Ecrittératures

25 décembre 2018

Les 6 brèves du mois

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 8:27

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J’ai aimé un panzer

Qui étais-je

Fourmi sur un sumo

63

J’ai été immobile

Au coeur des vieux arbres tranquilles

De l’Arménie primaire

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Mon chat est de soie et de griffes

Il prend mais jamais ne se donne

Veille à dormir et rester vif

158

Ne lâche pas tes rêves Président Tu ne peux échouer

Demande les pleins pouvoirs au peuple

Ma grand-mère me demandait d’aider les plus faibles

151

La femme a des légèretés de plumes

Si vous soufflez sur son costume

Vous pourrez vous la voir à poils

147

Dans les crocs d’un crocodile

Je pleurais le charme des îles

Les sangs désespérés sont les sangs les plus beaux


Extrait de « Brèves de plaisanterie » de Denis Donikian,  Actual Art, 2017

Prix 15 euros (port compris)

Ecrire à Denis Donikian, 4 rue du 8 mais 1945, 91130 Ris-Orangis

ou denisdonikian@gmail.com

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18 décembre 2018

A ma mort, une dédicace vaudra de…

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:47

l’or…

Qui sait ?

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Profitez de cette fin d’année pour offrir l’Arménie à un de vos proches.

Des rencontres avec des personnes d’une grande pureté malgré leurs difficultés à vivre.

Un berger qui affronte les ours chaque nuit et des ours qui affronte un berger chaque nuit.

Un ancien avocat devenu pisciculteur et apiculteur.

Des vaches en train de faire un strip-tease.

Des femmes dont les maris sont partis travailler en Russie.

Des villageois vivant sur un ancien cimetière azéri.

Écoutez leur leçon d’humanité

Écoutez le pays profond de l’Arménie

Marchez avec lenteur dans des paysages où l’on pénètre rarement

Des paysages sublimes qui vous font vibrer

Marchez sous des ciels profonds, au milieu d’arbres intouchés

Des heures et des heures à chercher une église, une pierre gravée d’une écriture indéchiffrée,

Une pierre sur laquelle pendant des siècles sont venues des femmes stériles frotter leur ventre.

Pierre que même les Arméniens d’Arménie ne connaissent pas.

Des églises qui jaillissent du fond des siècles

dans des paysages taillés comme des joyaux par le temps et le soleil

Car telle est l’Arménie

Et ce livre vous l’offre

Alors offrez ce livre

Ou prenez-le en prévision de votre prochain voyage

20 euros avec carte et porte-folio, texte en bilingue français-arménien

Publié en Arménie avec l’aide du gouvernement d’Arménie

A commander chez Denis Donikian, 4 rue du 8 mais 1945,

91130 Ris-Orangis

Ou par mail : denisdonikian@gmail.com

12 décembre 2018

Paru dans les NAM

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 8:17

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5 décembre 2018

Le Sillon

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 1:32

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Par Viktoral

 


Je viens de terminer la lecture de ce récit révélateur sur l’état d’un pays en proie à un traumatisme profond.

Tout tourne autour d’un sujet qui se veut tabou mais devenant une obsession qui amène le pouvoir à un état de schizophrénie.

L’auteure nous révèle les faces cachées d’une société ambivalente, tantôt hospitalière et à la fois hostile.

La relation entre une française et son amant turc se perçoit comme d’une complexité similaire.

Au fil des chapitres, on découvre des détails ignorés du grand public, ou du moins, non écrits dans la presse.

La description des scènes de vie d’Istanbul est saisissante, on s’y croirait.

Il convient pour cela, de constater la précision et la qualité du récit narratif de Valérie Manteau.

Très vite, on entre dans le sujet principal du récit qui tourne autour de Hrant Dink, journaliste fondateur du journal Agos, abattu par un tueur le 19 janvier 2007.

L’auteure entend parler de cet homme au parcours atypique et cherche à comprendre le motif de sa fin brutale. Elle rencontre des hommes et des femmes qui lui apportent des réponses par bribes et en final, le lecteur est imprégné de son destin tragique.

Hrant Dink, l’arménien maudit, est présent tout au long du récit, mais pas seul.

Ils sont là, qui exilé, qui en prison qui en attente de jugement et d’autres dans la crainte d’une arrestation, telle une épée de Damoclès sur leur tête.

La ville d’Istanbul, si proche de l’Europe n’a pas pu devenir un lieu où la vie de chacun est respectée. Les manifestations populaires du parc Gezi en 2013, ont été réprimées très sévèrement.

Puis, il y a eu le putsch de juillet 2016 dont on ne connaît pas exactement les responsables.

Tout le pays est alors pris dans l’engrenage de la suspicion.

Et chaque voix discordante devient une expression : “terroriste”. Toutes et tous des terroristes, les Arméniens, les Grecs, les Juifs, les Kurdes, les Alévis, les Assyriens, tous ceux qui subsistent dans ce pays, qui ne doivent être que Turcs ou sinon, condamnés au silence.

Leur chef de file serait le prédicateur Gülen, réfugié aux Etats-Unis, l’ex camarade du président.

Un ouvrage reflète cette hantise : “La Turquie et le fantôme arménien” de Laure Marchand et Guillaume Perrier, deux journalistes ayant vécu là-bas pendant dix ans.

Hrant Dink était lucide et conscient du contexte dans lequel il vivait, où le danger était permanent. Mais un homme courageux comme lui ne se taisait pas car la liberté passe par celle de la parole. Il n’a aussi, jamais été dupe de la position calculée, adoptée par le parlement français reconnaissant le génocide arménien. Qui plus est l’autre volet rejeté, de sa pénalisation.

Sa principale préoccupation était d’instaurer un dialogue entre Turcs et Arméniens pour clarifier les événements durant le début du XX ième siècle. Tourner une page douloureuse en assumant le passé.

Mais il n’a pas réussi car ses ennemis ont décidé son élimination.

Son article sur Sabiha Gökçen, fille adoptive d’Atatürk qui serait une orpheline arménienne a probablement pesé lourd dans son assassinat commandité par les extrémistes de droite.

Le 19 janvier 2007, un jeune homme de dix-sept ans, l’abat devant son journal Agos, armé par des commendataires… qui ne seront jamais identifiés, ni arrêtés.

Agos en arménien, en français, “sillon”, est devenu le titre de ce livre.

Mais ce fut aussi un abîme qui s’est ouvert dans la société turque, prise de vertige dans le choc provoqué par ce crime.

Depuis, le fossé reste béant malgré tous les efforts des personnes cherchant un apaisement entre les communautés du pays.

Un passage révélateur dans le récit dit : “Hrant Dink a ouvert la boite de Pandore”.

Et combien ont découvert une ascendance arménienne ?

Elif Şafak, Fethiye Çetin et d’autres encore, telLEs celles et ceux du “Restes de l’épée”, livre de Laurence Ritter.

Aujourd’hui, plus de dix ans après, le pouvoir totalitaire a mis en place un système soi-disant “démocratique”, mais qui a toute l’apparence d’une dictature.

A leur tour, les Kurdes subissent la répression jadis appliquée aux Arméniens, parce que leur prétention à une certaine indépendance ou du moins à une autonomie, n’a aucune chance de voir le jour.

C’est pourquoi les politicienNes éluEs démocratiquement tel Sellahatin Demirtas sont enferméEs sous prétexte de “terrorisme” mot fourre-tout permettant de supprimer tout opposantE.

On élimine si ce n’est physiquement du moins, de liberté, toute présence jugée indésirable ou discordante.

Les motivations sont vite trouvées : Gülen, PKK, terrorisme et atteinte à la dignité de la Nation.

L’article 301 de la loi fatidique est plus que jamais opérationnel.

C’est ainsi que les prisons sont bourrées de personnes de tous horizons.

Journalistes, professeurEs, universitaires, écrivainEs, artistes, la liste est très (trop) longue.

D’autres sont encore sur le fil du rasoir, aux abois, exilés ou prêts à quitter le pays.

Toutes les pages du récit font référence à des personnes en proie à la peur et au désespoir.

Parmi eux, Ahmet  Atlan, journaliste, est cité comme étant en attente de jugement.

Il y a quelques jours la sentence est tombée : réclusion à perpétuité.

Comment peut-on condamner à vie, un journaliste, sous l’inculpation de “terrorisme” alors qu’il n’a pour arme que sa plume ?

C’est presque un aveu de fragilité d’un régime qui a peur des mots !

Une telle situation ne peut perdurer. La Turquie est trop proche de l’Europe pour sombrer dans le nihilisme. Elle a des ressources humaines et des citoyens conscients du danger pouvant résulter d’un tel totalitarisme.

Quand elle pourra se défaire de l’orgueil entretenu par ses dirigeants et concevoir la liberté de chaque être humain quel que soit son origine, sa croyance, sa sexualité, elle pourra relever le défi pour clamer sa propre liberté.

C’est ce qui peut être espéré dans les lignes du récit de Valérie Manteau, une femme libre.

30 novembre 2018

Rappel signature/Rappel signature/Rappel signature/

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:01

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Pour rappel, nous serons

dimanche 2 décembre, de 11 h à 13 h

à la librairie  l’Etabli ,

8 rue Cuillerier

à Alfortville

pour signer notre dernier livre :

MARCHER en ARMENIE

et  beaucoup d’autres introuvables ailleurs.

Une lecture d’extraits  du livre

Marcher en Arménie

sera faite à cette occasion.

24 novembre 2018

Sevan voyage…

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:50

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C’était un homme effacé, mais d’une efficacité incroyable. Derrière son doux sourire, ses yeux malicieux, se cachaient des trésors de générosité. Cet homme tenait une agence de voyage, mais ce n’était pas un commerçant. Quand il s’agissait de ses compatriotes, il avait du mal à lésiner. Je le sais à certaines anecdotes que je garderai pour moi, qu’il ne se contentait pas d’acheminer des Arméniens entre les pays occidentaux et l’Arménie, mais qu’il était aussi un lien. Il faisait de son agence une route pour que des dons parviennent à une Arménie convalescente. Grâce à lui, des Arméniens ont eu moins froid, des soldats ont eu moins peur. Il aura œuvré dans le petit monde , là où les ogres ne descendent pas.

Cet Arménien, c’était Varoujan Sarkissian et son agence que beaucoup d’Arméniens ont fréquentée s’appelait Sevan Voyages.

 

Sevan voyage… J’ai toujours cru que c’était le lac Sevan qui voyageait. Mais non, c’étaient nous qui allions voir le lac Sevan. Heureux homme ce Varoujan qui a permis à bien des Arméniens d’être heureux en se trouvant pour la première fois face au lac Sevan ou au Mont Ararat. Ce n’est pas rien.

 

Varoujan, après des jours de coma, est décédé à Erevan, la ville qu’il a tant aimée et qu’il a tant servie. On ne dira jamais assez ce que les hommes doivent aux avions et à ceux qui les remplissent. Varoujan est parti dans un avion et comme le lac Sevan, il voyage.

 

DD

17 novembre 2018

Signature à la librairie l’Etabli d’Alfortville

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 7:59

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Nous sommes heureux d’annoncer que la librairie  l’Etabli , 8 rue Cuillerier à Alfortville a invité pour le 2 décembre 2018 Denis Donikian pour des signatures du livre MARCHER en ARMENIE et de beaucoup d’autres introuvables ailleurs.

Une lecture d’extraits  du livre Marcher en Arménie sera faite à cette occasion.

PS. Comme depuis des années, l’auteur semble être considéré comme décédé par les organisateurs du salon du livre arménien d’Alfortville, seuls ses livres anciens y figureront. Marcher en Arménie figurera uniquement à la librairie l’Etabli qui elle a invité personnellement Denis Donikian. Ce qui prouve qu’il est bien vivant.

Pour l’achat du livre voir ICI

12 novembre 2018

Ahmet Atlan condamné à perpétuité

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:51

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Par Jean-Paul Mari de grands Reporters.com , jeudi 22 février 2018

Accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016, Ahmet Altan était incarcéré depuis septembre 2016 à la prison de Silivri (à 70 kms d’Istanbul). Vendredi 16 février 2018, il a été reconnu coupable ainsi que cinq autres personnes dont son frère, le journaliste Mehmet Altan, d’avoir tenté de « renverser l’ordre prévu par la Constitution de la République de Turquie ou de le remplacer par un autre ordre ou d’avoir entravé son fonctionnement pratique au moyen de la force et de la violence ».

Il est condamné à la réclusion à perpétuité.

« Après le coup d’état manqué de juillet 2016, nous sommes les deux premiers écrivains à avoir été arrêtés sur des chefs d’accusation kafkaïens. La prison à vie a été requise contre nous et nous avons cru d’abord que c’était une blague.

Nous avons cru qu’ils nous libéreraient après avoir eu la satisfaction de nous avoir maltraités. Ils m’ont relâchée, mais lui, ils l’ont condamné à perpétuité. Sans preuve, sans faits avérés, c’est purement atroce !

J’appelle tous les écrivains, les éditeurs, les journalistes à être solidaires d’Ahmet Altan et de tous les écrivains, journalistes, jetés en prison ou persécutés. »

asli erdogan, le 19 février 2018

Ahmet Altan, né en 1950, est un des journalistes les plus renommés de Turquie, son œuvre de romancier a par ailleurs connu un grand succès, traduite en de nombreuses langues (anglais, allemand, italien, grec…). Deux de ses romans sont parus en français, chez Actes Sud : Comme une blessure de sabre (2000) et L’Amour au temps des révoltes (2008).

Son père, le journaliste Çetin Altan, fait partie des 17 députés socialistes qui entrent au Parlement turc en 1967. Pour ses articles, il sera condamné à près de 2 000 ans de prison. En 1974, dans le contexte de « L’Opération de maintien de la paix » (invasion de la partie nord de Chypre par les forces militaires turques), Ahmet Altan s’engage dans le journalisme : très vite, il commence à être connu pour ses articles en faveur de la démocratie.

Il publie en 1982 son premier roman (vendu à 20 000 exemplaires) puis devient, en 1985, le rédacteur en chef du journal Günes. Il publie son deuxième roman qui est condamné pour atteinte aux bonnes mœurs et fait l’objet d’un autodafé.

1990 : Devenu journaliste à la télévision, il condamne la guerre et les deux camps, en dénonçant les crimes du PKK et de l’armée turque.

1995 : Il devient rédacteur en chef du journal Milliyet (l’un des plus importants du pays). Sous la pression de l’état-major, le journal le licencie. À la suite d’un article satirique, il est condamné à 20 mois de prison avec sursis. Il est accusé de soutenir la création d’un Kurdistan indépendant.

1996 : Son quatrième roman est un vrai phénomène de librairie, il y aborde les assassinats sans suite judiciaire.

1999 : Avec Orhan Pamuk et Yachar Kemal, il rédige une déclaration pour les droits de l’homme (et des droits culturels des Kurdes) et de la démocratie en Turquie, elle sera signée par Elie Wiesel, Günter Grass, Umberto Eco…

2007 : Il crée le journal d’opposition Taraf, dont il est rédacteur en chef jusqu’à sa démission en 2012.

2008 : Il publie un article, « Oh, Mon Frère » dédié aux victimes du Génocide arménien et se voit inculpé d’insulte à la Nation turque.

2011 : Il reçoit le prix Hrant Dink de la Paix (Hrant Dink est un journaliste arménien assassiné en 2007).

Esprit critique et très en prise avec la société turque, il est arrêté le 10 septembre 2016 ainsi que son frère Mehmet Altan, également journaliste, accusés d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016.

Douze jours plus tard, il est mis en liberté provisoire, mais vingt-quatre heures plus tard, il est de nouveau incarcéré et reste en prison, inculpé « d’appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement de la République de Turquie ».

Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, le vendredi 16 février 2018, par le 26e tribunal pénal d’Istanbul.

10 novembre 2018

Quand la France serre la main à Erdogan

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:21

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Nous on lui tend le doigt

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Les autres lui pissent dessus

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PS. Au même  Erdogan qui qualifie le meurtre de Jamal Khashoggi de cruel ou très sauvage, nous autres Arméniens disons qu’en 1915 des meurtres cruels et très sauvages, il y en eut 1 500 000 et en plus perpétrés par des Turcs.

4 novembre 2018

36 vues du Mont Tarara (22)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:30

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Dilemme

C’est ainsi que je me trouvai, un jour à Erevan, brutalement. Toute la nuit, la neige avait tapissé les terres arméniennes, et la terre au-delà des terres, de la plaine aux cimes du Tarara.

Et voici qu’au matin, je marche au plus haut de l’avenue Sebastia, me retourne, et tout à coup c’est devant moi l’immense traîne blanche qui plonge, s’étire, se répand, laisse libre cours à sa puissance pour finir sa course de vague géante sur les flancs de la montagne.

Je suis, le temps d’un éclair, littéralement sidéré. Et je reste un moment comme ça, à macérer dans ma sidération, tandis que les voitures, tant à droite qu’à gauche, s’acharnent à grimper et dévaler l’avenue.

Or, ce matin-là, la lumière prêtait à la montagne une aura de révélation. Quoi ? me dis-je. Je me sens brusquement dépouillé de mon histoire. Dépouillé de toute histoire. Comme nu devant ce diamant du paysage qui m’offre alors une variation de son éternité.

De pareils moments dans votre vie vous invitent à vous réveiller. Et je me demandai s’il n’y avait pas aussi cette façon de voir le Tarara. Une façon naturelle en quelque sorte. Une façon de regard vierge. Tandis que l’autre, l’habituelle, affublait mon regard d’un mensonge aussi vieux que les hommes.

En réalité, nous autres Arméniens, nous le rêvons ce Tarara. Il est devenu ce que nous sommes, à son corps défendant. Du moins nous l’avons fait tel que nous a faits l’histoire. Nous le désirons avec nos tripes et notre sang. Et comme il porte l’image de nos angoisses et de nos espoirs, nous l’avons aliéné de nos propres aliénations. C’est comme s’il fermentait dans notre esprit, travaillant à nous fabriquer une réalité surfaite mais nécessaire à notre survie. Faux Tarara qui nous habite avec une telle permanente intensité que nous l’habillons de croyances qui n’ont rien à voir avec ce qu’il est, rien à voir avec l’épisode mouvementé de la géologie terrestre qui a configuré ce lieu où devaient un jour advenir les Arméniens.

Rêve donc, autant que cauchemar. Car ceux des Arméniens qui voient le Tarara par la force de leur présence au sein de ce paysage en retirent de la puissance pour vivre autant qu’ils se rongent les sangs du fait qu’il se trouve prisonnier de leurs ennemis. Quant aux autres qui habitent à l’étranger, ceux pour qui la nation compte plus que leur personne, ils vivent en sourdine dans le désir chaque fois avorté de mourir au pied du Tarara, conscients jusqu’à la douleur que le destin ne saurait les exaucer.

Très vite, ce moment de sidération passé, la fausse montagne aura repris sa domination sur mon esprit. Car jamais je n’allais retrouver la beauté primitive de cet éclair où l’homme est réduit à sa solitude, fût-ce écrasé par la présence d’une montagne qu’aucun nom ne vient encore enfermer. De fait, aussitôt après que seront revenues les illusions, ce nom de Tarara m’aura de nouveau enfermé dans le mythe qui le définit, si fort que l’éclair de lucidité m’aura paru comme l’étrange parenthèse d’une réalité improbable au regard de la routinière image dans laquelle je me complaisais.

Ainsi fait, pour peu qu’il inscrit son destin dans une histoire commune, tout Arménien, à commencer par moi-même, souffre d’un mélange de désir et de délire. Et le Tarara, qu’il regarde réellement ou mentalement, l’y emploie. Il le tire vers le haut autant qu’il illumine son âme par l’intensité de son mystère. Mais sitôt que l’histoire s’en mêle, la conscience que le Tarara lui est interdit en raison d’une frontière qui l’empêche de l’aborder, c’est la blessure qui lui revient au visage. Au juste, la Tarara revêt l’image double d’une rédemption par la survie après le massacre et d’une punition par le vol des massacreurs. La vie, la vie profonde, la vie secrète de tout Arménien réside dans ce balancement entre la satisfaction de posséder une terre et la frustration d’être dépossédé de sa montagne. Impossible aux habitants d’Erevan d’échapper aux rages et aux arrangements de la résignation.

Pour moi, la quête souterraine qui m’aura conduit dans ma vie aura été de fuir les mensonges de mon éducation, sinon de ma naissance, quitte à me laisser par faiblesse aspirer par les confortables aspirations du mythe en alternance avec les réveils brutaux dans la réalité primitive d’une existence dépouillée de toute émotion collective.

Où est ma vérité ?

Le mythe me fait vivre, mais c’est un mensonge. Et mon humanité nue m’expose au vide. Alors quoi ? Faut-il consentir au mensonge au détriment d’une certaine authenticité ou apprendre à se désaliéner des forces collectives afin d’avancer dans la lumière de son propre destin ?

La peur me jette dans les hallucinations qui habitent mes frères plutôt qu’à me perdre dans l’amour de la vie.

Il n’y a pas de délivrance sans reniement.

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