Ecrittératures

27 mars 2018

Un printemps sans oiseaux

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:25
Je signe

Un tiers des oiseaux français a disparu, nos abeilles sont décimées… N. Hulot veut lancer le premier plan d’envergure pour sauver la biodiversité en France, mais il n’y arrivera pas seul. Battons des records pour sauver la biodiversité en signant massivement cette lettre ouverte en un clic.

JE SIGNE

Par
l’équipe d’Avaaz

Chères amies, chers amis en France,

Le printemps revient mais les chants d’oiseaux se font de plus en plus rares. Un tiers de nos chers oiseaux a disparu des campagnes françaises! Les abeilles, les papillons sont décimés. Au Kenya, le dernier rhinocéros blanc du Nord s’est s’éteint: c’est toute la biodiversité mondiale qui est menacée.

La semaine dernière, Nicolas Hulot a affirmé qu’il allait présenter le premier plan d’envergure pour sauver la biodiversité en France! Mais il n’y arrivera pas sans nous. Ce sont ses mots. “Je veux un sursaut d’indignation, j’ai besoin de chacun d’entre vous!

Hulot est isolé au gouvernement et son plan ambitieux risque d’être sabordé. Mais si des centaines de milliers d’entre nous le soutiennent, ils comprendront que les Français refusent un consensus mou pour la biodiversité.

Battons des records: atteignons 500 000 signatures en France et inspirons notre pays à agir en champion de la biodiversité chez nous et dans le monde. Signez la lettre ci-dessous en un clic et partagez-la tout autour de vous:

Soutenons le Plan de Hulot pour sauver la biodiversité

« Cher M. Hulot, 

Vous n’êtes pas seul. Les Français sont à vos côtés pour exiger une action ambitieuse afin de sauver les espèces. 

Nous savons que la France et le monde doivent absolument agir maintenant pour protéger tout ce que nous aimons, en adoptant des plans nationaux et mondiaux ambitieux.

Pour les oiseaux, les abeilles, les éléphants et toutes les espèces, nous serons derrière vous. Nous ne laisserons plus ces tragédies invisibles se dérouler dans le silence. Nous resterons indignés et mobilisés tant que la planète n’aura pas gagné.

La biodiversité nous concerne tous. »

Soutenons le Plan de Hulot pour sauver la biodiversité

Les pesticides, souvent très toxiques, tuent à petit feu les abeilles et les oiseaux. Des antibiotiques se retrouvent dans la nourriture de nos enfants. Les éléphants sont au bord de l’extinction à cause du commerce de l’ivoire. La quantité de plastique déversée dans l’océan est telle qu’elle forme un septième continent…

La planète est au bord du gouffre mais cette situation n’est pas encore irréversible — nous devons tous réagir maintenant.

Si la France agit, d’autres pays suivront. Et le destin des oiseaux, des abeilles, des éléphants et de toute notre chère biodiversité dans le monde entier pourrait changer.

Soutenons le Plan de Hulot pour sauver la biodiversité

Nous sommes 320 000 en France à nous êtres mobilisés pour mettre fin au massacre des oiseaux familiers et plus de 4 millions dans le monde à faire campagne pour sauver les abeilles. Notre mouvement a sauvé une partie de l’Amazonie, fait fermer des commerces d’ivoire et empêché l’ouverture d’une usine de pesticides. Maintenant, voyons encore plus grand et aidons Nicolas Hulot à imposer le premier grand plan d’ensemble pour sauver toute la biodiversité — pour que nos oiseaux puissent chanter le coeur léger!

Mélanie, Marie, Alice, Aloys, Camille et toute l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS

La biodiversité, « tout le monde s’en fiche », s’offusque Hulot (Le Point)
http://www.lepoint.fr/politique/la-biodiversite-tout-le-monde-s-en-fiche-s-offusque-hulot-21-03-2018-2204471_20.php

« Un niveau proche de la catastrophe écologique »: le déclin des oiseaux s’accélère dans les campagnes françaises (France TV Info)
https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/un-niveau-proche-de-la-catastrophe-ecologique-le-declin-des-oiseaux-s-accelere-dans-les-campagnes-francaises_2665970.html

Urgence pour la biodiversité: la sixième extinction est en marche (Le Nouvel Obs)
https://www.nouvelobs.com/sciences/20170710.OBS1911/urgence-pour-la-biodiversite-la-sixieme-extinction-est-en-marche.html

La mort de Sudan condamne l’espèce des rhinocéros blancs du Nord (Courrier International)
https://www.courrierinternational.com/article/la-mort-de-sudan-condamne-lespece-des-rhinoceros-blancs-du-nord

Le plastique à l’abordage de nos océans (Espèces menacées)
http://www.especes-menacees.fr/actualites/plastique-abordage-oceans-16062016/

Publicités

9 février 2018

La visite de Vasken 1er au Collège Samuel Moorat en 1956

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:00
Tags: ,

2155592

9 janvier 2018

Le Catholicos prêche pour les plus pauvres durant la messe de Noël

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 10:54

 

images

 

Ne faites pas comme moi, ne cachez pas 1,1 million de dollars dans la banque HSBC.

Distribuez votre argent aux pauvres !

11 décembre 2017

Entretien avec Samuel Totten, chercheur et militant anti-génocide

Filed under: ARTICLES,Uncategorized — denisdonikian @ 5:12

51Y3F-Qc+9L._SX331_BO1,204,203,200_

© Routledge, 2012

« Une question de conscience » :

entretien avec Samuel Totten, chercheur et militant anti-génocide

par Aram Harumi

The Armenian Weekly, 18.08.2017

*

Avec l’aimable autorisation de Georges Festa pour la traduction.

Voir ICI  l’article sur  le blog de Georges Festa : Armenian Trends

*

Samuel Totten, universitaire américain, est sans doute plus connu pour ses recherches sur le génocide. La plupart des gens ignorent cependant son action sur le terrain contre le génocide.

« Le génocide au Darfour a eu sur moi un impact à la fois proche et personnel, » nous précise Totten lors d’un récent entretien. Durant l’été 2004, Totten a fait partie des 24 enquêteurs du United States Atrocities Documentation Project [Programme de Documentation des Etats-Unis sur les Atrocités], qui avait pour but d’interviewer des survivants sur leur vécu lors des attaques perpétrées par les troupes du gouvernement soudanais et les janjawids (milices mercenaires) contre les populations africaines noires du Darfour.

Quatre ans plus tard, lors d’une brève étape à Nairobi, une rencontre fortuite l’a amené à se rendre dans les Monts Nouba pour la première fois. Il fait alors la connaissance de gens qui ont survécu au génocide dit « d’usure » des populations des Monts Nouba durant les années 1990.

Suite à cette première visite, Totten est revenu à plusieurs reprises dans la région afin d’interviewer des survivants. Puis, lorsque la guerre éclata entre le gouvernement du Soudan et les rebelles Nouba (Mouvement Populaire de Libération du Soudan – Nord) en juillet 2011, les missions de Totten dans les Monts Nouba prirent un tournant dramatique, passant de la conduite d’interviews à la mise en œuvre d’opérations humanitaires.

Les missions de Totten dans les Monts Nouba sont toujours en cours. « Ni les Nations Unies, ni leurs agences, ni les organisations non gouvernementales n’apportent quelque aide ou protection que ce soit, quasiment rien, » déclare-t-il. « Je ressens une obligation de maintenir le cap sur les Monts Nouba. Ne pas le faire serait abandonner le peuple Nouba à son sort. »

Aram Harumi a récemment rencontré Totten pour The Armenian Weekly afin d’en savoir plus sur son action dans les Monts Nouba. Ci-dessous leur entretien dans son intégralité.

***

– Aram Harumi : Tout d’abord, pourquoi cet intérêt pour les études sur le génocide ?

– Samuel Totten : C’est une très longue histoire, en fait, que j’ai présentée, du moins en partie, dans deux études différentes dans deux ouvrages différents : Pioneers of Genocide Studies, édité par Samuel Totten et Steven Jacobs (Transaction Publishers, 2002), et Advancing Genocide Studies (Transaction Publishers, 2015). Ces études s’intitulent « Une question de conscience » et « Une question de conscience : 2ème partie. »

En résumé, cet intérêt est né de mes recherches sur les prisonniers d’opinion avec Amnesty International (AI). L’élément déclencheur a été un article de Rose Styron, grande militante des droits de l’homme et épouse du romancier William Styron, décédé depuis (auteur d’œuvres de fiction comme Les confessions de Nat Turner1 et Le choix de Sophie2, parmi bien d’autres). Le texte de Rose Styron s’intitulait simplement « Torture in Chile » [La torture au Chili].3 Diplômé depuis peu de l’université, me considérant assez bien informé, j’étais a) abasourdi, stupéfait de voir que la torture qu’elle décrivait était une réalité dans de nombreuses parties du monde, et même omniprésente; b) horrifié par le côté atroce de la torture et le fait que certains gouvernements y soumettaient leurs propres citoyens et de soi-disant ennemis au nom de la sécurité nationale; et c) honteux d’admettre que j’ignorais à ce point ce qui se passait à travers le monde. C’est cet article, en fait, qui a décidé de mon engagement et de ma carrière dans le domaine des droits de l’homme et des études sur le génocide.

Après avoir exercé durant deux ans (1976-1978) des missions avec AI en Australie et plusieurs années avec des bénévoles d’AI au Népal, en Israël et aux Etats-Unis, j’ai eu la chance de me lier d’amitié avec le docteur Israël W. Charny, professeur de psychologie de l’université de Tel Aviv, reconnu maintenant comme l’un des doyens des études sur le génocide. A l’époque, j’enseignais l’anglais à la Walworth Barbour American International School en Israël. Son fils y était élève et un de ses professeurs avait parlé à Charny de mon engagement dans les droits de l’homme. Charny travaillait alors sur son premier ouvrage consacré au génocide et, durant le reste de mon année en Israël, nous avons commencé à parler du génocide.

A mon retour aux Etats-Unis, Charny m’a demandé de collaborer à un chapitre de ce qui allait devenir le premier volume de la collection Genocide: A Critical Bibliographic Review.4Ma contribution s’avéra si détaillée et si longue que Charny, au lieu de la rejeter comme tant d’éditeurs l’auraient fait – ou, du moins, auraient insisté pour que j’en enlève les trois-quarts – me conseilla de la revoir et ainsi d’en faire trois chapitres.

A ce moment-là, j’avais obtenu mon doctorat à l’université Columbia et je m’apprêtais à intégrer une fac. Parallèlement, je me disais : « Des milliers et des milliers de gens à travers le monde s’attaquent au problème des violations des droits de l’homme, mais, paradoxalement, seule une poignée s’attaque à la question du génocide. » En fait, c’est cette prise de conscience qui m’a conduit à écrire mon premier livre sur le génocide et, ce faisant, devenir un autodidacte concernant la théorie du génocide, l’histoire du génocide, les cas particuliers de génocide, les questions de la prévention et de l’intervention en cas de génocide, etc. C’était en 1987.

– Aram Harumi : En quoi le génocide du Darfour t’a-t-il influencé ?

– Samuel Totten : Le génocide du Darfour m’a touché de près et personnellement. Durant l’été 2004, j’ai fait partie des 24 enquêteurs du Projet de Documentation des Etats-Unis sur les Atrocités [United States’ Atrocities Documentation Project], chargé notamment d’interviewer des survivants sur leur vécu, victimes de la stratégie de la terre brûlée pratiquée par les troupes gouvernementales du Soudan et les janjawids (milices mercenaires) contre les populations africaines noires du Darfour.

Avec mon collègue, un avocat du Département de la Justice des Etats-Unis, j’ai interviewé 49 survivants. Chaque entretien durait de une heure et demie à deux heures, et ils entraient dans tous les détails, même les plus horribles, des attaques : les viols collectifs visant les jeunes filles (parfois âgées de 8 ans) et les femmes noires africaines; l’empalement et le meurtre de nourrissons noirs sous les yeux de leurs mères; l’immolation des Africains noirs âgés incapables de fuir leurs toukouls (cases circulaires), après avoir été enflammés; les fusillades, les coups et les tortures infligées aux Africains noirs qui tentaient de fuir l’attaque. Huit heures par jour, sept jours sur sept, nous avons mené ces entretiens. Souvent je devais me mordre les lèvres pour cacher mon émotion face à ces survivants, mes interlocuteurs. Ma colère était telle que j’avais envie de m’en prendre personnellement aux perpétrateurs.

Je me suis saisi de cette rage et je l’ai canalisée en travaillant sans cesse (en menant des enquêtes de terrain dans les camps de réfugiés le long de la frontière entre le Tchad et le Darfour, celle du Soudan et, plus récemment (depuis 2010), dans les Monts Nouba au Soudan; en écrivant et en publiant plus de 50 contributions pour des journaux à travers le monde; en écrivant et en publiant cinq livres, deux sur le Darfour et trois sur les Monts Nouba; en donnant des conférences aux Etats-Unis et en Europe sur le calvaire des populations du Darfour et des Monts Nouba; et, plus récemment (depuis 2012), en faisant parvenir de la nourriture à ces mêmes populations qui souffrent de malnutrition sévère et de famine dans les Monts Nouba).

– Aram Harumi : Plus précisément, qu’as-tu appris des Monts Nouba ?

– Samuel Totten : Suite à mon action avec le Projet de Documentation sur les Atrocités, en juillet et en août 2004, j’avais très envie de partir au Darfour interviewer des survivants du génocide. Durant six ans, j’ai tout tenté pour obtenir l’autorisation d’entrer au Darfour, en vain. (A mon avis, c’était dû au fait que le gouvernement du Soudan était au courant de mes publications qui le critiquent pour ses agissements au Darfour.)

Bref, en 2008 je travaillais en tant que boursier Fulbright à l’université nationale du Rwanda et je devais prendre un avion pour donner une conférence sur le Darfour à l’université de Chicago. Durant une escale à Nairobi, deux types ont embarqué et se sont assis à côté de moi, ils travaillaient au Soudan et rentraient aux Etats-Unis pour un congé. Je leur ai parlé de mes difficultés pour entrer au Soudan. L’un d’eux m’apprit que des survivants du génocide du Darfour se trouvaient en fait dans un camp de déplacés non loin de là où il vivait dans les Monts Nouba, en me disant qu’il pensait pouvoir s’arranger pour me faire entrer là-bas sans que le gouvernement du Soudan le sache (et donc que je n’aurais pas besoin de demander un visa), et qui plus est, gratuitement, à bord d’un avion cargo que possédait son organisation.

Quelques mois plus tard, j’ai décollé de Nairobi pour Kauda dans les Monts Nouba pour interviewer les survivants dans ce camp de déplacés. Durant mon premier séjour, puis mon second séjour dans les Monts Nouba, j’ai commencé à rencontrer des gens qui avaient survécu au génocide dit « d’usure » des populations des Monts Nouba durant les années 1990. Réalisant que j’avais facilement accès à ces personnes, je suis revenu plusieurs fois dans la région pour les interviewer. Puis, quand la guerre a éclaté entre le gouvernement du Soudan et les rebelles Nouba (Mouvement Populaire de Libération du Soudan – Nord) en juillet 2011, j’ai commencé en 2012 à faire venir de la nourriture vers les civils Nouba dont les fermes étaient bombardées et qui cherchaient désespérément de la nourriture.

– Aram Harumi : Durant tes voyages, t’es-tu senti en danger ?

–  Samuel Totten : Pas durant mes deux premiers voyages dans les Monts Nouba en 2010 et 2011, mais plutôt durant les cinq derniers en 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016, pendant que la guerre faisait rage entre les Nouba et le gouvernement soudanais.

Sans répit – que nous soyons chez les gens, dans des souks (marchés publics) ou en train de voyager – les bombardiers Antonov en mission de bombardement nous survolaient. Naturellement, personne ne savait exactement où les Antonov largueraient leurs bombes, donc chaque fois qu’un Antonov passait, tout le monde se ruait – soit vers un de ces trous de plus de deux mètres de profondeur que les gens ont creusé autour de leurs foyers et de leurs souks, ou vers le désert en quête d’une anfractuosité où se replier, d’un gros rocher ou d’un grand arbre où se cacher pour se protéger des shrapnels. Ces éclats d’obus sont de gros éléments de métal tordu qui volent et qui sont capables, littéralement, de réduire un corps en bouillie, comme de la viande hachée. Le shrapnel est aussi capable, là aussi littéralement, de cisailler une tête, un bras ou une jambe. J’ai vu des dizaines de gens dans les Monts Nouba qui ont perdu leurs jambes et leurs bras après avoir été frappés par un éclat d’obus.

Lors d’un voyage aux Monts Nouba en 2015, plusieurs Antonov nous ont survolés à cinq reprises durant une heure. A chaque fois, tout le monde dans le souk se précipitait pour trouver un abri, puis alors que nous étions dans notre véhicule, on a tous sauté et on a couru dans un sauve-qui-peut général. A chaque fois, un Antonov nous survolait, en tout cas c’était comme ça pour moi, personne ne savait si c’était son dernier jour à vivre.

Mon expérience la plus effrayante dans les Monts Nouba s’est passée aussi en 2015, mais durant un autre voyage. Mon équipe et moi (à savoir, mon chauffeur, mon interprète et moi) on venait juste d’arriver dans une petite ville appelée Heiban sur notre route à travers le désert. 15 à 20 minutes après notre passage, un avion de chasse Soukhoï a déboulé et a tiré un missile sur trois adolescents qui couraient vers un des trous dont je te parlais. Le missile a littéralement coupé en deux un des garçons. Le lendemain, son père a apporté les deux moitiés de son fils vers sa tombe et les a déposées pour qu’elles soient incinérées. Je suis sûr que si, avec notre Land Cruiser blanc, on avait traversé Heiban lors de l’attaque du Soukhoï, on aurait été pris pour cible – une cible idéale, vraiment – et que s’il avait atteint notre véhicule avec un missile, on aurait été réduits en cendres. Non seulement on avait un réservoir plein de pétrole, mais on transportait aussi des jerrycans de pétrole, car il n’y a pas de stations-service dans les Monts Nouba.

– Aram Harumi : C’est plus facile de collecter des fonds et de se contenter de filer de l’argent aux gens qui travaillent dans ces relais humanitaires. Qu’est-ce qui t’a poussé à prendre les choses en main, à te rendre dans la région et à distribuer de la nourriture ?

– Samuel Totten : C’est sûr, tu as raison, c’est bien plus facile de collecter de l’argent et de l’envoyer à telle ou telle organisation qui agit au nom des populations des Monts Nouba (même si, malheureusement, très peu le font).    

Dès le départ, mon intention quand je collectais des fonds, que j’achetais de la nourriture et que je l’acheminais par camion vers les Monts Nouba, était d’apporter de quoi manger aux populations les plus sinistrées des Monts Nouba – à ces gens qui, pour telle ou telle raison, n’avaient pas facilement accès à de la nourriture ou qui n’en recevaient pas des organisations humanitaires locales présentes dans les Monts Nouba. J’avais l’impression et je pensais que c’était comme ça que je pouvais contribuer à aider les Noubas. Résultat, chaque fois que je revenais dans les Monts Nouba, je tenais à parler aux gens informés (la Nuba Relief, Rehabilitation and Development Organisation (NRRDO), une organisation humanitaire locale, des dirigeants du Mouvement Populaire de Libération du Soudan – Nord, et des journalistes, entre autres), des groupes de population les plus nécessiteuses dans les Monts Nouba, à savoir là où j’allais distribuer de la nourriture.

En fin de compte, c’était bien, comme les titres des deux chapitres que j’ai rappelés au début de cet entretien, une question de conscience.

– Aram Harumi : As-tu été témoin de situations semblables dans d’autres régions du monde ?

–  Samuel Totten : Oui, mais jusqu’à présent je me suis concentré sur le calvaire des populations des Monts Nouba. Les trois autres endroits où je pense vraiment aller pour apporter de l’aide sont le Burundi, la République Centrafricaine et la Birmanie (Myanmar).

Si je suis resté focalisé sur les Nouba et si je ne suis pas allé ailleurs, c’est principalement pour trois raisons. Premièrement, comme ni les Nations Unies, ni une de leurs agences, ni aucune organisation non gouvernementale n’apporte une quelconque aide ou protection, en fait rien du tout, je me sens obligé de maintenir le cap sur les Monts Nouba. Ne pas le faire serait les abandonner à leur sort. Deuxièmement, il faut pas mal de temps pour réaliser quelle est la situation sur le terrain dans des pays différents, quel type d’assistance est nécessaire et quels sont les contacts nécessaires pour mener une mission de façon satisfaisante. Et puis, chacun des pays que je viens de mentionner pose des risques spécifiques aux étrangers, il faut en être informé et savoir comment les éviter le plus possible – ou, du moins, les gérer pour ne pas finir mutilé ou tué.

– Aram Harumi : Pourquoi ce scandale de la non-reconnaissance par le gouvernement du Soudan de la malnutrition des populations des Monts Nouba ?

– Samuel Totten : Bombarder des fermes, obliger les gens à en sortir, à quitter les villages et les éloigner de leurs sources de nourriture est le mode opératoire du gouvernement soudanais. J’imagine donc que ce gouvernement ne va pas perdre pas son temps à se soucier des souffrances et du sort des populations des Monts Nouba. En fait, je suis convaincu qu’en refusant aux Noubas un accès facile à la nourriture, le gouvernement soudanais espère les chasser des Monts Nouba et par delà la frontière vers un autre pays et/ou dans des camps de réfugiés. Autrement dit, il s’agit là d’un stratagème pour épurer la région des Nouba – un cas classique d’épuration ethnique.

– Aram Harumi : Est-ce que ces voyages t’ont profondément marqué ?

– Samuel Totten : Oui. Trois choses, en particulier. Premièrement, les moments où les bombardiers Antonov déboulaient. Deuxièmement, le jour où nous l’avons échappé belle quand le Soukhoï a attaqué Heiban. Troisièmement, je tombe un jour sur un gamin qui avait déclenché accidentellement l’élément d’un obus non explosé; je fonce à travers le désert pour tenter de l’emmener dans le seul hôpital présent dans toute la région, mais il finit par mourir. Non seulement ses jambes avaient été arrachées, les os sortant de la peau (une fracture ouverte), mais il avait une large et profonde blessure au bas de l’abdomen qui avait réduit en bouillie la plupart de ses organes. Aujourd’hui encore, j’ai beaucoup de mal à évoquer la mort de ce gamin qui, par ailleurs, avait marché plus de 16 kilomètres loin de chez ses parents pour trouver des mangues. Je suis plutôt un dur à cuire, mais chaque fois que je pense à ce pauvre gamin innocent, faut que je me force à pas pleurer. Et enfin, la dernière fois où j’étais dans les Monts Nouba, je croise un groupe de gens qui vivotaient dans un semblant de camp pour déplacés; là, je découvre de nombreux nourrissons si faibles qu’ils n’arrivaient littéralement pas à lever la tête; c’est à dire que leurs petites têtes pendaient de côté, comme des poupées de chiffon. Ça, ça te prend aux tripes.

– Aram Harumi : Aurais-tu un message à faire passer sur ton séjour dans les Monts Nouba ?

– Samuel Totten : Le fait que les populations civiles des Monts Nouba sont complètement isolées. Personne, je dis bien personne, mis à part des gens comme moi, n’essaie de les aider. Ni les Nations Unies. Ni le Programme Alimentaire Mondial. Ni Oxfam. Ni Médecins Sans Frontières. Aucune organisation humanitaire n’existe dans les Monts Nouba – de peur d’être attaquée et massacrée par le gouvernement soudanais.

En fait, le président du Soudan, Omar al-Béchir, a déclaré que quiconque franchit la frontière avec le Soudan sans y avoir été expressément autorisé par son gouvernement, aurait la gorge tranchée. Je m’imagine que ce n’est pas une menace en l’air, car lorsque la guerre a éclaté en juillet 2011, les soldats soudanais allaient de porte en porte dans les villes et les villages, frappaient aux portes et, si ceux qui répondaient était apparentés d’une façon ou d’une autre aux Noubas, ils étaient égorgés d’une oreille à l’autre, perdaient leur sang et mouraient là même où ils gisaient à terre.

– Aram Harumi : Comment les gens peuvent-ils t’aider à collecter de l’argent pour les populations des Monts Nouba ?

–  Samuel Totten : Oui, merci pour ta question. Les gens peuvent m’envoyer un chèque destiné à l’achat de nourriture et/ou de médicaments pour les populations Noubas. Mon adresse est 18967 Melanie Road, Springdale, Arkansas 72764. Pas un seul dollar ne servira à autre chose que de la nourriture – et pas à financer des voyages, ni à louer un véhicule et un chauffeur, ni à engager un interprète, etc.

Je tiens à préciser que chaque voyage pour amener de la nourriture dans les Monts Nouba coûte environ 8 000 dollars. Acheter de la nourriture pour les Noubas revient entre 3 000 et 4 000 dollars. Et puis je dois couvrir le coût aller-retour de mon billet d’avion pour Nairobi, au Kenya; un autre billet d’avion aller-retour pour Djouba au Soudan du Sud; et un troisième pour le camp de réfugiés de Yida, le long de la frontière entre le Soudan du Sud et le Soudan; la location d’un Land Cruiser et le salaire du chauffeur, d’un interprète, etc.      

NdT

  1. William Styron, Les confessions de Nat Turner, traduit de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau, Paris : Gallimard, 1969
  2. William Styron, Le choix de Sophie, traduit de l’américain par Maurice Rambaud, Paris : 1981
  3. Rose Styron, « Torture in Chile, » The New Republic, March 20, 1976, p. 15-17
  4. Israel W. Charny, ed., Genocide: A Critical Bibliographic Review, Vol. 1, Mansell, 1988

____________

Source : https://armenianweekly.com/2017/08/18/a-matter-of-conscience/

Traduction : © Georges Festa – 12.201

8 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (5) 

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:28

1006315_357457787690992_777937436_n

Le point de vue de Mona Lisa

 

Tiens, c’est vrai. Elle a mon sourire. Leonardo, s’il avait planté son chevalet devant elle, il aurait certainement réussi à le restituer aussi le sourire de cette montagne. Et puis, il aurait eu beaucoup de chance, car elle au moins, jamais elle ne bouge.
Jamais elle ne bouge ! m’aurait-il répliqué. Mais elle change tout le temps ! Elle tourne sur elle-même. C’est toujours comme ça avec les montagnes. L’air de rien, elles déplacent leurs lignes et disparaissent pour réapparaître autrement.

C’est à cause de la lumière peut-être, Leonardo !

Mais oui, m’aurait-il répondu, c’est à cause de la lumière. L’homme se contente de peindre les ombres. Mais la lumière, c’est Dieu. Et cette lumière-là, Lisa mia, elle est insaisissable. Elle joue avec les reliefs et se joue de nous, les peintres. C’est pourquoi, les paysages, je préfère les imaginer. Quant à planter mon chevalet dans la nature, ça non !

Pourtant, Leonardo, je lui aurais dit, tu aimes tout ce qui est virginal ! Or, quoi de plus virginal que cette montagne !

Pure, cette montagne ! Allons donc ! Cara mia ! Tous ceux qui la regardent brûlent de la grimper. Une jeune pucelle qui se sait regardée par un homme a déjà perdu sa part d’innocence, non ?

Mais Leonardo, cette montagne est de pierre ! Ce n’est pas comme moi ! Et puis tes propos ont quelque chose d’effrayant. Toi qui m’as regardée si longuement, si minutieusement pour me peindre, que cherchais-tu donc à saisir ? Dis, que cherchais-tu quand tu portais les yeux sur moi ? Tes yeux tellement patients et tellement passionnés ! Car je dois te l’avouer à présent, j’ai eu parfois l’impression, tandis que tu me peignais, d’être caressée et que mon être tout entier n’était que jouissance pure, spirituelle. Une jouissance mystique en quelque sorte.
Ce que je cherchais en toi Lisa, c’était ton humanité, toute ton humanité, c’est-à-dire cette innocence divine d’un corps menacé par les forces naturelle qui montent à travers ses veines ?

 

Voilà ce qu’il m’avait répondu un jour, Leonardo. Ce criminel ! Il donne en pâture à tous les voyeurs du monde cette image de moi qui n’est pas moi. Il m’a figée dans un sourire de vierge pour l’éternité, juste avant que je rencontre Sergio, puis Claudio, puis Alfonso. Non, Alfonso est venu avant Claudio… Dans le fond, cette montagne, je lui trouve trop de poitrine.

 

 

(2003-2017)

14 septembre 2017

Gomidas à Aghtamar

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 9:11

Gomidas dans l’église d’Aghtamar

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 9:06

21 août 2017

Karékine II donne une messe aux nudistes arméniens

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:12
Tags: ,

Catholicos-KAREKINE-II-a-Echmeadzine-Consecration-avec-le-dextre-de-St-Gregoire

unnamedInterview:

Journal Le nu et le cru : Votre Sainteté, quelle impression vous a laissé cette messe consacrée à la nudité des citoyens arméniens ?

Karékine II : J’étais très inquiet durant l’office. Je n’arrêtais pas de penser à la même chose.

Journal Le nu et le cru : Quelle chose, votre Sainteté ? Comment feraient-ils pour recevoir les Saintes Huiles peut-être?

Karékine II : Pas du tout, vous n’y êtes pas.

Journal Le nu et le cru : Alors quoi ?

Karékine II : Je me demandais d’où ils allaient bien pouvoir sortir l’argent pour la quête ? A les voir, je me disais qu’aujourd’hui, ce serait un coup pour rien.

 

 

24 juin 2017

Le syndrome de la godasse ou le complexe arménien du number one.

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 11:51

article du 4 août 2010

Rendons à César ce qui revient à César et aux Arméniens cette chaussure de cuir récemment découverte d’environ 5 500 ans. Et qu’on ne me demande pas si les Arméniens existaient en ce temps-là comme Arméniens aussi bien qu’ils existent aujourd’hui. Et si oui, s’ils étaient hier ce qu’ils sont encore maintenant. Ni si le pied droit qui porta cette chaussure il y a 5 500 ans était un pied arménien. Ni s’il y a 5 500 ans, des frontières délimitaient un pays qui se serait appelé Arménie où auraient vécu exclusivement des Arméniens. Mais surtout qu’on n’aille pas me dire que d’autres chaussures plus anciennes ont été découvertes avant celle-ci. Comme ces « sandales en corde et autres matières organiques vieilles de 7 000 ans, mises au jour dans la grotte d’Arnold Research Cave, dans l’Etat de Missouri (Etats-Unis) en 1975, et leurs quasi contemporaines exhumées en 1993 dans une cavité du désert de Judée, en Israël », ainsi qu’ose le stipuler la méchante revue Sciences et Avenir. C’est scandaleux que ces sandales ! On parle de cuir ici, et non de corde.  Alors que le lecteur arménien, outré par des assertions qui humilient une fois encore la nation arménienne écrive pour protester à la rédaction de Sciences et Avenir (33 rue Vivienne 75083 Paris cedex 02. e-mail : redaction@sciences-et-avenir.com, téléphone : 01 55 35 56 00). Y en a marre ! C’est du négationnisme de cordonnier. Non content de nous nier par l’histoire, voici qu’on nous nie par la science. Que dis-je ? C’est le génie des Arméniens qu’on veut  passer à la trappe. Intolérable ! Y en a marre ! Marre de marre !

Comme hier ils furent réduits à n’être rien, aujourd’hui les Arméniens voudraient être tout, même ce qu’ils ne sont pas. Mais comme ils ne peuvent être tout, ils cherchent partout des motifs qui les mettent au premier rang des hommes. Car être premier, c’est être quelque chose. Et tout d’abord, c’est faire mentir l’histoire qui a cru rabaisser les Arméniens au niveau le plus bas de l’humanité, là où trottent les chiens et où se faufilent les cafards.

Aujourd’hui les Arméniens n’ont de cesse qu’ils dépassent les autres peuples, multipliant les exemples qui prouveraient leur excellence, quitte à transformer la réalité en fiction et à mettre les choses au diapason de leur mythologie.

C’est ainsi qu’ils se targuent d’être la première nation au monde à avoir embrassé le christianisme comme religion d’Etat.  Embrassé l’embrassement du prochain comme soi-même dans l’élan furieux d’une révélation. Comme si brusquement, à un moment donné de leur histoire, sous le coup d’une grâce divine sans pareille, ils étaient tous passés unanimement dans le camp de la nouvelle religion. Jetant aux orties leurs vieilles croyances, leurs mythes archaïques, leur mentalité terrienne pour ne pas dire paysanne. Comme si la « chose » avait eu lieu sans heurt, sans réticence, sans bataille. Comme si le sang n’avait pas été versé pour que s’impose l’ordre chrétien. Comme si les religions d’alors n’étaient pas en concurrence. Comme si les hommes animés d’intérêts farouches s’étaient soudainement convertis à l’amour de l’homme et à la paix en Dieu. Alors que les affrontements furent atroces, armées contre armées, haines contre haines. Certes, une date est une date. 301 après Jésus Christ restera toujours 301 après Jésus-Christ. Mais le mensonge sur l’histoire est tel qu’aujourd’hui les Arméniens ont du mal avec leur conversion générale spontanée. Ils en viennent même à rejeter comme non arméniens tous ces Arméniens convertis à l’Islam. Sans compter qu’aujourd’hui, en Arménie, l’amour de soi coiffe à chaque seconde l’amour de l’autre au poteau.

Dans le même ordre d’idée, celle où les Arméniens furent excellents, l’expression « premier génocide du XXème siècle ». À croire que nous aurions fait de sacrés efforts pour ça. C’est dire que les Juifs auraient été moins rapides que nous dans la course à l’extermination par les maîtres de guerre et qu’ils n’ont qu’à aller se rhabiller. Ils auront beau faire et beau dire, c’est nous qui avons souffert les premiers d’une volonté d’anéantissement. D’aucuns, encore des négationnistes mal intentionnés, affirment qu’en 1904 les Héréros de l’actuelle Namibie auraient subi un génocide quand la culture allemande représentée sur le terrain par le général Lothar von Trotha s’avisa de les civiliser.  D’accord. Une date est une date. 1904 après Jésus-Christ restera toujours 1904 après Jésus-Christ. Et non 1915. Mais nous, nous avons le nombre de notre côté. Le quantitatif engendre le qualitatif, non ? C’est incontournable. 1 500 000. Les Héréros n’ont qu’à s’accrocher derrière notre locomotive, il n’y aura jamais de place pour eux tellement nos wagons pour l’enfer étaient pleins à craquer.

Et quand un Arménien est au sommet de l’humanité, reconnu par tous les hommes pour telle prouesse ou telle performance, c’est comme si tous les Arméniens en leur entier ressuscitaient dans l’estime des nations. Aznavour par exemple. Ne disons pas qu’Aznavour est arménien. Aznavour est tous les Arméniens. Il est aussi bien Garabed, l’épicier de la rue Beaumont à Marseille que Robert Kotcharian, ex président de la république d’Arménie. Peu importe d’ailleurs que celui-ci ait utilisé sa période présidentielle pour se mettre un magot de 4 milliards de côté. D’ailleurs, l’épicier Garabed l’y a certainement aidé en donnant un peu de ses économies au fonds arménien. Il est vrai que si ce même Garabed avait été aussi célèbre qu’Aznavour, il aurait pu faire mieux pour Kotcharian en demandant à l’Union européenne de mettre la main à la poche pour secourir la pauvrette Arménie. D’ailleurs quand Aznavour chante sur les scènes du monde entier, c’est tout bénèf pour les Arméniens. Même pour Kotcharian qui n’a pas la même voix que lui, vu qu’il a une voix de fausset. Je n’ai pas dit de falsificateur. En tout cas, la voix d’Aznavour, c’est la voix de tous les Arméniens. Quand il parle pour nous, on dirait que c’est nous qui parlons. Comme le jour où  il a déclaré que tout le monde pouvait mourir d’une crise cardiaque, au moment où, au sortir du Paplavok, boîte de jazz à Erevan, un sbire de son ami Kotcharian venait de tabasser à mort un certain Boghos Boghossian, dans les chiottes (auxquelles on avait affecté la vieille Siranouch pour les nettoyer, histoire de lui compléter sa retraite par les pourboires). Une voix d’or, Aznavour. Et qu’on ne s’avise pas de nous le salir, notre monument de sagesse, d’art et de charité.

Dans le domaine du rare, les Arméniens ont Geghart. La moindre mouche touristique arménienne ne peut faire que d’y coller sa trompe à pomper de la merveille. Ah ! Oh ! Ih ! Ah ! On lui montre une église creusée dans la roche à mains nues et elle croit que c’est elle qui a fait ça. De fait, comme les Arméniens n’ont d’autre culture qu’une culture du soi, tout ce qu’on leur montre d’original comme arménien fait miroir. Un Arménien se voit dans Geghart comme dans Aznavour (pas forcément dans Kotcharian, je vous l’accorde). C’est que tout Arménien qui se respecte, même celui qui a la possibilité de voyager loin,  ne s’embarrasse pas du relatif. Le jugement arménien est d’autant plus entier que tout objet arménien est forcément un objet absolu. Ainsi, pour un Arménien, s’extasier sur Geghart suppose qu’on ne doit pas venir lui troubler son plaisir avec Petra. D’ailleurs, il trouverait toujours de quoi mettre Geghart au-dessus de Petra, même si Petra pourrait contenir des dizaines de Geghart. Sans quoi, c’est son esprit qui dégringolerait dans le caniveau en se faufilant comme un cafard cherchant un trou où se cacher. Or, l’Arménien a besoin d’extraordinaire pour rester arménien. C’est pourquoi il a peur de quitter ses frontières. Dérian, Tcharents, Parouïr Sevak seraient-ils des génies si on les comparait à Verlaine, Maïakovski ou Claudel ? La culture arménienne est nationale, car c’est une question vitale.

Cette tendance à vouloir se hisser à tout prix et à la moindre occasion au premier rang des hommes relève du pathologique. C’est le syndrome de la godasse, par référence à cette vieille chaussure qu’on situerait comme la plus ancienne de l’humanité. Il n’y a que les gogos pour y croire. Combien de fois ne m’a-t-on pas dit en Arménie que De Gaulle était arménien ? (Ou né en Arménie, ce qui suppose qu’il avait quelque chose d’arménien). Et même Chirac. Et que le lieu géographique du paradis biblique serait l’Arménie. (Au point où nous en sommes, pourquoi pas ?) De fait, cette propension de l’imaginaire arménien à s’élever au sommet par le truchement d’hommes célébrés par toute la terre montre à quel point les Arméniens se sentent encore rabaissés. Et ceux qui systématisent dans des journaux internes à la communauté ce complexe arménien du number one sont d’autant plus malades qu’ils le propagent en entretenant ce ridicule comme un signe de santé nationale. Il est vrai qu’il ne faut pas dire qu’à l’époque soviétique les chaussures fabriquées en Arménie avaient la réputation de ne durer que trois jours. Un record.

Denis Donikian

26 mai 2017

Brèves de plaisanterie (375)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:38

tumblr_oqiawtO54O1vnghdeo1_500

*

Un jour  fort battu par le temps des horloges

A celle qui narguait les forçats de l’usine

Il  mit sa revanche en pleine gueule

Page suivante »

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.