Ecrittératures

9 octobre 2011

Aznavour se rebiffe. Moi aussi…

Depuis que l’Arménie existe, la diaspora semble n’avoir d’autre voix pour se faire entendre que celle de son chanteur patenté. Comme c’est une voix fameuse, chaude, réussie donc, qui se produit tantôt sur scène, tantôt sur les plateaux de la télévision ou sur les radios, grâce à elle cette diaspora s’écouterait parler sur des tribunes où elle n’a pas accès. Quand cette voix parle, la diaspora parle. Quand cette voix se tait, elle se tait. Les autres sont si petites que même en haussant le ton, même en s’accompagnant de chants révolutionnaires au rythme des tambours, même en étant portées par des masses indignées de marcheurs, elles n’arrivent pas à entrer aussi profond dans les oreilles des grands que celle-là, la voix de Charles Aznavour.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre sur celui qui est notre honneur depuis qu’il s’occupe des affaires arméniennes plus ouvertement que jamais. Peu importe ici que j’aime ou n’aime pas le chansonnier ou le personnage. Il faut reconnaître que son engagement envers le peuple arménien reste et restera admirable, inconditionnel, efficace sur toute la ligne.  En effet, pour réussir aussi bien et aussi longtemps, alors que les détracteurs n’ont jamais cessé de ricaner contre lui, il faut savoir aller à l’essentiel et mouiller sa chemise. Aznavour aura montré ce qu’un petit peuple comme le peuple arménien est capable de donner au monde. Or des Aznavour, dans tous les domaines de l’art, de la science et autres, le peuple arménien en a beaucoup. Mais aucun n’a une voix qui porte au-delà des frontières, là où elle veut.

Mais voici qu’après vingt années d’Arménie indépendante et quatre-vingt seize ans de négationnisme turc, Aznavour se rebiffe. Il aura tout essayé pourtant. Mais son Arménie perd ses hommes et la Turquie lui fait perdre patience. Et en chanteur efficace, Aznavour change de stratégie. Et la diaspora tourne avec lui. Ou presque.

Si le mot génocide gêne les Turcs pour reconnaître 1915, employons un autre mot, qu’il fait. Cela ne veut absolument pas dire qu’Aznavour tourne sa veste, et se fait négationniste pour convertir les négationnistes turcs à la vérité historique. Non. Aznavour fait un pas vers le gouvernement turc, afin que les Turcs fassent un pas vers les Arméniens. Seulement, faire un pas vers les Turcs, les Arméniens connaissent. L’excès de confiance a conduit les Arméniens à la mort. A ce stade, cette alerte qui est en chaque Arménien vibre, sonne, se rebiffe. D’autant que des Turcs eux-mêmes, avertis, connaisseurs, droitsdelhommistes admettent qu’il y a eu génocide, à savoir une intention d’effacement par le massacre. Nul n’a le droit d’écraser un fait historique considérable à des fins d’euphémisation tout aussi considérables. La voix d’Aznavour n’est pas la voix de l’histoire. Et on ne peut rien contre l’histoire. Chassez-la aujourd’hui, elle se réveillera demain plus forte, plus outragée, plus dangereuse….

L’autre sujet d’impatience de Charles Aznavour est provoqué par la maffiaïsation qui sévit en Arménie. Une gangrène qui conduit les hommes à fuir le pays au risque d’un affaiblissement de plus en plus critique de la population.  Mais Charles Aznavour serait-il assez naïf pour croire que la maffia arménienne agirait comme un corps constitué indépendamment des politiques ? De ces politiques auxquels il n’accorderait plus aucun crédit, si l’on s’en tient à une de ses confidences, donc tant pour leurs promesses trahies dans la défense de la cause arménienne que pour la paupérisation des Arméniens en Arménie même. Est-ce à dire que cette récente interview donnée à Nouvelles d’Arménie Magazine sonne la fin du sommeil dogmatique d’Aznavour ? Est-ce à dire qu’il aura été baladé par les différents présidents arméniens, habiles à tirer profit de sa notoriété sans rien céder de leurs intérêts propres ? Dix années durant, Aznavour aura fréquenté le président Kotcharian dans l’intention d’être utile à son pays. Durant ses mandats, Kotcharian aura gagné cinq milliards de dollars rien qu’en violant ses pauvres. Aznavour le pragmatique, le lucide, l’efficace Aznavour, le compassionnel Aznavour a fréquenté pendant dix années le fossoyeur des Arméniens sans discontinuer, comme ça, à l’aveugle, pour «  être utile à son pays ». Que n’a-t-il coupé les ponts avec ce Kotcharian quand ses sbires ont assassiné Poghos Poghossian au restaurant Paplavok ? Que n’a-t-il forcé  le même Kotcharian à infléchir sa politique intérieure vers plus de social tandis qu’il déposait des aides européennes sur sa table ? Ne pouvait-il mettre sa voix dans la balance pour faire la morale à un président qui était plutôt enclin à l’instrumentaliser qu’à écouter ses doléances ? Dix années au service de l’Arménie qui n’ont servi à rien. Dix années de flatteries mutuelles, de courbettes, qui ont fait de la voix d’Aznavour une voix sans issue dans les changements nécessaires au pays. Dix années à s’acoquiner avec des politiques favorisant l’enrichissement des uns aux dépens du plus grand nombre par des moyens plus que douteux. C’est que maintenant, monsieur Aznavour, vous serez dans l’histoire celui qui par son silence, par ses fréquentations et par ses choix aura contribué à fragiliser l’Arménie. Car tout artiste qui se respecte ne serre pas la main sale d’un politicien sale. Et vous l’avez fait. Et en le faisant vous avez sali davantage ceux qui en Arménie ont faim et ont froid, faim de démocratie et froid de désespoir.

Qui plus est,  aujourd’hui  vous en remettez une couche en choisissant le côté du fléau Sarkissian. Aujourd’hui, tout en étant le représentant de l’Arménie en Suisse, votre voix se fait entendre pour dénoncer les dérives de la politique actuelle (maffia, émigration) tandis que la voix de la rue en Arménie gronde depuis plusieurs années pour les mêmes raisons. Pendant ces années, vous n’avez pas levé le petit doigt en faveur des indignés d’Arménie. Au contraire, vous avez accompagné, de près ou de loin, par votre engagement, votre silence ou votre sens de la réserve, ceux qui les ont matraqués, ceux qui ont frappé leur voix d’interdit. Et maintenant, voilà que vous y venez. Je veux bien croire que c’est pour une Arménie idéale que vous avez chanté devant le président arménien et le président français. Vingt ans, ça se fête ! Et vous avez raison de voir le verre à demi plein de l’Arménie indépendante plutôt que le même verre à demi vide d’une Arménie au bord du gouffre. Mais c’est ce même vide qui aujourd’hui vous indigne, vous fait peur, vous fait pousser des cris d’orfraie. Car ce vide, c’est la désespérance généralisée des Arméniens dont vous avez fêté en grandes pompes vingt années d’une existence libre. Mais quelle liberté quand ils étouffent et qu’ils doivent fuir le pays pour survivre !

Vingt années… Vingt années qui auraient pu faire de l’Arménie une Suisse du Caucase…

On peut toujours chanter.

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23 janvier 2011

La démocratie par le feu.

La honte ! La honte ! Les Arméniens rasent les murs, ferment leur chapka et remontent le col de leur veste. Ils ne veulent pas être reconnus. Vous vous rendez compte, un peu ! Les Tunisiens ont renversé en quelques jours leur Ben Ali. Mais les Arméniens braillent depuis des années sans faire bouger Sarkissian d’un poil. Un type se transforme en chachlik et voilà toute la Tunisie qui s’embrase.  Pourtant, le chachlik, les Arméniens ils connaissent. Ils ne font même que ça. Eh bien, rien à faire. Ça ne les fait pas descendre dans la rue et ça n’ébranle pas le président. Un jour, à un jeune qui sirotait son café glacé sur une terrasse, je lui ai dit, mais brûle-toi, tu sauveras ta patrie ! Me brûler ? il a répondu. Mais pour quoi faire ? J’ai des cousins en Amérique. Qui paierait mon café glacé sinon ? Et pour me narguer, il s’est allumé une cigarette. En Arménie, les briquets servent à ça, pas à se donner le feu. Les corps s’enfument, et ça fait marcher le business. C’est qu’un Arménien, c’est pragmatique. Un briquet, ça sert à mettre le feu au bois pour le chachlik et ensuite à s’allumer une cigarette.  Chaque Arménien mâle préfère mourir à petit feu dans une pseudo-démocratie plutôt que de se transformer en torche simplement pour refuser cette même pseudo-démocratie. Reprends tes esprits, khyiâr (comprendre cornichon) ! D’ailleurs les militants LTP ( comprendre Lévon Ter Pétrossian) ont horreur de la violence. Ils ont appris ça chez Gandhi.  Mais si Gandhi a réussi à chasser les Anglais, LTP qui avait été chassé par la rue comme président n’est toujours pas arrivé à chasser le président Sarkissian avec la même méthode. Et LTP ne peut tout de même pas demander à Kotcharian de lui donner des cours particuliers en la matière. Ce serait indécent. De fait la non-violence selon LTP est politique, rien que politique. Une non-violence arménienne en somme. Alors que la non-violence selon Gandhi  avait des racines morales et philosophiques. Et même humanistes. LTP veut changer Serge Sarkissian. Gandhi veut changer l’homme. On ne verra jamais des Arméniens accepter de recevoir des coups pour démoraliser leur agresseur et lui tendre avec leurs joues le miroir de sa propre misère morale. Sinon, ce qu’il faut souhaiter aux opposants arméniens, c’est qu’ils aillent faire des stages d’immolation politique en Tunisie. Et surtout qu’ils fassent un pèlerinage à Sidi Bouzid où Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu. C’est qu’on ne peut pas se transformer en chachlik comme ça. Les Arméniens, pour intelligents qu’ils soient, pourraient se rater. Par exemple en appliquant la flamme de leur briquet à leur dernière cigarette, celle du condamné à mort volontaire.  Le temps qu’elle se consume, leur pragmatisme pourrait avoir raison de leur geste salvateur… Comment ? Moi ? Tu voudras que j’apprenne à me faire griller aussi ? Mais j’habite pas l’Arménie ! Arménien, oui, mais arménien et autre chose. Comme Aznavour. Lequel ne fume pas, et il a bien raison.  Ne pas fumer, ça conserve la voix. Et puis il représente l’Arménie en Suisse. Qu’est-ce qu’il irait foutre en Tunisie ? Chanter Ave Mariiiiiiia ?

4 août 2010

Le syndrome de la godasse ou le complexe arménien du number one.


Rendons à César ce qui revient à César et aux Arméniens cette chaussure de cuir récemment découverte d’environ 5 500 ans. Et qu’on ne me demande pas si les Arméniens existaient en ce temps-là comme Arméniens aussi bien qu’ils existent aujourd’hui. Et si oui, s’ils étaient hier ce qu’ils sont encore maintenant. Ni si le pied droit qui porta cette chaussure il y a 5 500 ans était un pied arménien. Ni s’il y a 5 500 ans, des frontières délimitaient un pays qui se serait appelé Arménie où auraient vécu exclusivement des Arméniens. Mais surtout qu’on n’aille pas me dire que d’autres chaussures plus anciennes ont été découvertes avant celle-ci. Comme ces « sandales en corde et autres matières organiques vieilles de 7 000 ans, mises au jour dans la grotte d’Arnold Research Cave, dans l’Etat de Missouri (Etats-Unis) en 1975, et leurs quasi contemporaines exhumées en 1993 dans une cavité du désert de Judée, en Israël », ainsi qu’ose le stipuler la méchante revue Sciences et Avenir. C’est scandaleux que ces sandales ! On parle de cuir ici, et non de corde.  Alors que le lecteur arménien, outré par des assertions qui humilient une fois encore la nation arménienne écrive pour protester à la rédaction de Sciences et Avenir (33 rue Vivienne 75083 Paris cedex 02. e-mail : redaction@sciences-et-avenir.com, téléphone : 01 55 35 56 00). Y en a marre ! C’est du négationnisme de cordonnier. Non content de nous nier par l’histoire, voici qu’on nous nie par la science. Que dis-je ? C’est le génie des Arméniens qu’on veut  passer à la trappe. Intolérable ! Y en a marre ! Marre de marre !

Comme hier ils furent réduits à n’être rien, aujourd’hui les Arméniens voudraient être tout, même ce qu’ils ne sont pas. Mais comme ils ne peuvent être tout, ils cherchent partout des motifs qui les mettent au premier rang des hommes. Car être premier, c’est être quelque chose. Et tout d’abord, c’est faire mentir l’histoire qui a cru rabaisser les Arméniens au niveau le plus bas de l’humanité, là où trottent les chiens et où se faufilent les cafards.

Aujourd’hui les Arméniens n’ont de cesse qu’ils dépassent les autres peuples, multipliant les exemples qui prouveraient leur excellence, quitte à transformer la réalité en fiction et à mettre les choses au diapason de leur mythologie.

C’est ainsi qu’ils se targuent d’être la première nation au monde à avoir embrassé le christianisme comme religion d’Etat.  Embrassé l’embrassement du prochain comme soi-même dans l’élan furieux d’une révélation. Comme si brusquement, à un moment donné de leur histoire, sous le coup d’une grâce divine sans pareille, ils étaient tous passés unanimement dans le camp de la nouvelle religion. Jetant aux orties leurs vieilles croyances, leurs mythes archaïques, leur mentalité terrienne pour ne pas dire paysanne. Comme si la « chose » avait eu lieu sans heurt, sans réticence, sans bataille. Comme si le sang n’avait pas été versé pour que s’impose l’ordre chrétien. Comme si les religions d’alors n’étaient pas en concurrence. Comme si les hommes animés d’intérêts farouches s’étaient soudainement convertis à l’amour de l’homme et à la paix en Dieu. Alors que les affrontements furent atroces, armées contre armées, haines contre haines. Certes, une date est une date. 301 après Jésus Christ restera toujours 301 après Jésus-Christ. Mais le mensonge sur l’histoire est tel qu’aujourd’hui les Arméniens ont du mal avec leur conversion générale spontanée. Ils en viennent même à rejeter comme non arméniens tous ces Arméniens convertis à l’Islam. Sans compter qu’aujourd’hui, en Arménie, l’amour de soi coiffe à chaque seconde l’amour de l’autre au poteau.

Dans le même ordre d’idée, celle où les Arméniens furent excellents, l’expression « premier génocide du XXème siècle ». À croire que nous aurions fait de sacrés efforts pour ça. C’est dire que les Juifs auraient été moins rapides que nous dans la course à l’extermination par les maîtres de guerre et qu’ils n’ont qu’à aller se rhabiller. Ils auront beau faire et beau dire, c’est nous qui avons souffert les premiers d’une volonté d’anéantissement. D’aucuns, encore des négationnistes mal intentionnés, affirment qu’en 1904 les Héréros de l’actuelle Namibie auraient subi un génocide quand la culture allemande représentée sur le terrain par le général Lothar von Trotha s’avisa de les civiliser.  D’accord. Une date est une date. 1904 après Jésus-Christ restera toujours 1904 après Jésus-Christ. Et non 1915. Mais nous, nous avons le nombre de notre côté. Le quantitatif engendre le qualitatif, non ? C’est incontournable. 1 500 000. Les Héréros n’ont qu’à s’accrocher derrière notre locomotive, il n’y aura jamais de place pour eux tellement nos wagons pour l’enfer étaient pleins à craquer.

Et quand un Arménien est au sommet de l’humanité, reconnu par tous les hommes pour telle prouesse ou telle performance, c’est comme si tous les Arméniens en leur entier ressuscitaient dans l’estime des nations. Aznavour par exemple. Ne disons pas qu’Aznavour est arménien. Aznavour est tous les Arméniens. Il est aussi bien Garabed, l’épicier de la rue Beaumont à Marseille que Robert Kotcharian, ex président de la république d’Arménie. Peu importe d’ailleurs que celui-ci ait utilisé sa période présidentielle pour se mettre un magot de 4 milliards de côté. D’ailleurs, l’épicier Garabed l’y a certainement aidé en donnant un peu de ses économies au fonds arménien. Il est vrai que si ce même Garabed avait été aussi célèbre qu’Aznavour, il aurait pu faire mieux pour Kotcharian en demandant à l’Union européenne de mettre la main à la poche pour secourir la pauvrette Arménie. D’ailleurs quand Aznavour chante sur les scènes du monde entier, c’est tout bénèf pour les Arméniens. Même pour Kotcharian qui n’a pas la même voix que lui, vu qu’il a une voix de fausset. Je n’ai pas dit de falsificateur. En tout cas, la voix d’Aznavour, c’est la voix de tous les Arméniens. Quand il parle pour nous, on dirait que c’est nous qui parlons. Comme le jour où  il a déclaré que tout le monde pouvait mourir d’une crise cardiaque, au moment où, au sortir du Paplavok, boîte de jazz à Erevan, un sbire de son ami Kotcharian venait de tabasser à mort un certain Boghos Boghossian, dans les chiottes (auxquelles on avait affecté la vieille Siranouch pour les nettoyer, histoire de lui compléter sa retraite par les pourboires). Une voix d’or, Aznavour. Et qu’on ne s’avise pas de nous le salir, notre monument de sagesse, d’art et de charité.

Dans le domaine du rare, les Arméniens ont Geghart. La moindre mouche touristique arménienne ne peut faire que d’y coller sa trompe à pomper de la merveille. Ah ! Oh ! Ih ! Ah ! On lui montre une église creusée dans la roche à mains nues et elle croit que c’est elle qui a fait ça. De fait, comme les Arméniens n’ont d’autre culture qu’une culture du soi, tout ce qu’on leur montre d’original comme arménien fait miroir. Un Arménien se voit dans Geghart comme dans Aznavour (pas forcément dans Kotcharian, je vous l’accorde). C’est que tout Arménien qui se respecte, même celui qui a la possibilité de voyager loin,  ne s’embarrasse pas du relatif. Le jugement arménien est d’autant plus entier que tout objet arménien est forcément un objet absolu. Ainsi, pour un Arménien, s’extasier sur Geghart suppose qu’on ne doit pas venir lui troubler son plaisir avec Petra. D’ailleurs, il trouverait toujours de quoi mettre Geghart au-dessus de Petra, même si Petra pourrait contenir des dizaines de Geghart. Sans quoi, c’est son esprit qui dégringolerait dans le caniveau en se faufilant comme un cafard cherchant un trou où se cacher. Or, l’Arménien a besoin d’extraordinaire pour rester arménien. C’est pourquoi il a peur de quitter ses frontières. Dérian, Tcharents, Parouïr Sevak seraient-ils des génies si on les comparait à Verlaine, Maïakovski ou Claudel ? La culture arménienne est nationale, car c’est une question vitale.

Cette tendance à vouloir se hisser à tout prix et à la moindre occasion au premier rang des hommes relève du pathologique. C’est le syndrome de la godasse, par référence à cette vieille chaussure qu’on situerait comme la plus ancienne de l’humanité. Il n’y a que les gogos pour y croire. Combien de fois ne m’a-t-on pas dit en Arménie que De Gaulle était arménien ? (Ou né en Arménie, ce qui suppose qu’il avait quelque chose d’arménien). Et même Chirac. Et que le lieu géographique du paradis biblique serait l’Arménie. (Au point où nous en sommes, pourquoi pas ?) De fait, cette propension de l’imaginaire arménien à s’élever au sommet par le truchement d’hommes célébrés par toute la terre montre à quel point les Arméniens se sentent encore rabaissés. Et ceux qui systématisent dans des journaux internes à la communauté ce complexe arménien du number one sont d’autant plus malades qu’ils le propagent en entretenant ce ridicule comme un signe de santé nationale. Il est vrai qu’il ne faut pas dire qu’à l’époque soviétique les chaussures fabriquées en Arménie avaient la réputation de ne durer que trois jours. Un record.

Denis Donikian

15 octobre 2009

Diaspora arménienne, cocue des uns, otage des autres.

« Car l’égarement des stupides les tue,

et l’insouciance des insensés les perd.»

(Proverbes, 1, 32).

Les votch (non) vociférés à l’encontre du Président Serge Sarkissian devant la statue impassible de Komitas à Paris, le 2 octobre dernier, a donné lieu à une véritable foire d’empoigne. Elle m’a rappelé cette époque, en France, où la diaspora s’entredéchirait à propos de l’Arménie soviétique. Ce 2 octobre, des Arméniens étaient aux prises non seulement avec la police, mais avec d’autres Arméniens. Le bruit et la fureur auront au moins permis aux médias, qui ne sont pas à une schématisation près,  de déclarer que « les » Arméniens étaient opposés aux protocoles. On peut imaginer ce qu’ont dû penser ceux qui étaient opposés à ces Arméniens de l’opposition. Je veux dire ceux qui n’ont pas pour habitude de répondre à l’appel d’aucun parti pour quelque cause que ce soit et qui sont assez jaloux de leur indépendance d’esprit pour ne pas subir la contagion des rengaines et des slogans. Or, ce jour là, on aura vu un évêque arménien faire des tentatives désespérées pour apaiser les esprits, tandis qu’on criait de tous côtés à la trahison. Ce jour-là, on aura entendu le mi-président du CCAF faire allégeance au président de l’Arménie, tandis que l’autre mi-président du même CCAF le menaçait de tous les maux s’il persistait à vouloir signer les protocoles. Ceux-ci auront au moins eu pour effet de déchaîner les passions nationales et de révéler  nos clivages. On ne pouvait s’attendre à moins tant les enjeux sont importants. Et les Arméniens ont démontré pour le moins qu’ils étaient un peuple normal. Mais ce qui n’est pas normal, c’est que ce jour-là les vociférants se sont arbitrairement érigés en défenseurs légitimes de la cause arménienne et même en représentants uniques de la diaspora en France. De la même façon que la publicité dans le quotidien Le Monde – on ne sait payée par qui et avec quel argent –  a pu laisser croire que cette même diaspora était unanimement contre la signature des protocoles.

Ces événements auront au moins eu pour effet de nous faire amèrement sourire pour plusieurs raisons.

La première raison est que ces protocoles ont seulement montré ce que les protagonistes ont bien voulu. Et comme l’iceberg  comporte une partie immergée, les protocoles n’ont laissé voir qu’une part minime de leur histoire. Certes, on aura donné à lire aux peuples concernés le texte final qui appelait les signatures turque et arménienne. Mais en ce cas, on peut s’étonner que les partisans du votch n’aient pas eu la même lecture que ceux-là mêmes qui ont contribué à l’élaboration de ces textes. Est-ce à dire que nos opposants étaient mieux informés que ceux-là mêmes qui ont, durant deux années, mené les tractations avec la partie adverse pour défendre bec et ongles les intérêts arméniens, comme on le suppose ?  D’un côté, on entendait les uns affirmer que les autres bradaient le génocide et insultaient nos morts, et ces mêmes autres déclarer le contraire. Les uns qu’on vendait le Karabagh, les autres qu’il n’en avait jamais été question. (Le comique étant que les premiers qui n’avaient jamais combattu pour ce même Karabagh faisaient la leçon à ceux qui s’y étaient illustrés). Dès lors, on est en droit de se demander sur quelles informations claires les partisans du votch se sont-ils mobilisés et pourquoi ne nous ont-ils pas éclairés afin que nous-mêmes nous nous rangions à leur côté ? Ou selon quels intérêts ? À moins qu’ils n’aient suivi un mot d’ordre ou qu’on ait joué sur une corde sensible ? Ou simplement sur des affects comme la peur, la frustration, la méfiance, ou que sais-je encore ?

Une autre raison de sourire amèrement fut le spectacle non de nos dissensions, somme toute naturelles, mais d’une forme d’incohérence qui augure mal de notre avenir, tant la passion des uns aura débordé la raison des autres. Ce jour-là aura pour le moins révélé la faillite sinon la faille du CCAF Paris (Conseil de coordination des Associations arméniennes de France). En effet, on suppose que ces protocoles, en raison de leur importance historique, ont fait l’objet d’âpres discussions au sein de cet honorable conseil dit de coordination. Que ces mêmes discussions ont dégagé un choix à faire, une attitude à prendre et que toutes les composantes avaient décidé de s’y conformer. Or, visiblement, il n’en a rien été. L’enjeu a fait éclater la bulle qui n’avait réussi jusque-là qu’à gérer nos 24 avril. La logique de parti l’aurait-elle emporté sur la discipline démocratique ? Toujours est-il que ce 2 octobre, les membres éminents du CCAF auront manqué d’accorder leurs violons. Ainsi, après des années d’efforts honorables, ce conseil dit de coordination montra ce jour-là ses propres limites et par là-même révéla nos propres pathologies. Il est aisé de comprendre qu’elles tiennent au fait que les uns, au nom de je ne sais quelle légitimité, s’estiment autorisés à parler au nom de tous les autres, à s’ériger en uniques défenseurs des intérêts arméniens, à monopoliser tout ce qui se pense et se fait autour du génocide et de son corolaire négationniste. Qui, ce jour du 2 octobre, a réussi à prendre ma voix en otage au point qu’on l’ait absorbée dans une diaspora profondément irritée à l’idée qu’on veuille toucher à son génocide ? Qui m’a ôté ma liberté de penser autrement cette histoire de protocoles ? Le CCAF serait-il devenu un machin qui se mâche comme un chewing-gum ou une organisation qui s’efforce de représenter honnêtement et raisonnablement les voix arméniennes de France ? De la même manière que la Fédération euro-arménienne, dont on aurait du mal à ne pas saluer  par ailleurs le travail d’alerte accompli au plan européen, outrepasse ses prérogatives quand elle s’arroge le droit de lancer des proclamations péremptoires au nom de tous les Arméniens. Evoquant une  déclaration faite par sa présidente,  en date du 12 octobre dernier, l’agence NOVOSTI  rapporte : « Hilda Cheboyan [sic] a souligné que le président Serge Sargsian, dans son adresse à la nation du 10 octobre, a éludé les références au génocide arménien, à la reconnaissance des frontières turco-arméniennes et au conflit du Haut-Karabakh. Ces trois concessions ont été sévèrement condamnées par les Arméniens qui estiment que la Turquie doit assumer la responsabilité politique et juridique de ses crimes contre le peuple arménien ». Si j’appartiens à ces Arméniens qui estiment que «la Turquie doit assumer la responsabilité politique et juridique de ses crimes contre le peuple arménien », que je sache je n’ai jamais pensé que  Serge Sargsian faisait des concessions pour le condamner sévèrement. En conséquence, parmi ces « Arméniens qui estiment que… », on aurait dû reconnaître que d’autres, à l’instar de messieurs Aznavour, Alain Terzian (président de l’Académie des Césars) et Alexis Govciyan (président du CCAF), estimaient différemment cette affaire de protocoles. Histoire de ne pas les censurer, ni de les mépriser en faisant comme s’ils n’existaient pas.

Les Arméniens aspirent à l’unité. Mais unité ne signifie pas uniformité. Il est naturel et souhaitable que s’élèvent des voix différentes même quand il s’agit d’une cause unique comme la lutte contre le négationnisme de l’État turc. L’équilibre s’établit quand toutes les composantes sont prises en compte et que les tendances minoritaires se plient aux exigences d’une orientation majoritairement choisie. L’histoire a fourni aux Arméniens des événements si extrêmes qu’ils ont déchaîné des passions non moins extrêmes : génocide, soviétisation, tremblement de terre,  pogroms, guerre, négationnisme, etc.  De quoi perdre l’esprit, mais surtout le sens de l’unité nationale. L’étonnant est de constater qu’en dépit de nos divisions, les Arméniens tiennent toujours le cap. Mais pour combien de temps ? De fait, ceux qui chez nous sont prêts à céder du terrain au nom du principe d’unité deviennent  rapidement la proie de ceux qui vandalisent sans vergogne l’esprit démocratique. Certes, et contrairement à ce que l’on devrait penser, on pourrait leur donner raison à ces prédateurs arméniens de la cause arménienne. En effet, la diaspora en France a été, au cours de son évolution, dans l’incapacité de s’organiser en société comportant des représentants élus. (Et en dépit des tentatives et des propositions faites, elle n’est pas près d’y parvenir). Devant les assauts répétés du négationnisme turc, force était que quelques-uns  montent au créneau sans attendre. Ceux qui avaient une tradition de combat politique l’ont occupé de leur propre initiative. Mais la frontière reste poreuse entre défendre les intérêts des Arméniens et défendre les intérêts de son parti. Un système pervers ne peut qu’engendrer des comportements pervers. Cette anomalie est d’autant plus dommageable qu’elle contribue au déséquilibre de nos choix, qu’elle alimente nos dissensions et empoisonne les tentatives unitaires. Mais si la diaspora n’est pas une, je veux dire organisée dans la défense d’une seule cause, comment dès lors pouvons-nous espérer faire contrepoids aux anomalies politiques et sociales qui sévissent en Arménie quand le peuple souffre de notre impuissante capacité à atténuer ses souffrances ? Comment dès lors cette diaspora peut-elle espérer s’inscrire dans les rapports diplomatiques arméno-turcs en tant qu’entité nationale ayant des droits et des revendications à faire valoir ? À quand un Congrès Mondial Arménien ?

Oui, il est un fait que certains disposent du génocide en véritables prédateurs. Ils ont l’ancienneté du combat avec eux, ils ont l’argent, ils ont la force mobilisatrice et donc ils prétendent posséder seuls le droit, la science et la sagesse. À eux donc le destin de la diaspora arménienne. Pour y arriver, ils sont prêts à tous les compromis, vu qu’ils ont tous les droits et que ces compromis ne peuvent être que sages et scientifiques. Je ne leur reprocherai pas leurs compromis d’hier, la confusion des temps et l’urgence des décisions à prendre incluant des risques inéluctables. Ni que leur terrorisme publicitaire comportait un plan B pour leurs auteurs (terme pudique pour exprimer une échappatoire vers la vie sauve) et rien pour ces gens qu’on massacra par centaines en guise de représailles.(« What kind of heroism is it when the heroes survive and the people perish? », écrit Ara Baliozian dans son billet du 14 octobre 2009).  Mais que ces fanatiques de la chose arménienne aient largement joué dans la cour d’un Kotcharian et de ce même Sarkissian qu’ils nous demandent aujourd’hui d’abhorrer me laisse pantois tant ils oublient que le sang de ces années là tache aussi leur costume. En d’autres termes, après avoir longtemps dit oui-oui à un pouvoir trouble et inquiétant, les voici partisans du non, baladant à leur gré une diaspora qu’ils manipulent au rythme d’un métronome.

Certes, il  n’est jamais trop tard pour se réveiller de ses erreurs. Mais il est des erreurs dont on ne se relève pas. Car ceux qui avaient le droit, l’ancienneté, l’argent, la force mobilisatrice n’ont-ils pas irrémédiablement dévoyé la culture de la diaspora. Ils l’ont atrophiée à force de la gaver d’histoire, de rancœurs et de rancunes. Ils veulent regagner, ce que leur naïveté, leur arrogance, leur narcissisme idéologique ont fait perdre à la nation arménienne. Quitte à mettre en péril le peu qui nous reste, ce territoire qui n’aspire qu’à vivre en paix, à prospérer et à respirer au sein de frontières stables. Ils dressent leurs enfants pour les transformer en instruments au service d’idéaux passéistes, et peu soucieux de leur liberté, ils en font des robots aboyeurs de conneries mystiques. À force de fuir ou d’éloigner ceux qui alimentaient l’esprit critique, ils se sont aveuglés sur eux-mêmes. À force de développer le goût de la revanche, ils se sont fanatisés contre leur propre peuple. Car le fascisme arménien est une production du fascisme turc. Mais son champ d’exercice a été la culture arménienne qu’il a gangrenée de mythes destructeurs, d’utopies fumeuses et de censures secrètes. Et il inspire aujourd’hui les répugnances les plus profondes même auprès des jeunes Arméniens soucieux d’apporter sa pierre à l’édification morale du monde. Or sans relève, la diaspora ne s’en relèvera pas.

Denis Donikian

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13 août 2009

Pauvre Arménien !

homme de faimHomme de faim

*

–          Vous dites que vous êtes un pauvre d’Arménie. Que puis-je faire pour vous ?

–          Je le dis parce que je le suis. Je n’ai pas de travail, on ne m’a toujours pas donné de maison après le tremblement de terre, je ne mange pas à ma faim, maintenant je vis sur la décharge de Noubarachèn et ma vie est bouchée. Ce gouvernement m’a rejeté si loin, qu’il ne m’entend plus. Je n’ai pas d’autre moyen que de me tourner vers le premier venu pour que soit mis fin à ma situation qui est celle de milliers d’autres.

–          Je pourrais prévenir Aznavour. 100% arménien, 100% français et 100% suisse. Mais il doit être très occupé à faire ses adieux à la planète et à représenter Serge Sarkissian aux Nations Unies. Il ne peut pas être au four,  même s’il n’y a pas de feu, au moulin, même s’il n’y a plus d’eau,et en plus parler des Arméniens pauvres. Il a assez donné de lait, même si c’était de la poudre, ce n’est quand même pas une vache inépuisable. Je vais téléphoner à l’écrivain Denis Donikian, il s’est spécialisé dans la peinture en noir de l’Arménie et des Arméniens. Il adore la merde. Dans son livre Un Nôtre Pays, il n’arrête pas, une vraie diarrhée… Allo, Denis Donikian ! Bonjour. Voilà, j’ai un pauvre d’Arménie sous la main, ça vous intéresse ?

–          Un vrai pauvre ? Un pauvre authentique, certifié conforme j’espère.

–          Oui, il vit sur la décharge publique.

–          C’est donc probablement un vrai. Mais malheureusement, dites-lui que des pauvres comme lui il y en a des milliers dans le monde. Même en France on a des pauvres. C’est vraiment pas original. En diaspora, on n’aime pas qu’on salisse le pays en citant des exemples de misère qu’on trouve partout ailleurs.

–          Je vous le passe.

–          Allo ! Donikian faites quelque chose. Parlez de nous. C’est votre rôle d’écrivain non ? Sinon, qu’est-ce je peux faire ?

–          Rien. Souffrir en essayant de ne pas mourir trop tôt. De toute manière, manger de la viande n’a jamais été très bon pour l’espérance de vie.

–          Mais je mange dans les poubelles des autres !

–          À la bonheur. Au moins vous mangez.  Il y a des pays où l’on n’a même pas ça. Dans ce cas, triez les légumes et les fruits. Même pourris, ça reste des légumes et des fruits. De temps en temps, si le cœur vous en dit, choisissez une poubelle de restaurant. Vous pourriez y trouver un reste de khorovadz ou de lahmedjou, qui sait ? Votre pauvreté est malheureusement trop commune.  La diaspora  n’aime pas qu’on parle des pauvres Arméniens pour salir l’Arménie.

–          Mais c’est qui Diaspora ? Un nouveau riche ? Une veuve de la campagne arménienne qui s’est recyclée en épousant un industriel ? Ou une sorte de caniche ?

–          C’est un peu tout ça. La diaspora va une fois par an en Arménie pour divertir son deuil, y fréquente les restaurants pour manger du khorovadz et affiche toujours chez elle un poster représentant l’Ararat, le symbole de la beauté arménienne.

–          Eh bien qu’elle l’escalade son Ararat ! Et où elle fera sa merde, la diaspora, durant son ascension ? Sur le symbole de la beauté arménienne ! A moins qu’elle apporte des sacs plastiques. D’ailleurs, nos vieux en vendent sur les marchés d’Erevan, des sacs plastiques. Avez-vous jamais vu ces petits vieux, Monsieur Donikian, vendant des sacs plastiques pour assurer leur pain quotidien ? En tout cas, nous ici, à la décharge, on se décharge directement dessus. Pas de chasse-d’eau, pas de papier hygiénique doux et rose… Et rien pour s’asseoir et lire des magazines de luxe tout en faisant. C’est très inconfortable. On baigne dans une odeur de pourriture au point qu’on se sent devenir soi-même pourriture à la longue.

–          Vous exagérez, il y a plus malheureux que vous en France.

–          Et est-ce que les écrivains français parlent des pauvres français ?

–          Oui, ils en parlent. Ils parlent de ce qui est révoltant en général.

–          Mais alors, ils salissent la France ?

–          Pas du tout, ils sont l’honneur de la France au contraire.

–          Et pourquoi seraient-ils l’honneur de la France ? Je ne comprends pas.

–          Parce qu’ils défendent les droits individuels. Sans eux la France ne serait pas la France.

–          Donc, quand un écrivain arménien défendant les pauvres arméniens salit l’Arménie, un écrivain français qui défend les pauvres français devient l’honneur de la France ? Je ne comprends pas.

–          Moi non plus.

–          Si les écrivains arméniens ne peuvent pas parler des pauvres arméniens pour ne pas salir l’Arménie, de quoi doivent-ils parler ? Du mariage du fils Kotcharian avec Sirousho ? De la demeure romano-grecque sur la route d’Ashtarag ? Ou des kilos en trop de Dodi Gago ?

–          Si c’est beau, c’est de l’info.

–          Ah, parce que le mariage de Sirousho, la maison romano-grecque et les kilos de Dodi Gago vous trouvez ça beau  quand tout autour grouille une population de la débrouille et de la survie.

–          Vous exagérez un peu non. Il est vrai que si nos journaux français ne devaient parler que de ce qui ne salit pas France, ce serait la mort du journal Le Monde, de Libération, et de tant d’autres… Les journalistes devraient ne s’occuper que de mode, de recettes de cuisine, de produits cosmétiques, de courses de chevaux… Que sais-je encore ? En tout cas, pour ma part, je ne peux rien pour vous. Vous avez beau être arménien, manger sur la décharge, ou ne pas avoir de travail, vous pouvez crever la bouche ouverte, car vous n’êtes pas si malheureux que ça. En France, au Nicaragua, en Zambie, dans les pays d’Afrique, c’est pire. Je raccroche.

–          Ne raccrochez pas, monsieur Donikian ! Ne raccrochez pas. Nous sommes quand même la première nation à avoir adopté le christianisme, non !

–          Et toi, tu es le mouton qu’on sacrifie.

… Bip… Bip… Bip…

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