Ecrittératures

16 janvier 2019

Il n’y en aura pas pour tout le monde

Filed under: EVENEMENTS,LIVRES — denisdonikian @ 7:22

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ICI EST UN HOMME

Aphorismes de  Denis Donikian,

Graphes d’Alain Barsamian

Conception graphique de Mkrtich Matevosian ( Actuel Art, Erevan)

*

Les accords ou même les désaccords, comme des complicités, que peuvent tisser entre eux un auteur et un plasticien ne font pas forcément un beau livre. Même s’ils visent l’éthéré, le minimalisme ou le transcendant. Encore faut-il habiller le propos du diable en Prada. Surtout quand la parole se tient haut, que le graphisme se fait danse dans ses travaux d’approche pour la rendre en quelque sorte visible… Matérialiser le verbe, c’est aussi en faire un livre. Et en ce cas, le faire du livre doit être à la hauteur du texte et de son accompagnement graphique.

En fait, ce que nous livrons au lecteur, Alain Barsamian et moi-même, ne serait rien sans l’intervention d’un éditeur de génie. Or, il y a en Arménie, un éditeur de génie à qui est échue la grâce de la conception. Qui a l’œil parfait pour percevoir les alliances des mots et des signes. Qui, comme on dit, sait mettre en valeur les uns et les autres. Cet éditeur, je l’avoue, qui travaille dans l’ombre, mais qui a la passion du détail comme ces faiseurs de khatchkars qui font d’une pierre une dentelle, je lui dois de toujours m’émerveiller quand m’arrive de Erevan, par la voie des airs, mon dernier opus. Cet éditeur se nomme Mkrtitch Matévossian et sa maison d’édition Actual Art.

Heureux celui qui va s’empresser d’acquérir ce livre rare écrit, tracé et conçu respectivement par Denis Donikian, Alain Barsamian et Mkrtitch Matévossian. Je dis heureux car ce livre est plus qu’un livre, c’est un objet qui défie le temps, une subtile goutte d’éternité que l’esprit du lecteur va boire à petites gorgées. Une fois, deux fois, et sans cesse. Comme dans une envie d’étancher la quête d’absolu qui nous étreint tous.

Alors, oui, ne désespérons pas d’un peuple où s’expriment si haut des talents modestes autant que généreux !

ICI EST UN HOMME : 54 pages, bilingue français-arménien, dim. 24 x 34 cm. Prix port compris 35 €

S’adresser à D. Donikan : denisdonikian@gmail.com

Ou à Alain Barsamian : kezguecirem@gmail.com

Disponible selon arrivages

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12 janvier 2019

Scènes de ménage (12)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 3:15

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Raymond : Tu crois qu’il va pleuvoir aujourd’hui ?

Guéguette : Qui sait ?

Raymond : Parce que si je dois aller chercher le pain, vaut mieux pas.

Guéguette : Et le parapluie, ça sert à quelque chose, non ?

Raymond : Oui, mais c’est encombrant. Mouiller son parapluie et rentrer avec ce machin qui pisse partout.

Guéguette : Donc si j’ai bien compris, pas de pain.

Raymond : A moins que…

Guéguette : Ah non ! Merci.

Raymond : Dans le temps, j’y allais avec Kiki. Et la boulangère l’aimait beaucoup.

Guéguette : Et…

Raymond : Et je lui disais : «  Deux miches s’il vous plait ! » Elle n’a jamais pigé. C’était subtil pourtant, non ?

Guéguette : Une fois, elle a quand même commis un lapsus.

Raymond : Une braguette ? qu’elle a fait, dis donc. J’en ai rougi pour elle.

Guéguette : Tu as même regardé si la tienne était ouverte.

Raymond : Et ?

Guéguette : Et oui. Elle l’était.

Raymond : Alors que si j’avais eu le parapluie, j’aurais pu le mettre devant… Dans le fond, je vais prendre le parapluie. Si des fois il m’arrivait un truc comme ça.

Guéguette : Tu sais l’ouvrir au moins.

Raymond : Voyons Guéguette. Un peu de décence, hein ? Un peu de décence…

11 janvier 2019

Scènes de ménage (11)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:36

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Raymond : (Regardant Guéguette par derrière). Tout s’affaisse… Tout s’affaisse…

Guéguette : Quoi, mes fesses ? Elles te déplaisent ?

Raymond : Je faisais un constat. Rien de plus.

Guéguette : C’est-à-dire ?

Raymond : Je te trouve moins haut du derrière de jour en jour. Et je disais : tout s’affaisse. Et non : tout ça fesses ? Ce qui ne voudrait rien dire.

Guéguette : Chez toi aussi d’ailleurs. Ta canne à pèche commence à toucher l’eau.

Raymond : Plus bas que ça, Guéguette. Elle plonge.

Guéguette : Ah, il est loin le temps où tu avais du nerf à la castagne. Ta matraque toujours levée.

Raymond : Ah oui ! Et j’en ai mis des coups. Et puis, tu es venue.

Guéguette : Tu regrettes ?

Raymond : Non. Mais j’aimais l’adversité dans la diversité.

Guéguette : Ça ne t’a pas empêché de fourrer ton bâton ici ou là.

Raymond : C’est bien ce que je dis : l’adversité dans la diversité.

Guéguette : Et tu rentrais que tu en voulais encore.

Raymond : Qu’est-ce que tu vas chercher ? Un homme, c’est un homme après tout.

Guéguette : Faut s’y faire.

Raymond : Oui, faut s’y faire. D’ailleurs, un homme, c’est toujours difficile à supporter. Surtout quand c’est lui qui doit supporter ce qu’il est.

Guéguette : C’est vrai, le jeun sexuel, c’est difficile à tenir.

Raymond : C’est insupportable, Guéguette. Insupportable.

Guéguette : Mais il faut ce qu’il faut.

Raymond : Juste.

Guéguette : Sacré Raymond. Bon flic, bon genre…

9 janvier 2019

Scènes de ménage (10)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 11:58

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Raymond : Ah ! Tu arroses les plantes de la jardinière. C’est bien ma poule.

Guéguette : Je suis bien obligée puisque tu m’as prévenue solennellement que tu serais un mari désengagé de toute responsabilité jardinière…

Raymond : Oui, je suis fier de cette expression, d’ailleurs. Comme il y a des écrivains engagés, il y en a d’autres qui professent le désengagement. Il en faut, Guéguette. Il en faut.

Guéguette : Oui, mais avec un mari qui se désengage d’arroser les fleurs, ou c’est la femme qui le fait ou les fleurs crèvent sur pied. Car imagine si je me désengageais moi aussi…

Raymond : C’est beau les fleurs au balcon quand même, surtout au printemps.

Guéguette : Tu n’as aucune pitié pour ces fleurs, toi ? Aucune.

Raymond : Mais Guéguette, c’est de moi que j’ai pitié. Pitié pour celui qui devrait se lever chaque matin avec l’obligation de penser aux fleurs ! Déjà que je dois penser à mon café.

Guéguette : Oui, c’est vrai. C’est vrai qu’un flic, ça pense pas au-delà de ce qu’il doit penser. Ça fait son devoir, rien que son devoir, quitte à casser du manifestant.

Raymond : Là, tu vas trop loin, Guéguette.

Guéguette : Dans le fond, tu n’es qu’un flic désengagé. Un automate quoi.

Raymond : C’est ça. Mais un flic à la retraite tout de même et qui l’a bien méritée.

Guéguette : Si tout le monde était désengagé comme toi, mais où irait-on ?

Raymond : N’ont qu’à crever ! J’m’en fous.

Guéguette : Ah il est beau le désengagement de monsieur Raymond, j’ te jure !

8 janvier 2019

Scènes de ménage (9)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 11:40

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Guéguette : Ben ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as l’air absent.

Raymond : Il m’arrive… Il m’arrive que je n’y arrive plus…

Guéguette : Tu vieillis, c’est normal.

Raymond : On vieillit, Guéguette ! On veillit…

Guéguette : En attendant, bois ton café. On verra après.

Raymond : Ça fait vieillir le café ?

Guéguette : Ça ou autre chose ?

Raymond : Tout fait vieillir. Même le temps.

Guéguette : Ah ! Lui, c’est sûr…

Raymond : Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Guéguette : Bois donc ton café. Je dois laver les tasses avant de faire les courses….

Scènes de ménage (8)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 4:08

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Raymond : ( Devant la fenêtre ouverte) Tiens, vu comme ça, on est le 24 avril.

Guéguette : Mais comment tu sais ça ?

Raymond : Regarde en bas. Les Arméniens manifestent. C’est toujours un 24 avril.

Guéguette : Ah bon ! Et pourquoi un 24 avril ?

Raymond : Va savoir. Et il marche toujours dans la même direction dis donc…

Guéguette : Et ils vont où ?

Raymond : Sais pas. A ce qui paraît, c’est devant l’ambassade de Turquie. Comme dans le temps où j’étais flic. Mais on les arrêtait avant. C’est qu’ils avaient de la colère à revendre. Les vieux, les petits, les femmes, les chiens… Tout ça défilait.

Guéguette : En tout cas, aujourd’hui, ça en fait du monde.

Raymond : Oui. D’année en année ça augmente.

Guéguette : Mais ils ont bien une raison de marcher pour le faire chaque année ?

Raymond : Génocide à ce qu’il paraît.

Guéguette : Gé quoi ?

Raymond : Génocide Guéguette. Ah ça me revient ! Ils vont vers l’ambassade de Turquie parce que les Turcs les ont massacrés et qu’ils disent aujourd’hui que c’est pas vrai.

Guéguette : Ben, ils sont encore là puisqu’ils manifestent.

Raymond : Oui mais à l’époque ça a dû être assez terrible. Et puis c’est pas parce qu’on massacre les moutons qu’il n’y en a plus.

Guéguette : C’est vrai. Mais au moins massacrer les moutons, c’est une religion.

Raymond : Et pour les Arméniens probablement aussi.

Guéguette : Bon tu m’excuseras, mais je dois éteindre le four.

Raymond : Va Guéguette ! Va ! Éteins ton four… Éteins ton four…

6 janvier 2019

Les origines de notre destin

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 8:04

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*

Interrogé par le journal Le Monde en date du 6-7 janvier 2019, Raphaël Glucksmann déclare qu’ « il ne faut pas laisser ses origines devenir un destin ». Voilà bien une phrase qui sonne juste dans la mesure où chacun doit être le créateur de sa biographie plutôt qu’à être la créature de l’histoire. De fait, c’est toujours l’histoire qui vous crée en quelque sorte. C’est l’histoire qui vous conduit à être vous-même. Les entretiens que Le Monde a mis en place autour d’une personnalité qui aurait produit sa propre naissance spirituelle, en l’occurrence son éveil à la politique à partir d’un moment décisif, montre qu’avec Raphaël Gluskmann ce moment fut la lecture des articles de Patrick de Saint-Exupéry dans le Figaro, en 1998, sur la responsabilité de la France, dotée alors d’un gouvernement de gauche, dans le génocide rwandais. On ne pouvait attendre moins qu’un choc émotionnel très fort dû à une trahison idéologique de la part de son propre pays. Dès lors, cette émotion va se traduire en destin, Raphaël Gluksmann cherchant à promouvoir une démocratie propre, par exemple en devenant le conseiller du président géorgien Mikheil Saakachvili. Et aujourd’hui en créant un nouveau mouvement, Place Publique.

Rapportée aux Arméniens, la phrase de Gluksmann revient à dire qu’il ne faut pas que leurs origines orientent leur vie mais que la liberté individuelle commande à chacun de s’en émanciper pour s’orienter dans une direction qu’il peut estimer utile pour l’humanité et juste envers les nécessités de la vie. De fait, il s’agit d’ajouter de la vie à la vie plutôt que de participer de près ou de loin à la catastrophe à laquelle l’humanité semble vouée.

Je ne sais si tous les Arméniens qui se battent pour la cause de la reconnaissance ont eu un genre d’émotion dans leur enfance, qui aurait définitivement orienté leur vie vers ce combat. Ce n’est pas certain. Mais il a suffi que quelques-uns parmi eux l’aient ressenti pour que leur vocation leur donne la force d’entraîner derrière eux ceux qui n’auraient pas bénéficié de ce choc. Peu importe dans le fond. Le combat pour la reconnaissance prend différents chemins. Et tous sont aussi bons les uns que les autres.

Pour l’anecdote, et pardon si je me répète, chez moi ce fut le départ pour l’Arménie de mon ami d’enfance Gollo, en 1947. J’étais dans les bras de ma mère, sur le quai de la Joliette, et Gollo était dans ce grand bateau blanc, le Rossia. Je pleurais toutes mes larmes et je pleure encore aujourd’hui. Probable que mon destin se nouait là à mon insu puisque des années plus tard je devais me rendre en Arménie pour étudier. C’était en 1969.

En réalité, le tragique de l’histoire qui s’est abattu sur les Arméniens débordant de tous côtés et les submergeant quoi qu’ils fassent pour s’en divertir les aura obligés à faire de leurs origines un destin. Ce sont ces origines de sueur et de sang qui auront dans le fond présidé aux choix essentiels au-delà des choix existentiels. Les Arméniens ne pouvant faire autrement que de désigner de leurs cris, de leurs souffrances, de leur manque le criminel turc qui persiste à vouloir clore le chapitre du génocide. Les Arméniens en ont fait un devoir qui au crime contre l’humanité doit répondre par un cri d’humanité. Au crime qui consistait à dénier toute humanité aux Arméniens, les Arméniens répondent par la nécessité de reconnaître qu’ils sont des êtres humains à part entière.

Dans ce sens, le destin des Arméniens est d’autant plus tragique qu’ils sont tenus de se battre pour ça alors qu’ils n’ont jamais souhaité d’autre de que vivre normalement. Certes, ils vivent normalement, mais ils vivent avec un trou en eux qui est le trou de la perte. C’est ainsi qu’échoit à chaque peuple sur terre le devoir de faire avancer l’humanité vers la lumière. Celui des Arméniens est de contribuer à la paix universelle par la dénonciation obsessionnelle du déni turc.

Denis Donikian

Scènes de ménage (7)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 5:57

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Guéguette : Au fait, Jean-Pierre ne devait pas nous rendre visite hier ?

Raymond : Oui. Quand il nous a téléphoné pour nous dire qu’il venait il était sur le point de franchir sa porte.

Guéguette : Et alors ? Il aurait dû être là, non ?

Raymond : Oui. Il aurait dû.

Guéguette : Entre-temps, il est peut-être allé au bordel et il nous aura oubliés.

Raymond : Au bordel ? Mais encore faut-il pouvoir, à nos âges ?

Guéguette : Tu voudrais pas qu’il ait succombé à une syncope pendant la manœuvre ! Hé ! Hé !

Raymond : Qui sait ?

Guéguette : C’est pas comme toi, mon Raymond. Toi, tu as encore de quoi tenir la course. J’en sais quelque chose…

Raymond : Encore, oui. Mais pour combien de temps ?

Guéguette : Qui sait ?

Raymond : Oui qui sait ?

Guéguette : En attendant, c’est toujours ça de pris.

Raymond : Coquine, va !

Sauver la vie et autres choses (7)

Filed under: APHORISMES,SAUVER LA VIE ET AUTRES CHOSES — denisdonikian @ 12:25

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*

Les mots noirs qu’on nous aura jetés enfant, ils nous noircissent à vie.

5 janvier 2019

Sauver la vie et autres choses (6)

Filed under: APHORISMES,SAUVER LA VIE ET AUTRES CHOSES — denisdonikian @ 12:34

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*

          Dans les temps où j’étais heureux

            Je marchais vif loin de tout nœud

            J’avais le bonheur à mes pieds

Scènes de ménage (6)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:29

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Raymond regarde par la fenêtre.

Raymond : Guéguette ! Viens vite ma poule ! Y a de la manif dans notre rue, dis donc.

Guéguette : Oui, ce sont les gilets jaunes. Ils en parlent à la télé.

Raymond : Sauf qu’ils manifestent dans le calme. Pas de quoi fouetter un chat. Sinon, c’est à coup de matraque qu’on aurait dispersé tout ça nous dans le temps.

Guéguette : Sauf qu’aujourd’hui, ils répliquent. Comme en 68.

Raymond : Ah tu manifestais en 68 ?

Guéguette : Ben oui. Comme tout le monde. J’ai dû jeter des cailloux sur les flics. Comme tout le monde.

Raymond : Il se trouve que tu en as même jeté sur moi. On se connaissait à l’époque ?

Guéguette : Je crois, oui.

Raymond : Mais alors tu as fait ça sans m’en parler ?

Guéguette : Tiens il y a même des vieux parmi les gilets jaunes.

Raymond : Oh tu as raison. Allez-y les gars !

Une voix de la rue : Tu descends manifester avec nous ?

Raymond : Heu ! non ! J’ai du mal à marcher. Arthrose…

Guéguette : Pfeu ! D’où tu sors ça ?

Raymond : Tais-toi Guéguette. S’ils nous entendaient. (S’adressant aux manifestants ) De tout cœur avec vous ! On vous soutient !

Guéguette : C’est ça ! Ah ! Comme menteur ! (Voulant parler aux manifestants, Raymond la retient et ferme la fenêtre.

Raymond : Tu trahis ton mari, maintenant ? On aura tout vu.

Guéguette : Oui, mais moi je ne trahis pas ma jeunesse.

Raymond : Ta jeunesse… Ta jeunesse…

Guéguette : Oui ma jeunesse.

Raymond : Ne trahis pas la blanquette de veau, ça vaut mieux que ta jeunesse. Ta jeunesse…

4 janvier 2019

Sauver la vie et autres choses (5)

Filed under: APHORISMES,SAUVER LA VIE ET AUTRES CHOSES — denisdonikian @ 1:31

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*

Tu es venue comme une eau.

Je t’ai bue comme une eau.

Tu as fui comme une eau.

Scènes de ménage (5)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:24

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Guéguette : Raymond, je ne retrouve plus mon couteau. Tu sais bien, le grand avec un manche noir.

Raymond : Pas si fort, malheureuse ! On pourrait nous entendre.

Guéguette : Ah bon ! Et mon couteau alors ? Tu sais où il est ?

Raymond : Caché.

Guéguette : Caché ? Mais pourquoi ?

Raymond : Imagine qu’un cambrioleur pénètre chez nous en notre présence et qu’il nous ligote… Il faudra bien qu’on se délivre quand il nous aura laissés seuls, ficelés sur une chaise.

Guéguette : Ah ! Et comment comptes-tu nous délivrer ?

Raymond : En coupant les cordes ?

Guéguette : Et ?

Raymond : Et c’est pour ça que j’ai caché le couteau. Réfléchis, Guéguette ! Réfléchis…

Guéguette : Et où tu l’as caché ce couteau ? En attendant je pourrais peut-être m’en servir.

Raymond : Bonne question. Où est-ce que j’ai bien pu le cacher ?

3 janvier 2019

Scènes de ménage (4)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:35

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Ils sont sur le canapé. La télévision fonctionne. Guéguette tricote et Raymond lit son journal.

Télévision : En 2019, le pouvoir d’achat va augmenter.

Guéguette éteint la télévision.

Guéguette : Tu as entendu ?

Raymond : Hein ! Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

Guéguette : A ce qu’il paraît, en 2019 le pouvoir des chats va augmenter.

Raymond : Oh putain ! Et on est en 2019. J’aime pas ça Guéguette, j’aime pas ça.

Guéguette : Et comment ! Moi non plus…

Raymond : D’abord, ne pas paniquer. Restons calmes. Question : Combien avons-nous de chats dans l’immeuble ?

Guéguette : Le chat de madame Suchet. Celui du troisième. Et je crois que la vieille fille du dernier en a au moins trois. Qu’est-ce qu’on fait ?

Raymond : On résiste, Guéguette. On résiste comme en 40.

Guéguette : Et en faisant quoi ?

Raymond : Tu imagines si les chats nous obligeaient à traquer les souris ? Il faudrait se mettre à quatre pattes. Et à nos âges, ça risque de faire des dégâts.

Guéguette : Toi et moi à quatre pattes ? Ah ça non !

Raymond : C’est que c’est rusé un chat. Il faut résister avec doigté.

Guéguette : Bien, mais comment ?

Raymond : Je ne vois rien d’autre que des attentats.

Guéguette : Des attentats contre des chats ?

Raymond : On leur file de la mort aux rats mélangé à de la pâtée.

Guéguette : Et s’ils nous obligent à la manger avant.

Raymond : C’est à envisager bien sûr. En tout cas, il faut s’en débarrasser. Sinon il n’y a plus de république, Guéguette, plus de république.

Guéguette : Alors, va pour les attentats.

Sauver la vie et autres choses (4)

Filed under: APHORISMES,SAUVER LA VIE ET AUTRES CHOSES — denisdonikian @ 1:26

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Ne laisse pas le petit mensonge pénétrer ta parole, car alors c’est ton âme que tu empêcheras.

2 janvier 2019

Scènes de ménage (3)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 10:12

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Raymond : ( En train de rentrer, le journal à la main et marchant d’une drôle de façon)

Guéguette : Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as mal à ta jambe ? On dirait que tu boites ?

Raymond : (Fait la moue, contrarié)

Guéguette : Alors tu as mal ? Tu t’es foulé la cheville ? Laisse-moi voir !

Raymond : Tu sais ce qui m’est arrivé ?

Guéguette : Ben non . Raconte !

Raymond : Je venais d’acheter mon journal et je me suis arrêté pour lire l’article sur l’incendie d’hier dans notre rue.

Guéguette : Oui, un peu plus haut que chez nous.

Raymond : Eh bien, notre voisine du dessous, Madame Suchet, venait de me dépasser avec son chien. Sans me dire bonjour, bien entendu.

Guéguette : Et pour cause, elle nous déteste.

Raymond : Et réciproquement d’ailleurs.

Guéguette : Et alors.

Raymond : Et alors… Et alors… Son chien s’est retourné et il a levé la patte sur ma jambe…

Guéguette : Et il a pissé ? Sur ta jambe ?

Raymond : Voilà. Et maintenant, qu’est-ce que je fais ?

Guéguette : Qu’est-ce que tu peux faire ? Tu ne vas quand même pas pisser contre la porte de madame Suchet.

Raymond : Tiens ! C’est une bonne idée, ça.

Guéguette : Enlève d’abord ton pantalon.

Raymond : Et après, je pourrais y aller ?

1 janvier 2019

Scènes de ménage (2)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 1:17

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Raymond : Tu sais quoi, Guéguette ? J’ai appris un nouveau mot.

Guéguette : Ah ! Lequel ?

Raymond : Minimaliste. Ça c’est un mot. Minimaliste. Tu l’emploies dans une conversation, eh bien tu n’es pas sûr d’être compris. Mais ça rend bien. La classe, quoi !

Guéguette : Et qu’est-ce que ça veut dire, minimaliste ?

Raymond : Ça veut dire de tout réduire au minimum.

Guéguette : Ah bon ! Et il y a des gens comme ça ? Des radins, quoi !

Raymond : Non, madame. Être minimaliste, c’est vivre à l’économie. Les Japonais sont les champions du minimalisme.

Guéguette : Par exemple ?

Raymond : Par exemple? Nous, nous utilisons des fourchettes. Une fourchette, ça a quatre dents. Eh bien eux, ils utilisent des baguettes. Une dent.

Guéguette : Oui, mais la fourchette, c’est plus commode.

Raymond : Détrompe-toi, Guéguette. La baguette, c’est le summum du raffinement minimaliste. Tu peux tout faire avec. Au lieu de piquer, tu pinces. Par exemple, le sushi. Tu as déjà mangé des sushis ?

Guéguette : Oui, une fois avec Simone.

Raymond : Eh bien, avec le sushi tu ne perds pas un seul grain de riz. Tu le pinces et tu l’enfournes dans la bouche. Ni vu, ni connu.

Guéguette : Mais alors, comment ils font l’amour les Japonais ?

Raymond : Ils jouissent sans faire.

Guéguette : Comment ça ?

Raymond : Ils ficellent la femme comme du saucisson, et ça les fait jouir dis donc !

Guéguette : Et comment ils font des enfants, les Japonais minimalistes ?

Raymond : Ils tirent un coup, un seul, mais concentré, et déchargent une seule goutte de sperme. Une seule. Plus, c’est une perte d’énergie. Dans le fond, ça suffit pour faire un enfant, non ? Alors que nous on a besoin d’en faire tout un tsunami.

Guéguette : C’est plus sûr. Et aux toilettes ?

Raymond : Aux toilettes, ils étaient descendus à une seule feuille pour se torcher. Maintenant plus besoin. Un jet d’eau et un truc comme un sèche-cheveu qui t’envoie de la chaleur, et tu sors le cul tout sec. Les mains propres.

Guéguette : Ils sont forts ces Japonais tout de même !

Raymond : Et tu sais qu’ils ont un instrument de musique à une seule corde.

Guéguette : Une seule ?

Raymond : Et quand le musicien se désespère de trouver la bonne note, il se suicide.

Guéguette : Avec la corde…

Raymond : Tu as tout compris. Seulement, ils ont aussi inventé le tabouret qui sert au suicide.

Guéguette : Ah bon !

Raymond : Un tabouret avec un seul pied. Le type qui veut se pendre, à peine monté dessus, et c’est bon. Le procédé est radical.

Guéguette : Un tabouret à un seul pied !

Raymond : Mais c’est rien tout ça. Ils ont même des lits sans pied. Il leur suffit de jeter leur matelas par terre. Le matin ils remballent le tout et le mettent dans une armoire. Ça en fait de la place quand on n’a plus de lit.

Guéguette : C’est vrai.

Raymond : La différence entre eux et nous Guéguette, je vais te la dire. Eux, c’est toujours moins, nous, c’est toujours plus. Il faut apprendre à éliminer.

Guéguette : C’est vrai. De toute manière on va rien emporter à notre mort.

Raymond : Éliminer, je te dis.

Guéguette : C’est bon ! Ne me regarde pas comme ça !

31 décembre 2018

Sauver la vie et autres choses (3)

Filed under: APHORISMES,SAUVER LA VIE ET AUTRES CHOSES — denisdonikian @ 8:21

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*

Perds-moi si tu le veux. Mais ne perds

L’esprit du pays qui nous enfanta.

30 décembre 2018

Scènes de ménages (1)

Filed under: SCENES DE MENAGE — denisdonikian @ 4:33

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Raymond : Dis-moi Guéguette. Mais franchement, n’est-ce pas ? Est-ce que je te fais rire ?

Guéguette : Tu me demandes de répondre franchement ? Eh bien c’est non.

Raymond : Dommage.

Guéguette : Pourquoi ?

Raymond : Parce que le rire, c’est bon pour la santé. Et puis, les femmes aiment qu’un homme les fasse rire.

Guéguette : Eh bien, c’est raté.

Raymond : Dommage…Dommage…Pourtant quand j’étais plus jeune, avant de te connaître, je faisais rire les femmes à n’importe quel âge. Même les vieilles, tiens ! Elles riaient à gorge déployée. Je recevais des dentiers plein la gueule.

Guéguette : Elles mordaient à distance (Rire)

Raymond : Ah tu vois bien ? Tu ris là, non ?

Guéguette : Des femmes qui vous bombardent avec leur dentier, il y a de quoi…

Raymond : A propos, j’ai connu une Bretonne qui décapsulait les bières avec son vagin.

Guéguette : Avec son vagin ?

Raymond : La bouteille disparaissait sous sa robe et hop ! plus de capsule. Certains disaient qu’elle avait mis son dentier dans son vagin, tu vois un peu…

Guéguette : Et pour l’amour alors, comment ça se passait.

Raymond : Mal.

Guéguette : Tu as essayé ?

Raymond : Ah non ! Amateur de bière, oui ! Eunuque, non !

Sauver la vie et autres choses (2)

Filed under: SAUVER LA VIE ET AUTRES CHOSES — denisdonikian @ 1:07

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Sois à l’affût de la parole. Non de celles qui font le vide, mais de la parole qui fait la vie.

29 décembre 2018

Sauver la vie et autres choses (1)

Filed under: APHORISMES,SAUVER LA VIE ET AUTRES CHOSES — denisdonikian @ 4:32

http://www.metmuseum.org/art/collection/search/436004

Gustave Courbet

Merci à toi rivière.

A tes mains sur son corps affolées,

Quand mes mains exilées

S’enchaînaient à tes pierres.

25 décembre 2018

Les 6 brèves du mois

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 8:27

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59

J’ai aimé un panzer

Qui étais-je

Fourmi sur un sumo

63

J’ai été immobile

Au coeur des vieux arbres tranquilles

De l’Arménie primaire

157

Mon chat est de soie et de griffes

Il prend mais jamais ne se donne

Veille à dormir et rester vif

158

Ne lâche pas tes rêves Président Tu ne peux échouer

Demande les pleins pouvoirs au peuple

Ma grand-mère me demandait d’aider les plus faibles

151

La femme a des légèretés de plumes

Si vous soufflez sur son costume

Vous pourrez vous la voir à poils

147

Dans les crocs d’un crocodile

Je pleurais le charme des îles

Les sangs désespérés sont les sangs les plus beaux


Extrait de « Brèves de plaisanterie » de Denis Donikian,  Actual Art, 2017

Prix 15 euros (port compris)

Ecrire à Denis Donikian, 4 rue du 8 mais 1945, 91130 Ris-Orangis

ou denisdonikian@gmail.com

18 décembre 2018

A ma mort, une dédicace vaudra de…

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:47

l’or…

Qui sait ?

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Profitez de cette fin d’année pour offrir l’Arménie à un de vos proches.

Des rencontres avec des personnes d’une grande pureté malgré leurs difficultés à vivre.

Un berger qui affronte les ours chaque nuit et des ours qui affronte un berger chaque nuit.

Un ancien avocat devenu pisciculteur et apiculteur.

Des vaches en train de faire un strip-tease.

Des femmes dont les maris sont partis travailler en Russie.

Des villageois vivant sur un ancien cimetière azéri.

Écoutez leur leçon d’humanité

Écoutez le pays profond de l’Arménie

Marchez avec lenteur dans des paysages où l’on pénètre rarement

Des paysages sublimes qui vous font vibrer

Marchez sous des ciels profonds, au milieu d’arbres intouchés

Des heures et des heures à chercher une église, une pierre gravée d’une écriture indéchiffrée,

Une pierre sur laquelle pendant des siècles sont venues des femmes stériles frotter leur ventre.

Pierre que même les Arméniens d’Arménie ne connaissent pas.

Des églises qui jaillissent du fond des siècles

dans des paysages taillés comme des joyaux par le temps et le soleil

Car telle est l’Arménie

Et ce livre vous l’offre

Alors offrez ce livre

Ou prenez-le en prévision de votre prochain voyage

20 euros avec carte et porte-folio, texte en bilingue français-arménien

Publié en Arménie avec l’aide du gouvernement d’Arménie

A commander chez Denis Donikian, 4 rue du 8 mais 1945,

91130 Ris-Orangis

Ou par mail : denisdonikian@gmail.com

16 décembre 2018

ԵՍ ՄԵՌԱԾ ԳՐՈՂ ԵՄ

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 11:01

 

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Չեք կարողանում կուլ տալ ձեր անհետացումը։ Հանկարծ ինքներդ ձեզ հաշիվ եք տալիս, որ ձեր շուրջը մի տեսակ դավեր են նյութվել,որպեսզի այլևս չգոյատևեք։ Խլաձայն մի սադրանք՝ կազմակերպված ձերիսկ համայնքի կողմից։ Դեռևս ողջ եք, բայց, ահա, մասնակցում եք ձեր բնաջնջմանը, նույնքան խորհրդանշական, որքան օբյեկտիվորեն իրականացած։ Այսպես, կանհետացնեն ձեր անունը, նախքան դուք մեռած կլինեք  ։ Այն դեպքում, երբ դեռ ապրում եք աշխարհում, բարձր գոռում եք, որ այստեղ եք,ձեզ դագաղիմեջ են փակել ու զնդան նետել՝ անարգանքի սյունին են գամել։ Փաստորեն,դուք ապրում եք,բայց համառորեն աշխատում են սպանել ձեր գոյությունը,նույնիսկ մահացու փոքր հարվածներ հասցնելով։Որպես Դընի Դոնիկյանի՝ Հայաստանի և հայերի մասին   մասին գրքեր գրողի, ուզում են ինձ մեռած տեսնել։ Այսպիսով, ահա ինչպես եմ հաստատելու ասածս հաստատում եմ ասածս։

Նախ, ամեն ինչ սկսվեց քաղցրադառն հեգնանքի նուրբ շեղբի նման։ Խորամանկորեն կազմված մի հոդվածում խոսում են ահա ձեր մասին՝ «անտեղի իրար անցնողը» մականունը կպցնելով։ Չարություն չենք տեսնում սրա մեջ, կասեք ինձ։ Մինչդեռ մեկին որակել որպես անտեղի իրար անցնողի, նշանակում է նրան անընդհատ տեղից վեր թռչողի տեղ դնել, որը կարող է փոխել իրավիճակն այն դեպքում, երբ դա չի վերաբերում իրեն։ Դընի Դոնիկյանի սուր քննադատությւոնները Քոչարյանի և Սարգսյանի վարչակարգերի դեմ, որ խստագույնս ձևով էին հանդես գալիս Հայաստանում, հավանաբար երկար ժամանակ փքաբլիթների տեղ են ընդունվել։ Բայց ահա, թավշյա հեղափոխությունը նրան, ի վերջո, իրավացի կհամարի։ «Անտեղի իրար անցնողն», ուրեմն, լոկ խոսքեր բարբաջող մտավորականների կողմից չի եղել, այնպես, որ նրա վրա այս փոքր կեղտը շպրտեին։ Նրա սեփական խոսքերը հիմնված են եղել գործողությունների վրա, և իր գործողությունների տեսակները միավորվել են հեղափոխություն կատարող քայլողների գործողություններին, մինչև դեմոկրատական վարչակարգերի խայտառակ կեղծիքը տապալելուն հասնել։

Այս փոքր հեգնական հպանցումից հետո տուրուդմբոց սկսեց։ Դուք հրատարակել եք երկու գիրք․ «L’Arménie à cœur et à cri » և «  «Աղբաստան, վեպ հարցականներով»

։ Երբ գրական սալոն ենք կազմակերպում հայկական հրատարակությունների շուրջ, երկու ոտքով ցատկում են ձեր գրքերի վրա։ Իզուր չենք խոսելու անտեղի իրար անցնողի մասին։ Ուրեմն, խոսքեր արտաբերող մտավորականը, որ սալոնում է հայտնվում՝ հայկական լույս տեսած գրքերով, ձեզ ծուղակն է գցում։ Դուք այլևս գոյություն չունեք։ Ձեզ դագաղում են պառկեցրել, նետել են զնդան, անարգանքի սյունին են գամել․ «Բայց սպասեք, երկու գիրք է վերջերս լույս տեսել, արժանի՝ անդրադարձ կատարելու դրանց, այդպես չէ՞։ Մի՞թե ձվի միջից մազ պետք է փնտրել, թե՞ գլխատել այդտեղ դուրս պրծած գլուխը»։ Ոչ մեկը՝ վրդովվելու համար։ Ուրեմն, վրդովմունքը նախասկիզբն է մտավոր քայքայման, բարոյական կաթվածահարության, գիտակցության ախտաբանության համար։ Ուրեմն, այսպիսով, որքան գրական սալոնի տերը՝ գլուխներ հատողը, այնքան էլ նրա դավակիցները, որ նույնիսկ ամոթի զգացում չունեն նրան մահվան դատապարտելով, գրողին կպցնում են խանգարող մարդու պիտակ, որպիսին է Դընի Դոնիկյանը՝ ոչնչության մատնված մարդը։

Հաջորդ փոքր դառնությունը, որ արդեն ներկայացրել եմ գատագովների հանգամանքների և բնաջնջումների առիթով, դեմքիս շպրտվեց, երբ կարդացի հայ գրականության վերաբերյալ ներկայացված մի մենախոսություն։ Հարվածն այնքան ակնառում էր, որ գործնական էր դարձնում անհետացման մի եղանակ՝ նույնքան սրաթափանց, որքան կոպիտ։ Սրիկայի աշխատանք, իրականության վրա կեղտ շպրտող։ Այս նյութի մեջ ներկայացված էին այն հեղինակները, որոնցից պետք է հատվածաբար մեջբերումներ կատարեին։ Իսկ այդ հեղինակներին այնձամբ ես էի թարգմանել․ Թումանյան, Մարինե Պետրոսյան, Վիոլետ Գրիգորյան, Պարույր Սևակ․․․։ Անհնար էր անցնել այս ամենի կողքով, առանց գոնե մեկն իմ թարգմանություներից չհիշատակելով։ Տեքստը նույնիսկ այնպես է արտացոլված, որ մեջբերումներ են կատարում իմ սեփական խոսքերից, առանց հիշատակելու գոնե անունս։ Այսպիսով, երբ հանցանքը նույնքան բացահայտ էր, որքան մերժումը, այստեղ նույնպես ինձ դագաղի մեջ էին դրել, զնդան նետել, անարգանքի սյունին գամել։ Չխոսելով այն փաստի մասին, որ շրջագծերի շրջապույտների շուրջ հայականության մասին առանց շրջանցումի գրված քսան գրքերի մասին, գրաքննադատության կախարդը հասնում է իր նպատակին՝ մոռացության տալով իմ գոյությունը որպես գրողի՝ սեփական գործերս դագաղ իջեցնելով և սեփական անձս զնդան նետելով։

Վերջին հարվածը վրա հասավ մի քանի օր առաջ՝ հայկական գրքի սալոնի հայտագրի առիթով։ Եվ, որպես չարության գագաթնակետ, ահա, ուղարկում են ինձ ընտրված մարդկանց, սեղանի ետևում կանգնողների, որ գիրք են վաճառելու, ինչպես բաստուրմա վաճառողների մի ցուցակ։ Միմիայն ցեղասպանական գրչակներ, համաձայնության վրա հիմնված գունաթափ թղթեր խզբզողներ, որ ոչ մի կապ չունեն հայկական հարցի հետ, ուրիշ ոչինչ, բարի այն, որ արտահայտի էշ տարուբերողների էշություն։ Իսկ ես, ահա, կույրի նման, ում եղբայրները հանել են աչքերը, փնտրում եմ սեփական անունս ընտրյալների սև տախտակին։ Ուզում եմ ասել, չհավատացի աչքերիս, բայց փաստորեն մի քանի տարի շարունակ անազնիվ էին վարվել հետս, աչք չունեի այլևս։ Սևացնելու գնով ինձ, նրանք մթագնել էին աչքերս, և այդքանից հետո ոչ մի գնով չէի գտնում գրողի անունս մյուս գրողների անունների մեջ։ Նրանք նույնպես ինձ զնդան էին նետել, անարգանքի սյունին գամել, դագաղի մեջ զետեղել։ Այսպես են մեզ սպանում։ Դա նշանակում է, ովքեր մազապուրծ էին եղել ցեղասպանությունից, իրագործելու էին իրար նկատմամբ ցեղասպանություն։ Այո, քանզի մի գրողի սպանություն, գուցե վերջինի, հոգևարքի մեջ գտնվող մի համայնքի միջավայրում, մի տեսակ ինքնասպանության ավարտն է։ Ծրագրելով իրենց ամենախենթ ու ամենաիրական գրողների անհետացումը, հայերը մի՞թե չեն նպաստում նրանց սեփական անհետացման արագընցին։

Ու նաև այստեղ չեմ խոսում այնպիսի համայնքի ռադիոյի մասին, որ խուսափում է տարիներ շարունակ հրավիրել ինձ։ Նավթալինով պատելու համա՞ր ինձ։ Ոչ, շնորհակալ եմ։ Ոչ էլ այն հրատարակիչների մասին, որ սպանում են ձեզ՝ գրոշներ վճարելով կամ մերժելով թարգմանչի հետ պայմանագիր կնքելու պատիվը։ Ոչ էլ հայկական հին իրեր վաճառող կազմակերպիչների մասին, ովքեր ձեր գրքերը տեղավորում են լոխումի կամ բաստուրմայի կողքին։

Այսպես է ընթանում մեր մշակույթը․․․։

Եվ ահա, մեռած եմ ես խորհրդանշական մահով։ Մնում է միայն, որ մարմինս միշտ շարժման մեջ լինի։ Ապրում է։ Լողում է երկու ջրերի արանքում․ հիվանդ ու քինախնդիր մի համայնքի տիղմերի և՝ մի քանի պայծառ կամ այլ լուսավոր ու մեծահոգի հայերի միջև։

Քանզի պատկերը անարդարացի կլիներ, եթե այստեղ կանգ առնեինք՝ սև հաշվեկշիռ ներկայացնելով նախանձախնդրության, ատելության ու վտարման վրա հիմնված մեր սեփական միտումներով։

Իրականում Դընի Դոնիկյանը մենակ չէ։ Շրջապատված՝ յուրայինների խանդաղատանքով, որ խթանում են նրան գրածները, նա տրոփում է, գրում է, չնայած դա կարող է լինել իր թունելի խորքում ամփոփված, որտեղ հայի հիմարությունը չի կարող նրան հասնել ու դիպչել։

Փառք ու պատիվ նրանց, ովքեց ի վիճակի են պատվով ընդունել գրվածքները, որովհետև կյանք են տալիս նրանց արժանիքներին։

Շնորհիվ այդ «happy few»-երի, կարող եմ ասել, չեմ թուլանում։ Ծառայություն ջնջողները ձեռք չեն բերի իմ կաշին։ Եվ այն քիչ ժամանակը, որ մնում է ինձ ապրելու, նպաստում է գիտակցության հարստացմանը, որ հայերն ունեն ճակատագրի բերումով։ Այո, գառնուկներս։ Միայն այսքանը։

Երբ գրում եմ, մտածում եմ իմ անվերապահումների մասին, որ ինձ կաշվից դուրս կբերեն, որպեսզի հայկական հոգու մեջ շարունակեմ ձվի միջից մազ փնտրել։ Այս անխախտելիների շարքում են․ Ալեն Բ․, Դոնիկ Շ․, Անդրանիկ Տ․, Ծովինար Մ․, Քրիս Ու․, Մանուկ և Աղավնի Փ․, Քլեր Գ․, Սեդա Մ․, Տատիանա Ի․, Քրստին Ս․,Մոնիկ և Միշել Գ․, Միքայել և Քրիստին Փ․, Վարվարա Բ․․․ և նույնքան անանուն մարդիկ, որ կարդում են շարունակ իմ գրքերը։ Ի միջի այլոց, որոշ աննավորություններ չեն գոհանում միայն ինձ ընթերցելով, նրանք նաև ծառայություն են մատուցում ամեն կերպ՝ իմ գրքերը Երևանից հասցնելով ինձ։ Այսպես են վարվել և դեռ շարունակում են վարվել Քրիսին Ս․-ն, Տատյանա Ի․-ն, Սեդա Մ․-ն՝ երեք հզոր կանայք․․․

Նրանք, ովքեր իմ մահն են ցանկանում, դեռ ծանր կացության մեջ կհայտնվեն։ Գալիք տարին նրանց համար մեծ ապտակ է պահում։ Եվ նախապես ասում եմ նրանց․ դուք ուզում եք սևացնել ձեր ռեխը սեփական փսլինքով։ Ես ինձ վերապահում եմ լիարժեք խենթի շլիաթոք ծիծաղ՝ իսկական մահիցս առաջ։ Եվ մենք դա կկիսենք, բարեկամներս։ Մենք դա կկիսենք։

Դընի Դոնիկյան

14 décembre 2018

Strip-tease en Arménie

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 2:25

 

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Depuis un certain temps, l’Arménie est devenu un pays comme un autre. En réalité, ce qui était caché hier est aujourd’hui dévoilé.

Par exemple, le strip-tease.

Hier ça se faisait dans des salles obscures, aujourd’hui tout le monde peut créer en Arménie un club où viendraient se dévêtir, jusqu’à un certain poil, Nina alias Mariné ou Giulia alias Gayané.

Une Arménienne qui se dévêt à pile et à face devant des hommes, ça c’est inédit.

Les Iraniens vont venir en foule.

Comme je le disais autrefois, l’Arménienne évolue et ça se voit. ( Si mon lecteur voit bien ce que je veux dire ).

Car il faut de tout pour faire un monde, même des femmes qui arrondissent leur fin de moi en excitant le moi des autres.

Sachant que les excités, ça fait du bruit, Artsvik Minasyan, ministre du Développement économique et des Investissements a demandé au législateur que ces petits clubs, du genre Karaokés, discothèques, saunas et bains soient situés à bonne distance des quartiers résidentiels et non résidentiels.

Ne reste pour les strip-teaseuses qu’à se rabattre sur les quartiers résiduels.

Il faut dire que dans les provinces ce genre d’établissement seront moins taxés qu’à Erevan, étant donné que dans les provinces on a plus besoin de distraction et qu’il faut l’encourager surtout en pensant au père de famille qui doit se coltiner sa marmaille après avoir taillé sa vigne toute la journée.

Toute cette préoccupation autour du sexe montre que l’Arménie n’a rien à envier aux autres pays. Elle apprend le pire et elle prend le meilleur du pire.

Ce qu’on peut suggérer au législateur, et je m’étonne que cela n’ait pas été pensé, c’est que ces clubs soient tenus à distance de toute église, couvent ou autre établissement renfermant des religieux contraints à huiler leur lavach après la messe. Ca pourrait donner des idées, vu que si la distance entre ces deux genres d’établissements antagonistes était trop courte, l’un pourrait contaminer l’autre. Vous ne savez pas lequel ? Donnez votre langue aux chattes…

13 décembre 2018

Le Parti Hentchakian

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 1:16

 

1 – Fondé à Genève par Avédis Nazarbékian, Kévork Kharadjian, Roupène Khanazadian, Christopher Ohanian, Gabriel Kafian, et Manuel Manuelian, tous étudiants, le Parti Hentchakian (de hentchak, la cloche ou le tocsin, symbole de réveil et de liberté), aura pour mission d’œuvrer en faveur d’une indépendance de l’Arménie ottomane, faute de pouvoir agir en Russie ou en Arménie russe (O. Jamgocyan, op. cit.). Manifestations et insurrections pousseront Abdul-Hamid II aux massacres de 1894-1896, tandis que naîtront chez les Turcs musulmans des soupçons de trahison à l’encontre des Arméniens.

2 – Après une période sans massacres de 16 années, consécutive au traité de Berlin, la révolte de Sassoun, orchestrée par le Parti Hentchakian (Minas Tchéraz, Questions Nationales, Réponse à M. Archac Alboyadjian, Imprimerie Massis, Paris 1927), va substituer la répression à l’influence des ministres et dignitaires réformateurs. La marche pacifique de Kumkapi organisée par le Parti Hentchakian en réponse aux évènements d’Erzurum se terminera en carnage sous le regard passif des grandes puissances représentées à Constantinople. De fait, « Abdul-Hamid II sait que l’Europe ne bougera pas » (O. Jamgocyan).  Les revendications du Parti resteront vaines.

3 – En réponse à l’action des Hentchak et à l’arrivé d’une centaine de combattants de F.R.A. à Kars, Abdul-Hamid II va créer la cavalerie Hamidié, dont la mission sera de « supprimer les Arméniens », selon les mots de A. Beylerian (op.cit.). Le 30 septembre 1895, le parti organise une manifestation pacifique à Kumkapi pour demander le respect des clauses du traité de Berlin et dénoncer les exactions contre les Arméniens. L’affrontement avec les gendarmes va conduire les mollah et les softa, étudiants en théologie, à lancer une véritable chasse à l’homme arménien.

4 – Dès lors, la politique du Palais sera de réprimer toute révolte arménienne dans les provinces orientales de l’Empire au nom de la foi et de l’Islam et avec le soutien des Hamidié, ce que les Jeunes-Turcs dénonceront comme des « crimes officiels », propageant ainsi l’idée selon laquelle l’Empire serait devenu ingouvernable avec Abdul-Hamid. Par ailleurs, les échecs du Hentchak lui feront d’autant plus perdre tout crédit auprès de la bourgeoisie stambouliote qu’il ira jusqu’à assassiner les fortunes arméniennes qui rejetaient leur demande de subvention, comme Apik Effendi Oundjian, grand mécène qui intervint lors de la famine de Van.

5 – Cependant, lors de sa 77Convention générale, à Costanza, en Roumanie, le parti exprimant ses doutes sur le Comité Union et Progrès décidera de faire assassiner ceux de ses dirigeants qui auraient commandité les massacres d’Adana en 1909.  Mais les participants seront trahis puis arrêtés. A la fin de l’année 1913, les prisonniers Hentchak seront plus de 140. Deux ans plus tard, le 15 juin 1915, 20 d’entre eux seront pendus sur la place publique de Bayazid, immortalités sous l’appellation de « 20 potences ».

 

 

 

 

12 décembre 2018

Paru dans les NAM

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 8:17

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7 décembre 2018

Je suis un écrivain mort (suite)

Filed under: APPEL à DIFFUSER,ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 7:05

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Nous avons vu qu’être comme écrivain le témoin critique et lucide de sa communauté d’appartenance ne va pas de soi dans la mesure où les agents culturels de cette communauté supportent mal qu’une parole secoue songes et mensonges et mettent à nu des vérités qui brisent l’image narcissique qu’ils sont en charge d’entretenir d’une manière ou d’une autre. Nous avons remarqué en effet qu’il peut y avoir de la part de ces responsables culturels (responsables de radios, de salons littéraires, de salons du livre ou de maisons dites de la culture arménienne) comme une volonté de tenir l’écrivain pour mort en utilisant des moyens qui visent à rendre sa parole inaudible dans le concert des discours convenus.

Pour autant, force était de reconnaître que l’écrivain n’était finalement jamais aussi seul qu’il prétendait le croire étant donné qu’il pouvait être soutenu de manière active par des esprits ouverts, amitiés sincères et ferventes admirations.

Pour autant, j’ai toujours estimé qu’avec l’effacement symbolique puis la disparition physique de ses derniers écrivains, de ceux qui écrivent sur elle, la diaspora arménienne programmait son propre enterrement.

De fait, les manières d’ostraciser l’écrivain contestataire ne relèvent pas toujours d’une volonté aussi franche mais s’apparentent de la part des acteurs culturels de la communauté à une forme d’ignorance ou de faiblesse, étant donné qu’ils ont souvent été choisis moins pour leurs compétences que pour leur engagement politique. En ce qui me concerne, je dirai que je suis victime d’une confusion en ce sens que parfois ces acteurs culturels ne font pas la différence entre écrivain et historien. S’ils le savaient, ils admettraient que les historiens d’origine arménienne pullulent alors que les écrivains qui auscultent notre communauté sont rares. S’ils le savaient, ils reconnaitraient qu’il y a urgence à accorder plus d’attention à l’écrivain « communautaire », si tant est qu’ils soient à même de comprendre pourquoi.

A la manière dont sont traités les livres d’écrivains d’origine arménienne dans les salons on peut comprendre que la culture dont s’affublent nos responsables est proprement malade. Ces livres ne sont pas reconnus dans leur spécificité et sont mélangés à d’autres qui relèvent d’un domaine différent. Au lieu de réunir sur une même table les ouvrages d’un même écrivain, on les disperse au point de briser leur unité. Dans la librairie d’Alfortville où j’ai été invité dimanche 2 décembre, je disposais d’une table à mon nom sur laquelle j’ai pu présenter ma récente production. Rien de cette attention au salon du livre d’Alfortville où on s’en tient aux titres pour présenter des produits comme du soudjoukh qu’on peut mélanger au khadaïf, vu que ça se mange…

Qu’on se le dise, quand elle est fermée sur elle-même, une communauté culturelle peut être une machine à broyer sa propre culture. Non que cette machine ait une volonté propre, mais il existe à coup sûr des mécanismes contradictoires qui finissent par affaiblir notre culture au lieu de la renforcer. Je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que la communauté arménienne est une communauté suicidaire en ce qu’elle produit du découragement, de la démission, de la rancœur là où elle devrait susciter le débat, la connexion des compétences, la promotion des initiatives les plus prometteuses. Pour tout dire du manque au lieu du souffle. Tel est le cas de toutes les sociétés fermées qui répugnent à s’ouvrir aux autres cultures. Les vrais fossoyeurs de la culture arménienne sont les acteurs de cette culture. Je l’ai démontré dans la première partie de cette réflexion intitulée : «  Je suis un écrivain mort ». Je vais continuer en évoquant les agissements des éditeurs arméniens.

En tant qu’écrivain, j’ai eu affaire à trois des cinq éditeurs arméniens qui ont pignon sur rue. L’un a dû se forcer pour signer un contrat avant de s’efforcer de ne pas le respecter, jusqu’au point où j’ai été forcé de faire appel à la justice. L’autre voulait me payer 200€ en droits d’auteur pour un travail qui m’avait demandé 15 ans, soit 13,33€ par année. Le troisième, ami d’enfance, homme de parti, nous accueillit, le coauteur et moi-même, avec des déclarations du genre : «  Moi, éditeur arménien, je favorise les auteurs arméniens par des contrats plus avantageux que les contrats ordinaires ». Sauf que nous n’avons jamais connu l’état des ventes de nos livres ni vu la couleur des comptes annuels.

Comme je l’ai dit par ailleurs, le résultat a été que le dégout, sinon le découragement, m’ont dissuadé de continuer mon travail de traducteur. Or, la perte d’un traducteur littéraire est d’autant plus dommageable que les écrivains d’Arménie étouffent de ne pouvoir être lus hors de leurs frontières. Par ailleurs, l’absence de traduction réduit la littérature arménienne contemporaine à un désert. En d’autres termes, ces acteurs culturels que sont les éditeurs sont devenus les fossoyeurs de la culture arménienne.

Mais qui s’en soucie ? Or, c’est justement cette insouciance qui accable le destin des Arméniens de la diaspora. Et les hypocrites salons littéraires ou les pseudo salons du livre ne font que renforcer le sentiment d’une perte de vitesse tellement ces manifestations culturelles sentent l’autosatisfaction et l’amateurisme.

Loin de moi l’idée de culpabiliser qui que ce soit. C’est à l’état des choses qu’il faut s’en prendre. Nos éditeurs sont probablement tiraillés entre la nécessité de publier des livres et celle de maintenir leur boutique à flot. Mais encore faut-il faire remarquer que trop souvent les membres d’une communauté aussi fragile que la communauté arménienne sont condamnés à l’improvisation pour sauver les meubles d’un naufrage qui menace en permanence. C’est pourquoi on a parfois affaire à des personnes qui occupent des fonctions pour lesquelles ils n’ont pas les compétences requises. C’est le cas de certains éditeurs, mais aussi de directeurs d’école ou de maison de la culture. Et donc, les efforts déployés conduisent à la longue à des résultats inverses de ceux qui étaient escomptés. Pour exemple, le cas des traducteurs déjà cité, mais aussi des salons du livre comme celui de telle ville de province, mais aussi des écoles comme tel Collège qui a conduit au fiasco si l’on s’en tient au médiocre niveau des élèves et à une connaissance de l’arménien pour le moins désastreuse.

Heureusement, des cas isolés viennent contredire ce sombre tableau. Par exemple je remarque que le dernier livre de l’historien Onnik Jamgocyan, La fin de l’Arménie ottomane, en tous points remarquable, a été publié grâce à Vahé Gabrache. En d’autres termes, s’est opérée ici une connexion heureuse entre un historien et un mécène. La communauté arménienne y a gagné en connaissance et en culture grâce à l’alliance de l’un avec l’autre.

Mais ces cas sont trop rares pour permettre d’affirmer qu’ils sont capables renverser la vapeur, à savoir la déliquescence qui menace notre communauté.

A chacun d’en juger.

Denis Donikian

 

 

 

 

 

6 décembre 2018

La Constitution de 1876

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Midhat Pacha

*

1 – Pour rédiger la Constitution ou Kanun i Esasi, Midhat Pacha, Grand Vizir depuis le 19 décembre 1876, proposa à Abdul-Hamid II une commission de vingt-cinq membres, qui comprenait trois Grecs et trois Arméniens, tous hauts fonctionnaires de l’Empire ottoman, choisis plus pour leurs compétences que par calcul politique (Onnik Jamgocyan, La fin de l’Arménie ottomane, Paris, 2018). Parmi les Arméniens, se trouvent Krikor Odian, Ohannes Tchamitch et Vahan Effendi.

2 – Fils de Boghos Odian, grand mécène, Krikor Effendi Odian, principal conseiller de Midhat Pacha, a participé à la rédaction des Lois organiques de la nation arménienne – Kanunname-i Millet-i Ermeniyan. Ohannes Effendi Tchamitch sera Ministre des Travaux Publics et aura traduit en ottoman la Lezione di Logica du professeur Pascal Galuppi. Quant à Hovhannes Vahanian, connu sous le nom de Vahan Effendi, sous-secrétaire d’État au Ministère de la Justice, il a étudié la chimie à Paris et a traduit en arménien les Premiers éléments de chimie de Henri-Victor Regnault.

3 – Inspirée des carbonari et de la Franc-Maçonnerie française, cette Constitution, proclamée le 23 décembre 1876, comprend 119 articles qui mettent en place une monarchie constitutionnelle. Elle avait pour « finalités de prévenir l’insurrection des peuples de la mosaïque ottomane et d’empêcher les aspirations indépendantistes des minorités chrétiennes de l’Empire » (O. Jamgocyan op.cit.)Elle visait surtout à éviter la mainmise des puissances européennes sur la Turquie.

4 – Pour autant, l’échec de la Conférence de la Corne d’Or en décembre 1876 va discréditer Midhat Pacha auprès des Européens, tandis que Abdul Hamid, qui le redoute, a déjà programmé sa chute. De fait, Midhat Pacha avait souhaité intégrer les Grecs et les Arméniens dans les administrations afin de faire front commun contre la menace russe. Démis de ses fonctions en février 1877, puis exilé à Brindisi, il sera « le dernier défenseur des idées du Tanzimat et l’héritier des Pachas réformateurs » (O. Jamgocyan, op. cit.).

5 – Après avoir été Gouverneur de Syrie, puis de Smyrne, Midhat Pacha sera arrêté et condamné à mort en juin 1881, accusé d’avoir fomenté le meurtre d’Abdul-Aziz. Loin de suivre le Cheikh-ul-Islam, le Fatwa Emini dénonce la sentence comme une injustice. Exilé à Taëf sur ordre d’Abdul-Hamid, Midhat Pacha, après une détention aux conditions inhumaines, sera égorgé le 26 avril 1883.

 

 

5 décembre 2018

Le Sillon

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 1:32

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Par Viktoral

 


Je viens de terminer la lecture de ce récit révélateur sur l’état d’un pays en proie à un traumatisme profond.

Tout tourne autour d’un sujet qui se veut tabou mais devenant une obsession qui amène le pouvoir à un état de schizophrénie.

L’auteure nous révèle les faces cachées d’une société ambivalente, tantôt hospitalière et à la fois hostile.

La relation entre une française et son amant turc se perçoit comme d’une complexité similaire.

Au fil des chapitres, on découvre des détails ignorés du grand public, ou du moins, non écrits dans la presse.

La description des scènes de vie d’Istanbul est saisissante, on s’y croirait.

Il convient pour cela, de constater la précision et la qualité du récit narratif de Valérie Manteau.

Très vite, on entre dans le sujet principal du récit qui tourne autour de Hrant Dink, journaliste fondateur du journal Agos, abattu par un tueur le 19 janvier 2007.

L’auteure entend parler de cet homme au parcours atypique et cherche à comprendre le motif de sa fin brutale. Elle rencontre des hommes et des femmes qui lui apportent des réponses par bribes et en final, le lecteur est imprégné de son destin tragique.

Hrant Dink, l’arménien maudit, est présent tout au long du récit, mais pas seul.

Ils sont là, qui exilé, qui en prison qui en attente de jugement et d’autres dans la crainte d’une arrestation, telle une épée de Damoclès sur leur tête.

La ville d’Istanbul, si proche de l’Europe n’a pas pu devenir un lieu où la vie de chacun est respectée. Les manifestations populaires du parc Gezi en 2013, ont été réprimées très sévèrement.

Puis, il y a eu le putsch de juillet 2016 dont on ne connaît pas exactement les responsables.

Tout le pays est alors pris dans l’engrenage de la suspicion.

Et chaque voix discordante devient une expression : “terroriste”. Toutes et tous des terroristes, les Arméniens, les Grecs, les Juifs, les Kurdes, les Alévis, les Assyriens, tous ceux qui subsistent dans ce pays, qui ne doivent être que Turcs ou sinon, condamnés au silence.

Leur chef de file serait le prédicateur Gülen, réfugié aux Etats-Unis, l’ex camarade du président.

Un ouvrage reflète cette hantise : “La Turquie et le fantôme arménien” de Laure Marchand et Guillaume Perrier, deux journalistes ayant vécu là-bas pendant dix ans.

Hrant Dink était lucide et conscient du contexte dans lequel il vivait, où le danger était permanent. Mais un homme courageux comme lui ne se taisait pas car la liberté passe par celle de la parole. Il n’a aussi, jamais été dupe de la position calculée, adoptée par le parlement français reconnaissant le génocide arménien. Qui plus est l’autre volet rejeté, de sa pénalisation.

Sa principale préoccupation était d’instaurer un dialogue entre Turcs et Arméniens pour clarifier les événements durant le début du XX ième siècle. Tourner une page douloureuse en assumant le passé.

Mais il n’a pas réussi car ses ennemis ont décidé son élimination.

Son article sur Sabiha Gökçen, fille adoptive d’Atatürk qui serait une orpheline arménienne a probablement pesé lourd dans son assassinat commandité par les extrémistes de droite.

Le 19 janvier 2007, un jeune homme de dix-sept ans, l’abat devant son journal Agos, armé par des commendataires… qui ne seront jamais identifiés, ni arrêtés.

Agos en arménien, en français, “sillon”, est devenu le titre de ce livre.

Mais ce fut aussi un abîme qui s’est ouvert dans la société turque, prise de vertige dans le choc provoqué par ce crime.

Depuis, le fossé reste béant malgré tous les efforts des personnes cherchant un apaisement entre les communautés du pays.

Un passage révélateur dans le récit dit : “Hrant Dink a ouvert la boite de Pandore”.

Et combien ont découvert une ascendance arménienne ?

Elif Şafak, Fethiye Çetin et d’autres encore, telLEs celles et ceux du “Restes de l’épée”, livre de Laurence Ritter.

Aujourd’hui, plus de dix ans après, le pouvoir totalitaire a mis en place un système soi-disant “démocratique”, mais qui a toute l’apparence d’une dictature.

A leur tour, les Kurdes subissent la répression jadis appliquée aux Arméniens, parce que leur prétention à une certaine indépendance ou du moins à une autonomie, n’a aucune chance de voir le jour.

C’est pourquoi les politicienNes éluEs démocratiquement tel Sellahatin Demirtas sont enferméEs sous prétexte de “terrorisme” mot fourre-tout permettant de supprimer tout opposantE.

On élimine si ce n’est physiquement du moins, de liberté, toute présence jugée indésirable ou discordante.

Les motivations sont vite trouvées : Gülen, PKK, terrorisme et atteinte à la dignité de la Nation.

L’article 301 de la loi fatidique est plus que jamais opérationnel.

C’est ainsi que les prisons sont bourrées de personnes de tous horizons.

Journalistes, professeurEs, universitaires, écrivainEs, artistes, la liste est très (trop) longue.

D’autres sont encore sur le fil du rasoir, aux abois, exilés ou prêts à quitter le pays.

Toutes les pages du récit font référence à des personnes en proie à la peur et au désespoir.

Parmi eux, Ahmet  Atlan, journaliste, est cité comme étant en attente de jugement.

Il y a quelques jours la sentence est tombée : réclusion à perpétuité.

Comment peut-on condamner à vie, un journaliste, sous l’inculpation de “terrorisme” alors qu’il n’a pour arme que sa plume ?

C’est presque un aveu de fragilité d’un régime qui a peur des mots !

Une telle situation ne peut perdurer. La Turquie est trop proche de l’Europe pour sombrer dans le nihilisme. Elle a des ressources humaines et des citoyens conscients du danger pouvant résulter d’un tel totalitarisme.

Quand elle pourra se défaire de l’orgueil entretenu par ses dirigeants et concevoir la liberté de chaque être humain quel que soit son origine, sa croyance, sa sexualité, elle pourra relever le défi pour clamer sa propre liberté.

C’est ce qui peut être espéré dans les lignes du récit de Valérie Manteau, une femme libre.

3 décembre 2018

Les Mémoires de Karabet Devletyan

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 6:01

Numériser 2

 Karabet Effendi Devletyan

président de l’Union Raffi-i Haratchtimagan

Responsable du coin ( Damgaci) de l’Hôte Impérial des monnaies

Grand-père d’Onnig Jamgocyan

auteur  La fin de l’Arménie ottomane (Editions du Bosphore, 2018)

*

1 – Le récit du 24 avril 1915 par Karabet Devletyan (O. Jamgocyan. La fin de l’Arménie ottomane, Paris, 2018) commence au moment du repas, vers 21h 15, quand il est conduit au poste de Tchinili, à Selamsiz, où il se retrouve avec Krikoris Balakian, Siamanto, Nechan Kalfayan, Vaghinag Bardizbanian, Manoug Basmadjian avant qu’ils ne soient embarqués à Salacak pour Sarayburnu, puis conduits à pied jusqu’à la prison centrale de Mehterhané où, arrivés les premiers, ils sont rejoints par des médecins, professeurs, pharmaciens, révolutionnaires et dirigeants politiques des différents quartiers arméniens de Constantinople. Harutyun Chahriguian, dirigeant dachnak, aura ces mots prophétiques : « Ce n’est que le début du yeghern ».

2 – Dans la nuit, des autobus rouges, chargés au maximum, conduisent les détenus au vapeur N° 67 du  Chirket-i Hayriye  qui devra les amener  jusqu’à Haydarpacha.  Ils seront près de 300 à être placés dans des wagons, surveillés par un soldat et un civil. Quatre jours plus tard, le train s’arrête à Sindjan Köy où Ibrahim Bey, directeur de la prison centrale de Constantinople, fait descendre les plus suspects des déportés pour qu’ils soient acheminés à Ayache et qu’ils soient pour beaucoup condamnés à mourir sous d’atroces tortures. Le train continue jusqu’à Ankara où avaient été réunis des yayli destinés à les transporter à Tchankiri.

3 – Logés au han de Kalédjik, les intellectuels sont choqués de se trouver exilés dans un lieu aux saletés repoussantes. Très agité, arrêté sur une confusion de son nom avec komitadji (révolutionnaire), Komitas Vartabed s’inquiète : « Comment est-ce possible ? Hier j’étais chez le Prince héritier, et maintenant en exil, dans l’incertitude. Où allons-nous ? Pourquoi y allons-nous ? Je ne comprends pas ». La neige tombe et il fait froid. Suppliant l’officier de faire monter l’octogénaire Hagop Korian, très malade, dans une voiture à ressorts de suspension, Devletyan s’entend dire que de toute manière ils sont condamnés à mort et que plus vite ils crèveront plus vite son travail sera terminé.

4 – Arrivés à Tchankiri, les « indésirables » sont logés loin du centre-ville au rez-de-chaussée d’une caserne où il n’y a rien, les toilettes étant à l’extérieur et l’eau tirée d’une rivière proche. Devletyan oblige Puzant Kétchian à partager son coussin avec les détenus âgés les plus fragiles, et en premier avec Komitas, 30 mn chacun. Les Arméniens turcophones de Tchankiri rendent visite aux déportés, en particulier à Diran Kelekian, Puzant Kétchian et au Dr. Torkomian. Ils donnent des effets et des meubles que Balakian, Kétchian et Devletyan répartissent entre les détenus.

5 – Krikoris Balakian, Ohan Garabédian, Houssig Katchouni, Komitas et des pasteurs protestants dirigent des prières et cantiques au milieu des lamentations. Profitant de la présence de savants parmi eux, des malades viennent se faire soigner tandis que les avocats plaident les causes des habitants devant les tribunaux et que les agronomes aident à la protection de la vigne. Varoujan écrit des poèmes sur des morceaux de papier et les jette dans le fleuve qui rejoint le Kizil Irmak, pour qu’ils soient emportés à Sébaste, dans son village de Prknik.

 

30 novembre 2018

Rappel signature/Rappel signature/Rappel signature/

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:01

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Pour rappel, nous serons

dimanche 2 décembre, de 11 h à 13 h

à la librairie  l’Etabli ,

8 rue Cuillerier

à Alfortville

pour signer notre dernier livre :

MARCHER en ARMENIE

et  beaucoup d’autres introuvables ailleurs.

Une lecture d’extraits  du livre

Marcher en Arménie

sera faite à cette occasion.

26 novembre 2018

Je suis un écrivain mort

paradjanov

Avec Paradjanov, Tbilissi 1980

 

Ce que vous n’arrivez pas à avaler, c’est votre disparition. Tout à coup, vous vous rendez compte qu’autour de vous une sorte de complot s’est mis en place pour que vous n’existiez plus. Un complot ourdi en sourdine de la part de votre propre communauté. Vous, vivant encore, voilà que vous assistez à votre effacement tout aussi symbolique qu’objectivement réalisé. On aura fait ainsi disparaître votre nom comme si votre corps avait déjà pris les devants. Alors que vous êtes encore de ce monde, que vous criez haut et fort que vous êtes bien là, on vous aura mis en bière, jeté aux oubliettes, voué aux gémonies. De fait, vous existez mais on s’acharne à tuer votre existence même par petites touches assassines. En tant que Denis Donikian, producteur de livres sur l’Arménie, on me veut mort. Et je vais vous le prouver.

D’abord, la chose est venue comme la fine lame d’une ironie douce-amère. Au détour d’un article, voilà qu’on parle de vous en appliquant le sobriquet de « mouche du coche ». Pas méchant, me direz-vous. Et pourtant, traiter quelqu’un de mouche du coche, c’est lui signifier qu’il s’agite beaucoup en croyant changer les choses alors qu’il n’y est pour rien. Longtemps on aura tenu pour des pets de none les diatribes de Denis Donikian contre les régimes Kotcharian et Sarkissian qui sévissaient en Arménie. Mais voilà que la révolution de velours lui aura finalement donné raison. La mouche du coche n’était donc pas du côté des intellectuels parleurs de paroles, du genre de celui qui lui aura décoché cette petite merde. Ses paroles à lui étaient des actes et ses actes se sont ajoutés aux actes des marcheurs de la révolution au point de renverser les régimes honnis de la falsification démocratique.

Après cette petite touche ironique est venu le coup d’éponge. Vous publiez deux livres : L’Arménie à cœur et à cri et Vidures, un roman en questions. Alors qu’on tient salon littéraire autour des parutions arméniennes, on saute sur vos livres à pieds joints. On ne va pas parler de la mouche du coche pour si peu. Donc, l’intellectuel parleur de paroles qui tient salon autour des parutions arméniennes vous met à la trappe. Vous n’existez plus. Vous êtes mis en bière, jeté aux oubliettes, voué aux gémonies. Et personne pour protester. Personne pour dire : «  Mais attendez ! Deux livres viennent de paraître qui méritent qu’on en parle, non ? Où sont-ils ? Que fait votre salon ? Est-ce qu’on y coupe les cheveux en quatre ou est-ce qu’on y coupe les têtes qui dépassent ? » Personne pour s’indigner. Or le manque d’indignation est le début d’une atrophie mentale, d’une paralysie morale, d’une pathologie de la conscience. Ainsi donc, tant le maître du salon littéraire coupeur de têtes que ses affidés qui n’éprouvent même pas la honte de sa mise à mort font de l’écrivain gêneur qu’est Denis Donikian un écrivain voué au néant.

L’autre petite atrocité dont j’ai déjà narré les tenants, les aboutissants et les effacements me fut jetée en pleine figure quand je lus le texte de présentation d’un récital consacré à la littérature arménienne. Le coup était d’autant plus flagrant qu’il mettait en pratique un mode de disparition aussi subtile que brutal. De la belle ouvrage de salaud salisseur de vérité. Dans ce texte, on présentait les auteurs dont on devait dire des extraits. Or, ces auteurs je les avais traduits moi-même : Toumanian, Mariné Pétrossian, Violette Krikorian, Parouir Sevag… Impossible de passer outre pour au moins une mes traductions. Le texte va même jusqu’à citer mes propres mots sans pour autant donner mon nom. Adonc, alors que le délit était aussi éclatant que le déni, là encore on m’avait mis en bière, jeté aux oubliettes, voué au gémonies. Sans parler du fait, qu’après plus de vingt livres écrits sans détour sur les tours et contours de l’arménité, le magicien de la censure arrivait à faire oublier mon existence comme auteur en mettant mes propres textes en bière et en jetant ma propre personne aux oubliettes.

Le coup final est arrivé il y a quelques jours avec l’annonce d’un salon du livre arménien. Et, comble de méchanceté, voilà qu’on m’envoie la liste des élus à mettre derrière une table pour vendre du livre comme on vend du basterma. Rien que du plumitif génocidaire, du pisseur de papier consensuel, du tout venant arménolâtre, pas de quoi branlicoter une ânesse en mal d’ânerie. Et me voici comme un aveugle à qui ses frères auront crevé les yeux à chercher mon propre nom sur le tableau noir des élus. J’allais dire que je n’en crus pas mes yeux, mais en fait depuis tant d’années qu’on me faisait le coup, des yeux je n’en avais plus guère. A force de me jeter du noir, ils me les avaient obscurcis, et je ne trouvais plus mon nom d’écrivain parmi d’autres noms d’écrivains. Ils m’avaient eux aussi jeté aux oubliettes, voué aux gémonies, mis en bière. C’est ainsi qu’on vous assassine. C’est dire que ceux qui ont survécu à un génocide pratiqueraient comme un génocide contre eux-mêmes. Oui, car le meurtre d’un écrivain, peut-être le dernier, au sein d’une communauté moribonde, est une manière d’achèvement par suicide collectif. En programmant la disparition de leurs écrivains les plus fous et les plus vrais, les Arméniens ne sont-ils pas en train de précipiter leur propre effacement ?

Et encore, ici je ne parle pas de telle radio communautaire qui évite depuis tant d’années de m’inviter. Pour me rouler dans sa naphtaline ? Non merci. Ni de ces éditeurs qui vous tuent en vous payant des clopinettes ou en refusant d’honorer un contrat de traducteur. Ni de ces organisateurs de bric-à-brac arménien qui placent vos livres à coté du loukoum ou du basterma.

Ainsi va notre culture…

Me voilà donc mort, mort symboliquement. Reste que mon corps gigote toujours. Il vit. Il nage entre deux eaux : les fangeuses d’une communauté malade et vengeresse et les claires de quelques Arméniens ou autres lucides et généreux.

Car le tableau serait injuste si on en restait là à dresser un bilan noir de notre propension à la jalousie, à la haine et à l’ostracisme.

En vérité, Denis Donikian n’est pas seul. Entouré par l’affection des siens qui stimulent son écriture, il palpite, il écrit, fût-ce au fond de son tunnel où la connerie arménienne ne parvient pas à le toucher.

Honneur à ceux qui savent honorer l’écriture car ils donnent vie à leurs valeurs.

Grâce à ces « happy few », je peux le dire, je ne faiblis pas. Les effaceurs de service n’auront pas ma peau. Et le peu qui me reste à vivre contribuera encore à enrichir la conscience que les Arméniens ont de leur destin. Oui, mes agnelets. Rien que ça !

Quand j’écris, je pense à mes inconditionnels qui se mettraient en quatre pour que je continue de couper les cheveux en quatre de l’âme arménienne. Au rang de ces indéfectibles figurent Alain B., Donig Ch., Antranig T., Dzovinar M., Chris U., Manoug et Aravni P., Claire G., Seta M., Georges F., Tatiana Y., Christine S., Marc V., Monique et Michel G., Mikael et Christine P., Varvara B., et tant d’autres anonymes qui me lisent avec gourmandise. D’ailleurs, certains ne se contentent pas de me lire, ils mettent leurs bras au service de mes livres comme de les acheminer d’Erevan jusqu’à moi. Ainsi firent et font encore Christine S., Tatiana Y, Seta M. : trois femmes puissantes…

Ceux qui veulent ma mort auront encore du fil à retordre. L’année qui vient leur réserve une gifle de taille. Et je leur dis d’avance : vous allez vous noircir la gueule avec votre propre bave. Je me réserve un grand rire de grand fou avant de mourir vraiment. Et nous le partagerons, mes amis. Nous le partagerons.

 

Denis Donikian

24 novembre 2018

Sevan voyage…

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:50

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C’était un homme effacé, mais d’une efficacité incroyable. Derrière son doux sourire, ses yeux malicieux, se cachaient des trésors de générosité. Cet homme tenait une agence de voyage, mais ce n’était pas un commerçant. Quand il s’agissait de ses compatriotes, il avait du mal à lésiner. Je le sais à certaines anecdotes que je garderai pour moi, qu’il ne se contentait pas d’acheminer des Arméniens entre les pays occidentaux et l’Arménie, mais qu’il était aussi un lien. Il faisait de son agence une route pour que des dons parviennent à une Arménie convalescente. Grâce à lui, des Arméniens ont eu moins froid, des soldats ont eu moins peur. Il aura œuvré dans le petit monde , là où les ogres ne descendent pas.

Cet Arménien, c’était Varoujan Sarkissian et son agence que beaucoup d’Arméniens ont fréquentée s’appelait Sevan Voyages.

 

Sevan voyage… J’ai toujours cru que c’était le lac Sevan qui voyageait. Mais non, c’étaient nous qui allions voir le lac Sevan. Heureux homme ce Varoujan qui a permis à bien des Arméniens d’être heureux en se trouvant pour la première fois face au lac Sevan ou au Mont Ararat. Ce n’est pas rien.

 

Varoujan, après des jours de coma, est décédé à Erevan, la ville qu’il a tant aimée et qu’il a tant servie. On ne dira jamais assez ce que les hommes doivent aux avions et à ceux qui les remplissent. Varoujan est parti dans un avion et comme le lac Sevan, il voyage.

 

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17 novembre 2018

Signature à la librairie l’Etabli d’Alfortville

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 7:59

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Nous sommes heureux d’annoncer que la librairie  l’Etabli , 8 rue Cuillerier à Alfortville a invité pour le 2 décembre 2018 Denis Donikian pour des signatures du livre MARCHER en ARMENIE et de beaucoup d’autres introuvables ailleurs.

Une lecture d’extraits  du livre Marcher en Arménie sera faite à cette occasion.

PS. Comme depuis des années, l’auteur semble être considéré comme décédé par les organisateurs du salon du livre arménien d’Alfortville, seuls ses livres anciens y figureront. Marcher en Arménie figurera uniquement à la librairie l’Etabli qui elle a invité personnellement Denis Donikian. Ce qui prouve qu’il est bien vivant.

Pour l’achat du livre voir ICI

12 novembre 2018

Ahmet Atlan condamné à perpétuité

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:51

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Par Jean-Paul Mari de grands Reporters.com , jeudi 22 février 2018

Accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016, Ahmet Altan était incarcéré depuis septembre 2016 à la prison de Silivri (à 70 kms d’Istanbul). Vendredi 16 février 2018, il a été reconnu coupable ainsi que cinq autres personnes dont son frère, le journaliste Mehmet Altan, d’avoir tenté de « renverser l’ordre prévu par la Constitution de la République de Turquie ou de le remplacer par un autre ordre ou d’avoir entravé son fonctionnement pratique au moyen de la force et de la violence ».

Il est condamné à la réclusion à perpétuité.

« Après le coup d’état manqué de juillet 2016, nous sommes les deux premiers écrivains à avoir été arrêtés sur des chefs d’accusation kafkaïens. La prison à vie a été requise contre nous et nous avons cru d’abord que c’était une blague.

Nous avons cru qu’ils nous libéreraient après avoir eu la satisfaction de nous avoir maltraités. Ils m’ont relâchée, mais lui, ils l’ont condamné à perpétuité. Sans preuve, sans faits avérés, c’est purement atroce !

J’appelle tous les écrivains, les éditeurs, les journalistes à être solidaires d’Ahmet Altan et de tous les écrivains, journalistes, jetés en prison ou persécutés. »

asli erdogan, le 19 février 2018

Ahmet Altan, né en 1950, est un des journalistes les plus renommés de Turquie, son œuvre de romancier a par ailleurs connu un grand succès, traduite en de nombreuses langues (anglais, allemand, italien, grec…). Deux de ses romans sont parus en français, chez Actes Sud : Comme une blessure de sabre (2000) et L’Amour au temps des révoltes (2008).

Son père, le journaliste Çetin Altan, fait partie des 17 députés socialistes qui entrent au Parlement turc en 1967. Pour ses articles, il sera condamné à près de 2 000 ans de prison. En 1974, dans le contexte de « L’Opération de maintien de la paix » (invasion de la partie nord de Chypre par les forces militaires turques), Ahmet Altan s’engage dans le journalisme : très vite, il commence à être connu pour ses articles en faveur de la démocratie.

Il publie en 1982 son premier roman (vendu à 20 000 exemplaires) puis devient, en 1985, le rédacteur en chef du journal Günes. Il publie son deuxième roman qui est condamné pour atteinte aux bonnes mœurs et fait l’objet d’un autodafé.

1990 : Devenu journaliste à la télévision, il condamne la guerre et les deux camps, en dénonçant les crimes du PKK et de l’armée turque.

1995 : Il devient rédacteur en chef du journal Milliyet (l’un des plus importants du pays). Sous la pression de l’état-major, le journal le licencie. À la suite d’un article satirique, il est condamné à 20 mois de prison avec sursis. Il est accusé de soutenir la création d’un Kurdistan indépendant.

1996 : Son quatrième roman est un vrai phénomène de librairie, il y aborde les assassinats sans suite judiciaire.

1999 : Avec Orhan Pamuk et Yachar Kemal, il rédige une déclaration pour les droits de l’homme (et des droits culturels des Kurdes) et de la démocratie en Turquie, elle sera signée par Elie Wiesel, Günter Grass, Umberto Eco…

2007 : Il crée le journal d’opposition Taraf, dont il est rédacteur en chef jusqu’à sa démission en 2012.

2008 : Il publie un article, « Oh, Mon Frère » dédié aux victimes du Génocide arménien et se voit inculpé d’insulte à la Nation turque.

2011 : Il reçoit le prix Hrant Dink de la Paix (Hrant Dink est un journaliste arménien assassiné en 2007).

Esprit critique et très en prise avec la société turque, il est arrêté le 10 septembre 2016 ainsi que son frère Mehmet Altan, également journaliste, accusés d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016.

Douze jours plus tard, il est mis en liberté provisoire, mais vingt-quatre heures plus tard, il est de nouveau incarcéré et reste en prison, inculpé « d’appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement de la République de Turquie ».

Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, le vendredi 16 février 2018, par le 26e tribunal pénal d’Istanbul.

10 novembre 2018

Quand la France serre la main à Erdogan

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:21

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Nous on lui tend le doigt

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Les autres lui pissent dessus

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PS. Au même  Erdogan qui qualifie le meurtre de Jamal Khashoggi de cruel ou très sauvage, nous autres Arméniens disons qu’en 1915 des meurtres cruels et très sauvages, il y en eut 1 500 000 et en plus perpétrés par des Turcs.

4 novembre 2018

36 vues du Mont Tarara (22)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:30

Ararat-Hawk

 

Dilemme

C’est ainsi que je me trouvai, un jour à Erevan, brutalement. Toute la nuit, la neige avait tapissé les terres arméniennes, et la terre au-delà des terres, de la plaine aux cimes du Tarara.

Et voici qu’au matin, je marche au plus haut de l’avenue Sebastia, me retourne, et tout à coup c’est devant moi l’immense traîne blanche qui plonge, s’étire, se répand, laisse libre cours à sa puissance pour finir sa course de vague géante sur les flancs de la montagne.

Je suis, le temps d’un éclair, littéralement sidéré. Et je reste un moment comme ça, à macérer dans ma sidération, tandis que les voitures, tant à droite qu’à gauche, s’acharnent à grimper et dévaler l’avenue.

Or, ce matin-là, la lumière prêtait à la montagne une aura de révélation. Quoi ? me dis-je. Je me sens brusquement dépouillé de mon histoire. Dépouillé de toute histoire. Comme nu devant ce diamant du paysage qui m’offre alors une variation de son éternité.

De pareils moments dans votre vie vous invitent à vous réveiller. Et je me demandai s’il n’y avait pas aussi cette façon de voir le Tarara. Une façon naturelle en quelque sorte. Une façon de regard vierge. Tandis que l’autre, l’habituelle, affublait mon regard d’un mensonge aussi vieux que les hommes.

En réalité, nous autres Arméniens, nous le rêvons ce Tarara. Il est devenu ce que nous sommes, à son corps défendant. Du moins nous l’avons fait tel que nous a faits l’histoire. Nous le désirons avec nos tripes et notre sang. Et comme il porte l’image de nos angoisses et de nos espoirs, nous l’avons aliéné de nos propres aliénations. C’est comme s’il fermentait dans notre esprit, travaillant à nous fabriquer une réalité surfaite mais nécessaire à notre survie. Faux Tarara qui nous habite avec une telle permanente intensité que nous l’habillons de croyances qui n’ont rien à voir avec ce qu’il est, rien à voir avec l’épisode mouvementé de la géologie terrestre qui a configuré ce lieu où devaient un jour advenir les Arméniens.

Rêve donc, autant que cauchemar. Car ceux des Arméniens qui voient le Tarara par la force de leur présence au sein de ce paysage en retirent de la puissance pour vivre autant qu’ils se rongent les sangs du fait qu’il se trouve prisonnier de leurs ennemis. Quant aux autres qui habitent à l’étranger, ceux pour qui la nation compte plus que leur personne, ils vivent en sourdine dans le désir chaque fois avorté de mourir au pied du Tarara, conscients jusqu’à la douleur que le destin ne saurait les exaucer.

Très vite, ce moment de sidération passé, la fausse montagne aura repris sa domination sur mon esprit. Car jamais je n’allais retrouver la beauté primitive de cet éclair où l’homme est réduit à sa solitude, fût-ce écrasé par la présence d’une montagne qu’aucun nom ne vient encore enfermer. De fait, aussitôt après que seront revenues les illusions, ce nom de Tarara m’aura de nouveau enfermé dans le mythe qui le définit, si fort que l’éclair de lucidité m’aura paru comme l’étrange parenthèse d’une réalité improbable au regard de la routinière image dans laquelle je me complaisais.

Ainsi fait, pour peu qu’il inscrit son destin dans une histoire commune, tout Arménien, à commencer par moi-même, souffre d’un mélange de désir et de délire. Et le Tarara, qu’il regarde réellement ou mentalement, l’y emploie. Il le tire vers le haut autant qu’il illumine son âme par l’intensité de son mystère. Mais sitôt que l’histoire s’en mêle, la conscience que le Tarara lui est interdit en raison d’une frontière qui l’empêche de l’aborder, c’est la blessure qui lui revient au visage. Au juste, la Tarara revêt l’image double d’une rédemption par la survie après le massacre et d’une punition par le vol des massacreurs. La vie, la vie profonde, la vie secrète de tout Arménien réside dans ce balancement entre la satisfaction de posséder une terre et la frustration d’être dépossédé de sa montagne. Impossible aux habitants d’Erevan d’échapper aux rages et aux arrangements de la résignation.

Pour moi, la quête souterraine qui m’aura conduit dans ma vie aura été de fuir les mensonges de mon éducation, sinon de ma naissance, quitte à me laisser par faiblesse aspirer par les confortables aspirations du mythe en alternance avec les réveils brutaux dans la réalité primitive d’une existence dépouillée de toute émotion collective.

Où est ma vérité ?

Le mythe me fait vivre, mais c’est un mensonge. Et mon humanité nue m’expose au vide. Alors quoi ? Faut-il consentir au mensonge au détriment d’une certaine authenticité ou apprendre à se désaliéner des forces collectives afin d’avancer dans la lumière de son propre destin ?

La peur me jette dans les hallucinations qui habitent mes frères plutôt qu’à me perdre dans l’amour de la vie.

Il n’y a pas de délivrance sans reniement.

1 novembre 2018

Cuisine d’Arménie

Filed under: CUISINE ARMENIENNE — denisdonikian @ 4:34

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Nous étions un soir à Erevan, plusieurs amis autour d’une table à goûter des plats arméniens. L’invité d’honneur était Ahmed Insel, professeur, essayiste, éditeur turc, coauteur de la Lettre de pardon adressée aux Arméniens. Les plats étant posés sur la table, Ahmed Insel se mit à les énumérer en leur donnant leurs noms turcs, au grand étonnement des naïfs qui croyaient dur comme fer qu’il s’agissait de recettes typiquement arméniennes. Et pour en rajouter une couche, notre invité eut la mauvaise idée de nommer d’autres plats qui ne figuraient pas au menu ce soir-là.

Dites à présent qu’il existe une cuisine arménienne. Il s’agit ni plus ni moins d’un raccourci dont s’emparent les petits frustrés arméniens qui croient que les plats de leur mère ou grand-mère qui ont éduqué leur palais sont des mets strictement nationaux. Cette manière de voir n’est rien d’autre qu’une manière d’ignorer l’histoire et surtout les lois de l’anthropologie. En effet, les Arméniens et les Turcs, mais aussi les Grecs, les Kurdes et autres, ayant vécu durant des siècles en situation de proximité, de partage et même de mélange, n’avaient d’autre issue que celui des échanges à commencer par les échanges culinaires. Car le bien manger implique d’échapper à une routine en essayant une nouveauté et à faire d’un essai réussi une adoption.

Cédant aux sirènes de la publicité, mais surtout à l’envie de revisiter les recettes de ma mère chérie ( laquelle affirmait, dans une sorte de racisme culinaire exempt de toute méchanceté : «  Seuls les Malatiatsi savent faire la cuisine. Les Kharpetsi et les autres, non. » On aura compris que ma mère était une cuisinière de premier plan – comme toutes les mères arméniennes d’ailleurs – et qu’elle était native de Malatia), j’ai acheté le livre : Cuisine d’Arménie, de Corinne Zarzavatdjian et Richard Zarzavatdjian ( éditions SOLAR, 28 euros). Inutile de vous dire que ce livre fait un tabac, surtout quand on sait que Richard travaille pour la télé.

Tant mieux, dans le fond, si les Arméniens arrivent à parler de leur histoire tragique en aidant tout profane à préparer un dolma ou un sou-beureg. Corinne et Richard n’ont d’ailleurs pas manqué de le faire dans leur introduction.

Il reste que ce livre m’a profondément gêné, à commencer par cette obstination à vouloir arméniser des plats qui appartiennent plus à une région qu’à un seul peuple. D’autant que les dénominations de ces plats sont loin d’être arméniennes comme dolma, sou-beureg, tchi keufté, imam bayeldi, kavourma, lahmadjoun, etc.

On peut regretter de n’avoir pas trouvé les keufté aux lentilles dont je raffole, ni les feuilles de vigne à la viande. Et qu’à propos des feuilles de vigne, on ait négligé de dire qu’elles doivent être cueillies au printemps parmi les dernières sorties, car elles sont plus tendres, les autres étant plus sombres et plus dures. On peut aussi regretter que le manti représenté ( en forme de bateau) soit uniquement celui qu’on met au four, alors qu’il en existe un autre où la pâte recouvre entièrement la farce. ( Le meilleur manti que j’ai mangé m’a été servi par le restaurant turc Hasir, dans le Kreuzberg, à Berlin).

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Par ailleurs, ce livre, qui voudrait ressusciter les traditions, fait tellement dans le modernisme qu’il en vient à utiliser des ingrédients que nos mères auraient rejetés. C’est le cas des beureg et du sou-beureg utilisant la pâte filo ou des feuilles yufka. Or, nulle part n’est donnée la raison pour laquelle on appelle ce dernier plat : sou-beureg. Et pour cause, le mot sou est un mot turc qui veut dire eau. En vérité, la préparation du sou-beureg, autant que j’ai pu le constater en voyant faire ma mère, consiste à tremper les galettes de pâte dans de l’eau chaude, puis à les passer sous l’eau froide avant de les étaler dans le tepsi. Ce qui demande beaucoup de travail. Mais la bonne cuisine, c’est beaucoup de travail et ça fait travailler les muscles et les méninges. (Pour preuve ma mère a vécu jusqu’à l’âge de 92 ans). Un vrai sou-beureg, c’est de plus en plus rare. Par exemple, à Saint-Chamond, à ma connaissance, seule ma sœur Simone sait encore le faire. A telle enseigne que ses amis qui n’ont ni la patience, ni la compétence pour le faire lui en demandeNt.

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Ma soeur Simone faisant un sou-beureg

A Paris, au restaurant de la Rue Bleue, il m’arrive de commander un sou-beureg qui a la désobligeance de ne pas ressembler à celui de ma mère puisque pour aller vite on utilise de la pâte filo. Une aberration. Ou ce que j’appelle un « oudourmasion » ( un arrangement avec la réalité) comme savent le faire les Arméniens. Comme de dire, dans la préface de ce livre, que depuis Diarbékir on peut voir la cime de l’Ararat. Autant que je peux voir mon cul, oui !

Bon, je vais quand même essayer le midia dolma.

Denis Donikian

 

 

 

29 octobre 2018

Trente-six vues du mont Tarara (21)

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 9:00

 

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Description des Tarariens

Les Tarariens habitent autour du Mont Tarara depuis des siècles. Ce qui leur donnerait le droit de penser que la montagne leur appartient. Le Tarara figure sur leur drapeau, leurs timbres, leurs billets de banque, mais aussi dans leur hymne national. D’ailleurs, leurs enfants naissent avec une tache bleutée sur les fesses, ayant la forme d’un V renversé. Un signe ! Quand un Tararien lève la tête, ses yeux se heurtent obligatoirement au Tarara ; il vit avec cette grandiose obsession du paysage. Et comme les Grecs qui tournent leur maison vers la mer, les Tarariens habitent leur terre en regardant le Tarara. Ils en sont toqués. C’est leur Mecque, leur Saint Sépulcre, leur Mur des Lamentations, leur Jérusalem céleste.

 

( Si on leur reproche une telle idolâtrie, les Tarariens répliquent que certains peuples ont inscrit la lune sur leur propre drapeau alors même qu’elle ne leur appartient pas. Pourquoi donc n’auraient-ils pas, eux, un droit exclusif de propriété sur leur montagne ?)

 

Mais voilà. Aujourd’hui les Tarariens ne sont pas heureux : on les a dépossédés de leur chère montagne. Une visible tragédie de leur histoire. Massacrés, dépouillés de leurs terres, et le Mont Tarara resté chez leurs bourreaux ( l’ingrat ! ). Et quand les survivants aperçoivent le Tarara, l’autre côté de la frontière, ils voient rouge. Leurs nuits se passent en cauchemars, leurs journées en discussions politiques. Et les générations s’éteignent, laissant aux autres le soin de perpétuer leur mal, sinon de le résoudre. Un enfant tararien a reçu de son père le prénom de Vengeance. Tout un programme.

 

Les Tarariens aiment les Tarariens dans la mesure, la seule, où chacun reconnaît en l’autre son double, son image idéologique. Deux Tarariens qui se parlent utilisent les éléments d’un code fondé sur l’adoration perpétuelle et indiscutable de la Tararie. On teste chez l’autre sa capacité à produire et à reproduire de la tararité. Les Tarariens s’alcoolisent l’esprit avec de la mémoire tararienne. C’est un peuple qui vit dans le mimétisme et la répétition. Je ressemble, donc je suis. Panurgisme culturel. D’ailleurs, la suprême jouissance des Tarariens, c’est de se trouver en très grand nombre dans une rue ou sur une place publique en train de manifester pour la défense ou l’illustration de la Tararie. Alors ils existent. La Tararie constitue un critère de reconnaissance ou d’exclusion. On en est ou on n’en est pas. On mesure l’autre à l’aune d’un tararisme correct. Tout le reste est égarement inadmissible de l’esprit.

 

Mais l’inverse est également vrai. Dans le fond, les Tarariens détestent les Tarariens. Ils se jalousent , ils se fuient, ils s’entretuent.

 

Tous les Tarariens ne vivent pas en Tararie. Certains, après la Grande Catastrophe, ont déserté ces terres maudites (ce qui réjouit leurs bourreaux une seconde fois). Aujourd’hui, des Tarariens ont fait leur trou dans tous les pays du monde. On se surprend parfois à en trouver là où l’on s’y attendrait le moins. Pour en avoir le cœur net, un jour, traversant le désert de Gobi, j’ai soulevé une pierre au hasard et je suis tombé nez à nez avec un Tararien qui s’abritait de la chaleur. ( Tassé au fond de son trou, il ressemblait à une crotte écrasée et presque sèche. Je le pris d’abord pour un yogi dans la posture du fœtus. En fait , sous son béret tricoté en trois couleurs ( bleu, rouge, orange comme sur un drapeau ), si large qu’il devait lui servir d’ombrelle, je reconnus Fyda Perrane, peintre tararo-lattriste, c’est-à-dire tararien, latrinien, lettriste et triste ). Ainsi, quand un Tararien voyage à l’étranger, il peut être assuré de se sentir un peu chez lui en retrouvant des frères. Ces Tarariens hors-les-murs appartiennent à ce qu’on appelle communément la Diastararie, ou Tarariens de la dispersion, ceux qui, tombés de leur montagne à l’automne, jonchent le sol du monde. Mais c’est toujours l’automne en Tararie : beaucoup s’exilent, poussés par le vent, pour hurler à la mort, dans la nuit, loin du Tarara.

 

Aujourd’hui encore, des Tarariens quittent définitivement la Tararie. Leur nombre croît de mois en mois. Voilà bien des années, ils avaient abandonné leur pays d’adoption pour vivre en Tararie avec des Tarariens. Mais les Tarariens de souche n’ont cessé de les humilier, ces « frères ». Si tu n’es pas content, retourne où tu étais ! De sorte qu’aujourd’hui, la coupe étant pleine, les « frères » se séparent de ces Tarariens qui aspirent bêtement à vivre et à s’aimer entre eux. Or, tous les Tarariens en veulent à ces déserteurs. Les premiers à s’en plaindre sont généralement ceux qui ont déjà quitté le navire ou qui n’ont jamais donné un seul coup de rame puisqu’ils ont toujours vécu hors Tararie.

 

Au moment où, en Tararie, sévit le sauve-qui-peut, où s’exilent, chaque mois, deux mille Tarariens, où aucun Tararien extérieur ne songe à s’installer définitivement au pays, certains réclament des terres en criant le plus fort possible :  » I-an ! I-an ! I-an !  » La vie de tout Tararien qui se respecte consiste, dans le fond, à réclamer des terres qu’il a perdues. C’est l’unique credo, le tao qui se mord la queue. Reste à savoir si ces terres une fois reconquises pourraient de nouveau leur échapper. Il s’agirait alors de reprendre la lutte. Et ainsi jusqu’à la fin des temps… D’ailleurs l’histoire de la Tararie montre, à partir d’une certaine hauteur de vue, que ses frontières furent d’une effrayante mobilité. Durant des siècles, elles avaient même complètement disparu.

 

Que propose un philosophe tararien à un Tararien ? D’être et de rester tararien.

 

Que propose un poète tararien à un Tararien ? D’être et de rester tararien.

 

Que propose un religieux tararien à un Tararien ? D’être et de rester tararien.

 

C’est ce qu’a peut-être voulu dire Thoros par ces paroles :

« Nos philosophes font de la philosophie, mais ne sont pas philosophes.

Nos poètes font de la poésie, mais ne sont pas poètes.

Nos religieux pratiquent leur religion, mais sont dépourvus de sens mystique .

Les écrivains tarariens s’adressent à des Tarariens pour cultiver leur tararisme. Ils s’écartent rarement de ce programme. Chaque voix tararienne est une variation sur la Tararie ».

 

Les Tarariens ont peu d’écrivains scandaleux. Leurs écrivains eux-mêmes ont peur du scandale. Les premiers obligent tacitement les seconds à aboyer comme eux. Dans ces conditions, l’écrivain devient timoré, apathique ou démagogue. Et le peuple demeure immobile.

 

Pour comprendre les Tarariens, il faut connaître le chiffre deux. Aucun peuple au monde ne pratique à ce point la division, c’est-à-dire l’opposition de deux termes non dialectiques. A croire que c’est là son unique mode d’existence et de cohérence. ( J’ai dit plus haut que chaque Tararien recherchait en l’autre son propre double comme image du tararisme. C’est en fait au nom d’un tararisme passionné et pur qu’un Tararien, tenant de telle doctrine, rejettera un autre Tararien partisan d’une opinion différente ). Ainsi, comme on l’a déjà vu, il existe deux lieux sur terre où vivent les Tarariens : la Tararie et le reste du monde. En somme, deux patries. Cet état des choses en entraîne d’autres : les Tarariens parlent deux langues, ont une Eglise avec deux papes, deux partis politiques ( les pour et les contre ), deux façons de dire ah !, deux poches à leurs pantalons, deux oreilles ( l’une pour écouter, l’autre pour faire le sourd), deux équipes de football ( mais peut-être en ont-ils trois ! ), deux fleuves ( qui, en Tararie, ne se rencontrent jamais), deux voies à sens opposés sur leurs autoroutes, deux mains ( une pour dire bonjour, l’autre pour… ), deux entrées dans leurs autobus, qui sont également deux sorties, etc… Ah ! j’oubliais : deux hémisphères cérébraux ( ce qui pourrait tout expliquer). Le Mont Tarara étant une montagne à deux sommets, faut-il voir dans cette bicéphalie un modèle auquel se conforme tout Tararien ? Mais je n’irai pas jusque-là.

 

Quand un Tararien fait baptiser son enfant, il n’en fait pas un fils de Dieu. Il en fait un Tararien.

 

Les Tarariens ont un tel culte du passé qu’ils finissent par le reproduire.

 

Ils ont la lettre, et ils ont perdu l’esprit.

 

Les seuls Tarariens qui défendent la Tararie sont ceux qui l’attaquent. ( Mais ils sont vite neutralisés : lapidés, phagocytés, ou plus simplement excrémentés ).

 

Le Tarara est un bout du monde. Un sommet… Indicateur de l’infini certes, mais si petit devant l’infini.

 

Le Tarara n’est pas une montagne. C’est un gouffre, un piège, un idéal de grâce et de fatalité.

 

Les Tarariens imitent, s’imitent, se copient, reproduisent… Savent-ils inventer ?

 

Ils parlent de génocide. Pas de la mort. Les champions du « pathos nécro-culturel » (J.B.). La mort, dans le fond, ne les intéresse pas. Seul existe l’en-deçà. L’Histoire. Qui est l’avant et qui est l’après. Leur vie dans l’histoire, dans le cercueil de l’histoire. Leur vie est l’histoire de leurs frontières. Leur vie dans le cercueil de leurs frontières.

Les Tarariens ont un sentiment et ils croient penser. C’est d’ailleurs tout le drame de leurs intellectuels, de ceux qui pensent vraiment.

 

Sont-ils victimes de leur ignorance ? Enfermés dans l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et qu’ils se donnent, les Tarariens se voient en incorrigibles martyrs.

 

Les Tarariens se rasent tous les deux ou trois jours. Porter la barbe est signe de deuil , mais aussi de reconnaissance. Les hommes y ajoutent le vêtement noir, quand ce n’est pas nécessaire. Des pleureuses. On pourrait les croire habités par ce qu’on appelle une foi de charbonnier. Un jour, pour en avoir le cœur net, j’interrogeai Jhanrou Mherdad sur ce genre de prédilection, vu que, représentant archétypique de ce genre d’uniforme, son extérieur laissait supposer des dessous identiques, et ainsi de suite. Il me déclara qu’il vivait en état de deuil permanent comme il existe un état révolutionnaire de même durée idéologique. A la vue des cheveux blancs qui commençaient à concurrencer sérieusement sa tignasse d’origine, je fus saisi d’inquiétude et lui en fis part. C’est très simple, me répondit-il, le jour où j’en aurai trop , je troquerai mes habits noirs pour des blancs. Et le tour sera joué. Il est vrai, après tout, que le blanc, dans certains pays d’Asie, reste la marque du deuil. Mais c’est fort salissant.

 

Depuis que le Tarara a rengainé son feu, depuis qu’il s’est cryogénisé ( en attendant de fondre un jour sur le vieux pays, par surprise, iconoclaste suicidaire de sa propre somptuosité ), les Tarariens, en dignes fils de leur montagne, se nourrissent de menus incendies pour alimenter leur culte : viandes épicées, eau-de-vie qu’ils boivent dans de grands verres comme leur eau culturelle, en grimaçant d’effort puis de soulagement , toutes sortes de légumes imprégnés de vinaigre, et j’en passe. Les Tarariens sont des mangeurs de viandes, autrement dit des tueurs. Tueurs transparents, bouchers qui opèrent sans hypocrisie puisqu’ils ne dissimulent pas aux yeux des hôtes la bête qu’ils feront mourir et qui servira au festin. D’ailleurs elle ne meurt pas, elle « crève ». Mourir est un privilège d’homme. C’est pourquoi jamais, depuis que le Tararien existe, n’est venue à sa conscience l’idée qu’un animal puisse souffrir. Jamais un Tararien n’atteindra cette conscience-là, le sens d’une vie autre. En Tararie, le grand massacre des moutons bat son plein avec l’arrivée des beaux jours, en Avril. Ainsi, aux abords des églises et des monastères, on a dû aménager des lieux consacrés à ce rite ; les pierres sont rougies par le sang et les mouches vertes s’affairent sur les poubelles, ventres de fer pour les abats. Vous parlez, quel festin sous le soleil, surtout quand, dans les jours les plus fastes, le Tarara se montre aussi blanc et acéré qu’une canine ! Le sacrifice fait partie de la religion tararienne. Peu importe le dieu du moment. Les Tarariens, ces ténébreux crépusculaires doués de mémoire trouble, aiment associer le sacré à la grande bâfre, l’adoration de l’Agneau à la dévoration du mouton. La bête est d’abord découpée en morceaux ayant la dimension d’une gloutonnante bouche humaine ; on laisse ensuite les fragments de chair s’infuser de poivre rouge et d’oignons ; le tout passe enfin à la flamme, une flamme nourrie aux sarments de vigne tararienne, comme il convient. Celui qui n’a pas vu un Tararien tirer de toutes ses dents et de tous ses doigts sur une viande rebelle, s’affairer avec la ténacité d’une ventouse, mâchonner, avec quelle délectation sauvage ! le feu des épices, puis transformer à la longue son œsophage en cheminée volcanique, n’a rien vu. Alors, le ventre dilaté par les bières successives, le toast-au-frère boursouflé de vapeurs et de comédie, la bouche crachant ensuite toutes sortes de laves et de scories verbales, le Tararien atteint son nirvâna flatulent. Il lui arrive même de danser des danses gélatineuses et de chanter des chansons flasques aux sons d’un blues nostalgique fait de tambourin grêle et de clarinette nasillarde, typiques du lieu. Le Tararien tient tellement à mordre dans sa viande qu’en période de restriction son regard se tourne vers le zoo, un regard si gourmand que son œil s’exorbite et que lui vient l’eau de l’appétit. On a même vu, une certaine année, des hommes aux airs de fauves rôder autour des cages. Fryda le chimpanzé et Rhoujan l’ours noir, deux exilés emblématiques de la Tararie, ont jusque-là été épargnés. Mais avec la fin du communisme et la montée des anarchies, les voilà qu’ils tremblent à faire trembler leurs barreaux. Je les imagine pourtant comme une belle brochette, épicés au poivre rouge, parfumés d’oignons frais, d’aromates locaux, grillant à petit feu, puis amoureusement broyés par une mâchoire tararienne. En vérité, quel apaisement ce serait ! Et quelles métamorphoses digestives connaîtraient nos deux spécimens d’exposition dans le ventre d’un frère humain affamé !

 

25 octobre 2018

Le Donikian nouveau est arrivé.

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:41

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« Encore un ?

– Non, plusieurs, mais je vous épargne le reste.

– Quel reste ?

– Du théâtre et de la poésie.

– C’est-à-dire ?

– La nuit du prêtre chanteur et L’île de l’âme traduits en arménien, Les chevaux Paradjanov, traduit en espagnol.

– Rien en français ?

– Calmez-vous on y arrive…

– Quoi alors ?

– Rien qui intéresse les Arméniens.

– Dites toujours.

– Rien je vous dis.

– C’est justement ce rien qui peut être intéressant.

– Un livre pour ceux qui aiment marcher.

– Justement j’aime marcher.

– Pour aller chercher votre journal chez le buraliste du coin !

– Non, marcher même quand ça fait mal.

– Masochiste ?

– Mal aux jambes mais les yeux dans le ciel.

– Ah mais alors vous êtes mon homme !

– C’est-à-dire ?

– Un lecteur potentiel de mon livre.

– Encore un ? Et qu’il faudra payer ?

– Mais je ne peux pas vous le donner tout de même !

– Il y a des images ?

– Plein. Et même une carte pour indiquer des itinéraires.

– Où ça se passe votre livre de marche ?

– En Arménie.

– J’aime beaucoup marcher dans Erevan.

– Je vous parle de l’Arménie, pas de la capitale.

– L’Arménie ? Connais pas.

– Justement, mon livre vous la fera connaître.

– Combien il coûte ?

– Mais je ne peux pas vous le donner tout de même ?

– Donner non. Mais vous pourriez me le prêter.

– VA TE FAIRE E… CHEZ LES GRECS, BACHIBOUZOUK !

 


« Marcher en Arménie » comprend trois grandes randonnées dans différentes provinces : le Syounik, le Tavouch et le Zanguezour.

Le livre est en édition bilingue français/arménien. Il comprend de nombreuses photos et une carte.

Il comporte une postface de Seda Mavian, journaliste à Nouvelles d’Arménie Magazine.

Il appartient à la collection : Itinéraires arméniens de l’éditeur Actual Art (Erevan)

Il a été publié avec l’aide de l’Etat arménien, sauf les traductions dont les dépenses ont été assurées par l’auteur.

Le livre, frais de port compris, coûte 20 euros.

 

Ecrire à = Denis Donikian, 4 rue du 8 mai 1945, 91130, Ris Orangis.

Ou denisdonikian@gmail.com

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15 octobre 2018

Binali Yildirim appelle l’Arménie à ne plus parler du génocide de 1915

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 8:42

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8 octobre 2018

Aznavour se rebiffe. Moi aussi

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:54

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pour rappel : cliquer ICI

6 octobre 2018

Un récital

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:17

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Nous avons le plaisir de vous annoncer qu’aura lieu à Paris un récital sur la littérature arménienne. au centre de Wallonie-Bruxelles le 8 octobre 2018  

Voici le texte de l’annonce concocté soit par l’un soit  par l’autre des récitants:

*

« Récits d’Arménie », par Serge Avédikian et Marianne Denicourt, dans le cadre du Festival Francophonie Métissée au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris (46 rue Quincampoix – 75004) le 8 octobre à 20h.

Les deux comédiens proposent un parcours dans la littérature arménienne, depuis le Ve siècle jusqu’à nos jours. Les extraits seront lus en français et en arménien.

Seront d’abord lus les textes des religieux Krikor Naragatsi (Xe siècle), dont les prières sont minées par les défaillances de l’âme, et Nahapet Koutchak (XXe siècle), tiraillé par l’enchantement et par les exigences de sa vocation.

Et comme la littérature française à son La Fontaine, les lettres arméniennes ont Toumanian, qui puise dans la vie ordinaire du peuple arménien tout ce qu’il faut pour parler de l’homme même, lui qui a connu les deuils personnels et ceux de toute une nation en 1915.

Des auteurs de la République soviétique, on peut retenir Aksel Bakounts, dont l’écriture à une profondeur mystérieuse, et le flamboyant Yeriché Tcharents. Tous deux ont disparu lors des purges staliniennes de 1937. Cette même république se clôt avec les ultimes poèmes de Paraouïr Sevak, écrivant avec l’intuition qu’une révolution de la vérité est à faire ou à venir. L’indépendance politique de l’Arménie devait forcément conduire ces écrivains les plus grands à prendre le contre-pied des formes compassées ou passéistes des règles soviétiques, telle Violetta Krikorian, pour qui la poésie n’est pas à vendre ou Marine Petrossian, miniaturiste de l’intime infini des choses. En France, Marc Nichanian, philosophe et écrivain, conduit une réflexion continue depuis plusieurs décennies sur le génocide dans ses rapports à l’écriture.


Ce texte n’étant pas de nous, et pour cause, nous tenons à préciser :

Que les Quatrains  de Toumanian ont été traduits par…. Denis Donikian ( actual Art)

Que Trois contes de Toumanian  ont été traduits par Varoujan Gureghian et… Denis Donikian  ( Edipol)

Que le recueil de Parouir Sévak, Que la Lumière soit ! a été traduit par… Denis Donikian ( éditions Parenthèses)

Que l’expression  » la poésie n’est pas à vendre » est le titre d’un article de… Denis Donikian

Que l’expression  » miniaturiste de l’intime infini des choses » est le titre d’un article de… Denis Donikian

Que ces deux poétesses ont été traduites par… Denis Donikian

Que Denis Donikian est tout sauf un écrivain arménien de la diaspora s’exprimant non pas en français mais en wolof, qu’il n’a écrit aucune pièce de théâtre, aucun roman, aucun recueil d’aphorismes, aucun essai sur l’Arménie ni sur la diaspora, aucun poème, ni même une encyclopédie du génocide arménien. Ce qui ne saurait faire  de lui un auteur arménien digne d’être présenté durant un récital sur la littérature arménienne d’expression française. A peine un cul-terreux… et encore.

23 septembre 2018

Le vol des oligarques

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 5:05

Prise de Bec

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*

Les oiseaux volent légers contrairement aux oligarques qui ne volent
que du lourd. C’est pourquoi selon la nature des choses, les oiseaux
n’entreront jamais dans le clan des oligarques, ni les oligarques dans
la catégorie des oiseaux. Ce sont deux mondes qui s’ignorent, quitte à
ce que le vol d’un oiseau puisse faire ici ou là l’admiration d’un
oligarque comme celui d’un pygargue en train d’emporter un agnelet pour
le dévorer. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : on ne verra jamais un
pygargue s’en prendre à un coffre-fort. Le monde naturel est ainsi fait
que les oiseaux restent dans l’ordre des oiseaux. Alors que toute
oligarchie qui se respecte ne connaît pas d’autre ordre que celui du
désordre. L’oligarchie est une anarchie.

Un oiseau dans les airs vole comme sur du velours. Ca glisse et ça
lisse. L’oiseau se laisse porter par les airs ascendants et économise
ainsi son énergie. En revanche, l’oligarque adore les messes basses et
les basses besognes, quitte à descendre le moindre péquenot qui veut
faire obstacle à l’empire de sa graisse. Et pourtant, le pire que
devrait apprendre à redouter un oligarque, ce sont les réunions
sauvages de tous les péquenots qu’il a dégommés, mais pas assez pour
leur ôter l’envie de lui voler dans les plumes. Ainsi surgissent les
révolutions que l’oligarque n’a pas vu venir tellement elles avancent
en silence en jouant sur du velours. Tant qu’elles se produisaient sur
les places publiques pour divertir le peuple, ces furies faisaient
sourire les oligarques en train de compter leurs grosses voitures, de
nourrir leurs bêtes exotiques ou de baiser une pute pour se donner de
l’extase à vil prix.  Mais dès lors que le peuple trop longtemps violé
par les prédateurs de tout poil s’est mis en tête de bousculer le
désordre établi, les oligarques ont aussitôt appliqué leur plan B en
prenant le premier vol  pour une capitale du capitalisme. Ne vous y
trompez pas, ceux qui font profil bas dans les aéroports, ce sont des
oligarques (par exemple, les dasnaks ne font jamais ça vu qu’ils n’ont
aucune honte à s’exposer à poil de face ou de profil). Généralement,
ils se choisissent la meilleure place : près d’un hublot pour voir les
grands oiseaux voler un temps de concert avec leur avion en phase de
décollage jusqu’au moment où ils seront lâchés loin derrière. C’est
alors qu’ils se sentent soulagés et qu’ils peuvent commander un verre
de cognac à l’hotesse qu’ils se promettent de baiser dans les
toilettes, même si les oligarques de gro/as gabarit du genre Dodi Gago,
notre sumo bien-aimé, savent qu’à deux ils ne pourraient  pas s’en
tirer dans un espace aussi étroit. Ainsi quittent leur patrie les oligarques sachant qu’ils n’ont jamais eu d’autre patrie que l’argent. Alors que la seule patrie des
oiseaux, c’est l’air. L’air vaste et libre qui permet d’errer à sa
guise d’un pays à l’autre. Car les oiseaux, êtres marinés d’azur par
excellence, ne connaissent pas les frontières sinon pour les
transgresser. Une cigogne ne sera jamais arménienne ni turque, ni
africaine ni alsacienne. Ce sera toujours une cigogne sans autre
territoire que celui que lui accorde la transcendance du vol, à savoir
le grand espace ouvert jusqu’à l’horizon derrière l’horizon. Alors
qu’un oligarque qui ne peut plus voler ici, volera ailleurs,peu
importe le pays pourvu qu’il fasse son nid. C’est tout lard du cochon
que d’être constitutif de son amour du monde. Lui non plus ne connaît
pas de frontière. D’ailleurs, c’est le seul point qu’il partage avec
les oiseaux.

Pléneuf Val André, le 18 septembre 2018

11 septembre 2018

Rapport ACCABLANT sur notre système de santé

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:33

 

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Dernière minute : rapport ACCABLANT sur notre système de santé

Chers amis du Naturel,

Le 6 septembre dernier, un rapport officiel sidérant a été rendu à la ministre Agnès Buzyn.
Son titre est purement technique :
Rapport sur l’amélioration de l’information des usagers et des professionnels de santé sur le médicament. [1]
Mais son contenu est incendiaire sur les failles de notre système de santé.
Cela commence comme ceci :
« Les années récentes ont été jalonnées de plusieurs crises, de gravité variable, impliquant des médicaments (vaccination H1N1, Mediator, Dépakine et le valproate de sodium, Lévothyrox, pilules de 3e génération, docétaxel, etc.). »
Et tout de suite, cette affirmation claire et nette : nos autorités ne sont pas assez prudentes vis à vis du danger potentiel des médicaments !
« Au-delà du dispositif de pharmacovigilance, lui-même perfectible, le suivi en vie réelle des médicaments reste très insuffisant malgré les risques que présentent nombre d’entre eux »
« Suivi en vie réelle » est un jargon de technocrate.
Mais ce que cela veut dire, c’est que personne ne s’intéresse au jour le jour à la dangerosité des médicaments.
Et le pire, c’est que les médecins eux-mêmes sont désinformés par Big Pharma !
« Hormis l’exception notable et souvent citée de La revue Prescrire, les professionnels se documentent fréquemment dans des publications financées par des industriels plutôt que par leurs abonnés. 
Ils sont dès lors nombreux à se documenter via l’information délivrée par les industriels, qui emprunte traditionnellement plusieurs canaux (visite médicale, presse spécialisée, congrès). »
Donc, on vous l’avoue noir sur blanc :
C’est bien Big Pharma qui informe les médecins de l’actualité des médicaments !
C’est un scandale inouï, qui explique toutes les crises sanitaires que nous connaissons !
Car au final, c’est bien vous et moi qui sommes désinformés… et maltraités :
 « Le temps limité dont disposent les médecins lors de chaque consultation ou visite et la difficulté pour un médecin généraliste de se tenir informé en permanence de toutes les actualités médicales et réglementaires sont souvent pointés du doigt comme autant d’obstacles à une bonne information du patient »
Et le pire, le pire…
c’est qu’on ne peut même pas compter sur les associations de patients !!!
Pourquoi ?
Parce qu’elles sont largement financées par Big Pharma !
Là encore, ce n’est pas moi qui le dit mais le rapport officiel :
« S’agissant des associations d’usagers, le fait qu’elles sont trop dépendantes de l’industrie pour leur financement et que cela nuit à leur crédibilité a souvent été avancé »
« le financement des associations d’usagers par les industriels, dans des proportions parfois très élevées, fait naître des soupçons de clientélisme souvent exprimés lors des auditions conduites par la mission »
Et toujours selon ce rapport officiel, il ne faut pas non plus compter sur les pharmaciens pour vous dire la vérité sur les médicaments :
« Le mode de rémunération des pharmaciens est historiquement lié à leur volume de vente, et donc peu incitatif s’agissant de la délivrance d’une information claire, complète et adaptée au patient. »
Bref, notre système est MALADE.
Et c’est pour cela qu’il y a d’énormes scandales comme le LEVOTHYROX :
« En analysant l’épisode du Lévothyrox, la mission a constaté qu’alors que divers signaux permettaient a minima dès juillet de déceler une situation anormale, ce n’est qu’à partir du 16 août 2017 et de la publication d’un article dans Le Parisien, qui a conduit à multiplier dès le lendemain par 80 les signalements d’effets indésirables, que les autorités sanitaires ont paru prendre véritablement acte de l’existence d’un problème »
Évidemment, la mission d’information conclut qu’il « n’est pas acceptable d’en rester à la situation actuelle où seule la reprise d’informations par les médias traditionnels pousse les pouvoirs publics à réagir ».
Et pourtant, c’est bien ce qui se passe AUJOURD’HUI ENCORE !
Et c’est pourquoi je vous demande de vous mobiliser avec moi, maintenant.
Car le scandale du Levothyrox est loin d’être terminé !
En ce moment, les malades de la thyroïde ont encore le choix entre 2 formules du Levothyrox :
    • « L’ancienne formule », qui a fait les preuves de son efficacité pendant plus de 20 ans ;
  • La « nouvelle formule », qui a fait scandale en provoquant des effets secondaires alarmants.
Mais dans 18 semaines, l’ancienne formule du Levothyrox sera définitivement introuvable.
Au 31 décembre 2018, le laboratoire pharmaceutique Merck arrêtera sa production, pour des raisons de « rentabilité financière ».
Environ 100 000 malades seront obligés de changer de médicament, avec le risque de revivre leur CALVAIRE !
Il nous reste que TRES PEU DE TEMPS pour empêcher ça, et c’est pourquoi je vous demande de signer notre grande pétition nationale MAINTENANT.
Je signe la pétition
CANCERS, ACCIDENTS DE VOITURE, CHUTES : PIRE QUE LE MEDIATOR

Selon le Dr Catherine Noël, médecin angiologue à Rennes, et elle-même victime du Levothyrox, la nouvelle formule est « un scandale sanitaire pire que celui du Médiator ». [2]

Des milliers de plaintes pénales ont été déposées en Justice, pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Des manifestations ont été organisées dans tout le pays. Des personnalités sont montées au créneau, comme l’actrice Annie Duperey, qui a déclaré sur RMC avoir été empoisonnée par la nouvelle formule.

Et ce qu’on ne dit pas assez, c’est que cette nouvelle formule a aussi fait des MORTS.

Des personnes âgées ont succombé à de « mauvaise chutes ». Des patients sont devenus handicapés ou ont disparu dans des accidents de voiture.

J’ai moi-même reçu des témoignages de « survivants »:

Victime de la nouvelle formule , j’ai eu un accident de voiture le 18 avril 2017. Insomnie, maux de tête la nuit, palpitations, crampes, poids qui change sans raisons. Bref grande fatigue, je me suis endormie au volant à 13h à 1 km de chez moi…..

Ma Mère, 90 ans, a pris du levothyrox pendant 20 ans sans aucun problème. En 1 an ma Mère est méconnaissable. tellement fatiguée et épuisée, qu’en faisant ses courses, elle a fait une chute et s’est cassée une vertèbre…Il y un an elle marchait 5 kms par jour et faisait 6 heures de danse par semaine. Aujourd’hui, elle se remet lentement de ses divers malaises mais reste très faible.

Encore pire, peut-être, la nouvelle formule a même provoqué des cancers.

C’est ce qu’a déclaré officiellement l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) :

« Des patients cancéreux se trouvent sous-dosés en hormones thyroïdiennes, nous avons observé de façon conséquente des réveils de cancers endormis depuis des années ». [3]

Et dans 18 semaines exactement, c’est le retour de ce cauchemar si vous et moi ne faisons rien.

Je vous rappelle que des dizaines de milliers de malades ont retrouvé la vie et la santé lorsqu’ils ont pu enfin revenir à l’ancienne formule du Levothyrox.

Mais cette formule qui les a sauvés ne sera plus produite en France 31 décembre 2018.

Dans 18 semaines, on ne la trouvera plus nulle part en France.

Alerte : l’ancienne formule sera même INTROUVABLE à l’étranger !

Et il y a pire.

Dans un communiqué HALLUCINANT [4], publié le 26 juillet dernier, le laboratoire pharmaceutique Merck a annoncé qu’il lançait la nouvelle formule du Levothyrox dans 21 pays d’Europe en 2019.

Cela signifie la FIN DÉFINITIVE DE L’ANCIENNE FORMULE, PARTOUT EN EUROPE.

C’est une affreuse nouvelle pour les malades, car des milliers de Français se procurent déjà l’ancienne formule à l’étranger :

Bonjour, depuis cette histoire scandaleuse, j’achète le lévothyrox en Espagne, mais cela devient difficile de s’en procurer, les stocks diminuent ! J’ai un traitement à vie suite à une thyroïdectomie totale il y a 28 ans, Je n’ai donc pas le choix que de prendre mon traitement ! Nous sommes pris en OTAGE, c’est inacceptable !!!

Bonjour, ayant fait partie des cobayes involontaires, je rame toujours pour me procurer l’ancienne formule à l’étranger. Les pharmaciens ne reçoivent qu’au compte goutte une boite par dosage. Geneviève Basquine

Je me procure l’ancienne formule en Espagne mais j’ai déjà très  peur pour 2019 !!!! Tenez moi au courant. De toutes mes forces avec vous.

Mais dans quelques semaines, ce sera fini.

En 2019, le laboratoire Merck arrêtera totalement l’ancienne formule en Espagne, comme dans toute l’Europe.

Il ne sera donc plus possible de trouver cette formule, ni en France, ni à l’étranger !!!

L’invraisemblable « GIFLE » infligée aux victimes par le laboratoire MERCK 

Le laboratoire Merck l’a confirmé au Moniteur des Pharmacies :

« Une des conséquences est l’arrêt, à terme, de la commercialisation de l’ancienne formule dans ces 21 pays, celle-ci étant remplacée par la nouvelle formule ». [5]

La raison est bassement financière : le laboratoire Merck gagnera moins d’argent si l’ancienne formule reste en circulation, car son brevet tombe en 2019.

Pour Beate Bartès, la Présidente de l’association de patients Vivre sans Thyroïde, « ce communiqué triomphant de Merck nous a vraiment fait l’effet d’une gifle. On voit bien que les patients comptent pour rien. »

Une fois de plus, les profits financiers passent AVANT la vie et la santé des patients !

C’est un scandale inouï, inimaginable.

Pourtant notre Ministre de la Santé Agnès Buzyn n’a toujours pas réagi !

Silence total du gouvernement !

Alors que cela veut dire le retour de l’ENFER pour des centaines de milliers de patients, dans à peine 18 semaines !

Voilà pourquoi je vous demande de signer immédiatement notre grande pétition nationale. Nous l’adresserons en personne au Président de la République.

Il est en son pouvoir d’arrêter ce compte à rebours dramatique.

Il est en son pouvoir d’exiger du laboratoire Merck la poursuite de la production de l’ancienne formule.

Mais pour cela, il faut que nous soyons des centaines de milliers, si possible des MILLIONS à nous mobiliser auprès de lui !

Clairement, le gouvernement n’a pas compris la gravité de cette affaire. « Il n’y a pas de scandale », a même osé affirmer la ministre Agnès Buzyn sur RTL. [6]

Vous voyez à quel point notre Ministre est déconnectée de la réalité !

Voilà pourquoi nous devons interpeller directement le Président de la République.

D’après les chiffres officiels, 500 000 personnes ont arrêté la nouvelle formule du Levothyrox.

Mais selon les associations, il sont deux fois plus nombreux, 1 million, en comptant ceux qui se fournissent à l’étranger.

Une chose est sûre : les centaines de milliers de malades revenus à l’ancienne formule seront bientôt LAISSES SUR LE CARREAU :

Mais nous avons encore 18 semaines pour réagir et inverser le cour des choses !

Interpellez maintenant le Président Macron, c’est urgentissime !

Si nous sommes des millions à signer notre grande pétition, M. Macron forcera Merck à continuer sa production.

D’après l’avocat des victimes, Me Lèguevaques, l’usine française de Bourgoin-Jallieu pourrait facilement « augmenter sa production de l’ancienne formule, pour les 200 à 500 000 Français qui ne supportent pas ou ne souhaitent pas changer de formule ».[7]

Et le gouvernement a tout pouvoir pour obliger cette production, de gré ou de force !

La preuve : Roselyne Bachelot avait pris ce type de mesure au moment de l’épidémie de grippe H1N1 !

C’est donc uniquement une question de volonté politique ! Et c’est pourquoi votre signature est capitale pour convaincre le Président Macron !

Je vous en prie : c’est une question de vie ou de morts.

Si vous n’êtes pas concerné vous-même, pensez aux milliers de victimes du Levothyrox.

Pensez à ce qu’elles ont déjà vécu, dans leur chair.

Pensez à leur angoisse, pendant les 18 prochaines semaines.

Il est IMPERATIF d’agir vite pour empêcher le retour de leur CALVAIRE au 31 décembre.

C’est sans doute l’appel le plus important que j’ai lancé depuis la création de notre association.

Faites passer ce message PARTOUT et transférez le maintenant à tous vos proches.

Il n’y a pas une minute à perdre.

Alors signez maintenant cette grande pétition et transférez-la d’urgence autour de vous.

Je signe la pétition
Au nom de toutes les victimes du Levothyrox, je compte sur vous.

Votre dévoué,

Guillaume Chopin
Secrétaire général de l’AISNSH

PS : En ce moment même, le laboratoire Merck s’organise pour arrêter définitivement de produire de l’ancienne formule du Levothyrox.

Lorsque cette multinationale aura fermé ses usines, il sera trop tard pour agir.

Pour les malades, cela veut dire le retour de leurs terribles souffrances.

Alors n’attendez pas une seconde : signez maintenant notre pétition et transférez là partout autour de vous !


Sources

[1] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/180903_-_mim_rapport.pdf

[2] https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/video-le-levothyrox-est-un-scandale-sanitaire-pire-que-le-mediator-5890509

[3] https://www.francetvinfo.fr/sante/levothyrox/info-franceinfo-molecule-sous-dosee-ou-non-vendue-en-france-la-nouvelle-formule-du-levothyrox-mise-en-cause-par-une-analyse_2801211.html

[4] http://www.leparisien.fr/societe/sante/levothyrox-la-nouvelle-formule-va-etre-lancee-dans-21-pays-europeens-27-07-2018-7835226.php

[5] https://www.lemoniteurdespharmacies.fr/actu/actualites/actus-medicaments/introduction-de-la-nouvelle-formule-de-levothyrox-en-europe-la-fin-d-euthyrox.html

[6] https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/levothyrox-il-n-y-a-pas-de-scandale-repond-agnes-buzyn-a-anny-duperey-7790100255

[7] https://www.marieclaire.fr/levothyrox-justice-action-collective-christophe-leguevaques,1268287.asp

10 septembre 2018

Shadi Ghadirian, ou l’éloge de l’oxymore

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 7:55

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Une chose est sûre, la femme est l’avenir de la femme. Partout dans le monde, mais surtout en Iran où elle n’a d’autre avenir que celui d’être défigurée par des voiles de croyances et des préjugés d’homme. Et c’est la femme qui peut seule sauver la femme des clôtures dans lesquelles son destin a été scellé dès sa naissance et à jamais. Surtout si cette femme est une artiste de la dimension de Shadi Ghadirian dont l’œil corrosif de photographe pointe les anomalies d’une culture de l’aliénation, de la défiguration et pour tout dire de la dépersonnalisation. Car si la femme souffre du regard de l’homme, elle seule connaît la profondeur de sa perdition identitaire et elle seule possède les clefs qui la sortiront de son enfermement.

 

L’une des techniques photographiques de Shadi Ghadirian pour casser les codes infertiles de la tradition repose sur l’oxymore, c’est-à-dire la rencontre des contraires. Là où l’œil est habitué à voir des images de normalité, Shadi Ghadirian impose une vision qui contrarie les règles généralement admises. Ce mariage des contraires produit chez le spectateur un inconfort psychologique d’une brutalité telle qu’il pénètre dans son esprit au point de provoquer une véritable piqûre de conscience.

 

Ainsi ses portraits de femmes voilées, entièrement recouvertes, tandis que leur figure reste masquée par un ustensile du quotidien : fer à repasser, théière, gant de nettoyage, râpe, etc. C’est montrer, de la sorte, que la femme est réduite à sa fonction domestique au détriment de son identité.

 

Autres portraits oxymoriques, ceux de femmes prenant la pose affublées du hijab traditionnel mais accompagnées d’objets qui leur sont interdits car ce sont des objets d’homme : guitare, journal, vélo… De fait, Shadi Ghadirian joue de manière ironique sur le mariage de la tradition avec la modernité, sachant que ce mariage est impossible dans une société où la modernité est la propriété exclusive des hommes. En d’autres termes, le photographe montre la cruauté de la situation : les hommes ayant toute liberté pour jouir des nouveautés technologiques ou des loisirs élémentaires tandis que la femme est forcée de croupir dans l’inchangé et le dogme d’une mentalité sclérosée.

 

Dans « Nil, Nil » ( 2008), l’oxymore est encore plus flagrant quand il dénonce le crime, la guerre, ou la bêtise. Ainsi ce porte-cigarettes dans lequel Shadi Ghadirian fait se côtoyer des cigarettes avec une balle. Ou bien elle introduit des balles dans un sac de femme. Ou encore une gourde de soldat dans un réfrigérateur. Certes, on est dans le procédé. Mais ce procédé est constamment opérant. Il déconcerte l’esprit et traduit une présence explosive par le fait que les objets quittent leurs lieux habituels pour en habiter d’autres en intrus. Ainsi le mélange des lieux et des objets qui leur sont attachés produit des images mentales inédites venues d’une réalité plus vraie que celles offertes par la culture dominante.

 

L’ironie de Shadi Ghadirian éclate quand elle affuble des objets de soldats (casque, ceinturon, gourde, caisse à munitions) d’un ruban rouge soigneusement noué comme pour un cadeau. Là encore, l’oxymore fait son jeu et bat son plein.

 

On voit qu’avec ses photographies, Shadi Ghadirian jouit de son art comme d’un instrument de protestation politique. L’artiste est politique quand il se mêle de dénoncer les méfaits des préjugés engendrés par les rites figés de la tradition. En ce sens, l’artiste, si tant est qu’il respecte sa fonction, est toujours dans une opposition à l’imbécillité ambiante sinon aux formes de dénaturation sociale.

 

Or, si la femme dénaturée est son sujet de prédilection, le thème qui la hante, le souci qui l’anime, Shadi Ghadirian sait jouer sur les variations pour éviter l’ennui du répétitif. Ce qui frappe chez elle, c’est sa capacité à renouveler le concept, à épuiser son idée jusqu’à la corde. Ainsi fait-elle avec son exposition « Be colorful » de 2002 où elle introduit la couleur et produit avec subtilité des déchirements de hijab propres à symboliser les déchirures faites à l’âme de la femme, comme si, dans le fond, cette femme était condamnée à croupir derrière une vitre. On se demande même si dans ce cas ce n’est pas la vertu obligée, enchaînée, aliénée qui se tient derrière une vitrine ainsi exposée, à l’instar des prostituées de certains pays qui se produisent pour appâter le client.

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Dans « Miss Betterfly » (2011), la femme est mise en scène avec d’immense toiles d’araignée. Mais des toiles qu’elle semble tisser elle-même. Or, quand on sait que la toile tissée par l’araignée est un piège à papillons (entre autres), on se demande si Shadi Ghadirian n’a pas voulu dire que la femme posait elle-même les conditions de sa propre aliénation. Comme si elle était une victime consentante, une victime propre à se perpétuer pour maintenir la tradition, fût-elle une tradition aberrante.

 

Photographe universelle car elle introduit le débat au cœur des sociétés qui humilient, manipulent et qui piègent le vivant au nom d’intérêts contre nature, Shadi Ghadirian résume son époque en prenant la femme comme le parangon des pires offenses faites à la vie, à la joie de vivre, à la beauté d’un monde qui n’a d’autre vocation pour être que d’échapper aux entraves et aux oppressions.

 

Donikian

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3 septembre 2018

Aphorismes pour Alain (5)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:39

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Si imbue d’elle-même

qu’elle prend ses petits pets pour des bombes

dont l’explosion serait capiteuse et capitale.

9 octobre 2011

Aznavour se rebiffe. Moi aussi…

Depuis que l’Arménie existe, la diaspora semble n’avoir d’autre voix pour se faire entendre que celle de son chanteur patenté. Comme c’est une voix fameuse, chaude, réussie donc, qui se produit tantôt sur scène, tantôt sur les plateaux de la télévision ou sur les radios, grâce à elle cette diaspora s’écouterait parler sur des tribunes où elle n’a pas accès. Quand cette voix parle, la diaspora parle. Quand cette voix se tait, elle se tait. Les autres sont si petites que même en haussant le ton, même en s’accompagnant de chants révolutionnaires au rythme des tambours, même en étant portées par des masses indignées de marcheurs, elles n’arrivent pas à entrer aussi profond dans les oreilles des grands que celle-là, la voix de Charles Aznavour.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre sur celui qui est notre honneur depuis qu’il s’occupe des affaires arméniennes plus ouvertement que jamais. Peu importe ici que j’aime ou n’aime pas le chansonnier ou le personnage. Il faut reconnaître que son engagement envers le peuple arménien reste et restera admirable, inconditionnel, efficace sur toute la ligne.  En effet, pour réussir aussi bien et aussi longtemps, alors que les détracteurs n’ont jamais cessé de ricaner contre lui, il faut savoir aller à l’essentiel et mouiller sa chemise. Aznavour aura montré ce qu’un petit peuple comme le peuple arménien est capable de donner au monde. Or des Aznavour, dans tous les domaines de l’art, de la science et autres, le peuple arménien en a beaucoup. Mais aucun n’a une voix qui porte au-delà des frontières, là où elle veut.

Mais voici qu’après vingt années d’Arménie indépendante et quatre-vingt seize ans de négationnisme turc, Aznavour se rebiffe. Il aura tout essayé pourtant. Mais son Arménie perd ses hommes et la Turquie lui fait perdre patience. Et en chanteur efficace, Aznavour change de stratégie. Et la diaspora tourne avec lui. Ou presque.

Si le mot génocide gêne les Turcs pour reconnaître 1915, employons un autre mot, qu’il fait. Cela ne veut absolument pas dire qu’Aznavour tourne sa veste, et se fait négationniste pour convertir les négationnistes turcs à la vérité historique. Non. Aznavour fait un pas vers le gouvernement turc, afin que les Turcs fassent un pas vers les Arméniens. Seulement, faire un pas vers les Turcs, les Arméniens connaissent. L’excès de confiance a conduit les Arméniens à la mort. A ce stade, cette alerte qui est en chaque Arménien vibre, sonne, se rebiffe. D’autant que des Turcs eux-mêmes, avertis, connaisseurs, droitsdelhommistes admettent qu’il y a eu génocide, à savoir une intention d’effacement par le massacre. Nul n’a le droit d’écraser un fait historique considérable à des fins d’euphémisation tout aussi considérables. La voix d’Aznavour n’est pas la voix de l’histoire. Et on ne peut rien contre l’histoire. Chassez-la aujourd’hui, elle se réveillera demain plus forte, plus outragée, plus dangereuse….

L’autre sujet d’impatience de Charles Aznavour est provoqué par la maffiaïsation qui sévit en Arménie. Une gangrène qui conduit les hommes à fuir le pays au risque d’un affaiblissement de plus en plus critique de la population.  Mais Charles Aznavour serait-il assez naïf pour croire que la maffia arménienne agirait comme un corps constitué indépendamment des politiques ? De ces politiques auxquels il n’accorderait plus aucun crédit, si l’on s’en tient à une de ses confidences, donc tant pour leurs promesses trahies dans la défense de la cause arménienne que pour la paupérisation des Arméniens en Arménie même. Est-ce à dire que cette récente interview donnée à Nouvelles d’Arménie Magazine sonne la fin du sommeil dogmatique d’Aznavour ? Est-ce à dire qu’il aura été baladé par les différents présidents arméniens, habiles à tirer profit de sa notoriété sans rien céder de leurs intérêts propres ? Dix années durant, Aznavour aura fréquenté le président Kotcharian dans l’intention d’être utile à son pays. Durant ses mandats, Kotcharian aura gagné cinq milliards de dollars rien qu’en violant ses pauvres. Aznavour le pragmatique, le lucide, l’efficace Aznavour, le compassionnel Aznavour a fréquenté pendant dix années le fossoyeur des Arméniens sans discontinuer, comme ça, à l’aveugle, pour «  être utile à son pays ». Que n’a-t-il coupé les ponts avec ce Kotcharian quand ses sbires ont assassiné Poghos Poghossian au restaurant Paplavok ? Que n’a-t-il forcé  le même Kotcharian à infléchir sa politique intérieure vers plus de social tandis qu’il déposait des aides européennes sur sa table ? Ne pouvait-il mettre sa voix dans la balance pour faire la morale à un président qui était plutôt enclin à l’instrumentaliser qu’à écouter ses doléances ? Dix années au service de l’Arménie qui n’ont servi à rien. Dix années de flatteries mutuelles, de courbettes, qui ont fait de la voix d’Aznavour une voix sans issue dans les changements nécessaires au pays. Dix années à s’acoquiner avec des politiques favorisant l’enrichissement des uns aux dépens du plus grand nombre par des moyens plus que douteux. C’est que maintenant, monsieur Aznavour, vous serez dans l’histoire celui qui par son silence, par ses fréquentations et par ses choix aura contribué à fragiliser l’Arménie. Car tout artiste qui se respecte ne serre pas la main sale d’un politicien sale. Et vous l’avez fait. Et en le faisant vous avez sali davantage ceux qui en Arménie ont faim et ont froid, faim de démocratie et froid de désespoir.

Qui plus est,  aujourd’hui  vous en remettez une couche en choisissant le côté du fléau Sarkissian. Aujourd’hui, tout en étant le représentant de l’Arménie en Suisse, votre voix se fait entendre pour dénoncer les dérives de la politique actuelle (maffia, émigration) tandis que la voix de la rue en Arménie gronde depuis plusieurs années pour les mêmes raisons. Pendant ces années, vous n’avez pas levé le petit doigt en faveur des indignés d’Arménie. Au contraire, vous avez accompagné, de près ou de loin, par votre engagement, votre silence ou votre sens de la réserve, ceux qui les ont matraqués, ceux qui ont frappé leur voix d’interdit. Et maintenant, voilà que vous y venez. Je veux bien croire que c’est pour une Arménie idéale que vous avez chanté devant le président arménien et le président français. Vingt ans, ça se fête ! Et vous avez raison de voir le verre à demi plein de l’Arménie indépendante plutôt que le même verre à demi vide d’une Arménie au bord du gouffre. Mais c’est ce même vide qui aujourd’hui vous indigne, vous fait peur, vous fait pousser des cris d’orfraie. Car ce vide, c’est la désespérance généralisée des Arméniens dont vous avez fêté en grandes pompes vingt années d’une existence libre. Mais quelle liberté quand ils étouffent et qu’ils doivent fuir le pays pour survivre !

Vingt années… Vingt années qui auraient pu faire de l’Arménie une Suisse du Caucase…

On peut toujours chanter.

13 septembre 2009

Les jupes fendues

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Toutes, je dis bien toutes. Sauf les vraiment grasses, les vraiment mariées et les pantalonnées de la hanche aux chevilles, de jour comme de nuit. Mais toutes les bachelettes qui ont de la jambe à faire valoir font remonter le spectacle jusqu’à la mi-cuisse par un jeu de rideau rythmé sur leur démarche. La beauté  de la ville tient tout entière sur ces jambes-là. Elles vous fouettent le regard et vous montent le sang. Sans elles, la capitale serait moins capiteuse. Elles lui donnent du chien. L’avenue Abovian, minable au demeurant, minaude en diable avec ces mignonnettes qui poussent du genou à qui mieux mieux. Toutes ces filles bien montées sur leurs jarrets font croire enfin à un avenir éclatant. Sur elles reposent les crédos les plus utopiques. On se dit, tant qu’elles seront là, à casser de leurs rires les couplets sur la vie perdue, les bouderies ne seront pas de mise. Tant qu’elles seront là avec leurs gambes à couper aux ciseaux la crasse atrocité de l’atmosphère, les grassieux de la politique qui ont des passions d’embaumeurs ne feront pas le poids auprès d’elles. Toujours il faudra compter sur les femmes. Sitôt qu’on les étrangle, elles vous ont des démangeaisons qui finissent par hurler. Et c’est souvent du parfait amour qu’elles mettent en jeu.   Place de l’Opéra, j’ai vu des femmes sous des toiles de tente faire la grève de la faim. Même lieu, une mère traiter de « jeepisé » un député corrompu. Même endroit, Anna, frêle, malgré son âge et ses poumons enfumés par dix mille cigarettes, brailler sans pouvoir contenir sa colère. Une autre dire à la télévision, messieurs les riches, messieurs les nantis, la fortune vous a bénis, à votre tour de donner, donnez dix dollars par mois à un pauvre et il survivra… En vérité, je vous le dis, les femmes sont l’humanité de ce pays-là. Elles seront l’humanité du monde.

Nos montreuses de cuisses, avant-scène de leurs fesses, déambulent en jouant de tous leurs ressorts. Et c’est vrai qu’elles vous laissent un arrière-goût d’ambiguïté. L’homme ne sait plus où il se trouve. Podium de haute couture ou trottoirs le long des bordels ! Son esprit se faufile et son corps se durcit chaudement au milieu de tout ce manège esthémantique.  Ailleurs, la diversité costumière des femmes, moins sexualisée, ne vous fait pas tourner la tête. D’une manière générale, les rues françaises vous lassent le cœur tellement c’est plat le spectacle humain des allants et venants. Pas de grâce, ni d’enchantement qui vous mette l’œil en érection. Qu’une élégante, mais atournée comme une diablesse, surgisse brusquement devant vous, c’est assez pour vous griser le regard. La belle bizarrerie suffit à déclencher dans l’esprit mille éclatements de suavité. Or là…

Les filles s’habillent pour appéter le chaland. C’est du message pointé que cette chair extrême exposée dans l’échancrure de la jupe. Messieurs et messieurs, vous êtes ici au dernier étage avant le septième ciel, veuillez faire la queue s’il vous plaît ! Du genre panneau indicateur en forme de flèche. Regarde par là, mon coco ! C’est pas de la bonne marchandise, ça ? Comme l’ào’dàï en soie des vietnamiennes, qui met à nu leur faux-du-corps juvénile et magnifique. Assez pour érotiser la faim d’exotisme propre à tout étranger de passage. Les filles haïes savent bien ce que leur savante vénusté libère dans l’esprit des puceaux ou des testicules impétueux. Elles savent la machinerie éroticonirique des hommes. Lesquels, en ces temps de grande débandade, ne courent pas les rues. Les femelles pullulent, mais les mâles régressent. C’est statistique. La rue est devenue un champ de course. Une lutte à chair ouverte. C’est à qui attrapera le pompon. Poussées par leur biologie, bousculées par les conditions économiques, les malheureuses font les cocottes, frôlent le vice, pimentent leur apparence en se panadant des arrières. Mais tant qu’elles pourront tenir, les jocondes se garderont bien de jouer les pouffiasses. Ça non !  Pourtant, la partie peut être vite perdue. On a traîné, tandis que d’autres ont pris les devants. À vingt-cinq ans, on se ronge les ongles, on se tord les doigts. Le temps de saisir le gros lot s’est échappé. À trente ans, on se vend sur Internet. D’autres ont déjà fendu leur jupe bien plus haut qu’elle n’était au pays. Elles n’ont plus la tête à attendre, elles sont sous le pilon de l’existence, elles jouent les coopératives en territoire turc, et leur corps boudiné se dandine, sur des trottoirs faits pour ça.

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Extrait de Un Nôtre Pays, trois voyages en troisième Arménie.

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