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27 mai 2019

ODE GRACIEUSE POUR ANGES MAUVES, SŒURS COLLATIONNISTES et MACHINES DIALYTIQUES

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 4:24

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Heureux le dialysé du centre de Draveil,

Servi d’anges gardiens vêtus couleur de vin

Qu’on les dirait portés sur la dive bouteille

Tant de les voir ainsi l’œil maladif se teint

Entre le rouge sang et le rose vermeil,

Oui, bénis d’être vifs au cœur de nos détresses,

Ils offrent leur patience aux patients impatients

Et leur piquent le bras ainsi qu’une caresse

Pour leur donner à vivre encore un bout de temps.

Béni soit leur sourire au cœur de nos calvaires,

Adoucissant le mal qui nous ronge le fion,

Béni leur dévouement, béni le camembert,

Qui manquera toujours à notre collation.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

*

Heureux le dialysé qui aura vu Estelle

Au sortir d’une nuit en habit de donzelle,

Échancré de partout, la jambe en bas résille

Et le dos large ouvert en furieux sex-appeal.

Heureux le malheureux cloué à sa machine,

Qui aura vu Estelle à jouer les ondines,

Dans son corps endormi cherchant l’hémoglobine

Et lui palper le bras avec des gants stériles.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

*

Béni l’ange Chloé, Vénus des Amériques,

Qui porte sur les bras des mots énigmatiques,

Slogan de bel amour ou bien dazibao,

Toujours prenant le bas pour le mettre plus haut,

Toujours calmant les peurs de celui qui panique.

Madone des noyés, des salis et salauds,

Au sourire apaisant et qui de son œil bleu

Apporte à nos hivers la chaleur de son feu.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

*

Heureux qui se confie aux mains de Fatima.

Celui qui rentre lourd devient miraculé,

Car son sang déréglé par des hauts et des bas,

Passé à la machine en ressort nettoyé

Et se met à chanter des salve regina.

Mère à tous et de qui se gratouille et qui tousse,

Et si fort de café qu’en boire un sur le pouce

Vous fait danser le cœur comme en un gymkhana.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

*

Voyageuse Kama qui fait chez nous escale

Pour nous donner à vivre un peu de ses voyages,

Nous les cloués du pal, condamnés aux aiguilles,

Nous avons dans nos yeux tant de beaux lieux qui brillent,

Pays hors de portée autant que des étoiles,

Nous les encalminés sur les bords du naufrage,

Dont la vie serait fade, assise en un coma,

Si ange du secours n’était notre Kama.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

Béni soit-il aussi l’ange musculator,

Samuel aux gros bras habitué des masses,

Tatoué comme un zèbre en la moindre surface,

Qui vous pique le gras en finesse et douceur.

Bénis également ces anges de passage,

Stéphanie avec nous pour son apprentissage,

Attentive à bien faire et à nous dorloter

Pour nous garder au monde en meilleure santé.

Béni l’ange Rénathe, amoureuse du rose,

Dentelles sur ébène à nous mettre en émoi,

Furtive apparition qui ne pèse ou qui pose,

Et son rire éclatant à vous donner des joies.

Et je n’oublierai pas la DS Anissa

Qui vient quand on l’appelle apporter son sourire

Aux dialysés flapis vivant couci-couça

Qui sortent requinqués d’avoir frôlé le pire.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

Heureux le dialysé qui sort de son sommeil

Et trouve devant lui des biscuits et de l’eau.

Tant de petits bonheurs et de petits cadeaux,

Qui lui tombent du ciel ainsi que des merveilles.

Car tantôt Fatima ou tantôt Saadia

Anges des petits soins et de grande attention

Aux patients dont la vie est à hue et à dia,

Apportent chaque jour l’heureuse collation,

Et sont vues pour cela comme des cendrillons.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

*

Merci à l’inventeur des robots dialytiques,

Grâce à lui notre temps de vie est prolongé,

Même si nous avons des airs mélancoliques

De savoir que demain tout peut être changé.

Et merci au grand parc ouvert comme un écran

Où les arbres géants jouent les quatre saisons

Sous nos yeux attentifs à leur haute leçon

Qui est d’être debout quand le corps nous descend.

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

 

Et qui donc dans tout ça veille à bleuir nos ciels,

Si présent par l’absence et dieu à temps partiel,

Le seigneur du néphron, soigneur des souffreteux,

Apportant l’évangile au cours de ses passages,

A chaque déglingué enfermé dans sa cage,

Dont chaque apparition touche au miraculeux,

Et qui transforme en miel le malheur dialytique

Pour remettre debout nos corps paralytiques ?

*

Dehors les arbres grands veillent sur nous couchés

Et nos sangs soutirés sont rendus lessivés.

*

20 janvier 2019

La Pomponette

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 7:13
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Té, elle est revenue la Pomponette, dis !

Elle avait le feu au derrière, bien sûr.

C’est naturel.

Ca fait oublier les amis, le feu au derrière.

Surtout quand les amis ont besoin de leurs amis,

Quand leurs amis frôlent la mort,

Une fois, deux fois, trois fois…

Et jamais la Pomponette pour s’en inquiéter,

Là où elle était.

Il est vrai que quand on est à l’autre bout du monde,

Internet ça ne marche pas toujours. Et même jamais.

Et puis quand on a le feu au derrière,

On n’a pas le temps de penser à ceux qui meurent à petit feu.

C’est comme ça.

C’est la vie.

Mais heureusement, il y a des retours de flamme.

Alors la Pomponette se dit : Tiens ! Tiens !

Mais ça alors, il existe toujours, le bougre ?

On me l’a dit hier.

Il existe encore puisque je n’ai pas assisté à son enterrement.

Donc il a survécu, cet ami.

Cet ami si lointain,

Celui qui revient au bout de l’oubli.

Celui qui pointe son bout du nez au bout de votre oubli.

Alors, comme il vous reste un bout de curiosité,

Je n’ai pas dit un bout d’amitié, non.

Ni un bout de chandelle, non.

Vous vous dites : comment faire pour me faire pardonner ?

Comment faire pour recoller les morceaux cassés ?

Mais est-ce que ça se recolle la déception ?

Est-ce que ça repousse les fleurs quand le désert est venu ?

Non, ça ne se recolle pas et ça ne repousse pas.

Comme tous vos amis d’hier qui ont disparu

Depuis que vous êtes considéré comme presque mort.

Ces amis qui vous collaient à la peau

Et qui ont préféré fumer leur vie

plutôt que d’avoir un mot, un mot gentil, un petit mot d’amitié

Envers celui qui en avait le plus besoin

Dans un moment où il était tout seul avec sa pauvre vie en train de mourir,

Où il attendait que ses amis lui donnent de l’énergie

Pour se maintenir dans l’existence,

Pour se battre contre la non existence,

Pour adoucir ses aliénations,

Trois fois par semaine cloué à son lit de misère durant quatre heures

Avec une machine collée à son bras à lui lessiver le sang…

Rien que pour survivre.

Mais survivre, ce n’est pas seulement avec une machine

Qu’on survit.

On survit avec de l’amitié.

Et quand l’amitié vous oublie,

Qu’est-ce qu’il vous reste pour survivre ?

Rien.

Sauf d’autres amis qui surgissent brusquement.

Des amis que vous ne soupçonniez pas.

Qui vous  tiennent la tête hors de l’eau,

Chaque jour, par des mots, des petits mots d’amitié,

Comme s’ils vous transmettaient leur énergie de personne en bonne santé

A vous qui en avez de moins en moins.

Ils sont là,

EUX.

Mais les amis, même les amis de votre enfance,

Ils n’ont pas assez d’amitié enfantine pour vous soutenir dans l’adversité.

Alors le vase brisé ne se recolle plus.

Et la Pomponette a beau pleurer et miauler qu’elle vous aime,

C’est trop tard.

L’amitié brisée ne se recolle plus.

21 mars 2018

L’attente

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 2:00

http://www.metmuseum.org/art/collection/search/436004

La Femme à la vague  de Gustave Courbet

(1868,  65,4 × 54 cm) Metropolitan Museum of Art à New York

*

*

*

Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants 

Tant j’ai l’âme enfermée au deuil des jours perdus 

J’entends en moi la voix de qui fut mon amant 

Et le temps n’est qu’attente  à  son temps suspendu

20 mars 2018

Je pense à toi Bruno

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 1:14
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Je pense à toi Bruno

Parti hier
Et toujours à toi aujourd’hui
Tant d’années que
Tant d’années
Parti en aveugle aux ténèbres
Trop tôt
Impréparé et maudit
Mais si calme sous les crocs de l’abîme
Tandis que le ravage
déjà
Infestait les champs verts de nos mondes
Parti
Docile à la soie du silence
A l’insu de tous
Avant nous qui trainons dans la faim
D’un dieu en nous inaccessible
Parti nu
Parti sans
Parti dans un corps
Qui trahit le chant des amours fous
Toi si librement aimant
Qui finis par mourir foudroyé
Tes joies étaient impassibles
Tant pesait sur tes désirs
Le mépris des imbéciles
Ces frères de sang que tu chérissais
Malgré le déshonneur de leurs lâchetés
Toi si désargenté que tu devais mesurer
Ton existence
Où es-tu maintenant
Dans quelle obscure lumière
Dans quelle révélation brutale
Qui sait
Dans quel amour
Que nul ne put te donner
Ni tes pairs ni tes mères ni moi
Alors que tu vivais
Loin des tiens parmi nous
Poisson volant au risque des poisons
Personne ne sut où tu finis en terre
Dans quel endroit anonyme tombé
Je te vois encore
Cherchant à tâtons sur ton lit
La lampe
Destinée à blanchir
La chute qui devait te pendre

**
11-13 /3/2018 hôpital de Corbeil

9 mars 2018

Atteindrons nous les fleurs

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 5:16

Atteindrons nous les fleurs
Au dela de nos peines
Au delà des morts
Des haines
Où vont les ténèbres de la maladie
Vers la paix des chairs les paradis
Vers les paradis

Tu es né sous des signes maudits
Les signes de la guerre
Tu as gardé le rire amer
De ceux qu’on nie en leur  humanité
Ta vie entière ainsi
À ressasser le rance et le roussi
Ces crimes ne mourront pas de tes combats

Chaque jour que le corps se démaille
Sur le fil du rasoir tu survis
Le salut vient après l’urgence
Après l’angoisse est le sursis
Mais l’âge épuise le temps
Et l’espoir que se taisent les chairs
Après qu’ils t’auront rendu fou

23 février 2018

Rideau noir

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 10:21

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Rideau noir sur les arbres

En vol vers le ciel bleu

Ténèbres sur la vue

Fin du monde si vieux

Et le vivre défunt

Infinitivement

21 février 2018

Insomnie

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 10:56

 

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( de Donatella Marraoni)

*

Avec la nuit les démons viennent

C’est le bruit de la nuit le même

Dieu de mes insomnies

Qui me ronge le sang à vie

 

 

17 février 2018

Or la joie et le cœur

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 5:25

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( de William Blake)

*

Or la joie et le cœur

Grisé d’immeubles gris

Hors le vide et la mort

Grimés du pieux gri-gri

 

Des vieilles religions

Soumis j’étais perdu

Dépendant de légions

Souvenir de pendu

 

Démons des maladies

Déminés et maudits

Vous n’aurez pas ma peau

 

Je veux la joie et le cœur

Jeux d’amour contre peur

Voué à vivre haut

15 février 2018

Aux marges de la mer

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 8:25

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Qui je fus sur ta peau comme un ver qui vibrait

A chercher sa raideur sous le feu noir de l’homme

Mol émoi en désir d’insondable absolu

Qui barattait mon sang amoureux de ton sang

Jusqu’au point culminant où la cime est éclat

J’étais comme un cheval au galop sur la plage

Aux marges de la mer et aux rives du sable

14 février 2018

Mon corps ne le connais

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:48

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( de Pawel Kuczynsky)

 

Mon corps ne le connais

Que ces cris qu’il m’arrache

La nuit dans mes draps seul

Le jour dans mes silences

L’esprit ailé de ma jeunesse

A fondu dans le plomb

Las d’espérer le grand air

De survivre au déclin

Grand large des mers et des cimes

Souffle dans mes voiles malades

Vers où tu voudras que je sois

 

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