Ecrittératures

7 juillet 2020

Aphorisme du jour (14)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 11:04
action adulte art artistique

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Je suis un corps qui n’est pas moi et un moi qui naît encore.

5 juillet 2020

Aphorisme du jour (13)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 9:18

PLASTICITES 1 51

(D. Donikian: La traversée des apparences)

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La quête du confort extérieur inquiète la paix intérieure.

4 juillet 2020

Aphorisme du jour (12)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:20

cailloux cheveu cheveux eau

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Pas de mot plus beau que celui de l’eau, plus laid que celui du lait, plus fol que le mot pétrole, plus élégant que l’aile.

3 juillet 2020

Aphorisme du jour (11)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:47
aviation avion avion a reaction avion de chasse

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Le con fort dicte à tort et tue la vie

2 juillet 2020

Covidus Bonus Malus

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 5:03

 

art tete coffre portrait

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C’était un temps de peurs

D’horrifiques stupeurs

La mort

Dont on disait le nom

En oubliant la chose

Surgit comme un bourdon

Au beau milieu des roses

Les forts

Autant que les chétifs

Retors

Tout autant que rétifs

Tous étaient corvidés

La vie jouait aux dés

Ceux qui ne mouraient pas

Attendaient leur trépas

à demeure assignés

Lourdement consignés

*

L’homme entré dans ses tanières

Le silence enfin devint roi

La vie accueillit son endroit

Les oiseaux jubilèrent

L’air était à la joie

Plus de prédateurs plus de proies

Les rues s’offraient aux animaux

Redevenus propriétaires

Heureux après leurs maux

Et les fleurs de sourire

A l’abette essentielle

Au frou-frou de leurs ailes

La paix de s’ébaudir

*

Et puis

La fin

Survint

Sans bruit

Et les portes s’ouvrirent

Sur le grand large du sourire

Après deux mois de sommations

De sommeils et de privations

Sourire

Que non

Les gens allaient masqués

Cachant leurs bouche et nez

Mais ceux ne sachant coudre

Plutôt que s’y résoudre

Se drapaient le museau

De tout qui fit bandeau

Ainsi feuilles de chou

De vigne ou de bambou

Ils allaient tous feuillus

Certains mirent dessus

Leurs dessous

Visage enculotté

Fors les yeux

Ils suaient sous l’été

Et ses feux

Le monde était à l’envers

Tout le nu devint couvert

Et le couvert devint nu

Les fous du vivre revenu

Tout brusquement se débandèrent

L’air sentait la houille

Et les chaos recommencèrent

Les bruits rongeaient la rouille

Les animaux retournèrent

Dans les forêts de leurs peurs

Car ils craignaient la propension des hommes

A devoir les aimer moins libres plutôt morts

Et comme

Étaient revenus les enfers

La paix était toute à refaire.

1 juillet 2020

Aphorisme du jour ( 14)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:42
activites affaires architecture batiments

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Des innocents meurent chaque jour des loufoqueries d’un président fou

30 juin 2020

Aphorisme du jour (13)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:26

 

 

cowboy-ronald-reagan-cowboy-hat-hat-41008.jpeg

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*

Politique : l’art de tout dire pour ne rien faire.

28 juin 2020

Aphorisme du jour (12)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:55

Le corps fait ce qu’il peut pour l’homme qui en fait ce qu’il veut

*

amusement boire boissons bouteille

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27 juin 2020

Viet et mort d’un cheval de légende

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 3:19
animal animal de compagnie animal domestique betail

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Pour Dzovinar, animaliste

 

*

 

J’ai été un cheval

Qui courait pour les hommes

Cravaché à mourir

Un cheval sous les hommes

Assigné à courir

contre d’autres chevaux

non par monts et par vaux

mais aux cris d’autres hommes

A courir en rond comme

Un cheval fou en cage

Sous les feux de leurs rages

Et les jeux de l’argent

J’ai gagné j’ai perdu

Triomphant ou battu

Pour eux fus l’instrument

Qui brisait leur ennui

Et pour moi lourd de chaînes

De jour comme de nuit

J’ai vécu à la peine

Pour boire ou pour manger

Nul ne m’a ménagé

Pourvu que son plaisir

Fut me taire et courir

Je n’avais pas leurs mots

Pour me plaindre des hommes

Je n’avais que les maux

D’une bête de somme

Qui n’aura vu pleurer

L’œil d’un cheval fourbu

Et qui n’aura pleuré

Cet œil de l’avoir vu

Quel homme donc peut-il être

Aveugle et qui sait traître

A son humanité

Maintenant épuisé

De mes ans d’esclavage

J’attends que l’on me tue

Dans un lieu d’abattage

Après qu’ils ont violé ma vie

Qu’ils ont mangé mon énergie

Je devrai leur servir de viande

Meurs donc Ô cheval de légende

*

Ainsi fait l’homme à l’animal

Esclave d’un maître infernal

Qui ne voit qu’il est un cheval

Prisonnier dans son propre mal

Aphorisme du jour (11)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 6:11
asphalte champs ciel herbe

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Tous les ciels suffisent à ma joie.

26 juin 2020

Aphorisme du jour (10)

Filed under: APHORISMES,APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 10:46
abeilles ailes alveole bandes

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Allégeance aux lobbys vaut nouvel esclavage : esclavage alimentaire, esclavage pharmaceutique, esclavage médiatique, esclavage énergétique, esclavage écologique…

 

*

Madame, Monsieur,

Bayer-Monsanto, Syngenta-ChemChina et les grandes multinationales de l’agrochimie ont mis leurs lobbys en ordre de bataille pour prendre le contrôle des procédures d’homologation et de régulation des pesticides au niveau européen – pour être sûres à 100 % que leurs produits continueront à être vendus massivement dans les pays de l’Union européenne…

…malgré la grande extinction en cours des abeilles et des pollinisateurs essentiels…

…et aux dépens de tous les citoyens qui se battent depuis des années pour faire interdire l’ensemble des pesticides tueurs d’abeilles en Europe et dans le monde !

En ce moment même, une réforme de la procédure d’évaluation de la dangerosité des substances actives contenues dans les pesticides, sur les abeilles et autres pollinisateurs, est en cours à Bruxelles : les lobbys de l’agrochimie tentent à tout prix d’y imposer leurs propres protocoles, et face à eux une poignée d’ONG, dont POLLINIS, lutte avec acharnement pour leur faire barrage.

Nous avons besoin de toute l’aide possible pour les stopper avant qu’ils n’obtiennent gain de cause et que cette prise de contrôle par les firmes ne précipite l’extinction massive de la biodiversité et ne compromette la survie des générations à venir. Je vous demande de signer de toute urgence la pétition européenne en cliquant ici, et de la faire circuler autour de vous autant que vous le pourrez.

► JE SIGNE LA PÉTITION

Comment en est-on arrivés là ?

En 2010, sous la pression des scientifiques et face à l’extinction effrayante des insectes pollinisateurs, l’Europe reconnaît que les tests utilisés pour mesurer les effets des pesticides sur les insectes avant d’en autoriser la vente sont devenus complètement obsolètes.

Ils ne permettent plus de mesurer les effets résultant de modes d’action incroyablement subtils et redoutablement efficaces des nouvelles molécules répandues en quantités industrielles dans tous les pays de l’Union.

Pour rappel, certaines molécules utilisées comme insecticides sont aujourd’hui, à dose égale, jusqu’à 7 000 fois plus toxiques pour les abeilles que le fameux DDT déjà interdit depuis des décennies !

En application du règlement européen No 1107/2009 qui prévoit que les produits chimiques mis sur le marché ne doivent pas avoir d’effet « inacceptable » sur l’environnement, et par souci de mise à jour, la Commission européenne demande alors à l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, d’adapter le processus d’évaluation aux dernières connaissances scientifiques et d’adopter des « tests abeilles » plus intégratifs des effets potentiels  – pour s’assurer que les effets délétères des molécules soient sérieusement évalués AVANT d’autoriser la vente des produits et AVANT qu’on les retrouve partout dans les campagnes, les sols, et les nappes phréatiques… jusque dans nos assiettes et dans l’air que nous respirons !

Un groupe composé des meilleurs experts est aussitôt formé.

Ils rendent leurs conclusions deux ans plus tard (1) et proposent la mise au point de nouvelles lignes directrices, le «Bee Guidance Document », basées sur une approche scientifique plus intégrative – pour des tests abeillesvraiment pertinents. (2)

Les instances européennes les approuvent : mais les lobbys de l’agrochimie vont en décider autrement…

Ils ont appliqué eux-mêmes ces nouveaux « tests abeilles » dans leurs labos sur plus de 150 de leurs pesticides en circulation.

Les résultats sont catastrophiques : 79 % des herbicides testés… 75 % des fongicides… et 92 % des insecticides ne passeraient pas le premier niveau de tests en laboratoire (3) : pour les firmes, cela impliquerait non seulement d’investir dans de coûteux tests supplémentaires…

… mais surtout, de prendre le risque qu’une grande partie de leurs pesticides ne soient pas autorisés sur le marché européen, car trop dangereux pour les abeilles à miel ! 

Pour les multinationales de l’agrochimie, ces résultats sont sans appel : adopter une approche intégrative avec  des «tests abeilles » mieux adaptés permettant de mesurer la toxicité réelle de leurs produits sur les abeilles, les bourdons, ou d’autres pollinisateurs indispensables à nos écosystèmes, reviendrait à se priver du jour au lendemain de leur principale source de revenus.

Elles mobilisent alors toute la puissance de leurs lobbys pour s’opposer à l’adoption des lignes directrices :

>> critique de l’approche scientifique utilisée par les experts réunis par l’EFSA, chantage à la délocalisation… financements académiques et scientifiques de grande ampleur pour blanchir leurs produits et abaisser les niveaux de protection… argumentations biaisées sur les menaces bio-invasives, promettant un « retour à une agriculture du Moyen-Âge » et aux grandes famines… infiltration des comités scientifiques et consultatifs qui travaillent avec la Commission européenne et les États membres et qui participent aux décisions concernant les pesticides…<<

Un arsenal de techniques très élaborées, qui leur permet de mettre une pression sans précédent sur les responsables politiques…

Résultat : le Bee Guidance Document et ses « tests abeilles » ont été soumis pour approbation finale plus de 30 fois de suite au SCoPAFF (le Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l’alimentation animale), un comité européen réunissant des représentants des États membres, sous la présidence de la Commission européenne.

> Ils ont été rejetés à chaque fois, sans qu’on puisse savoir pourquoi, et sans caméras, permettant ainsi aux États membres de garder leur vote secret. (4)

Il faut se rendre à l’évidence :

Les autorités censées contrôler les pesticides et protéger les citoyens européens se retrouvent impuissantes face aux firmes industrielles désireuses de continuer à vendre leurs produits toujours plus élaborés et dangereux – et engranger le plus longtemps possible les bénéfices colossaux liés à ce commerce.

Ça ne peut plus durer comme ça. S’il vous plaît, signez la pétition européenne et faites-la passer autour de vous à tous ceux qui pourraient se mobiliser.

► JE SIGNE LA PÉTITION

Faut-il rappeler les effets en cascade de cet effondrement de la biodiversité ?

– Chaque année en France plus de 80 000 tonnes de pesticides sont déversés dans nos campagnes ; (5)

– 73 à 80 % des insectes volants ont déjà disparu de nos territoires au cours des 30 dernières années (6) ; la moitié des papillons en vingt ans (7) et les abeilles et autres pollinisateurs sauvages meurent par milliards chaque année ;

– un tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans ; (8)

– la diversité des plantes à fleurs est en rapide déclin faute de pollinisation sur plus de 80 % des sites étudiés au Royaume-Uni et aux Pays-Bas (9), et une plante sur cinq est désormais menacée d’extinction… (10)

Va-t-on rester les bras croisés pendant que ce cataclysme silencieux se déroule dans nos campagnes, mettant directement en péril la biodiversité et l’avenir des générations futures ?

IL FAUT AGIR VITE !

Pourtant… Le 11 mars 2019, sous couvert d’une mise à jour scientifique, la Commission européenne a demandé officiellement à l’EFSA d’ajuster l’approche scientifique permettant de mesurer l’effet catastrophique des nouvelles molécules de pesticides sur les abeilles et la biodiversité

… et de bien vouloir reconsidérer les niveaux de protection déterminant les seuils de toxicité, afin qu’ils coïncident avec les demandes des firmes agrochimiques elles-mêmes – Bayer-Monsanto, Syngenta-ChemChina, BASF, Dow Agrosciences et autres multinationales qui retirent plusieurs centaines de millions d’euros par an de la vente de ces pesticides ! (11)

C’est une trahison insupportable des autorités censées nous protéger.

Et l’objectif est clair : garantir le plus longtemps possible les intérêts à court terme d’une petite caste de multinationales aux lobbys trop puissants.

Depuis, une réforme est en cours à l’EFSA pour affiner l’approche scientifique et déterminer les critères et les outils permettant d’évaluer la dangerosité des pesticides sur les abeilles et autres pollinisateurs.

Notre équipe, qui fait partie du comité consultatif de l’EFSA en tant que représentants de la société civile, a formulé des recommandations qui reprennent celles émises par les scientifiques en 2013… (12)

… mais de leur côté, les représentants d’intérêts de l’industrie poussent de toutes leurs forces pour affaiblir les niveaux de protection, ce qui faciliterait la commercialisation de leurs produits… (13)

… et qui permettrait peut-être la mise sur le marché et l’utilisation à grande échelle en agriculture de pesticides dangereux pour les pollinisateurs !

Pour que la voix et les recommandations de la société civile pèsent plus lourd dans la balance que les demandes des firmes en quête perpétuelle de nouveaux profits, nous avons besoin de la participation d’un maximum de personnes :

s’il vous plaît, rejoignez dès maintenant la mobilisation pour faire pression sur la Commission européenne et l’obliger à refuser tout affaiblissement des procédures d’homologation des pesticides établies par l’EFSA en 2013

…et d’adopter immédiatement le document d’orientation et ses « tests abeilles », largement recommandé par l’ensemble des EXPERTS SCIENTIFIQUES du monde académique– pour retirer une fois pour toutes les pesticides tueurs d’abeilles de nos territoires avant qu’il ne soit trop tard, et enrayer l’extinction de la biodiversité.

Signez dès maintenant la pétition européenne pour contrer les lobbys en cliquant ici !

► JE SIGNE LA PÉTITION

Pas de compromissions, pas de petits arrangements :

Il n’est pas admissible que les autorités censées protéger l’intérêt général se plient aux desiderata d’intérêts privés – au détriment des pollinisateurs, de l’environnement et de l’équilibre de la chaîne alimentaire…

Il est temps de leur rappeler que, dans une démocratie, ce sont les citoyens qui décident, pas les entreprises !

Malgré la force de frappe phénoménale déployée par les lobbys de l’industrie agrochimique, nous, citoyens européens alarmés par le déclin dramatique des pollinisateurs et ses conséquences directes sur nos vies, avons un atout majeur : c’est bien sûr notre nombre.

C’est pourquoi il est si important qu’un maximum de personnes signent la pétition pour l’adoption immédiate des « tests abeilles » qui permettent de préserver les pollinisateurs et l’ensemble de la chaîne alimentaire face aux pesticides les plus toxiques.

► JE SIGNE LA PÉTITION

Si ce n’est pas déjà fait, SVP ajoutez votre signature, et surtout : n’oubliez pas de transmettre cet email le plus largement possible autour de vous.

De trop nombreuses personnes ignorent encore les tractations lugubres qui ont lieu en ce moment même à Bruxelles, et qui pourraient sonner le glas des abeilles et de milliers d’espèces de pollinisateurs sauvages dans les années à venir.

Beaucoup croient qu’on peut compter sur les autorités sanitaires et environnementales pour nous protéger, et garantir la sécurité de nos aliments et de l’environnement.

Malheureusement, cette affaire montre bien les failles béantes du processus, dans lesquelles les firmes les plus puissantes peuvent s’engouffrer à merci pour imposer leur loi – et leurs produits toxiques ! – à tout un continent.

Aidez-nous à diffuser cette info à un maximum de citoyens, pour les alerter sur le coup de force anti-abeilles des lobbys à Bruxelles, et les rallier à nos côtés…

… pour opposer, face aux multinationales agrochimiques qui se pensent toutes-puissantes, une force unie et déterminée de plusieurs centaines de milliers de citoyens  – peut-être même un million, si chaque personne fait l’effort de diffuser ce message autour d’elle.

Alors s’il vous plaît, aidez POLLINIS à créer une véritable onde de choc à travers le pays et l’Europe toute entière, pour que notre pression sur la Commission européenne soit plus forte que celle des lobbys de l’agrochimie qui sacrifieraient sans vergogne votre santé, votre alimentation et l’avenir même de la nature, pour satisfaire leurs profits immédiats.

Pour que, non seulement le niveau de protection des tests pour l’homologation des pesticides préconisé par les scientifiques en 2013 ne soit pas affaibli, mais que les tests intégratifs qui permettraient une vraie protection des pollinisateurs soient adoptés immédiatement !

Signez la pétition, et transmettez cet email à un maximum de personnes autour de vous.

► JE SIGNE LA PÉTITION

D’avance, merci !

Nicolas Laarman

Délégué général

POUR ACCÉDER À LA PÉTITION, CLIQUEZ ICI

Références :

  1. EFSA Panel on Plant Protection Products and their Residues (PPR). (2012). Scientific Opinion on the science behind the development of a risk assessment of Plant Protection Products on bees (Apis mellifera, Bombus spp. and solitary bees). EFSA Journal, 10(5), 2668.

  2. EFSA Guidance Document on the risk assessment of plant protection products on bees (Apis mellifera, Bombus spp. and solitary bees) EFSA Journal 2013;11(7):3295

  3. Miles, M., Alix, A., Becker, R., Coulson, M., Dinter, A., Oger, L., … & Weyman, G. (2018). Improving pesticide regulation by use of impact analyses: a case study for bees. Conference paper. Hazards of pesticides to bees, 13th international symposium of the ICP-PR Bee protection group, October 2017, Valencia (Spain), Julius-Kühn-Archiv, (462), 86-90.

  4. RAPPORT DE POLLINIS SUR LE BLOCAGE AU NIVEAU EUROPÉEN DES « TESTS ABEILLES » – POLLINIS 05.2019

  5. La QSA totale, tous produits et usages confondus, est de 85 876 tonnes en 2018LE PLAN ECOPHYTO EN 2018-2019 EN BREF ,JANVIER 2020

  6. Hallmann, C. A., Sorg, M., Jongejans, E., Siepel, H., Hofland, N., Schwan, H., … & Goulson, D. (2017). More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PloS one, 12(10), e0185809.

  7. Van Swaay, C., Van Strien, A., Harpke, A., Fontaine, B., Stefanescu, C., Roy, D., … & Švitra, G. (2013). The European grassland butterfly indicator: 1990–2011. Published by the European Environment Agency

  8. Inger, R., Gregory, R., Duffy, J. P., Stott, I., Voříšek, P., & Gaston, K. J. (2015). Common European birds are declining rapidly while less abundant species’ numbers are rising. Ecology letters, 18(1), 28-36.

  9. Biesmeijer, J. C., Roberts, S. P., Reemer, M., Ohlemüller, R., Edwards, M., Peeters, T., … & Settele, J. (2006). Parallel declines in pollinators and insect-pollinated plants in Britain and the Netherlands. Science, 313(5785), 351-354.

  10. Willis, K.J. (ed.) 2017. State of the World’s Plants 2017. Report. Royal Botanic Gardens, Kew.

  11. Mandate to EFSA to revise the Guidance on the risk assessment of plant protection products on bees, European Commission 03.2019

  12. TESTS ABEILLES : POLLINIS FACE À L’AGROCHIMIE AU SEIN DU COMITÉ CONSULTATIF DE L’EFSA – POLLINIS 10.2019

  13. ECPA (2017). Proposal for a protective and workable regulatory European bee risk assessment scheme based on the EFSA bee guidance and other new data and available approaches. 39p., voir en particulier p. 9 

  14. PESTICIDES ET POLLINISATEURS : LA COMMISSION ET LES ÉTATS MEMBRES SONT-ILS EN TRAIN DE CÉDER AUX PRESSIONS DE L’AGROCHIMIE ? – POLLINIS 07.2019

24 juin 2020

Aphorisme du jour (9)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:46

 

lumineux art peinture coffre

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*

La maladie apprend le monde à ceux qui le cherchent en l’éprouvant.

21 juin 2020

Chienne de vie

Filed under: PROSE POESIE,Uncategorized — denisdonikian @ 7:25

businessman homme rue marcher

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*

« Allo ! monsieur Gérard ?

– Non, c’est Klisma, sa femme.

– Ah ! Bonjour madame Klisma. J’ai écrit à monsieur Gérard, il y a plusieurs jours. J’avais besoin de sa réponse. D’habitude il répond assez vite.

– Et pour cause ! Il est mort. On l’a enterré lundi dernier.

– Mort ! Mais comment ça mort ? Comment a-t-il pu …

– Il est mort comme on meurt… monsieur ?

– Monsieur Jean Benoît. Mais appelez-moi Jean. Ca s’est passé brusquement alors ?

– Oui, comme une lettre à la poste.

– Au moins il n’a pas souffert. Il aurait pu attendre tout de même, de me répondre avant…

– La mort n’attend personne, monsieur Jean. C’est elle qui vient quand elle doit venir…

– Oui, mais j’avais besoin de lui…

– Mais lui n’avait pas particulièrement besoin de mourir. Il a été pris au dépourvu.

– Probablement oui. C’est incontournable en fait. Lui ne voulait pas mourir mais quelqu’un ou quelque chose d’autre le souhaitait.

– Allez savoir.

– On n’est pas son maître, voyez-vous. Au fait, j’y pense, il ne s’est pas suicidé au moins ?

– Il n’aurait pas su s’y prendre. Gaz ou pendaison, il aurait eu du mal. C’était un froussard. Ce genre de mort volontaire ne lui convenait pas.

– Et savez-vous s’il reviendra ? Car il arrive qu’un mort revienne de l’au-delà.

– Mais puisque je vous dis qu’on l’a enterré. Nous avons attendu trois jours quand même.

– Et s’il s’était réveillé dans son cercueil ? Vous n’en savez rien dans le fond.

– Il m’aurait appelé. Je lui ai laissé son portable. Il voulait être enterré avec son portable.

– Vous n’avez reçu aucun appel ?

– Aucun.

– C’est bizarre tout de même. Ce n’était pas un homme à mourir comme ça. Il est peut-être mort du virus ?

– Même pas. Il était d’une santé solide.

– A l’occasion je passerai vous présenter mes condoléances.

– Entendu.

– Vous savez, quand le corps veut, il veut. S’il veut mourir, rien ne l’arrête.

– Comme vous dites.

– Une belle femme qui passe à proximité, et voilà que je suis tiré vers elle.

– Tiré ?

– Oui, ça me donne des érections. C’est donc bien que c’est mon corps qui veut ça, alors que moi dans le fond je veux rester honnête, vous comprenez ?

– C’est tout le problème. Et qu’est-ce que vous faîtes dans ce cas-là ?

– Si j’ai mon parapluie, je le mets devant. Sinon je cours acheter un journal.

– Tant que ça ? En tout cas, prévenez-moi le jour où vous voudrez présenter vos condoléances.

– Bien sûr… »

20 juin 2020

Aphorisme du jour (8)

Filed under: APHORISMES,Uncategorized — denisdonikian @ 3:24
sante laboratoire rechercher science

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La démocratie, c’est le gouvernement des robots par la souveraineté sans entrave des lobbys et des labos.

19 juin 2020

Aphorisme du jour (7)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 8:42
a l interieur calligraphie composition concevoir

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*

J’écris autour du trou noir qui ne s’écrit pas.

18 juin 2020

Aphorisme du jour (6)

Filed under: APHORISMES,Uncategorized — denisdonikian @ 2:21

femme mur fitness sante

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Les corps sains n’ont pas l’esprit corsaire

qui doit tuer de la mort chaque jour

pour gagner de la vie.

14 juin 2020

« Pas de ça chez nous ! » Le mythe, le sacré et le génocide (5 et dernier)

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:06

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« Dire que telle ou telle chose n’est pas strictement interdit mais cela « ne se fait pas », exactement comme à l’époque victorienne cela ne se faisait pas de prononcer le mot « pantalon » en présence d’une dame. Quiconque défie l’orthodoxie en place se voit réduit au silence avec une surprenante efficacité. Une opinion qui va à l’encontre de la mode du moment aura le plus grand mal à se faire entendre, que ce soit dans la presse populaire ou dans les périodiques destinés aux intellectuels » ( George Orwell, op.cit. p. 91). Voilà qui est dit et bien dit et qui résume notre propos. Or, à propos de pantalon, on peut se souvenir qu’à l’époque soviétique à Erevan, les rares femmes qui en portaient étaient montrées du doigt. On ricanait même dans leur dos. Mais c’était déjà une sorte de « Pas de ça chez nous ! » dont elles étaient les premières victimes. Et si aujourd’hui le port du pantalon est devenu courant, c’est bien que des pionnières ont su braver les interdits et le regard narquois des crétins. Au vrai, la femme arménienne est la première à souffrir d’une orthodoxie contraignante qui n’a d’autre but que de l’obliger à subir une forme de domination non dite, aussi prégnante que répugnante. La jeune femme sait que si elle veut s’accomplir dans la maternité, elle doit passer par les fourches caudines d’une société faite par les hommes et pour les hommes. Libre à elle de trouver sa voie autrement, mais cette liberté a un prix qui sera de toute manière proche de l’ostracisme. Ainsi, dans cette société sourdement dogmatique, la virginité est devenue un gage de vertu sinon de pureté, d’honorabilité et de dignité. On ne vous autorise à avoir des enfants qu’à la condition que votre homme soit le premier et le restera toute votre vie. Ce qui oblige les jeunes Arméniennes à se marier à un âge au-delà duquel elles figureraient dans la tranche des suspectes et des réprouvées. Sans parler du fait que la mariée n’aura pas droit aux petits cris de la jouissance et ne sera autorisée qu’à subir en silence le pénis bêtement procréateur de son mari. Jouir pour une femme arménienne, même d’une manière honorable, est d’autant plus interdit que son époux la suspecterait d’éprouver le plaisir impur d’une déviance. Pour le dire tout net, sous le joujou de son mari, sa vertu deviendrait si petite qu’elle serait « mal vue ». Or, cette amputation de sa féminité pleine et entière que doit endurer la femme arménienne, victime d’une mentalité culpabilisatrice, n’est rien moins là encore qu’une lourde obéissance à la sourde injonction du « Pas de ça chez nous ! »

L’idolâtrie des Arméniens va aussi à leur langue. « Saint Ochagan » aurait écrit un de nos poètes. C’est dire ! D’ailleurs l’auteur du « Pas de ça chez nous ! » pourrait se prévaloir de parler l’arménien mieux qu’un vartabed de Venise pour s’autoriser à excommunier qui ne fait rien comme « chez nous ». Le savoir parler arménien serait d’autant plus un critère d’arménité que la langue est aussi sacrée que l’Église ou que la terre. D’aucuns auront même voulu l’impossible, à savoir revenir à la langue de Machtots. Mais la langue est moins affaire de volonté que de communication vivante. Elle a ses lois organiques propres et fonctionne avec le corps, la mémoire, le mental et surtout le principe du moindre effort. Toutes ces composantes contribuent à malaxer la langue pour qu’elle soit plus digeste et plus « communicante ». Reconquérir sa pureté n’est rien moins que la figer. C’est la réduire à un diamant certes, mais somme toute à une pierre. Or la langue est mouvante et s’adapte aux aléas de l’histoire humaine. Loin d’être sacrée, la langue est sale de sa petite vertu qui l’entraîne à se prostituer par la fréquentation d’autres langues. L’arménien oriental le prouve qui intègre des mots russes, rabbiz et autres. On sait bien qu’en France pour les tenants diasporiques de la pureté, faire revivre par les écoles l’arménien occidental consiste à compenser sa perte par déliquescence dans le français, langue d’accueil. Mais les impératifs de survie ne font pas une langue. Sauf si on la place dans un contexte qui l’oblige à donner tout ce qu’elle a. La langue exige que dans un pays donné, le peuple qui la parle soit dans une assez grande proximité et assez nombreux pour communiquer. C’était le cas dans la Turquie ottomane. Sinon les locuteurs de l’arménien occidental devraient se trouver une terre où ils soient seuls à le parler. Les Israéliens l’ont compris qui ont réussi à reconquérir leur langue en lui offrant un contexte favorable à son éclosion et à son maintien. Mais si la langue est sous la domination d’une autre, elle s’étouffera. Car la langue n’en fait qu’à sa tête, quitte à devenir une langue de nostalgie pour ceux qui l’écriront jusqu’à leur dernier souffle. Les Arméniens de la diaspora se trompent qui font peser sur leurs enfants le malheur d’avoir perdu leur langue après avoir perdu leurs terres. Ces mêmes enfants se rendront compte un jour que cette langue n’est qu’un fardeau et ne sert ni dans leurs rapports sociaux ni dans leur vie professionnelle. Et dans ces conditions, ils l’oublieront et la langue disparaîtra.

Pour autant, on croit que le savoir parler arménien est la garantie d’un savoir être arménien. Je connais des militants de première importance qui ne savent pas la langue arménienne. Et des connaisseurs de la langue arménienne qui ne militent que pour leur bien-être. Mais on continue de faire de la langue un critère d’identité nationale. Les Arméniens de la diaspora ne sont pas responsables de leur dissémination en des pays qui imposent leur langue. Toutefois, les beaux parleurs garants de l’orthodoxie continueront à penser que seul le sacré de la langue fait l’Arménien réel. Encore un critère de discrimination pour ostraciser les impurs et les galeux.

Pour tout dire, il semblerait qu’en Arménie la dernière révolution politique appelle encore une révolution des mœurs. Mais pour l’instant, cette société va comme elle peut sans trop savoir comment. L’état de guerre dans lequel se trouve le pays implique que toute revendication individualiste ne soit pas d’actualité. La mainmise du collectif sur les personnes est encore loin de se relâcher tant que la paix ne sera pas pleinement reconquise. On devra donc attendre que les Arméniens entament leur éveil comme celui qui bouleverse actuellement les États-Unis. Qu’ils secouent enfin l’arbre tentaculaire de l’orthodoxie. D’aucuns estiment que la situation d’un grand nombre d’Arméniens n’est pas comparable à l’humiliation qui écrase les Noirs d’Amérique. Je le concède. En Arménie, la police n’a pas de cibles privilégiées. Mais qu’on n’oublie pas sous Kotcharian le meurtre en plein restaurant de Boghos Boghossian. Qu’on n’oublie pas que sous Sarkissian on pouvait entrer dans ses commissariats et en sortir les pieds devant. C’est que les Arméniens peuvent être des brutes à sang chaud qui exercent leurs muscles sur les plus faibles. Et on sait bien qui sont les plus faibles en Arménie.

Toujours est-il qu’à la manière de Martin Luther King, même si je ne suis ni pasteur ni pasteurisé, je rêve d’une Arménie où le bonheur de soi reste possible dans le respect du bonheur des autres. Je rêve que d’autres Bruno puissent y trouver leur place. Que les homosexuels s’expriment librement sans qu’on leur tombe dessus. Qu’ils se marient aussi facilement que les femmes mettent aujourd’hui des pantalons. Je rêve que le Catholicos lave les pieds du premier va-nu-pieds venu. Qu’il soit le garant d’une Église de la pauvreté et de la compassion. Que ses richesses soient consacrées aux hommes plutôt qu’aux pierres. Qu’il n’hésite pas à se crotter les escarpins en rendant visite à ceux qui ont besoin de la Parole. Je rêve que les couvents comme Anapat à Tatev, celui de la forêt de Girants, ou d’autres retrouvent des moines qui aient le sens de la prière et du chant liturgique. Que les églises soient habitées par des ascètes plutôt que visitées par des touristes. Je rêve que Tatev soit un centre spirituel plutôt qu’une pseudo Tour Eiffel. Je rêve que les intellectuels et les écrivains fassent leur job au lieu de masturber leur ego-langue. Je rêve que les Arméniennes descendent un jour seins nus dans les rues de Erevan pour réclamer le droit d’avoir leur propre sexualité. (Et je rêve de les voir ce jour-là). Pour que la virginité ne soit plus un critère du genre « Pas de ça chez nous ! » Je rêve qu’elles puissent jouir pleinement de la vie et de leur corps et que le cri de leur plaisir se mêle aux joies du cosmos.

*

Épilogue

Sacrée ! Sacrée ! J’ai marché sur la terre sacrée ! Marché pieds nus ! Marché chaussé ! Dans l’or de l’aube… Dans la brûlure de midi… Dans les sérénités du soir… Marché le pas lourd ! Le pas libre ! Marché dans la merveille en attente d’autres merveilles ! L’œil assoiffé d’un chant aux mille couleurs ! Sur des routes chauves ! Vers des terres hantées par les siècles, généreuses de splendeurs ! Honneur à cette terre de grâce ! Terre des simples et des pauvres ! Marché vers eux. A la pointe des temps, après les peurs, le cœur en état d’insurrection ! Marché heureux parmi les lignes et les signes ! Tel que je fus, étranger, familier, mais renouvelé à chaque pas ! Marché à pas nus dans les grâces du temps…

 

 

Denis Donikian

Fin

13 juin 2020

« Pas de ça chez nous ! » Le mythe, le sacré et le génocide (4)

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Statue de Mikael Nalpantian à Erevan

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Un dimanche de l’année 2006, deux homosexuels de la diaspora auraient échangé leurs anneaux dans les murs de la cathédrale d’Etchmiadzine. Clandestinement bien sûr. Comme des parias. Car il n’y a pas de place « chez nous » pour ce genre d’amour. Même dans un temple dédié à l’amour que Dieu porte aux hommes. Un temple où des hommes travestis en curés mènent deux vies : une vie d’amour le jour et une vie d’amour la nuit. D’ailleurs, le catholicos de tous les Arméniens aime tellement les Arméniens qu’il ne reconnaît pas les Arméniens musulmans comme Arméniens, ni les protestants arméniens, ni les catholiques arméniens. Ne parlons pas de nos deux homosexuels arméniens sur qui le catholicos aura jeté la première pierre par un « Pas de ça chez nous ! » hygiénique et délirant. Ni des Arméniens pauvres qui peuvent toujours attendre que Karékine 2 leur lave un jour les pieds et consacre enfin son 1,1 million de dollars en œuvres de bienfaisance pour qu’ils puissent manger dignement. Mais l’Église apostolique arménienne a mieux à faire. Elle bénit du raisin, des abricots et même des armes comme étant une part importante de sa mission évangélique. Car en Arménie, Dieu est avant tout un dieu de fertilité et de défense nationale. Peu importe si, dans les Évangiles, on ne trouve nulle part ce genre de bénédiction, sachant que les Arméniens, prompts à toutes les perversions de langage, peuvent vous convertir en un tour de main un héros de guerre en saint homme.

L’idolâtrie d’une nation par elle-même conduit au même aveuglement meurtrier qui sévit contre ceux que le sort a conduits hors du chant patriotique. Ce « Pas de ça chez nous ! » nous l’avons entendu, à la parution en arménien de Vidures, quand les plus tribalistes écrivailleurs d’Arménie nous ont reproché de donner une version tiers-mondiste de leur pays. Une poétesse, considérée comme une arbitre en terrain de fous, en aurait même avalé son sifflet jusqu’à stigmatiser l’auteur pour n’avoir décrit que les pauvres. Alors qu’il y avait tant d’autres choses belles et des meilleures « chez nous ». Mais on voudrait bien se demander ce que peut valoir un intellectuel s’il ne les reconnaît pas, ces pauvres, comme la chair de ses mots, l’intime de ses pensées, les colères de son écriture ? Ces pauvres qui font taches dans l’image brillante que les arménolâtres de tout gabarit se font de la nation arménienne et qui ne sont rien d’autre que les déchets d’une politique sociale d’indifférence générés par la boulimie des oligarques, lesquels font des merdes grasses quand d’autres ne lâchent que de pitoyables petites crottes. Mikael Nalpantian écrit ceci au milieu du XIXème siècle : «Nous n’avons pas voué notre existence et notre plume aux riches. Barricadés derrière leur opulence, ils sont protégés de la pire tyrannie. Mais l’Arménien pauvre, cet Arménien exploité, nu, affamé et misérable, exploité non seulement par des étrangers, mais par ses propres élites, son propre clergé et sa propre intelligentsia mal éduquée, voilà l’Arménien qui mérite et exige notre attention. » (trad. G. Festa). Ce même Mikael Nalpantian qui a sa statue à Erevan, et dont nos intellectuels ont oublié les leçons.

Les 30% de pauvres qui souillaient l’image de la belle Arménie ne l’étaient pas de volonté, mais à leur corps défendant. Alors que les oligarques ne devaient leur réussite que pour avoir su barboter dans le marigot des magouilles. C’est donc bien à ces derniers que le « Pas de ça chez nous !» aurait dû s’appliquer en priorité plutôt qu’aux pauvres, victimes d’une société dévorée par la corruption. De même s’en prendre à une pincée d’homosexuels inoffensifs, à qui on dénierait le droit de manifester contre le négationnisme, est d’autant plus lâche qu’il est plus facile de renverser une dizaine de pancartes que de combattre une corruption plus perverse, plus tentaculaire et plus insaisissable comme celle qui sévissait en Arménie. Une corruption qui durant les deux décennies présidées par Robert Kotcharian et Serge Sarkissian aura servi d’exemple et de morale de survie à une jeunesse à ce point privée d’idéal qu’elle n’avait d’autres voies que celles du grenouillage, du tripotage et de la basse cuisine. Or, notre lanceur d’anathème aurait été bien plus crédible s’il avait commencé par condamner la corruption oligarchique « chez nous » et, à défaut de renverser des pancartes, de chercher au moins à affronter par des actes, des paroles ou des écrits ces ogres mangeurs d’Arméniens. Mais deux décennies n’auront pas été suffisantes pour faire surgir en lui un semblant d’indignation, un cri du genre « Pas de ça chez nous ! » A la rigueur, il aurait pu être excusable s’il avait fulminé, avec la même violence qu’il a déployée contre nos homosexuels, contre la pourriture qui entretenait la pauvreté des pauvres et la richesse des riches. Nos pauvres et nos homosexuels sont nos Noirs alors que d’autres vivent en pleine lumière, jouissent des règles en s’arrogeant le droit de les contourner. Pourquoi les premiers devraient-ils être exclus de la nation arménienne tandis que les autres seraient seuls censés la représenter ?

De fait, le racisme social des Arméniens envers eux-mêmes est à ce point effrayant qu’il commence par un « Pas de ça chez nous ! » et peut finir par le plus feutré des crimes, celui qui n’a pas de nom, qui n’a pas de bourreau et qui n’a d’écho chez aucun écrivain du lieu aveuglé par son moi et sa quête de célébrité. (D’ailleurs, certains ces écrivains se sont empressés de séjourner en Inde pour bien vérifier que leur Arménie n’était pas un pays du tiers-monde ou de se réfugier au Canada pour prouver que leur Arménie avait bien des allures de tiers-monde, même s’ils n’ont jamais voyagé de leur vie dans la décharge de Noubarachen où les plus pauvres des Arméniens bien de « chez nous » se chauffent l’hiver en brûlant des bouteilles de plastique et en se nourrissent de déchets à la limite du consommable). Ce criminel «  Pas de ça chez nous ! » est ce murmure que des Arméniens percevaient déjà chez eux avant 1915, ignorant qu’il finirait en tsunami.

Pour parler net, les déclassés arméniens qui feraient « ça » chez nous autres Arméniens souilleraient notre narcissisme national plutôt qu’à nous représenter. « Pas de ça chez nous ! » en l’occurrence en Arménie, signifie qu’il ne faudrait pas la réduire à un pays merdocratique. Or, ce sont ces mêmes intellectuels évoqués ci-dessus, qu’ils soient nomades ou sédentaires, qui reprocheront au roman « Vidures » ses écarts d’écriture et qui n’auront pas manqué de s’indigner d’un  « Pas de ça chez nous ! » net et catégorique. Autrement dit : pas de pauvres, pas d’homosexuels, mais une nation triomphante, une nation propre, une nation pure. Autrement dit encore : ne voyons pas les déchets que génèrent les avancées triomphales de notre nation, mais œuvrons plutôt pour obtenir le meilleur sans regarder aux souffrances humaines que nos victoires peuvent générer ! Certes, mais pour obtenir ce meilleur-là encore faut-il fixer les yeux dans les yeux ceux qui ne jouissent pas du bonheur de vivre. De fait, le « Pas de ça chez nous ! » non seulement signe le triomphe de la bêtise uniformiste, de l’aveuglement ou de l’indifférence, mais aussi celui du mythe au détriment de la réalité. Soit du « syndrome de Marilyn Monroe ». A savoir ici, l’ARMÉNIE plutôt que les Arméniens, l’ARMÉNIE quitte à sacrifier les Arméniens, l’ARMÉNIE historique plutôt que les hommes du présent… Or, quand un Arménien ne mange pas à sa faim dans sa propre ARMÉNIE, peut lui chaut le beau et haut pays qu’on lui chante et lui vante. Concernant cet Arménien qui vit en dehors des clous, la formule « Pas de ça chez nous ! » n’est rien d’autre que l’expression d’un viol au nom d’un sol, viol de son humanité au nom de la terre arménienne. Pire que cela. De même que les homosexuels ne sont pas de « chez nous », de même les pauvres finalement ne sont pas arméniens car ils dérogent à la règle de ces forts et de ces fourbes qui constituent le « nous » tandis que les faibles ne sont que la chair à canon de leur capital. En somme, et comme je l’ai maintes fois seriné aux oreilles bouchées de nos imbéciles, l’Arménie mythique serait autorisée à étouffer dans son lit de misère l’Arménien réel.

Il y a quelques années, la télévision de Sarkissian aura montré l’inauguration d’une église construite et payée par un oligarque qui voulait s’acheter à bon compte une place au paradis des hypocrites. Des personnes du coin, souvent âgées, des laissés pour compte, y avaient été invitées. Des représentants du peuple arménien en somme. Ou de ces pauvres que Dieu aime tant… C’était table ouverte à qui avait des mains, une bouche et un sac en plastique. Ces Arméniens pauvres se sont mis à bâfrer comme des bêtes affamées et même à emporter chez eux le moindre morceau. Voilà à quoi les avait réduits le bon Samaritain Serge. La honte nous est venue ne sachant s’il fallait incriminer ce président des causes oligarchiques d’en être à l’origine ou ces personnes qui avaient perdu toute dignité pour attraper au vol l’aubaine d’un extra à leur quotidien. Du pain béni en somme offert par un type qui restituait des miettes de sa réussite aux gens que ses fourberies avaient directement ou indirectement anéantis, réparant une injustice et s’ouvrant une voie vers l’indulgence divine.

 

( à suivre)

12 juin 2020

« Pas de ça chez nous ! » Le mythe, le sacré et le génocide (3)

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Pour rappel, cette monstruosité devrait nous éclairer qui consiste à défendre le sacré contre l’humanité et que je nommerais « le syndrome de Marilyn Monroe ». En effet, les fanatiques de la « star » ont un peu trop souvent tendance à la réduire au parfum qui l’habille, à l’aura qui la suit, à la célébrité qui la met au pinacle, au risque de lui dénier le droit d’être une personne à part entière. Pour mieux l’élever au niveau du mythe, ces idolâtres refusent de reconnaître que son beau cul fait sa merde chaque matin à l’égal du moindre d’entre eux. Or, l’aveugle dévotion de ses admirateurs aura pour le moins réussi le meurtre symbolique de la personne qui s’appelait Marilyn Monroe, dans le seul but de la faire coïncider avec une imagerie magique qui compense leur ennui de vivre et qui soit à la hauteur de leur rêve. De fait, ce syndrome appliqué aux Arméniens, quand le sacré dévore l’humanité, n’engendre que déchirements, aliénations, coups tordus ou sombres manipulations. En somme, la mort de la personne. Appliqué à « nos » homosexuels, il équivaut au rejet de leur identité sexuelle, sinon de leur identité arménienne, en somme de leur humanité.

Quelle fulmination de Jugement dernier que ce « Pas de ça chez nous ! » qui éclate contre de supposés fauteurs d’arménité ! Comme si le sacré correspondait à une loi sourde mais agissante dont tout le monde serait le détenteur et que personne ne saurait définir. Mais il hante chaque homme et chaque femme, tracé à la manière d’une voie royale devant un peuple en marche pour préserver sa culture, défendre sa terre et conquérir son bonheur. Un peuple poussé au cul par le mythe et tiré vers l’avant par le sacré. C’est-à-dire par l’enfance fabuleuse de son histoire et par l’invention de son avenir, par une histoire cosmétisée et une affirmation de sa présence au monde. D’ailleurs, l’injure suprême qui fait mal à celui qui subit ce « Pas de ça chez nous ! » n’est-il pas d’être en l’occurrence stigmatisé comme traître ? Traître à quoi ? Traître à qui, me demanderez-vous ? Traître au mythe. Traître au sacré. Or, voilà qu’un groupe d’Arméniens se fait lyncher comme traître alors qu’il est venu affirmer sa solidarité avec l’ensemble de la communauté devant le mémorial ! C’est à se demander ce qui fait perdre la raison à celui qui a lancé ce « Pas de ça chez nous ! » ou à ceux à qui il s’est adressé ? Est-ce le mythe ? Est-ce le sacré ? Ou bien est-ce tout simplement le génocide, générateur de chaos dans les têtes des bourreaux autant que des victimes ?

De fait, les mythes sont des fatras de menteries, d’affabulations et de contre-vérités qui déterminent des croyances collectives et engendrent du sacré faisant figure d’abstraction mêlée d’attraction. Comme s’ajoute à ces sources du temps arménien le grand crime qu’est le génocide, leur combinaison détermine ce surmoi aussi sombre que nébuleux dans lequel se débattent l’imaginaire, la raison et la mort. Dire de l’âme arménienne qu’elle est prisonnière de ce triptyque ne signifie pas pour autant qu’elle est condamnée à une forme d’aliénation culturelle. Certes, mythe, sacré et génocide figurent en chaque Arménien selon ce que chacun en fait. Ici une vague croyance, mais là une forte intransigeance capable d’éructer du « Pas de ça chez nous ! » façon Kalachnikov. En tant qu’Arménien, on peut accorder aveuglément son crédit à des fables, mais aussi faire valoir ses doutes en tant qu’homme doué de raison. Sceptique autant que croyant, j’ai toujours balancé entre ces deux tendances en descendant dans la fosse de Khor Virap où Krikor Loussavortitch serait resté treize ans. Et pourtant la preuve était bien là. Ce trou profond dans la terre. Et comme il fallait des preuves à la légende, le catholicos aime à brandir la relique du bras de notre Illuminateur comme une sainte chose cachée dans sa châsse d’argent et d’or. Ne pas y croire serait déjà un sacrilège.

Les mythes sur lesquels repose notre sacré ont plutôt des allures de songes, sinon de mensonges capables d’aspirer l’adhésion de l’Arménien moyen. Ce que dénonçait avant sa mort le regretté Samvel Karapetian, historien et spécialiste des monuments arméniens. Dans le fond, reste difficile à admettre, sinon à fermer les yeux de la raison, la conversion miraculeuse du polythéisme arménien en monothéisme, au IVème siècle. Qui peut croire que des restes de paganisme, loin de se dissiper comme par enchantement, n’aient pas persisté et ne persistent encore au sein du peuple arménien ? Pour preuve, ces sacrifices de moutons et autres bêtes livrées à la superstition des hommes. Ces nombreux phallus de pierre dressés au culte de la fécondité qu’on trouve encore dans le Marz de Siounik et que l’Église aurait subtilement convertis en « colonnes branlantes » (gotogh syoun) comme à Tatev et à Vorotnavank, et qui en disent long sur les us et coutumes ayant perduré durant des siècles.

Ce même Samvel Karapétian se moquait de Karékine 2 et de son attachement à l’argent. Or quoi de plus sacrée que l’Église Apostolique Arménienne aux yeux des Arméniens ! Ce sacré-là constitue un sacré capital pour ceux qui le représentent, mais aussi un rempart contre ceux qui le critiquent. Et pourtant il s’agit bien d’un sacré traîné dans la boue dont s’accommodent bizarrement les Arméniens. Un sacré qui subit le sacrilège d’un chef dit spirituel qui non content de n’être qu’une figure nationale, nommée par des politiques et doublée d’un capitaliste qui cacherait 1,1 million de dollars dans une banque suisse, dissimulerait sous son pantalon un laïc de luxe ayant femme, enfants et grosses voitures. Pour autant, c’est bien chez nous que ces choses ont lieu. « Nos » vrais homosexuels mériteraient-il un mépris plus grand que ce pseudo-religieux qui déshonore le sacré dont l’aurait arbitrairement affublé un pouvoir temporel sans foi ni loi. Le sacré nom de dieu censeur consacré au sacre du sacré, auteur du « Pas de ça chez nous ! » aurait été bien avisé de commencer là où le brodé des apparats et les liturgies de perroquet sont censés éblouir les naïfs et enchanter les imbéciles. Par bonheur, chez nous, les valeurs du mythe ne tuent pas les faiblesses de l’homme. Le « syndrome de Marilyn Monroe », vous l’aurez compris, c’est lui, le catholicos, celui qui nous tend le miroir de nos tolérances et de nos intolérances, de nos mythes et de notre humanité. C’est en quoi notre catholicos nous est précieux et sympathique. Il est fait à notre image.

(à suivre)

11 juin 2020

« Pas de ça chez nous ! » Le mythe, le sacré et le génocide (2)

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Narcissiques les Arméniens ? Le propos n’est pas d’ordre physique, même si la femme arménienne a des armes que le charme ne connaît pas. Leur narcissisme n’est pas sans rapport avec l’histoire. Les Arméniens sont de ces peuples que d’autres ont animalisés pour se construire. A l’instar des Noirs et des Indiens sur lesquels a pesé et pèsent encore le mépris de la démocratie blanche américaine. Les Arméniens eux aussi ont perdu en humanité ce que leurs dominateurs turcs ont gagné en conquêtes. Alors que ces dominateurs pratiquent encore aujourd’hui un narcissisme de supériorité, leurs victimes n’ont d’autre quête que celle de recouvrer leur statut d’êtres humains à part entière. Car le mépris pèse autant qu’il lèse. Et nul ne peut vivre s’il ne lui reste aucun espace pour s’aimer. Jamais un Blanc ne pourra se mettre dans la peau d’un Noir en proie à une détestation permanente, ni comprendre sa nuit sociale. Jamais un Turc ottomaniste ne pourra se mettre dans la peau d’un Arménien qui doit se plier sous l’injure, ni appréhender le meurtre symbolique qu’il fait subir à sa personne. Dès lors, il fallait aux Arméniens ou se résigner à pourrir dans leur fosse ou en émerger par l’affirmation de leurs valeurs. Quitte à tordre le cou aux faits, même si l’affabulation est, dans ce cas extrême, de bonne guerre. Qu’importe si Avaraïr fut une défaite, c’était pour les Arméniens une victoire permettant le maintien de leurs croyances. Qu’importe si son Église arménienne est une institution plus nationale que religieuse, le peuple arménien fut le premier à adopter le christianisme comme religion d’État. Qu’importe si le génocide fut une catastrophe nationale, nos génocidés furent les premiers du XXe siècle. Qu’importe si le khorovadz est une vulgaire viande grillée, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Qu’importe s’il leur faut ignorer l’immense Pétra des Nabatéens ou l’architecture troglodytique d’Ellorâ pourvu que les Arméniens aient un Gueghart unique au monde. Qu’importe si le téléphérique de Tatev a été construit par des Suisses et des Italiens, c’est le plus long qui soit. Ils ont aussi leur saint, Charles Aznavour, et prennent le moindre mouchoir d’icelui pour relique. Une godasse en cuir trouvée en Arménie par des archéologues arméniens devient aussitôt la première au monde qui etc. Bref, tout ce qu’ils peuvent faire entrer dans le Guinness des records restitue leur humanité aux Arméniens. Mais ce narcissisme de résilience ne va pas sans effets secondaires.

Ici, une remarque d’ordre lexical. Pour ceux qui connaissent l’arménien, on trouve dans le dictionnaire d’Aram Barlezizian publié par les Éditions de l’Université d’Erevan, en 2009, les mots azkaynamoloutyoun pour nationalisme, azkamoloutyuon pour chauvinisme, azkabahbanoutyoun pour conservation de la nation, mais rien qui s’apparente à adoration de la nation par elle-même, à savoir quelque chose comme azkaynabachtoutyoun (ազգայնապաշտութիւն), sachant que le dictionnaire Machtots en ligne donne azkaynabachtoutyoun pour nationalisme. En fait notre propos tourne autour de la notion d’adoration, quitte à ce que les dévots de la nation arménienne dérivent vers le nationalisme.

Dans ses essais intitulés « Tels, tels étaient nos plaisirs » (Éditions Ivréa, 2005), George Orwell évoque plusieurs approches de la notion de nationalisme. « Tous les nationalistes se font un devoir de promouvoir leur propre langage aux dépens des langages rivaux… » (p. 68) Ou encore : « Un nationaliste est quelqu’un qui pense exclusivement, ou essentiellement, en termes de rivalités de prestige. Qu’il soit positivement ou négativement nationaliste – c’est-à-dire qu’il consacre son énergie intellectuelle à encenser ou à dénigrer – , il pense toujours en termes de victoires, défaites, triomphes et humiliations » (p. 61).

Comme nous l’avons dit, un peuple doit s’aimer pour se construire, se défendre ou s’illustrer. Encore faudrait-il éviter de faire mousser ses qualités « exceptionnelles » en sous-entendant que les autres ne font pas le poids. En évitant que cet amour ne tourne à la haine. A commencer par la haine des siens. La haine de ceux qui contribuent à enlaidir le tableau hagiographique dans lequel ce peuple se voit vivre et se voit être.

Ainsi, c’est dans son hymne national que chaque pays exprime les idéaux du moment, des exhortations à se mobiliser contre l’ennemi, la fierté d’appartenir à une même communauté de culture et de pensée. Mais sous le poids de l’histoire, les exigences de l’avenir ou la nécessité de tenir son rang dans l’évolution démocratique des mentalités, la conscience collective peut être appelée à se réorienter. Or, comme l’hymne étant ce qui reflète l’âme d’un peuple et la base de sa mythologie, il paraît aussi difficile de l’en frustrer en l’éradiquant que de le conserver tel quel. Le Deutschlandlied a connu quelques avatars depuis sa composition en 1841 par le professeur August Heinrich Hoffmann von Fallersleben,  soucieux d’exprimer le désir d’une Allemagne puissante autant que libérale. Dans ce contexte, les mots fameux  « Deutschland, Deutschland über alles, über alles in der Welt. » résonnent comme un besoin de réunification. Ici, « über alles » signifiait « par-dessus tout » dans le sens de priorité et non de supériorité (ce qui aurait donné « über allem »). Mais l’idéologie nazie va s’approprier le « Deutschland, Deutschland über alles » et en modifier le sens premier en « L’Allemagne doit dominer le monde », afin de justifier les aspirations pangermanistes et les impératifs d’unité. Au nom de cette unité en marche, dès 1933, les premières victimes du système concentrationnaire seront les communistes et les marxistes. Puis, en 1936, viendront les opposants de tous bords, mais aussi les mendiants, les criminels, les ivrognes, les petits délinquants, les chômeurs professionnels, les clochards et les fameux triangles roses, à savoir les homosexuels. Dans l’esprit du national-socialisme, le « Pas de ça chez nous ! » s’adressait à tous ceux qui entachaient l’âme sacrée de l’Allemagne. Après la chute du IIIe Reich, la dénazification sera d’autant plus cruciale que devront s’opposer deux Allemagnes suivant deux idéologies différentes. L’Allemagne de l’Ouest aura pour tâche d’épurer l’hymne national de toute connotation pangermaniste. Et pourtant, les Allemands restaient viscéralement attachés à leur Deutschlandlied. Dès 1952, celui-ci sera réduit à son troisième couplet. Après la chute du mur de Berlin en 1989 et la réunification allemande en 1990, seul sera chanté ce même troisième couplet, plus neutre, nettoyé de ses relents nazis et porteur de valeurs démocratiques et humanistes. Union et droit et liberté / Pour la patrie allemande ! /Visons tous ce but / Dans la fraternité du cœur et de l’esprit ! / Union et droit et liberté/ Sont un gage de bonheur / Rayonne dans la splendeur de ce bonheur, /Rayonne, patrie allemande !

Le mythe rend fou. Il est vrai que les « solutions » de l’Allemagne nazie constituent une folie absolue. Mais ce qui est sacré pour un peuple risque forcément d’être générateur de monstruosités, qu’elles se déploient à grande échelle ou qu’elles s’insinuent au cœur des individus. Les Arméniens en savent quelque chose qui ont payé au prix fort l’idéologie de l’unité – en l’occurrence de l’uniformité – et de la préservation que la nation turque a promue à leurs dépens. « Pas de ça chez nous ! » voulait dire pas d’Arméniens, pas de Grecs, pas d’Assyro-Chaldéens et aujourd’hui pas de Kurdes et même pas d’opposants turcs eux-mêmes. L’épuration ethnique est l’un des visages du principe de pureté nationale. De la sorte, les « coups de sang » qui ont affecté les Turcs en 1915 se sont à ce point répétés depuis un siècle à l’encontre des peuples autochtones qu’ils nous autorisent à penser à une animosité qui relèverait autant de l’instinct de conservation que de la génétique.

Le mythe peut rendre fou. Mais quoi de plus funeste qu’un génocide pour vous faire perdre la raison ? Comme les Arméniens avaient tout perdu, il leur fallait renaître de leurs cendres, sortir du chaos et réinventer la joie. Et rien de tel pour sauver la vie qu’une mythologie qui vous met du Dieu dans le corps et qui vous aide à retrouver les couleurs du monde après avoir traversé les noirceurs des hommes. Mais dans le fond, couleurs et noirceurs cohabitent, à des degrés divers, en chaque Arménien plus qu’en tout homme sur terre. Si le mythe doit être défendu à coups de « Pas de ça chez nous ! », c’est qu’il n’y a pas d’autre alternative au souvenir et au sentiment d’anéantissement qui hantent et menacent les Arméniens depuis 1915. A condition que, pris au piège de ce double flux, ils évitent de reproduire contre eux-mêmes le « Pas de ça chez nous ! » qu’ils ont subi et subissent encore du fait d’un négationnisme qui leur dénie toute existence, sinon toute humanité. Or, c’est bien ce qui s’est passé le 24 avril 2003, Place du Canada à Paris, sous l’œil médusé de Gomidas. Et c’est bien ce qui se passe de manière feutrée quand le sacré vient nieller une culture d’obligations non dites et d’humiliations muettes.

Le mythe, nécessaire aux hommes qui doivent inventer leur humanité, peut donc se perdre en une improbable négation d’humanité.

(à suivre)

10 juin 2020

« Pas de ça chez nous ! » Le mythe, le sacré et le génocide (1)

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:18

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 « Depuis que j’ai compris quels étaient les gens que j’exaspérais, j’avoue que j’ai tout fait pour les exaspérer»

Sacha Guitry cité par Guy Bedos

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(Avertissement : L’auteur refuse de s’excuser auprès du lecteur fiévreux de ce blog pour avoir repris des faits déjà largement ressassés ici ou là. Il fait ce qu’il entend, comme il l’entend quitte à se répéter pour percer l’entendement de ceux qui n’entendent jamais rien. La répétition étant la figure de rhétorique la plus puissante, comme le pensait Napoléon. )

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Place du Canada, à Paris, 24 avril 2003. Les Arméniens se mettent en place pour participer à leur énième commémoration. Or, cette année-là, fleurissent des pancartes inhabituelles. Du jamais vu sous le regard de Gomidas. Une dizaine d’homosexuels arméniens est venue afficher ouvertement sa solidarité envers sa communauté. Des courageux et des simples sagement alignés qui brandissent leur identité sexuelle à la face de ceux qui en pratiquent une autre. Bientôt, ici ou là, un sourd bouillonnement commence à monter. Une colère retenue au sein d’une foule où affleurent des idées folles. Quand brusquement, pris sous l’effet d’on ne sait quel coup de sang, un censeur surgit comme un diable hors des rangs. Et voilà que seul il se lance à l’assaut des scandaleux. Ces pelés, ces galeux, d’où venait tout le mal, aurait dit La Fontaine. L’homme s’en prend aux pancartes, les jette à terre et s’écrie : « Pas de ça chez nous ! »

(L’incident valut probablement consensus autant que désapprobation. Mais personne ne s’en prit au bouillant aristarque aussi bien pour la raison qu’il était une personnalité active et respectée de la communauté que pour éviter de faire du grabuge en un jour aussi solennel que celui-ci consacré au recueillement.)

Le beau censeur arménien qui savait mieux que personne ce que nous sommes parce qu’il savait ce que nous fûmes avait forcément l’avantage de savoir ce que nous ne sommes pas. Mais son slogan « Pas de ça chez nous ! », aussi bien sommation qu’anathème, serait-il seulement applicable à ces perdus d’homosexuels qui soulèvent l’indignation et font honte aux sexualistes orthodoxes ? En vérité, je vous le dis, ce « Pas de ça chez nous ! » sonne comme un déni de l’autre, un déni de son identité, un rejet épidermique de sa personne à part entière. Que n’aurait-elle fait, notre sainte fureur, si elle avait eu les pleins pouvoirs ? On n’ose le penser. Sinon, comme à une époque révolue, on se serait bien débarrassé de ces pestiférés en les jetant dans des camps. Aux camps les mauvais Allemands ! Aux camps les mauvais Russes ! Aux camps les mauvais Arméniens ! Aux camps ! Aux camps ! Et que les emporte le vent !

Mon ami Bruno est mort du sida à trente ans. Arménien qui défendait la cause arménienne et qui tenait  à son prénom Hamazasp ou Hamo. Il fut parmi les premiers du mouvement Hay Baykar, dont il vendait le journal à la sortie de l’église. S’il n’a pas connu les camps, il vivait toutefois confiné dans une sexualité réprouvée par ceux-là mêmes dont il soutenait le combat. Et pourtant, ceux qu’il ne cherchait pas à provoquer en s’exposant trop ouvertement auront réussi à le renverser comme une pancarte inappropriée. Devenu aveugle dans ses derniers jours, cherchant sous mes yeux sa lampe pour l’allumer, comme Diogène en plein jour cherchait un homme, il devait me dicter son ultime appel aux Arméniens qu’ils pressaient de rester unis et solidaires. C’est leur unité qu’il souhaitait, non leur uniformité. Il ignorait que le cri « Pas de ça chez nous ! » lui survivrait et irait des années plus tard fracasser de jeunes Arméniens comme lui, qui étouffaient de devoir se cacher. Et c’est probablement pour sauver la mémoire de son combat que j’écris sur ce pitoyable « Pas de ça chez nous ! »

Expression d’une représentation tribale et caricaturale du « nous » arménien, d’une forme d’excommunication pour insulte au sacré, ces mots « Pas de ça chez nous ! » seraient restés plantés dans ma mémoire puisqu’ils me reviennent par vagues. Autant ils me répugnent pour l’ostracisme qu’ils supposent, autant je dois leur reconnaître qu’ils sous-entendent une arménité une et indivisible seule capable de permettre aux Arméniens d’accomplir leur destin et de faire front à leurs ennemis. Dès lors, comment concilier la nécessité du mythe avec les impératifs de la tolérance ?

Le narcissisme des Arméniens fait-il d’eux une nation à relents totalitaires ?

(à suivre)

9 juin 2020

« Pas de ça chez nous ! » Le mythe, le sacré et le génocide…

Filed under: ARTICLES,GENOCIDE ARMENIEN,Uncategorized — denisdonikian @ 5:37

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Bientôt sur ce blog

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30 mai 2020

Aphorisme du jour (6)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:05

 

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Pour créer des médicaments, les labos créent des maladies.

28 mai 2020

24 mai 1964: Discours de Jacques Nazarian au Palais de l’UNESCO

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 7:13

 

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Jacques Nazarian lors de ses 90 ans.

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Le combat pour faire ressurgir dans la conscience des nations le génocide de 1915 n’a pas été un chemin facile. Il ne faut pas ignorer ceux qui l’ont mené à bien, saisissant la moindre occasion pour faire parler de lui auprès des instances officielles alors que le silence pesait lourd et qu’il fallait déplacer des montagnes. Un jour viendra où la préhistoire de cette reconnaissance, soit avant le cinquantenaire, attirera l’attention d’un chercheur. Nous l’espérons. Ce chercheur serait bien étonné de constater avec quelle énergie les militants de la première heure ont payé de leur personne. Je pense à Georges Khayiguian qui est à l’initiative du fameux Centre d’Études Arméniennes et qui a rassemblé autour de lui une pépinière de jeunes fous partis à l’assaut des forteresses du négationnisme turc. Comme Diran Khayiguian, Kégham Kévonian, Manoug Atamian, Robert Donikian et sa femme Emma, Vahagn Garabédian, Jacques Nazarian et son épouse Jeannette. Et bien d’autres, tant d’autres…

Or, ce 24 mai 1964, c’est à Jacques que revient la tâche difficile de faire éclater au Palais de l’UNESCO le scandale du génocide oublié de 1915, à l’occasion de la XVème journée Nationale contre le racisme, l’antisémitisme et pour la Paix.

C’est à lui que revient la formule choc : PRIME au CRIME, laquelle résume tout.

Membre très actif du Centre d’Études Arméniennes, il faisait avec sa femme un couple soudé dans le même combat. Des gens de foi et de conviction. J’ai toujours été époustouflé par le bon sens méridional de Jacques. Il disait des évidences avec le sourire serein de ceux à qui on ne la fait pas.

Voici les deux pages dactylographiées de ce discours. Une rareté qui figurait dans ses archives et qu’il a bien voulu  offrir aux lecteurs de ce blog.

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Numériser

Numériser 1

27 mai 2020

Aphorisme du jour (5)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:37

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Un médicament ne se donne pas à vous comme vous achetez une bonne viande ou un bon légume. Vous en prenez pour survivre à votre maladie, puis vous devez en prendre un second pour survivre aux effets secondaires de ce premier médicament. De la sorte, en revoyant deux fois votre médecin vous êtes assuré de le retrouver une troisième fois et ainsi de suite.  Comme le médecin double vos visites, il double aussi les bénéfices du laboratoire pharmaceutique qui trouve donc son intérêt à fabriquer des médicaments qui en nécessitent forcément un autre. Double bénéfice pour eux, double peine pour le patient.

Aphorisme du jour (4)

Filed under: APHORISMES,Uncategorized — denisdonikian @ 5:34

La médecine peut faire des prouesses, les labos doivent faire des bénéfices.

26 mai 2020

Aphorisme du jour ( 3)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 1:13

 

 

 

Madame Pipi,

n’ayant plus qu’une usine entre les jambes,

se prit d’un amour tel pour les fleurs

qu’elle y plongeait le nez.

25 mai 2020

Aphorisme du jour (2)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 7:13

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La médecine est notre nouvelle théologie. Hier nos églises, aujourd’hui nos hôpitaux. Hier nos prêtres, aujourd’hui nos médecins. Hier nos sœurs, aujourd’hui nos infirmières, Hier nos évêques, aujourd’hui nos spécialistes. Hier l’Inquisition, aujourd’hui le Conseil de l’Ordre. Hier l’hostie, aujourd’hui le médicament.

22 mai 2020

Témoin du génocide : Arsen Der Sarkissian (3)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 6:03

 

 

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Famille Der Sarkissian ( 1929)

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Témoignage d’Arsen Der Sarkissian, grand-père maternel de Christine SEDEF, recueilli par elle et un de ses cousins Denis Der Sarkissian.

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Partie 3

A 18h, à l’appel du « Muezzin », je suis arrivé à Aïntab. La belle-fille de Gurun m’avait donné comme consigne de me rendre chez le maréchal-ferrant et de me présenter à lui. Il y avait un atelier où un maréchal-ferrant était en train de travailler. Quand il m’a vu, il a tout de suite compris la situation et m’a fait entrer. Il m’a demandé qui j’étais, alors j’ai répondu : « Je suis « Arsen Der Sarkissian de Gurun. » Il tremblait de peur, car tous les militaires turcs venaient le voir pour leurs chevaux. Je lui ai expliqué comment j’étais arrivé jusqu’ici. « Sois sans crainte » m’a-t-il répondu. Cette nuit-là, j’ai mangé du pain, du fromage, et il m’a donné un coin pour dormir. Malgré cela, je n’ai pas dormi de la nuit, tant j’avais peur. Le lendemain, deux jeunes filles ont frappé à la porte. C’étaient les deux sœurs de Soukias, mon cousin. Elles m’ont tout de suite reconnu et avec l’accord du maréchal-ferrant, m’ont emmené à l’hôpital américain d’Aintab car j’étais vraiment malade. Je suis alors entré à l’hôpital pour y être soigné d’une jaunisse pendant environ quinze jours. Là-bas, j’ai rencontré un jeune garçon de dix-sept ans de Gurun qui s’appelait Poladian. Il me reconnut et me certifiait qu’il avait vu ma sœur et qu’elle me cherchait depuis longtemps. Il m’a promis de m’emmener la voir lorsque je sortirai de l’hôpital, c’était à environ à deux heures de marche.

Une fois sortis, nous sommes allés auprès de ma sœur. Elle travaillait comme servante dans un très bel immeuble orné de façades en marbres. Dès qu’elle m’a vu, nous nous sommes jetés dans les bras l’un et l’autre. Elle était persuadée que j’étais mort. Nous avons beaucoup pleuré. Elle a demandé à sa patronne si elle pouvait m’embaucher comme ouvrier, mais comme cette dernière avait un fils de mon âge, elle a refusé par crainte de disputes entre nous. Elle m’a proposé de m’envoyer chez des amis à elle, qui n’avaient pas d’enfants. Ma sœur m’a emmené chez ces gens qui ont accepté de m’adopter mais à la condition que je devienne citoyen turc. Ma sœur est repartie. La bonne de la maison a demandé à ce que l’on me donne un bain et est allé chercher un Imam pour procéder à la conversion Islamique. Quand je me suis déshabillé, ceux qui devaient me laver ont refusé en disant que j’étais contagieux avec mes plaies. La patronne a demandé qu’on lui apporte de l’eau chaude en attendant l’Imam. Une fois le dos tourné, je me suis enfui auprès de ma sœur et lui ai affirmé que je ne voulais pas devenir turc. Sa patronne en a ri et a indiqué à ma sœur le nom d’un tailleur arménien dans la rue. Elle envisageait de lui demander s’il ne pouvait pas m’embaucher comme apprenti. Cependant il y avait une loi interdisant d’employer un réfugié. Il m’a gardé tout de même en prétextant: « Si on me créer des difficultés, je leur dirais que seul, je n’arriverais pas à servir toute l’armée ». Je suis resté là jusqu’en 1918.

Cette année-là, les Anglais sont entrés dans Aintab et ont délivré la ville. Ma sœur m’a alors emmené à l’orphelinat d’Aintab. Environ six mois plus tard, au printemps 1919, les Allemands sont entrés également dans la ville. Les Français ont voulu sortir les Allemands d’Aintab, ce fut une longue et dure bataille. Les Arméniens de la ville se sont retranchés dans l’orphelinat américain dont ils avaient obstrué l’entrée par des sacs de sables. Les Arméniens se battaient côte à côte avec les Français, contre les Turcs et les Allemands. Environ six mois plus tard, l’Armistice fut signé et je fus transporté à Alep. Je suis resté à l’orphelinat d’Alep pendant environ un mois, puis j’ai intégré l’orphelinat de Djibail, proche de Beyrouth. Je suis resté à Djibail jusqu’en 1922, date à laquelle nous étions environ 1500 orphelins. A Djibail, je travaillais beaucoup, j’aimais beaucoup lire, mais j’avais du mal à progresser dans mes études. Alors pendant mon temps libre, il m’arrivait souvent de prendre du fil et une aiguille puis de coudre. Un jour, l’orphelinat reçut la visite de George Nakachian, un tailleur de Tripoli. Il cherchait un jeune pour l’aider dans sa boutique. J’ai saisi l’occasion en levant la main, mais le gardien de l’orphelinat s’opposait à ce que je parte prétextant que j’étais encore jeune et que je devais étudier, lire et écrire. Après avoir fermement insisté, il a finalement accepté que je parte avec le tailleur pour Tripoli. Je voulais travailler, mais j’espérais avant tout être adopté dans sa famille. Une fois arrivé à Tripoli, j’ai écrit à ma sœur pour lui faire part de mon départ. Ma sœur venait juste de se marier avec Senekerim Papazian. Puis, j’ai envoyé également un courrier à mon oncle Yenovk Der Sarkissian qui était parti pour Beyrouth avec sa famille afin de lui faire part de ma nouvelle situation. Je travaillais dur, et recevais un peu d’argent en compensation. J’espérais vraiment que ce tailleur me prendrait dans sa famille, c’est pourquoi je travaillais toujours de plus en plus dur. Un jour, mon oncle Yenovk est venu me chercher. Il m’a dit : « Tu vas venir avec nous, nous partons pour la France ». Je ne savais plus quoi faire, je me tournais alors vers mon patron qui m’a simplement dit : « Pars, mais si tu es déçu écris moi et je te paierai le voyage retour pour revenir travailler chez moi. » J’ai écouté mon oncle et nous sommes partis.

Notre objectif était de rejoindre les États-Unis. Une fois arrivée en France, à Marseille, je me mis à chercher du travail, car le voyage pour les États-Unis n’était plus possible malgré le fait que ma sœur y était déjà. Le mari de ma sœur Seran m’avait envoyé soixante dollars, dont vingt dollars pour me payer le voyage. Nous étions environ dix membres de la famille Der Sarkissian, lorsque nous avons débarqué à Marseille avec comme premier objectif celui de rechercher un travail. Avec mes cousins, nous nous sommes présentés au « bureau de placement », puis nous avons trouvé un emploi à Belfort dans le Nord de la France. Un soir, vers 18 heures, mes cousins et moi avons donc pris le train à la gare Saint Charles pour partir à Belfort. Mon oncle Yenovk nous a rejoint avec sa famille un peu plus tard. Je n’aimais pas cet endroit, il faisait froid, et le travail que l’on m’avait proposé n’était pas à la hauteur de ce que j’espérais. Il était même bien moins intéressant que mon emploi à Tripoli. Mon oncle était très triste, il s’en voulait de m’avoir emmené en France et se sentait responsable de notre misérable situation. Environ un an après, nous allions célébrer la communion de mon cousin Levon. Nous cherchions un costume pour la cérémonie. En entrant chez un tailleur, nous lui avons fait la remarque que j’étais également tailleur, et qu’il ne fallait donc pas nous tromper sur la marchandise. Aussitôt dit, le tailleur m’a embauché comme ouvrier dans sa boutique. J’avais enfin un travail un peu plus intéressant.

Cinq mois après, Yenovk nous a ramenés à Valence. En 1928, je reçois enfin mon certificat pour partir aux États-Unis. Je descends donc au consulat de Marseille pour obtenir l’autorisation de mon départ, mais une fois arrivé sur place, la personne du consulat m’observe, puis me dit en souriant : « Quand tu seras en mesure de partir pour les États-Unis, tu auras les cheveux blancs ! » J’avais alors compris qu’il n’y avait plus d’espoir. Je suis reparti sur Valence où je me suis marié pour fonder une famille.

21 mai 2020

Témoin du génocide : Arsen Der Sarkissian (2)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:48

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Famille Der Sarkissian (1932)

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Témoignage d’Arsen Der Sarkissian, grand-père maternel de Christine SEDEF, recueilli par elle et un de ses cousins Denis Der Sarkissian.

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Partie 2

Un mois après, ils ont demandé à tous les habitants du village de prendre avec eux un peu de nourriture pour deux jours et quelques vêtements de rechange. Ils nous ont dit : «Donnez-nous les clés de vos maisons car vous allez revenir d’ici quelques jours». Nous les avons crus, et puis de toute façon, nous ne pouvions rien faire d’autre que d’obéir. J’étais encore jeune, mais je me souviens bien du départ de Gurun. J’avais le sentiment que nous partions en vacances. Les chevaux que mon père possédait avaient été préalablement réquisitionnés à l’exception de deux bêtes que nous avions gardées avec nous. Seran ma sœur et moi-même voyagions sur les chevaux conduits par notre belle-mère. Notre convoi avança toute la nuit en direction d’Albisdan. Le lendemain, deux gendarmes qui nous accompagnaient, nous ont soutenu que dans la nuit, des brigands viendraient nous voler et que nous pourrions être protégés, en échange d’une pièce d’or. Nous avons payé afin d’être tranquilles cette nuit-là. Le lendemain matin, ils nous ont installés sur les hauteurs des coteaux proches d’Albisdan, auprès d’une cabane inhabitée. Ils nous ont demandé encore une pièce, mais le soir vers 19 heures, par derrière la montagne, un groupe de Kurdes est arrivé, munis d’épées et de haches. Ils nous ont tout pris. Nous nous sommes enfuis laissant tout derrière nous. Cette nuit-là, je me suis réfugié au bord d’une rivière pour me reposer et tenter de dormir un peu. Ces Kurdes ont kidnappé des filles et des mères de famille pendant la nuit. Au petit matin, ma sœur me cherchait, je l’entendais crier « Arsen ! Arsen ! », puis dès qu’elle m’aperçut au bord de la rivière elle s’est mise à courir à ma rencontre et m’a pris dans ses bras. Ensuite, escortés par quinze gendarmes, nous avons rejoint Albisdan. Il y avait une loi qui interdisait aux déportés d’entrer dans les villes, alors nous étions placés dans un camp un peu à l’extérieur de la ville. Nous sommes restés environ un mois à Albisdan. Ensuite, après trois jours de marche à travers les chemins de montagne, ils nous ont emmenés au village d’Alparan. Ils nous ont distribué un morceau de pain noir comme seule nourriture pour la journée. Ceux qui avaient caché un peu d’argent ont pu acheter de la nourriture. Dix à quinze jours plus tard, ils nous ont mis en route vers la ville de Marach. Nous traversions d’abord Zeytoun. Zeytoun était auparavant une grande ville splendide et merveilleuse, surnommée la ville des Lions. Il n’en restait plus rien. Tout avait été détruit, les maisons et les bâtiments brûlaient. Zeytoun n’existait plus. Les quelques Turcs que nous croisions à l’entrée de la ville s’exclamaient en nous apercevant : « Tiens, il reste encore des Arméniens vivants par ici ! » Cette ville ne ressemblait à rien, si riche et si belle de son glorieux passé, elle incarnait dorénavant l’anéantissement de tout notre peuple. Ils nous ont installés en dehors de la ville, avec comme ration une simple boule de pain noir. Je n’ai pas dormi cette nuit-là car je pensais que la fin de notre voyage allait s’arrêter là. La nuit, ils allaient probablement venir pour nous tuer.

Le lendemain matin nous avons repris la route vers Marach où nous sommes arrivés deux jours plus tard, en début de soirée. Avant les évènements de 1915, Marach était une ville très riche. Les Arméniens de cette ville n’avaient pas encore été déplacés. Lorsqu’ils nous ont aperçus, ils sont venus nous porter secours et nous ont donné un peu de pain lavach , quelques agneaux et des vêtements car nous étions tous à moitié nus. Ensuite ils nous ont emmenés vers le cimetière turc, en dehors de la ville. Les Arméniens de Marach étaient effrayés à l’idée que leur tour allait venir bientôt. Avant de repartir, quelques femmes du convoi ont laissé leurs enfants à Marach ; elles n’avaient plus la force de continuer à les porter et espéraient ainsi pouvoir les sauver de la mort qui nous attendait.

Deux jours plus tard, nous partions pour Aïntab. C’était une grande ville. Je me souviens que j’avais très soif, alors ma sœur devait s’arrêter plusieurs fois sur la route pour me donner à boire et pour que je puisse continuer à marcher. A Aintab, les Turcs avaient déjà exilé toutes les familles arméniennes, exceptée une trentaine d’entre elles. Ils nous ont installés d’abord dans un camp, toujours à l’extérieur de la ville. Le jour suivant, ils ont séparé le convoi en emmenant des groupes de 5 ou 6 familles dans des villages avoisinants pour travailler chez des familles turques. Nous avons eu beaucoup de chance, car nous avons ainsi pu éviter la route vers les camps de Der-Zor que le convoi précédent avait prise. Ma belle-mère, sa sœur, sa mère, ma sœur Seran et moi-même avons été placés dans le village de Bezirian. Le maire de ce village voulait marier la sœur de ma belle-mère à son fils. Cependant, la mère de la jeune fille, qui avait environ 70 ans a refusé de donner sa fille à un Turc. Ce dernier avait habillé la jeune fille en robe de mariée. La vieille dame a déchiré la robe en se jetant sur sa fille pour la protéger. Le maire a ordonné de maintenir la vielle femme, puis est sorti en criant : « Que ceux qui m’aiment lynchent cette femme avec des pierres et la tue ! » Ils l’ont emmené dans un champ, puis l’ont lapidée. Profitant du tumulte, ma belle-mère s’est sauvée, et nous ne l’avons plus jamais revue jusqu’à la fin de la guerre. Ils m’ont ensuite séparé de ma sœur et mis chez un paysan pour travailler et garder ses deux chèvres. Un jour, les chèvres sont parties chez le voisin. Le paysan pour qui je travaillais est alors venu me voir pour me rouer de coups de bâton jusqu’au sang, puis il m’a jeté dehors. J’avais très peur et je ne savais plus où aller. J’étais malade, malade par cette peur qui me rongeait de l’intérieur. Heureusement, la belle-fille du curé de Gurun était employée dans cette maison. Je me souviens qu’elle lavait notre linge à Gurun, c’était la belle-fille de mon cousin Hagop. Comme elle m’a trouvé ainsi complètement perdu et apeuré, elle m’a caché dans une cave de la maison du paysan. Elle m’apportait de la nourriture et de l’eau. Je ne me souviens plus combien de jours je suis resté caché là, mais ma souffrance était intenable, car mes plaies s’étaient infectées. Au mois de septembre, un soir, ma bienfaitrice en m’apportant à manger m’a dit : « Demain matin, de bonne heure, je t’apporterai des vêtements et tu partiras avec des paysans à Aïntab, car ta sœur se trouve là-bas. » A deux heures du matin, je suis parti avec eux sur la route d’Aintab avec comme seul bagage un peu de nourriture et du linge que je portais dans un sac à dos. Mes compagnons de route étaient pressés, ils devaient arriver tôt pour vendre leurs fruits (du raisin séché). J’avais de plus en plus de mal à les suivre alors, après deux heures de marche, ils m’ont laissé sur la route. J’avançais, à pied, à genoux, comme je le pouvais. Soudain j’entendis des bruits de chevaux derrière moi, je pensais que les paysans revenaient me chercher, mais c’étaient d’autres cavaliers. Un homme s’est approché de moi et m’a demandé qui j’étais. Je ne parlais pas le turc, mais j’avais tout de même compris ce qu’il me disait. En tremblant de peur, j’ai prononcé mon nom : « Je m’appelle Arsen. – Et où vas-tu comme cela ? – Je vais à Aintab » je répondis. Un jeune homme s’est alors approché et m’a dit : « Ah ! C’est très bien, je n’avais pas encore tué un Arménien, l’occasion se présente puisque j’ai une épée toute neuve, je vais m’en servir ! » J’ai commencé à pleurer et à crier de peur : « Mon seigneur, Sauve-moi ! Faites au moins en sorte que je ne souffre pas ! » Un vieil homme de la bande portant une barbe blanche s’est approché et a demandé pourquoi je criais et pleurais ainsi : « Mais qu’avez-vous fait à cet enfant? » leur a-t-il demandé. Le jeune lui a répondu : « C’est un infidèle, je vais le tuer ! » Le vieux, en caressant sa barbe a dit en regardant le ciel : « Allah, Allah ! Ce n’est pas bientôt fini tous ces massacres ! Allez, rentre ton épée et laisse-le tranquille ! » Puis, ils ont continué leur route, et moi la mienne.

20 mai 2020

Témoin du génocide: Arsen Der Sarkissian (1)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:25

AgopArsenMihran_Krikor

Hagop, Arsen, Mihran et Krikor

*

Témoignage d’Arsen Der Sarkissian, grand-père maternel de Christine SEDEF, recueilli par elle et un de ses cousins Denis Der Sarkissian.
*

Partie 1

Je suis né le 5 Mai 1908 à Gurun, une ville de 18000 habitants qui comprenait 10000 Arméniens et 8000 Turcs. La préfecture de Gurun s’appelait Sépastia, où l’on se rendait en 2 jours à cheval. Mon père était transporteur de marchandises, il avait quatre à cinq ouvriers et disposait d’environ quarante chevaux pour les besoins de son activité. Avant que je vienne au monde, mes parents avaient eu d’autres enfants qu’ils avaient perdus à la naissance. Au décès de ma mère, j’avais à peine trois ans, alors mon père a décidé de nous faire garder, ma sœur Seran et moi-même, par notre tante pendant deux ans. Mon père s’est ensuite remarié une première fois avec une femme dont le frère était médecin à Beyrouth. Ce médecin n’était pas favorable à ce mariage prétextant que sa sœur était tuberculeuse. Mon père se maria tout de même, j’avais alors cinq ans, et je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui. J’étais fier et heureux de tenir le cierge pendant la cérémonie. Un an plus tard, ma belle-mère décède. Nous étions, ma sœur et moi à nouveau orphelins, mais pour une assez courte période car deux ans après, mon père se remaria pour une troisième fois. Je me souviens bien de cette femme, car elle ne nous aimait point, ma sœur et moi. Quand mon père revenait de son travail après plusieurs jours de voyage, elle ne lui montrait que les aspects négatifs nous concernant. Elle n’éprouvait point de tendresse pour nous.
Vinrent les hostilités de 1914. Les Turcs ont déclaré la guerre aux alliés et se sont mis aux côtés des Allemands. En avril 1915, ils ont appelé tous les jeunes pour se battre à leurs côtés. Notre évêque nous a tous rassemblés dans l’église principale de Gurun. Il n’avait aucune idée de la suite que les évènements prendraient, et ils nous ont demandé de rendre nos armes pour préserver ainsi notre liberté. Il tentait de nous convaincre en assurant notre protection si nous délivrions nos armes le plus vite possible au gouvernement turc. Le peuple a obéi. Les armes s’accumulaient dans la salle de l’église. Quarante-huit heures après, les premiers emprisonnements prenaient place et ce fut pour nous le début du calvaire.

Mon père, qui avait 45 ans, a également été mis en prison. Ils lui demandaient des armes, mais comme il n’en possédait point, il fut battu férocement puis relâché avec l’ordre de ramener les armes qu’il était supposé garder. Je me souviens encore de revoir mon père rentrer chez nous le corps meurtri et ensanglanté. Il a ensuite été obligé d’acheter une arme pour la donner aux Turcs en pensant qu’il serait enfin épargné. Environ un mois plus tard, ses amis turcs lui ont proposé de devenir musulman pour être à l’abri. Il refusa. A cette époque, nous avions un champ, en dehors de la ville, où il partit se cacher. Comme deux gendarmes sont venus nous demander où il se trouvait, nous avons répondu que nous l’ignorions. Un ami turc de mon père qui était fonctionnaire a dit à ma belle-mère qu’il pouvait rentrer et qu’il n’avait rien à craindre, il veillerait sur lui et serait épargné. Ma belle-mère m’a alors envoyé dans les vignes où se trouvait mon père pour lui répéter ce que le fonctionnaire nous avait dit. Mon père est rentré, c’était un samedi.
Le lendemain, un dimanche matin en revenant de l’église, ils l’ont de nouveau arrêté. Ils lui ont attaché les mains et ramené en prison. Peu de temps après, le gardien de la prison est venu chez nous pour me trouver car mon père voulait me voir. Je suis sorti avec cette personne et dehors se trouvaient environ quatre à cinq cents hommes enchaînés quatre par quatre. J’ai aperçu mon père parmi eux. Il m’a appelé pour m’embrasser. Puisqu’il ne pouvait pas se baisser, il a demandé au gardien de me porter à sa hauteur. Cela a été son dernier baiser. Ils les ont emmenés sur la route de Guesaria, puis ils les ont tous tués. Le lendemain, devant la fontaine de la mairie, les gardiens ont lavé les chaînes devant tout le monde, afin de s’en resservir pour ceux qui restaient.

(à suivre)

19 mai 2020

Scènes de ménage (14)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 6:00

Bon anniversaire, Denis !

36

Raymond : Dis donc, Guégette, aujourd’hui 19 mai, ça me dit quelque chose.

Guéguette : Ah bon ! C’est le jour où tu dois aller chercher le pain.

Raymond : En plein coronavirus ? Tu n’y penses pas. D’ailleurs, la boulangère on dirait qu’elle tousse des miches.

Guéguette : Comment ça ?

Raymond : Ben, elle me paraît bizarre.

Guéguette : Tu passes derrière le comptoir pour voir ses miches tousser ?

Raymond : Qu’est-ce que tu vas chercher. Non, mais aujourd’hui, y a quelque chose. Maintenant quoi ?

Guéguette : Va savoir.

Raymond : On n’enterre pas un de nos vieux ? Des fois que le virus lui aurait fait la peau ?

Guéguette : Les vieux ça ne court pas les rues par les temps qui courent. Comme nous.

Raymond : Même que dans les rues on a vu passer des lapins hier.

Guéguette : C’est le monde à l’envers. Pendant que les lapins gambadent, les hommes se cachent dans leur terrier.

Raymond : C’est la fin du monde, Guéguette. C’est la fin du monde. Après nous avoir confinés dans nos appartements, ils vont nous confiner dans un hôpital avant de nous confiner dans un caveau. Cette fois on aura bien divorcé, ma poule.

Guéguette : Toi qui attends ça avec impatience.

Raymond : Tu imagines le silence ? Mais ça ne nous dit pas pourquoi ce jour sonne comme un jour spécial.

Guéguette : Sonne le glas, tu veux dire.

Raymond : Sonnent le glas des glaouis… Oui.

Guéguette : Ton battant de cloche ne sonne plus le bourdon, en tout cas.

Raymond : Oh toi, avec ta boite toujours fermée !

Guéguette : Oh toi avec ton ouvre-boite tout ramollo !

Raymond : C’est ça la fin du monde, Guéguette. La fin du monde pour chaque homme, c’est la fin de la quiquette.

Guéguette : Et pour chaque femme, aussi.

Raymond : Ah ça y est. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Denis.

Guéguette : Denis … Denis … C’est qui ce Denis ?

Raymond : Ah, mais tu ne peux pas savoir. On se rencontre chez la boulangère et on discute sur ses miches. On palabre quoi. Et alors on se raconte nos histoires de miches. C’est que Denis, il en vu des miches. Et même qu’il a fait le tour de l’Asie pour ça.

Guéguette : Dans sa jeunesse, tu veux dire.

Raymond : Il m’a même dit qu’il en a pris à pleines mains mais qu’elles ne se sont pas laissées emporter.

Guéguette : C’est normal. Les miches se prêtent, mais ne se donnent pas.

Raymond : Et ça nous rend nostalgiques, nous les hommes.

Guéguette : Et qu’est-ce que tu vas faire pour l’anniversaire de Denis ?

Raymond : Finalement, c’est moi qui irai chez la boulangère. On va bien se marrer.

Guéguette : Pourquoi ?

Raymond : On aime lui dire : Deux miches madame la boulangère ! Elle n’apprécie pas vraiment. Mais elle nous prend pour des gamins qui ont l’âge de jouer au docteur.

Guéguette : Eh bien vas-y si tu veux te faire plaisir !

Raymond : Deux miches pour mon ami Denis madame la boulangère !

Guéguette : Bon anniversaire Denis, tu lui diras de ma part. Même si je ne suis pas boulangère.

18 mai 2020

Ah La Femme arménienne ! Ah !

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:33

Aphorisme du jour

Filed under: APHORISMES,Uncategorized — denisdonikian @ 6:31

table-repasser-fer-vapeur-pirola-nadi

La femme, c’est comme une table à repasser : tu ne la chauffes que si tu la repasses longuement. Sinon tu repasseras.

9 mai 2020

Autoportrait d’un chat confiné

Filed under: Aux confins du confinement,Uncategorized — denisdonikian @ 3:07

(Sur une idée de Jean Yanne)

*

Je m’appelle Émile Miller

Je suis né en 1970 à Quimper.

J’ai une femme et deux enfants.  Raymond et Anémone.

Nous vivons en banlieue. On y jardine, on pavillone.

Ma femme cultive les roses et moi les pommes de terre.

Au printemps mon jardin tourne au vert.

Je travaille à Paris dans une compagnie d’assurance.

L’air de Paris est rance.

Je possède une voiture de marque Renault.

Et comme toujours, je paye mes impôts.

J’aime casser la croûte quand j’ai biné tout le matin.

De fromage et de pain français avec un verre de vin.

Notre cuisine est en formica comme celle de tout le monde

Nous avons un grille-pain, une cafetière, un micro-onde.

Le matin, je déjeune d’un café sans sucre et d’une tartine.

A midi j’accompagne mes collègues à la cantine.

Le soir, je mange ma soupe avec ma femme

Et la télévision et ses réclames.

Nous dormons dans le même lit acheté chez IKEA

Le matelas aussi d’ailleurs, la couette et les draps.

Notre salle de bain est équipée d’une baignoire.

Il y a un meuble avec  miroir

Pour me peigner, me raser ou me regarder,

Mais jamais sans trop m’attarder.

J’ai du ventre

Et ça se voit même quand je le rentre.

Des poils sur la poitrine

Et autour de la pine.

Je me rase électrique avec un Braun.  Allemand, je sais.

Je possède une assurance-vie, car on ne sait jamais.

Pour aller au travail, je prends ma voiture, le RER et le métro.

Pour le retour, le métro, le RER et la voiture. Toujours au trot.

Nous avons une télévision avec toutes les chaînes.

Je regarde TF1, France 2, France 3. Non Arte. Ces Allemands, j’ai la haine.

J’aime bien Michel Drucker que je regarde chaque dimanche.

Et quand c’est fini j’attends l’autre dimanche.

Je suis catholique sans aller à la messe.

Avec ma femme, quand ça me presse

C’est plusieurs fois par jour.

Sinon, une dans le mois pour la bourrée d’amour.

Je m’habille aux galeries Lafayette.

Des pieds jusqu’à la tête.

Maintenant que tout est confiné

Je vis collé à la télé.

Et depuis je fais tout ce qu’elle dit

Comme je l’ai fait toute ma vie

ET JE M’EMMERDE…

8 mai 2020

Aux confins du confinement (26)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 2:49

ou le triomphe du roi Covid XIX

*

Air et terre limités, cupidité et stupidité illimitées.

5 mai 2020

Aux confins du confinement (25)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 4:35

ou le couronnement du roi Covid XIX

*

*

Le virus du génocide a obligé les Arméniens à se confiner dans la mémoire

Mémoires arborescentes (10)

Filed under: Mémoires arborescentes — denisdonikian @ 1:28

*

L’arbre flottant

 

Qui vit heureux sur les terres d’un arbre s’y enracine. Mais tant que ses racines n’auront pas rencontré celles de son arbre, aucune arborescence intime ne saurait être espérée. L’arbre attend de l’homme qu’il réponde à l’invitation de l’imiter. Et dès lors qu’il lui offre l’image d’une joie silencieuse et profonde, l’arbre en état de méditation déploie tous ses charmes pour engager l’homme à le suivre. Il suffit d’une forêt baignée de solitude et d’un lieu élu entre tous pour s’y poser, se fondre dans le silence, devenir végétal. Pour cela, la pensée n’est pas nécessaire. Ce qu’il faut, c’est atteindre le vide de la pensée afin que l’arbre y prenne place, que le corps se déploie dans la terre et l’esprit dans le ciel.

Un arbre est constitutivement une pensée en acte mais qui n’a rien à voir avec une pensée chaotique comme la nôtre. Énergie en mouvement, énergie immobile, mais énergie sans cesse. Telle est la leçon qui est donnée aux hommes et que les hommes ne perçoivent pas. Tout ce monde qui nous entoure est de fait un appel à y trouver des leçons de sérénité. L’enracinement de l’arbre au sol et son enracinement au ciel sont autant de sollicitations à nourrir notre énergie de la terre et de la lumière. Méditer comme un arbre.

Et s’il arrive que le tronc d’un arbre vous soit caché par une haie ou autre chose, vous réalisez tout à coup que l’arbre semble être en lévitation. Je dis semble car votre connaissance des choses refusera de se laisser abuser. Mais l’illusion optique vaudra l’impression qu’une image se surajoute à vos connaissances. A savoir que la nécessaire matérialité du tronc n’empêche pas de penser que l’arbre est comme suspendu dans les airs. L’arbre est un être flottant qui prend les vents et les pluies en plein feuillage. Il semble surnager au-dessus des hommes et du chaos dont ils se nourrissent. Son calme est une manière de sourire sur nos engouements pour la vitesse. Et bien qu’il soit partout, bien qu’il s’expose immanquablement au bord de nos routes ou de nos chemins, qu’il n’en finit pas de se mettre à nu pour nous charmer, l’arbre démontre que son élévation vaut mieux que nos empressements existentiels.

4 mai 2020

Aux confins du confinement (24)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 9:27

ou le couronnement du roi Covid XIX

*

Aujourd’hui, c’est décidé. Je me suicide. Je prends le métro.

2 mai 2020

MESSAGE EXCEPTIONNEL DU PAPE FRANÇOIS,

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 9:40

 

*

En vieillissant et devenant plus sages, nous réalisons lentement que :

– Une horloge de 3000€ marque le même temps qu’une montre de 30€.

– La solitude dans une maison de 70m2 ou de 300m2 est la même.

J’espère qu’un jour vous réaliserez que votre bonheur intérieur ne vient pas des choses matérielles du monde.

Peu importe si vous voyagez en première classe ou en classe  économique, c’est le même tarif si l’avion tombe.

J’espère que vous réalisez que lorsque vous avez des amis et des frères et sœurs avec qui parler, rire et chanter, c’est le vrai bonheur.

Cinq faits indiscutables de bonheur :

 1 – Ne pas éduquer vos enfants à être riches, les éduquer à être heureux,

afin qu’ils voient la valeur des choses et non leur prix.

2 – Mangez votre nourriture comme si c’était votre médicament,

autrement vous devriez prendre votre médicament comme s’il s’agissait de nourriture.

3 – La personne qui t’aime ne te quittera jamais. Même s’il y a 100 raisons d’abandonner, vous trouverez une raison de rester.

4 – Il y a une grande différence entre être un humain et être humain. Très peu le comprennent.

5 – Vous êtes aimés quand vous êtes nés et vous serez aimés quand vous mourrez. Entre les deux cela dépend de vous.

Les six meilleurs médecins du monde:

Lumière du soleil, repos, exercice, régime, confiance en soi et… amis.

Garde-les pendant toutes les étapes de ta vie et profites-en pour une  vie saine.

C’est difficile un être humain :

il ne demande pas à naître, il ne sait pas vivre et il ne veut pas mourir !!!

Le meilleur cadeau que vous pouvez donner à quelqu’unest votre temps et il faut TOUJOURS en donner à la famille ou à un bon ami.

Prenez le temps d’envoyer ce message à au moins un membre de votre famille ou un à bon ami. 

1 mai 2020

Beauté des Orientales

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:45

1

Oeuvre de Shadi Ghadirian

*

Tes seins sont du raisin dans mes paumes

Ta peau est un velours vibrant de confusion

Ton front un tabernacle de grâce

Ton rire une délivrance

Et tes silences le manteau immaculé des choses

J’ouvre tes cuisses comme un livre du cantique

Où vit sous son Buisson ardent

L’eau qui a soif d’être bue

Ma langue y quête

Le suc qui doit ressusciter

L’homme en son agonie

30 avril 2020

ZIZI TOP

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 7:13

 

*

Quand je regarde mon zizi

Quand le regarde par mégarde

Quand le regarde je lui dis

As-tu donc vu la grande vie

 

Quand je regarde mon kiki

Quand le regarde par mégarde

La tête en bas que je lui dis

Où donc têtu fourré mon vit

 

Quand je regarde mon ami

Quand le regarde par mégarde

Il me répond je suis fini

Car j’ai perdu l’heur des envies

 

Quand je regarde mon grigri

Quand le regarde par mégarde

Il me dit je n’ai de souci

Que de répandre mon pipi.

 

Quand je regarde mon épi

Quand le regarde par mégarde

Il me regarde et il me dit

J’ai visité tellement de nids

 

Quand je regarde mon flapi

Quand le regarde par mégarde

Je lui demande où il s’est mis

Dans quel tunnel il s’est enfoui

 

Il me répond que c’est la vie

De confiner à la hussarde

Dans la plus chaude des patries

Pour l’homme amoureux d’utopie

 

Il me répond mon assoupi

Qui a baissé depuis la garde

Qu’il a vu de si beaux pays

Qu’il a pleuré dans l’inouï

 

Il me répond qu’il est minuit

Pour sa jouisseuse hallebarde

Lui qui pointait dans le beau fruit

Juteux à point à petits prix

 

Il me répond mon amoindri

Qu’il n’est plus temps pour sa pétarde

De s’ébahir dans un grand lit

A savourer le brocoli.

 

Il me répond que l’ont occis

Les médecins du gaz moutarde

Pour le soigner ils ont réduit

Sa canne à pécher le biscuit

 

Il me répond qu’à son crédit

De quête inquiète et soiffarde

Il aura vu la belle asie

Et le bonheur en poésie

 

 

Il me répond qu’au cœur du fruit

Où la langue danse et se darde

Il vit tant d’éclairs au pertuis

Qui frisent Dieu en pleine nuit

 

Ah mon zizi que je lui dis

Quels va-et-vient ton avant-garde

Aura chantés et accomplis

Dans la merveille d’un beau pli

 

Ah je lui dis à mon gourbi

Nous n’irons plus jouer au barde

Nous n’irons plus au bois joli

Boire à la source de la vie

 

Le ciel est gris sur Parisis

Il va pleuvoir des hallebardes

Et je lui dis à mon zizi

Que l’amour est hara-kiri

 

Ne reste que la nostalgie

Des chants d’oiseaux qu’il faut qu’on garde

Qu’il faut s’attendre à l’autre vie

Où l’heur d’amour est infini

 

Gary Estrella More, traduction dénis donikian

Aux confins du confinement (23)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 6:34

ou le couronnement du roi Covid XIX

*

L’homme des pays riches vient enfin de comprendre qu’il est un animal comme un autre vivant dans la peur.

28 avril 2020

Aux confins du confinement ( 22)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 3:52

ou le couronnement du roi Covid XIX

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*

Après le hara-kiri dans le rouge, haro sur le vert !

Aux confins du confinement (21)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 5:56

ou le couronnement du roi Covid XIX

Photo 1

( photo D.Donikian: environs de Sissian’, Arménie. Copyright )

*

Quand le temps historique, le temps climatique et le temps biologique

qui couraient sur leur piste respective

entrent en collision,

le cataclysme se traduit en pandémies, désastres et effondrements

généralisés.

27 avril 2020

Vous avez dit « Génocide » ?

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:41

armenie1915arminwegner

Les temps sont durs et beaucoup d’hommes qui meurent aujourd’hui ignoraient que leur tour était arrivé. L’éléphant Covid 19 aura fait une entrée fracassante dans le magasin de porcelaines de nos sociétés trop lourdement engourdies par le jouir à tout prix et la joie de vivre.

Vivre ? Vivre en démocratie n’exonère pas de mourir « comme tout le monde », comme tous ceux qui meurent dans le monde. Diable, l’aurait-on oublié ?

La surprise est d’autant plus grande que le jouir irrépressible et le rire obligatoire semblaient avoir tué l’idée simple et évidente selon laquelle tout vivant est voué à la mort.

Certes, mais pas prématurément pour cause de virus, me direz-vous.

Tout le monde croyait aussi que la France faisait partie des pays riches. Et voilà que tout à coup, les Français sont invités à faire la guerre à mains nues contre un virus qui ne connaît pas de frontières, ignore les races, les classes sociales et balaie tout sur son passage.

Balaie toutes et tous, soldats de la santé, hommes politiques, chanteurs, jeunes, âgés, Blancs, Noirs, Jaunes, etc.

Tout cela fait masse. Tout cela fait nombre. Brutalement comme jamais.

Chaque vie est précieuse. Chaque individu compte. Les Français se battent pour les Français.

Pour autant, pourquoi diable oublier que la peste, au XIVe siècle, aura tué la moitié de la population en Europe ?  Que la grippe de Hong Kong aura fait un million de morts au milieu du siècle dernier. La litanie serait longue si nous parcourions l’histoire de nos pandémies. Sans parler de ceux qui meurent de la faim en nombre et qui n’intéressent pas les médias de la globalisation. Les 206 000 morts dans le monde et les 23  000 en France sont des morts qui nous attristent d’autant plus qu’elles n’auraient pas dû avoir lieu. Comme si ce n’était pas normal que cette heure de leur mort soit venue avant l’heure.

Or, il faut bien le dire, avec ce virus, nous sommes tous confrontés à la plus grande incertitude, citoyens comme hommes politiques, médecins comme qui vous voudrez. Les questions se multiplient à la vitesse d’un coronavirus. Chacun est contaminé par l’angoisse que suscitent les interrogations. L’appel du gouffre est le symétrique d’un sauve-qui-peut systématique. Et comme l’homme a besoin de se rassurer pour ne pas sombrer dans la folie, il lance des interprétations, des mots, des informations, tout le fatras d’émotions, de pensées vagues, de vœux pieux, d’indignations, qui habitait sa tête et qui en ressort comme un steak craché par la machine à hacher en une viande molle, cuisinable à merci.

Internet est cette machine à hacher le tout-venant informatif pour recracher des purées de conneries.

La dernière en date, qui intéresse les Arméniens, est de dire que nous assistons à un véritable génocide parce qu’on trierait les malades entre ceux qu’il faut laisser mourir et ceux qui méritent d’être sauvés. En d’autres termes, les hôpitaux tuent et l’incurie des politiques serait derrière tout cela. Mais pas seulement l’incurie, l’incompétence et même certains intérêts que poussent en sourdine nos chers lobbys.

Holà ! Holà !

Je dis holà car le mot génocide est inapproprié dans le cas d’une pandémie comme celle que nous vivons. Je sais bien que les Indiens d’Amérique ont été décimés entre autres à cause des couvertures contaminées qu’on leur offrait.

Mais dans tout génocide, il faut trouver et prouver l’intention. Une intention d’extermination de masse ou non dans une perspective de nettoyage ethnique, social ou politique.

Le nombre ne fait pas un génocide.

Pour faire court, les Arméniens devraient prendre garde à ne pas utiliser ce terme dans le cas qui nous intéresse. Car ce serait la porte ouverte à d’autres exemples auxquels le mot génocide ne s’applique pas. Et donc ce mésusage donnerait à coup sûr des armes aux négationnistes qui s’empresseraient de galvauder le mot et de proclamer haut et fort qu’appliqué à tout et à n’importe quoi il ne peut convenir au cas arménien.

Or le mot génocide est un terme juridique très précis. Et le dernier livre de Taner Akçam «  Ordre de tuer » a été écrit dans le but de tirer au clair l’intention génocidaire de Jeunes-Turcs.

Je rappelle que la première fiche que j’ai rédigée pour ma Petite encyclopédie du génocide arménien ( à paraître cette année) était consacrée au mot génocide pour la raison que les jeunes Arméniens avaient tendance à en parler sans savoir précisément de quoi il retournait.

Je finirai donc par cette fiche. A chacun d’en faire l’usage qu’il voudra.

GENOCIDE

1- Inventée en 1944 par Rafaël Lemkin, juriste juif polonais réfugié aux États-Unis, pour désigner ce que Winston Churchill, à propos des crimes nazis appela « le crime sans nom », l’expression greco-latine génocide, forgée sans tenir compte des règles étymologiques, réunit la racine grecque genos (espèce, race, génération) et la racine latine –cide (de caedere, tuer, comme dans homicide). Il n’est pas anodin de savoir que Lemkin avait fait à Berlin des travaux de recherche sur le procès Tehlirian.

2 – Équivalent pour un groupe humain de l’homicide pour un individu, le génocide procède du refus d’accorder à l’autre le droit à l’existence. Si le massacre de populations est aussi ancien que l’humanité, ce n’est qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale qui a vu l’extermination des Juifs, des Tsiganes, et autres « races » considérées comme inférieures, que les hommes ont éprouvé la nécessité de qualifier ce crime pour ne plus abandonner aux folies d’un État des êtres humains qui se trouveraient en son pouvoir.

3 –Si l’extermination équivaut à une destruction complète, le judéocide au massacre systématique des Juifs, on parle à tort d’holocauste (sacrifice religieux par le feu) par référence à la Bible ou par opposition à ce terme, de shoah, mot hébreu qui veut dire catastrophe. Les nazis donnèrent le nom de « solution finale » (du problème juif) à leur plan d’extermination tandis qu’aujourd’hui on évoque l’épuration ethnique à propos notamment du Rwanda. Alors que les crimes de guerre impliquent un affrontement entre les États, les « crimes contre l’humanité » comme le génocide concernent des conflits internes aux États, deux formes extrêmes frappées d’imprescriptibilité, en 1968, par la Convention des Nations unies.

4 – Le 9 décembre 1948, la Convention pour la prévention du crime de génocide, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations unies, définit le génocide comme l’un quelconque des actes commis dans l’intention de détruire, tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme le meurtre de membres du groupe, l’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale du groupe, la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique ou totale, les mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe, le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

5 – Certains cas historiques sont encore mal perçus comme génocides : la famine en Ukraine, de 1932 à 1933, programmée par Staline pour combattre les aspirations nationales (entre 2 et 10 millions de morts), la purification ethnique au Cambodge (d’avril 1975 à janvier 1979) dirigée par les Khmers Rouges. En revanche, si la qualification de génocide a été reconnue pour désigner les crimes de 1915 perpétrés contre les Arméniens, dans une résolution de la sous-commission des Droits de l’Homme de l’ONU en août 1985, dans celle du Parlement européen du 18 juin 1987, et par certains historiens turcs, d’autres de ces historiens, répercutant la thèse officielle, mais aussi celle de tous les régimes successifs de la Turquie (admettant la déportation et les massacres des Arméniens, non leur planification) la récusent violemment, au profit d’appellations comme « mass murder », «actes génocidaires », « massacres génocidaires ».

Aux confins du confinement ( 20)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 10:43

ou le couronnement du roi Covid XIX

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La crise pandémique a des vertus telles que non seulement elle nous plonge dans l’abîme de nos aberrations mais dans le même temps soumet nos yeux aux bénéfices d’une réformation radicale.

26 avril 2020

L’amour au temps du confinement (1)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:33

 

 

 

Elle : Ne me touche pas ! S’il te plaît ! Ne me touche pas !

Lui : Mais comment faire sans se toucher ?

Elle : Débrouille-toi ! C’est toi l’homme, non ?

Lui : Oui, mais la femme quand elle veut, elle peut !

Elle : Sauf qu’aujourd’hui, l’invisible guette.

Lui : C’est vrai, l’invisible guette. Et si on mettait des masques, peut-être bien qu’il ne nous reconnaîtrait pas ?

Elle : Et comment s’embrasser ? Avec des masques ! Sans parler du reste.

Lui : Et si on faisait l’amour en habit de scaphandrier ? Pas bête ça, non ? Et puis, ça donnerait du piment à la chose, vu qu’on n’a jamais fait ça.

Elle : C’est vrai qu’on n’a jamais fait ça.

Lui : Et mieux encore … Je te propose qu’on le fasse dans la piscine. Ah, ça aurait de la gueule, non ? On évoluerait comme des poissons.

Elle : Et moi je serais comme une pieuvre avec beaucoup de bras. Ah des suçons tu en auras jusqu’à plus soif mon cochon.

25 avril 2020

Aux confins du confinement (19)

Filed under: Aux confins du confinement — denisdonikian @ 7:05

ou le couronnement du roi Covid XIX

Unknown

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Le quotidien qui oblige aux gestes défensifs rend le vivre impossible, tant le passé est regretté et tant l’avenir redouté.

4 avril 2020

Recette pour faire un Arménien

Tropcontent

« Trop content » de Milo Dias

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Pour faire un Arménien, prendre le nom que vous souhaitez donner à votre créature, Arguichti par exemple, l’écrire sur un bout de papier biodégradable et le plonger dans un récipient (un récipient de préférence à une lessiveuse) rempli de 1700 cl d’une macération de roses d’appellation contrôlée, ayant 1700 ans d’âge.

Ajouter 1700 mg de ferveur nationale et 1700 de complots historiques. Une pincée de chants patriotiques, une autre de chants pathétiques, une autre de chants liturgiques.

Verser un verre de vin d’Achdarag et une poignée de neige prélevée sur le mont Arakadz.

Hacher menu une page de livre arménien (la date de parution importe peu, seules les lettres comptent).

Verser 1700 cuillerées à soupe de sang d’agneau sacrifié frais en ayant bien pris soin de ne pas demander son avis à la victime. C’est un bon liant (et liant est un bon mot).

Ne pas oublier l’or (de qualité supérieure) : 1 g,

l’encens : 10 grammes,

le tuf : 100 grammes,

la terre : 1000 grammes.

Passer le tout au mixeur.

Attendre que ça prenne la consistance d’une pâte un peu cuivrée qui va foncer au soleil.

Attendre longtemps. 9 mois selon les normes naturelles.

Ensuite, faire confectionner par votre femme ou votre maîtresse un petit bonhomme bien couillu conforme à votre image quand vous êtes au top de vos performances.

Le placer sur le rebord de votre fenêtre devant l’Ararat.

(Cette mise en regard est recommandée comme étant l’âme de toute l’opération).

Choisir une belle aube pour le réveil du petit couillu. Laisser sécher le temps qu’il faudra.

Il est nécessaire que les yeux s’ouvrent et le sexe se lève au même moment avec la montée du soleil. Si la conjonction de ces trois élévations a lieu à la seconde près, votre bonhomme viendra au monde à bon escient (inutile de dire que le mot escient est le meilleur qui soit).

Prononcer le prénom choisi, le plus typique et le plus ancien possible, en l’occurrence Arguichti. (Éliminer les Tartabiti, Chinguetti, Serengueti, Ouistiti, qui font trop peu national).

Choisir un mouton, le sacrifier à Etchmiadzine en évitant de lui demander son avis, faire chanter un religieux, braire une ânesse (le i-an d’une ânesse est de bon augure). Le religieux devra tremper le pouce dans le sang de l’animal sacrifié et marquer d’une croix le front de l’enfant.

Vous aurez alors un garçon arménien.

Qu’il soit croyant ou non est sans importance. C’est une chose qui peut venir, ou ne jamais arriver. Mais vous aurez façonné une créature déterminée par sa passion de la liberté.

Préparer alors un grand repas pour les réjouissances, avec khorovadz à déchirer avec les dents, inviter voisins, pauvres et parentèle. Ne pas chasser les chiens errants qui auraient été attirés par les bonnes odeurs.

NB : Il arrive que, durant le séchage, le couillu perde ses attributs majeurs. Ce sera donc une fille. La fille arménienne étant un garçon arménien qui a raté. Mais c’est quelque chose d’arménien. Et de nécessaire, ne serait-ce qu’à la confection de cette recette, surtout pour l’accrochage des attributs susdits. Ne prenez pas pour autant cet échec pour un complot féministe. Les voies de la créature arménienne sont impénétrables. Mais, dès lors, il vous sera recommandé de recommencer toutes les opérations, une à une, sans jamais désespérer d’y parvenir un jour.

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Extrait de Hayoutioun ( Nouvelles d’Arménie  édition, 2005)

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