Ecrittératures

23 janvier 2019

Scènes de ménage (13)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:28

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Edmond : (rentrant dans l’appartement avec quelque chose sous sa veste)

Georgette : Qu’est-ce que tu me caches encore ?

Edmond : Tu devineras jamais. Mais tu ne vas pas te mettre en colère, hein ? Il faut savoir sauver des vies de temps en temps.

Georgette : Montre !

Edmond : Regarde si c’est pas mignon !

Georgette : Un chaton ! Oui, il est mignon. Mais va le remettre où tu l’as trouvé. Il va semer des poils partout.

Edmond : Malheureuse ! Tu veux rendre un orphelin à sa condition d’orphelin ?

Georgette : Orphelin ou pas, je veux pas de ça chez moi.

Edmond : Regarde ! Il a le poil blanc et les yeux bleus.

Georgette : Oui, il est beau.

Edmond : Il te fait pas pitié ? Et puis ça nous ferait une compagnie. Voyons Georgette, fais ça pour moi au moins !

Georgette : Un chat chez nous. Tu as pensé à la dépense ? Croquettes, vétérinaire, litière, etc…

Edmond : On a de quoi, non ? Et puis, c’est propre un chat.

Georgette : Oui, mais ça se trouve, nous allons mourir avant lui et il va retourner à la rue.

Edmond : On tiendra, Georgette. On tiendra.

Georgette : Et comment veux-tu l’appeler ? Pas Kiki au moins.

Edmond : Non, pas Kiki. Mais je verrai bien Fuki.

Georgette : C’est un mot japonais ça ?

Edmond : Oui, et je l’ai appris dans le journal ce matin. Ça veut dire indépendant, esprit libre. Un peu comme nous, quoi ?

Georgette : Bon, alors va pour Fuki. Et maintenant redescend acheter des croquettes et prends rendez-vous avec le vétérinaire.

Edmond : Tant que ça ?

Georgette : Tu voulais un chat, non ?

12 janvier 2019

Scènes de ménage (12)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 3:15

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Raymond : Tu crois qu’il va pleuvoir aujourd’hui ?

Guéguette : Qui sait ?

Raymond : Parce que si je dois aller chercher le pain, vaut mieux pas.

Guéguette : Et le parapluie, ça sert à quelque chose, non ?

Raymond : Oui, mais c’est encombrant. Mouiller son parapluie et rentrer avec ce machin qui pisse partout.

Guéguette : Donc si j’ai bien compris, pas de pain.

Raymond : A moins que…

Guéguette : Ah non ! Merci.

Raymond : Dans le temps, j’y allais avec Kiki. Et la boulangère l’aimait beaucoup.

Guéguette : Et…

Raymond : Et je lui disais : «  Deux miches s’il vous plait ! » Elle n’a jamais pigé. C’était subtil pourtant, non ?

Guéguette : Une fois, elle a quand même commis un lapsus.

Raymond : Une braguette ? qu’elle a fait, dis donc. J’en ai rougi pour elle.

Guéguette : Tu as même regardé si la tienne était ouverte.

Raymond : Et ?

Guéguette : Et oui. Elle l’était.

Raymond : Alors que si j’avais eu le parapluie, j’aurais pu le mettre devant… Dans le fond, je vais prendre le parapluie. Si des fois il m’arrivait un truc comme ça.

Guéguette : Tu sais l’ouvrir au moins.

Raymond : Voyons Guéguette. Un peu de décence, hein ? Un peu de décence…

11 janvier 2019

Scènes de ménage (11)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:36

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Raymond : (Regardant Guéguette par derrière). Tout s’affaisse… Tout s’affaisse…

Guéguette : Quoi, mes fesses ? Elles te déplaisent ?

Raymond : Je faisais un constat. Rien de plus.

Guéguette : C’est-à-dire ?

Raymond : Je te trouve moins haut du derrière de jour en jour. Et je disais : tout s’affaisse. Et non : tout ça fesses ? Ce qui ne voudrait rien dire.

Guéguette : Chez toi aussi d’ailleurs. Ta canne à pèche commence à toucher l’eau.

Raymond : Plus bas que ça, Guéguette. Elle plonge.

Guéguette : Ah, il est loin le temps où tu avais du nerf à la castagne. Ta matraque toujours levée.

Raymond : Ah oui ! Et j’en ai mis des coups. Et puis, tu es venue.

Guéguette : Tu regrettes ?

Raymond : Non. Mais j’aimais l’adversité dans la diversité.

Guéguette : Ça ne t’a pas empêché de fourrer ton bâton ici ou là.

Raymond : C’est bien ce que je dis : l’adversité dans la diversité.

Guéguette : Et tu rentrais que tu en voulais encore.

Raymond : Qu’est-ce que tu vas chercher ? Un homme, c’est un homme après tout.

Guéguette : Faut s’y faire.

Raymond : Oui, faut s’y faire. D’ailleurs, un homme, c’est toujours difficile à supporter. Surtout quand c’est lui qui doit supporter ce qu’il est.

Guéguette : C’est vrai, le jeun sexuel, c’est difficile à tenir.

Raymond : C’est insupportable, Guéguette. Insupportable.

Guéguette : Mais il faut ce qu’il faut.

Raymond : Juste.

Guéguette : Sacré Raymond. Bon flic, bon genre…

9 janvier 2019

Scènes de ménage (10)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 11:58

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Raymond : Ah ! Tu arroses les plantes de la jardinière. C’est bien ma poule.

Guéguette : Je suis bien obligée puisque tu m’as prévenue solennellement que tu serais un mari désengagé de toute responsabilité jardinière…

Raymond : Oui, je suis fier de cette expression, d’ailleurs. Comme il y a des écrivains engagés, il y en a d’autres qui professent le désengagement. Il en faut, Guéguette. Il en faut.

Guéguette : Oui, mais avec un mari qui se désengage d’arroser les fleurs, ou c’est la femme qui le fait ou les fleurs crèvent sur pied. Car imagine si je me désengageais moi aussi…

Raymond : C’est beau les fleurs au balcon quand même, surtout au printemps.

Guéguette : Tu n’as aucune pitié pour ces fleurs, toi ? Aucune.

Raymond : Mais Guéguette, c’est de moi que j’ai pitié. Pitié pour celui qui devrait se lever chaque matin avec l’obligation de penser aux fleurs ! Déjà que je dois penser à mon café.

Guéguette : Oui, c’est vrai. C’est vrai qu’un flic, ça pense pas au-delà de ce qu’il doit penser. Ça fait son devoir, rien que son devoir, quitte à casser du manifestant.

Raymond : Là, tu vas trop loin, Guéguette.

Guéguette : Dans le fond, tu n’es qu’un flic désengagé. Un automate quoi.

Raymond : C’est ça. Mais un flic à la retraite tout de même et qui l’a bien méritée.

Guéguette : Si tout le monde était désengagé comme toi, mais où irait-on ?

Raymond : N’ont qu’à crever ! J’m’en fous.

Guéguette : Ah il est beau le désengagement de monsieur Raymond, j’ te jure !

8 janvier 2019

Scènes de ménage (9)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 11:40

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Guéguette : Ben ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as l’air absent.

Raymond : Il m’arrive… Il m’arrive que je n’y arrive plus…

Guéguette : Tu vieillis, c’est normal.

Raymond : On vieillit, Guéguette ! On veillit…

Guéguette : En attendant, bois ton café. On verra après.

Raymond : Ça fait vieillir le café ?

Guéguette : Ça ou autre chose ?

Raymond : Tout fait vieillir. Même le temps.

Guéguette : Ah ! Lui, c’est sûr…

Raymond : Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Guéguette : Bois donc ton café. Je dois laver les tasses avant de faire les courses….

Scènes de ménage (8)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 4:08

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Raymond : ( Devant la fenêtre ouverte) Tiens, vu comme ça, on est le 24 avril.

Guéguette : Mais comment tu sais ça ?

Raymond : Regarde en bas. Les Arméniens manifestent. C’est toujours un 24 avril.

Guéguette : Ah bon ! Et pourquoi un 24 avril ?

Raymond : Va savoir. Et il marche toujours dans la même direction dis donc…

Guéguette : Et ils vont où ?

Raymond : Sais pas. A ce qui paraît, c’est devant l’ambassade de Turquie. Comme dans le temps où j’étais flic. Mais on les arrêtait avant. C’est qu’ils avaient de la colère à revendre. Les vieux, les petits, les femmes, les chiens… Tout ça défilait.

Guéguette : En tout cas, aujourd’hui, ça en fait du monde.

Raymond : Oui. D’année en année ça augmente.

Guéguette : Mais ils ont bien une raison de marcher pour le faire chaque année ?

Raymond : Génocide à ce qu’il paraît.

Guéguette : Gé quoi ?

Raymond : Génocide Guéguette. Ah ça me revient ! Ils vont vers l’ambassade de Turquie parce que les Turcs les ont massacrés et qu’ils disent aujourd’hui que c’est pas vrai.

Guéguette : Ben, ils sont encore là puisqu’ils manifestent.

Raymond : Oui mais à l’époque ça a dû être assez terrible. Et puis c’est pas parce qu’on massacre les moutons qu’il n’y en a plus.

Guéguette : C’est vrai. Mais au moins massacrer les moutons, c’est une religion.

Raymond : Et pour les Arméniens probablement aussi.

Guéguette : Bon tu m’excuseras, mais je dois éteindre le four.

Raymond : Va Guéguette ! Va ! Éteins ton four… Éteins ton four…

6 janvier 2019

Scènes de ménage (7)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 5:57

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Guéguette : Au fait, Jean-Pierre ne devait pas nous rendre visite hier ?

Raymond : Oui. Quand il nous a téléphoné pour nous dire qu’il venait il était sur le point de franchir sa porte.

Guéguette : Et alors ? Il aurait dû être là, non ?

Raymond : Oui. Il aurait dû.

Guéguette : Entre-temps, il est peut-être allé au bordel et il nous aura oubliés.

Raymond : Au bordel ? Mais encore faut-il pouvoir, à nos âges ?

Guéguette : Tu voudrais pas qu’il ait succombé à une syncope pendant la manœuvre ! Hé ! Hé !

Raymond : Qui sait ?

Guéguette : C’est pas comme toi, mon Raymond. Toi, tu as encore de quoi tenir la course. J’en sais quelque chose…

Raymond : Encore, oui. Mais pour combien de temps ?

Guéguette : Qui sait ?

Raymond : Oui qui sait ?

Guéguette : En attendant, c’est toujours ça de pris.

Raymond : Coquine, va !

5 janvier 2019

Scènes de ménage (6)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:29

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Raymond regarde par la fenêtre.

Raymond : Guéguette ! Viens vite ma poule ! Y a de la manif dans notre rue, dis donc.

Guéguette : Oui, ce sont les gilets jaunes. Ils en parlent à la télé.

Raymond : Sauf qu’ils manifestent dans le calme. Pas de quoi fouetter un chat. Sinon, c’est à coup de matraque qu’on aurait dispersé tout ça nous dans le temps.

Guéguette : Sauf qu’aujourd’hui, ils répliquent. Comme en 68.

Raymond : Ah tu manifestais en 68 ?

Guéguette : Ben oui. Comme tout le monde. J’ai dû jeter des cailloux sur les flics. Comme tout le monde.

Raymond : Il se trouve que tu en as même jeté sur moi. On se connaissait à l’époque ?

Guéguette : Je crois, oui.

Raymond : Mais alors tu as fait ça sans m’en parler ?

Guéguette : Tiens il y a même des vieux parmi les gilets jaunes.

Raymond : Oh tu as raison. Allez-y les gars !

Une voix de la rue : Tu descends manifester avec nous ?

Raymond : Heu ! non ! J’ai du mal à marcher. Arthrose…

Guéguette : Pfeu ! D’où tu sors ça ?

Raymond : Tais-toi Guéguette. S’ils nous entendaient. (S’adressant aux manifestants ) De tout cœur avec vous ! On vous soutient !

Guéguette : C’est ça ! Ah ! Comme menteur ! (Voulant parler aux manifestants, Raymond la retient et ferme la fenêtre.

Raymond : Tu trahis ton mari, maintenant ? On aura tout vu.

Guéguette : Oui, mais moi je ne trahis pas ma jeunesse.

Raymond : Ta jeunesse… Ta jeunesse…

Guéguette : Oui ma jeunesse.

Raymond : Ne trahis pas la blanquette de veau, ça vaut mieux que ta jeunesse. Ta jeunesse…

4 janvier 2019

Scènes de ménage (5)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:24

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Guéguette : Raymond, je ne retrouve plus mon couteau. Tu sais bien, le grand avec un manche noir.

Raymond : Pas si fort, malheureuse ! On pourrait nous entendre.

Guéguette : Ah bon ! Et mon couteau alors ? Tu sais où il est ?

Raymond : Caché.

Guéguette : Caché ? Mais pourquoi ?

Raymond : Imagine qu’un cambrioleur pénètre chez nous en notre présence et qu’il nous ligote… Il faudra bien qu’on se délivre quand il nous aura laissés seuls, ficelés sur une chaise.

Guéguette : Ah ! Et comment comptes-tu nous délivrer ?

Raymond : En coupant les cordes ?

Guéguette : Et ?

Raymond : Et c’est pour ça que j’ai caché le couteau. Réfléchis, Guéguette ! Réfléchis…

Guéguette : Et où tu l’as caché ce couteau ? En attendant je pourrais peut-être m’en servir.

Raymond : Bonne question. Où est-ce que j’ai bien pu le cacher ?

3 janvier 2019

Scènes de ménage (4)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:35

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Ils sont sur le canapé. La télévision fonctionne. Guéguette tricote et Raymond lit son journal.

Télévision : En 2019, le pouvoir d’achat va augmenter.

Guéguette éteint la télévision.

Guéguette : Tu as entendu ?

Raymond : Hein ! Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

Guéguette : A ce qu’il paraît, en 2019 le pouvoir des chats va augmenter.

Raymond : Oh putain ! Et on est en 2019. J’aime pas ça Guéguette, j’aime pas ça.

Guéguette : Et comment ! Moi non plus…

Raymond : D’abord, ne pas paniquer. Restons calmes. Question : Combien avons-nous de chats dans l’immeuble ?

Guéguette : Le chat de madame Suchet. Celui du troisième. Et je crois que la vieille fille du dernier en a au moins trois. Qu’est-ce qu’on fait ?

Raymond : On résiste, Guéguette. On résiste comme en 40.

Guéguette : Et en faisant quoi ?

Raymond : Tu imagines si les chats nous obligeaient à traquer les souris ? Il faudrait se mettre à quatre pattes. Et à nos âges, ça risque de faire des dégâts.

Guéguette : Toi et moi à quatre pattes ? Ah ça non !

Raymond : C’est que c’est rusé un chat. Il faut résister avec doigté.

Guéguette : Bien, mais comment ?

Raymond : Je ne vois rien d’autre que des attentats.

Guéguette : Des attentats contre des chats ?

Raymond : On leur file de la mort aux rats mélangé à de la pâtée.

Guéguette : Et s’ils nous obligent à la manger avant.

Raymond : C’est à envisager bien sûr. En tout cas, il faut s’en débarrasser. Sinon il n’y a plus de république, Guéguette, plus de république.

Guéguette : Alors, va pour les attentats.

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