Ecrittératures

28 juillet 2011

Le berger et la bergère

Filed under: MARCHER en ARMENIE,Marz de Siounik — denisdonikian @ 1:12

Il a suffi de dire « Barev dzez ! » pour amorcer la conversation.

De loin, nous avions aperçu un troupeau de vaches paissant sur le rivage. Et nous avons avancé vers lui.  Le ciel faisait briller les verts du lac et des collines.

Un chien blanc s’approcha de nous, nous zieutant d’un œil torve. L’homme lui ordonna de rester tranquille. Fort, une barbe de plusieurs jours, un bâton à la main, il vint à nous. On sentait bien que sa vie était calquée sur celle de ses vaches. Il leur était voué comme au meilleur de son bien. Il nous expliqua du quel côté était l’église que nous cherchions et montra des émergences perdues au loin au milieu des eaux. «  Prenez par les collines, fit-il. Mais plutôt vers la droite, sinon vous serez obligés de grimper et de descendre. Ensuite coupez à travers champs. »

La femme est venue. Nous étions une curiosité dans  leur monotonie. Elle portait une veste de militaire avec des taches de camouflage. À peine si elle avait eu le temps de se peigner. Quelques dents lui manquaient. Ses cheveux étaient comme une laine blanche de mouton, ceux de l’homme luisaient autant qu’un noir d’obsidienne, mais parcourus de fils argentés. Tous deux avaient des mains fortes et des visages pareils à leurs collines harassées par le soleil. Ils semblaient heureux de cette rusticité. C’était l’endroit de leur vie où s’inscrirait probablement leur mort. Nous aurions dû parler davantage. Or le temps nous pressait de rejoindre l’église engloutie. Comme si les pierres valaient plus que les hommes.

 

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Photo Denis Donikian copyright

26 juillet 2011

À travers champs

Filed under: MARCHER en ARMENIE,Marz de Siounik — denisdonikian @ 5:07
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On nous avait parlé d’une église engloutie par les eaux d’un lac artificiel non loin de Sissian’.  Nous sommes sortis de la ville. Des gens qui fauchaient nous ont indiqué le chemin. Une route montant jusqu’à Tolors. La retenue d’eau nous est apparue d’un bleu lisse et tranquille. Nous avons marché le long du rivage jusqu’à un couple de bergers. L’homme nous a montré au loin comme des choses à la surface des eaux. Pour les atteindre, il nous faudrait couper à travers les collines. Et comme ça, nous nous sommes trouvés nageant dans d’immenses champs de blés et de fleurs qui nous montaient parfois jusqu’aux épaules. Après des étendues glabres, à peine ponctuées de plantes aromatiques fortes, nous avons plongé dans des striures de verts pastel, parfois fauves, d’où émergeaient des écumes de blancheurs, des panaches jaunes ou violets. Bientôt, devant nous le calme d’un champ mauve à devoir côtoyer avant de rejoindre la route, encadré de fleurs cotonneuses, si doux à l’œil qu’on éprouverait mille hontes à y pénétrer. Mais il en est qui s’emparent de ce droit, petits maîtres ou esprits prédateurs,  prompts à maquiller leur arrogance de la splendeur des champs.

Photos  D. Donikian

25 juillet 2011

Dina Hôtel

Filed under: MARCHER en ARMENIE,Marz de Siounik — denisdonikian @ 1:38
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photographie : Cath Creig

L’extraordinaire de l’hôtel Dina à Sissian’ n’est pas l’ours empaillé tous crocs dehors exposé dans le hall d’accueil, ni son bassin circulaire au-devant de l’entrée, ni l’eau fraîche de sa fontaine qui fait du bien au voyageur, même pas la générosité de ses arbres fruitiers, ni le soigné de ses chambres, encore moins les vues magnifiques sur la ville et ses collines à partir de leurs balcons… Non, le meilleur de cet hôtel, ce sont ses petits déjeuners que vous sert Nounée, fidèle d’entre les fidèles, femme à tout faire et qui seconde avec discrétion son géant de gérant.

Près des œufs blancs et chauds qui vous attendent dans leur assiette – deux par personne – toutes sortes de pain, lavash, brioches emplissent la corbeille. Fromage local, beurre, et surtout une confiture d’abricot qui distille dans votre palais la douceur du pays. C’est qu’elle n’agresse ni par un excès de sucre ni par une pointe d’acidité. Vous mangez, mangez… dans la perspective des marches à faire, au sein des merveilles que seul un œil profane peut apprécier. Marcher dans les splendeurs d’un ciel qui illumine les collines environnantes, c’est alors prolonger par le regard le goût de confiture que vous aviez en bouche. Vous mordez dans le paysage avec la même ardeur que vous avez planté vos dents dans le moelleux des pains ou le salé du fromage. De la même manière que le thé chaud a coulé dans vos veines, vous sentez s’introduire dans votre corps la lumière du matin, tandis que vous déambulez, d’un pas enthousiaste, sous les platanes, dans les dernières rues de la ville avant de vous élever vers le plateau  où vous attendent des villages inconscients des bonheurs naturels qu’offrent les lieux où ils sont implantés, et sur qui le ciel poudroie en ors sublimes et immatériels. Alors, vous la dévorez cette terre, ne voulant rien manquer de ce qu’elle prodigue abondamment.

22 juillet 2011

Ne me regarde pas comme ça !

Filed under: LES GESTES ONT LA PAROLE — denisdonikian @ 4:10

– Ne me regarde pas comme ça !

– Qu’est-ce que tu mijotes encore ?

– Dis-moi ! Tu ne voudrais pas qu’on change d’habit ? File-moi ta soutane. Après tout, on se vaut bien tous les deux, non ?

– Oui, mais je garde ma barbe.

– Si tu veux.

– Et ça me rapportera combien ?

– Combien ? Mais tout  le fric de la diaspora. Et tu rouleras en grosses bagnoles.

– Son fric, je l’ai déjà. Et aussi des grosses bagnoles

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( Ce dialogue fictif proposé par G. B dit Garabed BD, n’engage que lui. Fichu iconoclaste !)

21 juillet 2011

Le coup de grasse

Filed under: Marz de Siounik — denisdonikian @ 2:13
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Dans le minibus de Sissian’, j’occuperai une place du fond. Mais une mère et sa fille aux évasements fessiers deltaïques et exceptionnels sont venues envahir la banquette. Me voici collé de la cuisse gauche au cuisseau droit de ma voisine. Impossible à celle-ci de vouloir se déplacer d’un cheveu pour que respire l’espace entre nous. Vouloir est un acte qui lui coûte trop d’efforts. De fait, nous sommes quatre sur le même siège. Entre la fenêtre et moi-même se trouve un compagnon de route que je presse dans les virages chaque fois que la grosse laisse sa gélatine déborder sur moi, elle-même tassée du flanc par sa  propre fille. Sans compter les sacs enflés de bardas qu’elles portent sur les genoux et qui ajoutent à la tension générale.

De temps en temps, je fais des tentatives  pour me hisser afin de varier les points de contact avec l’inamovible grasse. Mais l’exercice me fatiguant, je laisserai m’importuner mon infortune jusqu’au terme du voyage.

Avec les heures, la chaleur monte et pointe l’énervement. On a hâte d’arriver. Ma cuisse qui étouffe sous le jambon de l’autre, bout dans sa culotte. Déjà des sueurs me mouillent le pantalon. La callipyge ne retire pas d’un poil sa marée de saindoux. Et je n’ose pas, par politesse, lui demander une petite concession de territoire, de crainte qu’elle ne prenne ma colère pour un racisme anti-gros.

Comme elle est taillée  en  bulbeux alambic dégoulinant de chairs, je doute qu’elle fasse encore l’agrément d’un mari. D’ailleurs, quel bouboulik, fût-il d’une densité tavitsassouniote, pourrait trouver son chemin à travers ses plis et retombées de cellulite jusqu’à l’échancrure sacrée ? Et qui sait, me dis-je, si sa déréliction sexuelle ne l’oblige pas à convoiter en sourdine des plaisirs de friction avec des mâles de passage comme moi ? C’est que toute femme native de ce pays aurait jugé impudique promiscuité aussi étroite, même forcée, avec un inconnu. Mais cette matrone m’aura semblé chercher la chose comme une sournoise bénédiction du ciel dont j’aurais été l’instrument.

Elle porte une robe qui la couvre jusqu’aux chevilles, coupée large dans un tissu flottant, si léger et si fin qu’elle paraît faite pour que la chair suinte au travers sans vergogne.

20 juillet 2011

« Arménie-Arménies » – 17 au 21 octobre 2011 : Terre, diaspora et littératures

« Arménie-Arménies » – 17 au 21 octobre 2011 Terre, diaspora et littératures

Qu’en est-il, aujourd’hui, de l’Arménie et des Arméniens, de leur persévérance à travers les siècles et de leur dispersion à travers les continents ? Qu’en est-il, aujourd’hui, de l’arménité qui renvoie à un peuple, à une langue, à une culture, à une foi, à une terre, à des migrations, à une littérature et à des arts ? Comment se sont faites les différentes reconstructions après l’abîme de 1915 ? Qu’en est-il, à l’heure de la mondialisation, d’une identité diasporique ?

Cet automne 2011, la République d’Arménie célèbrera le vingtième anniversaire de son indépendance retrouvée. Du 17 au 21 octobre, le Centre national du livre invite des écrivains arméniens, d’Arménie et du monde entier, à rencontrer le public français.

L’écriture est à la source de la civilisation arménienne. L’écrit s’inscrit au cœur de la vie arménienne. «Arménie-Arménies », permettra de découvrir un univers encore trop méconnu. Cette manifestation, inédite et itinérante, se déroulera de Marseille à Paris en faisant escale à Avignon, Valence et Lyon.

Avec la participation de la SNCF, « Arménie-Arménies » traversera ainsi la France à bord de l’Orient- express. Lectures, conférences, débats avec les auteurs seront au rendez-vous. Sur le chemin, la peinture, la musique, le cinéma et un grand colloque historique accompagneront, à travers expositions, concerts, projections, cette découverte du livre arménien.

Marseille les 16 et 17 octobre (théâtre de La Criée)
Avignon (au Palais des Papes) et Valence le 18 octobre
Lyon le 19 octobre (Bibliothèque et Villa Gillet)
Paris les 20 et 21 octobre (Maison de Radio France, CNL, La Bellevilloise, Maison des Journalistes, MK2 …)
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INITIATIVE Du MINISTERE FRANCAIS DE LA CULTURE VIA LE CENTRE NATIONAL DU LIVRE

19 juillet 2011

T’as d’beaux yeux tu sais

Filed under: LES GESTES ONT LA PAROLE — denisdonikian @ 3:17
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                                                                     – T’as d’ beaux yeux tu sais.

                                                                                      – Embrasse-moi !

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