Ecrittératures

29 mai 2012

Itinéraire avant l’oubli (41)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 10:26

Chaque jour jusqu’au bout de l’allée

Tu marches…

Les yeux devant à tâter l’inconnu,

Guidé par ta blessure vers la lumière des arbres.

Même rituel, terrible, aveugle et lent.

Qu’as-tu perdu que toujours tu le quêtes ?

Fille de ton corps avant toi disparue,

Tout au bout de ta voix,

Tu parles

Des petits riens qui te ruinent le temps.

27 mai 2012

Vient de paraître: Le vardig de medz mayrig.

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 5:55

 

 

 

Depuis quelques années, les éditions Guillemets publient dans leur collection Arméniales des ouvrages sur la mémoire arménienne, écrits à partir de documents, photographiques ou autres. En l’occurrence, cette fois, il s’agit d’un linge intime qui va susciter dans l’esprit du petit-fils de celle qui le portait une série d’évocations propres à rejoindre la grande histoire, celle du génocide de 1915. Garabed Garabédian, garagiste de son métier, a voulu par ce livre non seulement apporter sa contribution à la littérature du témoignage, mais surtout ressusciter la figure d’une mère arménienne à travers les tribulations de sa culotte. Une culotte, il faut le dire, sans conteste confectionnée sur les hauts plateaux anatoliens où sévissent les froids et parfois les viols. Dure à l’arraché, bien fermée aux cuisses, remontant plus haut que le nombril et surtout coupée dans un tissu si rêche qu’il devait probablement gratter aux fesses.

 

Denis Donikian : Comment vous est venue l’idée de ce livre.

Garabed Garabédian : Comme garagiste mécanicien, j’avais toujours besoin de chiffons. Un jour, j’ai demandé à ma mère de m’en trouver. Elle m’a dit d’aller voir au grenier. J’y ai découvert une valise en carton que mes grands-parents avaient utilisée durant leur exode pour venir en France. Et là, qu’est-ce que je vois ?

DD : Le vardig de medz mayrig Aroussiag, c’est-à-dire la culotte de votre grand-mère.

GG : C’est ça. Propre, repassé et tout… Il faut dire que dans mon enfance on étendait le linge sur des fils au milieu du jardin. Et les vardigs de ma grand-mère flottaient au vent, vu qu’ils étaient assez larges. C’est ainsi qu’ils se sont incrustés dans ma mémoire.

 

DD : Et maintenant que vous êtes à la retraite, vous avez voulu ressusciter votre grand-mère à travers l’une de ses culottes.

GG : Pas seulement ma grand-mère, mais toute l’histoire oubliée des Arméniens de Malatia.

 

DD : Encore fallait-il remplir cette culotte d’évocations adéquates.

GG : Je pars de l’invention de l’alphabet arménien, de la christianisation de notre peuple, en passant par la bataille d’Avaraïr, puis je brosse un large tableau de l’invasion par les Turcs des territoires arméniens, sans oublier le sublime Ararat, et j’aboutis ainsi forcément au vardig de ma grand-mère qui est le moment où tout se déchire…

 

DD : Vous voulez parler du vardig ?

GG : Le vardig est ici le symbole du destin arménien. Celui de ma grand-mère ne s’est jamais déchiré. C’était comme si elle avait eu un drapeau dans ses pantalons. Au pays, les femmes portaient des sortes de pantalon. D’ailleurs, les vardigs de ma grand-mère serraient bien au corps. Si bien que lorsque des villageoises turques se mirent à fouiller les déportées arméniennes jusqu’en leurs intimités en quête de bijoux ou d’argent, avec elle, elles durent renoncer assez vite , car elles avaient beau tirer dessus, ça restait collé au corps. C’est ainsi que ma grand-mère a sauvé tous les siens de la famine.

 

DD : Et c’est grâce à son vardig que vous êtes en vie.

GG : C’était la moindre des choses de lui rendre hommage, non ? D’ailleurs, quand je l’ai eu en mains, l’idée m’est venue d’en confectionner en série dans toutes les tailles, avec comme slogan publicitaire : culotte anti-viol garantie, ayant traversé sans encombre un génocide.

 

DD : Mais votre grand-mère devait avoir un truc quand même pour faire ses besoins naturels quand ça devenait urgent.

GG : Elle devait avoir sa méthode, c’est sûr.

 

DD : Mais qu’est-ce qui vous permet d’affirmer qu’elle a traversé toute l’Anatolie jusqu’aux déserts syriens sans encombre. Qui sait si elle n’a pas été violée par un soldat turc comme cela arrivait souvent.

GG : Ses vardigs témoignent pour elle. Aucun accroc nulle part. Un tissu aussi résistant que plusieurs fédaïs réunis.

 

DD : Ces choses–là ne s’avouent pas. Surtout à son petit-fils. Dieu sait si votre père n’avait pas du sang turc dans ses veines.

GG : Qu’est-ce que vous allez chercher ?

 

DD : Finalement qu’avez-vous fait du vardig de votre grand-mère trouvé dans sa valise en carton.

GG : Mais un livre, vous voyez bien. Un livre. Et puis, ce vardig d’Aroussiag, je l’ai encadré pour mon salon.

26 mai 2012

Pauvre diaspora !

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 7:01

 

Ce printemps valentinois a été riche en événements novateurs de la part des associations locales.  Les 14 et 15 avril, l’Amicale des Arméniens d’Ourfa avait organisé deux journées autour du livre, mais surtout de la connaissance des Alévis de Turquie, avec une conférence d’Erwan Kerivel. Puis le Vendredi 11 mai, le Collectif Mémoire et Avenir invitait le public à la découverte des « Yézidis, un peuple méconnu » à La Piscine de Bourg-Lès-Valence. Maître d’œuvre de cette journée, Krikor Amirzayan la concluait par ces mots : « la méconnaissance est source de rejet. Une forme de négationnisme. Ce soir, nous avons reçu quelques clés ou informations pour mieux comprendre ce peuple Yézidi. Comprendre c’est aussi découvrir, partager et accepter ces différences ».

Or, dans les colonnes d’Armenews, pas moins de deux articles ont été consacrés à la journée sur les Yézidis, mais rien, absolument rien sur l’activité de l’amicale des Arméniens d’Ourfa autour des Alévis. D’ailleurs, Krikor Amirzayan, qui par ailleurs mérite d’être salué pour son travail au quotidien sur Armenews, avait un excellent prétexte pour illustrer son propos sur la méconnaissance, forme de négationnisme, et sur la nécessité d’accepter les différences, ne serait-ce qu’au sein de la communauté pour laquelle il travaille.. Car si un homme devait ce jour-là porter à la connaissance des Arméniens le cas des Alévis, c’était bien lui. Lui qui écume ordinairement la région pour nous tenir informés de tout ce qui s’y passe d’intéressant. Cette forme de discrimination interne ne sied pas à une diaspora dont tout un chacun cherche l’unité tout en pratiquant le contraire. J’imagine aussi l’immense frustration des membres de l’Amicale des Arméniens d’Ourfa qui n’a nulle part où l’exprimer au regard de la position dominante dont profite Monsieur Amirzayan dans la région. Lequel semble informer quand il aime, et s’abstient de le faire quand ça l’arrange. De sorte que, le lecteur d’Armenews a tendance à croire désormais qu’il n’existe qu’une seule association sur Valence qui œuvre au sein de la communauté arménienne et orchestrée par un seul homme. Nous en sommes heureux, mais cette censure, loin de refléter  la réalité, donne plutôt l’impression de prendre les lecteurs d’Armenews pour des gogos. Cessez d’infantiliser vos lecteurs, Monsieur Amirzayan ! Et si vous voulez jouer au journaliste, faites-le pleinement. De mon côté, j’apprécie votre dévouement et je pense que vous comprendrez pourquoi il vous arrive de m’agacer.

Denis Donikian

P.S. Bien sûr, vous allez croire que cet article m’aura été suggéré par l’Amicale des Arméniens d’Ourfa. S’ils avaient osé le faire, croyez bien que je ne l’aurais pas écrit. Vous pouvez croire aussi que cet article ne serait que l’effet d’une frustration personnelle dont aurait eu à souffrir mon ego étant donné que j’ai été l’un des invités de ces journées organisées par l’Amicale. M’en accuser serait révéler une tournure d’esprit qui n’est pas la mienne.

24 mai 2012

Le caleçon du président

Les Arméniens sont si mécontents des hommes qui les gouvernent qu’ils en arrivent à voter pour eux à chaque échéance électorale. Les observateurs occidentaux auront ainsi remarqué que l’Arménie se démocratiserait de plus en plus, sans doute de la même manière qu’une femme se sentirait plus libre en se laissant périodiquement violer.

Le président arménien est un petit homme qui change de costume, de chemise et de cravate chaque jour. C’est dire que la fonction présidentielle implique une rigueur vestimentaire impeccable. S’il devait parler à la nation en caleçon – fût-il de trois couleurs – et en socquettes noires, il ne serait pas certain de donner une bonne image de la Constitution dont il est le garant. Le cheveu bien peigné, il marche la tête haute et fait les petits yeux tant l’éblouit l’avenir radieux de son pays. Il parle à son peuple d’une voix qui frise le cadavérique même quand il sent des poussées dans la voix provoquées par l’image de cet avenir radieux. Ici le ton du discours en éteint le contenu. Ainsi costumé, le cheveu brossé et les yeux petits, il s’adresse à des troupeaux de pauvres hères en caleçon et chaussettes qui auront l’obligation de voter pour lui s’ils veulent espérer porter un jour une chemise ou conserver leur emploi dans les administrations sur lesquelles il règne sans partage. Je ne dirais pas que la voix de ce président est d’autant plus cadavérique qu’il a transformé les citoyens arméniens en cadavres. Ni qu’il vaut mieux régner sur des cerveaux politiquement morts que sur des esprits indignés quand on veut travailler pour le bien de la nation.

S’il avait cherché à promouvoir l’épanouissement politique de sa jeunesse, le président aurait introduit L’Esprit des Lois dans l’enseignement  ou pour le moins favorisé son éducation civique. Mais encore faut-il qu’il ait lu lui-même Montesquieu, que des enseignants soient à même de pouvoir le comprendre et l’expliquer. Trop pétris de marxisme-léninisme et embourbés dans une mentalité fossilisée par une religion nationale totalement stérile, les esprits sont condamnés aux affres d’une culture qui les empêche de respirer.

Non content de maintenir sa jeunesse dans l’obscurantisme, ce président aura réussi à augmenter le nombre d’enfants pauvres de son pays. Selon un rapport produit par le Service National de la Statistique d’Arménie,  41,4 pour cent des enfants arméniens vivraient dans la pauvreté, soit environ 300000. Ainsi applaudir ce président ou lui serrer la main comme membre de la diaspora, c’est comme cracher sur le visage d’un de ces 300 000 enfants pauvres. Quant à l’Eglise, elle a beau être nationale ou prêcher l’Evangile de la compassion, elle préfère rouler en Bentley. Cette Eglise qui a créé autour d’elle des remparts d’argent et qui accomplit ses numéros de cirque chaque Dimanche que Dieu fait pour extasier les gogos de la diaspora.

( Ces 300 000 enfants pauvres constituent l’échec visible de la culture arménienne. Cette culture n’a pas réussi à sauver les plus démunis des enfants de la nation. Non seulement, les Arméniens ne sont pas aptes à mettre en œuvre la compassion qu’on pourrait attendre de la première nation chrétienne, mais elle a fait pire en générant des souffrances que personne ne veut voir. Ce serait aussi un échec de la politique sociale de notre président costumé si sa cervelle militaire était capable d’en commettre une. Mais c’est surtout l’échec de la diaspora depuis vingt ans. Généreuse, oui, mais d’une générosité qui n’aura pas échappé aux prédateurs en embuscade, que notre président aura largement encouragés d’une manière ou d’une autre. C’était et c’est toujours l’erreur des Arméniens de la diaspora de vouloir aider aveuglément leurs « frères » qui font l’Arménie vivante. Vivante, oui, mais surtout malade, pour ne pas dire moribonde. Or, aujourd’hui ceux qui trahissent l’avenir de la nation arménienne sont ceux qui gouvernent l’Arménie. Tant que la diaspora ne l’aura pas compris, elle contribuera au naufrage du pays tout en s’agitant pour le sauver. Tant que la diaspora n’osera pas porter la critique au sein même de l’Arménie, qu’elle ne menacera pas de claquer la porte, qu’elle ne saura boycotter les invitations intéressées du gouvernement arménien, rien ne changera. Si cette même diaspora mettait autant de hargne à combattre ceux qui pérennisent par des alliances de clan une république abricotière qu’elle en met à lutter contre le négationnisme, le pays vivrait autrement. )

De fait, la seule liberté que se trouvent les Arméniens qui ne veulent pas se prostituer chez eux, c’est d’aller se prostituer ailleurs. Les vingt ans de la jeune république équivalent à vingt années d’hémorragie démographique. Le petit président n’en a cure, puisque plus son pays se rétrécit numériquement, moins il a à créer d’emplois. Mais aussi, plus la diaspora augmente et plus l’argent de cette diaspora rentre au pays pour aider ceux qui y restent. Ainsi le président n’a nul besoin de construire des usines. Les usines de l’Arménie, c’est le patriotisme des Arméniens expatriés. Il suffit de faire jouer la fibre arménienne des exilés pour que leur argent vienne contribuer à faire monter cet avenir radieux dont rêve le président. Sans compter qu’il peut ainsi faire à son profit des prélèvements personnels pour s’acheter plus de costumes et en faire bénéficier sa domesticité politique afin qu’elle porte des chemises blanches.

L’autre fonction que le président attribue à la diaspora, c’est d’être le porte-parole de la pauvre Arménie auprès des instances administratives des pays riches. Car leur aide permettra aux autres nations d’avoir le sentiment d’accomplir une action de solidarité sans avoir à garder tout l’argent du contribuable pour soi. Mais le chemin qui conduit l’argent ainsi octroyé jusqu’à son point de destination aura dû croiser certaines instances administratives de la pauvre Arménie… C’est que la pauvre Arménie veut bien qu’on l’aide, mais il y a forcément un prix à payer.

Ainsi, la meilleure façon d’être arménien,  c’est de chercher à le rester  en vivant hors de l’Arménie. On vit à l’étranger pour le ventre et on pense à l’Arménie pour la culture, celle-ci étant comprise comme un mode d’être schizophrénique de rattachement à une identité. Ceux qui d’ailleurs se réclament de cette culture lui donnent un contenu n’ayant aucune consistance vivante. Ils répondent par la langue mais ils ne la parlent plus. Par l’Eglise, mais ils privilégient le national au détriment de la foi ou de la charité.

De fait, la vraie culture des Arméniens, c’est un culte de l’argent allié au culte de la mort. Cela se comprend par le génocide. Ceux qui ont survécu à la Grande Catastrophe ont voulu compenser l’absence du pays par un surcroît d’activité et un surcroît de nostalgie. Leur réussite étant comprise comme une revanche prise sur la mort. Voilà pourquoi on trouve chez les Arméniens un amour de la vie plus fort que chez tout autre nation. Mais ce qui plombe cette surabondance de vie, c’est le Crime resté impuni depuis bientôt cent ans. Deux forces contradictoires qui forgent le destin arménien. Toute la culture des Arméniens, qu’ils soient d’Arménie ou d’ailleurs, se tient enserrée dans ce nœud. Et c’est pourquoi, ils ne respirent pas, ils n’arrivent pas à créer une culture résolument vivante, lucide et généreuse. La culture arménienne s’est fossilisée dans ses écoles, dans sa langue, dans son Eglise. La crainte de perdre ces piliers de son identité a eu pour effet qu’ils sont défendus d’une manière fanatique contre toute remise en cause. Or la vraie culture n’a d’autre vocation qu’une fonction iconoclaste capable de renouveler les valeurs nationales pour les rendre plus aptes à aider les hommes dans la quête de leur avenir. Faute de quoi ces hommes continueront sinon à s’infantiliser, du moins à produire leur propre mort spirituelle.

4 mai 2012

EREVAN, capitale de la censure 2012

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 12:44

Article paru dans Nouvelles d’Arménie Magazine N°185, mai 2012, sous la signature de Tarara A.

Que mes lecteurs se rassurent, j’ai déjà parlé des locaux de la police arménienne et de ses pratiques dans Vidures.

Et je compte bien m’y rendre pour y distribuer sa traduction.

Denis Donikian

2 mai 2012

Tracteurs et détracteurs

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 4:59
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Photo Dzovinar

Prépuce inversement proportionnel à la taille du personnage.

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L’Arménie qui se démarque en tout des autres pays du monde, pourrait fournir une longue liste de sujets sortant de l’ordinaire. Par exemple, premier du XXème siècle dans la catégorie génocide, plus grand nombre de joueurs d’échec au kilomètre carré, chanteur de taille inversement proportionnelle à sa longévité, ou présidents dans la série fraudeurs, les maîtres chanteurs de son indépendance, trois qu’elle peut vous aligner comme des perles de culture pour un collier de chien.

Mais chose qu’on ne trouve nulle part ailleurs, notamment dans des pays pauvres, l’Arménie possède plusieurs Botero. Du vrai bronze. Sauf un. Un de chair et d’os, un Botero beau taureau qui a pour nom Dodi Gago, alias Gagik Tsarukian, chef du Parti Arménie Prospère dit BHK, et une fortune inversement proportionnelle à la misère de son peuple. (Comme il se doit peuple pour 50 % affamé, pour 5 affameur, désespéré pour ceux qui restent sans le désirer…) Bien nourri dès sa montée en grasse en ce monde par une mère qui ne cache pas à qui veut l’entendre que son rejeton n’aime pas payer des impôts, surtout pas pour qu’un cravaté présidentiel aille dilapider ses bénéfices spéculatifs à Monte Carlo sur les tables de jeux. Pour autant l’homme prospère aime à faire profiter son peuple de sa prospérité quand d’autres ne penseraient qu’à faire prospérer l’or prospérité même. Ce que ne fait pas l’Etat, Dodi Gago le fait. Il prête, il donne, il soulage, il rassasie le temps d’une faim ou d’une soif… C’est que l’Arménie des Arméniens est fière d’avoir un bon Samaritain hors Samarie.

Or, voilà qu’en ces temps d’élections, où beaucoup qui se font appeler sont les mêmes qui sont élus, Dodi Gago se répand dans le pays en multipliant ses grâces même si c’est du genre moins désintéressé que le Christ décuplant les poissons et les pains. Ainsi, pour égayer sa campagne électorale, c’est par dizaines que Dodi distribue ses cadeaux. Des tracteurs dans des campagnes à bout de nerfs.

Mais comme tout tracteur a son détracteur, les autres partis voient dans ses machines rurales des machinations machiavéliques. Car en vérité, je vous le dis, la donation tractoriale est une variante d’aliénation électorale telle qu’on l’a mise en pratique en vingt ans d’indépendance. Alors que les partis d’opposition cherchent à dissiper les rideaux de fumée qui pèsent sur chaque élection, les partis au pouvoir ennuagent les électeurs tout en protestant qu’ils feront propre, pur et européen. C’est qu’en Arménie et chez les Arméniens l’esprit de façade n’est rien et les magouilles en coulisses sont tout. Sous couvert de grande compassion pour des gens qui souffrent, notre Sieur Botero de chair, qui sut s’accointer avec deux coquins présidentiels au moment opportun, comprendre par opportunisme,  donne aux naïfs pour mieux les obliger au service de ses intérêts.

En réalité, ces dons tout généreux, tout sourire qu’ils puissent paraître, ne sont que des formes cyniques de mépris. C’est qu’on méprise ainsi le jugement électoral des Arméniens en les infantilisant par des jouets, qu’on les prête ou qu’on les donne. Surtout quand ces Arméniens n’ont pour sauveurs que des magnats faussement providentiels, quand l’Etat ne joue pas son rôle, et que ses représentants costumés n’ont ni le respect des lois, ni le souci des hommes.

Denis Donikian

*

Voir aussi : JEUX DU CIRQUE EN ARMENIE

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