Ecrittératures

19 mai 2020

Scènes de ménage (14)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 6:00

Bon anniversaire, Denis !

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Raymond : Dis donc, Guégette, aujourd’hui 19 mai, ça me dit quelque chose.

Guéguette : Ah bon ! C’est le jour où tu dois aller chercher le pain.

Raymond : En plein coronavirus ? Tu n’y penses pas. D’ailleurs, la boulangère on dirait qu’elle tousse des miches.

Guéguette : Comment ça ?

Raymond : Ben, elle me paraît bizarre.

Guéguette : Tu passes derrière le comptoir pour voir ses miches tousser ?

Raymond : Qu’est-ce que tu vas chercher. Non, mais aujourd’hui, y a quelque chose. Maintenant quoi ?

Guéguette : Va savoir.

Raymond : On n’enterre pas un de nos vieux ? Des fois que le virus lui aurait fait la peau ?

Guéguette : Les vieux ça ne court pas les rues par les temps qui courent. Comme nous.

Raymond : Même que dans les rues on a vu passer des lapins hier.

Guéguette : C’est le monde à l’envers. Pendant que les lapins gambadent, les hommes se cachent dans leur terrier.

Raymond : C’est la fin du monde, Guéguette. C’est la fin du monde. Après nous avoir confinés dans nos appartements, ils vont nous confiner dans un hôpital avant de nous confiner dans un caveau. Cette fois on aura bien divorcé, ma poule.

Guéguette : Toi qui attends ça avec impatience.

Raymond : Tu imagines le silence ? Mais ça ne nous dit pas pourquoi ce jour sonne comme un jour spécial.

Guéguette : Sonne le glas, tu veux dire.

Raymond : Sonnent le glas des glaouis… Oui.

Guéguette : Ton battant de cloche ne sonne plus le bourdon, en tout cas.

Raymond : Oh toi, avec ta boite toujours fermée !

Guéguette : Oh toi avec ton ouvre-boite tout ramollo !

Raymond : C’est ça la fin du monde, Guéguette. La fin du monde pour chaque homme, c’est la fin de la quiquette.

Guéguette : Et pour chaque femme, aussi.

Raymond : Ah ça y est. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Denis.

Guéguette : Denis … Denis … C’est qui ce Denis ?

Raymond : Ah, mais tu ne peux pas savoir. On se rencontre chez la boulangère et on discute sur ses miches. On palabre quoi. Et alors on se raconte nos histoires de miches. C’est que Denis, il en vu des miches. Et même qu’il a fait le tour de l’Asie pour ça.

Guéguette : Dans sa jeunesse, tu veux dire.

Raymond : Il m’a même dit qu’il en a pris à pleines mains mais qu’elles ne se sont pas laissées emporter.

Guéguette : C’est normal. Les miches se prêtent, mais ne se donnent pas.

Raymond : Et ça nous rend nostalgiques, nous les hommes.

Guéguette : Et qu’est-ce que tu vas faire pour l’anniversaire de Denis ?

Raymond : Finalement, c’est moi qui irai chez la boulangère. On va bien se marrer.

Guéguette : Pourquoi ?

Raymond : On aime lui dire : Deux miches madame la boulangère ! Elle n’apprécie pas vraiment. Mais elle nous prend pour des gamins qui ont l’âge de jouer au docteur.

Guéguette : Eh bien vas-y si tu veux te faire plaisir !

Raymond : Deux miches pour mon ami Denis madame la boulangère !

Guéguette : Bon anniversaire Denis, tu lui diras de ma part. Même si je ne suis pas boulangère.

23 janvier 2019

Scènes de ménage (13)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:28

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Edmond : (rentrant dans l’appartement avec quelque chose sous sa veste)

Georgette : Qu’est-ce que tu me caches encore ?

Edmond : Tu devineras jamais. Mais tu ne vas pas te mettre en colère, hein ? Il faut savoir sauver des vies de temps en temps.

Georgette : Montre !

Edmond : Regarde si c’est pas mignon !

Georgette : Un chaton ! Oui, il est mignon. Mais va le remettre où tu l’as trouvé. Il va semer des poils partout.

Edmond : Malheureuse ! Tu veux rendre un orphelin à sa condition d’orphelin ?

Georgette : Orphelin ou pas, je veux pas de ça chez moi.

Edmond : Regarde ! Il a le poil blanc et les yeux bleus.

Georgette : Oui, il est beau.

Edmond : Il te fait pas pitié ? Et puis ça nous ferait une compagnie. Voyons Georgette, fais ça pour moi au moins !

Georgette : Un chat chez nous. Tu as pensé à la dépense ? Croquettes, vétérinaire, litière, etc…

Edmond : On a de quoi, non ? Et puis, c’est propre un chat.

Georgette : Oui, mais ça se trouve, nous allons mourir avant lui et il va retourner à la rue.

Edmond : On tiendra, Georgette. On tiendra.

Georgette : Et comment veux-tu l’appeler ? Pas Kiki au moins.

Edmond : Non, pas Kiki. Mais je verrai bien Fuki.

Georgette : C’est un mot japonais ça ?

Edmond : Oui, et je l’ai appris dans le journal ce matin. Ça veut dire indépendant, esprit libre. Un peu comme nous, quoi ?

Georgette : Bon, alors va pour Fuki. Et maintenant redescend acheter des croquettes et prends rendez-vous avec le vétérinaire.

Edmond : Tant que ça ?

Georgette : Tu voulais un chat, non ?

12 janvier 2019

Scènes de ménage (12)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 3:15

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Raymond : Tu crois qu’il va pleuvoir aujourd’hui ?

Guéguette : Qui sait ?

Raymond : Parce que si je dois aller chercher le pain, vaut mieux pas.

Guéguette : Et le parapluie, ça sert à quelque chose, non ?

Raymond : Oui, mais c’est encombrant. Mouiller son parapluie et rentrer avec ce machin qui pisse partout.

Guéguette : Donc si j’ai bien compris, pas de pain.

Raymond : A moins que…

Guéguette : Ah non ! Merci.

Raymond : Dans le temps, j’y allais avec Kiki. Et la boulangère l’aimait beaucoup.

Guéguette : Et…

Raymond : Et je lui disais : «  Deux miches s’il vous plait ! » Elle n’a jamais pigé. C’était subtil pourtant, non ?

Guéguette : Une fois, elle a quand même commis un lapsus.

Raymond : Une braguette ? qu’elle a fait, dis donc. J’en ai rougi pour elle.

Guéguette : Tu as même regardé si la tienne était ouverte.

Raymond : Et ?

Guéguette : Et oui. Elle l’était.

Raymond : Alors que si j’avais eu le parapluie, j’aurais pu le mettre devant… Dans le fond, je vais prendre le parapluie. Si des fois il m’arrivait un truc comme ça.

Guéguette : Tu sais l’ouvrir au moins.

Raymond : Voyons Guéguette. Un peu de décence, hein ? Un peu de décence…

11 janvier 2019

Scènes de ménage (11)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:36

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Raymond : (Regardant Guéguette par derrière). Tout s’affaisse… Tout s’affaisse…

Guéguette : Quoi, mes fesses ? Elles te déplaisent ?

Raymond : Je faisais un constat. Rien de plus.

Guéguette : C’est-à-dire ?

Raymond : Je te trouve moins haut du derrière de jour en jour. Et je disais : tout s’affaisse. Et non : tout ça fesses ? Ce qui ne voudrait rien dire.

Guéguette : Chez toi aussi d’ailleurs. Ta canne à pèche commence à toucher l’eau.

Raymond : Plus bas que ça, Guéguette. Elle plonge.

Guéguette : Ah, il est loin le temps où tu avais du nerf à la castagne. Ta matraque toujours levée.

Raymond : Ah oui ! Et j’en ai mis des coups. Et puis, tu es venue.

Guéguette : Tu regrettes ?

Raymond : Non. Mais j’aimais l’adversité dans la diversité.

Guéguette : Ça ne t’a pas empêché de fourrer ton bâton ici ou là.

Raymond : C’est bien ce que je dis : l’adversité dans la diversité.

Guéguette : Et tu rentrais que tu en voulais encore.

Raymond : Qu’est-ce que tu vas chercher ? Un homme, c’est un homme après tout.

Guéguette : Faut s’y faire.

Raymond : Oui, faut s’y faire. D’ailleurs, un homme, c’est toujours difficile à supporter. Surtout quand c’est lui qui doit supporter ce qu’il est.

Guéguette : C’est vrai, le jeun sexuel, c’est difficile à tenir.

Raymond : C’est insupportable, Guéguette. Insupportable.

Guéguette : Mais il faut ce qu’il faut.

Raymond : Juste.

Guéguette : Sacré Raymond. Bon flic, bon genre…

9 janvier 2019

Scènes de ménage (10)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 11:58

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Raymond : Ah ! Tu arroses les plantes de la jardinière. C’est bien ma poule.

Guéguette : Je suis bien obligée puisque tu m’as prévenue solennellement que tu serais un mari désengagé de toute responsabilité jardinière…

Raymond : Oui, je suis fier de cette expression, d’ailleurs. Comme il y a des écrivains engagés, il y en a d’autres qui professent le désengagement. Il en faut, Guéguette. Il en faut.

Guéguette : Oui, mais avec un mari qui se désengage d’arroser les fleurs, ou c’est la femme qui le fait ou les fleurs crèvent sur pied. Car imagine si je me désengageais moi aussi…

Raymond : C’est beau les fleurs au balcon quand même, surtout au printemps.

Guéguette : Tu n’as aucune pitié pour ces fleurs, toi ? Aucune.

Raymond : Mais Guéguette, c’est de moi que j’ai pitié. Pitié pour celui qui devrait se lever chaque matin avec l’obligation de penser aux fleurs ! Déjà que je dois penser à mon café.

Guéguette : Oui, c’est vrai. C’est vrai qu’un flic, ça pense pas au-delà de ce qu’il doit penser. Ça fait son devoir, rien que son devoir, quitte à casser du manifestant.

Raymond : Là, tu vas trop loin, Guéguette.

Guéguette : Dans le fond, tu n’es qu’un flic désengagé. Un automate quoi.

Raymond : C’est ça. Mais un flic à la retraite tout de même et qui l’a bien méritée.

Guéguette : Si tout le monde était désengagé comme toi, mais où irait-on ?

Raymond : N’ont qu’à crever ! J’m’en fous.

Guéguette : Ah il est beau le désengagement de monsieur Raymond, j’ te jure !

8 janvier 2019

Scènes de ménage (9)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 11:40

Guéguette : Ben ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as l’air absent.

Raymond : Il m’arrive… Il m’arrive que je n’y arrive plus…

Guéguette : Tu vieillis, c’est normal.

Raymond : On vieillit, Guéguette ! On veillit…

Guéguette : En attendant, bois ton café. On verra après.

Raymond : Ça fait vieillir le café ?

Guéguette : Ça ou autre chose ?

Raymond : Tout fait vieillir. Même le temps.

Guéguette : Ah ! Lui, c’est sûr…

Raymond : Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Guéguette : Bois donc ton café. Je dois laver les tasses avant de faire les courses….

Scènes de ménage (8)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 4:08

Raymond : ( Devant la fenêtre ouverte) Tiens, vu comme ça, on est le 24 avril.

Guéguette : Mais comment tu sais ça ?

Raymond : Regarde en bas. Les Arméniens manifestent. C’est toujours un 24 avril.

Guéguette : Ah bon ! Et pourquoi un 24 avril ?

Raymond : Va savoir. Et il marche toujours dans la même direction dis donc…

Guéguette : Et ils vont où ?

Raymond : Sais pas. A ce qui paraît, c’est devant l’ambassade de Turquie. Comme dans le temps où j’étais flic. Mais on les arrêtait avant. C’est qu’ils avaient de la colère à revendre. Les vieux, les petits, les femmes, les chiens… Tout ça défilait.

Guéguette : En tout cas, aujourd’hui, ça en fait du monde.

Raymond : Oui. D’année en année ça augmente.

Guéguette : Mais ils ont bien une raison de marcher pour le faire chaque année ?

Raymond : Génocide à ce qu’il paraît.

Guéguette : Gé quoi ?

Raymond : Génocide Guéguette. Ah ça me revient ! Ils vont vers l’ambassade de Turquie parce que les Turcs les ont massacrés et qu’ils disent aujourd’hui que c’est pas vrai.

Guéguette : Ben, ils sont encore là puisqu’ils manifestent.

Raymond : Oui mais à l’époque ça a dû être assez terrible. Et puis c’est pas parce qu’on massacre les moutons qu’il n’y en a plus.

Guéguette : C’est vrai. Mais au moins massacrer les moutons, c’est une religion.

Raymond : Et pour les Arméniens probablement aussi.

Guéguette : Bon tu m’excuseras, mais je dois éteindre le four.

Raymond : Va Guéguette ! Va ! Éteins ton four… Éteins ton four…

6 janvier 2019

Scènes de ménage (7)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 5:57

Guéguette : Au fait, Jean-Pierre ne devait pas nous rendre visite hier ?

Raymond : Oui. Quand il nous a téléphoné pour nous dire qu’il venait il était sur le point de franchir sa porte.

Guéguette : Et alors ? Il aurait dû être là, non ?

Raymond : Oui. Il aurait dû.

Guéguette : Entre-temps, il est peut-être allé au bordel et il nous aura oubliés.

Raymond : Au bordel ? Mais encore faut-il pouvoir, à nos âges ?

Guéguette : Tu voudrais pas qu’il ait succombé à une syncope pendant la manœuvre ! Hé ! Hé !

Raymond : Qui sait ?

Guéguette : C’est pas comme toi, mon Raymond. Toi, tu as encore de quoi tenir la course. J’en sais quelque chose…

Raymond : Encore, oui. Mais pour combien de temps ?

Guéguette : Qui sait ?

Raymond : Oui qui sait ?

Guéguette : En attendant, c’est toujours ça de pris.

Raymond : Coquine, va !

5 janvier 2019

Scènes de ménage (6)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:29

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Raymond regarde par la fenêtre.

Raymond : Guéguette ! Viens vite ma poule ! Y a de la manif dans notre rue, dis donc.

Guéguette : Oui, ce sont les gilets jaunes. Ils en parlent à la télé.

Raymond : Sauf qu’ils manifestent dans le calme. Pas de quoi fouetter un chat. Sinon, c’est à coup de matraque qu’on aurait dispersé tout ça nous dans le temps.

Guéguette : Sauf qu’aujourd’hui, ils répliquent. Comme en 68.

Raymond : Ah tu manifestais en 68 ?

Guéguette : Ben oui. Comme tout le monde. J’ai dû jeter des cailloux sur les flics. Comme tout le monde.

Raymond : Il se trouve que tu en as même jeté sur moi. On se connaissait à l’époque ?

Guéguette : Je crois, oui.

Raymond : Mais alors tu as fait ça sans m’en parler ?

Guéguette : Tiens il y a même des vieux parmi les gilets jaunes.

Raymond : Oh tu as raison. Allez-y les gars !

Une voix de la rue : Tu descends manifester avec nous ?

Raymond : Heu ! non ! J’ai du mal à marcher. Arthrose…

Guéguette : Pfeu ! D’où tu sors ça ?

Raymond : Tais-toi Guéguette. S’ils nous entendaient. (S’adressant aux manifestants ) De tout cœur avec vous ! On vous soutient !

Guéguette : C’est ça ! Ah ! Comme menteur ! (Voulant parler aux manifestants, Raymond la retient et ferme la fenêtre.

Raymond : Tu trahis ton mari, maintenant ? On aura tout vu.

Guéguette : Oui, mais moi je ne trahis pas ma jeunesse.

Raymond : Ta jeunesse… Ta jeunesse…

Guéguette : Oui ma jeunesse.

Raymond : Ne trahis pas la blanquette de veau, ça vaut mieux que ta jeunesse. Ta jeunesse…

4 janvier 2019

Scènes de ménage (5)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:24

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Guéguette : Raymond, je ne retrouve plus mon couteau. Tu sais bien, le grand avec un manche noir.

Raymond : Pas si fort, malheureuse ! On pourrait nous entendre.

Guéguette : Ah bon ! Et mon couteau alors ? Tu sais où il est ?

Raymond : Caché.

Guéguette : Caché ? Mais pourquoi ?

Raymond : Imagine qu’un cambrioleur pénètre chez nous en notre présence et qu’il nous ligote… Il faudra bien qu’on se délivre quand il nous aura laissés seuls, ficelés sur une chaise.

Guéguette : Ah ! Et comment comptes-tu nous délivrer ?

Raymond : En coupant les cordes ?

Guéguette : Et ?

Raymond : Et c’est pour ça que j’ai caché le couteau. Réfléchis, Guéguette ! Réfléchis…

Guéguette : Et où tu l’as caché ce couteau ? En attendant je pourrais peut-être m’en servir.

Raymond : Bonne question. Où est-ce que j’ai bien pu le cacher ?

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