Ecrittératures

17 mai 2022

Non au «  deux poids deux mesures » : Du sang aussi dans le gaz azéri.

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 8:40

Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine, l’Europe s’est réveillée tout à coup européenne. Enfin ! Car ni l’invasion de la Géorgie, ni celle de la Crimée, ni les guerres de Syrie et du Karabagh ne l’auront autant acculée aux décisions radicales, comme celle de songer à se priver du gaz russe pour ne pas nourrir une agression qui fait fi de tous les droits internationaux.

Mais rejeter tout commerce immoral avec un dictateur pour aller enrichir un autre dictateur par compensation relève du cynisme des intérêts et des hypocrisies qui entachent l’éthique des marchés.

Tout le monde sait bien, en effet, que l’Azerbaïdjan est un État raciste, fasciste et terroriste et que son président s’est imposé par la force et par l’imposture, que la presse libre n’y existe pas, que la corruption fait du clan Aliev une caste qui s’enrichit au détriment du peuple. Tout le monde sait aussi que les preuves existent de l’usage d’armes au phosphore durant la guerre de l’Artsakh, du meurtre et de la torture des civils arméniens, de violations flagrantes de tous les droits et usage en temps de guerre, mais aussi de maltraitance envers des prisonniers toujours retenus. Fort de son pétrole et de son gaz, Aliev non seulement se moque de toute espèce de sanction, mais encore tient la dragée haute à qui oserait le ramener à la raison.

En ce cas, tout citoyen européen est en droit de se demander pourquoi l’Europe s’oblige à rompre avec un criminel de guerre sans pour autant s’interdire d’aller aussitôt manger dans la main d’un autre ? Qui plus est un dictateur qui se joue avec habileté de nos contradictions et se sent autorisé à pousser ses pions au gré de ses seuls intérêts. Surtout contre la seule démocratie qui fait obstacle à sa démesure, à savoir l’Arménie, en commençant par vouloir imposer son racisme et son terrorisme aux Arméniens de l’Artsakh dans le but de les en chasser.

Comme citoyens d’Europe, nous disons fermement aux instances européennes que nous ne sommes pas solidaires de leur « deux poids deux mesures ». Nous rejetons toute relation diplomatique, économique ou stratégique avec l’Azerbaïdjan d’Aliev pour quelque raison que ce soit. Nous refusons d’être complaisants ou silencieux à l’égard d’un pseudo président qui se joue des principes démocratiques, les menace et un jour fera lui aussi chanter l’Europe.

4 mai 2022

LES CHEVAUX PARADJANOV

Filed under: NOUVELLE PUBLICATION — denisdonikian @ 5:23
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 Les CHEVAUX PARADJANOV  en seconde édition  ( 2020, chez Actual Art),   bilingue français-arménien, avec une traduction de Lilit Mnatsatkanyan.

Long poème écrit en 1980, suivi d’un texte relatant la rencontre à Tbilissi de l’auteur avec le cinéaste, libéré mais interdit de travail : Deux jours de vie avec  Serge Paradjanov (en date d’avril 1980).

Préface de la traductrice et texte liminaire de l’auteur : Comment j’ai rencontré le Falstaff de Tiflis. 

Nombreuses reproductions de dessins inédits de Paradjanov, d’un mouchoir dessiné de sa main, de photos.

Superbe travail d’éditeur par Mkrtich Matévossian.

15 euros, port non compris.

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Voir aussi : Los Caballos Paradjanov, traduction en espagnol par Ana Arzoumanian et Cristina Bourette (ICI)

3 mai 2022

Petite encyclopédie du génocide arménien dans France- Arménie

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN,NOUVELLE PUBLICATION — denisdonikian @ 4:54
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30 avril 2022

POUR OSMAN KAVALA

Osman Kavala

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L’emprisonnement à vie d’Osman Kavala décidé, sans faits avérés, par un juge affilié à l’AKP, vient de donner une fois de plus la preuve que la République de Turquie ne pratique en rien la séparation des pouvoirs que tout pays dit européen est tenu d’appliquer. Sourd aux idéaux institutionnels reposant sur le droit, mais attaché à son égocentrisme nationaliste, le président turc a même le culot de se sentir humilié par les bouderies des Européens devant les multiples tentatives faites pour être accepté parmi eux et se constituer ainsi une virginité qui effacerait d’un trait tout négationnisme, emprisonnement arbitraire, massacres et autre occupation illégale d’un territoire.

Pour chaque citoyen européen, cet emprisonnement arbitraire, voulu par le président en exercice et exécuté par juge interposé, est la goutte d’indignation qui fait déborder le vase des indignités.

C’est bien connu. Tout démocrate est la bête noire de l’autocrate qui ne règne que par la terreur. Et c’est même à ça qu’on le reconnaît.

Outre Osman Kavala, les prévenus Mücella Yapici architecte, Çigdem Mater, documentariste, le militant des droits civiques Ali Hakan Altinay, la réalisatrice Mine Özerden, l’avocat Can Atalay, l’universitaire Tayfun Kahraman et le fondateur d’ONG turques Yigit Ali Emekçi, ont été condamnés à dix-huit ans de prison chacun, pour complicité du même chef d’accusation.

Affirmer sans preuve que ces citoyens turcs cherchaient à «  renverser le gouvernement de la république de Turquie » pour soutenir qu’ils seraient à l’origine des manifestations antigouvernementales du parc Gezi, à Istanbul, au printemps 2013, est une condamnation qui provoque la colère quand on sait que les accusés défendent une république républicaine contre les agissements d’une démocratie autocratique.

En tant que citoyens européens, nous demandons aux instances européennes de considérer comme infréquentable un président qui pratique le double langage, dont le seul intérêt est de défendre ses propres ambitions, quitte à manger à tous les râteliers, quitte à cracher dans toutes les soupes, pourvu que ses pions avancent et que ses appétits se concrétisent.

En tant que citoyens européens, nous demandons que les sanctions appliquées à l’autocrate Poutine n’épargnent pas l’autocrate Erdogan. Si l’Europe ne supporte pas le sang qui souille le gaz russe, pourquoi continuer à considérer comme acceptable une Turquie malade de ses peurs, de son arbitraire, de ses visées expansionnistes, tandis que son histoire aujourd’hui est aussi sanguinaire que celle d’hier. Aujourd’hui l’Ukraine envahie par un despote impérialiste comme le furent la Tchétchénie, la Syrie et la Géorgie, demain quel autre pays après Chypre, la Syrie par celui qui n’en fait qu’à sa tête en supprimant celle des autres ?

Il faut sauver Osman Kavala, Mücella Yapici, Çigdem Mater, Ali Hakan Altinay, Mine Özerden, Can Atalay, Tayfun Kahraman et Yigit Ali Emekçi…

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Démocrates turcs et génocide des Arméniens (8) : Osman Kavala

1 – Homme d’affaires turc, Osman Kavala, né à Paris en 1957, appartient à une famille originaire de la ville grecque de Kavala, (annexée en 1913), et qui, en 1924, après la chute de l’Empire ottoman, viendra s’installer à Istanbul. Après des études en sciences sociales à Ankara à la fin des années 1970, il part étudier les sciences politiques et la sociologie à Manchester et passe près d’une année à New-York dans les années 1980. Rentré à Istanbul, en 1982, il reprend les affaires familiales au décès de son père, héritant avec sa famille l’une des plus importantes fortunes de Turquie. A partir de 1985, il se rapproche des milieux culturels fréquentés par l’intelligentsia.

2 – En 2002, Osman Kavala crée Anadolu Kültür, afin de promouvoir des activités culturelles et faciliter des collaborations artistiques à Istanbul et en Anatolie. Dans ce but, des centres culturels seront ouverts à Diyarbakir et à Kars. Dès lors, seront mis en œuvre des échanges avec des artistes et institutions culturelles d’Arménie, en 2005, ainsi qu’une plate-forme commune de cinéma et des recherches en histoire orale. Un orchestre symphonique formé en juillet 2010, composé de jeunes musiciens des deux pays, a pu donner un concert à Istanbul et à Berlin. Anadolu Kültür a coproduit la pièce de Gérard Torikian, Le concert arménien ou le proverbe turc, (jouée à Diyarbakir et à Istanbul en novembre 2009) et Chienne d’Histoire, film d’animation de Serge Avédikian (2010).

3 – Au surlendemain des commémorations du génocide des Arméniens dans le monde et à Istanbul, Osman Kavala, directeur du Centre culturel DEPO, accueillit l’exposition d’Antoine Agoudjian intitulée « Les Yeux Brûlants » du 26 avril au 5 juin 2011. Avec Osman Kavala, avouera Agoudjian, « nous avons spontanément éprouvé l’envie d’agréger nos énergies, rejetant délibérément nos appréhensions, ayant pour seule motivation le vœu d’ouvrir une brèche face au rempart sectaire de l’obscurantisme pour enfin devenir les initiateurs d’un dessein utopique, celui de rendre pas à pas audible une voix qui ne l’était plus depuis 96 ans en Turquie ».

4 – Le 25 octobre 2014, lors d’un symposium organisé par la Fondation İsmail Beşikci de Diyarbakır intitulé « Diyarbakır et les Kurdes en 1915 », avec l’avocat Erdal Doğan et le coordinateur en charge du projet, Namik Kemal Dinçer, Osman Kavala a partagé ses réflexions sur le travail à mener par la société civile turque en vue d’une reconnaissance du génocide de 1915, problème devenu international, car la diaspora arménienne fait pression sur la Turquie par le bais des gouvernements et parlements d’autres pays. En ce sens, il estime que la démocratisation de la Turquie et la réparation de cette injustice historique constituent deux priorités tout à fait conciliables.

5 – Par ailleurs, lors de réunions récentes, des amis de la diaspora auraient précisé que la priorité sur la reconnaissance du génocide était d’établir des liens plus normaux et plus étroits avec leur terre ancestrale, de manière à pouvoir maintenir leur identité. Osman Kavala ajoute : « Tout comme nous considérons la «diaspora» comme constituée de «mauvais Arméniens», certains d’entre eux nous ont jugés de la même façon par le passé. Je pense qu’après le meurtre de Hrant Dink et le fait qu’une sensibilité nouvelle ait émergé au sein de la société civile, certains de ces préjugés revendiqués par la diaspora ont commencé à changer.»

Fiche extraite de la « Petite Encyclopédie du génocide arménien » (Geuthner, 2021)

24 avril 2022

GUERRE en UKRAINE. GUERRES en NOUS.

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 5:58

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Dessin de D. Donikian ( copyright)

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Le monde est ainsi fait qu’il fait mal à qui cherche à l’entendre. Depuis l’invasion de l’Ukraine, nous avons théâtre ouvert sur les valses verbales des politiques destinées à mieux jobarder les gogos que nous sommes tous. Or, dans cet exercice de style, nos comédiens fauteurs de drames ou fouteurs de merde se trouvent dans les deux camps : Européens à gueule de bois d’une part, dictateurs à gueule de monstre de l’autre. La seule différence entre les deux groupes serait peut-être que d’un côté les criminels de guerre jouissent effrontément de leurs crimes, de l’autre les criminels de paix piétinent la morale universelle en coulisses. Mais ni les uns, ni les autres ne se soucient de leurs contradictions dès lors qu’ils mettent leur égoïsme national plus haut que toute considération éthique. D’où l’on voit que la défense de la patrie, de laquelle tous sont tributaires, implique forcément de n’être ni blanc ni noir, mais gris. Mettre du lait dans son café ou du café dans son lait n’a jamais été interdit à personne par personne. Sauf qu’en politique, habiller une vérité ou l’effacer d’un mensonge, travestir une réalité (la guerre) d’une expression inadéquate (opération militaire spéciale) fait qu’une telle propension à tromper conduit nécessairement à des morts d’hommes.

Parmi toutes les panoplies qui s’assimilent aux tenues de camouflage, il en est qui vous donneraient le tournis. Voici par exemple un Poutine qui déploie des soldats de la paix dans le Haut-Karabagh tant pour éviter un génocide que pour préserver les Arméniens des poussées invasionistes d’Aliev, et qui dans le même temps envahit délibérément l’Ukraine dans le but avoué de l’effacer comme nation. Certes, ce président oxymorien, pacificateur monstrueux s’il en est, ne trompe personne, dès lors que tous les moyens lui sont bons pour mettre la main sur les républiques de l’ex-URSS. Même si c’est avec un esprit fou de libération qu’il assèche l’Ukraine. Mais tout de même, force de stabilité ici et force de barbarie là-bas, ça vous laisse pantois plus d’un observateur qui cherche la raison en tout et la raison de tout et qui pourrait ne plus savoir sur quel pied danser. Pour nous, au contraire, nous dirons sans barguigner de Poutine qu’il reste un dictateur plus tueur que pacificateur. Osons-le mot : un « pacificatueur ».

Dans le même ordre de ruses s’inscrit le madré Erdogan, l’homme dont la langue fait la danse du ventre au gré de son autolâtrie patriotique plutôt qu’à se plier aux exigences du droit, qui ne s’empêche sur rien qui ne fasse du bien à son pays. Combien de fois n’a-t-il serré la paluche de son alter ego en despotisme Poutine, sans pour autant manger dans sa main. La preuve en est qu’il vend ses drones à Zelensky, bizness oblige, et qu’il prend même sa défense autant qu’il prend ses distances avec les Occidentaux en refusant de sanctionner les oligarques russes, sous prétexte que la Turquie resterait ainsi un pont entre un Occident punitif et une Russie agressive. Bizness oblige là encore et qui s’appelle faire d’une pierre deux coups. On voit donc un président envahisseur courir au secours d’un président envahi par un autre président envahisseur. Ce qui semblerait vouloir dire qu’Erdogan défende l’intangibilité des frontières. Que nenni ! En clair, défendre Zelensky en donnant la leçon à Poutine placerait Erdogan dans le camp des Européens s’il ne s’agissait en réalité d’un président dont le pays a fait avec Chypre ce que la Russie fait avec l’Ukraine. D’ailleurs, la présidente du Parlement chypriote ne s’est pas gênée pour faire remarquer à Zelensky en direct qu’il aurait été mieux avisé de rappeler que Chypre avait perdu plus du tiers de son territoire, sous-entendu à cause d’une Turquie avec laquelle il s’allie aujourd’hui. Zelensky n’a pas apprécié l’estocade et a interrompu son intervention. C’était avouer que lui aussi n’aurait d’autre morale que celle des intérêts stratégiques de son pays et qu’il était prêt à faire la putain pour sauver l’Ukraine.

De plus, dès lors que le monde civilisé crie au génocide en voyant à l’œuvre les intentions d’effacement que subit la nation ukrainienne, le négationniste Erdogan saute sur l’occasion pour courir se placer en défenseur des victimes dans le but à peine voilé de bousculer dans nos mémoires les horreurs de 1915. On peut même imaginer Zelensky et Erdogan à une même table de conférence, le premier affirmant que l’invasion russe s’accompagnait bien d’un génocide, le second renchérissant, index pointé au ciel : «  Un authentique génocide ». Où l’on voit que pour un négationniste semer le doute dans les esprits reste une des meilleures tactiques pour s’innocenter.

Admirable Ukraine, malgré tout ! Et qui se bat comme une lionne. Voir l’oligarque et ex-président Petro Porochenko en tenue de soldat servir sous la houlette de Zelensky, ça vous requinque une nation acculée à ses ruines. Mais l’image fait mal à l’Arménien que je suis. Elle fait mal à l’idée que l’Arménie n’a pas la conscience de ses priorités et qu’elle use et abuse du droit au désaccord démocratique dans une période de son histoire où seule l’unité dans la concertation devrait avoir force de loi. C’est qu’on voit mal nos oligarques en tenue de combat et mal nos ex-présidents avaler leur rancœur au nom de l’urgence et de la force qu’exige le péril azéri. Mais non ! Cette opposition qui fomente les pires menaces contre l’État arménien le fait pour satisfaire une soif de vengeance dont le seul but est de mettre en difficulté l’unique démocrate dont l’Arménie indépendante s’est doté depuis bientôt quarante ans. Non contents d’avoir transmis à Pachinian un état des lieux gangrené par la corruption, voici les Kotcharian, Sarkissian et autres salauds chercher à l’affaiblir pour qu’il soit le seul responsable des échecs futurs, sachant que toutes les solutions proposées pour sortir du guêpier où se trouve l’Arménie seront taxées de trahisons.

Or, il y aura forcément des « trahisons » dès que lors que toute solution à un problème aussi complexe que celui de l’Artsakh exigera nécessairement des concessions. Sinon, l’Arménie devra retourner à la guerre pour tenter de juguler les volontés ennemies par la force. Mais comme les Arméniens vindicatifs et querelleurs ne sont pas à une imbécillité près, les voici à convoiter le maximum de gains en croyant provoquer dans leurs rangs le minimum de grabuge. Comme si Aliev était assez décati pour avoir perdu ses prurits militaristes et ses érections guerrières. Mais ces Arméniens-là qui veulent tout sont en réalité des Arméniens qui ne peuvent rien. Ils oublient qu’ils seront bien obligés de déléguer à d’autres le soin d’accomplir le devoir patriotique d’aller au casse-pipe. En ce sens, les jusqu’au-boutistes de la diaspora n’ont rien à envier aux grincheux d’Arménie. Car enfin, quand on veut gagner une guerre, il faut des soldats. Or, nos soldats en ont soupé de ces revanchards et patriotards qui pérorent en distanciel faute de se battre en présentiel. N’est pas Pachinian qui veut. Car lui doit gérer les jeux pervers des fous qui composent aujourd’hui l’histoire tragi-comique de l’Arménie : Poutine, Aliev, Kotcharian, Sarkissian et tout le clan et bataclan des tordus patriotes qui forment plusieurs divisions de belliqueux impuissants. Sans parler de cette jeunesse dont il a besoin pour remonter le pays. Ni des Européens qui le poussent aux transactions.

Or, ces Européens, parlons-en ! Qui, durant la guerre de 2020, aurait pu croire qu’ils auraient acheminé des armes comme ils le font pour les Ukrainiens. D’abord, les Arméniens n’ont pas résisté aussi longtemps que les Ukrainiens. Pire, de nombreux officiers militaires n’auraient pas rempli correctement leurs missions, sans parler des violations criminelles présumées commises par nos forces armées (lesquelles restent donc à vérifier). Ensuite, Poutine n’aurait jamais accepté qu’un quelconque pays d’Europe viole son pré carré. Enfin, Aliev a trop de gaz et trop de pétrole pour que les Occidentaux cherchent à le contrarier. Et de fait, cette guerre en Ukraine se lit comme un théâtre inépuisable de faux-culs où les démocrates lancent ouvertement des anathèmes démocratiques et par derrière lèchent en douce le derche des autocrates. Or, c’est bien ce qui est arrivé. Le vendredi 4 février 2022, une délégation européenne s’était rendue en Azerbaïdjan en vue de diversifier les sources d’approvisionnement en gaz et réduire toute dépendance à l’égard des Russes dans un contexte de guerre éventuelle contre l’Ukraine. C’est dire que les Européens savaient qu’il fallait ménager un dictateur comme Aliev au cas où ils seraient dans l’obligation morale de sanctionner l’autre, à savoir Poutine.

Si Poutine, Erdogan et Aliev se valent en matière de violation du droit international, la petite Arménie ne bénéficiera pas de la colère que peut susciter ce dernier pour la bonne raison que les Européens ont besoin de se chauffer et de faire marcher leurs turbines. Qu’il y ait du sang arménien dans le gaz azéri et dans l’histoire de la Turquie ne suscite que des paroles indignées, mais des paroles de théâtre.

Dans le fond, la morale de l’histoire est que la morale est une putain qu’on pousse à se faire violer dans les lits les plus vils et que le pays arménien, tout démocratique qu’il soit, se résume au rôle du pantin dont les ogres et les Orques tirent les ficelles.

Pauvres Arméniens ! Dindons de la farce ici et dindons de la force là !

Denis Donikian

23 avril 2022

Dialogue de sourds (11)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 5:00

rhume nature gens main

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– On a violé la Joconde !

-Et de qui sera l’enfant ? D’un Tchéchène je parie !

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LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

22 avril 2022

Dialogue de sourds (10)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 3:25

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  • – Dans le fond, tous les pays se résument aux mêmes divisions.

  • – Les partisans du crayon contre les partisans de la gomme.

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LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

21 avril 2022

Dialogue de sourds (10)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 8:37

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  • – Tiens un appel de Jean ! Mais comment est-ce possible ? Allo !

  • – Sabine ! Qui m’a mis dans ce cercueil ? Vous m’avez enterré ? Tire-moi de là ! J’étouffe Sabine ! J’étouffe !

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LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

20 avril 2022

Dialogues de sourds (9)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 5:19

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– Haut les mains ! Baisse ta culotte !

– ….

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LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

J’ai mal ! Je veux mourir ! ( 23 et dernière)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 5:09

lits d hopital blancs

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23

Roubo : Alors, voisin, vous avez vu des alléluias, on dirait ? Les saints vous auront tiré des extases.

Dotzi : Pour ça, deux suffisent.

Roubo : Comment deux ? Je pensais que vous auriez baigné dans une mer de saints, une partouze de sanctus…

Dotzi : Eh quoi ? L’infirmière n’avait pas un poitrail débordé pour en contenir tant ! Mais juste ce qu’il faut, et où il faut.

Roubo : Ah ça ! Vous revenez de la grande ténébreuse et vous n’avez d’autre envie que de vous farcir les yeux, faute de vous remplir les paumes !

Dotzi : J’y suis rentré tous feux éteints et me voilà avec une forte envie de me dessaler.

Roubo : De vous dessouler, vous voulez dire ?

Dotzi : Quitter un désert, ça donne soif.

Roubo : Vous ne l’avez donc pas eu, le privilège de …

Dotzi : Pas eu, quoi !

Roubo : Le privilège de baigner dans l’amour…

Dotzi : Me souviens de rien…

Roubo : On revient donc à la case départ.

Dotzi : « J’ai mal ! Je veux mourir » ?

Roubo : Mais vous n’avez plus mal ! Et vous ne voulez pas mourir !

Dotzi : Ah ça non ! Plutôt crever !

Roubo : On vous a mis dehors et on vous a fait revenir sans encombre… On n’arrête pas le progrès.

Dotzi : C’est reparti pour un tour.

Roubo : Après la nuit, l’ennui…

Dotzi : Que vais-je faire de cette vie qui m’a été rendue ?

Roubo : Vous verrez bien. Vous avez toute la vie devant vous…

Dotzi : Toute la vie ? Comme vous y allez !

Roubo : Enfin, vous ferez ce que vous pourrez. Biner vos patates, par exemple.

Dotzi : C’est bien là le problème. C’est que je peux de moins en moins…

Roubo : Si au moins vous aviez vu l’amour dans votre nuit ! Mais non. Monsieur se balade dans l’au-delà et en revient comme il était avant. Ce n’est pas ce que disent les illuminés…

Dotzi : Je suis maudit alors ? Dieu n’a pas voulu de moi vu que je n’ai pas vu l’invisible.

Roubo : Dieu est mort pour vous.

Dotzi : Je n’ai pas dit ça.

Roubo : Mais si vous aimez tant tâter les seins, il faut dire que ça fait obstacle.

Dotzi : Le miracle n’est pas pour demain.

Roubo : Il y a du chemin à faire encore. Et nous avons toute la vie devant nous.

Dotzi : Qui sait jusqu’à quand la vie voudra encore de nous ?

Roubo : Qui sait ?

Dotzi : Qui sait si elle ne nous donnera pas encore la chance de mourir pour voir l’aube ?

Roubo : Qui sait ?

Dotzi : Mais que faut-il faire pour ça ?

Roubo : Mourir à la mort et sourire à l’amour…

Dotzi : Qui sait ?

Roubo : Et ne plus crier «  J’ai mal ! Je veux mourir ! »

Dotzi : Je sens pourtant que ça revient…

Roubo : Qu’est-ce qui revient ?

Dotzi : L’envie de…

Roubo : Infirmière ! Infirmière !

 

 

FIN

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LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19 avril 2022

LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:45

LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

Voir à droite, rubrique pages.

 

20220419_164854

 

Parmi les livres rares, ce dictionnaire de poche arménien, daté de 1865, et imprimé à Venise.

 

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18 avril 2022

Dialogue de sourds (8)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 4:42

rhume nature gens main

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  • – Avez-vous bien mangé dans ce restaurant ?

  • – Les toilettes étaient très propres.

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LIVRES à VENDRE sur l’ARMENIE et les ARMENIENS

J’ai mal ! Je veux mourir ! (22)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 4:36

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22

(L’infirmière est revenue)

Roubo : Vous l’avez ?

L’infirmière : Avec cette pique, il devrait décoller comme un boeing.

Roubo : Allez-y ! Dans le gras de la fesse !

L’infirmière : Ne me troublez pas, sinon je pars en vrille.

Roubo : Estocade ! Et d’un coup sec ! Ne le pointez pas en douceur ! Faites ça avec foi et détermination. C’est un mort qu’on doit remettre debout.

L’infirmière : Pour l’instant, il est bien couché !

Roubo : Eh bien découchez-le, que diable ! Mettez-le au garde-à-vous !

L’infirmière : Je pique.

(L’infirmière pique. Quelques secondes passent)

Roubo : Alors ?

L’infirmière : Rien ! Ah si ! Il trépigne… Il s’ébroue… Et maintenant voilà qu’il se retourne. Il se frotte les yeux…

Roubo : Penchez-vous sur lui ! Bien bas. Le panorama de vos seins devrait lui assurer un atterrissage en douceur.

L’infirmière : Alors Monsieur Dotzi ! On se remet ? (à Roubo) Il fait le bébé qui vient au monde. Il semble contrarié. Maintenant il ouvre les yeux…

Roubo : On l’aurait arraché à son paradis on dirait.

L’infirmière : Quel jour sommes-nous, Monsieur Dotzi ? Un vendredi ? Un samedi ?

Dotzi : (Il murmure) C’est ça, un paradis…

Roubo : Attendez au moins que sa parole remonte à la surface !

L’infirmière : Qu’avez-vous eu au menu hier ?

Roubo : Mais vous délirez ! Laissez-le tranquille à la fin !

L’infirmière : Êtes-vous marié, monsieur Dotzi ? Comment se prénomme votre femme ?

Dotzi : Paradis…

Roubo : Qu’est-ce que vous lui chantez-là ?

L’infirmière : C’est pour tester sa mémoire. A l’école on nous apprend comment pousser le patient à se réapproprier son histoire. Il parle de paradis…

Roubo : Tout viendra à son heure. Inutile de le bousculer.

L’infirmière : Peut-être ! Mais il faut bien qu’il se remette en selle.

Roubo : Dites-lui de pousser dans ce cas, puisqu’il faut qu’il s’enfante.

L’infirmière : Avec lui, je pêche en eaux troubles pour l’instant. Il n’a que le mot paradis à la bouche.

Roubo : C’est un bon début. Un paradis vaut mieux que deux enfers…

L’infirmière : Monsieur Dotzi ! Monsieur Dotzi ! Quel jour sommes-nous ?

Roubo : Je l’ignore moi-même, avec tous ces brouillards qu’on a mis dans ma tête.

L’infirmière (à Roubo) : Alors, vous aussi ? Il va falloir qu’on vous repêche ?

Roubo : Qui sait ? Parfois j’ai des absences. Je me demande qui je suis.

Dotzi : ( Il crie) Des seins ! Des seins ! Mon Dieu ! Des seins !

Roubo : Tiens ! C’est le paradis qui lui revient, on dirait ! Vous voyez ! Vos années d’école sont bien moins efficaces que vos charmes !

L’infirmière : Qu’est-ce qui vous arrive, Monsieur Dotzi ? Vous parlez de paradis, de saints, de Dieu… Je n’ai jamais entendu ce genre de bouillabaisse de la part d’un malade. Il faut que j’en avise le médecin.

Dotzi : Seins ! Seins !

(L’infirmière s’en va)

17 avril 2022

Dialogue de sourds (7)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 4:48

rhume nature gens main

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  • – Comment faire durer une romance ?

  • – Éviter le bruit de la chasse-d’eau.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (21)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 4:45

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21

Roubo : Monsieur Dotzi ! Monsieur Dotzi ! C’est l’heure du repas.

(Bas, se parlant à lui-même) Des fois qu’un nom de plat lui remettrait le cerveau en marche !

(Haut, s’adressant à lui) Au menu aujourd’hui : salade de lentilles, courgettes à l’eau sans sel, saucisses de volaille. Yaourt et banane en dessert…

Banane, Monsieur Dotzi ! Banane !

( Il tend l’oreille du côté de son voisin)

Vous n’aimez pas la banane, Monsieur Dotzi ? Une bonne banane bien mûre…

(Bas) C’est à désespérer s’il n’aime pas les bananes.

(Il tend encore l’oreille) Aucun chuchotement. Aucun sifflement. Aucun souffle…

( Bas) Et s’il était fini ? Et si tout était plié ?

Comme c’est curieux !

Partir, sans retour possible… Or, voilà trop longtemps qu’il dort. C’est donc qu’il est bien parti et qu’il ne reviendra pas, allez ! Lui qui voulait tant mourir parce qu’il avait mal, le voilà servi !

Et maintenant avec qui vas-tu causer, Roubo ? Avec toi-même ?

Ah, c’est malin ! Vraiment, c’est malin, Monsieur Dotzi, d’abandonner son monde comme vous faites !

16 avril 2022

Dialogue de sourds (6)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 8:49

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*

  • – Mon cœur balance entre le jambon beurre, le steak frites, le hamburger, la dinde de Noël, le cochon de lait. Et toi ?

  • – L’Agneau Pascal…

J’ai mal ! Je veux mourir ! (20)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 8:46

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20

(L’infirmière revient pour surveiller Dotzi)

Roubo : Il dort, vous croyez ?

L’infirmière : On dirait.

Roubo : Quoi, on dirait ? Soit il dort ! Soit il ne dort pas ! En ce cas il est mort. Vérifiez ! Qui sait ?

L’infirmière : Mais comment ? Il est couché sur le ventre, face contre l’oreiller.

Roubo : Comment fait-il pour respirer alors ? Par le cul ?

L’infirmière : Il faudrait le retourner.

Roubo : Et si c’était trop tard ?

L’infirmière : En tout cas, il est inerte.

Roubo : Vous n’auriez pas forcé la dose, vous ?

L’infirmière : En général, ça passe. Sinon, ça trépasse…

Roubo : Le zéro ou l’infini, en somme…

L’infirmière : C’est bien là le problème.

Roubo : Secouez-le pour voir !

L’infirmière : (secouant Dotzi, légèrement) Monsieur Dotzi ! Monsieur Dotzi !

Roubo : Alors ?

L’infirmière : Rien. Toujours inerte.

Roubo : C’est embêtant. Appelez le SAMU !

L’infirmière : Mais c’est un hôpital ici ! On a tout ce qu’il faut pour le ranimer !

Roubo : Piquez-lui le cul ! C’est radical.

L’infirmière : Avec quoi ? Je ne porte aucune broche.

Roubo : Comment ça ? Vous n’avez pas d’aiguilles ? Mais vous êtes un hôpital, que je sache !

L’infirmière : Mais pas pour le cul.

Roubo : Quelle importance. C’est une question de vie ou de mort.

L’infirmière : Je vais en chercher une !

Roubo : C’est ça ! Courez !

15 avril 2022

Dialogue de sourds. (5)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 3:25

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  • *
  • – (Au restaurant) Pouvez-vous m’indiquer les toilettes, s’il vous plaît ?

  • – Au fond de l’allée, puis à droite, direction l’Océan.

J’ai mal ! J veux mourir ! (19)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 3:21

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19

Roubo : Hé ! Voisin ! Hello ! Monsieur Dotzi ! Vous êtes là ?

(Silence)

Dors, vieux soldat de la vie ! On dit que dormir, c’est comme une petite mort.

C’est ce qu’on dit pour oublier la grande.

Celle qui arrive toujours. Et qui nous finira.

Ô mort ! Ceux qui vont mourir ne te saluent pas.

Puisqu’à ce jeu, nous sommes tous appelés et nous sommes tous choisis.

Il n’y a pas à tortiller.

L’homme naît dans un entonnoir où il tourne en descendant d’un cran chaque année.

C’est inexorable. Le trou noir l’attend et le goulot d’étranglement l’avalera.

Et toi, voisin Dotzi, tu t’es cru déjà avalé, une fois ou deux dans ta vie.
Et même qu’aujourd’hui tu t’es vu précipiter dans cette bouche.

Mais non. Tu n’y étais pas encore. La mort se fout de nous.

Elle joue ! Elle joue ! Et puis un jour elle nous met en joue !

Et feu ! Boum ! Boum !

Mais cette fois, c’est dans ta douleur que tu tournais.

Pas dans l’entonnoir.

Une fois ou deux dans sa vie, on sent bien que la gueuse vous agrippe.

Tout le monde sent ça, l’abîme…

Alors, fais dodo, voisin Dotzi ! Tant que tu peux ! Ce sera déjà ça de pris.

Avant que ton réveil te remette en selle.

Se réveiller ! Ah le bonheur de revoir le jour !

De se retrouver dans le grand merdier de la vie…

Peu importe que ce monde soit notre mal ! Peu importe si c’est lui qui nous porte…

Ici tu te réveilles dans les yeux d’une femme.

Comme une mère qui se penche sur son enfant…

Comme le premier visage de ta nouvelle vie.

Comme tu dors ! Comme tu dors !

Eh bien dors autant que tu voudras, dors ! Autant qu’il sera nécessaire !

C’est comme ça que ton corps reprendra le dessus !

Comme ça que l’encre noir de tes nuages se diluera dans le vaste ciel !

Là où vit la paix !

Et que tu n’aies plus à la supplier, ta mort !

Que tu n’aies plus à dire : J’ai mal ! Je veux mourir !

Car ta mort ne viendra à toi que si elle veut.

14 avril 2022

Dialogue de sourds (4)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 2:45

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*

  • – Quelles autres rimes en –ine connais-tu, à part Lénine, Staline et Poutine ?

  • – Bouddha…

J’ai mal ! Je veux mourir ! (18)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 2:42

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*

18

(Gémissements)

Roubo : Que vous arrive-t-il ? Vous gémissez gravement, on dirait ?

Dotzi : (soufflant et gémissant) Je suis cassé !

Roubo : Allons ! Allons ! Ce n’est pas dans cet hôpital que vous casserez votre pipe !

Dotzi : Puisque je vous le dis …

Roubo : Pour quelqu’un qui voulait mourir ! Vous auriez tort de vous plaindre !

Dotzi : Je vois le monde tomber ! (Il veut crier mais y arrive à peine) J’ai mal ! Je veux mourir !

Roubo : (Il crie) Help ! Hello ! Hou ! Hou ! Infirmière ! Please ! Mon voisin se meurt ! ( Plus bas) J’ai beau presser le bouton d’alerte, c’est comme si je pissais dans un violon ! Ah ! La gueuse ! Ah vous voilà ! (l’infirmière arrive ) Mon voisin se sent mal. Même que l’envie d’en finir le démange.

L’infirmière : Que vous arrive-t-il, monsieur Dotzi ?

Dotzi (souffle et se met au bort du lit. Il respire avec difficulté).

L’infirmière : Restez couché ! Où avez-vous mal, Monsieur Dotzi ?

Dotzi : (Il reste assis au bord du lit et halète) J’en peux plus ! J’en peux plus !

L’infirmière : J’appelle le docteur. Tenez bon !

(Dotzi se tord sur son lit. Il n’arrive plus à respirer.)

Roubo : Tenez bon la vessie jusqu’à l’arrivée du messie.

(Dotzi respire avec difficulté, son souffle émet des râles.)

Roubo : Ça panique du côté des blouses blanches. Soit on vous mène en bateau soit on vous sort de votre galère !

Dotzi : Fin de partie. Mon corps lâche…

Roubo : Mais non voyons !

(Arrivent le docteur et l’infirmière)

Le docteur : Où avez-vous mal, Monsieur Dotzi ?

Dotzi : J’ai mal là où ça veut mourir…

(Le docteur l’examine et prend son pouls)

Le docteur à l’infirmière : Donnez-lui la dose maximum, en intra-veineuse. En espérant qu’il s’en remette.

( L’infirmière le pique tandis que Dotzi gémit toujours)

L’infirmière : Détendez-vous ! Ça va vous calmer !

( L’infirmière et le docteur restent un moment, tandis que Dotzi s’endort. Puis ils s’éloignent.)

 

13 avril 2022

Dialogue de sourds (3)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 3:13

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  • – Quelle différence entre Poutine et Erdogan ?

  • – Avec l’invasion de l’Ukraine, la Russie a été rejetée par l’Europe.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (17)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 3:11

 

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*

17

Dotzi : J’ai mal ! Je veux mourir !

Roubo : Voilà que ça recommence !

Dotzi : Mon calibristi me les brise avec cette sonde en tire-bouchon.

Roubo : Situation inhabituelle mais qui passera, allez ! Il faut vous y faire.

Dotzi : L’enfer, oui ! C’est l’enfer ! Je voudrais vous y voir, vous !

Roubo : Comme votre ouistiti n’est plus libre de ses mouvements, il panique.

Dotzi : Il ne sait plus où se mettre.

Roubo : Même qu’il doit se demander s’il va pouvoir s’y mettre un jour.

Dotzi : Vivement qu’on lui sorte ce machin qui le tourne en bourrique.

Roubo : De toute manière, avec ou sans, ça changerait quoi ? C’est bien vous qui m’aviez dit que votre canne ne péchait plus ?

Dotzi : Oui, mais quand même ! On ne sait jamais. L’appétit, l’occasion et je pense quelque diable aussi me poussant… Enfin vous me comprenez ?

Roubo : J’essaie ! J’essaie !

Dotzi : Or, avec cette entrave plus aucun espoir n’est permis.

Roubo : N’espérez rien de votre corps ! Il fonctionne à sa guise. Vous avez beau désirer le dur, si votre corps ne veut rien entendre, mou il est, mou il restera. Tout ça est à mourir de rire d’ailleurs.

Dotzi : Et quand je ne voudrai plus mourir, c’est lui qui le voudra.

Roubo : Nous mourons tous contre notre volonté. Nous sommes les dindons de la farce.

Dotzi : Les dindons de Dieu, plutôt ! Puisque tout vient de lui.

Roubo : Tout vient de lui et tout retourne à lui.

Dotzi : C’est la fin des feux d’artifice.

Roubo : Rien ne monte. Tout tombe…

12 avril 2022

Dialogue de sourds (2)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 4:40

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  • Mais vous tirez sur les civils !

  • C’est pour remonter le moral de nos soldats.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (16)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 4:37

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16

Roubo : Blouse bombée à bâbord ! Seins pointés contre nous !

L’infirmière : Eh bien, Monsieur Dotzi ! Est-ce que vous savourez le bonheur d’une vessie libérée ?

Dotzi : N’en croyez rien ! C’est un soulagement par dépendance. Le feu couve et au moindre faux pas, ma mèche se prend l’incendie.

L’infirmière : Pour vidanger votre vessie, nous n’avions pas d’autre voie que de brancher l’urètre à un sac d’évacuation.

Roubo : A Haïku, mademoiselle ! C’est le nom du petit toutou qui tient en laisse le ouistiti de monsieur.

L’infirmière : C’est inhabituel pour vous d’être suspendu à une blague urinaire, mais c’est le prix à payer.

Dotzi : J’ai du mal à m’y faire, vous savez !

Roubo : Puisqu’il souhaite un somnifère, faites comme il dit ! Plus il dormira, moins son aumônière va lui peser.

L’infirmière : Voulez-vous un dormitif, monsieur Dotzi ?

Dotzi : Mais non ! Je n’ai pas le goût à dormir ! (Bas) Ne l’écoutez pas, il répand son fiel pour me titiller.

L’infirmière (se rend près de Roubo) : Monsieur Roubo, vous êtes prié de ne pas intervenir quand je suis avec un patient !

Roubo : Holà ! Le comprimé monte en effervescence on dirait ! Monsieur a mal et je proposais une sortie honorable par l’endormissement, c’est tout !

L’infirmière : Que vous jouiez au bon Samaritain, passe ! Mais je suis là pour ça !

Roubo : J’en conviens. Tout homme qui a mal réclame sa mère. C’est bien connu. Pourquoi d’après vous ? Mais pour la téter. C’est apaisant la tétée…

L’infirmière : Que je sache, je ne suis pas mère nourricière, mais infirmière.

Roubo : Mais toutes les femmes sont les mères en puissance de ces petits garçons que sont les hommes.

L’infirmière : Si je devais donner la tétée à tous les patients qui ont mal ! Vous imaginez la queue ?

Dotzi : Oh oui, j’imagine ! Et comment !

Roubo : Eh bien moi je dis qu’il faudrait des infirmières dont la pratique thérapeutique commencerait par la tétée.

L’infirmière : C’est ça ! Seulement de la thérapeutique à l’érotique, il n’y a qu’un pas. L’hôpital n’est ni une nurserie ni un bordel !

Roubo : Il suffirait de codifier.

L’infirmière : Permettez que j’offre mes seins aux bouches que je veux.

Roubo : A bouche que veux-tu, vous voulez dire ?

L’infirmière : C’en est trop ! Vous vivez dans un monde dépravé qui n’est pas le nôtre.

Roubo : Et pourtant, c’est bien d’amour que le monde a besoin, non ? Celui dont nous rêvons tous. L’amour comme la seule voie pour notre humanité.

L’infirmière : Désolée, mais ce monde n’est pas pour moi.

Roubo : Vous y êtes déjà pourtant, dans ce monde. Que faites-vous sinon de donner des soins à ceux qui en réclament ? Et qu’est-ce que donner des soins sinon donner de l’amour ?

L’infirmière : Des soins oui, mais mes seins, je me les garde. Sinon je les réserve à qui je désire les donner.
Roubo : Les prêter, je précise. Car après coup, vous les remballez et vous les remportez avec vous. Ils vous tiennent au corps, vos seins.

L’infirmière : Je les loue en quelque sorte.

Roubo : En contrepartie d’un bien équivalent, vous voulez dire ? Donc vous en faites une monnaie d’échange. Ce n’est pas de l’amour. Mais du commerce. Croyez-moi, donner la tétée à un malade serait pour lui un don du ciel.

Dotzi : Je n’ai rien demandé à personne.

Roubo : Comment ça ? Il y a peu, vous aviez si mal que vous vouliez mourir. Et c’est bien vous qui réclamiez une infirmière nature, plutôt qu’une infirmière diplômée.

Dotzi : C’étaient des mots pour parler, rien de plus.

L’infirmière : Maintenant, ça suffit ! Sinon je vous pique au sédatif tous les deux.

Dotzi : Une aiguille plutôt qu’un mamelon, en voilà une menace qui pique au vif.

L’infirmière : Vous l’aurez mérité.

(L’infirmière quitte les deux patients)

Dotzi : On l’a échappé belle. Mais qu’est-ce que vous aviez à lui tortiller les seins ?

Roubo : Je voulais m’assurer dans quelle catégorie elle se plaçait : infirmière diplômée ou infirmière nature.

Dotzi : Quand une infirmière fait parler son diplôme plutôt que son humanité, c’est foutu.

Roubo : Humanité, dites-vous ? Que non ! C’est sa féminité qui nous rend la vie douce ! Sa féminité ! Et même sa maternité pour être plus précis !

Dotzi : Vous voyez ça ! Dans un monde idéal, on pourrait se faire soigner dans un hôpital maternel.

Roubo : Pour des gens fortunés, je ne dis pas… Mais si c’était remboursé par la sécurité sociale, il y aurait foule.

Dotzi : Surtout trop d’hommes.

Roubo : Des femmes aussi pourquoi pas ?

Dotzi : Pourquoi pas ?

Roubo : Nous avons tous tété notre mère, hommes ou femmes. Non ?

Dotzi : Tous…

Roubo : Alors !

Dotzi : Alors, ce serait le bordel.

Roubo : Il faudrait codifier.

Dotzi : On a beau dire, je ne m’y fais pas.

Roubo : Qui sait ?

11 avril 2022

Dialogue de sourds (1)

Filed under: DIALOGUE de SOURDS — denisdonikian @ 5:08

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  • Tu oses comparer une femme et un homme nus à une voiture !

  • Dieu a mis devant le moteur de la vie et derrière le pot d’échappement…

J’ai mal ! Je veux mourir ! (15)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 5:03

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*

15

Roubo : Vous voilà bien silencieux. L’envie de mourir qui vous revient, je parie ?

Dotzi : Je pensais à mon cul.

Roubo : A Haïku, votre chien de compagnie ? Vous ne commenceriez pas à l’aimer, vous, ce petit sac à pisse ?

Dotzi : Mon cul ! (fort, en signe de dénégation)

Roubo : Eh bien quoi, votre cul ?

Dotzi : Lui aussi est une voie d’évacuation, n’est-ce pas ?

Roubo : Comme le ouistiti vous voulez dire ?

Dotzi : Mais dans un hôpital, on s’autorise tout. Le bon sens peut être pris à contre sens, au besoin, non ?

Roubo : Comme dans tout hôpital. On y pratique le dérèglement des sens. Un concentré de poésie, si l’on peut dire. Un monde où l’on ose tout inverser pour rediriger vers la vie ceux qui courent à la mort.

Dotzi : Le cul fait naturellement du sortant, mais l’homme en fait du rentrant. Le cul, c’est culturel.

Roubo : Je ne vous suis pas. Vous me fourrez dans un trou noir, vous !

Dotzi : (Bas) Tout doux ! Là, nous abordons les monstruosités du plaisir. Pas d’ice cream en vue ?

Roubo : Pas de blouse à l’horizon. Vous pouvez lâcher vos chienneries à loisir.

Dotzi : Eh bien, j’ai connu l’enfoncement.

Roubo : Quoi ? Vous seriez… Et vous étiez parties prenantes ?

Dotzi : Ah ! Je vous vois venir avec vos salacités ! Mais non, voyons ! Je veux parler de sonde.

Roubo : Un petit thermomètre dans le rectum, comme on faisait jadis ? Rien de très méchant.

Dotzi : Du tout.

Roubo : Quoi alors ?

Dotzi : Un lavage du colon par le rectum.

Roubo : A l’aide d’un clystère, comme au temps de Louis XIV ?

Dotzi : Si je devais comparer… Aujourd’hui je peux l’affirmer : par le cul, ça coule, mais par le calibristi, ça brise.

Roubo : Forcément. Mais c’est une histoire de calibre.

Dotzi : C’est toute la différence entre régalade et capilotade…

Roubo : La nature n’a fait ces orifices que pour bien fonctionner. Mais l’homme cherche à y ponctionner des délices.

Dotzi : Des enfers de délices, je dirais.

Roubo : Quand le délice se fait supplice, c’est là que le délire fait rage.

Dotzi : Tenez-vous bien : une fois, vint aux urgences un patient qui se plaignait d’une grosseur dans le rectum. Le médecin l’examine et que voit-il ?

Roubo : Que voit-il ?

Dotzi : Des neiges dans un paysage de montagne.

Roubo : Comment ça, des neiges ? Il neigeait dans son trou noir ?

Dotzi : J’ai bien dit des neiges. L’imbécile s’était enfilé dans le fion une boule de verre.

Roubo : J’imagine que même avec un miroir, il a eu du mal à la voir tomber, la neige !

Dotzi : Pire. Il n’arrivait plus à déloger sa boule. Elle devait s’y trouver bien.

Roubo : Une constipation de glace en quelque sorte.

Dotzi : Le médecin en était tout retourné.

Roubo : Alors ?

Dotzi : Alors, quoi ? Il a forcé la boule toute une heure pour qu’elle se rende. C’est qu’il n’avait pas la technique. En guise de reconnaissance, son patient lui a laissé l’objet du délire.

Roubo : C’était le moins qu’il pouvait faire.

Dotzi : À la longue, le dit médecin s’était fait une spécialité d’extracteur.

Roubo : Mais un ouistiti bien dur, c’eût été plus à la mode. Et puis, quand les jeux sont faits, ça se retire un ouistiti.

Dotzi : Mais ce n’est guère exotique.

Roubo : Et je suppose qu’il exposait ses trophées dans son cabinet…

Dotzi : C’est lui qui m’a appris l’histoire de la boule de neige.

Roubo : On n’imagine pas dans quel tréfonds l’homme va fourrer son nez…

Dotzi : On n’imagine pas. C’est vrai. On n’imagine pas.

10 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce. (20)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 4:27

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Hieronymus Franken. Les gras et les maigres (1678)

*

La prospérité vous fait manger quand vous n’avez pas faim et boire quand vous n’avez pas soif.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (14)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 4:23

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*

14

Roubo : Alors voisin, ça passe ou ça trépasse ?

Dotzi : Ça pisse. J’éprouve un léger apaisement.

Roubo : Un abaissement dans le bas-ventre ?

Dotzi : Mon ballon se dégonfle on dirait.

Roubo : vous bêlez comme un agneau qui rentre à la bergerie. L’idée de mourir vous serait-elle passée ?

Dotzi : De rire ? On peut en rire en effet. Ma brûlure ne me pousse plus à bramer aux abois, on dirait. ( Il lance un cri de douleur) Ah !

Roubo : Quoi ah !

Dotzi : La sonde me tire…

Roubo : Quel martyre ! Je ne comprends pas.

Dotzi : La sonde me tire l’urine, mais elle tire aussi sur le calibristi.

Roubo : Elle va vous le rallonger, vous verrez…

Dotzi : J’ai mal !

Roubo : Et ça vous pousse à vouloir mourir ?

Dotzi : Je n’irais pas jusque-là

Roubo : J’ai donc bien raison. Le désir de mort s’est éloigné. Alleluïa ! Une fois de plus, le presque mort est revenu chez les vivants.

Dotzi : J’ai tant de fois été dans la mort et tout autant surpris de m’en remettre ? Je le reconnais…

Roubo : Reconnaissez ! Reconnaissez ! Reconnaître, c’est un peu renaître… D’ailleurs, on ne l’entend plus la dolente qui était au supplice et qui suppliait qu’on la tue. Elle aussi a dit adieu aux larmes.

Dotzi : A trop vouloir mourir à la longue on se lasse.

Roubo : La salle de réveil est en sommeil on dirait.

Dotzi : C’est la fin d’une époque.

Roubo : Quelle époque !

Dotzi : Pour moi, j’en ai gardé cette poche accrochée à mon calibristi.

Roubo : Au lieu d’un boulet, prenez-la pour votre chienne ! Comme une amie fidèle que vous sortiriez pour son pipi.

Dotzi : En attendant, c’est elle qui me tient en laisse et c’est moi qu’elle traîne pour mes soulagements urinaires.

Roubo : On n’est jamais si bien servi que par les chiens, allez !

Dotzi : Les miens ? Quand ils ne me pèsent pas, ils passent…

Roubo : Donnez-lui un nom de toutou à votre poche, au lieu d’en faire un ennemi.

Dotzi : Un nom à cette poche ?

Roubo : Disons que ce n’est pas une poche ! Que c’est votre chienne !

Dotzi : Un monde à l’envers en somme. Où une poche en plastique peut devenir une chienne… Vous me demandez là de voyager en un monde où tout serait renversé.

Roubo : Un monde renversant de poésie, en fait.

Dotzi : Mais c’est son esprit qu’il faut d’abord convertir !

Roubo : Alors ? Vous avez l’embarras du choix.

Dotzi : Un nom comme ça me vient ?

Roubo : Un nom qui vous rapproche de votre poche.

Dotzi : C’est beaucoup me demander. Donner à une poche d’urine les attributs d’un animal…

Roubo : Un patient dans un asile prenait bien sa brosse à dent pour Napoléon. Pourquoi pas vous avec votre poche ?

Dotzi : Me prenez-vous pour un dérangé, monsieur ?

Roubo : J’essaie seulement d’alléger la dureté de votre situation. Que votre poche ne soit pas un boulet et vous un bagnard enchainé à son châtiment. C’est tout !

Dotzi : Appelons-le… Calibristo ! C’est bien Calibristo !

Roubo : Trop long ! Les poches d’urine préfèrent des noms à deux syllabes au maximum.

Dotzi : Cali ? Ou Bristo ? Ou même Libris ?

Roubo : Tous ces noms ne font pas noms de chien.

Dotzi : Et si on lui donnait le prénom de l’infirmière. Histoire d’une petite vengeance !

Roubo : Trop risqué.

Dotzi : Du médecin alors ?

Roubo : Cela pourrait incommoder l’infirmière, vu qu’elle le respecte sûrement. Non. Un vrai nom de chien.

Dotzi : Haïku ! C’est japonais et c’est poétique.

Roubo : Ah je vois ! Vous pourriez même lui offrir de courts poèmes à votre poche d’urine.

Dotzi : N’exagérons pas. Mais à prononcer le mot haïku me ferait voir le Mont Fuji.

Roubo : Je cautionne.

Dotzi : Va pour Haïku ! (Cri de douleur) Ah !

9 avril 2022

Mensonge authentique

Filed under: DESSINS — denisdonikian @ 12:56

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Diététique de la force. Diététique de la farce. (19)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 1:29

hieronymus

Hieronymus Franken. Les gras et les maigres (1678)

*

Tout se paye en cholestérol.

J’ai mal ! Je veux mourir !(13)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 1:23

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*

13

L’infirmière : Prêt pour le martyre, monsieur Dotzi ?

Dotzi : Partir ? Mais où ça ? Je ne décolle pas de mes embarras au bas-ventre. Et ça me plombe de mal en pis.

Roubo : Il veut dire de mal en pisse, en fait.

L’infirmière : Rien de très méchant, vous verrez. Juste un mauvais moment à pisser. A passer, excusez-moi.

(Elle met en place un paravent. De la sorte, la scène restera cachée)

Dotzi : Vous préférez m’enfoncer à huis clos, je vois ?

L’infirmière : C’est la procédure. Il faut préserver l’intimité du patient et la sérénité de l’opération.

Roubo : Voilà le martyr et la lionne face à face dans l’arène. Que les jeux commencent !

L’infirmière : Merci de me laisser travailler, Monsieur Roubo.

Roubo : Mais faites ! Transpercez-lui le sapristi !

Dotzi : Calibristi, que diable ! Calibristi !

Roubo : Je ne m’y ferai jamais à ce mot qui saute comme un cabri…

L’infirmière : Pouvez-vous baisser votre pantalon pour dégager…

Roubo : Sortez le ouistiti de sa cage ! Le petit ouistiti de monsieur !

Dotzi : Tout doux, voisin ! (Bas à l’infirmière) Vous auriez dû lui sucrer son café au somnifère avant de passer à l’acte. Il va nous mettre à cran.

L’infirmière : Je le tiens ! Je ne vous fais pas trop mal ?

Roubo : Serrez ! Serrez-le à la gorge ! Et qu’il l’ouvre, sa grande gueule !

Dotzi : Ah vous ! Fermez-la qu’on puisse faire les choses en paix.

Roubo : Faire les choses ? Quelles choses ? Faut le décalotter d’abord, mademoiselle ! Lui avez-vous décalotté la tête au ouistiti ?

L’infirmière : Maintenant j’introduis la sonde dans votre urètre.

Roubo : Introduisez ! Introduisez franchement ! Ne baissez pas la garde surtout !

Dotzi : Ah ! Oh ! (Cri de douleur). Tout doux ! Tout doux ! Ça me brûle …

L’infirmière : J’y vais doucement.

Roubo : Faites jouir, le ouistiti ! Faites-le jouir !

Dotzi : J’ai mal ! Je veux mourir !

L’infirmière : Soufflez, monsieur Dotzi ! Soufflez quand je pousse !

(Dotzi crache de l’air)

Roubo : Pompez ! Soufflez ! Pompez ! Soufflez !

L’infirmière : Je devrais être dans la vessie maintenant.

Dotzi : J’ai mal !

Roubo : Il veut mourir !

L’infirmière : L’urine devrait remonter et remplir la poche.

Dotzi : J’ai mal !

Roubo : Il veut mourir !

L’infirmière : Maintenant que tout est en place, je vais vous scotcher tout ça.

Dotzi : Vous voulez dire que je vais devoir le trainer comme un chien au bout d’une laisse ?

Roubo : Comme un boulet de bagnard !

Dotzi : Quel poulet de bagnard !

Roubo : Un boulet ! Les patients sont des bagnards qu’on charge de médicaments, vous savez bien ?

L’infirmière : Il faudra le garder un certain temps … (Elle enlève le paravent) Restez au calme ! L’urine va remonter dans la poche.

Dotzi : Dieu vous entende !

Roubo : Dieu n’a rien à voir avec l’urine, que je sache !

Dotzi : Mais on peut le prier !

Roubo : Si ça vous chante…

Dotzi : C’est tout ce qui me reste après vos moqueries…

(Silence)

8 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce (18)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 3:59

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*

Hieronymus Franken. Les gras et les maigres (1678)

*

Aucun vin ne ressemble à un autre comme aucune femme à une autre femme.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (12)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 3:53

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*

12

Dotzi : On ne vous oblige à rien !

Roubo : Il a quand même dit : nous éviterons le pire !

Dotzi : Le pire ? Mais je barbote dans le pire ! Je ne le pisse plus le pire !

Roubo : Vous barbotez dans le pire mais vous gigotez dans votre lit ? Rien n’est donc perdu.

Dotzi : J’ai mal !

Roubo : Allez-y, dites-le ! Je veux mourir !

Dotzi : Pas encore… Mais je sens comme un frémissement de tsunami. Cette crue me met à cran.

Roubo : Navire en perdition flotte et ne sombre pas !

Dotzi : En perdition dans une mer d’urine, oui !

Roubo : Se plaindre ! Toujours se plaindre ! Ça fait mauviette se plaindre ! Méfiez-vous : plus on se plaint, plus on se plie… Et plus on se plie, plus on se rouille…

Dotzi : Je suis à fleur d’implosion… Je vous le dis.

Roubo : Allons donc ! L’infirmière va vous déborder tout cet empêchement, vous verrez ! Un peu de bravitude, que diable !

Dotzi : Vous avez des mots, vous, mais vous n’avez pas le mal ! Celui qui vous pousse à vouloir y mettre fin.

Roubo : J’ai mal. Donc je veux mourir ? Trop simple. Le corps a tout ce qu’il faut pour rejeter cette turpitude.

Dotzi : Tout corps plongé dans le mal subit, de la part de celui-ci, une poussée exercée du haut vers le bas et égale en intensité au volume du mal exercé.

Roubo : Ah quand même ! Vous avez mal mais vous cogitez du chef !

Dotzi : Une voiture aussi a tout ce qu’il faut pour rouler. Sauf l’essence.

Roubo : Vous voulez dire que tout corps constitué a besoin de carburant ?

Dotzi : Sans oxygène, les organes se défont. J’ai connu ce genre de trou noir.

Roubo : Du genre : « J’ai mal ! Je veux mourir » ?

Dotzi : Le médecin et les infirmières étaient saisis d’impuissance comme des blouses empesées à la colle forte.

Roubo : Et ça n’allait pas fort pour vous, probablement ?

Dotzi : Plus je cherchais mon air, plus je sombrais.

Roubo : Le naufrage en somme !

Dotzi : Une détresse au dernier degré. Une autre fois, j’avais tellement perdu de sang, que je m’agrippais aux mains de l’infirmier.

Roubo : Aux seins de l’infirmière !

Dotzi : De l’infirmier. Il était gêné comme si j’étais d’un autre genre.

Roubo : Du genre à aimer les infirmiers plutôt que les infirmières ?

Dotzi : Il était l’homme à qui je demandais de me sauver. Et savez-vous comment il a réagi ?

Roubo : Il vous a mordu pour que vous le lâchiez !

Dotzi : Il retiré son bras. Lâchement. Un homme a retiré son bras à un homme qui en avait besoin.

Roubo : La poisse quoi !

Dotzi : Non, monsieur. Ce fut un enfoncement. Comme vous le fîtes pour cette désespérée en priant l’infirmière de la bourrer au sédatif.

Roubo : Oh, vous ! Vous n’étiez pas en reste, que je sache !

Dotzi : Mais j’avais une raison. Plus elle priait qu’on la tue, plus mes chairs criaient en sourdine. Et je redoutais l’instant où j’allais exiger qu’on mette fin à mon martyre.

Roubo : Pour le coup, personne ne vous aurait accordé cette grâce, avouez-le !

Dotzi : Oui, personne.

Roubo : L’hôpital, de nos jours, est concentrationnaire sans être un camp de concentration.

Dotzi : C’est la mort qu’on y tue, je sais bien.

Roubo : On essaie du moins. Tous les efforts des hommes sont faits pour sauver l’homme.

Dotzi : Tous les efforts des hommes sont faits pour tuer l’homme.

Roubo : Les uns tuent, les autres sauvent.

Dotzi : Mais j’ai eu tort de leur jeter la pierre à ces techniciens du salut.

Roubo : Sans parler des infirmières.

Dotzi : L’ice cream du genre humain, l’infirmière. Froide comme la technique, onctueuse comme l’amour, sucrée comme une mère aimante.

Roubo : Ah quand même ! On se rattrape. Attendez qu’elle vous empoigne votre eucharistie avant de lancer du benedictus à tout va.

Dotzi : Calibristi ! Calibristi !

Roubo : C’est tout comme. Eucharistie… Calibristi…

Dotzi : Elle va me le serrer, vous pensez ?

Roubo : Pour vous mettre le canal urinaire droit comme un I, il faudra bien qu’elle vous l’empoigne !

Dotzi : Qu’elle me le serre et qu’elle me le dresse !

Roubo : Qui sait si…

Dotzi : Si quoi ?

Roubo : Si elle n’utilisera pas les capacités érectiles de votre eucharistie pour le mettre au garde-à-vous.

Dotzi : Allons donc, je voudrais bien voir ça ! Puisque je vous dis qu’il n’est plus en état de faire la colonne.

Roubo : Un bon doigté, qui sait ?

Dotzi : Mais pour quoi cette mécanique du diable à faire souffrir un honnête homme ?

Roubo : Pour enfoncer la sonde, pardi !

Dotzi : Quelle blonde voudrait d’un calibristi en perdition ?

Roubo : La sonde ! Je parle de la sonde !

Dotzi : Quoi la sonde ?

Roubo : Mais l’infirmière a bien parlé de sonde, non ? Sinon comment chasser vos urines et vous débarrasser de votre envie de mourir ?

Dotzi : Oui, comment ?

Roubo : Mais en l’enfonçant dans votre eucharistie, grand Dieu !

Dotzi : Ce n’est pas le sens ordinaire de mon train de vit ! Lui qui est toujours sortant, voilà qu’il va devoir subir une pénétration, si j’ai bien compris ?

Roubo : C’est le monde à l’envers…

Dotzi : Le monde à l’envers, monsieur, c’est un monde d’enfer.

Roubo : Eh bien ! Voici la dompteuse de lion qui arrive.

Dotzi : Qui donc ?

Roubo : Achtung ! Seins en vue.

7 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce (17)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 4:31

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Hieronymus Franken: Les gras et les maigres (1678)

*

La cuisine est un théâtre de bouche qui débouche sur la merde.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (11)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 4:26

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11

(Soudain, surgit le chirurgien de Dotzi).

Le chirurgien : Bonjour, monsieur Dotzi. Comment vont les affaires ?

Dotzi : Pas courantes, docteur !

Le chirurgien : Ah ! On vous a mis au courant ?

Dotzi : Dieu du ciel ! Qu’allez-vous m’annoncer ? Une erreur ou une horreur ?

Le chirurgien : Je suis votre opérateur.

Dotzi : Ravi de connaître mon réparateur.

Le chirurgien : En fait, nous vous avons opéré sans rien réparer du tout.

Dotzi : Un coup de bistouri dans l’eau, vous voulez dire ?

Le chirurgien : Votre artère fémorale… Rétive à toute pénétration, même forcée.

Dotzi : Mais si ma vessie me triture comme ça, c’est bien que vous m’avez ferraillé le cœur, non ?

Le chirurgien : La vessie n’est pas sous les ordres du cœur.

Dotzi : J’imagine qu’une nouvelle partie de billard est à envisager…

Le chirurgien : Je vous rassure. La carotide est le plus court chemin pour atteindre votre cœur.

Dotzi : Dieu a bien fait les choses finalement. Si une voie est impénétrable, une autre est toujours possible.

Le chirurgien : Le corps est ainsi fait qu’à la fin il se bouche, que voulez-vous !

Dotzi : Qu’il finisse par se coucher, je ne l’ignorais pas… Mais que cette fin me touche le plus tard possible ! Même si ce mal de vessie me pousse à penser au pire.

Le chirurgien : L’infirmière va y mettre la main. La rétention d’urine, c’est courant.

Roubo : Il a mal, mais il ne veut pas mourir, monsieur le chirurgien. Voilà toute l’histoire. L’histoire des hommes, je veux dire.

Le chirurgien : Quel homme ne chute un jour ou l’autre ? A vous revoir bientôt !

Dotzi : Je suis votre obligé.

Le chirurgien : On ne vous oblige à rien. Mais faute de mieux, nous éviterons le pire.

(Le chirurgien s’éloigne)

6 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce. (16)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 6:40

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Hieronymus Franken: Les gras et les maigres (1678)

*

L’homme est un viandard qui fait du moi avec veaux, vaches, cochons et couvées.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (10)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 6:37

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10

Dotzi : (Faisant la grimace) Je sens que ça vient. La marée monte…

Roubo : Quelle marée ?

Dotzi : La marée d’urine… Des élancements par petites piques ! Les grands maux se rapprochent toujours à bas bruits…

Roubo : Ce genre de serrement désagréable comme un diable sortant de son embuscade ? Je connais ! A notre âge, c’est quotidien. Histoire de faire s’emballer notre imagination et de nous rappeler que la bonne santé, c’est du provisoire.

Dotzi : Mais ce que je ressens relève d’un autre genre.

Roubo : Le genre à crier : « J’ai mal ! Je veux mourir ! » ?

Dotzi : Comme vous dites.

Roubo : Serrez les dents ! Et hauts les cœurs !

Dotzi : Ah ! Voilà que ça pousse !

Roubo : Poussez dans ce cas ! Poussez !

Dotzi : Ça pousse ! Mais ça ne pisse pas !

Roubo : Poussez je vous dis ! Il va bien finir par sortir ce lardon ! Mais poussez donc crénom de Dieu !

Dotzi : Ah ça ! Vous vous moquez !

Roubo : «  J’ai mal ! Je veux mourir ! » Hein ! Qui est-ce qui raillait la souffrante tout à l’heure ? Vous, mon cher !

Dotzi : Si je pouvais, je vous enfournerai votre barbe en pleine gueule !

Roubo : Pas de barbe, frère humain ! Trouvez autre chose !

Dotzi : Un rouleau de papier hygiénique, alors !

Roubo : Voulez-vous que j’appelle la police thérapeutique ? La brigade des saignants ? L’infirmière à pistolet ?

Dotzi : Je n’y arrive pas… A peine si je pourrai lancer mon cri de mort…

Roubo : (Criant) Il a mal ! Il veut mourir !

Dotzi : N’exagérez pas tout de même ! Je n’en suis pas à cette extrémité.

Roubo : Patience ! La pression urinaire va prendre le dessus et c’est à elle qu’iront toutes vos pensées. Le mal, c’est impérial.

Dotzi : J’ai l’impression que ma volonté s’est diluée dans ma vessie.

Roubo : Vous allez gonfler comme un dirigeable.

Dotzi : Il faut bien qu’elle s’échappe pourtant cette urine !

Roubo : Si elle ne sort pas, où donc ira-t-elle ?

Dotzi : Appelez l’infirmière je vous prie ! Je n’y arrive pas. La douleur me noue…

Roubo : (Criant) Infirmière ! Infirmière !…  Il a mal ! Il veut mourir !  … Personne ne répond !

Dotzi : Sûr qu’elle jacasse avec ses collègues.

Roubo : Si elle sirote son café, vous, vous allez boire la tasse…

Dotzi : Une fois, quand j’étais en soins intensifs, j’avais demandé la chaise percée. Il y avait urgence là aussi. Une infirmière a entrebâillé la porte. Je lui ai lancé ma supplique en masquant ma détresse. « J’ai mal ! Je veux… » Enfin, vous me comprenez…

Roubo : Et elle vous a laissé choir… Votre cri n’était pas suffisamment désespéré, je suppose…

Dotzi : Disparu ! Elle m’a laissé patauger dans mon jus.

Roubo : Elle avait mieux à faire…

Dotzi : J’avais les boyaux en composte.

Roubo : Et alors ?

Dotzi : Il y a eu la relève. L’infirmière du jour m’a sauvé de la mouise. Il faut dire que c’était une ancienne des lieux.

Roubo : Les anciennes ont plus d’humanisme. Elles ont eu des souffrances. Elles ont mis au monde…

Dotzi : Et comment ! Les jeunes avec leur corps bien huilé n’imaginent pas combien l’âge peut gripper nos machines.

Roubo : Ils n’imaginent pas !

Dotzi : Le mal qui nous broie leur est si étranger qu’ils l’appréhendent comme une matière théorique non comme une matière en fusion.

Roubo : Ils nous voient comme d’étranges choses humaines, c’est ce que vous voulez dire…

Dotzi : Je dirais même que leur corps se réjouit de ne pas être affecté par ce mal qui est en nous.

Roubo : Mais alors où est l’empathie ?

Dotzi : Où est l’empathie ? C’est toute la question. L’infirmière qui n’a pas encore mangé au râtelier de la douleur est trop dans la frivolité.

Roubo : Vous voulez dire qu’il leur faudrait passer un diplôme de souffrance réelle ?

Dotzi : Les envoyer au front ! Qu’elles aient le nez sur des organes qui débordent… Même qu’elles se voient saignantes, la chair à vif. Sinon, ça reste purement théorique tout ça.

Roubo : C’est vrai qu’on a encore des guerres pour qu’elles fassent leur apprentissage.

Dotzi : Je me méfie des médecins d’école. (Un temps) Vous l’apercevez cette infirmière à pistolet ?

Roubo : Ni voiles blanches, ni ailes d’ange à l’horizon.

Dotzi : Tu parles d’un ange gardien. Un chien de garde ferait mieux.

Roubo : Vous avez bien un bouton d’appel, non ?

Dotzi : C’est la chasse au trésor ce bouton ! Jamais là où le veut notre main.

Roubo : À croire qu’elles le font sciemment pour ne pas être dérangées pour un oui ou pour un non.

Dotzi : Qui sait ? Mais pendant ce temps, ça pousse et ça pèse…

Roubo : Quoi donc ? Je suis perdu.

Dotzi : Mais ma vessie voyons ! Ma vessie !

Roubo : Voilà que le monde tourne autour de votre vessie…

5 avril 2022

1915-2020-2022

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 5:47

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*

Nul ne vous a priés. Et vous êtes venus.

Nous étions dans la paix. Mais vous êtes venus.

Nous étions un village et vous êtes venus

Pour semer le carnage…

*

Nous n’avions dans nos mains que des croix non des armes

Mais vous êtes venus nous tuer de vos charmes

Nous mettre dans le cœur de la peur et des larmes

Quand vous êtes venus…

*

Soldats qu’on a trompés dans la haine des nôtres

Nous aimions notre peuple autant que vous le vôtre

Nous étions des voisins  plus frères que les autres

Mais vous êtes venus…

*

Oui vous êtes venus nous violer de vos armes

Nous allions dans la paix insoucieux sans alarmes

Quand vous êtes venus nous arracher des larmes

Car vous êtes venus…

*

Venus avec vos mots de haineuses histoires

Vos récits mensongers de trahisons notoires

Venus chez nous la nuit souiller notre mémoire

Barbares devenus…

*

Vous nous avez tués au plaisir de vos fêtes

Parfois en pleine rue en visant notre tête

Ou bien dans nos maisons ainsi que font les bêtes

Pour nous réduire à rien…

*

Car vous êtes venus de vos chars mensongers

Tirer sur le bonheur des gens ou des bergers

Eux qui n’avaient rien fait n’avaient pas demandé

A être libérés…

*

Vous avez pris plaisir à souiller notre chair

Et plus que notre chair l’amour de notre terre

Vous avez mis le feu à notre âme guerrière

Sans vaincre notre Feu…

*

Car ce Feu vos récits ne sauront l’incendier

Il vit de notre esprit il vit de vérité

Il vit de tous ces morts qui n’ont rien demandé

A ceux qui sont venus…

(5 avril 2022)

Diététique de la force.Diététique de la farce. (15)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 5:21

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Hieronymus Franken. Les gras et les maigres (1678)

*

Le café n’est pas tout à fait noir. Le lait n’est pas tout à fait blanc.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (9)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 5:18

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*

9

Dotzi : Voilà ! Ça me revient ! Ça me revient !

Roubo : Mais quoi ? Quoi donc ? Qu’est-ce donc qui vous revient ?

Dotzi : Et si on se réveillait en pleine opération.

Roubo : Au beau milieu de la douleur ? Merci…

Dotzi : Pendant que le chirurgien vous tranche comme du jambon…

Roubo : J’ai connu ce vertige. Abyssal !

Dotzi : Quel genre d’opération ?

Roubo : Des vis dans le pied.

Dotzi : Comme dans du bois ?

Roubo : Quel bois ! Dans l’os du pied ! De l’os bien vivant ! Et qui crie quand il a mal.

Dotzi : Mais on vous l’avait bien anesthésié, votre pied ?

Roubo : Oui, cette fois l’anesthésie a eu du mal à être anesthésiée. Et brusquement, j’ai senti qu’on piquait dans ma viande.

Dotzi : L’anesthésie vous a lâché… Et alors ?

Roubo : On lâche du hurlement à réclamer la mort.

Dotzi : « J’ai mal ! Je veux mourir ! », en somme.

Roubo : Tout pourvu qu’on en finisse…

Dotzi : A ce point ?

Roubo : Oui à ce point, cher ami !

Dotzi : Sur une échelle de 10, à combien estimez-vous que valait votre mal ? 8 ? 9 ?

Roubo : À ce stade, ça dépasse l’entendement. L’esprit n’est plus là quand la chair tyrannise.

Dotzi : Dur à supporter combien de temps ?

Roubo : On est en guerre avec son mal. Égaré dans le chaos. Le personnel a perdu la tête un moment. Mais ils ont réussi à me renvoyer à mes ténèbres.

Dotzi : L’anesthésiste… Il aurait mal dosé ses drogues…

Roubo : A quoi tient la vie d’un homme ? A l’humeur d’un autre. Qu’il ait la tête ailleurs un court instant, et vous voilà perdu à vie…

Dotzi : Ça ne pardonne pas, ce genre d’égarement.

Roubo : Un métier à ne pas mettre entre toutes les mains.

Dotzi : Qui peut dire qu’il n’a jamais été à la merci d’un imbécile ?

Roubo : Mais nous sommes constamment à la merci d’un imbécile ! Notre histoire est jalonnée d’imbéciles qui n’ont d’autre but que de vous gratifier de leur imbécillité. L’infirmière par exemple…

Dotzi : Quoi, l’infirmière ?

Roubo : Elle a du chien, c’est sûr. Trop même. Elle baigne dans le bonheur des ballots celle-là. Ce n’est pas sa vocation humaniste qui la fait briller.

Dotzi : J’en tremble déjà.

Roubo : On la verra à l’œuvre. Mais qui sait si elle ne vous fera pas hurler…

Dotzi et Roubo (ensemble): « J’ai mal ! Je veux mourir ! »

Dotzi : Je suis pris entre deux feux. Entre le mal d’une vessie trop pleine et son coup de Jarnac pour me soulager.

Roubo : Une tranche de mie dans le grille-pain. Monsieur voulait un cœur vaillant et le voilà pris dans une nasse.

Dotzi : Ah vous ! A tourner le bistouri dans la plaie, vous me tournez en bourrique, on dirait !

Roubo : Un prévenu en vaut deux. Envisager le pire est sagesse, non ?

Dotzi : Gardez votre pire pour vous !

Roubo : Mais moi je pisse, cher monsieur. Ma vessie remplit son contrat de contractilité.

Dotzi : On vient ici pour un problème de cœur, on en sort avec des maux de vessie.

Roubo : L’hôpital n’est pas le messie. Vous savez pour quelle maladie vous y entrez. Mais vous ignorez avec quelle autre vous allez en sortir.

Dotzi : Si on en sort. Avec leur machine à scruter, ils vous trouvent toujours une anomalie.

Roubo : Du bizarre.

Dotzi : Une faille.

Roubo : Un vice de forme.

Dotzi : Trouvaille qui mérite examen…

Roubo : C’est pour fidéliser le client.

Dotzi : Comme vous dites…

4 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce. (14)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 5:06

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Hieronymus Franken : Les gras et les maigres (1678)

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Restaurant : Farce et attrape.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (8)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 5:02

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8

Dotzi : Qu’est-ce qu’on vous a fait ?

Roubo : Une valve à l’entrée du cœur pour remplacer la mienne. Maintenant le sang passe comme une lettre à la poste.

Dotzi : Moi aussi, une valve. Rien senti.

Roubo : Ils sont forts tout de même, pour nous mettre dans le noir et nous rendre à la lumière comme neufs.

Dotzi : L’anesthésie, c’est du sommeil sans cauchemar en somme.

Roubo : Et si c’était ça mourir ? On vous éteint tandis qu’en vos dedans quelque chose vit encore…

Dotzi : Ni conscience, ni mémoire, ni pensée vous voulez dire ? Comme avant la naissance, quoi !

Roubo : Donc vous non plus. Vous n’avez rien vu.

Dotzi : Voir quoi puisque j’avais plus d’yeux ?

Roubo : Dieu est grand tout de même… Mais si vous n’avez vu que du noir, vous ne faites pas partie des élus.

Dotzi : Comme vous donc !

Roubo : Comme moi, hélas ! Appelé mais pas élu.

Dotzi : Nous sommes faits alors ! Dieu est grand mais ne nous aime pas, qui sait ?

Roubo : Ceux qui ont vu et qui en sont revenus n’en reviennent toujours pas.

Dotzi : De toutes mes anesthésies aucune ne m’a donné autre chose que du rien du tout.

Roubo : C’est dire à quel point vous êtes damné.

Dotzi : Damné ? Mais par qui ? Pour quoi ?

Roubo : Mais par Dieu, pardi ! Ceux qui en reviennent sont habillés de lumière le restant de leur vie.

Dotzi : Et moi je n’ai qu’une chemise d’hôpital.

Roubo : C’est bien la preuve que vous n’êtes rien. Une loque. Un déchet.

Dotzi : Mais je vis, que diable ! Et ça, c’est quelque chose !

Roubo : En vérité, la lumière qui habille ces élus en permanence, c’est du ciel qui est en eux, à ce qu’il paraît.

Dotzi : Le ciel de la vie, vous voulez dire ?

Roubo : Le sel de la vie, oui. Enfin, ils appellent ça autrement.

Dotzi : Autrement comment ?

Roubo : Un océan d’amour.

Dotzi : Où es-tu Océan ?

Roubo : De l’autre côté.

Dotzi : Et donc, comme ça, la mort serait un mariage d’amours !

Roubo : Pas toujours. D’autres se retrouvent seul dans un désert de catastrophes.

Dotzi : Sous le poids de la peur en dehors et en dedans, j’imagine ?

Roubo : Comme si nous étions jugés au poids des souffrances que nous aurions données…

Dotzi : De plus en plus effrayant.

Roubo : C’est ce qui nous attend tous.

Dotzi : Et tout ça serait programmé ? Tout ça serait en nous ?

Roubo : Tout est en nous.

Dotzi : Une sacrée machine que le corps humain.

Roubo : On en viendrait à l’oublier… Mais comment s’est passé votre réveil du rien au tout ?

Dotzi : Comme un soulagement. L’impression d’une aube qui monte, qui monte. Et l’image de ma chatte que j’allais pouvoir caresser.

Roubo : Tripoter le minou, c’est comme baiser le ciel.

Dotzi : Comme vous dites ! On a le ciel qu’on peut. La soie qui flatte vos paumes adoucit blessures. Chaque fois que je rentrais d’un hôpital la caresser, c’était me requinquer.

Roubo : Pas étonnant, avec toutes vos cicatrices…

Dotzi : Je ne compte plus les tunnels d’anesthésie que mon corps a dû traverser.

Roubo : Comme de la mort qui n’en est pas.

Dotzi : Qui sait ? Ça reste à vérifier.

Roubo : On le saura bien un jour, allez !

Dotzi : Le néant ne se dit pas. Il ne s’éprouve pas non plus.

Roubo : Allez savoir… Et pourtant certains disent qu’ils se voyaient en train d’être opérés.

Dotzi : Là encore, je n’ai pas eu droit au privilège du dédoublement. Enfin, si je puis dire. Voir des bouchers charcuter votre carcasse avec votre sang plein leurs mains ? Non merci…

Roubo : Les uns voient du dédoublement, les autres la lumière. Mais nous rien…

Dotzi : Ça n’arrive qu’aux naïfs, non ?

Roubo : Pauvres qui cherchons toujours l’idéal…

Dotzi : Du coup, on sort de ce monde pour rentrer dans un autre, et on en revient avec un cœur gonflé à l’amour.

Roubo : Une résurrection, quoi !

Dotzi : Comme vous dites !

Roubo : Et pour nous, rien de tout ça.

Dotzi : Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour qu’il nous en prive ?

Roubo : C’est toute la question…

3 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce. (13)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 3:35

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Hieronymus Frenken, Les gras et les maigres (1678)

*

Ni empereur des cuisines, ni serviteur des recettes, le sel est un imposteur et un dictateur.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (7)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 3:26

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7

Roubo : Au fait ! Sans vouloir vous confesser, combien de cicatrices au compteur ?

Dotzi : Des cicatrices ? Plutôt des cachets d’hôpitaux !

Roubo : Cachets ! Dans quel sens ?

Dotzi : Marques, griffes, poinçons, sceaux, estampilles…

Roubo : Sûr que si le bistouri vous a laissé de belles décorations.

Dotzi : Balafré comme un mercenaire, oui. Mes guerres ont duré une vie d’homme…

Roubo : Alors soldat ? Combien ?

Dotzi : Holà ! Patience ! Le temps de revoir mes champs de batailles.

Roubo : Les jambes !

Dotzi : Genou droit. Je vois encore le boucher penché sur mon cuissot et besogner entre l’os et la chair.

Roubo : Anesthésie locale je suppose ?

Dotzi : Je sifflotais pour me contenir. Mais à la fin, je crachais du petit râle.

Roubo : Le ventre ?

Dotzi : Ah le ventre ! Du labourage qu’on m’a fait.

Roubo : Au tranchoir, je suppose ?

Dotzi : Trois saignées. Ablation de la vésicule biliaire. Greffe d’un rein et hernie inguinale pour finir.

Roubo : De la belle ouvrage, j’imagine. Mais un tranchoir ça laisse des traces.

Dotzi : Des grimaces, c’est bien le cas ! Une balafre jusqu’au nombril. En maillot de bain on ne voit qu’elle.

Roubo : Dites qu’on vous a fait une césarienne. L’humour vaut mieux qu’un doigt d’honneur.

Dotzi : Pour m’enfourner le rein d’un autre, on a fait au plus court.

Roubo : Le progrès va vers le raccourci. Avec le temps, les dinosaures sont passés crocodiles et même lézards. Et sans vésicule comment vous sentez-vous ?

Dotzi : Pas de vésicule, pas de calculs. Le chirurgien m’a rassuré en me disant qu’elle ne servait à rien. Étonnant, non ?

Roubo : Voyez-vous ça ! Un médecin ose taxer d’imperfection une création qui l’a mis au monde !

Dotzi : S’il fallait couper tous les organes qui vous font mal…

Roubo : Ils nous font mal parce qu’ils crient de douleur d’avoir été agressés.

Dotzi : Trahis même !

Roubo : Couper ! Couper ! Ils ne savent faire que ça ! Couper !

Dotzi : Mais couper n’est pas soigner !

Roubo : Trancher dans le système, c’est comme un coup de pied dans une fourmilière, non ?

Dotzi : J’ai honte d’avoir donné mon corps aux Attilas des bidoches. Honte d’avoir négligé ma santé.

Roubo : Quand l’anarchie s’installe, ça déraille en chaine et on court à la chute.

Dotzi : Le dérèglement dans tous les sens.

Roubo : Et vous tenez encore debout ? Bravo !

Dotzi : Dans mon cas, la survie est un luxe. Mes charcuteurs devraient quand même recevoir l’ordre du mérite.

Roubo : Il faudrait savoir ! Charcuteurs ou sauveurs ?

Dotzi : Des experts en reconstruction humaine, si vous préférez.

Roubo : Rien que des mécanos, allez ! Sachant que la vraie réparation, c’est le corps qui la fait. L’homme n’a pas encore inventé une machine capable de se remettre à neuf toute seule.

Dotzi : Avant-bras gauche. Je ne compte plus les sillons qui se croisent sur ma peau. Combien de fois on m’a ouvert pour corriger ma fistule qui a servi à transférer mon sang dans une lessiveuse.

Roubo : Une sorte de rein inventé par l’homme.

Dotzi : C’est ça. Mais avant on utilisait un cathéter en bas du cou que j’ai porté plusieurs mois. Une infection m’a valu dix jours de coucherie à l’hôpital avec la mère de toutes les batailles, l’antibiotique.

Roubo : D’autres marques ?

Dotzi : La carotide aujourd’hui. Une porte d’entrée pour cheminer jusqu’au cœur.

Roubo : Pour moi, ils sont passés par l’artère fémorale.

Dotzi : La mienne était trop bouchée. Les voies du salut sont impénétrables, surtout quand on a trop péché à manger gras.

Roubo : Certes. Mais le gras, quel suc !

Dotzi : Le gras de porc qui gicle dans la bouche.

Roubo : Ah le porc ! En voilà un qu’on a saigné !

Dotzi : Saigné à mort, vous voulez dire !

Roubo : A mort et à cri ! Car un goret sous la lame ne vous chante pas des alléluias !

Dotzi : Il couine sous la panique

Roubo : Son sang bouillonne. Au feu ! Au feu ! qu’il lui dit !

Dotzi  et Roubo (en décalé) : JE NE VEUX PAS MOURIR !

Roubo : Le cochon, lui, au moins il bouffe la vie. Tout ce qui rentre lui fait ventre.

Dotzi : Quant à l’homme, c’est le saucisson qu’il aime. Et le saucisson, c’est la mort du cochon.

Roubo : Et le serrement de nos artères… Notre cholestérol, le saucisson. Et notre suicide aussi !

Dotzi : Grâce à Dieu, les chirurgiens nous permettent de l’éviter. Et de continuer à nous baffer.

Roubo : Revenons à nos cicatrices. A combien sommes-nous ?

Dotzi : Plus que ça. Quand on aime la vie, on ne compte plus les coups pour être sauf.

Roubo : Qu’est-ce que vous me chantez là ? Vous aimez vous faire saigner, vous ? Même par des mains expertes ?

Dotzi : Que non ! Mais si c’est pour vivre un peu plus, après tout… Tenez pour le cœur par exemple, quand ça vous serre au sternum, vous n’en menez pas large. Le noir de la mort vous inonde le cerveau et vous détraque la joie de vivre.

Roubo : J’ai connu ce désagrément aussi.

Dotzi : Puisque vous êtes là.

Roubo : Ces cicatrices sont les visibles… Mais les autres ?

Dotzi : Ah les autres ! Comment en parler ? Il faudrait interroger le scanner. Vous savez, cet œil inquisitorial qui ne laisse rien passer.

Roubo : Sans parler des brûlures qu’on vous fait avec des rayons pour tuer les cellules voyageuses.

Dotzi : Chez moi, tout le bas du ventre a été incendié. Enfin, par petites touches.

Roubo : Ce qui donne de petites taches comme de la viande grillée.

Dotzi : Un vrai barbecue qu’ils m’ont offert contre la prolifération des cellules qui avaient perdu la tête.

Roubo : Faut ce qu’il faut, allez !

Dotzi : Et je suis toujours là. Un peu plus lourd, mais toujours là.

Roubo : Plus sourd ? Pourquoi ?

Dotzi : Plus lourd de toutes ces prothèses que je porte.

Roubo : Vous cacheriez une jambe de bois sous vos draps que ça ne m’étonnerait pas.

Dotzi : J’ai le cœur assez bien ferraillé pour qu’à mes cendres se mêlent des tortillons de métal.

Roubo : Quoi donc par exemple.

Dotzi : Ah des ferrailles ! Des ferrailles !

Roubo : Bien ferré et vous êtes toujours là à me parler.

Dotzi : Qui sait si nous nous reverrons ?

Roubo : Ce paravent nous empêche de nous voir.

Dotzi : Après chacun ira à son chemin.

Roubo : Chemin de croix, vous voulez dire ? Mais au moins, un homme aura parlé avec un autre…

Dotzi : Parlé d’histoires d’hommes.

Roubo : Puis ils se seront séparés… Blouse blanche à l’horizon.

Dotzi : L’ange extracteur d’urine, je suppose ?

Roubo : L’ange extracteur, oui…

2 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce. (12)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 3:54

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Hieronymus Franken : Les gras et les maigres (1678)

*

Manger est un acte politique. J’ai tendance à mâcher à gauche.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (6)

Filed under: L'ACTU QUI TUE — denisdonikian @ 3:50

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*

6

(Après un long silence)

Dotzi : Dieu sait ce que va me bricoler cet ange extracteur. J’ai le blues rien qu’à l’idée d’être blousé.

Roubo : Ce qu’elle cache sous sa blouse ? Elle vous l’a dit : un savoir-faire.

Dotzi : Un pistolet pour me tirer dessus, oui !

Roubo : En toutes circonstances, envisager le pire.

Dotzi : Je suis comme une tranche de mie dans un grille-pain !

Roubo : Elle va vous éteindre tout ça, vous verrez ! En un tour de passe-passe !

Dotzi : Elle a bien dit qu’elle avait l’habitude. Mais moi je ne me suis jamais habitué à leurs habitudes. Je suis un cas.

Roubo : Eh bien,  monsieur K, si vous en avez vu d’autres je vous dis : hauts les cœurs !

Dotzi : Il n’y a qu’un trou par lequel elle puisse accéder à ma vessie, c’est le trou du calibristi.

Roubo : Du sapristi ?

Dotzi : Qu’est-ce que vous avez entre les jambes ? Un calibristi.

Roubo : Sapristi ! J’ai un calibristi et je l’ignorais…

Dotzi : L’organe des orgasmes ! L’orgue des extases ! L’ogre de barbarie ! La flûte enchantée ! Le vit ! Le vit ! Le vit, je vous le dis ! Le vit, c’est vital !

Roubo : Oui, mais tout ça part en capilotade ! Comme un grenadier d’Empire qui assiste à sa Bérézina.

Dotzi : Si ça empire !

Roubo : Je peine à lever dur, vous savez…

Dotzi : Il faudra qu’elle me le serre dans ses griffes, la grognasse !

Roubo : Et qu’elle le perce ensuite.

Dotzi : Si mon tentacule a droit à ce genre d’enfoncement, il va en faire gicler des cris !

Roubo : Et comment !

Roubo et Dotzi : J’AI MAL ! JE VEUX MOURIR !

(Long silence)

1 avril 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce. (11)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 4:28

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Hieronymus Franken. Les gras et les maigres (1678)

*

Le bien boire et le bien manger constituent l’unique philosophie de ceux qui n’ont pas de philosophie.

J’ai mal ! Je veux mourir ! (5)

Filed under: J'ai mal ! Je veux mourir ! (pièce) — denisdonikian @ 4:23

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5

(Une infirmière s’approche de Dotzi)

Roubo : (à voix basse) Achtung ! Seins en approche !

L’infirmière : Vous avez mal quelque part, monsieur Dotzi ?

Dotzi : Pas encore. Mais je sens que ça monte.

L’infirmière : Un douleur physique ? Un serrement ? Une dilatation ?

Roubo : Une dilatation, mademoiselle ! Oh oui, monsieur souffre d’une dilatation !

Dotzi : En fait, j’ai l’impression que mon bas-ventre se durcit.

Roubo : Vous voyez ! C’est bien ce que je disais : une dilatation !

Dotzi : Comme si j’avais du mal à me décharger le pistolet.

Roubo : Une dilatation !

L’infirmière : Du mal à uriner vous voulez dire ?

Roubo : Mais déchargez, monsieur ! Déchargez-le votre bon dieu de pistolet !

Dotzi : Ça bloque… J’ai beau vouloir me vider, c’est comme si je pissais dans un violon. Si je puis dire…

Roubo : Dilatation je vous dis !

L’infirmière : C’est courant. L’anesthésie rend la vessie paresseuse. Si ça devenait trop dur, appelez-moi ! Nous ferons quelque chose pour vous soulager.

(L’infirmière quitte Dotzi)

Roubo : (Imitant l’infirmière) Dilatez, monsieur ! Mais dilatez  donc ! Monsieur ! Je suis là pour vous soulager. Ah ! Ah ! On touche au sein des seins, on dirait.

Dotzi : Vous croyez ? Une infirmière vous a toujours une bombe cachée sous sa blouse. Dieu sait ce que cette sournoise me prépare. Nous ferons quelque chose pour vous soulager ! Sûrement pas avec une friandise ! D’ailleurs, il y a bien longtemps que ma canne ne pêche que de l’eau. Avant mes hôpitaux, j’avais du répondant. Hier, le corps carburait sans limite d’âge. Après les marées, les bonaces. Avec l’âge, vous comprenez, les choses qu’on faisait ne reviennent plus.

Roubo : C’est la débandade finale.

Dotzi : Et vous ? Je parie que vous n’êtes plus à l’âge de brûler la chandelle ?

Roubo : C’est pareil. J’ai beau vouloir, mais ça ne veut pas… J’en suis comme vous à l’âge des descentes d’organe.

Dotzi : Des descentes d’orgasme, vous dites ?

Roubo : D’organe ! D’organe ! L’âge où tout va à vau l’eau. Le dos, la vue, la bite… L’âge qui vous plonge vers l’avant. A la fin, c’est la terre qui tire à elle le laboureur…

Dotzi : Et pour la bourrer, on a labouré ! Avant on marchait dur comme un vaillant soldat. Maintenant le vaillant vacille. Le vieux mât peine sous la tempête.

Roubo : Nous étions fous.

Dotzi : Nous voici mous.

Roubo : Nous étions flèches.

Dotzi : Nous voici flous.

Roubo : Ici au moins les infirmières ont du chien.

Dotzi : A quoi bon ?

Roubo : Oui, après tout. A quoi bon ces simagrées de résurrection ? On nous opère, mais la machine est toujours flasque. L’homme qui reste mou entre les mains d’une femme est mou dans les mains de la vie.

Dotzi : Ces infirmières, quand elles vous parlent, on dirait qu’elles vous injectent les mots de leur diplôme. Mais leur corps n’y est pas.

Roubo : Comment un corps à délices pourrait-il comprendre un corps en supplice ?

Dotzi : Un corps à hélice, une femme ?

Roubo : A délices ! A délices ! Chacun est l’unique témoin de sa souffrance.

Dotzi : A qui le dites-vous ?

Roubo : Vous l’avez entendue ? Avez–vous mal quelque part ? Comme si elle demandait une miche à sa boulangère. (En baissant la voix) Achtung ! Sie kommt !

L’infirmière : Monsieur Dotzi, j’ai parlé de vos problèmes urinaires avec le médecin. Il est impératif que vous vidiez votre vessie.

Dotzi : C’est comme je vous l’ai dit, la volonté veut, mais l’autre, il n’en fait qu’à sa tête. Il rentre dans sa tanière et boude les appels du cerveau.

L’infirmière : Nous allons puiser directement dans la vessie.

Dotzi : Directement dans la vessie ? Avec une pompe aspirante ou une seringue de cheval, je parie !

L’infirmière : Avec une sonde. Je vous rassure, j’ai l’habitude. Je vous laisse quelques instants, et je suis à vous.

(L’infirmière quitte Dotzi)

Dotzi : Vous l’avez entendue ? Elle va m’aspirez mon urine !

Roubo : On vous tient mon bonhomme ! On vous tient déjà la zigounette ! Et on ne vous la lâchera plus.

31 mars 2022

Diététique de la force. Diététique de la farce. (10)

Filed under: DIETETIQUE de la FORCE, DIETETIQUE de la FARCE... — denisdonikian @ 5:04

hieronymus

Hieronymus Franken. Les gras et les maigres (1678)

*

Faire de la chimie culinaire un art, c’est comme faire de son cul un instrument symphonique.

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