Ecrittératures

13 août 2010

« Journal de déportation ». Ah quel titre ! À quel titre ?


Dans ses souvenirs personnels sur les années 1914-1919, intitulés Anidzial dariner, soit en français  Années maudites, Yervant Odian raconte comment il fut obligé de changer de nom. Devenu Aziz Nouri, islamisé et négociant en lampes. Une question de survie. Comme ces femmes arméniennes qui porteront sur leur peau le tatouage symbolisant leur désarménisation. Marquées au sceau d’une schizophrénie résignée.

Pour sa part, Yervant Odian n’aura de cesse qu’il réintègre son patronyme. Son livre raconte l’odyssée qui, en trois ans et demi, va de la perte à la récupération de ce nom qu’il aura mis trente ans à construire par l’écriture. Puis, après son retour à une vie normale, il intitulera par l’expression Années maudites sa chute dans l’abîme de la désidentification forcée. C’est ce qu’il a voulu donner comme nom à ces pages de son existence arrachées à l’oubli de soi. Titre on ne peut plus adéquat comme l’ultime révolte contre la malédiction qui aura pesé sur tous les Arméniens durant cette période noire d’une guerre à l’intérieur de la guerre. Guerre ethnique au sein d’une guerre mondiale.

Renseignement pris, les Éditions Parenthèses, qui ne sont pas à leur premier coup de baguette magique, ont délibérément décidé de substituer au titre choisi par Yervant Odian celui de Journal de déportation. Un éditeur a le droit de penser à sa boutique. Mais a-t-il tous les droits, même d’abuser de l’absence des ayants droits, en l’occurrence ceux de Yervant Odian ?

Il est vrai que Journal de déportation constitue un titre plus porteur qu ‘Années maudites. Il vous cible une clientèle bien plus large que le cercle de plus en plus étroit des lecteurs arméniens. Une clientèle qui commence avec la communauté juive, nation « exemplaire » dans ce domaine,  et qui englobe toutes les formes d’exil, collectif ou individuel, tous les déplacements de population qui racontent l’histoire d’une humanité en proie à la terreur.   Donc, ce titre fait vendre. Mais ce n’est pas un beau titre. Car ce n’est pas un titre vrai. Ce n’est pas un titre de Yervant Odian. C’est un titre des Éditions Parenthèses. Un titre commercial et non un titre humain. Et c’est encore le rapt d’une identité. Un tatouage tragique et farfelu sur la peau d’une couverture résignée à l’impuissance. Une affaire d’éthique.

Ce n’est pas un titre vrai car Yervant Odian n’a pas écrit son livre au jour le jour. Mais seulement après son retour à Constantinople. D’ailleurs, le pouvait-il ? Certes, durant certaines périodes d’accalmie il parvient à prendre des notes. Trois cahiers pleins qu’il dissimule dans une cachette et qu’il se résout finalement à détruire de crainte que sa découverte ne compromette ses amis et ne mette en danger sa propre existence. Mais comment peut écrire un homme qu’on chasse en permanence vers le désert pour qu’il y crève comme un chien ? L’homme traqué a la tête bien trop chaotique pour faire une pause. Harcelé, il regarde de tous côtés,  surtout devant. Il cherche une issue de survie. Mais les Éditions Parenthèses ont un cœur bien trop commercial pour l’entendre de cette oreille. Les Éditions Parenthèse forcent Yervant Odian à sortir chaque soir un papier qui n’existe pas, d’un tiroir qui n’existe pas, et à écrire sur une table qui n’a pas sa place dans une prison bondée de brigands et puant la saleté. À telle enseigne qu’on est en droit de se demander si les Éditions Parenthèses, bien pourvues en papier de toute sorte et en tables de bureau, ont pris soin de soumettre la traduction à une relecture scrupuleuse, comme on le fait dans toute bonne maison de publication avant de mettre un livre sur le marché. Histoire non seulement d’effacer les anomalies qui auraient échappé au traducteur, mais aussi de comprendre qu’Yervant Odian  n’était pas en mesure de tenir un journal concernant sa déportation. D’autant que s’il l’avait vraiment fait, son livre écrit à chaud n’aurait pas pris la forme que lui confère la distance due à ce qu’il nomme en sous-titre des « souvenirs personnels ». L’expression Journal de déportation détruit d’emblée la poétique du livre. En ce sens, disons-le tout de go, ce titre apocryphe relève aussi d’une affaire esthétique.

Malheureusement, le premier sur lequel retombe pareil faux pas est le traducteur. Les naïfs auront beau jeu de l’incriminer pour avoir trahi l’auteur en affublant son livre d’un titre fallacieux. Déjà, ici ou là, des voix protestent à son encontre. Ignorant quel homme scrupuleux est le traducteur. Et si respectueux de Yervant Odian qu’on n’aurait pas eu besoin de lui téléphoner pour apprendre de sa bouche que ce surtitre n’est pas sorti de sa plume. Mais quand on met un traducteur devant le fait accompli, que la couverture est tirée, le livre imprimé, que lui reste-t-il contre quoi se battre sinon le dégoût et la démission.  D’où il ressort de cette affaire qu’elle est également une affaire morale.

Mais le plus grave est la confusion qui découle d’une pareille bévue. Laissons au profane le soin de démêler si Yervant Odian a écrit un ou deux  livres sur son exil des années 1915-1919. Journal de déportation et Années maudites fonctionnent comme deux titres de deux textes sur une même épreuve de la souffrance. Mais le mal semble déjà avoir été fait quand on retrouve dans tel ouvrage récemment paru ou telle recension  le seul titre de Journal de déportation. Je n’ose même pas envisager le cas du chercheur peu scrupuleux mentionnant ce dernier titre comme un ouvrage de Yervant Odian. Les autres auront à spécifier dans leur bibliographie qu’il s’agit d’une mauvaise traduction du titre originel. Une faute qui se répercutera sans fin et dont le traducteur fera sans fin les frais. Une faute éditoriale.

Regrettable, me direz-vous. Non, criminel. Un crime de lèse identité. Une monstrueuse spoliation. Une bêtise.

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A lire également Pratiques d’un éditeur.

20 avril 2010

Pas plus que la pie n’est voleuse, la Turquie n’est menteuse.

 

« Foi d’animal, dit la pie, je ne suis pas  voleuse. Le vol est une catégorie qui ne  m’appartient guère. Moi voleuse ? Mais qu’est-ce que c’est que ça, le vol ? » Au vrai, notre jacasse est bien trop étrangère aux catégories morales de l’homme pour se reconnaître dans nos anathèmes. Et même pas du tout. La pie est irrémédiablement dans le monde des pies, des volatiles et autres animaux. N’en déplaise à La Fontaine qui fit des bêtes un miroir tendu au regard de notre humanité.  (Et Dieu sait si à la longue l’esprit de La Fontaine n’aurait pas fini par croire que les animaux étaient là pour enseigner aux hommes à être plus humains). Hormis les scientifiques qui s’obligent à observer les espèces vivantes telles qu’elles sont, les hommes n’ont de cesse de vouloir humaniser la nature. Ainsi la pie est voleuse et le restera encore longtemps.

Concernant la reconnaissance du génocide, les Arméniens agissent envers les Turcs selon le même réflexe assimilateur. Les Arméniens veulent arméniser les Turcs. Non pas à la manière dont les Turcs ont turcisé les Arméniens en 1915 et après, c’est-à-dire en les vidant de leur identité au profit de l’identité turque. Non. Les Arméniens voudraient seulement que les Turcs pensent le monde comme eux, c’est-à-dire comme tout le monde. Chaque 24 avril que le monde fait, les Arméniens du monde entier se déchirent la poitrine pour brailler aux oreilles des Turcs qu’ils ont le devoir de penser le génocide de 1915 comme eux. Mais les Turcs restent cois. Pourquoi ?

De fait, les Arméniens  croient la grande majorité des Turcs capable d’avoir le même rapport qu’eux à la vérité. Si c’était le cas, les Turcs négationnistes seraient des menteurs. Mais qu’est-ce que mentir sinon nier ce qui est. Or les Turcs ne nient pas ce qui est car ce qui est dans le monde des Turcs concernant le génocide n’est pas ce qui est dans le monde des hommes en général, et des Arméniens en particulier. C’est que les Turcs n’ont pas été élevés dans la vérité universelle, mais dans une vérité parallèle. Comme si en Turquie l’eau n’entrait pas en ébullition à 100 °, mais à 62, ou 35, ou ce qu’on voudra, mais pas 100.  Les Arméniens auront beau faire, il leur sera toujours difficile d’entrer dans ce système du temps historique qui ne correspond en rien au système le plus couramment admis. (Et comment y songer quand le changement de leur écriture a volé aux Turcs la possibilité de lire leur propre histoire en osmanli). En réalité, le négationnisme pratiqué par la majorité des Turcs n’est pas une affaire de désaccord sur des faits historiques, mais d’incompatibilité entre deux systèmes de lecture. En effet,  comment croire que la vérité et la non-vérité puissent s’entendre ? Et comment Turcs et Arméniens peuvent-ils se réconcilier dès lors qu’ils ne seront jamais sur la même longueur d’onde ? Comme s’ils jouaient la même partie de football, dans une même surface de jeu, mais sur des plans parallèles qui, par définition, ne se rencontrent pas, même à l’infini. Ce qui se perçoit aisément dans le fait que les Turcs veulent changer les noms scientifiques de leurs espèces endémiques ou qu’ils comparent leurs soldats morts à Gallipoli ou ailleurs et les civils arméniens victimes de la déportation à marche forcée vers le désert, démontrant par là qu’ils ont un sens national de la vérité et non une appréhension universelle. Et s’ils étaient dans une appréhension universelle, tout en niant le génocide des Arméniens, on pourrait dire d’eux qu’ils mentent. Or, je préfère un Turc menteur  à un Turc qui tient la nation turque pour la vérité du monde.

Il découle de cette distinction qu’une Turquie travaillée par le désir d’Europe (sachant que ce désir est avant tout assumé par ceux qui ont déjà une appréhension universelle de la vérité)  ne peut y prétendre sans procéder à une révolution mentale. Ce n’est certes pas à l’Europe d’entrer dans le modèle turc de la connaissance, mais à la Turquie de se remettre en cause. Le modèle turc de la connaissance conduit à la méconnaissance, sinon à l’obscurantisme. Le modèle turc de la connaissance  n’est pas européen. Or, aujourd’hui ces deux modèles sont dans l’affrontement justement à propos du génocide de 1915. Ce génocide est un test qui fera des Turcs des Européens s’ils le reconnaissent comme vérité,  ou les enfoncera dans une turcité de plus en plus minée par l’absurde.

Dans son livre intitulé L’appel au pardon (Paris, CNRS Editions, 2010), Cengiz Aktar évoque les mots de Marc Nichanian (qui aura inspiré ce texte) disant, au cours d’un séminaire à Istanbul sur le thème de la réconciliation, que la Turquie fasciste qui « se nourrit du crime sans vérité » ne deviendra un Etat constitutionnel que « le jour où Parmi les ruines de Zabel Yessayan sera traduit en turc et publié par une maison d’édition ayant pignon sur rue. » Un livre qu’elle destinait à ses compatriotes, pour « qu’ils comprennent que les Arméniens d’Adana étaient morts pour eux. Pour que eux soient libres enfin. Ils étaient morts au nom de la résistance contre la dictature. »  Oui, le jour où Zabel Yessayan, Yervant Odian, Varoujan et d’autres seront lus et étudiés dans les écoles turques, alors… Alors, l’humanité sera rétablie dans ses droits.

Denis Donikian

18 janvier 2010

Grand concours littéraire arménien

 

par Denis Donikian

L’Arménien appartient à la civilisation du livre. Et il le sait. L’autre jour, j’ai rencontré Nazar Aghpar dans un café d’Alfortville. Au lieu de lire du Denis Donikian ou je ne sais qui, il écrivait. C’est son droit, me direz-vous. Mais ils sont tous comme ça, les Arméniens, protesta-t-il. Il avait raison dans le fond. Si les Arméniens ne lisent pas, c’est qu’ils écrivent. Ils ne lisent pas pour avoir le temps d’écrire. Quitte à ne pas être lus. Ils écrivent parce qu’ils portent en eux la civilisation du livre. Ils la vivent. Ils l’alimentent. Donnez-leur un bout de papier et un crayon. Ils ne peuvent pas s’empêcher d’écrire. Ils écriraient même dans les toilettes, vu qu’on leur fournit le papier, mais pas le crayon. Le papier, n’importe lequel, ça excite leur logorrhée. Et si par malheur, ils s’enferment pour leur besoin principal avec un crayon, ils ne décollent plus de leur tinette. Ils jouissent de se répandre par le haut tandis qu’ils se vident par le bas. C’est spirituel et physique. Mais en général, ça leur vient surtout à la retraite. Quand tout à coup ils se rappellent qu’ils ont un témoignage à laisser aux générations futures. Même dans le plus grand malheur, ils ne lâchent pas l’espoir de prendre leur plume. Ce sont des Job. Pas besoin pour ça d’être allé à l’école. Une éducation élémentaire suffit. En plein génocide, on a eu des Arméniens qui écrivaient. Non seulement des instruits comme Kapikian, Aram Andonian, Grigoris Balakian ou Yervant Odian, mais d’autres, des anonymes qui durent affronter des années de plomb et de sang. Ils n’écrivaient pas en train de souffrir, mais ils souffraient en pensant qu’ils allaient écrire sur leurs souffrances.  Car une civilisation du livre ne saurait mourir d’un génocide, fût-il atroce, terrible, tout ce qu’on voudra. Aujourd’hui, les Turcs ont contre eux des tonnes de livres écrits par des Arméniens. Ils croyaient les effacer de la terre, ils sont maintenant submergés de mots témoignant de leur barbarie. Et c’est pas fini.

Le mois de décembre est le mois des salons du livre arménien. J’étais à celui d’Alfortville. Effrayant ! Il y avait plus d’ouvrages que d’acheteurs. Ils tapinaient ventre à cul, tandis que les clients déambulaient dans les allées aussi librement que sur la Promenade des Anglais. C’était la rue Saint-Denis un jour de Toussaint. Les livres minaudaient comme des putes à l’étalage, et les gens refusaient de faire l’amour avec l’un d’eux pour moins de vingt euros. Il faut dire que les titres arméniens ne font pas dans le sex-appeal. Ils sont noirs comme la mort. Ou rouges comme le massacre. On pourrait leur demander quelque chose d’érotique, histoire de relever un peu la sauce. Mais les Arméniens ne connaissent pas. Cherchez un Sade, un Verlaine, un Aragon, ou une Hô Xuân Hương, vous ne trouverez pas. Pour eux, l’amour, c’est contraire à Dieu. C’est fonctionnel, national, et rarement individuel. On y va pour faire des enfants. Car un enfant, c’est une revanche sur les forces de la mort. Seul titre détonnant dans cet ensemble morbide : Érotophylles et végétaliennes. Probablement une manière de favoriser la fornication des légumes. Allez savoir.

Donc voici ce que j’ai pensé. Vu que les auteurs arméniens croissent en nombre à mesure que décroît l’ombre de leurs lecteurs, je me suis dit qu’on pourrait mettre en place un concours de lecture. Histoire de récompenser tout lecteur d’origine arménienne s’intéressant à son « arménité ». Et donc de compenser le déficit de lecture qui engendre un déficit d’intérêt pour une diaspora en déficit de culture. Quelque chose de bisannuel pour ne pas lasser les fatigues. En commençant par exemple par des bandes dessinées, mais exclusivement centrées sur les Arméniens. L’avantage, c’est qu’il y en a peu et que chacun comporte à coup sûr beaucoup d’images. Si les signes d’intérêt se révèlent encourageants, alors on serait en mesure de proposer des romans d’amour sur fond de génocide. Les Arméniens aiment l’amour quand il est romantique et confronté à des méchants vraiment méchants. Une fois cette partie gagnée, on tenterait des histoires historiques. Car les Arméniens sont des êtres pétris d’histoire. L’histoire, ça  rend les Arméniens  hystériques. Surtout l’histoire tragique. Ils aiment tellement se lamenter que depuis que l’un d’eux a écrit Le livre des lamentations, ils se lamentent plus fort. C’est un peuple du pathos. Dans le  même ordre d’idées, on pousserait vers des histoires sur fond d’histoire mais sous forme de poème. Le pathétique y est plus intense. L’âme remue plus facilement.

Le gagnant ? Il aurait droit à un voyage en Arménie, tout gratuit, sauf le prix de l’avion, l’hôtel et les repas. Les boissons seraient à sa charge. On lui organiserait gratuitement une rencontre avec Hranoush Hagopian, la Ministre de la Diaspora, histoire de lui serrer la main au ministère de la civilisation du livre. Mais on ne pourrait pas demander à la Hranoush de pimenter la rencontre autrement. On aurait mieux que ça. Il serait accompagné de son auteur préféré. Denis Donikian a même promis de faire le voyage s’il avait la chance d’être choisi et de faire un strip-tease devant l’Ararat sous le regard du gagnant. Même si c’est une gagnante.

Qu’on se le dise !

21 juillet 2009

Diaspora : foi et entropie (5)

5 – L’écriture dans le noeud de la fin

« When in the 19th century Raffi said Turkey was no place for Armenians, he was ignored. When Zohrab predicted the massacres, they said, “Zohrab effendi is exaggerating.” When Bakounts called communism “an infection,” he was betrayed to the authorities and purged. And when Zarian exposed the lies of the Kremlin, they called him a CIA agent.
Why am I saying these things? Simply to warn those of my readers who may harbor secret literary ambitions. »

Ara Baliozian, 22 juillet 2009

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J’ai déjà dit, dans une autre occasion ( La Cause du Livre, in VERS L’EUROPE p. 132), que la manière dont un groupe traite ses écrivains permet d’établir un diagnostic sur  son état de santé. Surtout quand ce groupe joue à quitte ou double avec sa propre dilution. Quand je parle d’écrivain, j’exclus les auteurs de livres ayant un rapport direct ou biaisé avec l’histoire. La distinction a son importance. La diaspora arménienne ne cesse de produire des ouvrages qui n’ont rien à voir avec la littérature. À mes yeux, il n’y a pas de fonction plus vivifiante que l’activité littéraire dans la mesure où son objet est la vie même, plutôt que le passé.

Le lecteur voudra bien passer son chemin, qui prendrait ce texte pour un règlement de comptes, l’expression d’une rancœur, d’un narcissisme blessé ou d’un complexe de persécution. J’aurai à exposer une expérience de plusieurs décennies dans le seul but de déterminer comment un écrivain qui prend pour sujet de prédilection ses contemporains ethniques ressent aujourd’hui les choses. Il s’agit encore une fois de faire un bilan de santé par le truchement de la seule littérature. En l’occurrence, je souhaiterais que le lecteur prenne en compte ma fâcheuse tendance au réalisme pessimiste. Je suis de ceux qui voient surtout le verre à moitié vide, tandis que d’autres s’en tiennent à ce qu’il contient. Pour eux, l’espoir est toujours permis là où je perçois quelque chose d’inéluctable.  Dans ce cas de figure, je sais d’expérience que ce texte affiché sur Internet touchera peu de personnes, tout au plus une dizaine. Les statistiques concernant cette série en cours sur la diaspora intitulée « Foi et entropie » me le confirment. Mais il faut écrire, fût-ce pour soi-même, et quitte à devoir travailler sur d’autres livres pour un autre public.

Mais d’abord quelle serait la fonction de la littérature dans le cas qui nous occupe, à savoir cette obsession de la survie qui anime les Arméniens de la diaspora ? Commençons par quelques constats avérés, pris dans l’histoire collective et l’histoire personnelle.

La rafle du 24 avril 1915 a été l’occasion pour les Jeunes-Turcs de déporter les intellectuels et les écrivains arméniens. Ils savaient bien que pour anéantir un peuple, ils devaient commencer par les donneurs d’idées et les producteurs d’émotions. En somme, par ceux qui en représentaient la conscience, la conscience vivante, la conscience de soi par soi-même. Décapiter le peuple en exilant ses poètes équivalait à lui ôter le miroir dans lequel il pouvait lire son présent et entrevoir son avenir. Mais si les Jeunes-Turcs ont réussi a assassiné Daniel Varoujan, Siamanto ou Zohrab, ils n’ont pu atteindre Yervant Odian, Aram Andonian ou Monseigneur Grigoris Balakian, respectivement auteurs des Années maudites (1914-1919), de En ces jours sombres, du Golgotha arménien. Trois maîtres-livres que ne remplacera aucun ouvrage d’histoire sur le vécu de ces années-là. Car ils reflètent la conscience souffrante du peuple arménien durant cette période noire.

Sans vouloir incriminer personne, je constate que dans la dernière livraison d’un mensuel communautaire, la rubrique livres consacre la part la plus belle (deux pages à chaque fois) à des auteurs appartenant à un pan lointain de notre histoire. Loin de moi l’idée qu’il ne faille pas évoquer ces auteurs. Et je sais bien que le passé peut éclairer le présent, mais encore faudrait-il que ce présent nous soit déjà clairement présenté et de préférence par des écrivains libres de leur voix plutôt que des journalistes aliénés par tel principe, telle forme de complaisance ou tel mode de censure. Est-ce à dire que les livres d’auteurs arméniens portant sur l’actualité arménienne et ayant leur importance n’existent pas ? Mais s’ils existaient, feraient-ils pour autant l’objet d’une recension ? On est en droit de se poser la question.  Aujourd’hui les livres qui parlent de nous-mêmes en tant que groupuscule d’hommes vivants existent, même s’ils sont rares,  mais notre système de pensée est tel que les relais censés les évoquer (radio, journaux, maisons de la culture) ne faisant pas leur travail, leurs lecteurs naturels n’étant pas informés de leur parution, ils semblent n’avoir jamais été écrits. Ostracisme qui relève moins d’une négligence, d’un oubli que d’une nette volonté de tuer dans l’œuf toute voix hétérodoxe. Pour autant, reste à savoir qui serait à même de parler aujourd’hui de ces livres, séditieux ou pas ? Les gens capables de le faire paraissent avoir disparu. Sauf ceux qui sont coutumiers d’une complaisance bêtasse, fidèles au principe selon lequel si c’est arménien, c’est bien.

Cette déperdition critique, déjà évoquée, va de pair avec la disparition d’un journal comme Haratch. Il y a une trentaine d’années, mon recueil de poèmes Voyages égarés, écrit sans référence explicite aux Arméniens, avait suscité plusieurs articles dans plusieurs revues diasporiques, dont les pages de Midk yev arvest du même Haratch, France-Arménie, etc.  Aujourd’hui une réédition bilingue français-arménien du même recueil n’aura éveillé aucun écho dans la presse communautaire, ni en diaspora, ni en Arménie. Ma traduction en édition bilingue des Quatrains de Toumanian, imprimée à Erevan, est passée inaperçue durant l’Année de l’Arménie, faute d’avoir été recensée par nos journaux, évoquée par nos radios ou accueillie par nos maisons de la culture. Une occasion manquée de permettre aux Français d’entrer dans notre littérature par la porte de l’universel. Je ne parlerai pas de mon livre, lui aussi en édition bilingue et imprimé à Erevan, intitulé  Nomadisme et sédentarité, sous-titré « le cas arménien aujourd’hui ». Ni des autres qui traitent spécifiquement de questions arméniennes comme les plus récents, l’un sur les dernières élections en Arménie, EREVAN 06-08, l’autre sur le négationnisme et notre diaspora, VERS L’EUROPE. Autant d’ouvrages destinés à alimenter la réflexion sur nous-mêmes, mais qui n’éveillant aucune curiosité de la part de nos « intercesseurs » sont anéantis par ces forces d’inertie qui minent la vie communautaire et la conduisent insensiblement à sa propre désertification. Aujourd’hui, envoyer en « service de presse » ses ouvrages à des représentants communautaires susceptibles d’en parler ne suscite même plus un remerciement.

Ce peu d’intérêt pour le livre d’écrivain a été significatif lors de l’Année de l’Arménie, malgré quelques invitations de poètes venus d’Erevan, ici ou là. Mais aucun prosateur. Le désarroi des organisateurs est venu du manque de traductions, alors que le roman arménien existe. Le Centre National du Livre, qui invite des auteurs étrangers dans le cadre des Belles étrangères, a été dans l’impossibilité de le faire pour l’Arménie. Mais concernant la poésie, nous avons perdu, durant cette Année privilégiée, l’occasion d’en montrer la richesse en l’exposant dans les rames du métro parisien. Malgré notre insistance, rien n’a été fait et le métro, qui aurait pu constituer une excellente vitrine des lettres arméniennes, a roulé à vide, au grand dam de ceux qui avaient déployé tous leurs efforts pour ouvrir les yeux et les oreilles du responsable de ce département.

Le salon du livre, intitulé «  Regards croisés » qui s’est tenu du 15 au 17 mai dernier à Paris en dit long sur la manière dont les auteurs en tous genres, professeurs d’histoire ou  historiens du génocide ont pris la place des écrivains compris dans l’acception définie plus haut. On a beau en chercher parmi les noms évoqués, on n’en trouve pas qui soient porteurs de nos paroles aujourd’hui et maintenant. Sans mettre en doute la valeur des uns et des autres, je constate que le génocide fait toujours recette. Ecrire un roman sur nos massacres de 1895, 1909 ou 1915, constitue une assurance pour accéder au statut d’écrivain. C’est que les Arméniens adorent qu’on leur ressasse leur génocide sur tous les tons du pathos et du pathologique. Ils s’y retrouvent, se reconnaissent frères et sœurs dans le puits de leur ressentiment, éprouvant dans ce genre de livre le frisson de leur race. Ne leur parlez pas d’eux-mêmes. Le vivant les effraie bien plus qu’un récit sanguinaire.

Le temps n’est plus, chez nous en diaspora, où l’écrivain faisait l’objet d’une véritable curiosité et demeurait le centre de mille attentions. Je me souviens des séances de lecture organisée à L’INALCO par le regretté Bruno Sakayan. Sa disparition prématurée a été une véritable catastrophe. Aucune maison de la culture n’aura réussi par la suite en trente ans ce que Bruno aura accompli seul, avec peu de moyens, en l’espace d’un an ou deux. Je me souviens aussi de la Galerie Les Cents, que Liliane Daronian réussit modestement à maintenir au prix de multiples efforts, afin d’ouvrir une porte parisienne aux artistes arméniens.

Heureusement des initiatives hors système ont encore lieu ici ou là, qui font écho à ce genre de prouesse. Je pense à celle de Mooshegh Abrahamian, créateur du Festival du Livre d’Avignon en 2008, et au salon du livre de Genève en 2008, où c’est l’écrivain qu’on invitait parmi d’autres producteurs d’ouvrages. Je pense aussi au travail d’archivage de l’ACAM, assez exhaustif pour être signalé comme site de référence. Mais aussi aux éditions EDIPOL qui accordent aux traducteurs arméniens des droits d’auteur propres à les encourager, contrairement à certains éditeurs communautaires qui vous publient sans contrats.

Ara Baliozian l’aura dit avant nous : écrire pour les Arméniens sur les Arméniens équivaut à un suicide littéraire. C’est que les Arméniens sont à ce point arméniens qu’ils sont capables de donner des conseils à leurs écrivains pour qu’ils écrivent « correctement ». Comme si un chauffeur de taxi donnait des conseils de cuisine à un cuisinier. L’Arménien aimerait se lire dans l’œuvre d’un auteur tel qu’il se croit non tel qu’il est. Et il se voit comme le héros d’un pays de légende, non comme un homme. Or, tout écrivain qui se respecte n’a que faire de la légende, c’est l’homme vivant qui l’intéresse, l’homme d’ici et de maintenant. Et forcément, quand cet homme frise la monstruosité, l’Arménien le rejette. Pas de censure plus sournoise chez les Arméniens que le rejet du vivant au nom d’une mystique forcenée de l’histoire. Ara Baliozian en sait quelque chose, qui ne cesse de tirer son écriture vers un examen de conscience long et douloureux à quoi l’obligent ses années de soumission aveugle à un arménisme oppressif. Sa quête consiste à se retrouver homme plutôt que victime inconsciente d’une idéologie communautariste. Et quand un écrivain n’a d’autre but que de secouer ses chaînes, de décontaminer sa voix et son regard, il irrite ceux qui se complaisent dans des rites de pensée qui tournent à l’obsession.

Mais d’un autre côté, l’écrivain dit arménien n’a pas d’autre choix que d’écrire sur les siens. Ils sont sa matière, celle qu’il connaît le mieux, ou du moins qui entre toutes, excite sa curiosité afin de comprendre l’énigme de ses origines. C’est qu’elle constitue le terreau à partir duquel il va parler de tous les hommes. Dans le fond, cette petite humanité que représentent les Arméniens d’aujourd’hui en dit long sur les souffrances humaines. Il se trouve que les Arméniens ont eu leur part plus qu’il n’est permis. Entrer dans ce mal qui les ronge, comprendre comment ils le dominent ou sont dominés par lui, définir les maladies qu’il engendre et les respirations qu’il exige… tout cela reste un programme d’écriture passionnant. Quitte à devoir endurer toutes les frustrations qu’implique la matérialité de ce travail, de celles que j’ai évoquées plus haut.

En effet, chacun ignore que,  non content d’avoir à affronter l’inertie d’un lectorat communautaire qu’alimente nos modes internes de diffusion culturelle, l’écrivain « arménien » reste le mal-aimé des éditeurs français. Ceux-ci n’accordent leur intérêt qu’à des livres promis à un public le plus vaste possible. Si le génocide romancé fait recette (du genre : Erevan de Sinoué, ou Nuit turque de Philippe Videlier, Le mas des Alouettes d’Antonia Arslan, et autres…), c’est qu’il déborde les frontières du cas arménien et entre dans la catégorie des romans historiques. Mais, en nous rejetant constamment dans un passé révolu, ils déforment le regard que nous pourrions porter sur nous-mêmes pour apprendre à mieux nous connaître. Les tenants de la survie qui déplorent la lente assimilation de la diaspora devraient admettre que ce genre du roman ne nous aide pas à prendre conscience des raisons actuelles de notre disparition. Ces romans nous rendent aveugles sur notre enlisement présent. Pour autant, lire Baliozian ne permettra pas d’enrayer le processus. Ses aphorismes rendent simplement plus lucides et obligent à affronter le principe de réalité.

Ceux qui, comme Ara Baliozian, ont le courage de dire ce présent arménien, de dénoncer les aliénations qui nous étouffent en sont réduits à utiliser des moyens de diffusion qui échappent à l’industrie du livre, comme Internet, avec le risque de passer tout de même inaperçus et de voir ce qu’ils écrivent soumis à l’éphémère du virtuel. Je ne connais rien de plus pathétique que le travail de Baliozian, qui consiste à jeter à la mer des bouteilles renfermant des textes d’une admirable justesse sur les Arméniens. Ce renoncement forcé au livre papier doublé d’un travail de bénédictin scrutant la réalité arménienne relève effectivement de quelque chose de  religieux, en tout cas de sacerdotal. Mais écrire est plus  fort que tout.

Il faut donc que les écrivains dits « arméniens » en soient réduits à forcer leur texte vers l’universel s’ils veulent rester au-dessus de la mêlée et être un jour reconnus comme essentiels, dans cent ans peut-être au sein d’on ne sait quel mensuel communautaire finissant, comme aujourd’hui sont mis au jour des Raffi ou des Ochagan. Mais en attendant, ils sont obligés de tomber dans des pratiques qui consistent à imprimer coûte que coûte en dehors des circuits classiques. Chacun est donc tenu de se débrouiller comme il peut, quitte à payer de sa poche, à diffuser lui-même ses livres, ou à se reposer sur quelques personnalités aussi généreuses que rares.

Certains de nos puristes, auxquels répugne ce genre de méthode, oublient que c’est tout un pan de notre littérature qui devrait être sacrifié si nous devions croire qu’un livre ne vaut que s’il est publié par des éditeurs français. Nul ne sait par exemple que des traductions déjà faites d’écrivains majeurs comme Zabel Yessayan (Parmi les ruines) ou Yervant Odian  (Les  années maudites) et d’autres, sont dans des tiroirs faute de trouver acquéreurs. Quand un écrivain d’origine arménienne s’oblige à entrer dans le moule des exigences éditoriales françaises, il s’adapte au goût du jour et n’exprime plus que sa culture d’adoption. Aucun intérêt pour notre culture. Il faut donc choisir entre diffusion commerciale et livre confidentiel, entre quantitatif et profondeur et si l’écrivain doit se prostituer ou se respecter.

Pour exemple, le mince recueil d’aphorismes choisis de Baliozian intitulé Pertinentes impertinences est le fait de trois traducteurs appartenant à la diaspora française, qui, faute d’éditeur, ont fait imprimer le livre en Arménie et à leurs frais. Par ailleurs, même si Marc Nichanian a publié La perversion historiographique aux éditions Lignes ( et non Léo Scheer, comme le stipule l’article des NAM), ses trois volumes portant le titre général de Entre l’art et le témoignage ont paru chez MētisPresses, une maison d’édition créée à l’occasion par Anna Barseghian et son mari Stefan Kristensen. On est en droit de penser que sans cette initiative éditoriale, les textes de Nichanian n’auraient jamais vu le jour en français. Ni d’ailleurs la traduction qu’a faite Hervé Georgelin de En ces sombres jours d’Aram Andonian, dont on ne saurait souligner l’importance. Dans cet ordre d’idées, le lecteur serait fort étonné si on lui révélait que des écrivains connus publient leurs romans ou leurs poèmes à compte d’auteur ou grâce à des mécènes. De ces livres dont on reparlera sûrement dans cent ans, quand les romans du génocide seront passés avec la poussière du temps.

Je rappelle au lecteur que ces lignes sont écrites pour montrer les difficultés que rencontre l’écriture diasporique dans le sens où nous l’avons définie. Que ces difficultés résultent d’un certain nombre de comportements qui contribuent à mettre les écrivains en situation de condamnation tacite, délibérée ou inconsciente. Que l’ostracisme exercé à leur encontre a pour conséquence leur disparition. « Combien d’écrivains dans la diaspora arménienne de France ? demandai-je un jour à une intellectuelle du Canada. – Deux.»

De fait l’espèce de procès qui a cours chez nous contre les écrivains non conformes relève d’une propension générale à se dénigrer mutuellement. Ma propre expérience et les multiples histoires qui m’ont été confiées et que j’ai eu à connaître de près ou de loin me laissent penser que la diaspora arménienne est ressentie par les Arméniens eux-mêmes comme une société du mépris. Que peut éprouver celui qui fait don de sa personne et qui ne reçoit aucune once de considération, mais des pierres accompagnées d’injures ? Le plus grave est que celui qui s’éprouve comme méprisé se comporte lui-même ou est considéré comme appartenant à la famille des méprisants. En d’autres termes, circulent au sein de notre diaspora des générosités frustrées et des dévouements trahis bien plus que des solidarités capables de cimenter les individus pour constituer un corps revendicatif cohérent contre les forces qui cherchent par tous les moyens à nous nier. Corps malade s’il en est, d’une maladie dont les écrivains n’auront plus à parler demain. Ils ne seront plus là, suicidés qu’ils seront par leur propre communauté.

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Lire également :

Diaspora. Foi et entropie 1 – Rien ne se perd, tout se métamorphose…

Diaspora. Foi et entropie 2 – Mort d’un Journal, mort de la pensée

Diaspora. Foi et entropie 3 – Parler la langue, avec qui et pour quoi ?

Diaspora. Foi et entropie 4 – Oxymore d’une Eglise nationale

 

21 février 2009

Yervant Odian Accursed Years : Yervant Odian : « My Exile and Return from Der Zor, 1914-1919 »

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[Mes Années noires : exil et retour de Deir-es-Zor, 1914-1919]

Accursed Years : My Exile and Return from Der Zor, 1914-1919. Traduit de l’original arménien par Ara Stepan Melkonian, avec une introduction de Krikor Beledian (Institut Komitas), 2009, xvi-326 p., carte, photographies, index. [en anglais] Prix : 18 livres [22,41 euros] – 25 dollars, frais de port compris [17,67 euros]

Mes Années noires de Yervant Odian est un récit de premier ordre sur le génocide arménien, écrit par un intellectuel arménien en 1919, peu de temps après ces événements. Sa survie lors de cette période est probablement due au fait qu’il échappa aux arrestations à Constantinople durant la nuit du 24 avril 1915 en passant dans la clandestinité.

Odian fut finalement arrêté et exilé par différentes étapes jusqu’à El Boursera, après Deir-es-Zor. Il arriva là après que des centaines de milliers d’Arméniens eussent été tués dans cette région par la faim, les maladies et les massacres. La survie et la fuite d’Odian lui permirent de raconter son histoire et de donner un aperçu sur le destin de milliers d’autres. Mes Années noires décrit l’expérience terrible vécue par Odian, et néanmoins d’une façon sensible, allusive et parfois même humoristique.

Cet ouvrage suscitera la polémique dans le cadre universitaire, car il soulève des questions intéressantes à propos de notre compréhension du génocide arménien. Comment un intellectuel arménien, alors dans la quarantaine, a-t-il pu survivre à Deir-es-Zor ? Qu’est-ce que cela nous enseigne sur les récits conventionnels à propos du génocide arménien et la mise en œuvre du processus génocidaire ?

Les Mémoires d’Odian proposent une lecture fascinante et promettent de livrer de nouveaux horizons dans le débat sur le génocide arménien dans les années à venir.

Traduction : GF pour Denis Donikian – 21.02.2009

Article original : Massis Weekly, 27.12.2009

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