Ecrittératures

4 octobre 2015

La bâtarde d’Istanbul

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 6:23
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1 – En croisant les histoires de deux familles arménienne et turque dans son roman (Éditions Phébus, 2007, pour la traduction française), Elif Shafak montre non seulement comment la vie déjoue les idéologies mais aussi comment la persistance des non-dits se muent en destruction pathologique des âmes. Construisant son roman comme une énigme qu’elle dévoile selon les gradations d’une tragédie grecque, l’auteure décrit les effets désastreux du génocide de 1915 sur plusieurs générations tant arméniennes que turques, l’histoire des individus subissant la violence d’événements qui les ont précédés. En ce sens, le roman est révélateur de ces cultures travaillées en profondeur par des mémoires étouffées et des vérités inavouables.

2 – Recueillie et soignée par deux femmes, après la rafle du 24 avril qui emportera son père l’écrivain Hovhannès Stamboulian, Sushan connaîtra les orphelinats d’Alep et d’Istanbul pour devenir Shermin 626. Plus tard, prise pour femme par Riza Selim Kazanci, elle mettra au monde un garçon prénommé Levent. Mais retrouvée par un de ses frères, Sushan, soucieuse de sauvegarder son identité, fuira avec lui en Amérique où elle épousera Sarkis Tcharmakhchian avant de lui donner un fils appelé Barsam. Après un premier mariage avec Barsam et la naissance d’Armanoush, Rose, une Américaine de l’Arizona, se remariera avec Mustafa Kazanci, un Turc, au grand dam des Tcharmakhchian.

3 – De Gülsüm « sur qui pesait le devoir de donner naissance à des fils », mariée à Levent Kazanci, « homme tourmenté qui n’hésitait pas à faire usage de sa ceinture pour discipliner sa femme et ses enfants », naîtront quatre filles : Cevriye, Banu, Féride et Zeliha la révoltée, avant qu’elle puisse exaucer le vœu de son époux par la venue au monde de Mustafa. Mal dans sa peau, Mustapha quittera inopinément la Turquie pour l’Amérique. Les deux destins vont se télescoper le jour où Armanoush décidera de retrouver le berceau de sa famille arménienne et de rencontrer celle de Mustafa. Elle se lie avec Asya, la fille de Zeliha, qu’on traite de bâtarde car née de père inconnu.

4 – Douée de divination grâce aux faveurs de son djinni, M. Amer, tante Banu va réussir à recréer les fils du destin en remontant jusqu’à l’histoire de Sushan et du génocide mis en sourdine par la société turque, mais aussi à celle d’Asya née du viol de Zeliha par son frère Mustafa. Venu contre son gré à Istanbul avec Rose pour récupérer Armanoush, Mustafa éprouve alors le sentiment de devoir « mettre un terme à la bataille entre l’amnésie et le souvenir ». Il décide de manger le ashure, son plat préféré, dans lequel Banu aura introduit du cyanure de potassium. A son enterrement Asya apprendra enfin de sa mère qu’il était son Baba.

5 – Évoqué comme un cauchemar dans sa dimension historique, le génocide de 1915, qui sert de toile de fond au roman, joue pleinement sa partition tragique tant dans la conscience des individus que dans les mécanismes de la société turque. En choisissant un bijou représentant une grenade et qui va établir le lien entre le passé et le présent, la famille arménienne et la famille turque, Elif Shafak en fait le symbole précieux d’un « ottomanisme multinational » avant son éclatement orchestré par le « turquisme » et dont la catastrophe continue de détruire aussi bien les enfants des rescapés que ceux des bourreaux.

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22 septembre 2015

Le livre des chuchotements

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 9:32
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1 – Traduit du roumain, Le livre des chuchotements (Éditions des Syrtes, 2013) de Varujan Vosganian embrasse dans leur totalité les évènements du XXe siècle qui ont bouleversé le peuple arménien tant en Anatolie qu’en Roumanie. Mariant habilement chronique historique et récit familial sur le ton du conte pour restituer des « états de conscience », Le livre des chuchotements reste « plutôt un recueil de psaumes, car il parle surtout des vaincus ». En effet, l’auteur réussit à évoquer sur le mode d’un humour teinté de nostalgie et de compassion l’histoire d’un peuple poussé par la haine des hommes à la connaissance des gouffres.

2 – C’est pour se démarquer du Livre des lamentations de Grégoire de Narek, que Vosganian, né dans un siècle où « pour chaque larme versée coula autant de sang que pour un siècle de guerres jadis », choisit de parler des « pleurs étouffés » vers un Dieu qui ne semble plus disponible. Ce récit où la vie des uns s’imbrique dans la vie des autres, où le conteur se raconte à travers les siens tandis que la matière de son livre se transforme « en une réalité qui se multiplie elle-même », ne serait que chaos de faits et de souvenirs si l’auteur ne suivait le filigrane d’énigmes obsessionnelles : le caveau vide de Seferian, le cheval de bois de Missak Torlakian, les armes cachées de Dro ou la déesse Némésis.

3 – Chronique en douze chapitres « de choses témoignées », le livre se développe à partir des figures centrales des grands-pères Setrak Melikian et surtout Garabet Vosganian, qui permettront le déroulement de l’histoire sans fin des Arméniens. Suit une galerie de portraits singuliers : Minas l’aveugle, Anton Merzian l’interrogateur, le bon monsieur Bougepazian, le commandant Onik Tokatlian, le communiste Messia, eshek Simon, Hartin Fringuian et son testament, et tant d’autres vivant à Focşani. A ces histoires dans l’histoire, Vosganian ajoute celles de Mikaël Noradounguian, « le mage des cartes », de Levon Zohrab, leur gardien, du justicier Missak Torlakian qui assassina Bekhboud Khan Djivanshir et surtout de Drastamat Kanayan, dit général Dro.

4 – Soucieux d’inscrire ses personnages dans l’ère tragique des Arméniens, Varujan Vosganian va jalonner son récit de ses catastrophes les plus marquantes : les massacres de 1894-1895, la prise de la Banque ottomane, les sept cercles de la déportation (Mamoura, Islahiye, Bab, Meskene, Dipsi, Rakka, Deir-ez-Zor), l’assassinat de Talaat par Solomon Tehlirian, le rapatriement des Arméniens sur le Rossia au milieu des années 40, la répression bolchévique ou l’utopique Légion arménienne levée par le général Dro. Sans oublier les trahisons des uns, les générosités des autres, leurs actes de bravoure ou leurs rêves. « Les Arméniens de mon enfance vivaient plus dans les photos que parmi les hommes », écrira-t-il.

5 – Dépourvu de personnages imaginaires, comme si son auteur, à la manière de son grand-père Setrak, « entretenait une conversation avec son propre sang », Le Livre des chuchotements fait des va-et-vient constants entre le réel et l’invisible, le témoignage et la légende, la blessure et le souvenir de la blessure. Comme un film composé de flashbacks, de ruptures, de fondus enchainés, le roman cherche à rendre par l’accumulation, couche sur couche, des faits et des personnages, des lieux et des époques, le flux et le reflux des mémoires personnelle de l’auteur et collective du peuple arménien.

6 septembre 2015

Démocrates turcs et génocide arménien (8) : Osman Kavala

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1 – Homme d’affaires turc, Osman Kavala, né à Paris en 1957, appartient à une famille originaire de la ville grecque de Kavala, (annexée en 1913), qui, en 1924, après la chute de l’Empire ottoman, viendra s’installer à Istanbul. Après des études en sciences sociales à Ankara à la fin des années 1970, il part étudier les sciences politiques et la sociologie à Manchester et passe près une année à New-York dans les années 1980. Rentré à Istanbul, en 1982, il reprend les affaires familiales au décès de son père, héritant avec sa famille d’une des plus importantes fortunes de Turquie. A partir de 1985, il se rapproche des milieux culturels fréquentés par l’intelligentsia.

2 – En 2002, Osman Kavala crée Anadolu Kültür, afin de promouvoir les activités culturelles et faciliter des collaborations artistiques à Istanbul et en Anatolie. Dans ce but, des centres culturels seront ouverts à Diyarbakir et à Kars. Dès lors, seront mis en œuvre des échanges avec des artistes et institutions culturelles d’Arménie, en 2005, ainsi qu’une plate-forme commune de cinéma et des recherches en histoire orale. Un orchestre symphonique formé en juillet 2010, composé de jeunes musiciens des deux pays a pu donner un concert à Istanbul et à Berlin. Anadolu Kültür a coproduit la pièce de Gérard Torikian, Le concert arménien ou le proverbe turc, (jouée à Diyarbakir et à Istanbul en novembre 2009) et Chienne d’Histoire, film d’animation de Serge Avédikian (2010).

3 – Au surlendemain des commémorations du génocide arménien dans le monde et à Istanbul , Osman Kavala, directeur du Centre culturel DEPO, accueillit l’exposition d’Antoine Agoudjian intitulée « Les Yeux Brûlants » du 26 avril au 5 juin 2011. Avec Osman Kavala, avouera Agoudjian, « nous avons spontanément éprouvé l’envie d’agréger nos énergies, rejetant délibérément nos appréhensions, ayant pour seule motivation le vœu d’ouvrir une brèche face au rempart sectaire de l’obscurantisme pour enfin devenir les initiateurs d’un dessein utopique, celui de rendre pas à pas audible une voix qui ne l’était plus depuis 96 ans en Turquie. »

4 – Le 25 octobre 2014, participant à un symposium organisé par la Fondation İsmail Beşikci de Diyarbakır intitulé « Diyarbakır et les Kurdes en 1915 », avec l’avocat Erdal Doğan et le coordinateur en charge du projet, Namik Kemal Dinçer, Osman Kavala a invité la société civile turque à se mobiliser pour la reconnaissance du génocide arménien, problème devenu international « car le génocide a créé la diaspora arménienne et cette diaspora œuvre pour la reconnaissance du génocide par les Parlements dans les pays où vivent des Arméniens ».  Par ailleurs, cette question intéresse d’autant plus les Turcs eux-mêmes, qu’il importe moins de compenser une injustice contre le peuple arménien, que de « faire de la Turquie un État plus civilisé et démocratique ».

5 – « Lors de nos entretiens avec des Arméniens de la diaspora, nous avons réalisé que pour eux établir des liens avec leur terre ancestrale est plus important que la reconnaissance du génocide, car pour maintenir leur identité, ils ont besoin de faire le lien avec cette terre », observera-t-il. « Des années après le génocide, ils considèrent les Turcs comme des salauds, tout comme nous les considérons de même. Mais, grâce à Hrant Dink, quelque chose a commencé à changer, car il travaillait à une réconciliation. Après son assassinat, une sensibilité à cette question s’est développée en Turquie. »

23 août 2015

Le scénario du génocide arménien selon Fuat Dündar (2)

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1 – La déclaration de guerre (1er-5 novembre 1914) enchaînant pour les Turcs échecs (Sarikamich dans le Caucase en décembre1914-janvier 1915, Suez en janvier-février 1915, Dardanelles en février 1915) et menaces (tentatives de débarquement allié à partir du 25 avril), il leur restait à empêcher toute attaque en Anatolie orientale. L’offensive anti-arménienne comprit une étape policière d’identification des agitateurs nationalistes dans l’armée ruse. Elle fut suivie de la déportation par Djemal Pacha des Arméniens de Dörtyol et Zeytoun vers la province de Konya en février 1915, provoquant la révolte de Van le 20 avril. Après les arrestations des notables d’Istanbul le 24, se forma l’idée d’un transfert des populations arméniennes vers les déserts de Mésopotamie.

 

 

2 – La crainte générale de leur extermination par les Jeunes-Turcs poussa les Arméniens de Van à se soulever tandis que ceux des provinces partirent en nombre de réfugier en Russie. Le CUP prit cette désertion allant grossir l’armée du Tsar pour une menace directe. L’ordre de Talat d’évacuer « tous les Arméniens sans exception » dans son télégramme codé du 21 juin 1915 coïncida, après la perte de Van le 19 mai 1915, au repliement accompagné de massacres des unités régulières et des troupes irrégulières de l’Organisation spéciale (Teshkilat-i Mahsusa), fondée lors des opérations anti-Roums avec des prisonniers de droits communs, mais dont le rôle exact reste encore à découvrir dans les archives militaires à Ankara.

3 – Après une longue discussion entre Talat Pacha et Chükrü Bey, Djemal Pacha obtint d’installer 2% (soit 11 600 personnes) des déportés à Alep plutôt que dans des régions désertiques. Quant à Rahmi Bey, vali de la province d’Aydin, il s’opposa à toute déportation. De fait, si la décision de déportation est criminelle à plus d’un titre, c’est que Talat avait conscience de son caractère meurtrier. Dès lors, « quelle différence y a-t-il entre cette conscience et l’intentionnalité dont on recherche la preuve ? » Il reste que l’ordre précis d’extermination n’a pas encore été trouvé, faute de pouvoir consulter les archives (CUP et Organisation spéciale), sachant que Talat procédait de manière à ne donner aucune dimension officielle aux évènements.

4 – On peut estimer à 850 000 les Arméniens qui auraient survécu et à 650 000 ceux qui auraient péri au cours de la déportation, des massacres ou dans les camps. Les provinces d’Istanbul, d’Edirne et d’Aydin dans la région égéenne n’ont pas fait l’objet de déportations massives. Ont également été épargnées les familles d’artisans, les familles des soldats et les Arméniens protestants ou catholiques, sauf les garçons de 15 ans et plus et les filles mariées du même âge. Les réfugiés musulmans de Russie furent séparés en Turcs et Kurdes, ceux-ci étant mélangés selon le seuil de 5% pour éviter leur concentration.

5 – Contrairement aux conclusions de Taner Akçam, il n’y aurait eu aucune décision de massacre antérieure aux faits, le massacre ayant été « le produit des circonstances, la conséquence d’une évolution graduelle des évènements », comme l’indique aussi Donald Bloxham. Par ailleurs, loin d’avoir ordonné les massacres, le gouvernement aurait plutôt aidé les bourreaux. « Pour autant, la déportation n’était ni un prétexte ni un aspect secondaire, mais une décision meurtrière ». Enfin, « le nationalisme turc ne précède pas le nationalisme arménien. »

20 août 2015

Les démarches infructueuses du patriarche Zaven

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1 – S’appuyant sur les Mémoires patriarcaux de Zaven Yéghiayan (publiés en arménien au Caire en 1947), Raymond Kévorkian (Le génocide des Arméniens, op.cit.) montre qu’en juin 1915 le prélat fut confronté au refus de tout dialogue par les autorités. De fait, les propos rassurants du Dr Mordtmann, drogman auprès de l’ambassade allemande, étaient d’autant moins crédibles que, jusqu’à la fin du mois de mai, les primats locaux informaient les Stambouliotes par télégrammes sur ce qui était pire que des massacres. Ni les témoins oculaires, ni la déclaration de la Triple Entente du 24 mai 1915 sur la responsabilité du gouvernement ottoman dans leurs « crimes contre l’humanité » n’auront permis au patriarche de mesurer l’ampleur de la catastrophe.

2 – C’est son neveu Dikran, ayant atteint la capitale en août 1915, qui lui décrira les cadavres innombrables parsemant la route de Malatia. Rencontré le 8 juillet, le ministre de la Justice et des Cultes, Ibrahim Pirizâde, évoquera le bon déroulement de déportations rendues nécessaires au regard des autorités militaires. Le patriarche s’étonne alors que le gouvernement punisse « un peuple tout entier », y compris des femmes et des enfants innocents de toute activité antigouvernementale. Selon Said Halim, grand-vizir, vu le 10 juillet, seuls les Arméniens qui exigeaient des réformes et ont pris les armes seraient responsables des mesures adoptées contre eux, la décision du gouvernement étant irrévocable.

3 – Talaat, qu’il parvient à rencontrer grâce au Président du parlement, Halil Menteşe, accuse les Arméniens de fomenter une révolution et d’avoir permis aux Russes d’occuper une partie du pays, affirmant que, loin d’être le fait d’une minorité, c’étaient des centaines de milliers qui, en grossissant les rangs d’un parti, constitueraient une menace pour le pays. Concernant le massacre des femmes et des enfants, Talaat niera et promettra de diligenter une enquête. Pour justifier le sort des ecclésiastiques arméniens, il incriminera ces traîtres d’appartenir à des partis politiques. Durant les démarches infructueuses de Zaven auprès de diverses personnalités (le prince héritier Yusuf Izeddin, le sénateur Abraham pacha Yéramian), il sera aidé par le Dr Vahram Torkomian, libéré de Tchangiri.

4 – Faute de pouvoir infléchir la volonté des Jeunes-Turcs, le patriarche va transmettre des rapports non signés à l’évêque de Bulgarie, Mgr Ghevont Tourian. A l’automne 1915, son information couvre la plupart des vilayet, estimant déjà, au 15 août, les pertes à 500 000 victimes. Il va réussir à faire intervenir le conseiller-juriste de l’ambassade américaine, Archag Chemavonian, pour la mise en place d’une commission mixte de missionnaires allemands et américains devant servir de canal aux aides envoyées par les Arméniens des États-Unis en faveur des déportés parvenus en Syrie.

5 – Déplorant l’impuissance du délégué apostolique romain Mgr Dolci, il a pu sensibiliser l’ambassadeur d’Autriche-Hongrie, Johann von Pallavicini, qui faute d’obtenir la cessation des certaines mesures, parvint à faire accorder des avantages aux Arméniens catholiques. Après le décès de l’ambassadeur Hans von Wangenheim, foncièrement antiarménien, son remplaçant le comte Paul Wolff-Metternich s’impliquera sérieusement dans le dossier arménien et se plaindra auprès des principaux chefs jeunes-turcs. A la fin de 1915, tandis que la presse occidentale s’alarme des crimes commis contre les Arméniens, le patriarche Zaven devient alors leur seul représentant légitime pour agir en leur nom, malgré un contexte défavorable.

29 juin 2015

Face à l’innommable. Avril 1915

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:57
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1 – Entré en clandestinité après la rafle de 1915, Chavarche Missakian fut trahi au moment de passer en Bulgarie. De mars 1916 à janvier 1917, il ira de prison en prison avant d’être libéré à la faveur de l’armistice en novembre 1918. En 1935, il publiera dans le journal Haratch son point de vue de victime pour compléter les souvenirs, relatifs à son arrestation, du policier Ali Riza Öge parus dans le journal Zaman (Istanbul) en mars-avril de la même année. Sous le titre Feuilles d’un carnet jauni, son texte sortira en livre (Aztag, Beyrouth, 1957), puis dans une traduction de sa fille Arpik Missakian, faite à partir de l’édition de 1935 et comportant une postface de Krikor Beledian (Éditions Parenthèses, 2015).

2 – Les souvenirs d’Ali Riza Öge révèlent le piège tendu par l’huissier bulgare Vladimir et Rechad bey contre Chavarche Missakian. Les deux carnets du captif remis à Artin efendi Meguerditchian pour être transcrits en turc seront sciemment traduits à charge. La phrase «  Résoudre l’œillet à trois » devint «  Attentat contre Talaat, Enver et Chukru ». De même, les termes indignés du Vali de Konya, Djelal bey, opposé aux déportations : « Que Dieu punisse ceux qui ont commis ces actes » ! avaient disparu dans la traduction. C’est grâce à la bienveillance de Mehmet Süreya bey, inspecteur d’éducation des écoles arméniennes, que le texte original des carnets fut restitué.

3 – Durant les interrogatoires, Chavarche Missakian niera être le propriétaire des carnets et ne livrera aucune information, aucun nom, aucun secret malgré toutes les ruses et les formes de tortures utilisées à son encontre. La dureté des trois mois passés dans la prison de police le pousseront à songer au suicide. Un jour, tandis qu’Ali Riza l’introduit chez Rechad bey, Chavarche saute du troisième étage sans réussir ni à fuir ni à mourir. Rétabli malgré une fracture du pied, il subira d’autres interrogatoires, toujours sans résultat. Transféré dans les geôles surchargées et crasseuses de la Prison centrale (Mehterhane) en janvier 1917, avec 70 détenus arméniens, il est autorisé à travailler le fer-blanc et à tenir boutique.

4 – De fait, les carnets que Chavarche Missakian contenaient pour l’un le relevé quotidien des arrestations, pour l’autre celui des transferts des trois cents livres-or que le Comité central des Balkans envoyait pour les familles des déportés. Chavarche Missakian jugeait ces carnets d’autant plus importants qu’y étaient consignés aussi des notes codées permettant « de suivre le cours des évènements et la situation ». Homme de parti, il avait pris l’habitude de détruire toute lettre lui parvenant de l’étranger ou de l’intérieur et d’en retranscrire le contenu en langage secret. Les papiers importants du comité avaient été transférés à l’étranger immédiatement après les arrestations d’avril 1915.

5 – « Un des points forts de ce récit » selon Krikor Beledian est de mettre le lecteur en présence de deux personnages obscurs de la littérature du génocide : Hidayet et Haroutioun Meguerditchian.   Le premier, prêtre arménien défroqué, converti à l’islam, qui avait coutume de détrousser ses victimes avant de les livrer à la police, s’enfuira en Anatolie à l’armistice, alors que le second, qui prépara la liste des Arméniens de la rafle du 24 avril 1915, sera exécuté en 1919 par Soghomon Tehlirian. Hemayag Aramiants sera abattu devant sa maison à Guédig Pacha et Vladimir, «  le monstre bulgare », sera liquidé comme plusieurs autres.

16 juin 2015

La société turque vit dans le déni quotidien du génocide arménien

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:06
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1 – Paru sur le site de la plate-forme arméno-turque Repair (http://repairfuture.net/) le 28 mai 2015, en turc, arménien, anglais et français, l’entretien d’Ayşe Günaysu, activiste des droits de l’homme en Turquie, sur le déni du génocide arménien par la société turque est d’autant plus intéressant qu’il vise à déconstruire le discours négationniste orchestré par l’État. Cette négation se lit dans le concept de « douleur et deuil communs » qui met sur un même pied d’égalité l’auteur du crime et sa victime. Reproduite à chaque instant par tous les citoyens, sous forme brutale ou même subtile, elle serait même applaudie par les milieux progressistes soucieux de déculpabiliser la société turque en incriminant l’étranger.

2 – De fait, ces formulations ont pour but d’éviter la honte, même dans un monde culturel de gauche et progressiste qui prétend n’avoir aucun lien avec la « turcité ». Or, cette honte est d’autant plus justifiée que certains bénéficient d’avantages liés au fait de n’être pas arméniens. Par ailleurs, ils appartiennent à une identité ethnique ou religieuse qui est à l’origine du génocide, à des groupes sociaux qui se sont enrichis grâce à « l’absence des peuples détruits » par ce même génocide. Enfin, ils respectent les règles d’ « un État qui assure sa continuité en se basant sur des mythes fondateurs qui font que le génocide se poursuit ». Selon Barış Ünlü, « leur point commun est de ne pas réfléchir sur leur turcité et les privilèges d’être turcs ».

3 – 
Avec sa politique des « condoléances » l’État est passé du négationnisme brut fondé sur des insultes à un négationnisme plus subtil. Tout en reconnaissant les situations « tristes » vécues par les Arméniens, le Premier ministre met leurs souffrances au même niveau que les pertes de guerre. Dire que les Arméniens « ont perdu la vie dans les conditions du début du 20e siècle » pour souhaiter qu’ils reposent en paix, c’est évacuer leur extermination systématique et organisée et réduire ces causes à des situations de guerre, climatiques, économiques ou autres.

4 – Mais pour le Premier ministre, si la libre expression des idées et des opinions sur les évènements de 1915 sert d’exigence démocratique à une société pluraliste, elle ne doit pas fournir l’occasion pour énoncer « des arguments accusateurs, offensants et même provocants » à l’encontre de la Turquie. Dès lors, il est clair que toute évocation du génocide commis envers les Arméniens par l’État ottoman constituera toujours une offense inadmissible pour la Turquie.

5 – La probable présence du Parti démocratique des peuples ou HDP (Halkların Demokratik Partisi) à l’issue des élections à venir permet d’espérer un changement car « les Kurdes sont à un point plus avancé que les Turcs en matière de reconnaissance du génocide ». Écrivains, intellectuels et politiciens kurdes ont maintes fois admis le génocide comme un fait historique, même si certains d’entre eux, comme Abdullah Öcalan ou Besê Hozat ont tenu des propos proches de ceux du gouvernement. Quant au coprésident du HDP, Selahattin Demirtaş il a expressément déclaré : « Nous reconnaissons sans la moindre hésitation la réalité du génocide arménien ».

13 mai 2015

Maître Moussa Prince, précurseur libanais de la reconnaissance.

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 6:08
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1 – Paru dans l’ouvrage collectif Du génocide des Arméniens à la Shoah (Éditions Privat, 2015), l’article de Myra Prince porte sur l’activité de son père : Maître Moussa Prince (1925-1998), Un précurseur libanais de la reconnaissance juridique du génocide des Arméniens, juriste et auteur d’une Pentologie consacrée aux crimes de masse. Le second volume, qui fit l’objet d’une édition spéciale le 24 avril 1975, intitulé Un génocide impuni, l’Arménocide, est l’ouvrage augmenté d’un premier essai de 96 pages, paru à l’occasion du IIe congrès international de prophylaxie criminelle, tenu à Paris du 10 au 14 juillet 1967.

2 – En étudiant d’un volume à l’autre les données ethnologiques, géographiques, politiques et psycho-pathologiques des crimes collectifs, le « cas clinique » de l’arménocide, le judaïcide et les racines historiques de l’antisémitisme, le « crime contre l’humanité » sous l’angle juridique et les mesures préventives contre le génocide, Moussa Prince ouvrait le procès de l’Empire ottoman alors que ni la France, ni l’Europe ne l’évoquaient ouvertement. Le chapitre Ier de L’Arménocide détermine le contexte socio-culturel de la Question arménienne comme partie intégrante de la Question d’Orient jusqu’aux traités de San Stefano (1877) et de Berlin (1878).

3 – Le chapitre II traite du continuum qui commence avec les massacres hamidiens de 1894-1895 et aboutit à ceux d’Adana (1909) avec la complicité des Jeunes-Turcs. Le chapitre III est consacré aux deux idéologies dominantes de l’Empire ottoman à la veille de la Grande Guerre : un panturquisme assimilationniste et un pantouranisme devant s’étendre du Bosphore à l’Asie centrale. Par ailleurs, s’appuyant sur une riche documentation, Moussa Prince démontre l’ordonnancement rigoureux de l’exécution génocidaire, par contraste avec les massacres précédents. Il souligne enfin la réaction timorée de la France compte tenu du « socialisme jeune-turquiste » tandis que la presse répercutait les campagnes de Clémenceau, Jaurès, Bernard Lazare, Bérard ou Péguy.

4 – Accusant d’ignorance délibérée les responsables jeunes-turcs, l’auteur dénonce, dans le chapitre IV, l’indifférence de l’Angleterre, la prudence excessive de la France et le soutien officiel de l’Allemagne à la Turquie. Avec son achèvement par Mustafa Kemal, «  le dernier des bourreaux » (ch. V), l’arménocide se solderait, selon l’auteur, par un bilan d’environ deux millions de victimes (ch.VI), mais aussi un « déni de justice flagrant des puissances alliées », dans la mesure où il s’agirait d’un « crime demeuré impuni par la grâce des « Puissances » et la politique des « Grands »».

5 – Dans son essai, Moussa Prince aura pris soin de stigmatiser l’interruption brutale de la renaissance culturelle arménienne par le génocide, comme s’il fit « décapiter « l’Esprit » » avec « l’emprisonnement, la déportation et l’extermination sauvage » des trois cents intellectuels arméniens qui occupaient « l’avant-scène sur tous les plans de l’activité nationale ». Quant au vandalisme qui affecta les œuvres et les monuments artistiques, à l’anéantissement des trésors ecclésiastiques, à la destruction des monuments par l’artillerie turque dès 1915, comme à Van et à Mouch, ils affectèrent non seulement le peuple arménien mais également la civilisation humaine.

7 mai 2015

LA ROSEE AZNAVOUR

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Les temps sont durs. Mais grâce au Dieu clément, ils nous sont devenus plus supportables.

Car Dieu nous a donné un fils.

Ouvrez le poste, radio ou télévision, un journal du soir ou de la veille, le Monde ou Paris-Match, un livre où fleurit une préface, libérez une porte, embrassez une fenêtre, ouvrez une lucarne ou un hublot et humez l’air du temps, que sais-je encore, déchirez un papier cadeau, écoutez siffler le train ou attendez dans un aéroport et constatez. Il est là. Bien là. Toujours là. Pas pour parler de lui seulement, donner une leçon de longévité ou laisser perler un souffle d’amour, ni évoquer ce qu’il chante ou l’enchante, mais pour être l’Arménie. Car il est son visage et il est sa voix. En vérité, je vous le dis, le visage et la voix de l’Arménie, c’est lui. Mal rasé comme une marmotte au lever d’un jour commémoratif, ou poudré comme une duchesse avant un bal médiatique, le timbre éraillé du parigot qui force le train de ses poumons ou la note fière qui cherche à monter plus haut que sa propre taille, il vous tombe dessus comme une rosée au petit déjeuner, vous accompagne comme une eau de source à votre table de midi ou vous tient la gorge au chaud en s’immisçant dans votre velouté d’asperges. Il peut même arriver qu’il vous berce avant de vous endormir ou qu’il cherche à obséder vos rêves. C’est un vin de vie qu’Aznavour.

Omniprésent Aznavour.

D’ailleurs, en ces durs temps de tempête, les Turcs redoutent d’ouvrir leur poste, radio ou télévision, un journal du soir, un hebdomadaire, le Monde ou Paris-Match, une porte de café, une fenêtre d’appartement, un hublot de navire les ramenant chez eux, d’entendre hurler un chien comme à Istanbul, capitale canine par excellence, ou d’attendre dans un aéroport. C’est qu’ils craignent de tomber sur lui, Aznavour, l’itinérant de la Cause, sur son image, sur sa voix, visage et voix de l’Arménie. A rentrer le cou, ils montrent, ces Turcs, qu’ils ne souhaitent pas être reconnus, comme à baisser la tête pour se faire disparaître, ou à tourner le regard pour viser une colombe, ou à prendre subitement leur téléphone en faisant semblant d’appeler un complice. Mais là encore, qui sait si Aznavour ne va pas leur sauter à la gueule en surgissant comme un diable de leur écran, montrer son visage ou faire entendre sa voix, visage et voix de l’Arménie.

Heureusement les Turcs ont Erdogan pour rester fiers d’être turcs. Mais plus heureux encore sont les Arméniens, car eux, ils ont Aznavour.

Erdogan pèse 100 ans de silence obtenu à prix d’or. Aznavour 1000 chansons qui bruissent de bonheur autour de la planète.

Erdogan, c’est 1,5 million de morts. Aznavour, 180 000 millions disques. Le bide contre le plein.

C’est que l’homme d’honneur a horreur du vide. Surtout l’homme européen. (Je ne parle pas ici de ces Européens vidés de toute honorable européanité, mais du peu d’hommes qui restent encore pour honorer l’Europe). Quand Erdogan parle, c’est le négationnisme qui lâche les chiens de ses obsessions. Avec Aznavour, c’est l’humanisme qui esquisse le sourire d’une vérité têtue et pacifique. Le premier s’écoute lui-même sans réussir à s’entendre car sa fierté d’être turc le conduit à ignorer son ignorance. L’autre est écouté par ses semblables, ses frères humains, qui sont légion.

Erdogan a des armes. Aznavour n’a que ses larmes. Des larmes d’amour. Aznavour pleure sur les Turcs qui ne savent plus pleurer sur l’homme et déplore que leurs armes soient source de larmes et de drames et que leurs yeux crachent du feu.

D’ailleurs à quoi reconnaît-on que la Turquie n’est pas un pays normal ? Au fait, qu’Aznavour n’y ait jamais été invité pour chanter sa « Mamma », pour inviter les uns et les autres à trousser des chemises ou pour prier ceux qui sont tombés afin qu’ils se relèvent. Alors que tous les pays du monde l’ont déjà fait ou presque, et certains plusieurs fois. Je veux dire d’aider à se relever ceux qui sont tombés et ceux qui tombent encore au souvenir de ceux qui tombèrent une fois et à jamais.

C’est qu’en Turquie, les Turcs ont peur qu’Aznavour finisse par leur tomber dessus comme la rosée du matin, par accompagner leur raki, ou qu’il arrive à leur tenir la gorge au chaud en s’immisçant dans leur yayla chorbasi. Sans oublier qu’Aznavour pourrait se substituer à leurs berceuses traditionnelles et assassiner leurs rêves d’assassins en les rendant doux comme des chats de Van et cléments comme des chrétiens de Syrie.

Aznavour, c’est le meilleur ambassadeur itinérant de la cause arménienne. A lui seul, et sans se fatiguer, il fait plus que Davutoglu qui fut ambassadeur à temps plein de la cause vide qui a vidé la Turquie de ses populations chrétiennes. Mais aussi mieux que toutes les associations arméniennes réunies pour conjuguer leurs divisions dans le but de couvrir les croassements du silence par les illuminations de l’histoire. Il suffit qu’Aznavour lève le petit doigt pour que les médias se mettent aussitôt à faire la danse du ventre et céder au tropisme de son érection charismatique.

Si la République d’Arménie a Serge Sarkissian, le président qui s’est élu lui-même, la diaspora arménienne a Charles Aznavour, son président virtuel qui n’a pas eu besoin d’élection pour se faire aimer. Il faut dire qu’à l’international, Aznavour a plus fait pour l’image de l’Arménie que Serge Sarkissian qui défait les Arméniens chaque jour au point de les forcer à l’exil. Il est vrai que l’exil des Arméniens, ça rapporte beaucoup à l’Arménie de Sarkissian. Mais ce n’est pas une raison. Il suffit qu’Aznavour apparaisse quelque part pour qu’aussitôt les Arméniens s’agglutinent autour de sa personne comme la ferraille qui se colle à l’aimant. Avec Sarkissian, c’est le contraire. Il agit en répulsif. C’est pourquoi il se montre rarement, sinon emmuré de gardes du corps.

Quand Aznavour fait un don au président de l’Arménie, le président fait don de ce don à lui-même, laissant des miettes à l’Arménie dont il est président. Mais Aznavour sait ce qu’il fait. Il a la sagesse de la longévité comme le peuple arménien qui n’est pas prêt à compromettre son « dur désir de durer » pour un président éphémère.

Il fut un temps, où je n’étais pas d’accord avec Aznavour, à cause de son omniprésence ad nauseam. C’est que toute ma vie j’ai été entouré d’Arméniens aznavourisés à mort. Un camarade de collège me bassinait déjà en imitant la voix de son dieu. Plus tard, c’est un cousin collectionneur d’affiches qui détournait toutes les conversations en remettant chaque fois son idole sur le tapis. J’ai même connu une Arménienne d’Arménie, frigide comme son intelligence, qui raffolait de ses chansons et qui s’envoyait en l’air rien qu’en les écoutant pour éviter de se mettre en chair avec une autre. Aujourd’hui, ces fanatiques pullulent autour de moi, au point que dès que je peux, je me fais un devoir de me raisonner en lâchant le plus de méchancetés dont je suis capable sur cet idolâtré plâtré au national et sur ses dévots crypto-nationalistes. Et ça me fait du bien. Par exemple, quand Aznavour a poussé son humanisme jusqu’à dire qu’il se foutait du mot génocide pourvu que les Turcs reconnaissent ce qu’ils ont fait et défait. Là, mon sang historique n’a fait qu’un tour. Mes maux ont mis ses mots en charpie. Et ça m’a fait du bien. Ou bien quand il ne s’est même pas révolté au tabassage mortel d’un pauvre homme par un garde du corps du président qui l’avait invité à dîner dans un restaurant jazzophile d’Erevan, le fameux Paplavok. Ce jour-là, j’ai eu mal à mon Aznavour et j’ai commencé à détester le jazz.

Et puis, Aznavour, c’est un adorateur d’honorifiques médailles, et qui trouve honorable de fréquenter les présidents, même les plus déshonorants, pourvu qu’ils lui donnent un musée où exhiber ses médailles le jour où il n’aura plus de assez de veste pour les accrocher. Seulement voilà, le quantitatif débouche un jour et forcément sur le qualitatif. Cent de solitude ont abouti à donner une année d’abondance et de reconnaissance pour notre génocide. Ainsi donc, je suis parvenu à penser qu’Aznavour avait ses raisons et que la raison du plus mesquin dénominateur finit toujours par être balayée par une raison plus grande. Sûrement qu’Aznavour a toujours eu des raisons plus grandes que les plus petits des présidents qu’il a fréquentés avec l’assiduité d’une sangsue. Mais il les gardait secrètement, ces raisons, laissant aux énervés de s’énerver tout seuls afin qu’ils trouvent par eux-mêmes le secret d’Aznavour le grand.

D’ailleurs, tel qu’en lui-même et pour l’éternité, Aznavour est à lui seul une recette anti-âge, un livre vivant du vivre amoureux. Et moi qui peine à me survivre, j’ai fini par comprendre qu’il fallait à tout instant porter sa vie en positif, toujours chantant et vert d’une année sur l’autre, à l’instar des oliviers qu’Aznavour cultive dans ses Alpilles et du mien mis en pot sur mon balcon. Ces oliviers de notre Cause, qui nous enterreront tous. Aznavour compris. Emmenez-moi au bout de la terre….  

30 avril 2015

COMMEMORATION UNITAIRE du 25 Avril 2015

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 7:03
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Commémoration organisée sous l’égide du

COLLECTIF du REVE COMMUN

Associations signataires  (par ordre alphabétique)

– Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie (L’ACORT)

– Association Audiovisuelle Arménienne (AAA)

– Association Culturelle des Travailleurs Immigrés de Turquie (ACTIT)

– Biz-Myassine

– Collectif de Taksim de Paris

– Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe (ATIK)

– Congrès Démocratique des Peuples (HDK – Paris)

– Conseil Démocratique Kurde de France (CDKF)

– Fédération des Associations des Travailleurs et des Jeunes (DIDF)

– Fédération des Droits Démocratiques – France (FDHF)

– Fédération Union des Alévis en France (FUAF)

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