que serait l’espérance sans les tenaces gardiens du temps arménien, qui ne fuient pas quand le navire coule, qui battent de leurs pattes le lait de l’histoire en marche pour qu’il devienne beurre, à l’instar de ces petites souris qui s’activent à l’idée de pouvoir sortir du pot où leur gourmandise les a jetées. Sèda Mavian est de celles-là. Qu’on la prenne ou qu’on laisse, ce qu’elle prend, elle ne le laisse pas. C’est une battante qui livre régulièrement au mensuel des Nouvelles d’Arménie Magazine la Croix et la Bannière d’un pays où elle a tenu à vivre voici plus de vingt ans. Elle ajoute à ce journal une profondeur qui fait sens depuis qu’elle a décidé de mettre dans sa pratique journalistique l’acide lucidité d’une curiosité qui ne lâche rien. Je ne partage pas toujours ses vues, et même s’il ne m’arrive aujourd’hui de la lire que temps en temps, j’avoue qu’elle me permet parfois de mieux voir la trame des intrigues basses ou hautes qui font l’Arménie d’aujourd’hui. On attendrait d’elle un grand livre, une grande enquête comme en donnent les journalistes des pays occidentaux, ce qu’elle seule pourrait faire en raison de sa longue présence en terre arménienne. Seulement voilà, pas le temps. Sèda Mavian se doit à ses lecteurs, affamés menstruels de ces informations qui infusent les corps de leurs frères petits et grands qui fondent l’Arménie.

La pléthore de livres qui viennent de paraître sur la mort centenaire des Arméniens en 1915 n’a pas empêché la parution d’ouvrages plus actuels capables de dépasser l’enfermement de la mémoire par les paroles de quelques témoins qualifiés pour donner foi en l’avenir. Le nouveau livre de Sèda Mavian, Les Arméniens 100 après après, paru aux éditions HD, atelier henry dougier, est un livre multiple. Non seulement l’auteur prend la parole pour présenter la chose arménienne au lecteur profane, mais aussi et surtout elle la donne. Consciente que l’Arménie appartient à ceux qui la pensent et qui la font, qui la souffrent et qui la rient, qui en meurent et  qui en vivent, elle en a interrogé quelques-uns pour faire monter la courbe d’espérance, sans taire ce qui la trouble, ni empêcher ce qui nous donne la fierté d’appartenir à une nation combative et inventive, tragique et persévérante. Sachant que les têtes sont là, prêtes à donner tout ce qu’elles peuvent à condition que l’éducation et la politique activent le terreau intellectuel d’une jeunesse que l’absence de démocratie écrase pour qu’elle puisse donner toute sa mesure.

Tout y est ou presque. Aux questions sur l’identité répond Hranouche Kharatian, sur le choix d’être arménien, Olivier Rakedjian et Cristina Popa, sur la mixité, Pascal Légitimus, sur le voyage, Karine Arabian ou Armen Aroyan, sur les éternelles migrations des Arméniens, Zavèn Yéganian et Khatchik Djozikian, sur la « question arménienne », Gérard Guerguerian. Sans oublier les figures les plus dévouées à la société civile arménienne comme Ralph Yirikian, PDG de VivaCell-MTS, Sam et Sylvia Simonian, créateurs du centre Tumo, ou Gérard Cafesjian, le fondateur du musée d’art à la Cascade de Yèrèvan.

Il faut aussi ajouter les points de vue de quelques personnalités étrangères sur la créativité des Arméniens, et les portraits de deux talents internationalement reconnus : Tigran Hamasyan et Alain Altinoglu. Donc un livre qui dit combien en Arménie l’espérance est possible et qu’il suffit de le dire pour que cette espérance ait un jour le dernier mot dans sa lutte infinie avec les histoires de sang et de corruption.

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Les ARMENIENS 100 ans après, de Sèda Mavian, Editions HD ateliers henry dougier, prix 12euros.

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