Ecrittératures

26 mars 2021

Poème du jour

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 3:48

 

*

Où donc es-tu qui me dis non

Ma vie est silence sans nom

Et si lent son abîme

Nous qui fûmes sublimes

Par tant d’éclats tant traversés

Qu’aujourd’hui tout est renversé

Toi par monts et par vaux

Moi dans les hôpitaux.

 

(25 mars 2021)

 

11 mars 2021

Poème du jour : Dans mes jours de sang noir

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 4:39

 

*

Dans mes jours de sang noir

Je marche en toi

Brin de route 

Loin du monde et des doutes

Nos corps vont toujours aux souffrances 

Mais avec toi

L’âme allait de soi

Rien à dire ni compter

Le pur enfin 

Qui fut rêvé 

Où  se noyer

Don délice

Et volupté

(Hop. Pompidou, 1-5 mars 2021)

7 mars 2021

Poème du jour : Armig de Yéghishé Tcharents

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 4:36

Yéghishé Tcharents (1897-1937) 

Traduction Denis Donikian

Ces textes ont été traduits à partir de la version arménienne parue dans le numéro 8 de la Revue Bnagir sous le titre d’Inédits.
La reproduction de cette traduction est strictement interdite sans le consentement de l’auteur.

*

1
Armig, Armig,
Ton corps est celui d’un garçon, 
Corps fin,
Corps feu –
Pareil au roseau du printemps…
Comme je voudrais que tu me viennes –
Ton corps fin tu me le donnes,
Je te caresse et je frémisse
Et que dans mes bras tu tressailles
Ainsi qu’un beau garçon…
Armig, Armig,
Tes lèvres rouges,
Épaisses lèvres enflammées de passion,
Soleil d’été, chaleur et feu…
Le rouge incendie de tes lèvres.

+++
2
Viens, Armig, je veux
Que tu te déshabilles –
Que tu t’assoies nue sur mon corps –
Tu t’enhardisses
Superbe ainsi serais-tu
D’être nue. –
Comme un petit enfant
Mûr pour la moisson.
Armig, je voudrais être 
Seul avec toi,
Et te la mettre ensuite…
Embrasser ton corps nu
Pour qu’à mon dard
Se frottent tes hanches rondes.

3
Armig, comme tu ressembles
À un beau garçon !
Ah dévêts-toi, docile !
Joue avec mon roseau…
Je te veux tellement, 
Tellement, tellement…
Que ta langue me brûle
Qu’elle me saigne à blanc…
Dresse mon dard nu,
Et ivre de passion,
Je frotte sur ton cul et sur ta chatte
Mon sexe humide…
Je voudrais moi aussi 
Me mettre à nu,
Prendre ton corps embrasé
T’enculer…

Dzargadzor 12/07/1936 

4
Tu t’endors nue et d’or
Sur une peau de tigre…
Aussi brûlante que le soleil,
Aussi rougissante qu’un feu …
M’approcher de toi en douce
Te caresser par le haut
Et voici que tu te donnes 
Dans un soupir :  » Meurs ! « 

5
Sur tes hanches d’enfant
Le soleil se pose.
Tu as chaud, midi à chevelure de feu,
Ma flamme enfant…
Soleil tu es, henné tu es, orientale.
Sous le jet de mes chants,
Offre-moi l’orient de ton corps
Que je te façonne par la passion et le poème.

6
De nouveau devant moi ton image
De nouveau je te veux,
De nouveau mes pensées se tournent
Vers ton corps embrasé.
De nouveau j’enfonce en pensée
Ma lance de feu en toi,-
Et tu t’évanouis dans ton demi-sommeil,
Avec l’épuisement de tes caresses.

7
Tes seins dans mes paumes
Grenades mûres
Laisse-moi embrasser de tes hanches
Le saint haschisch…
Tes seins dans mes paumes
Grenades chaudes
Serre-moi de tes hanches brûlantes
Corbeille en feu…
Que je me noie dans tes hanches
Source ardente
Tes seins dans mes paumes
Grenades chaudes !

8
J’aurais voulu te voir
Pure et nue,
Sous les rayons de lune,
Et comme un chant
Étreindre tes hanches rondes,
Sucer inassouvi
Tes caresses de feu
Pur et bleu.

9
J’aurais voulu que tu te dresses
Corde tendue
Et caresses tes hanches
Comme en les effleurant
Sans regarder derrière
De ton regard fougueux
Et que te brûle comme une flèche
Ma lance drue

10
Ô reine en habit
De cow-boy !
Donne-moi tes lèvres,
Donne la coupe de l’amour…
Suce avec voracité 
Ma lance ardente et pure !
Et donne-moi ton cul 
Que je t’envoie en l’air…

11
Vêtue comme un cow-boy
Te voici mauvaise fille.
Je voudrais faire comme si
Je capturais tes hanches….
Assieds-toi sur mes jambes assoiffées
Pose tes hanches
Approche-toi de mon feu
Délicieux !

12
Donne-moi tes seins,
Donne tes hanches ardentes,
Que je m’enivre de ta flamme
Éternellle.
Ah, si j’étais Haffiz comme
Je voudrais la mettre
Dans l’étroit sentier
De tes hanches en feu.

13
Comme un prince d’Iran
Dans mon bassin d’eau pure
Combien de fois, combien
T’aurais-je prise, sœur !
Je lècherais la coupe
Brûlante de tes hanches –
Je prendrais feu par ton feu
Sans fin, sans fin…

Les poèmes 3 à 12 ont été tirés des archives Kévork Émine et remis à la Revue Bnagir par Ardachès Émine. 


(Avril 2004)

24 février 2021

Poème du jour : C’est mon pays / Սա իմ երկիրն է

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 1:16

 

 

*

de Hovhannes Grigoryan

traduit par Lilit Mnatsakanyan

*

C’est mon pays,

Il est de telle taille 

Que je peux le prendre avec moi

Si je pars loin quelque part, 

Petit – comme une mère agée,

Petit – comme un fils bébé,

Et sur la carte 

Il n’est qu’une goutte de larme.

 

C’est mon pays,

Il est de telle taille

Que je l’ai placé

Dans mon coeur librement 

Pour ne jamais l’abîmer.

 

Hovhannes Grigoryan

*

Սա իմ երկիրն է – չափսերով այնպիսին,

որ կարող եմ վերցնել հետս,

թե մի հեռու տեղ գնամ:

Փոքրիկ` ինչպես ծերացած մայր,

փոքրիկ` ինչպես նորածին զավակ,

իսկ քարտեզի վրա

ընդամենը արցունքի մի կաթիլ…

Սա իմ երկիրն է – չափսերով այնպիսին,

որ ազատորեն տեղավորել եմ սրտիս մեջ,

որ չկորցնեմ հանկարծ…

 

Հովհաննես Գրիգորյան

13 janvier 2021

Premier poème ( en arménien)

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:01

Voici le premier poème écrit à 12 ou 13 ans au Collège Samuel Moorat, retrouvé par hasard.

Merci à Antranik pour la mise en forme en lettres arméniennes .

*

ինչպես մորնամ զքեզ մայրիկ

ինչպես մորնամ խնամքներըդ 

որ կու տայիր  թեր ես մանկիկ

որպես շատնան   տարիներս 

*

ինչպես մորնամ զքեզ հայրիկ  

ինչպես մորնամ  խրատներըդ

որ  կու  տայիր  թեր ես  մանկիկ

որպես    շատնամ  ուսումներըս

* 

հիմա դպրոցը կը կարդամ

որպես սորվիմ եւ մարդ ըլլամ

բայց ցեր բարիքը մանկության

մ տքես չելլար մինչ  աւիտյան

                     

27 décembre 2020

2021 : Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 9:55

*

L’affiche rouge

de Louis Aragon

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

18 décembre 2020

RITUEL POUR UN MORT

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 7:19


*

« Rituel pour un mort »

M.J (1976)

 

Le sang du soldat mort

Est encore frais malgré le froid persévérant des montagnes,

Le froid de la guerre persévérante.

 

Les hommes, semblables aux autres hommes, se voient comme des créatures de labyrinthe où règne l’éclat du feu. Ils veillent sur la terre durcie comme un diamant.

 

Le combattant, à côté de son frère au ventre déchiré, s’est assis sur son infinie parallèle.

Son arme dure couchée à ses pieds après avoir craché le feu, acte irrémédiable.

Ses yeux vont de ses mains gelées et noires au trou mystique dans le ventre de son frère désarmé, sans désirs.

Ses mains sont lasses de veiller en aveugles sur l’autre ligne du temps. Ses mains noyées dans les vicissitudes célestes, rongées par les jours orageux.

 

Alors,

Avec un bout de branche morte, qu’il a écrasé jusqu’à la fibre,

Qu’il a trempé ensuite dans le sang encore chaud, près du cœur héroïque,

Lentement, le geste souple, grave et précis,

Sur chaque ongle de l’autre main aux doigts bien écartés,

Sur chaque ongle avec délicatesse,

Il a glissé son pinceau de fortune. Et puis, il a brandi sa main sur le ciel pour constater l’effet des cinq petites têtes rouges,

Sur fond de ciel sa main aveugle,

Le ciel griffé.

 

 

Denis Donikian in Fragments de figures apatrides (1995)

30 novembre 2020

9 –  » Où je meurs renaît la patrie  » (Louis Aragon). Nous étions trois cent deux…

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:42

Pour Lilit M.

*

Nous étions trois cent deux, frères de feu et de sang

Pris à vifs sous le mors à broyer de la guerre

N’ayant pas d’autre nom que celui de la terre

Qui fit de nous la chair qu’à défendre on consent

*

Ma terre est belle à boire et me rend ivre

Qui aujourd’hui fait de nous ses soldats

Quitte à pleurer le sang dans les combats

Pleurer le rire et la douceur de vivre

Nous étions trois cent deux sous l’assaut des bouchers

Le ciel crachait sur nous ses vacheries de fer

Et les phosphores bleus nous dévoraient les chairs

Trois cent deux à tenir l’espoir de nos tranchées

*

Longtemps nous n’avons cru aux pitres des alarmes

Que le ciel tant prié nous rendrait apeurés

N’avons cru que les nôtres nous pourraient leurrer

A sauver la patrie avec de piètres armes

*

Longtemps nous ont charmés les mensonges des nôtres

Qui floutaient leur magot de mots patriotards

Toute patrie aura ses pâtres ses apôtres

Mais la nôtre longtemps a eu ses charognards

*

Nous étions trois cent deux à courir sous les bombes

Qui vomissaient leur fer sur nous pauvres colombes

Dans le ciel tant aimé fermentaient nos enfers

Nous étions trois cent deux à combattre les airs

*

Nous qui vivions insoucieux

Voici que le feu nous rend ivres

Oubliant la douleur de vivre

Que nous ne pourrons mourir vieux

*

Nous n’aurons bu que la jeunesse

Vieillis si prématurément

Par l’étreinte de la tristesse

Et par le frère qui nous ment

*

Trois cent deux tout petits soldats

Trois cent deux corps mis à la guerre

Jetés dans la boue au combat

Héros à pourrir sur leur terre

*

Troué dans l’âme et tout bandé

Me voici seul à l’hôpital

Où sont les miens qui m’ont aidé

À rester dur contre la peur

Qui sont partis dans la stupeur

Et m’ont laissé avec leur mal

8 novembre 2020

Fin dernière

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:53

 

Adieu la vie adieu les armes

Le fer et le feu m’ont troué

Je ne suis plus dans les alarmes

Le ciel tueur a bien joué

*

Adieu les fureurs et la gloire

Dans les combats du corps à corps

Vous n’aurez pas le Karabagh

Mourir est le signe des forts

*

Si je meurs c’est parmi les dieux

Dont certains n’ont que dix-huit ans

Le ciel restera dans mes yeux

*

Lui qui ne meurt avec mon temps

Que vaut le pire et vaut le mieux

Que vaut l’empire  vaut le vent

25 juillet 2020

Taureaunoir ! Taureaunoir !

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 4:00

 

PLASTICITES 1 51

Oeuvre D. Donikian

*

 

Taureaunoir hait dans l’arène

L’homme qui le hait de même

Il souffle il sue il saigne

La mort comme un grand M

Le tue à petit feu

Un spectacle à l’antique

La torture est un jeu

D’abattage esthétique

Qui met des gens en joie

Et que rien n’apitoie

Taureaunoir voit à peine

Cette chose en l’arène

Qui le tourne en bourrique

Qui l’énerve et le braque

Il fonce il rue il pique

Corne dure en attaque

Mais la chose le mord

Des lames sur son corps

Font leur danse de mort

*

Soudain dans un répit

Comme un souffle divin

Une odeur le retint

Une grâce naquit

Son maître à quelques pas

Assiste à son trépas

Taureaunoir va vers lui

Et lui tend son museau

L’autre l’embrasse aussi

Qui reconnaît sa peau

Un baiser de Judas

Qui vendit son beau roi

Pour un destin d’arène

Pour une mort certaine

Pour les jeux de l’émoi

*

Taureaunoir n’en peut plus

Mais l’affront est plus fort

Dans un dernier effort

Il se cabre et se rue

Vers l’homme de sa haine

Tout vêtu d’or obscène

Mais la grâce est un coup

Acte ultime et fatal

Qui le prend à son cou

Dans un cri de métal

Il s’abat et son corps

Coule en larmes de sang

Sur le sable des Forts

Car l’homme a triomphé

Applaudi indécent

L’un aura son trophée

Et l’autre son argent

*

Montrant tels que nous sommes

Ce jeu n’est pas près de finir

Ainsi feront toujours les hommes

Humilier pour jouir

 

 

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