Ecrittératures

23 février 2020

Des CONS et de la CONNERIE (14)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 8:32

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L’envers de la civilisation est pavé de tous les cons des femmes et de toutes les conneries des hommes.

Des CONS et de la CONNERIE (13)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 4:41

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La lucidité est l’ennemie de la connerie.

Il y a bien des cons lumineux, mais pas assez pour qu’ils se voient tels que les voient les autres.

22 février 2020

Des CONS et de la CONNERIE (12)

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Le marketing ne fonctionne qu’en manipulant les gens pour en faire des cons à sa merci. C’est dire que l’homme possède en lui tous les mécanismes nécessaires pour accéder au stade de con accompli. D’ailleurs, l’une des ruses de la publicité est d’associer un produit au con de la femme afin de réduire l’homme à sa connerie primaire.

Des CONS et de la CONNERIE (11)

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Pitié pour les prostituées qui doivent se taper des cons à longueur de journée et se laver le con après chaque passe.

Des CONS et de la CONNERIE (10)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 10:18

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Auprès d’un arbre,

le plus beau des palais ressemblera toujours à une connerie

Des CONS et de la CONNERIE ( 9)

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La connerie est  d’autant plus prétentieuse  qu’elle s’arroge le droit de s’exprimer en ignorant ce qu’elle est.

21 février 2020

Des CONS et de la CONNERIE (8)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 7:48

 

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La connerie n’épargne personne, même les génies.

Aragon et sa période stalinienne.

Dali qui a fait passer ses conneries pour un art et qui prenait ses admirateurs pour des cons capables de le payer pour ça.

Des CONS et dela CONNERIE ( 7)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 1:45

 

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Pour échapper à la connerie ambiante, prendre de la hauteur.

De Gaulle fixant du haut de son mètre quatre-vingt seize

ses cons patriotes

comme un homme une mêlée de porcs.

Des CONS et de la CONNERIE (6)

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Quand le cul rencontre le con dans le Bureau ovale

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Le con de la Maison Blanche atteste de la connerie américaine qui l’a élu.

C’est comme si une majorité de culs s’était délestée de sa connerie dans le Bureau ovale.

20 février 2020

Des CONS et de la CONNERIE (5)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 1:34

In de metro

( Photo D. Donikian copyright)

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Le plus grand con de l’histoire reste quand même Hitler,

porté aux nues par un peuple qui s’enconnait de ses conneries idéologiques.

Des CONS et de la CONNERIE (4)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 4:31

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4 – De nos jours, les cons accèdent aux plus hautes marches du pouvoir : Trump, Poutine, Erdogan, Bolsonaro, Bachar el-Assad, Kim Jong Un…

Il y a même des royalement cons qui exhibent leur connerie d’apparat au balcon de leur palais.

19 février 2020

Des CONS et de la CONNERIE (3)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 11:08

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3 – Hérité du latin cunnus pour désigner chez les satiriques et dans des graffitis le sexe de la femme, le mot con devient courant du XIIe siècle jusqu’au XVIIe dans la prose et la poésie dites « libres ».

Puis jusqu’au XIXe, tout en gardant son sens initial, il prend celui d’imbécile, sans pour autant être injurieux envers la femme.

Changement de sens qui reste obscur.

Des CONS et de la CONNERIE (2)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE,Uncategorized — denisdonikian @ 12:29

 

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2 – Qui ne saurait faire avec précision le portrait d’un con aura à sa disposition deux méthodes infaillibles.

La première sera de se regarder dans un miroir, la seconde de fixer le portrait d’Erdogan.

18 février 2020

Des CONS et de CONNERIE (1)

Filed under: APHORISMES,Des CONS et de la CONNERIE — denisdonikian @ 2:33

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1 – La connerie est la chose au monde la mieux partagée.

Descartes lui-même…

11 février 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (12)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 5:57

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Chaque fois que tu manges un fruit ou un légume tels que la nature les a conçus, tu absorbes un miracle.

3 février 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (11)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:03

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Nous avons transformé la Terre, merveille permanente, en catastrophe imminente.

2 février 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (10)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 8:44

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Nos corps sont les proies d’hommes invisibles qui diffusent des poisons invisibles.

1 février 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (9)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 5:14

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Les dictatures de la joie de vivre répugnent à entendre des vérités qui la contrarient.

31 janvier 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (8)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 11:50

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Le malheur de la femme est dans son cul. Le meilleur de la femme

est dans son cœur.

Le meilleur de la femme est dans son cul. Le malheur de la femme

est dans son coeur.

30 janvier 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (7)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 5:00

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La montée des apocalypses résulte d’un affaiblissement moral généralisé.

L’esprit du temps, le prix du sang (6)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 6:19

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Nous avons perdu en simplicité et gagné en animalité, comme le pense George Orwell. Les complexités technologiques, si elles ont été rendues inéluctables, conduisent nécessairement au chaos tant intérieur que social, à la destruction du corps et à la réduction de la conscience.

29 janvier 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (5)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 11:23

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Les médicaments vous sauvent un temps et vous tuent la plupart du temps.

C’est ce que les bourreaux pharmaceutiques appellent le bénéfice-risque.

 

L’esprit du temps, le prix du sang. (4)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 9:56

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Chante, siffle des airs de joie juste au moment où le mal te broie.

28 janvier 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (3)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 3:25

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La démocratie est le système politique qui vous rend libre de consentir à être manipulé.

L’esprit du temps, le prix du sang (2)

Filed under: APHORISMES,L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 9:11

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Alain Barsamian

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Pour le moins, ta maladie t’aura permis de séparer les amis vrais de l’ivraie.

27 janvier 2020

L’esprit du temps, le prix du sang (1)

Filed under: L'ESPRIT du TEMPS, Le PRIX du SANG — denisdonikian @ 9:39

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Les médecines naturelles rejettent les effets secondaires des médicaments, la médecine classique les ignore, les laboratoires pharmaceutiques s’enrichissent et les patients sont sauvés par empoisonnement.

26 janvier 2020

Chant de mines

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 5:17

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Dans la salle blanche
La sale salle blanche
De l hopital
Sous un plafond
De lumière rance
Le poisson malade
Nage dans les poisons
Des maladies
Il attend qu’on lui chante
L’histoire de son sang
Des histoires d infection
Des histoires d’injection
Des histoires de coeur
De peur, de lourdeurs, de fureurs
Dans la salle des urgences
Le silence pue la mort
Au nez des impatients
Le silence d’avant le silence
Le haut silence franc
Si beau qui fut souffrant
D’avant le bilan du sang
Le bilan qui balance
Son chant de mines vertes
Tantôt dans la vie
Tantôt dans la perte

*

Hopital d’Evry urgences 25 janvier 2020 22h 55

21 janvier 2020

Շռելու վերագտած երանությունը

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:56

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Ծովն է հեռվից ալիք-ալիք

Շռում վրաս խունջիկ աղջիկ

Քամին զգալ ջրիմուռի բույրը ըմպել

Մեզն արձակել բերկրանք է մեծ

*

Ես շռում եմ շռում շռում

Տարիների զրկանքից ետ

Օ ինչ հաճույք օ ինչ հրճվանք

Երբ հոսում է ոնց եմ բերկրում

*

Ով տեսնում է ծովն ինչպես կա

Շեռի հաճույքն ինչ իմանա

Ծովը միշտ է վերսկսում

Տիեզերքի երգը շռում

*

Ես շռում եմ շռում շռում

Տարիների զրկանքից ետ

Օ ինչ հաճույք օ ինչ հրճվանք

Երբ հոսում է ոնց եմ բերկրում

*

Գիշեր ու զօր շռել շռել

Երկնից ոսկե մեզ է թափում

Երբ ըմպում է ծովն ակունքից

Երիկամիս ոսկին է արդ իմ մեջ երգում

*

Ես շռում եմ շռում շռում

Տարիների զրկանքից ետ

Օ ինչ հաճույք օ ինչ հրճվանք

Երբ հոսում է ոնց եմ բերկրում

*

Շնորհակալ եմ մարդ-աստծուց

Պարգևելու հաճախ շռել

Փոքրիկ-չնչին երիկամով նահատակիս

Վերադարձրեց բերկրանքը իմ

*

Ես շռում եմ շռում շռում

Տարիների զրկանքից ետ

Օ ինչ հաճույք օ ինչ հրճվանք

Երբ հոսում է ոնց եմ բերկրում

*

Ով գինիով սիրով է լի

Ակամա է իրեն պարպում

Չգիտի որ տարփոտ ոսկին

Կալիբրիստիից է իմ հոսում

*

Ես շռում եմ շռում շռում

Տարիների զրկանքից ետ

Օ ինչ հաճույք օ ինչ հրճվանք

Երբ հոսում է ոնց եմ բերկրում

*

Շնորհակալ եմ օ Հանգուցյալ քո հրաշքից

Հավերժ նինջդ շարունակումն է իմ կյանքի

Երբ շռել եմ ես ցանկանում

Արևիցդ եմ մի քիչ շռում

*

Ես շռում եմ շռում շռում

Տարիների զրկանքից ետ

Օ ինչ հաճույք օ ինչ հրճվանք

Երբ հոսում է ոնց եմ բերկրում

*

Նեքեր հիվնիդանոց, հունվար, 2020

2

Մի՞թե անհրաժեշտ է բացահայտել այս բանաստեղծության տեքստը՝ գրված Փարիզի Նեքեր հիվանդանոցում։ Երեք տարվա դիալիզից հետո, երեք տարի, որոնց ընթացքում միզելու սովորական գործողությունը արգելվեց նրան, երիկամների անբավարարության պատճառով հեղինակը պատվաստում ունեցավ և այդ պատվաստման հետ միասին շռելու հաճույքը։

Ընթերցող ջան, դու որ ուզածիդ չափ շռում ես, չես հասկանա, թե ինչ հաճույք է դա։

Այս բանաստեղծությունը հեղինակը ձոնում է Հայաստանի բոլոր դիալիզ ստացողներին, որոնց միակ ապագան շաբաթը երեք անգամ կախում ունենալն է մեքենայից, ամեն անգամ չորս ժամ, առանց խոսելու այն բարդությունների մասին, որոնց ենթարկում է արյան մաքրումը։

Այս բանաստեղծությունը կոչ է փոխելու այն մտայնությունը, որ վերաբերում է օրգանների նվիրատվությանը։ Ինչու՞ Հայաստանը օրենք չի հրապարակում, որով բոլոր մահացածներից կարելի լինի վերցնել օրգանները, որ հնարավորություն կտան ծառայել փոխպատվաստումներ կատարել և կյանք փրկել, բացառությամբ այն դեպքի, եթե իր կենդանության օրոք կանխավ գրավոր հրաժարվել են։

Այսօր Հայաստանում երիկամների անբավարարություն ունեցողները ցմահ դատապարտված են դիալիզների իշխանության տակ գտնվել, որ ի վերջո ազդում է սրտի և ամբողջ օրգանիզմի վրա։ Չխոսելով նույնիսկ կաշառքի մասին, որ ծավալվում է խիստ շահութաբեր գործունեության շուրջ (ինչպես նախկին Խորհրդային Միության երկրներից մեկին այն մեքենաների վերավաճառքը, որ Հայաստանը որպես նվեր էր ստացել)։ Շատերը ստիպված են վաճառել իրենց ունեցվածքը, փորձելու համար փոխպատվաստում կատարել արտասահմանում։ Սա ստորացուցիչ վիճակ է հայաստանցիների ու Հայաստանի համար։

ՊԵՏՔ Է, ՈՐ ՕՐԳԱՆԻ ՆՎԻՐԱՏՎՈՒԹՅՈՒՆԸ ՀԱՍԱՅՍՏԱՆՈՒՄ ԸՆԴՀԱՆՐԱՆԱՆԱ

ԴԸՆԻ ԴՈՆԻԿՅԱՆ

*

Թարգմանությունը՝ Ն․ Վարդանյանի

17 janvier 2020

MON CORPS A NU

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 8:53

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Le martyre de San Sebastian par Montegna

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Mon corps à nu sous la mitraille

Des injections et perfusions

Tant il a bu de ces poisons

Qu’un jour qui sait s’il ne déraille

*

Mon corps aimé que j’ai noirci

Mes bras tâchés aux hématomes

Troué partout et sans merci

Vivre est finir comme un fantôme

*

Mon corps perdu dans les dédales

Du vent mauvais quoi qu’il en coûte

Poussé vers la mort abyssale

Tenu de rester sur la route

*

Mon corps qu’avons-nous fait de toi

Si beau qui marchais sur les eaux

Choyé d’amours à contre lois

L’esprit en fleur ivre bateau

*

Mon corps trahi corps oublié

Soumis aux feux du mal chimique

Nous qui pourtant étions liés

Pour ne mourir que héroïques

*

Sous le grand ciel du haut pays

Nous allions le cœur en cascade

Dans un bain de luxe infini

La vie sucrée est limonade

*

Tout ce grand Bien qui m’a conçu

Ma vie emplit l’immensité

Dieu par moments entr’aperçu

Dansait en moi sa densité

*

Et tant mon corps t’ont caressé

Mains qui choyaient l’or des rivières

Que s’effaçaient tes cris blessés

Que montaient en moi des lumières

*

Mon corps aimait ses jouissances

Jouir d’aimer jusqu’à l’amer

La mer mêlée à mes souffrances

Si haut était le dieu d’hier.

*

Où irons-nous après ce monde

A temps perdu tout oublier

Autant mes amours vagabondes

Que mon vieux corps humilié

 

SAUVER LA VIE et autres choses (63)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 8:21

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Tous les médecins sont des collabos ( Co-Labo)

15 janvier 2020

LE JOUIR DU PIPI RETROUVÉ 

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 3:25

 

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D’au loin la mer vague sur vague
Pisse sur moi fille coquine
Vivre le vent humer les algues
Jouir de lâcher ses urines

Je pisse je pisse je pisse
Après des années d’interdit
Oh le bonheur Oh le délice 
Tant que ça passe j’en jouis 

Qui voit la mer comme la mer
Ne sait le jouir de pisser
La mer toujours recommencée
Pisse les chants de l’univers

Je pisse je pisse je pisse
Après des années d’interdit
Oh le bonheur Oh le délice 
Tant que ça passe j’en jouis

Pisser pisser soir et matin
Tombe du ciel l’or des urines
Quand la mer boit son origine
Me fait chanter mon or du rein

Je pisse je pisse je pisse
Après des années d’interdit
Oh le bonheur Oh le délice 
Tant que ça passe j’en jouis 

Et grand merci aux dieux humains
Qui m’ont permis ces tours de pisse
Moi le martyr d’un rein de rien
Me voici rendu aux délices

Je pisse je pisse je pisse
Après des années d’interdit
Oh le bonheur Oh le délice 
Tant que ça passe j’en jouis

Qui d’amour et de vin s’emplit
Vide son corps c’est mécanique
Mais ne sait quel or érotique
S’écoule en mon calibristi

Je pisse je pisse je pisse
Après des années d’interdit
Oh le bonheur Oh le délice 
Tant que ça passe j’en jouis 

O Mort merci pour ta merveille
Ton sommeil est notre survie
Quand me vient de pisser l’envie
Je pisse un peu de ton soleil

Je pisse je pisse je pisse
Après des années d’interdit
Oh le bonheur Oh le délice 
Tant que ça passe j’en jouis 

 

*

Hôpital Necker janvier 2020

*

Est-il nécessaire de révéler le contexte de ce poème écrit à l’hôpital Necker à Paris ? Après trois années de dialyse, trois années durant lesquelles le simple fait d’uriner lui fut interdit à cause d’une déficience de ses reins, l’auteur a reçu un greffon et avec le greffon le plaisir de pisser.

Lecteur, toi qui pisses autant que tu veux, tu ignores ce plaisir.

Ce poème, l’auteur le dédie à tous les dialysés d’Arménie qui n’ont pas d’autre avenir que de dépendre d’une machine trois fois par semaine et à raison de quatre heures chaque fois, sans parler des complications que ce lessivage du sang entraine.

Ce poème est un appel à changer les mentalités quant au don d’organes. Pourquoi l’Arménie ne promulgue-t-elle pas une loi par laquelle sur tout décédé peuvent être prélevés les organes qui pourraient servir de greffons et sauver une vie, sauf refus préalablement écrit de son vivant.

Aujourd’hui les insuffisants rénaux en Arménie sont condamnés à vie à subir des dialyses qui à la longue affectent le cœur et tout l’organisme. Sans parler de la corruption qui se greffe autour d’une activité très lucrative (Comme la revente à un pays de l’ex-Union soviétique des machines que l’Arménie avait reçues en cadeau).Certains sont obligés de vendre leurs biens pour essayer d’être greffés à l’étranger. C’est une situation humiliante pour les Arméniens et pour l’Arménie.

IL FAUT QUE LE DON D’ORGANE EN ARMÉNIE SOIT GÉNÉRALISÉ.

Denis Donikian

25 décembre 2019

Zozo est de retour

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 10:59

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Ami lecteur de ce blog sensé, sensuel et non consensuel ni consanguin, tu auras remarqué que Denis Donikian dit le maudit parce qu’il écrit chaque mot avec la langue bien dans sa bouche, s’est récemment comporté comme un misérable fantôme en raison d’un retrait d’autant plus inexpliqué qu’il s’est prolongé plus que de raison.

Or, notre  Zozo est de retour. Et comme chaque machine humaine a le droit de se détraquer un jour, Donikian, le traître et le tordu à la grande satisfaction de ceux qui le tiennent pour tel, a dû se porter malade pour la première fois alors qu’il traîne des casseroles de mauvaise santé depuis dix ans. Et donc de lymphome en chimiothérapie, de chimiothérapie en radiothérapie, il a fini par chopper une maladie chronique en ayant perdu un rein, au début par sa faute puis l’autre par la faute de ses guérisseurs, sans parler des mille et une péripéties qui lui ont valu plusieurs séjours aux urgences et lui ont permis de tester les plats hospitaliers sous plastique, chauffés au micro-onde, de plusieurs centres de santé,  qu’ils se trouvent à Paris ( Pompidou, Saint Joseph, Necker, Clinique de l’Alma) ou dans la proche banlieue (Gustave Roussy, Massy, Corbeil). Durant trois ans il s’est soumis aux dialyses a raison de trois fois par semaine, à savoir qu’il a dû jouer au gisant durant 4 heures, connecté à une machine qui lui lessivait le sang, le transformait en zombie et lui causait des crampes à le vriller sur place comme si un tire bouchon tyrannique lui tortillait les muscles. Une fois, son traître sang voulant le fuir, il a dû pisser rouge comme un goret qu’on venait de saigner, priant, puis suppliant puis engueulant l’infirmière qui le laissait se vider à grandes louches dans une indifférence digne d’un régime nazi.

(La morale de toutes ces entrées en hôpital pour un mal déterminé, c’est que vous en sortez toujours avec un autre qui attendait derrière la porte pour faire son entrée en scène. Histoire de fidéliser le patient. Pour moi, les cures de chimiothérapie ont éradiqué le cancer mais tellement endommagé mon rein valide qu’il n’a pas pu suppléer à la demande de filtration après l’atrophie de son jumeau. Rentré dans les pseudo fabriques de la guérison pour un lymphome, j’en suis sorti avec un rein qui, de fonctionnel qu’il était, devait  devenir un rein fantôme. Autre exemple, mes chimiothérapies m’ont valu des otites à répétition. Des infections à n’en plus finir si bien que mon médecin ORL m’implante des aérateurs ou yoyos. Ceux-ci s’infectant, il décide de les enlever. Plus de yoyos, youpi !  Mais me voilà plongé dans une nuit auditive sévère.  Adieu Mozart, beuglement de vaches, chants d’oiseaux et hurlements de loups !  Réponse du médecin : ça va revenir.  Or, en vérité je vous le dis, je n’en suis jamais revenu. Même  avec des appareils auditifs de dernière génération, j’entends autant qu’un professeur Tournesol. Quand tu rentres chez un ORL avec deux oreilles tu en sors en les ayant perdues toutes les deux. Enfin, une greffe n’est jamais gagnée: les corticoïdes pour éviter le rejet du greffon peuvent induire un diabète. Mais comme jusque-là je suis passé en force à travers tous les barrages, je me dis que là encore il y a épreuve à grandir. Vieillir ça demande des couilles. Dernier exemple, un jour je me présente dans un clinique parisienne pour me faire opérer d’une hernie inguinale. Le chirurgien est plutôt du genre boucher avec de grosses mains et de gros doigts plus faits pour porter des gants de boxe que tricoter de la dentelle. Il fait mettre un pansement sur une plaie encore saignante et me laisse rentrer. 15 jours plus tard je suis sujet à des tremblements. Je cours aux urgences pour une infection grave qui me vaudra 15 jours d’hôpital). Merci médecine cartésienne pour tes miracles à l’envers !

Ainsi donc, ces trois années de dialyse viennent de se conclure par une greffe expliquant  mon taux d’absence élevé et fort inhabituel sur la chaîne de mon blog, je l’admets. Il faut te préciser, ami lecteur, que quand vous êtes appelé comme l’heureux élu d’un greffon, le temps n’est plus de vouloir finir sa partie de jambes en l’air. Il faut foncer droit sur les lieux de l’opération, se vider la tête de toute peur et toute indécision. Par exemple, pour moi, la question, qui fut celle de mes sempiternels débats intérieurs ma vie durant, était la suivante : et si on te donnait un rein de Turc, hein ! La vie se moque tellement de nos idéologies qu’elle serait bien capable de te jouer ce tour, je me disais. Vous me voyez écrire sur le génocide alors qu’un rein de Turc est en train de me rappeler à qui je dois ma survie. Ces gens-là  ça s’entretue tellement qu’il est probable que le taux des donneurs involontaires est plus élevé que chez nous les Arméniens qui avons souvent vécu en moutons pacifiques et béats. Comme j’ai malicieusement interrogé tous mes soignants sur l’identité de mon donneur et qu’ils ont habilement botté en touche, je me suis dit qu’il y avait anguille sous roche, sachant qu’un greffon joue d’autant mieux son rôle que le receveur est en paix avec lui-même. Ce qui est loin d’être mon cas.

Il y a bien eu ici ou là une petite agitation sur mon flanc gauche, mais elle s’est vite apaisée, probablement, me suis-je dit que le donneur était un de ces Turcs justes qu’on aurait été laissé pour mort après une manifestation contre Erdogan, mais comme les spéculations restaient ouvertes, j’ai supposé le pire.

En vérité pour éviter à tout prix le rein turc, j’avais pris les devants. J’ai bien tenté de convaincre un Arménien d’Arménie de me vendre un de ses reins. Ça n’a pas marché, il voulait que je  lui négocie une inscription au parti républicain. Alors ça, JAMAIS ! Je me suis tourné vers un barbu d’Etchmiadzine. Ces gens-là ont des charités à revendre. Mais le type voulait un chauffeur permanent pour sa Bentley en contre-partie.

J’en étais là de mes recherches quand une Arménienne d’Arménie, la cinquantaine, une certaine Mariné, est venue ajouter son corps tristement anémié à nous autres qu’on saignait déjà. Comme elle fricotait avec l’abîme, le néphrologue, humaniste au grand cœur, décide de la prendre en mains dans son hôpital.  Après un mois et demi d’absence, Mariné nous est revenue en meilleur état qu’au début. Nous avons sympathisé, les Arméniens quand ils se rencontrent la première fois, ça se renifle d’abord et ça peut finir par une sorte de fraternisation. J’ai commencé par l’initier au français et de fil en aiguille à comprendre les péripéties de son parcours.   Mariné s’était rendue à un hôpital d’Erevan pour un problème d’allergie. Mais les médicaments administrés et qui sont faits pour être pris en toute innocence provoquent aussitôt une insuffisance rénale telle qu’il faut aussitôt la dialyser. En France les médecins seront outrés qu’un hôpital ait pu commettre pareille aberration.

Aberration, que nenni ! On voit mal un médecin empoisonner un patient sans arrière pensée. Or en Arménie le système mafieux a pourri toutes les têtes, quelles que soient les professions, des plus nobles aux plus viles. Ce médecin savait pertinemment ce qu’il faisait : fabriquer en un tour de main un dialysé tout neuf de la même manière qu’on fabrique une machine à sou, et peu importe si cette machine est humaine. Il est donc fort probable que ce médecin était de mèche avec un centre de dialyse qui allait leur assurer une rente à vie puisqu’en Arménie les greffes ne courent pas les rues et que les Arméniens ne donnent pas leurs organes. Les Arméniens, ils savent prendre ton mal mais au lieu de te soulager ils l’aggravent pour en tirer profit.

Maintenant que ceux qui veulent retourner dans ce pays de l’indifférence aux autres fassent le grand bond en avant, ils se jetteront dans la gueule du loup et se feront dévorer tout cru le jour où ils auront un pépin de santé.

Pendant les décennies Kotcharian et Sarkissian, c ‘est le cynisme qui a dominé en Arménie. Un être humain qu’on ne respecte pas en tant que tel, surtout quand il s’agit d un malade devenu à son corps défendant un objet de commerce, de transaction, d’enrichissement comme n’importe quel autre, et c’est la porte ouverte à toutes les dérives. Le pays devient impossible à vivre car le mensonge mine les impératifs de la transparence. Ceux qui osent cracher sur Pachinian n’ont pas compris que son acharnement contre la corruption implique qu’il s’attaque à l’essentiel pour que le vivre ensemble soit possible.

Il faut à l’Arménie une éthique de l’autre.

Denis Donikian

26 novembre 2019

Radio Naphtaline, la radio qui conserve les mythes.

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 6:01

S’il y a une radio que les Naphtaliniens vénèrent, c’est Radio Naphtaline. Car Radio Naphtaline préserve les mythes naphtaliniens en asphyxiant les miteux.

Vous me direz que ceux qui gèrent cette radio sont probablement de vieilles ganaches. Des têtes archaïques, des crânes d’œuf pourri. Que nenni ! Radio Naphtaline, quand on l’écoute, sonne frais car ses voix proviennent de cordes vocales assez élastiques pour penser de leurs propriétaires qu’ils sont relativement jeunes. Mais ce qui trompe, c’est que ces cordes vocales juvéniles sans être joviales se gargarisent avec du cadavre. Car à force de rabâcher ou d’écouter l’esprit des momies, on se momifie soi-même. C’est alchimique.

En effet, Radio Naphtaline n’en finit pas de se repaître du passé. Car oui, Radio Naphtaline est une radio du passé, c’est-à-dire une radio du passif. Tous les Naphtaliniens qui l’écoutent s’y baisent à qui mieux mieux in mortibus. C’est qu’ils en ont des morts à se partager. D’autant que pour donner de la voix à ce passé, Radio Naphtaline fait toujours appel aux mêmes vestales, gardiennes des temps révolus, qui baignent dans la fosse des faits historiques comme des truies se roulent dans la fange. Les Naphtaliniens sucent la vieillerie autant que des porcelets les tétines de leur mère. C’est physiologique. Dès lors, on ne voit pas pourquoi Radio Naphtaline les priverait de spécialistes capables de les nourrir au lait fabriqué par le sang de l’histoire.

Car du sang, l’histoire en a produit chez les Naphtaliniens, plus que chez aucun autre peuple. Par tombereaux entiers. Et comme ce sang perdu, les Naphtaliniens comptent bien le rattraper, ils écoutent Radio Naphtaline, la radio qui dit comment faire. Non seulement elle indique la méthode mais aussi comment se brosser les dents avec du jus de cadavre. Les historiens sont en ce sens de magnifiques faiseurs de dentifrices et du meilleur conseil qui soit. Mais pas n’importe quel historien. Ceux que Radio Naphtaline a choisis pour dire au minimum 1,5. C’est le moins qu’elle puisse accepter. 1,5 ? Mais qu’est-ce ? 1,5 million de cadavres. Les minimalistes peuvent aller se faire ostraciser chez les zombies. En fait, en prenant toujours les mêmes historiens, Radio Naphtaline garantit à ses écoutants sa pérennité parmi les Naphtaliniens qui ne veulent entendre que ça, les cris du sang qui braille dans leurs veines. C’est que le temps chez les Naphtaliniens n’a qu’une dimension. Il n’est ni présent, ni futur. Il n’est que passé. C’est du temps arrêté. Du sang mis en boîte. C’est pourquoi ce qui est à venir chez les Naphtaliniens ne vient jamais puisque c’est leur passé qui est tout. Leur âme est rétrospective, vu que l’immortalité n’est autre que leur éternité dans leur histoire. 3 000 ans.

Tenez, parmi les fanatiques du passé, si l’on choisit au hasard, il y a ce plumitif qui n’en démord pas. Il a fait du 1,5 sa philosophie, sa morale, son dentifrice et son papier hygiénique qu’il macule de ses écrits. Il est tourné vers l’arrière comme une girouette qui serait définitivement coincé côté Est.  Chaque fois qu’il se met à écrire, il ne peut  s’empêcher de plonger dans son bain d’orgasme funéraire. Oui, oui, car pour lui rien n’est plus jouissif que le passif. Et comme il ne cultive que sa mémoire, elle s’est dilatée dans son cerveau au point d’écraser son imaginaire. C’est professoral, étant donné qu’un professeur, plutôt qu’un inventeur de vie,  est avant tout un serviteur de ce qui a été et qui n’est plus, un adorateur de la chose morte, un chercheur du fait effacé dont les effaceurs continuent encore d’effacer l’effacement même. N’est pas romancier qui veut, surtout quand on a le sexe tiré droit devant et la tête dans le cul, quand la vie vous demande d’être présent au présent et que votre cervelle a les yeux plantés dans votre occiput.  Mais heureusement les Naphtaliniens l’adorent, à telle enseigne qu’ils se voient dans ses nostalgies comme dans un miroir. En vérité, ce sont des vivants minés par de la mort. Si minés que la paralysie a fini par gagner leur cerveau et leur langage. Ils perroquètent à longueur de temps. Avec un profane, les Naphtaliniens n’ont d’autre but que de le rouler dans leur propre naphtaline. Moi-même, il m’arrive de me laisser aller. Ça me colle à la langue comme une glu et je profère des propos naphtaliniens sans m’en rendre compte. Heureusement, je peux me secouer et revenir à moi. Alors, je rougis de honte pour avoir décapité ma vie de son présent. J’ai honte d’écrire rétro au lieu de délirer dans mes imaginaires. J’ai honte de profaner ma vie en me barbouillant la gueule avec de la mêlasse à vous tuer une race en voie de disparition. Oui, j’ai honte. Car dans le fond ceux qui nous ont arrêtés à 1,5, arrêté le temps jusqu’à atteindre ce chiffre je veux dire, non seulement ont tué les morts mais aussi dégénéré les  générations posthumes. Ils ont tué chez les survivants non seulement les autres temps de la vie, le présent et le futur, comme je l’ai précisé. Je veux dire  qu’ils ont tué en chaque Naphtalinien la liberté de pleinement être. C’est-à-dire non miné par le goût amer d’une indignité qui vous marque à jamais.

Cela s’entend quand on écoute Radio Naphtaline. Les voix de Radio Naphtaline ne rient jamais. Elles font dans le grave 24 heures sur 24.  Voilà une autre composante humaine que les Naphtaliniens ont atrophiée : l’humour. Ce sont des agelastes, comme disait Rabelais. Des gens plombés à l’image du plumitif évoqué plus haut. Les agelastes sont des volatiles qui ne volent pas. Trop balourds. Trop gras. Trop tristes. Car pour voler, il faut avoir le sens de l’air, le goût du ciel, l’envie de la hauteur. Les Naphtaliniens sont des gens de placards et de cercueils.

Ainsi donc Radio Naphtaline entretient ce fardeau. Elle en rajoute même en ne convoquant pas à sa table ceux qui parlent des maladies du présent. Du syndrome de la naphtaline, en somme. Ce serait une trahison de le faire. Radio Naphtaline ne veut pas dire radiographie.  Si le pays est malade de diarrhée démographique, elle le dit pour le dire et passe à autre chose, à savoir son programme naphtalinien. Peu importe qu’il soit exsangue  ce pays, c’est le sang d’hier qui l’intéresse. Ce sang qui la démange et la submerge. Que ce pays soit dans la mort, qu’importe aussi. Tant que son cœur palpite, Radio Naphtaline fait croire qu’il sera toujours vivant et passe outre. Oui dans la mort, ce pays. La mort hygiénique ; la mort politique ; la mort démocratique ; la mort pédagogique ; la mort hystérique ; la mort militaire ; la mort sexuelle ; j’en passe. Car parler de ces morts-là, c’est dire que nous sommes incapables de nous tenir droit dans la vie. Que nous avons le don d’être au bord du gouffre. Hier nos bourreaux nous y précipitaient. Aujourd’hui nous autres survivants y sommes acculés, devenus les victimes de nous-mêmes. Dire cela, c’est jeter bien bas le haut nom du pays. Alors on le tait. C’est pourquoi Radio Naphtaline ne laisse pas entrer dans ses locaux les miteux briseurs de mythe et qui veulent jouer les Cassandre, les casse-couilles et les casseurs !

Telle est Radio Naphtaline. Je le sais car le miteux de service, c’est moi.

Denis Donikian

 

( Texte paru le 27 janvier 2013)

25 novembre 2019

La bêtise ne change jamais de camp

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 8:33

 

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Les anniversaires de mort ou de naissance d’écrivains disparus, les Arméniens en raffolent. Un écrivain mort est un écrivain qui ne dérange personne, d’autant qu’on peut lui faire dire tout et son contraire, de préférence le contraire de ce qu’il a toujours dit.

Les salons du livre arménien ont déversé du Toumanian par-ci et du Komitas par-là. Et c’était justifié.

Les morts arméniens font recette. La mort arménienne est commerciale, pour ne pas dire culturelle.

Or de quoi meurt un peuple, sinon de sa culture de mort. Une culture que la vie ne parvient pas à renouveler. Les écrivains vivants peuvent aller se rhabiller !

Pour preuve, quand j’ai proposé, parmi d’autres de mes livres, de céder à un prix avantageux à tel salon du livre ma réédition des magnifiques Quatrains de Toumanian en édition bilingue, on m’a répondu textuellement :

 » qu’on n’en avait pas besoin ».

Je laisse à mes lecteurs le soin de commenter cette réaction.

La bêtise ne change jamais de camp.

De quoi meurt notre diaspora, me demanderez-vous ?

Elle meurt de sa propre inculture.

 

Denis Donikian

24 novembre 2019

COMMENT J’AI RENCONTRÉ le FALSTAFF de TIFLIS

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:39

Photo Jean-Luc Schloeder copyright

 

( Introduction à une réédition des Chevaux Paradjanov, à paraître en édition bilingue, en 2020, chez Actual Art)

Avant ma rencontre

La première fois que le nom de Paradjanov est parvenu à mes oreilles, c’était en 1969. J’étais alors étudiant à Erevan en année préparatoire, ou nakhapatrastakan, dans une classe réservée aux étudiants arméniens de l’étranger. L’Arménie accordait alors des bourses pour tous ces jeunes de la diaspora qui désiraient faire des études au pays. De sorte que je fus le premier étudiant venu de France où j’avais terminé un premier cycle d’études universitaires. Je revois encore notre professeure de russe entrer en classe, dans un état d’excitation inhabituelle. Incapable de retenir son prurit mental, elle se lâche : la veille, elle a vu en avant-première le film d’un génie. Ce film, c’était « Nran Gouyne ». Peu de temps après, ce fut mon tour de le visionner dans une salle de la capitale, probablement dans sa version originale, celle que Youtkevitch allait modifier. J’étais avec mon cousin. Nous avons alors assisté à une véritable contagion : les spectateurs décrochaient un par un et quittaient la salle. A telle enseigne qu’on se sentait un peu idiot de rester. C’était tellement nouveau, que nous n’étions pas mûrs pour une telle œuvre.

Par la suite, à Kiev, où j’étais enseignant en 1972 et 1973, une coopérante française, travaillant à l’université, nous annonça que Paradjanov serait présent à une soirée à laquelle nous étions invités. Malheureusement, cette soirée n’a pas eu lieu. Mais un soir, une collègue française de l’Institut pédagogique nous conduisit dans une salle périphérique de Kiev pour voir Les Chevaux de feu. Par la suite, il se trouva que cette collègue, mariée à un Ukrainien, devait fournir des mouchoirs et du papier à dessin à Paradjanov par l’intermédiaire de son beau-frère qui était dans la même prison que lui. (Paradjanov y avait été arrêté le 17 décembre 1973 tandis que son procès aura lieu le 25 avril 1974). C’est l’un de ces mouchoirs, dessinés de la main même de Paradjanov que nous présentons dans ce livre.


                                                                                         Paradjanov roi, de D. Donikian

Le déclenchement de la campagne en France en faveur de Paradjanov vint avec une note du « Nouvel Observateur » le 12 juillet 1975. Cette campagne s’est amplifiée lors du Festival de Cannes en 1976 par un appel urgent aux cinéastes du monde entier pour demander la libération de Paradjanov. Le soutien de la communauté arménienne de France se concrétisa aussitôt par la création du Collectif Paradjanov qui avait son siège à Marseille, plus précisément dans les bureaux des éditions Parenthèses dont le directeur était Varoujan Arzoumanian. En rapport direct avec Varoujan, je mène campagne dans ma région. J’eus alors l’occasion d’alerter par téléphone Yves Montand qui me conseilla de m’adresser à Jack Lang. C’est dans ce climat que je commence à écrire Les Chevaux Paradjanov. A ce moment-là, plusieurs interventions de haut niveau, dont celles de Jean-Louis Bory, Louis Aragon et Lili Brik, permirent à Paradjanov d’être libéré, soit le 30 décembre 1977.

De mon côté, la part poétique des Chevaux Paradjanov étant terminée, je commençai à songer à une publication à compte d’auteur. Varoujan Arzoumanian me propose une couverture que je trouve magnifique. Or, à ce moment-là, en janvier 1980 paraît dans le Monde Dimanche le compte-rendu d’une rencontre de Paradjanov avec deux jeunes Arméniens de France. Paradjanov y fait part de son activité de peintre tandis qu’il est interdit de travail comme cinéaste. Brusquement me vient l’idée de rencontrer Paradjanov à Tbilissi, chez lui, malgré le risque d’être repéré par tous ceux qui avaient en charge de le surveiller. En avril, je pars pour Erevan comme accompagnateur au profit de l’agence Sevan Voyage. A Erevan, je fais une demande de visa de deux jours pour Tbilissi, sous prétexte que mon agence de tourisme m’avait chargé de faire un travail exploratoire. On me donne ce visa et je me trouve, le 12 avril, à Tbilissi, rue Koté Meskhi où vit Paradjanov.

Au fond d’une ruelle montante, se dressait une maison typique des lieux, avec un escalier de bois et un balcon qui courait le long du premier étage. Dans la cour du rez-de-chaussée, se trouve un bassin aux faïences fatiguées, avec une vasque d’où devait jaillir une eau également fatiguée.  Juste derrière, se trouve un cagibi très étroit. J’apprendrai plus tard que c’était là que dormait Paradjanov, comme un lapin.

 

Pendant la rencontre

Le cinéaste m’apparaît pour la première fois en compagnie de deux militantes françaises, l’une membre d’Amnesty International et l’autre du Comité des mathématiciens pour la libération de Leonid Pliouchtch. Puis il disparaît avec les deux jeunes femmes dans les ruelles du vieux Tbilissi, me laissant seul avec son neveu. Pour moi, comme la première fois à Kiev, la rencontre commence par une non-rencontre. Même si Paradjanov m’assure qu’il sera bientôt de retour. Au lieu de perdre mon temps, j’en profite pour filmer l’intérieur de l’appartement de sa sœur qu’il a transformée en musée Paradjanov avant la lettre. On trouve sur les murs des collages, des lettres dont celle de Fellini, des photos de ses parents… Une sorte de bric-à-brac qui montre la lutte du cinéaste contre le désœuvrement où les autorités l’ont plongé après sa sortie de prison. Sachant que Paradjanov ne reviendrait pas de sitôt, son neveu quitte les lieux. De retour, Paradjanov, étonné par ma patience, me retrouve chez lui sur son balcon. Nous commencerons un bout de conversation avant que je prenne la décision de revenir le lendemain.

Cette fois Paradjanov est disponible. Notre conversation se déroule en arménien. Contrairement à ses habitudes Paradjanov parlait avec aisance en arménien oriental, auquel, moi qui venais de l’arménien occidental, je m’étais familiarisé après mon année et demie d’études à Erevan. S’est joint à nous Jean-Luc Schloeder venu seul mais avec la protection d’Amnesty International. Jean-Luc sera resté quatre jours auprès de Paradjanov, soit deux jours de plus que moi. Et il en profite pour prendre des photos de nous, dont une sur le balcon avec pour fond la composition d’un couple du Zanguézour. Et puis, Paradjanov s’empare de ma caméra et commence à filmer son lieu de vie. Il sait qu’il n’y a pas mieux qu’un film pour écrire un destin. Il m’offre ensuite de le filmer et fait le fou dans l’escalier de bois en manipulant un parapluie. Ce qui frappe, c’est la vivacité esthétique de son esprit, sa boulimie créatrice, son incessante envie de créer des choses. Ainsi, à peine a-t-il reçu une carte postale de l’étranger qu’il commence à la brûler sur les côtés pour en faire un objet Paradjanov. Pour Jean-Luc, il ouvre les tiroirs de sa commode, prêt à lui offrir une de ces vieilleries d’église qu’il a toujours collectionnées. Mais c’est comme s’il négociait un service, celui de faire passer un film à l’occident. Jean-Luc, visiblement mal à l’aise, va protester, estimant que ce serait dangereux tant pour lui que pour le film.

L’heure étant venue de déjeuner, nous faisons un détour sur la tombe de Sayat Nova avant de rejoindre le centre-ville. Un moment émouvant, surtout pour lui, qui voue un culte esthétique au passé arménien.

Dans la stolovaïa où nous déjeunons, Paradjanov fait encore preuve de boulimie. On dirait qu’il tient à rattraper ses années de privation où tout avait un goût de mort et de désespoir. Ce jour-là, si mes souvenirs sont bons, il nous révélera qu’il était diabétique. Mais l’homme n’en aura cure et je sais que j’ai éprouvé une sorte de désolation à le voir malmener son corps sans retenue.

Déambulant dans les rues du centre-ville, il cherchera à nous surprendre en nous conduisant sous les fenêtres de Gaïané Khachaturian, femme-peintre. Derrière une fenêtre grande ouverte pour travailler en pleine lumière, Gaïané est tournée vers sa toile quand Paradjanov l’interpelle depuis le trottoir d’en face. Une conversation joyeuse se déroule entre les deux artistes. Jean-Luc en profite pour prendre une photo, regrettant qu’il n’ait plus de pellicule couleur.

Dans la ville, Paradjanov fait le pitre. Il avise un vieil homme, cherchant à vendre des chaussures. Paradjanov s’en empare et se pointe dans l’entrée d’un supermarché pour le proposer aux clients. Riant et généreux comme ce Falstaff dont Orson Welles dira : « Pour moi, c’est l’un des seuls personnages de toute la littérature dramatique qui soit fondamentalement bon. Sa bonté est essentielle, comme le pain, comme le vin. Il resplendit d’amour et il demande si peu qu’en fin de compte il ne reçoit rien du tout. » Paradjanov joue comme si pour lui tout était cinéma, transformant le réel en images de film sous l’œil omniprésent d’une caméra fantôme.

Ensuite, il m’a fallu reprendre l’avion. De retour à Erevan, mon cousin m’attendait dans l’angoisse, sachant que j’avais pris de gros risques. Pour moi, j’avais accompli ma mission. J’avais mon interview, des photos et un film.

 

Après la rencontre

De retour en France, je m’attelle à reproduire l’entretien qui paraîtra dans le Journal  Quotidien Rhône-Alpes (numéro 1025 du mercredi 21 mai 1980 sous la signature de R.D.). Comme prévu, cet entretien figurera à la fin du poème Les Chevaux Paradjanov. Un graphiste de l’institut où je travaille fabrique le livre à mes frais, à 100 exemplaires. Livre de ferveur, bouée de sauvetage au bénéfice d’un grand artiste menacé d’extinction, Les Chevaux Paradjanov  aura  probablement été évoqué ici ou là dans des cercles fermés et même acheté par des curieux pour qui importait que le cinéaste continue d’exercer son métier. Aujourd’hui encore, si j’en tire une satisfaction personnelle, c’est d’avoir transpiré pendant deux ans pour l’écrire et d’avoir risqué gros pendant deux jours à Tbilissi pour rencontrer le personnage qui devait tant me servir comme modèle par la suite. Souvent, il m’arrive encore de me dire que ma petite vie aura contribué à sauver une autre vie, celle d’un homme qu’il fallait tirer de l’enfer pour le rendre à l’humanité.

Toujours est-il que le prolifique Paradjanov aura sur le moment fécondé mon esprit, puisque ma rencontre suscitera un film, des nouvelles, des poèmes, des dessins…

Paradjanov s’éteindra 10 ans plus tard à Erevan, terrassé par un cancer. Une dernière fois, il sera passé par la France pour se soigner. Un passage de la dernière chance. Les Arméniens vont lui réserver des funérailles populaires comme s’ils découvraient qu’ils avaient mis au monde un enfant de génie. Un musée à Erevan, tenu par Zaven Sargsyan, lui sera consacré qui concentre tout ce qu’on avait de lui et sur lui.  Je devais m’y rendre après sa mort et montrer au directeur la photo d’un mouchoir dessiné par le maître et qui restera dans un cadre accroché au-dessus de mon bureau, comme si je comptais ainsi travailler sous son ombre tutélaire et la bénédiction de son énergie créatrice.

Pourtant, la figure de Paradjanov va rester en sommeil dans mon esprit durant de longues années, celles que me prendront mes occupations ordinaires. Mais l’esprit de Tbilissi va resurgir un jour, sans crier gare, sur la presqu’île de Giens, face à la mer, non loin de la pierre tombale de Saint-John Perse. Ce jour-là, j’ai vu monter comme une germination, celle de l’empreinte laissée en moi par le Paradjanov d’avril 1980. Pour la première fois, j’ose, mes craintes me quittent, la veine plasticienne de mon adolescence reprend brusquement du service, je dessine… Homme sans école, je bricole, je colle, je m’en remets aux couleurs pour me lancer dans une nouvelle voie. Sans chercher à faire de l’art, mais dans le seul but de chercher et de faire. Comme le fit Paradjanov avec sa carte postale. Et je m’émerveille en toute naïveté d’avoir franchi un cap. Probablement je devais à Paradjanov de m’être aventuré dans le collage (que j’appellerai bris-collage), la peinture sans pinceau, la sculpture à colle,  en utilisant des matériaux inédits et que lui ne connaissait pas. Jusqu’au jour où mes œuvres vont occuper la moitié de notre salon et où se fera sentir la nécessité de trouver un lieu pour donner libre cours aux eaux souterraines qui dormaient en moi. Ce lieu, une fois trouvé, un atelier de 140 m2, mes délires ne vont plus arrêter. Mais je me devais de très vite quitter les rives du maître pour pénétrer sur de nouveaux sentiers en associant écriture et arts plastiques dans une même œuvre. Ainsi sont nés : Sismographies, Fragments de figures apatrides, Un Nôtre Pays, Poteaubiographie, Un cercle d’histoire. Sans compter les installations à L’INSA de Lyon et à Morsang-sur-Orge où je mêlais musique, écriture et arts plastiques.

 

Les Chevaux Paradjanov

Coup sur coup, mes Chevaux vont sortir de leurs limbes sous la forme de deux traductions, l’une, en 2018, en espagnol par Ana Arzoumanian et Cristina Bourette (Ed. Leviatan, Buenos Aires), l’autre, en arménien, par Lilit Mnasatkanyan, prévu, au moment où j’écris, pour une parution à Erevan, chez Actual Art en 2020.

Étrange chose que la lecture de ce texte, quarante ans plus tard. Au fur et à mesure, m’accompagne le sentiment qu’il aurait été écrit par un autre. D’autant qu’aujourd’hui ma tendance est d’aller vers l’aphorisme minimaliste, le texte court, la retenue… Les chevaux Paradjanov est dans un style qui m’est devenu étranger et inaccessible.

Mais  je pense savoir pourquoi.

Au moment où j’écris Les chevaux Paradjanov, je suis imprégné par deux influences majeures : celle de Saint-John Perse et celle de Soljenitsyne. Mais aussi, plus sournoise, celle des tableaux mobiles-immobiles de Couleur de la Grenade (Nran Gouyne). Saint-John Perse pour ses fulgurances amples et précieuses. Soljenitsyne pour son combat contre le mensonge soviétique. Ainsi se dessine la figure de mon Paradjanov, un homme dont la fertilité artistique  souffre d’être encagée par l’idéologie délétère de son temps. Nul doute que Paradjanov n’ait éprouvé de ces bouffées d’une conscience aliénée telles que j’ai essayé de les formuler dans mon poème. Mon Paradjanov devient le porte-parole d’une humanité décérébrée, prise dans les fers de l’orthodoxie communiste. Sa parole sombre, issue des enfers de l’aliénation mentale et physique, vibre sous les poussées de son esprit.

Pour autant, le vrai Paradjanov ne saurait s’être constitué sous les tribulations d’une quelconque dissidence. Paradjanov l’a toujours déclaré. Tout en paraissant éloigné de la dissidence, Paradjanov se présente  seulement un artiste interdit de création, en l’occurrence un cinéaste en manque de caméra. C’est cette terrible frustration qui transparait de notre conversation dans le sens où les projets qui se bousculaient dans sa tête se heurtaient tous à l’impossibilité de les réaliser. Cette contrariété allait jusqu’à provoquer chez lui une impression de mort permanente, même si, comme pis aller, il donnait vie à sa créativité  par les collages et les dessins. Mais ni les collage ni les dessins ne pouvaient combler son  besoin de caméra. Et Dieu sait si cet empêchement qui le rendait malheureux et dans lequel l’avaient plongé ses bourreaux ne fut pas à l’origine de son cancer.

Il reste que mes Chevaux vont devoir affronter les paradoxes que rencontre toute lecture d’un texte fiévreusement poétique. Le mien ne s’interdisant aucun dérèglement, aucune dérive, aucune limite, sauf à se soumettre aux impératifs du langage et de sa grammaire. De fait, lire les délires de ce poème, comme n’importe quelle poésie qui jouerait sur la subversion des clichés et des images, conduit à l’attaquer de deux manières possibles, si antagonistes que le lecteur soit en sortira perturbé en raison des associations de mots qui échappent aux logiques ordinaires, soit il opérera une entrée coextensive aux métaphores qui débordent de tous côtés. En effet, l’esprit rationaliste sera forcément rebuté par les audaces qui émaillent le texte de part en part. Or, qu’est-ce que la poésie sinon une pratique audacieuse du langage ? Dès lors, il importe de pénétrer dans la chair du texte jusqu’à s’en pénétrer. « Enivrez-vous ! » disait Baudelaire. Enivrez-vous de la fougue sauvage qui traverse la langue ! Poussez jusqu’à vous fondre dans l’innocence et la virginité d’une imagination en état de bouillonnement ! Mais tant que le lecteur restera confiné à l’intérieur de son orthodoxie cartésienne, tant que s’établira entre lui et les mots une distance, une crainte, une méfiance, il aura du mal à apprécier un poème qui vise à être une fête de l’esprit par une défaite de la raison. C’est que la poésie se situe au-delà de toute poésie. Elle n’est pas dans les mots seuls, mais dans les espaces entre eux qui constituent autant d’échappées vers des vérités inconnues.

Curieusement, chaque fragment des Chevaux me donne l’impression d’avoir été construit comme les tableaux filmiques de Paradjanov où une image figée se déconstruit et se reconstruit elle-même par l’introduction du mouvement. Mais le mouvement chez Paradjanov relève du frémissement des lignes. Rien à voir avec le scénario classique qui mime l’activité humaine. Les scènes à la Paradjanov sont des morceaux de vie épurés, sinon esthétisés à l’extrême. Au point qu’on peut se demander si Paradjanov savait écrire un scénario tant il s’en éloigne pour explorer une voie qui n’aura jamais été osée dans toute l’histoire du cinéma. On peut dès lors se demander si la censure n’a pas joué le même rôle que joue la contrainte voulue et recherchée comme chez les tenants de l’OuLiPo. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une contrainte, sinon une censure qu’on décide de s’appliquer ? Paradjanov, en rusé petit Arménien, a su faire de la censure soviétique qu’on lui imposait un avantage. Nous dirons même qu’il a élevé la censure au rang d’art à part entière.

Quelle contrainte l’auteur des Chevaux Paradjanov s’est-il imposée, me demanderez-vous ? En toute apparence, le vers libre avance tandis que l’auteur place ses mots sur la portée en respectant cette petite musique intérieure qui le guide. Durant deux années, j’aurai vécu dans la démesure que m’inspirait mon sujet. Mais la démesure ici est contenue par la conscience d’une tonalité à restituer. C’est cette tonalité, empreinte de solennité et d’extravagance, qui m’a tenu en haleine pendant mon travail.

Je me réjouis qu’une traductrice comme Lilit Mnatsatkanyan soit entrée dans le texte avec autant d’aptitude et d’empathie. La version arménienne des Chevaux Paradjanov produit en moi une résonance particulière qui semble donner voix à Paradjanov, que ce soit le vrai Paradjanov ou le Paradjanov fictif. Toujours est-il que tous ces travaux autour de lui restent l’objet d’une ferveur qui contribue à le rendre vivant.

Denis Donikian, Novembre 2019.

Photo de Jean-Luc Schloeder, copyright

20 novembre 2019

Soutenance de thèse sur l’aménité

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SORBONNE UNIVERSITÉ

ÉCOLE DOCTORALE 3 – Littératures Françaises et Comparée

Laboratoire de recherche CELLF

T H È S E

pour obtenir le grade de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ SORBONNE UNIVERSITÉ

Discipline : Littérature Française

Présentée et soutenue par :

Charikleia Magdalini KEFALIDOU

Mythe, symbole et identité à l’épreuve de l’entre-deux   L’écriture de l’arménité en France et aux États-Unis du début du XXe siècle à nos jours  

le : 3 Décembre 2019 , à 14h 30, Amphithéâtre Roussy au campus des Cordeliers, 15 rue de l’Ecole de médecine

Sous la direction de :

Mme Sophie BASCH – Professeur, Sorbonne Université 

Membres du jury :

M. Maxime DECOUT – Professeur, Aix-Marseille Université

M. Jean-Louis JEANNELLE – Professeur, Sorbonne Université

M. Raymond KEVORKIAN– Professeur émérite, Université Paris VIII

Mme Claire MOURADIAN– Directeur de Recherche, CNRS – EHESS

POSITION DE THÈSE

La présente thèse vise à examiner les modalités d’articulation de l’arménité dans la littérature produite par des écrivains d’origine arménienne ayant grandi dans la diaspora et écrivant dans la langue du pays d’accueil, donc en s’étant déjà affranchis d’un des aspects constituants traditionnels de l’arménité dans leur œuvre.

 À l’aune du génocide, certains écrivains de littérature, en passant d’abord par l’autotraduction ou encore en migrant vers la langue du pays d’accueil lorsqu’ils se sentirent prêts, ouvrirent une porte vers les habitants du pays où ils trouvèrent refuge après la Catastrophe, en embrassant de cette manière la réalité historique de leur installation et intégration dans le pays d’accueil et leur bilinguisme. Phénomène profondément bouleversant pour la communauté, car il touche à un des piliers de l’identité arménienne, à savoir la langue, suscitant une énorme polémique parmi les premiers écrivains installés aux États-Unis et en France, la question de la migration vers la langue du pays d’accueil aboutira, dans certains cas, à des reconfigurations de ce qui rend un texte « arménien ».  La langue, le contenu, la forme? Krikor  Beledian (2001 : 95-96)  évoque (et rétorque), dans son histoire de la littérature arménienne en France, le surgissement du thème de « l’esprit arménien » en diaspora, que Kostan Zarian, Nicolas Sarafian et Vahé Oshagan véhiculent et notamment Oshagan qui salue I Ask You Ladies and Gentlemen, de Léon Zaven Surmélian, en tant qu’ouvrage qui fait preuve de cet esprit, malgré le fait qu’il soit écrit en anglais. « Nous ne pouvons pas aller à contre courant des processus historiques. Tôt ou tard nous allons perdre notre langue, mais nous devons ne pas perdre notre esprit arménien » disait Surmélian dans sa correspondance avec Vahan Tekeyan à propos de son choix d’abandonner l’arménien en faveur de l’anglais. (Beledian :2001 : 46)

Nous souhaiterons cerner les enjeux politiques et sociaux de la poétique de cette littérature en focalisant sur la manière dont les écrivains du corpus articulent leur rapport avec leurs origines, l’arménité, le passé, la mémoire collective ainsi que la manière dont ils construisent leur image d’écrivain en analysant les modalités de représentation des mythes nationaux arméniens, du génocide en tant que mythe fondateur de la diaspora ainsi que des fondements de l’identité culturelle arménienne (religion, langue, alphabet, légendes) qui font partie de l’arsenal mythique, dans la littérature des quatre écrivains qui font partie de notre corpus.

L’ampleur de l’expérience de la Catastrophe, combinée au statut exilique durant les premières années de la création des colonies jadis provisoires, devenues diasporiques à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec la dissipation du rêve de retour au yerguir (Ter Minassian, Vidal-Naquet : 1997: 27-28)  et la désillusion du « rapatriement » aboutirent au développement d’un vaste réseau d’institutions culturelles et politiques visant à maintenir vivants les liens de solidarité et d’échange entre les différentes communautés dans le monde mais aussi avec la République Socialiste Soviétique d’Arménie et ensuite la République Arménienne, ainsi qu’ à un essor littéraire et cinématographique visant à décrire l’exil, le deuil, la perte mais aussi les enjeux de la vie en diaspora, le contact avec l’Autre, les échanges culturelles ainsi qu’une multitude de travaux de recherche portant sur différents aspects de la culture et l’histoire arméniennes.

Cet essor littéraire, cinématographique et scientifique permit d’établir le dialogue au sein de chaque communauté mais aussi à travers les communautés, en mettant l’accent sur le lien qui réunit les différentes communautés entre elles à travers le monde : L’identité culturelle commune mais aussi la cause du déracinement : le traumatisme partagé qui mobilise l’activisme en faveur de la cause arménienne à partir du pays d’adoption et à l’aide des organisations arméniennes internationales. Mais de façon tout aussi considérable, cette démarche artistique et scientifique de la diaspora arménienne vise à relier le passé avec le présent, l’ici avec l’ailleurs et la communauté avec les peuples qui accueillirent les Arméniens : en France, en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, en Grèce. 

Nous décidâmes d’entamer cette recherche en profitant de la diversité des communautés et des expériences diasporiques afin de déceler les modalités de réinterprétation des mythes, symboles et autres éléments constituant l’identité ethnique arménienne reterritorialisée dans un contexte social et ethnique diffèrent par rapport au pays d’origine, mais aussi avec comme objectif d’examiner l’évolution de ce bagage ethnique à travers le temps. Notre analyse comparative porte ainsi sur des écrivains d’origine arménienne d’expression anglaise et française, issus de deux grandes communautés diasporiques, la communauté des Arméniens en France et celle des États-Unis.

Le choix des deux communautés fut établi à la fois sur des critères démographiques, étant donné que la communauté arménienne-américaine est la deuxième plus grande communauté diasporique arménienne après celle de Russie, et la communauté française est la plus grande en Europe, et parmi les plus grandes au monde, mais aussi méthodologiques, puisque nous souhaiterions privilégier des textes originaux rédigés dans des langues maîtrisées par la rédactrice de la présente thèse et avoir recours à des traductions seulement dans les rares cas où les œuvres en langue originale seraient épuisées ou introuvables.

Tout en maintenant un point d’ancrage dans la littérature produite dans l’Hexagone, nous voudrions établir une comparaison avec la littérature produite par des écrivains d’origine arménienne dans un pays comme les États-Unis. L’étude de la représentation de l’identité arménienne de la diaspora et  de l’évolution des mythes et symboles dans les textes prend en considération les éléments sociaux et démographiques ainsi que les mouvements politiques et idéologiques qui influencèrent la perception des étrangers et de l’immigration dans les deux pays.

Notre travail de thèse concerne quatre écrivains ayant vécu ou vivant en France et aux États-Unis.  Le choix des quatre écrivains était déterminé par leur usage presque exclusif de la langue du pays d’accueil dans leurs œuvres, ainsi que leur appartenance à la première ou deuxième génération d’immigration après 1915. Souhaitant donner  davantage du relief à cette thèse comparatiste et ainsi vérifier le caractéristique de « point zéro » accordé par plusieurs chercheurs au sujet du génocide (Hovanessian : 1992 : 23), qui pourrait justifier le clivage crée entre les générations d’immigration qui précédèrent le grand éclatement de violence génocidaire, et celles qui furent le produit de cette violence de manière directe ou en tant qu’héritiers de la mémoire du génocide, nous choisîmes d’enrichir notre corpus avec les œuvres d’un écrivain dont la famille migra aux États-Unis dix ans avant les faits. La mise en perspective des représentations littéraires des mythes, des symboles et en particulier du génocide tirées des oeuvres des écrivains dont les familles avaient subi l’exode définitif de 1915 comme Victor Gardon, de son vrai nom Vahram Gakavian qui vit le jour à Van, dans l’ancien royaume de Vaspourakan désormais en Turquie et qui avait survécu du génocide avec sa famille, David Kherdian né en 1931 dans le Wisconsin de parents orphelins rescapés du génocide, et Denis Donikian, né en Isère de parents rescapés, avec celles de Saroyan, issu d’une famille protestante qui avait migré en 1905 à l’exhortation des missionnaires protestants, poussée par l’attente d’un avenir meilleur, nous permettrait de constater le décalage dans les modalités de représentation, dans leur intensité et leur persistance et dans l’effet de la prégnance de la mémoire communautaire dans la manière dont le génocide impacta différentes générations d’Arméniens  et leurs modalités d’écriture.

La démarche d’étude des écrivains s’exprimant dans la langue du pays d’accueil permet de constater la possible reconfiguration et réintégration des symboles et des mythes ethniques ainsi que leur apport dans la société du pays d’accueil lorsque les écrivains font appel à un plus grand lectorat et/ou un lectorat bilingue/non-arménophone. La décision d’écrire dans une langue autre que la langue arménienne, relève soit de l’impossibilité d’utiliser (parfaitement) l’arménien à des fins littéraires, soit de l’envie de ces écrivains de s’adresser à un lectorat en dehors de leur communauté.

Si cette décision pourrait signaler une assimilation linguistique, elle ne présuppose pas pour autant l’abandon des thématiques arméniennes, ou une acculturation totale et le déni des racines, mais investit plutôt un espace tiers d’échange entre l’écrivain et son lectorat, et aborde des perspectives interculturelles lorsque, par exemple, l’identité ethnique est scrutée à travers les valeurs de la culture dominante et vice versa, créant des configurations nouvelles qui enrichissent autant les lecteurs, arméniens ou français/américains que l’écrivain. Indépendamment de la cause qui motive le passage d’une langue à l’autre, la littérature produite par une minorité dans la langue majoritaire est une démarche interculturelle, car elle établit une rencontre féconde, un terrain d’échange qui affecte les relations entre le groupe minoritaire et le groupe majoritaire de manière réciproque.

  Vasquez, Clanet et Mbodj remettent en cause le concept d’acculturation comme étant d’une part linéaire, car basé sur un modèle de relations asymétriques entre le groupe dominant doté d’une culture dominante et le groupe dominé qui est censé accepter ou rejeter la culture dominante, d’autre part essentialiste car il néglige la contribution des minorités dans la recontextualisation de la culture dominante (Guerraoui : 2009). Clanet le remplace avec le concept d’interculturation qui reflète trois processus indicatifs de la dynamique et de la pluralité des relations sociales: l’assimilation,  la différenciation et la synthèse originale. Nous nous intéressons à l’échange reflétant le dynamisme culturel qui pourrait se manifester à travers les œuvres des écrivains : leurs contradictions mais aussi leurs changements de points de vue, ainsi qu’à la représentation de ces trois processus (assimilation, différentiation, synthèse) dans le corpus étudié.

Pour cela nous privilégiâmes une étude non seulement diachronique et spatiale entre trois générations d’écrivains et entre deux pays qui ont abrité de grandes communautés arméniennes, mais aussi une analyse diachronique englobant la quasi-totalité de l’œuvre des écrivains, écrite dans la langue du pays d’accueil qui nous permettait d’avoir un meilleur aperçu des prises de position et du possible recul des écrivains par rapport aux positions prises dans différents moments de leur vie (références à l’enfance, à l’adolescence, différents moments dans l’âge adulte), ainsi que du processus d’échange, de confrontation et de négociation avec les autres communautés avec lesquelles ils rentrèrent en relation tout au long de leurs vies.

Concernant en particulier les représentations du génocide en tant que « mythe fondateur de la diaspora » (Hovanessian), nous nous intéressons à la manière dont les écrivains l’évoquent dans le contexte de la mémoire culturelle, d’un point de vue comparatiste, alimenté par la coexistence de différentes mémoires collectives, minoritaires ou marginalisées, au sein d’une société plurielle mais aussi par la fonction naturelle du cerveau à produire du sens à partir des évènements à travers des analogies, des comparaisons et des croisements. À quel degré la mémoire collective arménienne fait-elle preuve d’une dynamique interculturelle au sein des oeuvres du corpus? Comment les différentes mémoires historiques pourraient dépasser la barrière spécifique de leur communauté et se mettre en relation avec d’autres mémoires historiques des communautés également présentes sur le territoire américain ou français ? Les nouvelles manières de créer des représentations du génocide à l’époque des sociétés multiculturelles et de la mondialisation permettent de scruter l’évènement sous un angle qui permet d’établir une mémoire culturelle plurielle et créer des réseaux de solidarité et des intersections. Cet aspect de la recherche fut motivé par les recherches de Michael Rothberg (2009) sur la mémoire multidirectionnelle dans  Multidirectional Memory, Remembering the Holocaust in the Age of  Decolonization  où il étudie l’intersectionalité des mémoires de la Shoah et de l’époque postcoloniale dans la littérature et les arts. 

Finalement nous souhaiterions s’attarder sur l’image de soi que ces écrivains véhiculèrent à travers leurs œuvres, à savoir dans leur façon de se présenter au monde et de s’imposer au champ littéraire, donc à la fois face à leur communauté, mais aussi face au reste de la société où ils vivent et où ils publient leurs oeuvres. Grâce au caractère souvent autobiographique ou puisant des expériences personnelles et familiales des œuvres étudiées dans le cadre de notre thèse, nous plongeons au cœur des processus thérapeutiques de l’écriture et de la tentative de synthèse entre l’identité ethnique héritée (en lien avec le lieu perdu), la conscience communautaire diasporique et les exigences et nouveaux défis de la vie dans un nouveau lieu investi. Par quels moyens l’écriture et le statut d’écrivain réussiraient-ils à minimiser ou à palier le tiraillement propre à la diaspora qui situe le sujet dans un perpétuel entre-deux, toujours en quête d’équilibre entre l’identité ethnique et l’identité nationale du pays d’adoption ? Denis Donikian considère la création comme un «espace» privilégié d’union et de fusion d’éléments opposés, à savoir le devoir de mémoire  d’un ailleurs et le fait de vivre ici et maintenant :

De fait, plus qu’à l’ambiguïté, je suis condamné au conflit, écartelé entre les injonctions de l’histoire dont je suis le fils et les appels de la vie ordinaire, entre le culte du temps communautaire et la présence du vivant.  Dès lors, l’unique synthèse, si synthèse il y a, se trouvera dans la nécessité de transformer la malaise en expression créatrice.  (1995 : 11)

Ce processus ne doit pas être exclu de la recherche sur la recontextualisation des mythes et des symboles car c’est précisément l’envie de se projeter par la symbolisation artistique, de témoigner d’une appartenance problématique ou tenter de la palier, de produire une synthèse entre ici et ailleurs, de déconstruire et reconstruire, d’assurer une certaine cohérence et continuité malgré la discontinuité vécue auparavant qui motive les écrivains.

16 novembre 2019

SCANDALE À LA ROYALE

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 1:04

Ségolène Royal

le scandale de la reine des neiges continue

 FLASH INFO 

Une nouvelle enquête de Radio France révèle de nouveaux éléments scandaleux sur les activités de Mme Ségolène Royal. [1]

Cette dernière utilise son poste d’ambassadrice des pôles pour sa propre promotion politique et enchaine les dépenses somptueuses et inutiles au frais du contribuable.

Nous apprenons ainsi que :

  • Ses assistants (payés par le Quay d’Orsay pour l’ambassade des pôles) sont également utilisés pour des séances de dédicace de son livre, des visites d’usine ou encore des inaugurations de salon. 

  • Ses frais de mission sont passés d’environ 30 000 euros (sous l’ancien ambassadeur M. Michel Rocard) à plus de 100 000 euros. 

  • Elle dépense des montants importants et inutiles pour des trajets en VTC. 

Il devient urgent de destituer Mme Royal de sa fonction.

L’ambassade des pôles n’a pas pour objectif de servir de plateforme pour un ancien ministre et sa cour.

Signez et partagez cette pétition autour de vous !

    Je signe la pétition    

Sources :

[1] https://www.franceinter.fr/politique/enquete-sur-les-moyens-publics-du-quai-d-orsay-utilises-par-segolene-royal#xtor=EPR-5-[Meilleur15112019]

14 novembre 2019

Peut-on faire une overdose de vitamine D ?

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:35

Chère amie, cher ami,

La question n’est pas de moi. Elle a été posée par un médecin américain dans une chronique récente (1), le Dr Marc Micozzi, dont je suis les chroniques régulières. 

Il s’insurge de voir qu’une étude publiée dans un journal scientifique reconnu ait pu mettre en avant un lien entre insuffisance rénale et prise excessive de vitamine D.

Cette publication est le Canadian Medical Association Journal. 

Ce qui choque notre bon médecin, c’est que le titre de l’étude est trompeur. Et que le lecteur pressé, comme le sont souvent les médecins, pourrait en conclure qu’il existe de grands dangers liés à la vitamine D alors qu’en réalité, ils sont presque inexistants.

Evidemment, cette chronique s’inscrit dans un contexte particulier. Aux Etats-Unis comme en Europe, les administrations sont frileuses face à la consommation de compléments alimentaires.

Elles s’inquiètent beaucoup moins de la consommation massive de médicaments.

Pourtant, la prise de certains compléments alimentaires de qualité à des moments choisis de l’année pourrait être très bénéfique.


Pour ceux qui ne le connaissent pas : Marc Micozzi, un pionnier de la lutte contre le cancerMarc Micozzi est une figure publique aux USA, connu notamment pour ses recherches sur le cancer et ses prises de position contre le tout-médicament.  

Le Dr Micozzi a fait partie d’un petit groupe de médecins envoyés en Chine en 1987, alors que la Guerre Froide faisait rage… pour étudier des substances naturelles utilisées par la médecine traditionnelle chinoise contre le cancer – dans le plus grand secret, bien entendu. 

À la fin des années 2010, après 30 ans de recherche, Marc Micozzi a enfin achevé son protocole anti-cancer, commencé en 1987 sur les bords de la rivière Yangtze en Chine…>>> Cliquez ici pour en savoir plus sur le « protocole Micozzi » <<<

L’histoire du touriste canadien

Que nous dit Micozzi ?

D’abord que l’étude ne porte que sur qu’une seule personne. C’est peu pour faire une généralisation !

Ensuite, que l’histoire racontée est un peu biaisée.

Que s’est-il passé en réalité ? Nous avons un touriste canadien de 54 ans. Il revient de deux semaines de congés en Asie du Sud-est. Chaque jour, il s’est prélassé au soleil entre 6 et 8 heures, habitude agréable peut-être mais délétère pour sa santé ! Car à force de prendre le soleil, il s’est déshydraté. Et c’est l’un des facteurs de risques premier pour les problèmes de reins.

Par ailleurs, il a de la goutte, une tension élevée et prend des médicaments, dont des diurétiques, pour soulager ces maux. C’est là aussi un facteur de risque important pour les problèmes rénaux. 

Enfin, dans sa famille, l’insuffisance rénale est un mal connu. Deux de ses proches parents en souffrent et ont recours à des dialyses.  

A son retour, il ne sent pas très bien. Il consulte le médecin de famille. On fait les analyses sanguines de routine. Verdict : il a des niveaux élevés de créatinine dans le sang. 

Le médecin est catégorique : c’est un indicateur de dysfonctionnement des reins ! Le patient se voit prescrire d’autres médicaments. Mais il ne sent guère mieux. Il va voir un spécialiste. Ce dernier apprend que l’homme prend entre 8000 et 12000 IU de vitamine D par jour depuis plus de 2 ans.

On s’aperçoit qu’il a un niveau toxique de vitamine D dans le sang. On lui donne d’autres médicaments pour faire réduire cette vitamine D. On lui diagnostique une maladie rénale de moyenne gravité. 

Ce n’est donc pas une insuffisance rénale et aucune dialyse rénale n’est nécessaire. Le patient peut rentrer chez lui et vivre « normalement » pourvu qu’il adopte une vie saine et qu’il évite de se déshydrater.

La colère de Micozzi

Pourquoi cette histoire a-t-elle tant mis en rogne notre bon médecin ?

D’abord parce qu’elle est exagérée. Il n’y a qu’un simple problème au rein, pas d’insuffisance rénale, qui est une maladie grave qui fait peur à tous : médecins et patients.

Ensuite, il y a de nombreuses causes au problème de ce monsieur. Et la complémentation en vitamine D, retenue par le spécialiste comme cause principale, n’en n’est qu’une parmi d’autres. Selon Micozzi, l’exposition au soleil est beaucoup plus grave car, elle induit une augmentation considérable de vitamine D incomparable avec ce que l’on peut espérer obtenir avec une complémentation, fût-elle excessive.

Et surtout, c’est un message qui va à l’encontre de la santé publique.

Car pour un cas où la vitamine D n’était peut-être pas indiquée, en tout cas, pas dans les quantités prises par le patient, il existe des millions de cas où le vrai problème est inverse.

C’est parce que les personnes manquent de vitamine D qu’elles sont malades, fragiles ou qu’elles peinent à retrouver leur forme.

Et évidemment cette étude s’inscrit dans le cadre d’une controverse scientifique plus générale sur le rôle que pourrait avoir la vitamine D sur la santé.

Une étude à oublier !

Selon Micozzi, cette étude est à ignorer. Il estime qu’il s’agit d’un cas extrêmement spécifique qui ne s’applique pas à la plupart des gens.

Selon lui, vous pouvez donc continuer à prendre jusqu’à 10000 IU par jour. 

C’est évidemment beaucoup plus que ce que préconisent de nombreux experts qui se limitent à 2000 à 4000 IU par jour.

Pour ma part, vous me connaissez, je pense qu’il faut savoir être prudent et apprendre à se connaître. En cas de doute, échangez avec votre médecin, votre ostéo et/ou votre naturo !

Une chose est sûre, dans l’hémisphère nord, beaucoup de personnes manquent de vitamine D en hiver et une supplémentation peut être une solution pour renforcer votre santé.

Les bienfaits de la vitamine D

Pourquoi les débats sont-ils si passionnés autour de la vitamine D ? 

Parce que tous les jours des chercheurs mettent en évidence les nombreux bienfaits de la vitamine D, tandis que dans le même temps, les recommandations des administrations de santé ne changent pas ou peu.

Pour de nombreux praticiens, la vitamine D est un des éléments fondamentaux de votre santé.

Pourquoi ? 

Parce qu’elle est absolument nécessaire à de très nombreuses fonctions du corps.

Elle agit directement au niveau de l’ADN contenu dans vos cellules. Elle sert même de « clé de lecture » de cet ADN. La vitamine D permet l’expression ou non de certains gènes. Elle pourrait réguler jusqu’à 3000 gènes de votre corps sur les 30 000 dont vous disposez. C’est considérable (2).

Cette action au cœur de la cellule explique les nombreuses vertus dont on pare la vitamine D. Elle aurait des effets positifs sur (2) : 

  • L’hypertension 

  • Les maladies cardiovasculaires ; 

  • L’obésité 

  • L’arthrite rhumatoïde ; 

  • Le diabète de type 1 et 2 ; 

  • La sclérose en plaques ; 

  • La maladie de Chron ; 

  • Le rhume et la grippe ; 

  • L’inflammation de l’intestin ; 

  • La démence ; 

  • La tuberculose ; 

  • Les infections MRSA 

  • L’infertilité ; 

  • Les mélanomes ; 

  • La dépression ; 

  • La schizophrénie ; 

  • La maladie d’alzheimer ; 

  • L’ostéoporose. 

  • Le cancer 

Par ailleurs, la vitamine D serait également utile pour vous aider à détoxifier votre corps.

Que de vertus !

Attention, cela ne fait pas de la vitamine D une panacée.

Cela veut simplement dire qu’une carence en vitamine D est potentiellement dangereuse.

Si donc vous devez avoir une inquiétude, mieux vaut qu’elle soit sur le risque de manquer que celui de faire une overdose !

A méditer avant que l’hiver ne s’installe !

Naturellement vôtre,

Augustin de Livois

Après l’homéopathie, l’herboristerie

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 2:15

Herboristerie : le rapport qui fait PEUR
Chers amis du Naturel,

Le Sénat a lancé une « mission d’information » sur l’herboristerie !

Spontanément, mon petit doigt m’a dit « méfiance »……alors j’ai un peu enquêté…

…et ce que j’ai découvert a confirmé mes pires craintes.

Comme vous le savez peut-être, le diplôme d’herboriste a été supprimé par le régime de Vichy, en 1941.

Résultat : les herboristeries ont disparu, les unes après les autres.

Seules les pharmacies ont eu encore le droit de vendre des plantes médicinales…

… mais elles ont abandonné cette mission, pour se concentrer sur les médicaments !

Il faut dire qu’une boîte de médicament est plus facile à stocker que des plantes !

Et puis, la phytothérapie (médecine par les plantes) exige un grand savoir traditionnel.

Or ce savoir a été perdu, au fil des années.

À la faculté, les étudiants en pharmacie n’apprennent plus que les molécules chimiques… les plantes traditionnelles sont ignorées, dédaignées, voire méprisées.

Et cela vaut même pour les huiles essentielles : une enquête récente en Suisse a montré que la plupart des pharmaciens ne savent absolument pas comment s’en servir !!! [1] 

Au total, tout a été fait pour qu’il soit très difficile de se soigner naturellement, avec des plantes.

Et les rares herboristes qui résistent à l’oppression sont poursuivis comme des malfaiteurs !Persécutés parce qu’ils vendent des plantes médicinales !En France, la « police de la santé » a fait fermer les herboristeries, les unes après les autres.

Longtemps, l’herboristerie du Palais Royal, à Paris, a « résisté à l’envahisseur », grâce à la ténacité de Michel Pierre, un immense spécialiste des plantes et des tisanes.

Mais Michel Pierre a fini lui aussi par être traîné en correctionnelle, sur plainte de l’Ordre national des pharmaciens… et condamné pénalement à des amendes par la Cour d’appel.

Et pourtant, dans son réquisitoire, même le Procureur de la République a souligné l’absurdité de la situation :
« Formellement, vous serez déclaré coupable, mais j’ai totalement conscience des limites de cette loi puisque l’on est dans une impasse totale. On peut aussi déplorer que le savoir-faire des herboristes, qui existent depuis des siècles, voire depuis toujours, et qui sont les ancêtres des pharmaciens, se perde… J’espère que les législateurs trouveront les moyens de régulariser les choses »
Pour un autre herboriste parisien, Jean-Pierre Raveneau, la sanction a été encore plus sévère.

En 2016, il a été condamné à un an de prison avec sursis pour « exercice illégal de la pharmacie en récidive »… alors qu’il est lui-même docteur en pharmacie !

L’un de ses « crimes » était d’affirmer que 80 % des maladies pouvaient être combattues avec des plantes… ce qui est rigoureusement exact !

La vérité, c’est que Big Pharma n’aime pas la concurrence :On marche sur la tête !!!Pour l’industrie pharmaceutique, la situation actuelle est idéale : seuls les pharmaciens ont le droit de vendre des plantes médicinales… mais aucun, ou presque, n’utilise ce droit… ce qui empêche les patients de se soigner naturellement… et laisse libre cours au « tout médicament chimique » !

On atteint ainsi un sommet dans l’absurde.

Les herboristes, ceux qui détiennent le savoir traditionnel sur les plantes :N’ont pas le droit de vendre des plantes qui guérissent, en dehors des 148 plantes autorisées à la vente ;
Et sur ces 148 plantes autorisées, ils n’ont pas le droit de conseiller les gens sur la façon de les utiliser pour se soigner !Un herboriste peut être condamné simplement pour avoir dit qu’une tisane au thym ou au romarin soigne un rhume ou un mal de gorge !

Et pendant ce temps-là, les pharmaciens vendent massivement du Doliprane sans la moindre restriction, alors que ce médicament est la cause numéro 1 des hépatites fulminantes en Occident !

Écoutez Thiery Thévenin, auteur de « Plaidoyer pour l’herboristerie » :
« Les pharmacies devraient d’abord balayer devant leur porte avant de s’en prendre aux personnes qui s’intéressent aux plantes. À ma connaissance, l’herboristerie de la place de Clichy n’a intoxiqué personne. Il faut relativiser la dangerosité des plantes. En revanche, combien de gens ont-ils été envoyés à l’hôpital à cause des médicaments ? »
Voilà pourquoi Thierry Thévenin se bat, avec d’autres, pour recréer un diplôme d’herboriste, comme il en existe en Allemagne, en Belgique ou en Suisse.

Et figurez-vous que le Sénat en France a décidé de s’emparer du sujet !À quelle sauce allons-nous être mangés ?Le 18 avril 2018, le Sénat a lancé une « mission d’information le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales, des filières et métiers d’avenir ».

En apparence, cette mission semble être un progrès. Enfin on parle de ce sujet !

Le sénateur chargé de préparer le « rapport », Joël Labbé est d’ailleurs un écologiste sincère, convaincu de l’intérêt de l’herboristerie.

Et pourtant, mon premier réflexe a été d’avoir peur.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que le parti au pouvoir, « En Marche », est très proche de Big Pharma.

Pensez à la loi sur les 11 vaccins obligatoires… à l’offensive contre l’homéopathie… au déchaînement de la répression contre les thérapeutes « alternatifs ».

Croyez-moi : jamais Emmanuel Macron ni la ministre de la Santé Agnès Buzyn n’autoriseront la libération de l’herboristerie !

Et ma petite enquête a confirmé ma première intuition. Savez-vous qui est la présidente de cette mission d’information ?

Une pharmacienne !

Et pas n’importe laquelle : il s’agit de la sénatrice Corinne Imbert, une des plus ferventes défenseurs du lobby des pharmaciens ! [2]

Ces dernières années, elle s’est même élevée contre l’interdiction d’asperger les vignes avec des pesticides lorsqu’elles sont à côté de zones d’habitation ! [3] 

Dans une autre intervention, elle souhaite mettre fin au monopole de la vaccination par les médecins, demandant que d’autres professionnels de santé puissent vacciner massivement. [4]

Et même sur cette fameuse mission parlementaire, Corinne Imbert n’a pas fait mystère de ses intentions !!! Elle l’a dit dans la presse, très explicitement : [5]Il n’est pas question pour elle de reconnaître un diplôme d’herboriste ;
Ce qu’elle veut, en revanche, c’est un « encadrement » du secteur !
Et au cas où vous auriez un doute sur cet « encadrement », voici ce qu’elle explique :
« Il faut aussi faire attention. Il y a eu des travaux de fait sur des dérives sectaires, sur le danger que peut représenter, pour certains patients qui souffrent de pathologies lourdes, l’arrêt de traitement au bénéfice de médecines naturelles. Attention, il ne faut pas tomber dans le charlatanisme et dans des dérives sectaires, parce que ça existe, ça a existé et ça peut encore exister. Il faut avant tout préserver la sécurité sanitaire ».
Sa préoccupation, vous l’avez compris, n’est pas DU TOUT de permettre aux citoyens de se soigner naturellement, avec des plantes.

C’est tout le contraire ! Elle veut rendre le cadre actuel encore plus restrictifqu’avant !

Croyez-moi, je vais suivre ce dossier avec LA PLUS GRANDE ATTENTION.

Et comptez sur moi pour vous appeler à vous mobiliser s’il le faut !

Votre dévoué,

Guillaume Chopin
Association Santé Naturelle

30 octobre 2019

Je hais Pachinian ( en arménien)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 10:01

23 octobre 2019

Ցավդ տանեմ

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 9:14

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1 Լինում է, չի լինում, հեղափոխություն է լինում

Հոկտեմբեր ամսվա Nouvelles d’Arménie magazine կայքում Ֆիլիպ Րաֆֆի Գալֆայանի քննադատական հոդվածին ինչ ավելացնել, քանի որ դժվար կլինի չկիսել որոշ փաստեր, որ ներկայացրել է։ Հետևությունն ապացույցներ ունի և այն հիմնվում է փաստերի վրա, որ դժբախտաբար, չի խոսում Հայաստանի Վարչապետի օգտին։ Իրավաբան չլինելով՝ մենք չենք թափանցի Իրավաբանության գաղտնարանները, թե ինչպես են մարտնչում և նախատվում ներկայումս Հայաստանում։ Այնուամենայնիվ, սխալմունքները, եթե չասենք՝ այս ու այնտեղ արձանագրված անկատարությունները, մեզ չեն մղում դատապարտել նոր վարչակարգն այն չափով, թե հայոց հարցն առավել արժանի է ընդունել իր ամբողջականության մեջ, քան իրավաբանորեն՝ ճշգրիտ կերպով, հաշվի առնելով երկրի քաղաքական կոնտեքստը, իր տնտեսական հրամայականները, իր մտայնությունները, որ իշխում են այնտեղ․ երեք տասնամյակի տառապանքների և ստորացումների ենթարկված լինելով՝ արդարության և երջանկության ծարավի մի ժողովրդի կողմից, չհիշատակելով խորհրդայնացման 70 տարիները կամ այն փաստը, որ Հայաստանը մնում է փոքր երկիր բնակչության թվաքանակի առումով, որ կարող էր ամեն վայրկյան պայթել քողարկված շնչասպառ պատերազմի մեջ, երեսուն տարուց ավելի, համարյա պաշարված՝ ժառանգաբար հասած մի թշնամուց, արևմտյան մասում։ Այդ դժվարին և սերտորեն շերտադասված բաղադրիչները պետք է հաշվի առնի յուրաքանչյուր ոք, ով կփորձի վերլուծել Հայաստանի Վարչապետի որոշումները, առաջընթացները և սխալները։

(Իհարկե, Իրավունքը պահպանել մի ժողովրդավարական երկրի համար, հիմնում է գետնախարիսխը, որի վրա կարող է կառուցել արդար և բարգավաճ հասարակություն։ Եվ պարոն Գալֆայանը իրավացի կլիներ մտածել, որ ներկայիս Հայաստանը, ըստ այս միակ իրավաբանական հեռանկարի, եթե քաղաքանության պատասխանատու անձինք, սկսած Վարչապետից, որ վերաբերում է նրանց, բռնազբոսիկ կերպով հաշվի առնեին տեսականու համար ավելի ծավալուն պարտավորություններ։ Ամուլսարի ոսկու հանքի դեպքը բավական է ցույց տալու համար, այնքանով, որ կենտրոնացնում է հակասական շահերի մի մեծ քանակություն, որ կաթվածահար են անում ամեն տեսակի որոշում։ Բնապաշտպանները չեն ուզում հաշվի առնել դա, ինչպես նաև մերձակա շրջանների գյուղացիները, որ հունիսի 23- ից փակում են ճանապարհները։ Ինչ վերաբերում է Լիդիանի կազմակերպությանը, նա պնդում է, որ կօգտագործի մի տեխնոլոգիա, որը չի վնասի տեղային էկոհամակարգին։ Առանց խոսելու մարդու իրավունքների Միջազգային Ֆեդերացիայի մասին, որ հետաքննություն է վարել հենց տեղում, աջակցելու հանքի ընդդիմադիրներին։ Ի՞նչ ասել 1400 անձանց մասին, որ ընդունվել են աշխատանքի ձեռնարկության կողմից և հունիսի 23-ից չեն աշխատել։ Ինչ վերաբերում է կառավարությանը, նա ժառանգել է այս խառը գործը, ստորագրված կասկածելի պայմաններում նախկին համակարգի կողմից : Փաշինյանը, որ աշխատատեղեր է խոստացել հայերին, պե՞տք է, ընդհակառակը, հրաժարվի իր խոստումներից՝ կրճատելով այդ աշխատատեղերը։ Իմանալով, որ չի կարող ճոխություն թույլ տալ իրեն Լիդիան ընկերության կողմից հարուցված դատավարությունից, ոչ էլ ընդդեմ նրա՝ կամայական որոշում ընդունել, որը կդարձնի ավելի անվստահելի Հայաստանում ներդրումներ անողների աչքին։ Միշտ կարող ենք ասել, որ չենք կարող հանդիմանել նրան որևէ խուսափումի համար, քանի որ նա հանդիպել է բոլոր ընդդիմադիրների հետ՝ պարզելու համար իրավիճակը։ Հիմա հեռու ենք նախկին վարմունքներից, երբ որոշումները փակ դռների ետևում էին ընդունվում :

Համենայն դեպս, նկատի առնելով նախկին և նոր վարչակարգի միջև եղած անցումը, որ կատարվել է առանց արյունահեղության, մեզ անտեղի է թվում Պետական հեղաշրջում կատարելու հարցը։ Իրականում, ըստ մեր իմացության, չի եղել Սարգսյանի իշխանության հեղաշրջում, ոչ անօրինական, ոչ բռնի ձևով: Նույնիսկ հեղափոխությունը, եթե հեղափոխություն եղել է, ուժի միջոցով չի արվել։ Հետևաբար, պարոն Գալֆայանը թող ներող լինի․ անցումային այս երկու միջոցները չէին կարող, ըստ մեզ, վերագրվել Հայաստանին։ Ավելացնեմ, որ այս «հեղափոխությունը» քաոսից դուրս չի եկել, այլ հասունացել է հայ ժողովրդի կողմից երեսուն տարվա շարունակական ընդվզումներից հետո, այս ու այն տեղի հետ կապված՝ քաղաքացիական պատերազմի բազմաթիվ սկզբնավորումներով, ինչպես ասենք՝ մարտի 1-ով, և ընդհանուր փոփոխության կամքը հաստատվել էր որպես հայտնի դարձած արտահայտությամբ՝ թափանցիկ և անվիճարկելի ընտրությամբ, առաջինը, որ տեղի էր ունեցել հանրապետության իշխանության հաստատվելուց ի վեր։

Այս կոնտեքստում պետք է ընդունել Սերժ Սարգսյանի, ինչպես արդեն արտահայտվել ենք, արժանիքը, երբ հաստատեց, որ Փաշինյանն իրավացի է և ճիշտ է տեսնում երևույթները։ Պետք է ողջունել նրա արիությունը, երբ վայր դրեց իր լիազորությունը պետական այրին արժանավայել վարքով, մտահոգված լինելով ավելի շուտ ազգի հարցով, քան իր քաղաքական դասակարգի շահերով։ Չենք համարձակվի հարց տալ մեզ, թե ինչ կպատահեր, եթե իրեն համար ստորացուցիչ այս արարքը հակադրվողների հետ համաձայնեցված չլիներ, այսինքն, հայ ժողովրդի մեծամասնության հետ։ Ի միջի այլոց, կարո՞ղ էր այլ կերպ վարվել, երբ փողոցի ճնշումը այդքան զանգվածային էր ու միասնական։

Մինչդեռ, պետք է ընդունել, որ ով կազմակերպեց այս «հեղափոխությունը» և որպես օրինակ վերցրեց Նելսոն Մանդելային, սկսած այն պահից, երբ փոխանակ հույս դնելու հաշտեցման և կայունության ամրապնդման վրա, ինչպես իրավամբ շեշտում էր պարոն Գալֆայանը, ուժեղացրեց տարբերակումներն իր կուսակցության, որ ենթադրվում է ներկայացնել ժողովրդին, և Հանրապետականների կուսակցության միջև։ Մնում է իմանալ, արդյո՞ք հանրապետական կուսակցության անդամները լուծարվելու էին ազգային հաշտեցման մի համակարգում։ Կարող ենք դրանում կասկածել, և առաջին կասկածողներից մեկը եղավ Վարչապետը, որ բանտ ընկավ նույն Հանապետականների ձեռքով։ Միշտ առկա է այն փաստը, որ ռասայական խտրականության քաղաքականությունը, նկատի ունենալով այն զարգացումը ժողովուրդների սև ու սպիտակ մասի բաժանումով, այլապես ավելի դաժան էր ու անարդար, քան հայ ժողովրդի կուրորեն մեկուսացումը Հանրապետականների կողմից։ Այնինչ, Մանդելան քսանյոթ տարվա բանտարկությունից հետո կհամարձակվե՞ր իր երկրի ապագան կերտել՝ ընդդեմ սեփական ոխի և ընդդեմ Սևերի ռևանշիստական ոգու, իմանալով, որ այդ ապագան չէր կարող իրականանալ, եթե շարունակեին գոյատևել ռասայական և քաղաքական հակամարտությունները, որ բզկտել էին ժողովուրդներին։

Համաձայն եմ պարոն Գալֆայանի հետ, որ անհրաժեշտ էր վարել անցումային մի քաղաքականություն՝ հիմնված ժամանակավոր սահմանադրության վրա։ Մինչև իսկ, եթե ինձ ցնցում է այնպիսի Սահմանդրության փաստը, որ լիովին իր շահերից բխեցնելով հարմարեցված և ձևակերպված է մի նախագահի կողմից, դրա համար պետք է պատսպարվի ամեն տեսակի դատական հետապնդումներից, սա ևս ցնցում է ինձ, ինչպես նաև այն փաստը, որ դրա հեղինակը՝ Ռոբերտ Քոչարյանը, շան նման բանտ է նետվել այն դեպքում, երբ նրա դատավարությունը դեռ ընթացքի մեջ է։ Ոչ մի իշանություն չպետք է անտեսեր այն փաստը, թե նոր ժողովրդավարության մեջ կամ նորմանալու ուղու վրա կանգնած իշխանության մեջ յուրաքանչյուր մեղադրյալ այնքանով է անմեղ, որքանով նրա հանցանքը դատավարության կողմից դեռևս հաստատված չէ։ Այսօր Քոչարյանի տեղը ճաղերի ետևում չպետք է լիներ։ Նա պետք է լիովին վայելեր քաղաքացու իր ազատությունը դատավարության ողջ ընթացքում, երկրից չբացակայելու պայմանով։ Եվ ինչ, Հայաստանը Ճապոնիային նախանձելու պատճառ ունի՞, որ Կարլոս Գոնին բանտ գցեց, նախքան վերջինս կիմանար ինչի՞ համար էին իրեն մեղադրում։ Թուրքիային նույնպես նախանձելու կարիք չկա, որ բանտում է պահում Օսման Կավալային, այն դեպքում, երբ ոչ մի իրական ապացույց չի ներկայացված իր հանցանքի համար։ Ի միջի այլոց, անցյալ տարվա հոկտեմբերի 8-ին դատարանում մեկենասի հայտարարությունը հնչում է որպես հիշեցում՝ իրավունքի հանդեպ ունենալիք հարգանքի մասին․ « Այն փաստը, որ երկար ժամանակ կալանավորված եմ, երբ դատարանը իմ մեղավորության մասին ապացույցներ չունի, համարվում է իրավունքի հանդեպ հավելյալ բռնություն։ Խոսքը վերաբերում է անօրինականություն և խտրականություն ցուցաբերող դատավարությանը, նման ձևով պատիժ սահմանելու համար։ Պահանջում եմ, որ դատարանը վերջ դնի այս անօրինական, խտրական գործողությանը»։ Նման պատժամիջոցը պատիվ չի բերում նոր ժողովրդավարությանը, որին ձգտում է Հայաստանը։

Այն փաստը, թե դա ժողովրդի պահանջն է, ինչպես Փաշինյանի դեպքում, այս ու այնտեղ հարկադրաբար կասկած է հարուցում՝ նկատի ունենալով կարճեցումը, որին հարմարվում է՝ ի վնաս իրականության։ Ժողովրդի 70%- ը դեռ ժողովուրդը չէ, այլ տարբերվում է մնացած 30%-ից, որ իրավունք ունի այլ ձևով մտածել։ Փաշինյանը շփոթում է ժողովուրդը ցույցերի մասնակից ամբոխի հետ, երբ ներկաները ըմպում էին նրա խոսքերը։

Բացի դրանից, հայերը տաքարյուն լինելով, եթե այդպես կարելի է ասել, շտապում են սրբացնել մի ղեկավարի այնքանով, որքանով կարող են սևացնել նրա հակառակորդին։ Քանի անգամ են Քոչարյանին անարգանքի ենթարկել, նրան թուրքի տեղ դնելով։ Մինչդեռ այսօր Փաշինյանը դարձել է աշխարհիկ սուրբ, ում պատկերը սիրտ խառնելու աստիճան ամենուր է։ Պետք է իմանալ, որ հայերը ընդունակ են 180° միանգամից շրջվել, որ զարմանք կպատճառի օտար դիտորդին։ Նրանք, ովքեր գոռում էին «Լևո՜ն, Լևո՜ն» (նկատի ունենք Լևոն Տեր-Պետրոսյանին) շարժման ընթացքում և հետո, որպես թե իրենց փրկիչն էր, կարողացան նույն ոգևորությամբ, հավանաբար 1996 թվին Վազգեն Մանուկյանի հաշվին, հաջորդաբար կեղծված ընտրություններից հետո նրան մղել 1998 թվի փետրվարի 3-ին հրաժարական տալ։ Շահեցին Քոչարյանին։ Այս խոսքերից հետո, Փաշինյանի նման կույր փրկության ուղու վրա գտնվելը անհրաժեշտաբար թուլացնում է քաղաքացու քննադատական ու քաղաքացիական իմաստի արտահայտումը և թևեր է տալիս շահագրգիռ կողմին, եթե ոչ՝ ձեռքերին, որ պատկերացնում է, թե իրավասու է գանակոծել նրան, ով կհակառակվի իրեն։ Այլ կերպ ասած, Փաշինյանն օգտվում է այն համբավից, որը կարող է հակվել իր հեղինակության չարաշահման կողմը։ Այս հեռանկարում, ժողովրդավարությունը կարող է փոխվել բռնապետության։

Իրականում, կարծիքի մեջ ձևավորված տվյալ բարձր դիրքը անառողջ է, նույնիսկ եթե դա հասկանալի է։ Փաշինյանն այս տեսանկյունից դառնում է ատելության զինված ձեռքը, որ գրգռում է հուսախաբության տարիներին ստորացված բնակչության մեծ մասին։ Միշտ մտածել եմ, որ այն ծափահարությունները, որոնցից օգտվում էր միտինգների ժամանակ, խառնված էին ատելությամբ՝ Հանրապետականների դեմ ուղղված։ Այսպիսով, այս մաղձը, նախկին և նոր վարչակարգի ջատագովների միջև տաքացնում է գլուխները և շրջում է ամենուրեք երկրում այնքանով, որ սպառնում է այն խաղաղ վիճակին, որի կարիքն զգում է նորմանալու համար։ Փոխանակ միասին պայքարելու՝ գործի մեջ ներդնելու միջոցները, երկիրն առաջ տանելու նկատառումով, հայերը դատական կռիվների պատճառով խրվել են ցեխի մեջ, էներգիայի կորուստ ունենալով այն դեպքում, երբ ժողովուրդը անհամբերությունից տրոփում է խոստացված վերափոխումների սպասման մեջ։

Այսպիսով, վերափոխումների այս վազքի մեջ բազմաթիվ են խոչընդոտները, որ դանդաղեցնում են Վարչապետի գործողությունը։

Օրինակ, այն հեղափոխությունը, որ վկայակոչում է վերջինս, չէր կարող արդյունավետ լինել առանց կրթված ու նոր էլիտայի, որ կփոխարինեին նախկին աշխատակիցներին։ Հիշեցման կարգով ասենք՝ երիտասարդ Հայաստանը չունի պետական ծառայողների սոցիալական այնպիսի խմբավորում, որը ոչ մի կուսակցությունից կախում չունենա և կապ չունենա ընտրությունների արդյունքների հետ, քանի որ պետք է Պետությունը շարունակելու գործին տրվելու համար ընդունակ լինել վեր կանգնել խորը անորոշությունից և աշխատել նվիրվածությամբ ու անձնուրաց կերպով միմիայն Պետության շարունակության և հասարակության բարօրության համար։ Այլ բառերով ասած՝ հայոց Պետությանը պակասում է մի հաստատություն, որ կձևավորի բարձր պաշտոնյաների, որոնք պատասխանատու կլինեն բարձր կառավարման համար։ Այս անբավարարությունը պարտադրում է նոր վարչակարգին էլիտայի հետ համատեղ աշխատել, որոնք մեծապես կցված են եղել նախկին կառավարության անդամներին և այնտեղ ձեռք են բերել ավտոմատիզմներ, որոնք ավելի շուտ հիմնված են եղել սեփական շահերի, ինքնասիրության, քան ընդհանուր բարիքի համար անհանգստություն ցուցաբերելու վրա։ Ինչը, որ կարող է ներգործություն ունենալ խոր Պետականության կազմավորվածության վրա, այն է, որ այդ ընտրյալները կարողացել են այնպիսի որոշումներ ընդունել, որ իրենց շահախնդրությունները պաշտպանելուն համապատասխանի։ (Ի միջի այլոց, Հայաստանում, ինչպես նաև այլուր, նույնիսկ Ֆրանսիայում, մարդիկ լինելով այնպես, ինչպես կան, իսկ հայերն առավել ևս, պաշտոնյա ընտրյալների ձևավորումը կարող էր սահմանել մի Պետություն՝ սեփական Պետության մեջ, որ խոչընդոտ կհանդիսանար գործադիր մարմնի որոշումների համար)։ Այս փաստացի վիճակը ստեղծում է արգելք կառավարության գործողության համար։ Այս դեպքում, ինչպե՞ս չհասկանալ Փաշինյանին, որ ստիպված է լինելու մաքրել Ավգյան ախոռները, եթե ուզում է կայուն տեղ ունենալ և առաջ գնալ։ Այսպիսով, հայտնվում են փակուղու առջև․ հեղափոխություն կատարելով էլիտարների փոփոխումով, այն դեպքում, որ նորերը չկան։

Նույն ձևով խորհրդային կարգերի անցումը հանրապետությանը, եղել է շատ մեծ դիմակահանդես՝ խաբկանք։ Քանի որ Հայաստանին պակասում էին պաշտոնյաներ, որ ընդունակ լինեին ստանձնել նոր սահմանադրությունը, ստիպված լինելով նախկին դիկտատուրայի ներկայացուցիչներին կրկին ուղեկցել, վտանգի ենթարկվելով փոփոխության ժամանակ՝ կորուստ տալու հարցում։ Իրականում, հանրապետության սկզբում երեկվա ավտոմատայնությունները պարզապես ստեղծվել էին առանց պատրաստման՝ ապրեցնել Անկախության միտքը և տիրող քաոսի առկայությունը, որ առաջացել էր Ղարաբաղի հակամարտության պատճառով։ Այս քաոսից մեծապես օգտվեցին անբարո անձինք՝ ընդլայնելով իրենց բիզնեսը, մինչդեռ հերոսները հոգով-մարմնով նետվում էին մարտի մեջ, վտանգելով իրենց կյանքը զոհել։ Հրատապ տնտեսությունը շուտով կործանման հասցրեց աշխատանքային պայմանները՝ գործարանների և ազգային ունեցվածքների շտապ վաճառք կազմակերպելով։ Քաոսին հաջորդեց անդունդը։ Եվ հնարավոր չէր հաստատել, որ նախագահները, ովքեր եկան Լևոն Տեր-Պետրոսյանից հետո, ընդունակ լինեին հաջողության հասցնել միաժամանակ ազգային պաշտպանության և վերակառուցման հարցերը։

Որքան էլ պարոն Գալֆայանը նույնացնի Փաշինյանին այն Էրդողանի հետ, որ հետապնդում էր Գյուլենականներին, ինձ թվում է նույնքան քիչ իրավացի է, եթե Փաշինյանը, ավելի շուտ, միավորվեր Հանրապետականների հետ, ինչպես վարվեց Էրդողանը Գյուլենականների հետ, նրանց դեմ անխոնջ պայքարելով։ Ի՞նչ տրամաբանությամբ,- կհարցնեք ինձ։ Քաղաքական հավասարակշռության տրամաբանությամբ։ Փաշինյանն իր կյանքը ներդրեց հայ ժողովրդին ծառայելուն, այն դեպքում, երբ Հանրապետականները գործում էին հանուն իրենց կեղտոտ գործերի։ Ինչ վերաբերում է այն հարցին, երբ վերագրում են նրան հաշվենկատություն, նույնիսկ բռնակալին հատուկ վերաբերմունք, նույնքան անվիճելի է, իսկ դա լավ ուրվագծված է Էրդողանի պարագայում, իսկ այս դեպքում և՛ անհավանական է, և՛ անհանդուրժելի, նույնիսկ, եթե միամիտ սխալներ եղել են։

Մեզ հարց ենք տալիս․ ի՞նչ ոջիլ է փնտրելու Պարոն Գալֆայանը Աննա Հակոբյանի՝ Վարչապետի տիկնոջ մազերի մեջ, երբ նշում է սկզբնաղբյուրն այն փողի, որ պետք է «Իմ քայլի» կողմից օգտագործվի մշակույթի, կրթական և առողջապահության՝ հիմնականում լուրջ հիվանդությամբ տառապող երեխաների համար սահմանված բնագավառներում, այն դեպքում, երբ այդ գումարը մեծ մասամբ հավաքված է սփյուռքի կողմից։ Եթե Քոչարյանի և Սարգսյանի կանանց առաքելությունն էր ղեկավարել նման մի ֆոնդ, որ նրանց պատասխանատվության տակ էր գտնվում, չենք կարող ասել, որ նրանց ակտիվությունը խիստ տեսանելի էր կամ բավական արդյունավետ։

<<Պե՞տք է հիշեցնել, որ արդարությունը սահմանված է մարդկանց կողմից, և վերջիններս սխալվելու իրավունք ունեն»,>>- ճշմարտապես գրում է Պարոն Գալֆայանը։ Պետք է նաև նրան հիշեցնել, որ քաղաքականությունը նույնպես սահմանված է մարդկանց կողմից և իրավունք ունեն մարդիկ սխալվելու, հատկապես այնպիսի հրատապ և վերականգնողութան կոնտեքստում, նկատի ունենալով երկիրը ոտքի կանգնեցնելուն։ Մնում է, որ այս երկիրը մտածի ստեղծել մի բարգավաճ ապագա աշխատանքի միջոցով և վարմունքները դնի բարոյականության ուղու վրա, որ համապատասխան լինի իր մշակութային սկզբունքներին, առանց որի սկսած հեղափոխությունը, հեռու լինելով գործել առանց վտանգների ենթարկվելու, կարող է ստեղծել տատասկներից, փշերից և փշալարերից մի գորգ։

Դընի Դոնիկյան, 5֊ը հոկտեմբերի 2019թ.

Թարգմանությունը՝ Նվարդ Վարդանյանի

18 octobre 2019

Ce que le génocide fait à la Turquie. (4)

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1 – La nécessité de développer le narcissisme et d’effacer le sentiment de culpabilité a conduit les historiens partisans du courant de la synthèse turco-islamique à concevoir une nouvelle représentation du passé fondée sur la défense et illustration de l’islam. Intégré aux nouveaux manuels d’histoire dès 1981, ce nouveau récit vise à répondre à la question arménienne soulevée par les attentats de l’ASALA, traitant les Arméniens de traitres et fondant son discours sur l’équivalence des souffrances en 1915. Par ailleurs, ce récit souligne l’apport des Turcs par leur conversion à l’islam, facteur de progrès dans l’histoire mondiale, à savoir la démocratie et la tolérance.

2 – Cette représentation narcissique de soi conduit les Turcs à considérer leur arrivée en Anatolie (XIe siècle) comme un facteur qui aurait permis à l’Europe d’apprendre la liberté de religion et la liberté de pensée. Dès lors, produit de la synthèse truco-islamique, Recep Tayyip Erdogan et son parti l’AKP, vont incarner un idéal qui avait cours depuis des décennies. De plus, leur revendication obsessionnelle de « tolérance », malgré l’intolérance constante dont les Turcs ont fait preuve durant leur histoire, constitue une autre forme de dénégation du génocide.

3 – Conquête de Constantinople (1453) et bataille de Mantzikert (1071) sont commémorés par les membres de l’AKP comme des fetih, des gains pour l’islam de territoires non musulmans obtenus par le djihad. Ceux qui ont été éduqués dans l’esprit de la synthèse turco-islamique ne peuvent que s’en réjouir dans la mesure où la Fetih est tenue pour l’accomplissement d’un devoir religieux. Or, au lieu d’être désorientés par la réprobation occidentale concernant le génocide des Arméniens, les Turcs préfèrent la commémoration de la Fetih propre à flatter le narcissisme national. Victoire sur les infidèles, le génocide pourrait dans ce cas s’apparenter à une fetih.

4 – Célébrée à Malazgirt (Mantzikert), la victoire militaire des Seldjoukides sur Byzance, qui a ouvert l’Anatolie aux Turcs, est devenue la Fetih qui est enseignée dans les manuels scolaires tandis qu’Alparslan occupe une place équivalente dans leur esprit que Vercingétorix, Clovis ou Jeanne d’Arc dans celui des Français. Qualifier cet événement de fetih faisait de l’islam la justification suprême de la conquête de l’Anatolie et de la soumission des populations chrétiennes. Dans ce cas de figure, la nouvelle patrie des Turcs faisait d’eux ses habitants légitimes et des Arméniens et des Grecs, des étrangers.

5 – En réalité, la commémoration est une manière d’exorciser la peur de l’expulsion telle que l’a signifiée le traité de Sèvres en 1919 et en dépit du fait que la traité de Lausanne en 1923 l’ait déclaré nul et non avenu. Dès lors, la présence turque en Anatolie serait d’autant plus justifiée qu’elle est sacralisée comme le fer de lance de l’islam, tandis que ses habitants arméniens et grecs auraient bénéficié des valeurs morales de justice, commisération, paix, fraternité, science, sagesse et tolérance. Cependant, avec l’assassinat de Hrant Dink (2007) et le centenaire du génocide (2015), le sentiment de culpabilité, dans certains segments de la population turque, a refait surface, les dénonciations de la politique turque devenant de plus en plus répandues.

17 octobre 2019

Ce que le génocide fait à la Turquie. (3)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 7:07

 

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1 – Comme l’ont observé Hannah Arendt à propos d’Adolf Heichmann et Alexander Mitscherlich qui a assisté aux procès des médecins nazis en 1945, il n’y eut chez les accusés aucune manifestation de remords. De la même manière, les mémoires des dirigeants du CUP sont exempts de tout sentiment de culpabilité. Ces témoignages attirent aujourd’hui de nombreux lecteurs et sont régulièrement réédités. Or, même si le sentiment de honte peut être surmonté par la certitude d’avoir bien fait, les « mensonges de la conscience » et le refoulement de la culpabilité risquent d’induire des névroses et des suicides, sinon de provoquer des flambées de violence dans la sphère publique.

2 – Dans le cas où tout un pays nie sa culpabilité, l’État est tenu de renforcer les stratégies de défense pour pérenniser le refoulement du problème. De fait en Turquie, ces mécanismes ayant besoin de s’asseoir sur le mépris de l’Autre, ce sont les écoles, l’armée, les mosquées, mais aussi les organisations et les partis qui s’en chargent plus ou moins ouvertement. Reste à l’État le devoir de répéter et renouveler les stéréotypes qui constituent l’obsession nationale. Dans le cas de la Turquie, l’efficacité de la solution consiste à imprégner le nationalisme de religion.

3 – Le nationalisme qui «  rassure sur soi, sur son passé, sur le passé de la nation » (Copeaux) conduit également à éviter le travail de deuil. En ce sens, il représente un des éléments obligatoires du consensus imposé à la population dès lors qu’il permet « d’accepter les souffrances[…]subies et de légitimer la violence infligée » (Copeaux). De ce fait, le « souffle chaud » ( Fichte) de la nation et la «  confusion hallucinatoire » (Freud) de la religion se conjuguent comme le rationnel et l’au-delà du rationnel pour démultiplier leur pouvoir.

4 – Dès 1918, Ziya Gökalp, en affirmant : «  la nation turque est musulmane », jetait les bases d’un idéal turco-islamique d’obédience sunnite qui excluait la minorité alévie. Ce principe va resurgir au cours des années 1970-1980 avec le soutien des revues, des historiens, des essayistes ou chroniqueurs célèbres, mais aussi des hommes politiques, tendance reconnue sous le nom de « synthèse turco-islamique ». En réalité, la formule selon laquelle « La Turquie est à 99% musulmane » et qui fleurit aujourd’hui est un « aveu implicite du processus de nettoyage des populations non-musulmanes en Turquie» (Copeaux).

5 – Prise à la lettre par ses partisans, cette idéologie dominante a pour effet de les autoriser à agir dans un spectre de violences allant de l’intimidation au meurtre. Ce qui explique les nombreuses séries d’agressions subies par les non-musulmans (Juifs, Chrétiens) ou les musulmans hétérodoxes alévis, sans que l’État ne réagisse vraiment, au point même de laisser ces actes impunis. «  D’une certaine manière, tant que le génocide est nié, la nation turque se doit d’être musulmane, même si elle est gouvernée sous le masque d’une prétendue laïcité » (Copeaux).

Ce que le génocide fait à la Turquie. (2)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:11

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1 – Comme on peut le supposer, les rédacteurs de la « thèse d’histoire » voulue par Mustafa Kémal en 1931, ayant été forcément témoins du génocide, se sont efforcés de masquer les évènements de 1915 pour infuser l’idée qu’il s’agissait de malheurs habituels à la guerre. Son enseignement au fil des décennies s’est mué en mythe historique propre à expliquer le monde, à établir du lien social et à aider à vivre. Ce nouveau mythe, formé de stéréotypes et de préjugés, a permis le processus de refoulement ou de déni.

2 – De fait, comme toute guerre s’accompagne d’une perte, les Turcs, avec le génocide, avaient « perdu les Arméniens et les Grecs » (Copeaux) en ce sens qu’ils provoquèrent la destruction de leur propre société et durent supporter à la fois la culpabilité et le deuil. « Nous avons détruit notre mémoire, et, ce qui est bien pire, nous avons détruit une part de notre humanité » (Bener, 2015). L’injonction de l’hymne nationale : « Korkma ! Ne crains rien ! », ainsi que les noms de famille ou les prénoms les plus fréquents comme Yilmaz (Sans-Peur), Korkmaz (Intrépide), Kaya ( La Roche), Çelik (D’Acier), Arslan (Lion), reflète dans le fond une anxiété généralisée : sa négation répétée révélant l’existence du contraire, à savoir de la peur.

3 – Présente dans les manuels d’histoire des années 1980-1990, cette peur est inhérente aux avertissements qu’inspireraient les dangers menaçant le pays dans un contexte où « le syndrome de Sèvres » et la crainte que le pays disparaisse alimentent un nationalisme propre à mobiliser et souder la population. De fait, la référence constante aux «  bâtards d’Arméniens », comme insulte, montre que le temps s’est arrêté en 1915, comme si rôdaient depuis un siècle dans les esprits la peur du fantôme arménien et le sentiment de culpabilité qui lui est joint.

4 — Les écrits de Karl Jaspers de 1948, relatifs à la culpabilité allemande, permettent de comprendre le cas de la Turquie post-génocidaire. En effet, pendant et après le génocide, la conscience individuelle, loin d’être perturbée, s’en est accommodée en raison de plusieurs facteurs comme l’élaboration de « mensonges de la conscience », d’une « bonne conscience dans le mal » ou d’une « soif d’obéissance », tandis qu’en fait « on a abdiqué toute conscience » ( Jaspers). « Ainsi les actes criminels sont-ils justifiés par de prétendues bonnes raisons comme la patrie, la nation, le devoir d’obéissance » (Copeaux).

5 – Or, malgré l’efficacité des mensonges de la conscience, non seulement persiste le sentiment de culpabilité, mais encore il se transmet. Angoisses, cauchemars, tentatives d’évitements d’un parent traumatisé sont ressentis par l’enfant avec sa propre sensibilité. Les recherches récentes en Turquie, comme celles en histoire orale dans la région de Diyarbekir par Adnan Çelik et Namik Kemal Dinç, ont largement documenté l’existence d’un sentiment de culpabilité diffus, les interviewés évoquant souvent « une malédiction de cent ans » (Çelik et Dinç, 2015). Plus facile chez Kurdes, cet aveu se heurte encore à des mécanismes de défense parmi les Turcs.

16 octobre 2019

Ce que le génocide fait à la Turquie. (1)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 5:28

 

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1- Historien spécialiste de la Turquie, Etienne Copeaux a fait paraître, le 30 septembre 2019, un long article sur son blog Susam-Sokak intitulé : Ce que le génocide fait à la Turquie. Il y examine la politique d’écriture de l’histoire menée par les dirigeants turcs et visant avant tout à faire oublier 1915. Déjà en 1931, Mustafa Kémal affirmait : «  L’écriture de l’histoire est aussi importante que l’action », injonction qui parachevait le mécanisme de turquification systématique avec les expulsions massives d’Arméniens et de Kurdes de 1922.

2 – De fait, considérée comme une mise en conformité avec la situation post-génocidaire, cette « réforme de l’histoire » s’apparentait à un véritable coup d’État en histoire, créant ainsi un roman national nouveau et glorieux et qui devait servir de base aux manuels scolaires dès 1931. Selon ce récit, les Turcs, en migrant à la périphérie de l’Eurasie, devaient permettre à tous les peuples du continent de bénéficier de leur haute civilisation. De la sorte, les Sumériens, les Étrusques et les Hittites étaient censés être des Turcs et l’Anatolie devenait le pays des Turcs depuis la Préhistoire.

3 – Cette « représentation coercitive du passé » (Copeaux) allait corrompre la recherche scientifique en histoire et, dès lors qu’elle avait été voulue par Mustafa Kémal, revêtir un caractère sacré. Le contrôle de l’histoire par l’État devait ainsi masquer la violence sur laquelle s’était établie la république, devenant par là même un élément du « consensus obligatoire » (Copeaux, 1997, 2000). De fait, cette thèse d’histoire révèle quelque chose de la Turquie post-génocidaire, à commencer par le narcissisme qui imprègne le récit.

4 – Se considérant comme l’élite de l’humanité, les Turcs rejettent toute altérité. Mais ce besoin permanent de justification cache en réalité un manque de confiance en soi. Par ailleurs, la recherche de légitimité implique un recours constant à la rationalité et à la science comme l’archéologie. Implicitement, le récit s’adresse à un « super-destinataire implicite « (Copeaux), à savoir l’Occident, pour lui signifier que sans l’intervention des Turcs dans l’histoire, il n’aurait pas connu les valeurs de civilisation.

5 – Cette idéalisation du Turc, présente dans les discours et la mentalité nationalistes dès avant l’avènement de la république, allait imprégner la rhétorique négationniste lors des procès de 1919. Prétextant leur appartenance à un des peuples les plus tolérants et civilisés du monde, les accusés nieront leurs exactions génocidaires. Cette rhétorique devait se perpétuer durant des décennies en présentant le peuple turc comme un exemple pour les autres nations dans tous les domaines, leur apportant un « style de vie supérieur» (Copeaux 1997).

14 octobre 2019

Dieu est Grand…

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:06

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Quand on meurt, c’est définitif. Ne cherchez plus à revenir. Je vous dis que c’est over, terminé, sans espoir de retour. Seuls, et c’est déjà arrivé, ceux qui ont bénéficié d’une grâce christique ont pu retrouver leur pantoufles et manger encore des frites. Mais pour les autres, rien. Ils sont au-delà de tout et c’est pour toujours. Au-delà de leurs pantoufles et au-delà de leurs frites. Ils ne pourront ni mettre les unes, ni manger les autres. Sauf qu’il ne faut pas voir les choses comme ça. Quand on y est, on y est bien. On a mieux que des pantoufles et mieux à faire que de manger des frites. Bien, je vous dis. Si bien qu’on n’a plus envie de revenir.

Vous me direz, mais comment vont faire ceux qui n’y ont jamais cru ? Comme le catholicos K2 et mon amie arménienne Hayganouch. Mon amie Hayganouch est tellement athée que ses cheveux en rougissent. Athée comme le catholicos K2, qui dans son extrême bonté, ne la tient pas pour arménienne. Alors qu’ils le sont tous les deux athées. Oui mais pour le catholicos, c’est très compliqué : comme son athéisme est de dissimulation, sa religiosité est de théâtre. Alors que l’athéisme de Hayganouche est un athéisme religieux. Et donc, le catholicos se sent autorisé à la mettre au ban des Arméniens orthodoxes, avec les Arméniens musulmans et les Arméniens pédophiles. Et pourtant, Dieu sait que des pédophiles chez les curés ça court les rues comme des lapins.

Ceux qui n’y ont jamais cru qu’au-delà il y a mieux que leur Arménie vont pousser une AH ! d’étonnement, pour ne pas dire d’éblouissement. Ils vont être bluffés comme on dit. Tous ceux qui croient que l’Arménie est un paradis vont tomber sur le cul. Mais en fait, devant l’évidence mystique du vrai amour, tout leur sera pardonné. Pourquoi  me demanderez-vous ? Parce que l’amour n’est pas un tribunal. L’amour aime. Même Erdogan sera aimé, c’est dire ! De l’autre côté, là où tout est irréversible, les lois qui y règnent ne sont pas les lois d’ici. Les Arméniens vont voir ce qu’ils vont voir, à savoir que leur culte de l’histoire arménienne, c’est de la gnognotte auprès de ce qui les attend. Bien sûr, ils pourront encore revendiquer pour la reconnaissance du génocide. Mais ça ne servira plus à rien car ils ne seront plus dans l’Histoire. Reste à savoir s’ils vont pouvoir parler avec Erdogan. Possible. Car en effet, tout est possible pour Dieu. Même l’impensable. Car Dieu joue avec les hommes comme avec des dés qui ne doivent rien au hasard, mais tout à sa seule volonté. C’est Dieu, que voulez-vous. Or Dieu est Grand, comme l’a proclamé en titre d’un de ses livres Denis Donikian. Si grand que les petits Arméniens qui ont l’habitude de lever les yeux sur leur Ararat, cette fois vont devoir regarder plus haut jusqu’à avoir un torticolis. Tous les Arméniens vont devoir faire ça, se pencher en arrière au risque de tomber pour regarder Dieu qui se situe toujours nettement plus haut que les plus hautes montagnes du monde. Ça va en faire des torticolis, je vous dis pas. La catholicos K2 va devoir aussi se pencher en arrière, tellement que son chapeau en forme de cône va se renverser. C’est comme ça que Dieu se moque des petitesses des hommes. Car Dieu est grand, c’est sûr. Et je suis son prophète, c’est sûr aussi…

11 octobre 2019

TSAVET DANEM ( Je prends ton mal) ( (2)

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 4:46

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Deuxième partie – Le Hayastan selon saint Nigol

Après son indépendance politique, l’Arménie a mis près de trente ans avant de conquérir sa démocratie, à savoir une démocratie réelle contre une démocratie de la fraude et de la misère qui l’a clouée sur place dans la stagnation ou déchirée sous les effets de l’émigration forcée par la désespérance économique ou l’humiliation politique. En effet, comme elles ont eu à affronter dès le début des catastrophes qui auraient pu  terrasser le pays (séisme, guerre au Karabagh, fermeture des frontières à l’est et à l’ouest),  les instances politiques dépassées par les événements ont dû parer au plus pressé. Nul ne saurait les incriminer dès lors que les résolutions prises dans la précipitation, les improvisations du moment, la nécessité de formuler les normes d’une nouvelle société s’accompagnaient d’un certain chaos dont les Arméniens  les plus forts et les plus rusés ont largement profité. Malheureusement les Arméniens attendaient le droit, la justice et la paix sociale, ils n’ont reçu  que la gangrène. Comme si elle couvait durant les années soviétiques et attendait le jour où l’Arménie deviendrait une république pour se propager. De fait, l’indépendance de l’Arménie n’a donné lieu qu’à un état de dépendance dans le sens où la seule dynamique économique qui l’a maintenue en vie se nourrissait de népotisme, de corruption, d’aghperoutyoun et de système D, tandis que le travail à l’étranger des Arméniens valides, sciemment entretenu, constituait une manne substantielle par la rentrée des devises, dispensant l’État de créer des emplois sur place alors qu’il profitait de cette situation de déliquescence pour régner sur une population abrutie par la pauvreté ou la quête de survie.

Cette immédiate indépendance nous l’avons vue et éprouvée pour l’avoir largement décrite ici ou là. Ce qui nous avait le plus frappé alors, c’était un état d’abandon généralisé, à savoir des hommes et des femmes n’ayant plus aucun soutien ni moral, ni familial, ni économique, tandis qu’en même temps se développaient des formes d’enrichissement qui juraient avec la misère ambiante. Comme l’Arménie profonde  s’enfonçait dans une pitoyable dépression tandis que dans la capitale s’étalaient des luxes d’insouciance totalement artificiels, sans parler du caractère  de plus en plus ostentatoire de certaines richesses, on se demandait si au delà d’une démocratie de façade ne survivait pas une forme de régression vers un féodalisme fondé sur le système des agha comme en Turquie ottomane et ailleurs. Ces maîtres de la vie sociale, qui mesuraient la vie des Arméniens à l’aune de leurs seuls intérêts, avaient pour noms ceux des oligarques comme le fameux Dodi Gago dont le sobriquet résonne comme un gag  tellement cette figure emblématique du parvenu illustre bien une structure politique où les députés avaient tendance à voter en faveur de leur business plutôt que pour l’amélioration du bien général. De ce fait, il était difficile de définir cette Arménie hybride où se mêlaient inextricablement le droit et l’absence de droit. C’est cet embrouillamini qui  nous a conduit un jour à définir l’Arménie comme une  république démomerdique. Néologisme parmi les moindres, advenus sous notre plume, pour désigner ce pays politiquement indistinct et où les citoyens étaient devenus comme les déchets d’une corruption généralisée.

La première chose à laquelle s’est à juste titre attaqué le gouvernement actuel était de rendre la démocratie au peuple par la réhabilitation du droit. Aucune réforme ne pouvait être entreprise, aucun progrès, aucune volonté de changement dans quelque domaine que ce soit sans consolider le socle juridique sur lequel devait reposer la nouvelle Arménie. Sans le droit le pays irait à vau-l’eau comme sous les régimes précédents. En ce sens, nous pouvons mettre à l’actif du Premier ministre qu’il s’est donné pour objectif d’éradiquer la corruption dans la vie sociale. On aurait du mal à penser qu’un tel acharnement contre toutes les formes de corruption où qu’elles se développent soit le fait d’un homme capable de dérive autoritaire. En s’engageant dans cette voie, c’est lui-même qu’il expose devant un peuple peu enclin à tolérer les abus d’autorité. Et pourtant, la chasse aux Républicains dont l’influence toxique menace constamment les avancées sociales crée un climat délétère miné par le soupçon. Nous avons déjà exprimé le caractère intolérable des ingérences, supposées ou réelles, du Premier ministre, au sein de l’appareil judiciaire. Très certainement ses obsessions anti-Parti républicain ne peuvent que le conduire à jouer avec le feu.

Heureusement, l’autre obsession de Pachinian, c’est de rendre son intelligence à la jeunesse arménienne en élevant le niveau d’éducation. Il faut dire que le potentiel, dans ce domaine, est immense et que loin de l’exploiter, les régimes précédents l’ont au contraire maintenu à un grave degré de médiocrité. Ce n’est pas en introduisant le jeu d’échecs dans les écoles qu’on peut produire un avenir et développer un pays. Encore moins d’instruire les enfants dans la religion nationale. Le pari de Pachinian qui consiste à orienter l’éducation vers les technologies de l’information n’est pas vain. Il repose à juste titre sur ces scientifiques d’origine arménienne qui ont démontré que le génie arménien ou sa faculté d’accéder aux plus hautes marches, permettait de parier sur l’excellence des aptitudes et du potentiel qui anime la jeunesse du pays. « L’innovation et l’esprit d’initiative ont toujours été au cœur de l’identité arménienne. Tout au long de l’histoire, le peuple arménien a mis au monde des scientifiques, des ingénieurs et des inventeurs qui ont apporté une contribution inestimable au développement de l’humanité et à l’amélioration du niveau de vie », dit-il dans son discours inaugural pour saluer l’ouverture en Arménie du Congrès mondial sur les technologies de l’information. Le Premier ministre part d’un constat, que chaque membre de la diaspora a pu remarquer lui-même, à savoir que tout jeune Arménien qui se trouve dans un milieu intellectuellement stimulant est capable du meilleur. Ce qui n’a pas été le cas en Arménie durant les trente premières années de l’Indépendance. Pachinian souhaite pour l’Arménie ce qui se fait à l’étranger. Par ailleurs, il faut comprendre que les techniques de l’information, dès lors qu’elles pénètrent dans le tissu social et national, induiront des soins plus performants dans les hôpitaux, une défense plus efficace aux frontières, une panoplie d’emplois plus large. Déjà, ces opportunités font accourir de la diaspora des entreprises soucieuses d’investir dans le pays et d’ouvrir des startups dans tous les domaines possibles. Mais les étudiants arméniens n’auront pas attendu le Congrès pour commencer leurs travaux, ils y auront présenté des engins volants sans pilote, des robots et même une prothèse myoélectrique de bras.

Cependant, il n’est pas interdit de souhaiter que la nouvelle confiance qui règne en Arménie depuis l’émergence de la révolution de velours engendre une nouvelle conscience. Investir dans le matériel ne permettra pas au peuple arménien de vivre selon sa culture. Il risque au contraire de s’en éloigner. L’homme a besoin de trouver des repères culturels au gré d’une tradition collective qui, au cours de son histoire, lui a évité de sombrer dans la dépression par la résilience et le religieux. Tous les peuples investissent dans leur culture pour que la conscience de leur origine alimente leur élan vital vers un avenir plus brillant. L’homme a besoin de se situer s’il ne veut pas s’abîmer dans la névrose qu’alimentent l’inconnu de sa naissance et l’inconnu de sa mort. Se situer dans le temps par la réactivation des mythes et se situer par rapport à ses semblables par la pratique d’une fraternité de combat. Or, depuis des décennies en Arménie, le sauve-qui-peut et la corruption, le triomphe de l’argent au détriment d’une société plus égalitaire ont dominé les esprits. Il serait temps de revenir aux fondamentaux et de placer l’humanisme et la fraternité au centre du social. Sans une éthique de l’empathie, l’Arménie s’écroulera. Il faut penser l’autre, apprendre à penser à l’autre et à se mettre à la place de l’autre. En d’autres termes, mettre le fameux tsavet danem’ (je prends ton mal) au cœur d’une société qui a trop longtemps pâti d’un abandon généralisé. Non seulement, ce principe permettrait de revenir aux sources de la religion chrétienne pour que les Arméniens se maintiennent dans une sorte de verticalité mystique, mais il permettrait une véritable révolution des mentalités. Nous ne dirons pas que l’Arménien n’a pas ici ou là montré de la solidarité envers l’autre. Mais les manques sont nettement plus flagrants que les pratiques. Cette solidarité devrait d’ailleurs aussi jouer entre l’Arménie et la diaspora, laquelle depuis l’avènement de la République et la catastrophe du séisme de 1988 n’a jamais manqué d’établir des ponts avec le pays pour le sortir du naufrage. Même si le donateur n’a pas toujours été respecté correctement par le receveur.

Un peuple solide, c’est un peuple solidaire. Et la foi dans le « nous »,  c’est le « menk » du « menk enk sarere »( nous sommes nos montagnes). Un «nous»  au sein duquel interagissent les responsabilité des uns par rapport aux autres comme le sang spirituel qui donne vie à ce « nous».

Denis Donikian, 5 octobre 2019

10 octobre 2019

TSAVET DANEM’ (Je prends ton mal) (1)

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Première partie – Il était une fois la révolution…

 

Qu’ajouter à l’article critique de Philippe Raffi Kalfayan du 1er octobre dernier sur le site des Nouvelles d’Arménie Magazine dès lors que nous aurions du mal à ne pas partager certains parmi les arguments qui y sont exposés ? Le raisonnement est documenté et porte sur des faits qui ne sont malheureusement pas à mettre au crédit du Premier Ministre d’Arménie. N’étant pas juriste, nous n’entrerons pas dans les arcanes du Droit tel qu’il est débattu et malmené actuellement en Arménie. Pour autant, les impairs, sinon les imperfections constatés ici ou là ne nous conduisent pas à condamner le nouveau régime, dans la mesure où le cas arménien mérite d’être considéré de manière plus holistique que strictement juridique, à savoir en tenant compte du contexte politique du pays, de ses impératifs économiques, des mentalités qui y règnent, des trois décennies de souffrances et d’humiliations subies par une population avide de justice et de bonheur, sans parler des 70 années de soviétisme ou du fait que l’Arménie demeure un petit pays par le nombre d’habitants, en guerre larvée sur le flanc est depuis plus de 30 ans, et quasiment enclavé, avec un ennemi héréditaire sur le flanc ouest. Ces composantes complexes et étroitement imbriquées devrait les prendre en compte quiconque chercherait à passer au crible les décisions, les avancées et les fautes du Premier ministre d’Arménie.

(Certes, préserver le Droit pour un pays démocratique constitue le socle sur lequel il peut bâtir une société juste et prospère. Et monsieur Kalfayan aurait raison de penser l’Arménie actuelle selon cette seule optique juridique si les responsables de la politique, à commencer par le Premier ministre, n’étaient quant à eux contraints de tenir compte d’un bien plus large spectre d’obligations. Le cas de la mine d’or d’Amulsar suffirait à le démontrer dans la mesure où elle concentre un grand nombre d’intérêts contradictoires qui paralysent toute décision. Les écologistes n’en veulent pas ainsi que les villageois proches qui bloquent les routes depuis le 23 juin. Quant à la société Lydian, elle maintient qu’elle utilisera une technologie propre à respecter l’écosystème local. Sans parler de la Fédération Internationale des droits de l’homme qui a enquêté sur place et défend les opposants à la mine. Que dire des 1 400 personnes employées par l’entreprise qui n’ont pas pu aller travailler depuis le 23 juin ? Quant au gouvernement, il a hérité de cette patate chaude signée dans des conditions douteuses sous l’ancien régime. Pachinian, qui a promis du travail aux Arméniens, devrait-il au contraire se parjurer en supprimant des emplois ? Sachant qu’il ne peut se permettre le luxe d’un procès intenté par la société Lydian, ni celui de prendre contre elle une décision arbitraire qui rendrait peu crédible l’Arménie auprès des investisseurs étrangers. Toujours est-il qu’on ne peut lui reprocher une quelconque dérobade puisqu’il est venu à la rencontre de tous les opposants pour clarifier la situation. On est loin des pratiques précédentes où les décisions se prenaient à huis clos.)

Tout de même, étant donné que le passage entre l’ancien et le nouveau régime s’est opéré sans effusion de sang, il nous paraît incongru d’en faire coup d’État ? En effet, il n’y a pas eu, que nous sachions, renversement du pouvoir Sarkissian ni de façon illégale, ni de façon brutale. De même, la révolution, si révolution il y a, ne s’est pas faite par la force. Par conséquent, n’en déplaise à Monsieur Kalfayan, ces deux modes de transition ne sauraient selon nous s’appliquer à l’Arménie. J’ajoute que cette « révolution » n’est pas sortie du chaos, mais a mûri au cours de trente années de protestations continues de la part du peuple arménien, émaillées de plusieurs amorces de guerre civile, dont celle du 1er mars, et qu’une volonté de changement général a été entérinée par un vote reconnu comme transparent et incontestable, le premier depuis l’avènement de la république.

Dans ce contexte, il faut reconnaître à Serge Sarkissian, comme nous l’avons déjà fait, le mérite d’avoir affirmé que c’était Pachinian qui avait raison et qui voyait juste. Il faut saluer son courage pour avoir mis un terme à son mandat par un acte digne d’un homme d’État ayant le souci de la nation plutôt que celui tant de ses intérêts que de sa classe politique. On n’ose pas se demander ce qui serait arrivé si ce geste humiliant pour lui n’avait pas été accordé à ses opposants, à savoir à la majorité de la population arménienne. D’ailleurs, aurait-il pu faire autrement tant la pression de la rue était massive et unanime ?

Cependant, force est de constater que celui qui a orchestré cette « révolution » et qui prenait Nelson Mandela pour modèle, s’en est écarté à partir du moment où, au lieu de jouer sur la réconciliation et l’unité, comme le souligne à juste titre Monsieur Kalfayan, il a exacerbé les divisions entre son parti qui prétend représenter le peuple et celui des Républicains. Reste à savoir si les membres du parti républicain étaient solubles dans un régime de réconciliation nationale. On peut en douter, et le premier à en douter ce fut le Premier ministre qui a connu la prison de la part de ces mêmes Républicains. Toujours est-il que la politique d’apartheid, à savoir de développement séparé des populations blanches et noires, était autrement plus cruelle et injuste que l’ostracisation aveugle de la population arménienne par les Républicains. Et pourtant, Mandela, après vingt-sept ans d’emprisonnement, osera bâtir l’avenir de son pays contre sa propre rancune et contre l’esprit de revanche des Noirs, sachant que cet avenir ne pouvait être viable si devaient se perpétuer les antagonismes raciaux et politiques qui ont déchiré les populations.

Je reconnais, avec Monsieur Kalfayan, qu’une politique transitionnelle, fondée sur une constitution intérimaire, était nécessaire. Même si me choque une Constitution voulue sur mesure par un président et formulée à l’aune de ses intérêts, de manière à se mettre à l’abri de toute poursuite judiciaire, me choque aussi le fait que son auteur, Robert Kotcharian soit jeté en prison comme un chien alors même que son procès est en cours. Aucun représentant de l’autorité n’est censé ignorer que, dans une démocratie normale ou en voie de normalisation, tout prévenu est innocent tant que sa culpabilité n’a pas été démontrée par un jugement. A ce jour, la place de Kotcharian n’est pas derrière les barreaux. Il doit jouir pleinement de sa liberté de citoyen durant toute la durée de son procès sans pour autant être autorisé à quitter le pays. Et quoi, l’Arménie n’aurait-elle rien à envier au Japon qui jeta Carlos Ghosn en prison avant même qu’il n’ait eu le temps de savoir de quoi on l’accusait ? Rien à envier non plus à la Turquie qui garde en prison Osman Kavala alors même qu’aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été présentée. D’ailleurs, la déclaration du mécène au tribunal du 8 octobre dernier sonne comme un rappel au respect du droit : «  Le fait que je sois maintenu en détention depuis si longtemps sans que le tribunal ait pu avancer des preuves de ma culpabilité est une violation supplémentaire du droit. Il s’agit d’une pratique illégale et discriminatoire, assimilable à une punition. J’exige que le tribunal mette fin à cette pratique illégale, discriminatoire ». Cette vindicte n’est pas à l’honneur de la nouvelle démocratie à laquelle aspire l’Arménie.

Le fait de se réclamer du peuple, comme le fait Pachinian, ici ou là, suscite obligatoirement le doute en raison du raccourci dont il s’accommode au détriment de la réalité. 70 % d’une population ne font pas un peuple, mais produisent une discrimination à l’égard des 30% qui ont le droit de penser autrement. Pachinian confond le peuple avec la foule des meetings où les présents buvaient ses paroles.

Par ailleurs, les Arméniens, peuple à sang chaud s’il en est, sont prompts à sanctifier un leader autant qu’à diaboliser son adversaire. Combien de fois n’a-t-on pas devant nous stigmatisé Kotcharian en le traitant de Turc ? Tandis qu’aujourd’hui, Pachinian est devenu une figure de saint laïc dont l’effigie se trouve partout ad nauseam. Il faut savoir que les Arméniens sont capables de retournements à 180° avec une brutalité qui étonnerait un observateur étranger. Ceux qui criaient « Levon ! Levon ! » (à savoir Levon Ter Petrossian) durant et après le charjoum, comme s’il était leur sauveur, ont réussi à le détester avec la même ardeur à la suite des élections probablement truquées de 1996 aux dépens de Vazken Manoukian, jusqu’à le pousser à la démission le 3 février 1998. Ils y ont gagné Kotcharian. Cela dit, cette sanctification aveugle de Pachinian atténue forcément les sens critique et civique du citoyen et donne à l’intéressé des ailes, sinon des mains pour se croire autorisé à fesser quiconque le contredit. Autrement dit, Pachinian jouit d’une telle notoriété qu’il pourrait être enclin à abuser de son autorité. Dans cette perspective, la démocratie pourrait virer à l’autoritarisme.

En effet, cette position éminente dans l’opinion est malsaine, même si elle est compréhensible. Pachinian devient de la sorte la main armée de la hargne qui anime une grande partie de la population humiliée par des années de frustration. J’ai toujours pensé que les applaudissements dont il bénéficiait lors des meetings étaient mâtinés de haine à l’égard des Républicains. Or, cette haine entre tenants de l’ancien régime et partisans du nouveau échauffe les esprits et circule partout dans le pays au point de menacer la sérénité dont il a besoin pour se normaliser. Au lieu de se battre ensemble sur les moyens à mettre en œuvre pour faire avancer le pays et le défendre, les Arméniens sont embourbés dans des querelles de procédures qui sont autant de perte d’énergie, alors que la population trépigne d’impatience dans l’attente des réformes promises.

Or, dans cette course aux réformes, nombreux sont les obstacles qui ralentissent l’action du Premier ministre.

Par exemple, la révolution dont celui-ci se réclame ne saurait être effective sans le remplacement des collaborateurs de l’ancien régime par des élites éduquées et neuves. Pour rappel, l’Arménie, pays jeune, n’a pas un corps de fonctionnaires capables de transcender les aléas des urnes et de travailler avec dévouement et abnégation uniquement pour la pérennisation de l’État et le bien public. En d’autres termes, manque à l’État arménien une institution qui formerait des fonctionnaires responsables de sa haute administration. Cette carence oblige le nouveau régime à composer avec des élites qui ont largement forniqué avec les gouvernances précédentes et qui y ont acquis des automatismes fondés sur l’égoïsme des intérêts propres plutôt que sur un comportement soucieux du bien général. Ce qui a pu avoir comme effet la formation d’un État profond, où ces élites ont pu prendre des décisions conformes à la défense de leur pré carré et non au profit du pays. (D’ailleurs, en Arménie comme ailleurs et même en France, les hommes étant ce qu’ils sont et les Arméniens bien davantage que des hommes, la création d’une élite de fonctionnaires pourrait constituer un État dans l’État propre à contrecarrer les décisions de l’exécutif.)

Cet état de fait constitue une sérieuse entrave à l’action du gouvernement. Dès lors comment ne pas comprendre Pachinian qui doit être obligé de nettoyer les écuries d’Augias s’il veut faire place nette et avancer. On se trouve ainsi dans le cul-de-sac d’une cruelle aporie : faire la révolution par le changement des élites alors que manquent les élites nouvelles.

De la même manière, le passage du soviétisme à la république n’a été qu’une vaste mascarade. Comme l’Arménie manquait de fonctionnaires aptes à assumer la nouvelle constitution, elle a dû reconduire ceux de la dictature précédente au risque d’y perdre dans le changement. En fait, au début de la république, les automatismes d’hier ont été simplement reproduites faute de formation pour faire vivre la pensée de l’Indépendance et en raison du chaos dominant provoqué par le conflit du Karabagh. Ce chaos, les voyous en ont largement profité pour accroitre leur business tandis que les héros se jetaient à corps perdu dans la bataille au risque de sacrifier leur vie. L’économie de l’urgence a tôt fait de détruire le travail par la vente précipitée des usines et des biens nationaux. Au chaos a succédé l’abîme. Et on aurait du mal à affirmer que les présidents qui vinrent après Levon Ter-Petrossian furent aptes à relever le défi à la fois de la défense nationale et de la reconstruction.

Que monsieur Kalfayan assimile Pachinian à un Erdogan poursuivant les gülenistes me paraît d’autant moins pertinent que Pachinian, plutôt que de s’acoquiner avec les Républicains comme Erdogan le fit avec Gülen, les a inlassablement combattus. Pour quelle raison me direz-vous ? Pour une raison de tempérament politique. Pachinian a mis sa vie au service du peuple arménien alors que les Républicains étaient au service de leurs sales affaires. Quant à lui donner des intentions et même des comportements de dictateur, aussi indiscutables et tranchés quand il s’agit d’Erdogan, cela n’est ni crédible ni supportable, même si des erreurs et des naïvetés ont été commises.

On se demande quels poux va chercher Monsieur Kalfayan dans la chevelure d’Anna Hagopian, l’épouse du Première ministre, quand il dénonce l’origine de l’argent devant servir à la Fondation Mon Pas dans les domaines culturels, éducatifs et de santé, principalement au profit des enfants gravement malades d’Arménie, alors que cet argent est majoritairement recueilli auprès de la diaspora ? Si les épouses Kotcharian et Sarkissian avaient pour mission de piloter une fondation semblable qui était de leur responsabilité, on ne peut pas dire que leur activisme ait été très visible ou très opérant.( mystepfoundation.am)

« Faut-il rappeler que la justice est rendue par des hommes, et ceux-ci ont droit à l’erreur ? » écrit à juste titre Monsieur Kalfayan. Faut-il aussi lui rappeler que la politique est également rendue par des hommes et qu’ils ont droit à l’erreur surtout dans un contexte d’urgence et de renouvellement en vue de remettre le pays sur pieds ? Il reste que ce pays doit s’inventer un avenir de prospérité par le travail et remettre les comportements sur les rails d’une éthique conforme à ses fondamentaux culturels, sans quoi la révolution entamée, loin de rouler sur du velours, pourrait engendrer un tapis de ronces, d’épines et de barbelés.

 

Denis Donikian

 

Demain deuxième partie : L’évangile  selon saint Nigol

6 octobre 2019

Hello! Here is Barone Viravorakan ( en arménien)

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Hello! Here is Barone Viravorakan

Երևանում մի երեկո, բոլորս հավաքվել էինք ճոխ ուտելիքներով լցված սեղանի շուրջը․ շախմատ աաղացողներ, դուդուկ նվագողներ, բառերի, գաղափարների, գույների հետ խաղացողներ : Բախտի բերմամբ, կողքիս նստել էր Մարինե Պետրոսյանը՝ նախընտրածս բանաստեղծուհին, ում գործերը թարգմանել եմ ֆրանսերեն։

-Բանաստեղծուհի լինելը շատ լավ է, ասացի նրան, բայց հայկական գետտոյից դուրս գալու համար ավելի նպատակահարմար է վեպ գրել, ինչպես հաճախ Ֆրանսիայում ինձ են առաջարկում հրատարակիչները, որոնց մտահոգությունն է Հայաստանը բացահայտել։

– Վեպ գրե՜լ,- պատասխանեց նա,- չեմ կարծում, թե նման բան կարող ես մտքովդ անցկացնել։ Ի դեպ, խիստ վիրավորական առաջարկություն է։

Խիստ վիրավորակա՞ն։ Դե, գնա ու հասկացիր։

Վերջերս, «Ես ատում եմ Փաշինյանին» հոդվածս մեղադրանքի արժանացավ Վիոլետ Գրիգորյանի կողմից, ով նախընտրածս բանաստեղծուհին է և ում գործերը թարգմանել եմ ֆրանսերեն` « վիրավորական» տեսքով հանդես գալու համար, իբր թե Հայաստանի հայերին արհամարհանքով եմ վերաբերվում, և իբր թե, որպես սփյուռքում ապրող գրող, խորին միտումներ եմ ունեցել նրանց դաս տալ, դուրս բերելու համար «խավարամիտ ուսուցումից», մի բան, որ ֆրանսիացիների հանդեպ ինձ թույլ չէի տա անել, սակայն իրենց հետ թույլ եմ տալիս:

Երկու անգամ, երկու նախընտրածս բանաստեղծուհիների կողմից «վիրավորական» գրողի շարքերին դասվելով, պիտի ընդունեմ, որ այս զավեշտական մականունը, որով պճնազարդել են ինձ, ազնվական տիտղոսի արժեք ունի։ «Պարոն Վիրավորականը» խիստ հայերեն է հնչում, ինչպես ասենք՝ «հայկականը», «արմենականը», «թաքլամականը », ինչպես նաև՝ «քաքլամականը»։

Այնինչ, չենք ասի, որ «վիրավորական» լինելու փաստը Վիոլետ Գրիգորյանի աչքին, իրավունք կվերապահի ինձ պատասխանել «վիրավորական» ձևով իր մեղադրանքներին՝ լինելով «վիրավորական» գրող սփյուռքում։ Այնուամենայնիվ, ես իրավունք ունեի հենց այդպես էլ վարվել՝ բավարար հիմքեր ունենալով, որ Վիոլետ Գրիգորյանը ֆրանսերենին չտիրապետելով` չի կարող իր դատողությունը հիմնել սկսած այն բազմաթիվ հոդվածների վրա, որ գրել եմ իմ ECRITTERATURES բլոգում և ամփոփել գրքերի մեջ։ Պետք է նա նկատած լիներ, որ եթե դիմում եմ որքան Հայաստանի, այնքան էլ սփյուռքի հայերին, այն պարզ պատճառով եմ անում, որ գրիզլիների մեջ մի ոմն գրիզլի չեմ, այլ մի հայ եմ, ով ծնվել է հայերի մեջ։ Եվ առաջին գրքիցս սկսած՝ ԸՆԴՀԱՆՈՒՐ ՎԱՅՐ գործից, մինչև վերջինը՝ ԼԱՈ, իմ ստեղծագործության կարևորությունը կայանում է նրանում, որ դրանք վերաբերում են հայերին, որոնք համարվում են ամբողջական իմաստով գրական կերպար։ Ինչի՞ համար,- կհարցնեք ինձ։ Որովհետև հայերը միավորում են անհուն տառապանքի և անսահման տոկունության բաղադրիչները ավելի շատ, քան մի այլ ժողովուրդ : (Այս առումով նրանք արժանի են հետազոտվել որպես խոր ուսումնասիրության նյութ)։ Բայց նաև այն պատճառով, որ հայը աշխարհում միակ ժողովուրդն է, ում հետ կիսում եմ նույն պատմությունը։ Այս փաստումով ինձ իրավասու եմ համարում կիսել նրա հետ նույն ներկան և նույն ապագան։

Այնուամենայնիվ, կեղծ կլիներ մտածել, թե չեմ հետաքրքրվում ֆրանսիացիներով, ինչպես ասենք նաև՝ թուրքերով, Ամերիկայի սևամորթերով և ինքս ինձնով, որպես իմ առաջնահերթ թիրախ : Այդ ժամանակվանից, սխալված չեմ լինի, եթե ասեմ, որ իմ գրքերը քիչ թե շատ ընթերցվում են, ոչ ոք մինչև հիմա չի զբաղվել դրանց թեմաների բազմազանության մեկնաբանությամբ, իսկ Վիոլետը, չտիրապետելով ֆրանսերենին, ավելի ներելի է համարվում, քան, որ Ֆրանսիայում արդեն քիչ են կարդում իմ գրքերը։ Նույնիսկ, եթե զգալի ջանք եմ գործադրում գոնե մատչելի դարձնել գրքերս հայերին։ Զուր ջանք է այնքանով, որ Հայստանի գրողները, ապացույցը այն բանի, որ հիվանդագին անհետաքրքրասիրություն են ցուցաբերում սփյուռքի այն գրողի հանդեպ, որը չի անհանգստանում ուրիշների իրավունքների մասին մտածել։

Վիոլետ Գրիգորյանի ոչ այնքան սիրալիր ու բարի մտքերը՝ մեղադրելով ինձ Հայաստանի հայերին անկիրթ, անտաշ համարելու մեջ, մեծ ցավ է պատճառում ինձ։ Ավելի քան «վիրավորական» լինելով, այս երեխայական դատողությունը կարող է զրպարտության հասցնել։ Ողջ կյանքիս ընթացքում առաջնորդվել եմ իմ գրություններով և պատվել եմ իմ ձայնով որքան ողջ մնացած, այնքան էլ նահատակված հայ ժողովրդին։ Անցյալիս գրքերը (ԷԹՆՈՍը ապացույց է սփյուռքի երիտասարդ գրողի ստեղծագործության՝ խորհրդային Հայաստանի մասին) և գալիք գրքերս (« Հայերի ցեղասպանության թեմատիկ հանրագիտարանը) վկայում են դրա մասին։

Արհամարհանքն իմ աչքին երբեք գրական արժեք չի ներկայացրել, ճիշտ հակառակն է, որ հասկացնում է իմ անձի վերաբերյալ Վիոլետի անբարյացակամ վերաբերմունքը։ Այլ նաև խոր հումորով և լեզվի վրա գործադրած ջանադիր աշխատանքի շնորհիվ է, որ կարող ենք հասնել ամբաստանելու հասարակության ծիծաղաշարժ կողմերը։ Իմ կողմից, ավելի քան մնացած անձնավորությունները, որպես թիրախ միշտ ընտրել եմ դատողության դեմ հանդես եկող անհեթեթությունները, արդարությունն և ճշմարտությունն եմ ընտրել, որտեղից էլ, որ սերվել են։ Իսկ Վիոլետի դատապարտումներն ընդդեմ ինձ, ոչինչ չեն փոխի։ Խորքում, գրողը անհեթեթություններ բացահայտող է։ Ինչ վերաբերում է Հայաստանին, այն անհեթեթությունները, որ տառապանք են պատճառում հայերին, չափազանց շատ են։

Բայց վատից վատթարը կա։ Վիոլետ Գրիգորյանը մերժելու՞ է, որպես սփյուռքի գրող, Հայաստանի հայերի մասին գրելու իրավունքը։ Սա նման է տհաճ հնացած հոտի, որը հայտնվում է նորից ներքին ռասիզմի ձևով՝ աղբարների հանդեպ։ Ի միջի այլոց, նա կարո՞ղ է ստիպել որևէ հայ գրողի, որ գաղթել է Կանադա, միայն գրիզլիներից հարցազրույց վերցնել։ Այդ ժամանակից սկսած, նշենք ամենաճշգրիտը, այս իրավունքն վերցնում եմ վասն ազատության արտահայտության և կիրառում եմ այն բնագավառում, որտեղ ուզում եմ։ «Հայության» գրքիս մեջշատ եմ գրել սփյուռքի հայության թերությունների մասին։ Բայց Հայաստանում, ինչպես նաև սփյուռքում քննադատական նյութերս ինձ կայուն թշնամանքներ պարգևեցին։ Ուստի, ազգամոլ ապուշների կամ մասնագետների հիմարությունը խթանում է գրիչս։ Ի՞նչ անել այս դեպքում։

Փաստորեն, Վիոլետի հանդիմանությունները մոտենում են որոշ պոպուլիզմի այն չափով, որ թվում է, թե նրա համար հայ ժողովուրդը պետք է դուրս գտնվի քննադատությունից։ Սրբազան՝ այո, Վիոլետ, անձեռնմխելի՝ ոչ։ Սրբազան այն իմաստով, որ ինչը նրան է վերաբերում, իր նախապահպանմանը, իր արժանապատվությանը և իր իրավունքին, որքանով մեր մտքերը և մեր գործողություններն են հասանելի։ Բայց անձեռնմխելի՝ ոչ։ Քանզի հայ ժողովուրդը, ինչպես յուրաքանչյուր ժողովուրդ, իր հերոսներն ու խուլիգաններն ունի։ Եվ հայ գրողի գրիչը պետք է պայթեցնի պալարներն ամենուր, որտեղ գոյություն ունեն արժանապատվության անբավարարություններ։ Հիշենք 2012 թիվը, Հովհաննես Իշխանյանի վիճաբանությունները իր «Օր զորացրման» նովելների ժողովածուի կապակցությամբ։

Ի դեպ, ո՞վ չգիտի, որ հայերին որպես անարժեք մարդկանց առաջին հերթին Հայաստանի հայերն են անդրադարձել, սկսած հանրապետության երեք նախագահներից, անտեսելով օլիգարխներին։ Պետք է նրանց դատապարտե՞լ, թե՞ պետք է խնայել զերծ մնալ ամեն տեսակի քննադատությունից՝ պատճառաբանելով, թե հայ ժողովրդին չպետք է ձեռք տալ։

Այս առումով Վիոլետ Գրիգորյանին նկատել կտամ, որ այն ինչ եմ ասել հայերի մասին Ֆրանսիայում, էսսեիստներն ու լրագրողները հարյուրապատիկ ավելի են խոսում ֆրանսիացիների մասին։ Ժողովրդավարությունն է դա պահանջում։ Խորքում ինչու՞ դատապարտել ինձ՝ քննադատ լինելու համար, երբ յուրաքանչյուր քաղաքացի, յուրաքանչյուր լրագրող, ով ժողովրդավարության կողմնակից է, անում է դա ամենայն ազատությամբ։ Պե՞տք է նշել, որ Վիոլետ Գրիգորյանի «վիրավորական» բառը հարում է ժողովրդավարության մերժմանը և պարտադրում է յուրաքանչյուրին զսպել իրեն այն պատճառաբանությամբ, որ հայ ժողովուրդը նվիրական է։ Ֆրանսիայում և այլուր քննադատական լրագրությունը ժողովրդավարության գլխավոր բաղադրիչն է։

Ավելացնեմ, որ հեռու լինելով որևէ մեկին դաս տալուց, համաձայնել եմ որպես պարտականություն, գրիչս ներդնել հանրությանը ծառայելու գործին և նպատակներին, որի միջով անցնում է հայ ժողովուրդը։ Իմ աչքին, գրել Հայաստանի մասին, նախ և առաջ դա որպես քաղաքացի իրականացնելն է։ Պնդում եմ քաղաքացի բառի վրա։ Քանի որ, եթե պատահականությունը հայերի մի մասին նետել է իր օրինական տարածքներից հեռու, սփյուռք ստեղծելու համար, վերջինս շեղված լինելով ղեկավարման սև տարիների ընթացքում, երբեք չի դադարել, հեռվից կամ մոտից նյութապես սատար կանգնել երկրին, չնայած տեղական կաշառակերությանը, որ մոլեգնում էր այնտեղ և օգտվում էր անցումային շրջանի ժամանակ։ Այդ ժամանակից սկսած, այս փաստը ինձ ստիպում է մտածել, որ ես Հայաստանի տնտեսական քաղաքացի եմ, որովհետև շարունակ օգնել եմ բարեկամներիս, ինչպես նաև՝ թարգմանիչների, մի հրատարակչի, տպագրիչների, բոլորին վճարելով իմ գրպանից։ Բայց Վիոլետ Գրիգորյանը պետք է նաև տեղեկացած լիներ Վահան Իշխանյանից՝ իմ նախընտրած լրագրողից, այն հայ ընտանիքին ցուցաբերածս օգնության մասին, որը լքված էր բոլորի կողմից և հանդիպում էր միայն աչքերի ճարպակալման հիվանդությանը: Ըստ իս, շատ «վիրավորական» է, որ այդ հայերը ոչ մի ուշադրություն չեն դարձնում այդ հանգամանքին, ո՛չ հայ ժողովուրդը, ո՛չ ղեկավարությունը։

Առնվազն երեք տասնամյակի ընթացքում հայ հանրությունը խայտառակ հանրություն էր։ Քոչարյանի ու Սարգսյանի օրոք հայերը կարող էին սպանվել որևէ ոստիկանական բաժանմունքում (Ղուլյանի գործը), նույնիսկ որևէ ռեստորանում (Պողոս Պողոսյանի գործը)։ Երևանի աղբանողը, ինչպես նկարագրում եմ իմ «Աղբաստան» վեպում, անարգանք է ծորացնում։ Նա, ով կկարդա, կտեսնի, որ հայ քրջահաւաքներին անտաշ մարդկանց տեղ չեմ դնում։ Փաստորեն, գրականության մեջ իսկական ամոթանքը կուրորեն նայելն է անամոթներին։ Ինչպես մեր մտավորական բանախոսները, կորած անցյալի մասին խոսողները, ովքեր երբեք ամենաչնչին ուշադրությանը չեն արժանացրել հայերին, որոնք տառապում էին անարդարությունից և քմահաճ իշխանությունից։

Ի վերջո, գիտակցաբար եմ այստեղ որպես թիրախ ընտրում Վիոլետ Գրիգորյանին՝ իմ նախընտրած բանաստեղծուհուն։ Քանի որ ցանկանալով ինձ դաս տալ և ինձ կասկածելի հայի տեղ դնել, ով ապրում է սփյուռքում, նա զավեշտ է ավելացնում իր «վիրավորական» արտահայտությանը։ Բայց քանի որ հիմա բոլորս «վիրավորական» մարդկանց վիճակում ենք մեր ծիծաղաշարժությամբ ու թերություններով, նշանակում է բոլորս քույր ու եղբայր ենք, պատկանելով նույն ժողովրդին, որն իրականության, ճշմարտության և երջանկության որոնման մեջ է։

Բոլոր հայերը միևնույն նավի մեջ են, որ լողում է դեպի միևնույն արժանապատվությանը :

Դընի Դոնիկյան

 

( Traduction : Yvette Vartanian)

30 juillet 2017

Les assassins sont parmi nous

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article du 11 juillet 2017

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Histoire d’un paradoxe

Récemment, je me suis fendu d’un commentaire sur le site intitulé «  Sur les pratiques d’un éditeur » (voir ICI) dans lequel je disais tout le mal que je pensais des Éditions Parenthèses, non pas que je souhaitais régler des comptes (alors que j’en aurais amplement les droits) mais d’un point de vue plus général pour ouvrir les yeux des Arméniens sur le paradoxe qui consiste à prétendre agir, en l’occurrence par les livres, au bénéfice la culture arménienne alors qu’en vérité ce genre d’activité « honorable » se retourne contre elle. Au lecteur d’en juger.

« Ce qu’on oublie de dire en évoquant les déboires des traducteurs de l’arménien vers le français avec un tel éditeur qui prétend défendre la culture arménienne alors qu’il ne fait que l’exploiter, c’est que ces traducteurs ne souhaitant plus renouveler une aussi humiliante expérience décident de ne plus rien traduire. En ce sens, les pratiques de cet éditeur desservent la culture arménienne. Or, aujourd’hui, on le constate, les traducteurs littéraires de l’arménien vers le français en France sont devenus rares sinon inexistants. Et la littérature arménienne contemporaine reste confinée à l’Arménie faute d’ouverture sur le monde par le truchement de traducteurs compétents. Merci aux Éditions Parenthèses et à son directeur, fossoyeur émérite de notre culture.
J’ajoute, pour compléter le tableau, que j’ai travaillé avec trois éditeurs dits « arméniens » ( sur quatre ou cinq, la notion d’éditeur chez les Arméniens ne correspondant pas exactement à ce qui se fait ailleurs). Avec ces trois éditeurs, les déboires n’ont pas manqué, selon des modalités différentes, sachant que tous se montrent des défenseurs de la culture arménienne alors qu’ils ne défendent que leur business. Je ne jette pas la pierre sur tous uniformément. Car il leur faut défendre à la fois un bien immatériel (la culture arménienne) et un équilibre commercial dans un contexte où le lectorat arménien s’amenuise de plus en plus, n’ayant pas été porté par les maisons dites de la culture arménienne, souvent transformées en relais de la mémoire historique et rien d’autre. Or la culture, ce n’est pas que la mémoire. Mais l’importance accordée à la mémoire s’est faite au détriment de la culture. C’est d’autant plus « naturel » qu’il est plus facile de parler de la chose passée que d’inventer un avenir à la faveur de vrais débats sur les valeurs dites arméniennes, lesquelles, autre paradoxe, peuvent aussi faire souffrir les Arméniens qui en sont victimes. »

 

 

Voilà. Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous. Et pourtant, c’est l’agonie de la diaspora arménienne de France qui se profile ici.

La part de l’argent

D’ailleurs, il faudrait mesurer chez les éditeurs dits arméniens la part qui revient à l’argent, celle qui repose sur la mémoire et celle qui ressortit au débat culturel, à l’actualité de la culture vivante, la culture prolongeant la mémoire et souvent en la combattant, ne serait-ce qu’en rétablissant la vérité des faits contre une histoire honteusement légendée qui fourvoie forcément les hommes du présent. Dès lors on verrait que le parent pauvre de cette trilogie serait immanquablement la culture, tandis que l’argent et la mémoire s’y taillent la part la plus substantielle. Notons au passage, qu’un éditeur courageux qui oserait aller à l’encontre des idées établies ne pourrait pas tenir longtemps la route, les lecteurs arméniens n’aimant pas qu’on les brosse à contre-poil. (Dans ce sens, je dois saluer au passage la lucidité des Éditions Sigest qui ont osé publier un de mes livres iconoclastes qui ressortissent à la littérature dite gênante: Arménie, la Croix et la bannière, avec l’immense succès qu’on peut imaginer).

Concernant la part de l’argent, comme chacun ne le sait pas, nos éditeurs arméniens, de tous bords, ne prennent jamais la peine de prévoir la rémunération destinée à l’auteur ou au traducteur. Cette rémunération comprend un vaste éventail de possibles avantageux pour leurs comptes ; cela débute avec des promesses flatteuses équivalant au final à zéro euro et peut monter péniblement jusqu’à la somme symbolique de 100, les Éditions Parenthèses préférant payer ses esclaves en exemplaires tout chauds sortis du four à imprimerie comme on offrirait des croissants à ses cochons. Ainsi, pour quatre années de labeur acharné sur l’Anthologie de la poésie arménienne, Stéphane Juranics aura bénéficié de 4 exemplaires reçus sans frais à son domicile. Soit un livre par année consacrée à la mise au net des traductions. D’autres auteurs et traducteurs d’origine arménienne ont fait l’amère expérience de cette rémunération humiliante devenue coutumière dans cette maison qui par ailleurs fonctionne grâce à de grasses subventions obtenues soit auprès du Centre National du Livre, soit de la Région, soit d’autres organismes. Bref que du bénef… Quand on songe, par exemple à la passion que met un traducteur arménien dans son travail pour aboutir à un livre qui soit à la hauteur de ses exigences, et à la douche froide que lui envoie l’éditeur par la poste sous la forme de ces quatre exemplaires, on se dit que le cynisme n’a d’égal que le mépris qui l’anime. Et comme le traducteur a sué sang et eau avec le devoir de servir selon sa vocation la cause culturelle de la nation arménienne, on peut affirmer que les pratiques d’un tel éditeur arménien équivalent à cracher sur tous les Arméniens. Certes, cela ne se voit pas, cela ne s’entend pas, cela n’est pas public, mais cela contribue à la dégradation de la diaspora arménienne, d’une manière ou d’une autre, de près ou de loin. Pour preuve, comme je le disais plus haut, aujourd’hui, les traducteurs qui ont eu le malheur de passer dans la machine à broyer des Éditions Parenthèses ne souhaitent plus se donner la peine de traduire des œuvres arméniennes. Et de fil en aiguille, pareil découragement finit par gagner les traducteurs en herbe, s’il en est, au point que leur rareté aujourd’hui conduit immanquablement à une forme de désertification culturelle au regard des chefs-d’œuvre de notre littérature qui mériteraient de sortir de nos frontières. De la sorte, on serait tenté de dire que les alliés conjoncturels du génocide, compte tenu des dommages collatéraux qu’il suppose, résident parmi nous les Arméniens car ils sont arméniens. Qu’on se le dise.

En 2010, les Éditions Parenthèses font paraître, sous la plume du traducteur Léon Ketchoyan, avec une préface de Krikor Beledian , un livre de Yervant Odian. La traduction exacte en français du titre original de ce livre aurait dû être Années maudites, pour restituer le titre arménien [Anidzial darinér]. Or, quelle ne fut pas la surprise du traducteur, recevant ses quatre fameux exemplaires pour tout salaire, de découvrir que l’éditeur avait pris sur lui de transformer le titre original en Journal de déportation. J’ai énuméré en son temps les réticences que m’inspirait une telle manipulation pour le moins illégitime et en tout cas saugrenue (voir ICI). De fait, il ne faut pas être très sorcier pour penser que l’éditeur a agi plus en boutiquier qu’en acteur culturel, Années maudites étant trop négativement connoté pour allécher le client, tandis que Journal de déportation permettait de ratisser large en intéressant d’autres communautés ayant subi les affres de l’exil forcé. Où l’on voit donc que la part de l’argent est venue, dans cet exemple, déborder sur la part du culturel au détriment du strict respect d’une œuvre et de son auteur. Où l’on voit aussi que cet éditeur sans scrupule n’a de respect pour rien, ni pour le traducteur, ni pour l’auteur, ni même pour le lecteur qui sera amené à penser que Yervant Odian aura écrit deux livres sur son expérience du bannissement : Années maudites et Journal de déportation. En somme, manque de respect pour la vérité et manque de respect pour le peuple arménien. Au passage, remarquons que les spécialistes de la littérature arménienne de cette période ne se sont guère insurgés contre pareille falsification de la part d’un éditeur qu’ils ne souhaitaient probablement pas froisser au point de mettre en doute son professionnalisme.

La part de la culture

A la réflexion, la culture fait peur, surtout à ceux qui en sont dépourvus. Le propre de la culture, étant de remettre en cause la culture, surtout parmi les esprits, assis dans leurs certitudes et atteints par la sclérose des coutumes ordinaires, qui ne respirent que l’air délétère d’un passé vicié dans son contenu. En ce sens, et comme je l’ai toujours dit et même martelé, les Arméniens de la diaspora, en misant sur la reconstitution et l’adoration d’une époque révolue et d’un lieu déserté dont ils ont été violemment arrachés, ont plongé tête baissée dans le piège tendu aux survivants par le génocide à savoir une nostalgie teintée de passéisme revendicatif au détriment d’une recherche de refondation culturelle par les valeurs arméniennes, au risque de les passer au crible d’une analyse critique permanente. Mais non. Au contraire, les acteurs de la culture arménienne n’ont rien fait d’autre que de se complaire dans le ressassement, la commémoration et la mort respectivement par des livres rappelant le paradis perdu, par des défilés et autres anniversaires de leurs défaites, par l’érection de khatchar ici ou là.

Dans ce sens, les directeurs de nos maisons dites de la culture arménienne n’auront jamais été que les pantins du passé pour la bonne et simple raison qu’ils ont été formatés depuis leur enfance par les slogans d’une culture nationaliste, de l’ordre de celle qui s’extasie devant Geghard parce qu’elle ignore Petra et le travail des Nabatéens. De fait, l’état de la culture dans la diaspora arménienne serait du même ordre en France si par exemple le Front National avait la mainmise sur l’ensemble de la production cinématographique, depuis la réalisation des films jusqu’à la gestion des salles de projection. Ou pour prendre l’exemple de l’information radiophonique, si ce même parti gérait Radio-France. Or, ce que les Arméniens de France n’admettraient pas pour la France, ils l’autorisent chez eux. On me dira, que mieux vaut le pire que rien du tout. Et moi je dis mieux vaut le rien que le pire. Car le pire peut conduire à l’abîme alors que le rien pousse à l’inventivité.

Les sauveurs improvisés

Il faut dire que l’après-génocide a fait naître nombre de « vocations » chez les Arméniens ordinaires prenant prétexte qu’il était urgent de sortir du naufrage pour en réalité se faire valoir comme sauveurs de la nation. Certains qui exerçaient des métiers de première nécessité se sont même improvisés écrivains en relatant dans des écrits hybrides des mémoires de famille mâtinées de réflexions historiques de très haute tenue. Les Arméniens se permettent tout, les Arméniens osent tout pourvu qu’ils participent, fût-ce partiellement, à la réparation des dommages causés par le génocide. C’est ainsi qu’on a vu des profanes (femmes au foyer en mal de reconversion, commerçants gestionnaires, prêtres sans formation pédagogique) se lancer dans l’administration d’une école avec une passion d’autant plus pathétique qu’elle serait même parvenue à produire des réussites d’autant plus admirables qu’elles étaient sans lendemain. Qu’importe, me direz-vous. L’essentiel n’est-il pas de semer ? Mais semer quoi ? Là est toute la question. Dans l’urgence, ces bénévoles du SAMU national sont loin d’être arrêtés par les limites de leur incompétence étant donné qu’ils ne font rien d’autre que d’occuper une place vacante. C’est que l’Arménie, depuis le génocide, a horreur du vide. Il faut dire que dans le domaine de l’éducation, les vrais professionnels d’origine arménienne ne se sont guère attardés à servir une communauté sinistrée qui n’aurait pas eu de quoi les rémunérer à la hauteur de leurs diplômes. Ils se sont empressés de travailler dans des institutions françaises établies, raisonnées et capables de répondre au niveau d’exigence que supposait leur profil professionnel. De la sorte, les écoles dites arméniennes ont été la proie d’amateurs de bonne volonté mais que ne pouvait pas soutenir un esprit nourri de culture pédagogique et universelle. En effet, quand la culture n’alimente pas le savoir-faire, le fruit n’arrive pas à maturité. En l’occurrence, s’obstiner à privilégier exclusivement un arménien (l’arménien occidental) voué à une dégradation inéluctable en repoussant l’arménien vivant (l’arménien oriental), c’est justement miser sur la mémoire et la revanche aux dépens de ce qui existe ici et maintenant à savoir l’Arménie vivante. C’est dire que la diaspora ne s’est toujours pas réveillée du traumatisme génocidaire tant elle s’obstine depuis un siècle à vouloir réveiller ses morts. Pour ce qui est de la langue, elle oublie qu’une langue ça se vit, qu’elle permet la circulation des mots et des idées, qu’elle s’enrichit sans cesse par frottement et confrontation, et surtout qu’elle doit être ancrée sur une territoire donné. C’est alors qu’elle « prend ». Quand ce territoire fait défaut, que la langue devient affaire de volonté « idéologique», qu’elle n’a pas de lieu où être mise en circulation, que lui manque l’opportunité de s’enrichir par un usage quotidien, alors cette langue se perd. Les élèves du collège de Sèvres en savent quelque chose qui sitôt entrés dans la vie active se sont empressés d’oublier « leur» langue. Car les vartabed du collège, malgré leur bonne volonté, roulaient sur la routine du salut par la langue alors que leur idéal national ne reposait sur aucun pragmatisme à long terme. Ils avaient le culte de la nation, soucieux de combler le vide produit par le mal génocidaire, ils n’avaient pas la culture qui aurait permis aux jeunes Arméniens que nous étions de recouvrer notre humanité. Aujourd’hui ceux qui s’obstinent à enseigner l’arménien occidental ne savent pas dire à leurs élèves pourquoi ils doivent apprendre une langue qu’ils ne pratiqueront jamais. Pour exemple, ces élèves n’ont qu’une idée une fois leur pensum accompli, c’est de rejeter cette chose inutile pour leur vie professionnelle. On aurait espéré que certains deviendraient des traducteurs vers le français, mais personne ne leur a fait valoir que la traduction était un moyen de donner vie à la culture arménienne. C’est que justement leurs pédagogues n’ont jamais eu d’autre souci que celui de sauver le passé alors qu’il leur fallait sauver l’avenir. Cet avenir, je l’aurais vu ainsi. Des adolescents qui savent précisément que la langue qu’ils apprennent se parlent en Arménie. Des adolescents qui parcourent à pied le pays, qui rencontrent la chair vive du peuple arménien, communiquent, partagent, festoient avec lui. Dès lors, la langue serait devenue un pont. Dès lors, elle aurait trouvé un ancrage dans une terre et un peuple, inscrite dans une culture, produisant de l’émerveillement et établissant des liens entre Arméniens d’Arménie et Arméniens de la diaspora. Quelque chose de l’avenir par la langue prendrait forme. Hélas, le Ari doun officiel du ministère de la diaspora n’est qu’une connexion artificielle, exaltée et temporaire entre l’Arménie et des adolescents qui passent ici leurs vacances comme ils les passeraient ailleurs. Pourquoi ? Parce que le ministère de la diaspora en Arménie est tenu par des technocrates que nourrit seule une culture du tape-à-l’œil, sinon de l’urgence nationale sans lien avec toute culture universelle. Programmer des adolescents pour en faire de bons Arméniens, c’est négliger d’en faire des hommes. Or la démocratie en Arménie a surtout besoin d’hommes, non de robots fascistes.

Le défaut d’humanisme

Mon lecteur commence à entrevoir des choses, mais cette notion de culture universelle, il ne la capte pas trop. Forcément. La culture universelle a du mal à pénétrer dans un esprit pétri de culture nationale. Et les Arméniens se sont bouchés les trous et autres émonctoires de peur que le ronron commémorationniste et nationaliste ne s’échappe de leur esprit au point qu’ils se trouveraient soudainement perdus dans une obscurité sans repère. La culture universelle fait peur à la culture nationale, car elle oblige à la relativisation. Elle obligerait les Arméniens, pour revenir à notre exemple plus haut, à mettre Petra au-dessus de Gerhard, probablement à réduire Barouïr Sevag à un faiseur de mots, savant et professoral, plutôt qu’à un poète inspiré, comme on le croit quand on n’ose pas le mettre en situation de confrontation avec les grands noms de la littérature universelle, si tant est que ce Tarzan des mots puisse au-delà de ses cris pathétiques « parler » à d’autres autres hommes qu’à des Arméniens.

Pour en revenir aux éditeurs, qu’ils soient d’Arménie ou de France (puisque nous sommes de France), force est de reconnaître qu’ils sont soit dans l’argent soit dans le commémoratif mais pas dans l’humanisme universel, de celui qui nourrit le livre et lui donne une vocation de vérité et de contestation. Les Arméniens qui se définissent par la haine du Turc avec l’aveugle tendance à les mettre tous dans le même sac de bourreaux devraient plutôt réviser leur jugement à l’emporte-pièce et reconnaître qu’il n’y a pas chez eux l’équivalent d’un Ragib Zarakolu, loin de là. Ragib Zarakolu publie à contre-courant des grandes haines fascistes et des puissantes falsifications de l’histoire qui parcourent le pays, au risque d’aller en prison, comme cela lui est déjà arrivé. On m’objectera que cette conduite est d’autant plus normale que les Arméniens n’ont rien à contester étant donné qu’ils sont dans le Droit alors que les Turcs sont dans le déni. Certes, mais ni durant l’époque soviétique qui a vu fleurir en Russie et ailleurs les dissidents, ni durant les mandats de Kotcharian et de Sarkissian qui se sont illustrés par des fraudes massives, on a vu naître en Arménie ou en France un éditeur arménien de la dimension d’un Ragib Zarakolu. Je veux dire que le climat délétère s’y prêtait, et s’y prête encore, d’autant que dans le domaine des droits de l’homme et de la transparence de la vie politique des figures comme celles de la regrettée Amalia Kostanian et de Hranouch Kharatian suffiraient à montrer qu’il y avait et qu’il y a toujours en Arménie matière à défendre l’homme contre l’effondrement de la raison démocratique. Est-ce à dire que les Arméniens qui n’ont que les mots ou expression « mon frère » ou «  tsavet danem » (« je prends ton mal ») à la bouche sont de piètres représentants de l’humanisme universel ? Faut-il croire que les Turcs tant décriés sont meilleurs en la matière, surtout parmi les intellectuels ? D’ailleurs, les pseudo écrivains, tant d’Arménie que de la diaspora, qui ne pensent qu’à leur pomme plutôt qu’à se mêler de ce qui les regarde quant au détournement de la démocratie au profit de quelques-uns, qui affichent sans honte un désengagement d’esthète au regard des injustices qui humilient les plus oubliés des Arméniens, loin de faire le poids auprès de ces femmes admirables, constituent une caste de beaux parleurs et de trouillards patentés, incapables de mettre une once de culture compassionnelle dans leurs livres ou dans leur vie pour faire sortir de l’ombre ceux qui subissent le fléau d’une corruption généralisée. Dans ce domaine non plus, les Arméniens n’ont pas l’équivalent d’une Asli Erdogan, d’un Oran Pamuk ou autres. Voilà bien pourquoi la société civile turque donne l’impression d’être un tissu vivant en constante ébullition alors que les Arméniens croupissent dans la résignation, la complaisance et pour tout dire la complicité. Si les soubresauts d’indignation qui traversent de temps en temps le pays ne sont soutenus par aucun éditeur, c’est bien que l’édition arménienne ignore l’indignation et qu’elle s’est donné pour toute philosophie une sorte d’éthique de la prudence, de l’attentisme et pour tout dire de la passivité. Les poèmes enflammés qui émaillent ici ou là les anthologies ont beau éclater comme des cris d’étouffement, ils ne sont qu’un assemblage de mots enfermés dans un livre, autant dire de cadavres dans un cercueil, tant que leurs auteurs n’assimileront leurs écrits à un programme de combat pour plus de liberté et de vérité.

Pour finir sur le gestionnaire de cette maison du livre arménien, on n’en pourrait dire moins sinon qu’il ne vaudra jamais d’atteindre le niveau d’engagement d’un Turc comme Ragib Zarakolu. Là où un humaniste turc risque sa vie chaque jour en milieu hostile, notre boutiquier arménien veille sur ses plans comptables. Voilà pourquoi, j’ai une bonne raison de dormir sur mes deux oreilles, heureux et fier d’être un Arménien qui attend avec impatience d’être réveillé le jour où cette maison close sera récompensée soit par les aveugles de notre diaspora, soit par les bavards de notre Arménie, pour services rendus à la nation. Chez les Arméniens tout arrive, même le pire. En l’occurrence, ce pire serait l’extinction inéluctable de la diaspora arménienne, comme acte final du génocide.

Denis Donikian

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