Ecrittératures

22 octobre 2021

Heureux qui, comme Ardachès …

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art building desert architecture

Photo de Desaga Thierry sur Pexels.com

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C’est bien connu, les Arméniens sont marqués en profondeur par la conjonction de deux types de voyage : l’exode et le retour. Comme le premier fut un effet radical de l’histoire, l’autre a toujours eu pour fonction intime de les en soigner par la revanche. Au vrai, pour les Arméniens, connaître ces deux faces janusiennes du voyage, c’est naître arménien. Si tout voyage est initiatique, le premier le fut comme l’épreuve de leur identité, l’autre comme la reconquête de leur humanité. A telle enseigne qu’on se demande si les Arméniens qui voyagent autrement sont encore arméniens. Comme les alpinistes et les mondialistes, les explorateurs et les navigateurs, les opiomanes et les érotomanes, les fétichistes et les échangistes, les poètes et les anachorètes et autres spécimens qui préfèrent s’aventurer sur les voies inédites de l’étrange plutôt que de panurger dans l’atavisme.

Ne me dites pas que les autochtones échappent à ma définition. Tout citoyen d’Arménie sait par l’histoire de sa famille qu’il est enté sur un exil passé et qu’il hante un exil présent. Un exil apaisé, certes, mais un exil qui se vit au quotidien dans la mesure où chacun vit sous la menace d’un exil qui reste à l’affût.

De fait, pour les accros du pays fatal, le voyage patriotique s’apparente à un pèlerinage, qu’il soit mystique, symbolique ou thérapeutique. Comme les musulmans vont à la Mecque, les catholiques à Lourdes, les bouchers aux abattoirs de Chicago, les œnologues aux caves du Vatican, les néonazis à Auschwitz, les Arméniens, eux, vont en Arménie. Et certains font même mieux que d’y aller, ils y habitent en permanence de manière à produire de la reconquête et à se défaire de la fatalité. Comme Ardachès B. qui a préféré la chair vive du pays plutôt que de commémorer de la mort dans les ténèbres d’un autre. C’est ainsi qu’on riposte à ses persécuteurs qui ont eu l’idée diabolique de mettre les Arméniens à la porte de leur paradis d’origine. Et donc, pour un Arménien, aller au pays ou y vivre, c’est se prouver par l’épreuve qu’il naît à ce qu’il est. Tout retour patriotique au pays est essentiellement un voyage existentiel. Comme si l’histoire permettait à nos morts écrasés par la force du Crime de renaître en insufflant leur énergie à ceux qui y vivent par la force de leur volonté.

Dès lors, faut-il penser que les Arméniens considèrent l’Arménie historique comme le nombril du monde ? Je me suis laissé dire par un nombriliste de service que le Jardin d’Éden se situerait dans ce coin tant la terre était bénie des dieux. Toujours est-il qu’à défaut de paradis hypothétique, c’est bien à l’enfer hystérique que fut confronté le peuple qui cultivait en paix ses racines dans ce verger diluvien des merveilles. Et qu’aujourd’hui, s’il existe un purgatoire pour les Arméniens, c’est-à-dire une espèce de havre entre le pire et le meilleur, au sein d’une paix trouble, sur une terre promise à l’épreuve, c’est bien l’Arménie actuelle, l’Arménie dure qui ne cherche qu’à durer.

Seulement voilà. Pour l’Arménien nombriliste, voyager au pays équivaut à s’en tenir à son nombril. Je veux dire au centre du centre de l’Arménie. Même quand ce centre est éclaté. Car le voyage pour lui ne vaut que s’il voit ce qu’il se doit de voir : le centre-ville d’Erevan, Garni, Geghard, Sevan, Etchmiadzine, Khor Virap, Tatev et parfois même l’Artsakh. Au-delà des chemins obligés, balisés, conditionnés, tous aussi addictifs que curatifs, l’Arménien nombriliste ne sait rien car il n’a vu que ces chemins-là et non le tissu charnel du pays qui les embrasse de tous côtés.

Or, s’il n’est pas aventureux, s’il n’est pétri d’aucune curiosité, s’il n’est mû par l’écoute d’autres voix, s’il n’est pas gourmand de voies inédites, le voyage se réduit à une vanité en mouvement. Car voyager, c’est forcément comparer. Et comparer, c’est relativiser. Notre nombriliste voyageur ni ne compare, ni ne relativiste ; il habite l’absolu qui suffit à sa soif patriotique. Il entretient l’estime de soi en ne vivant qu’entre soi et soi-même. Voilà bien le danger car « il n’y a pas beaucoup de différence entre s’estimer beaucoup soi-même et mépriser beaucoup les autres », comme le dit Montesquieu.

C’est ainsi qu’un jour, un nombriliste patenté se mit à vanter devant moi Geghard, le fameux complexe monastique creusé dans le roc. Depuis qu’on les a réduits en poussières balayables et expulsables à merci, les Arméniens en perte d’humanité se haussent du col en exhibant leurs bijoux de famille comme des raretés. Et comme le nombriliste cherche à sortir de l’ombre pour se mettre en pleine lumière, le mien fit de Geghard une énième merveille du monde. Mais il eut un haut-le-cœur quand je lui soufflai sa flamme en prononçant le nom de Petra en Jordanie, pour préciser que c’était du Geghard multiplié par mille sinon plus. « Petra ? Quoi Petra ? Connais pas ! – Mais Petra ! Capitale du royaume nabatéen, qui remonte à 300 ans av. J.C, alors que notre Geghard n’a été fondé qu’au XIIIe siècle ap. J.C. »   Et voilà notre Geghard coiffé au poteau par Big Petra. Bigre ! C’est qu’une vérité patriotique n’est souvent qu’une imposture historique. Ce que ne vous avouera jamais Aliev.

En réalité, tout tribaliste qui se respecte ne sort guère des routes ordinaires tant il reste collé au confort douillet de sa routine intellectuelle. Et donc à ses certitudes altières et monomaniaques. Par exemple si, parti de Sissian il avait pris la route qui passe par Aghitu, rejoint Vorotnavank et au-delà, après Ltsen, le sentier qui mène à Tatev, et même après Tatev la route qui va sur Khapan, qu’aurait-il vu et qu’aurait-il su ? Qu’avant la première guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ces villages étaient tenus par des Azéris. J’ai même entendu dire à Vorotan que des Arméniens de Sissian venaient y travailler comme saisonniers. Or, à Voratan justement, on peut encore trouver des tombes azéries dont les portraits ont été vandalisés. Par qui ? On l’aura compris… Dès lors, que les nombrilistes ne nous bassinent pas avec la propension des Azéris à souiller le sacré et le symbolique des Arméniens de l’Artsakh après la guerre de 2020. Les abandons de leurs maisons par les Azéris durant la première guerre furent aussi déchirants que les abandons de leurs maisons par les Arméniens durant la seconde. Navré les gars ! Qu’ils soient blancs ou qu’ils soient noirs, les hommes sont les hommes quand la guerre brouille les esprits et pervertit les règles d’une vie commune. Voyager, c’est comparer. Les vérités patriotiques sont des impostures historiques.

Bien sûr, les faits prouvent que durant le dernier affrontement, les Arméniens ont respecté les prisonniers azéris comme des êtres humains à part entière. Les faits prouvent aussi qu’Aliev est un débile qui débite mensonges et cruautés. Que les Arméniens n’ont pas failli sur les principes humanitaires des conflits. S’ils ont perdu sur le terrain la guerre des armes, ils ont gagné aux yeux du monde la guerre morale. L’affirmer n’est pas de l’ordre des fausses vérités patriotiques mais de la vérité factuelle. En réalité, les bobards d’Aliev, via son vice-ministre Mammadov sur les meurtres et la capture de civils azéris, à la suite des événements de Khojaly en 1992, sont de la même eau que tous les bluffs dont il abreuve les Cours internationales. Mais diaboliser des hommes qui sont à la merci d’un diable n’est pas la bonne méthode. Quand un homme est manipulé au point de devenir une extension mécanique de son manipulateur, est-il encore lui-même ?

Il reste que les Arméniens, dans ce Caucase infesté de voyous, ont un devoir d’exemplarité, de justice et de sagesse. Car la vérité finit toujours par triompher et le cœur des hommes tirés vers le bas par des tyrans devra tôt ou tard reconnaître les valeurs de la paix intérieure par l’accession de tous à la démocratie.

Denis Donikian

18 octobre 2021

Մկրտիչ Մաթևոսյանը… նորմալ հրատարակիչ չէ

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(Photo : European Union Prize for Literature.)

 

Երկար ժամանակ ես ապրել եմ այն համոզմամբ, որ Մկրտիչ Մաթևոսյանը՝ Մըգոն, հրատարակիչ է։ Այս հավատամքը մեզ վրա թանկ էր նստում՝ վեճեր, թյուրիմացություններ։ Ես նրան իմ աչքերով էի նայում՝ ելնելով արևմտյան հեղինակ լինելու իմ փորձից, մինչդեռ նա փոքրիկ քայլերով ինձ բերեց այն հասկացմանը, որ մի երկրում, որը նորմալ չէ, հրատարակիչը չի կարող լինել նորմալ։ Դա սկսվեց Թումանյանի Քառյակների իմ թարգմանության հրատարակումից, 2006թ.-ին, երբ ես իմ ձեռքերի մեջ վերցրի գրքեր՝ կապույտ կազմով և գրքեր՝ կարմիր կազմով։ Եվ, արևմտյան ոճով, ես նրան իմ զարմանքի մասին հայտնեցի: « Հայաստանը նորմալ երկիր չէ, ինչպես գիտես », – հանգիստ ասաց նա։  

Հայաստանը նորմալ չէր, քանի որ պատերազմը նոր էր ավարտվել, և երկիրն ապրում էր մեկ ուրիշ պատերազմի սպասման մեջ այնպես, կարծես թե այն երբեք չէր գալու։ Այս տեսակ՝ հաղթած և թաքնված պատերազմների միջև փակագծի մեջ մշակույթը միանշանակ զոհաբերված էր գոյատևման զոհասեղանի վրա։ Յուրաքանչյուրն այնքան մտահոգված էր առաջին անհրաժեշտության կարիքների բավարարմամբ, որ ոչ ոք գլուխ չուներ կարդալու։

Ահա այսպիսի մի թիանավ էր բարձրացել էր հայ ժողովուրդն իր անկախությունից ի վեր, և Մկրտիչ Մաթևոսյանը պետք է թիավարեր այն՝ գիրքը փրկելու համար, լռության մեջ, համառությամբ և համեստությամբ։ Պարզ ասված՝ եթե Նոբելյան մրցանակի արժանի մի վեպ գրվելիս լիներ, ինչպես Հեմինգուեյի « Ծերունին ու ծովը », դա կլիներ մի Մըգոյի 25-ամյա պատմություն, որ գրքեր սարքելով՝ միայնակ կռիվ է տալիս մշակութային ապաթիայի օվկիանոսի դեմ, որ գրավել է հայկական աշխարհը։

Միայնակ։ Այո, միայնակ՝ Խնկո Ապոր իր գրասենյակ-քարանձավում, փչելով իր ֆիլտրով Marlboro-յի քուլաները, կարծես թե իր և աշխարհի միջև մեգի վարագույր դնելու համար։

Մի հասարակության մեջ, որ մտավորականների կողմից վերակենդանանալու փոխարեն գազան գործարարների իշխանության տակ է հայտնվել, ուր գիշատիչ տնտեսությունը չնչին տեղ է թողնում նորարար նախաձեռնություններին, կառուցել նորմալ հրատարակչատուն նշանկում էր լինել ձեռնարկատեր, որ ընդունակ է խղճին դեմ գործարք անել, դիմել մեքենայությունների, ախպերության: Դրանք մութ հմտություններ են, որոնց Մըգոն միանգամայն օտար է: Թող նա ինձ ների իմ միամտության համար, որ սա հասկանալու համար ես այսքան երկար ժամանակի կարիք եմ ունեցել:

Ուրեմն, եթե Մըգոն նորմալ հրատարակիչ չէ, դա նրանից է, որ նա նողկում է ձեռնարկատեր լինելուց: Եվ եթե նա չունի ձեռնարկատիրոջ ընդունակություններ, դա նրանից է, որ նա թվեր չի սիրում : Իրականում, ասեմ ձեզ, եթե Մկրտիչ Մաթևոսյանը հաշվապահի գծեր չունի, ապա դա անկասկած շատ ավելի լավ է, քանի որ նրա պատրաստած գրքերը արևմտյան գրախանութների տաղավարներում երբեք չեն կարմրում:

Այսպես, պատրաստելով ուրիշների գրած գրքերը՝ Մըգոն 25 տարվա մեջ հաջողել է փրկել այն, ինչ միշտ եղել է իր առաջին կոչումը : Դա աչքի է զարնում : Բավական է պատահաբար տեսնել նրա ձևավորած շապիկները: Նրանց զուսպ ուժը և գրաֆիկական նրբությունը ինքնին իսկական գեղագիտական մանիֆեստ են : Եվ երբ հեղինակը նրան խնդրում է ավելի հեռուն գնալ իր տեխնիկական սխրանքներում, Մըգոն հրաշքներ է գործում : Փորձեք մի սեղանի վրա խառը լցնել Հայաստանում հրատարակված գրքեր, Մըգոյի գրքերը միանգամից իրենց նկատել կտան՝ իրենց ֆակտուրայի արդիականությամբ :

Հետևաբար, եթե Մկրտիչ Մաթևոսյանը հրատարակիչ չէ, ապա նա դրանով հաստատում է արտիստի իր լիարժեք կարգավիճակը : Եթե նա ինքն իրեն արգելում է լինել նորմալ հրատարակիչ, ապա դա նրանից է, որ ինքը հանճարեղ արտիստ է, որ պատրաստում է գրքեր, որոնք « խոսելու տեղ ունեն »: Նա գիտակցում է, որ իր հիմնական առաջադրանքը գեղեցիկ գիրք սարքելն է, ինչպես մեծ խոհարարն է ափսեն այնպես սարքում, որ աչք է շոյում: Հենց գիրքը նրա ձեռքերից դուրս է գալիս, գոյություն ստանում, իսկ Մըգոն որքան լավ, այնքան էլ վատ է դրա մասին իմաց տալիս, իսկույն արտիստը շղթայվում է մեկ այլ գրքով: Եվ եթե նա չի կարողանում իր գրքի շրջանառությունն ապահովել, ապա դա նրանից է, որ ինքը դրան համապատասխան խառնվածք չունի, իսկ Հայաստանի ենթակառուցվածքները և նաև հոգեկերտվածքը վատ կամ շատ քիչ են նպաստում մշակույթի ընդլայնմանը՝ գրքերի տարածման միջոցով :

Իմ մասով, ինչպե՞ս նրան երախտապարտ չլինել. Մըգոն կարողացել է գլուխ բերել իմ ամենադժվար գրքերը՝ դրանք ձևավորելով արվեստի գործերի պես : Կարող եմ նշել Ինքնակենսագրասյունը, Կրետեի ճանապարհը և այլն: Նրա ցուցաբերած հնարամտությունը անհերքելի է այն առումով, որ այս տեսակ նորարար և կատարելապաշտ « հրատարակիչներ » Ֆրանսիայում գնալով ավելի ու ավելի հազվագյուտ են դառնում:

Այժմ, Հայաստանում գրքին նվիրված լավ ու հավատարիմ ծառայությունների 25 տարիներից հետո, ինչպիսի՞ նոր ուղիներ նա պետք է բացի: Ոչինչ միտքս չի գալիս, քանի որ վերջին ողբերգական իրադարձությունները, որ երկիրը տեսավ, քաղաքացիների գլուխները շրջեցին դեպի այնպիսի հորիզոններ, որ ոչ մի գիրք չի կարող մեղմացնել կամ լուսավորել: Մշակույթն առաջնային չէ ամեն կողմից սպառնալիքի մեջ ապրող երկրում: Նույնիսկ եթե այն պետք է շարունակի գոյություն ունենալ գիտակցության խորքերում, և նույնիսկ եթե գրողների գրքերը կրկին գրվեն, և Մըգոն դրանք պատրաստի:

Սակայն ամեն գիրք իր ուղին միայնակ է հարթում: Նա գնում է այնտեղ, ուր ոչ ոք գլխի չէր ընկնի, որ կարող է գնալ: Նա հանդիպում է այն, ինչ ինքն է ուզում, այն ժամանակ, երբ ինքն է ցանկանում, և այնտեղ, ուր որ իրեն հաճելի է: Այդպիսով, գիրքը պահանջում է ընդամենը գոյություն ունենալ, որպեսզի կարողանա ցանել սեփական կյանքը:

 

Քանի որ Աստված մեծ է, իսկ Մըգոն՝ նրա հրատարակիչը:

Դընի Դոնիկյան

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Ֆրանսերենից թարգմանությունը՝ Լիլիթ Մնացականյանի

7 octobre 2021

Mkrtich Matevosian n’est pas un éditeur… normal.

Filed under: PORTRAITS — denisdonikian @ 4:04

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Mkrtich Matevosian, PDG des éditions Actual Art.

(Photo : European Union Prize for Literature.)

Traduction en arménien : ICI : Մկրտիչ Մաթևոսյանը… նորմալ հրատարակիչ չէ

 

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Longtemps, j’ai vécu avec la conviction que Mkrtich Matevosian, dit Mego, était éditeur. Cette croyance nous a valu disputes et malentendus. Je le regardais avec mes yeux et mon expérience d’auteur occidental alors qu’il s’ingéniait par petites touches à me faire comprendre que dans un pays qui n’était pas normal, un éditeur ne pouvait pas l’être non plus. Cela a commencé avec l’édition de ma traduction des Quatrains de Toumanian, en 2006, lorsque j’ai eu entre les mains des livres à couverture bleue et des livres à couverture rouge. Et comme, en occidental, je lui faisais part de ma surprise : « L’Arménie n’est pas un pays normal, comme tu le sais », me dit-il calmement.

Elle ne l’était pas, car elle venait de terminer une guerre et vivait dans l’attente d’une autre comme si celle-ci n’arriverait jamais. Dans ce genre de parenthèse entre guerre gagnée et guerre larvée, la culture était forcément sacrifiée sur l’autel de la survie. Personne n’avait la tête à lire tant chacun était obsédé par la satisfaction des besoins de première nécessité.

C’est dans cette galère où était embarqué le peuple arménien depuis son indépendance que ramait Mkrtich Matevosian pour sauver le livre, en silence, avec persévérance et modestie. Disons-le tout net, s’il y avait un roman à écrire qui mériterait le Prix Nobel, comme « Le vieil homme et la mer » d’Hemingway, ce serait l’histoire depuis 25 ans d’un Mego se battant seul en faisant des livres contre l’océan d’apathie culturelle qui envahit le monde arménien.

Seul. Oui, seul, dans son bureau-caverne de Khngo Apor, soufflant les vapeurs de ses Marlboro filtres comme pour mettre un mur de nuages entre lui et le monde.

Dans une société dominée par des requins plutôt qu’animée par ses intellectuels, où l’économie prédatrice laisse peu de place aux initiatives innovantes, monter une maison d’édition normale impliquait d’être un chef d’entreprise capable de compromissions, de magouilles, d’ aghperoutyoun. Sombres aptitudes auxquelles Mego est tout à fait étranger. Qu’il pardonne à ma naïveté si elle a mis si longtemps à le comprendre.

En fait, si Mego n’est pas un éditeur normal, c’est qu’il répugne à être chef d’entreprise. Et s’il n’a pas les capacités d’un chef d’entreprise, c’est qu’il n’aime pas les chiffres. En vérité, je vous le dis, si Mkrtich Matevosian n’a rien du comptable, c’est qu’il est forcément autre chose de mieux puisque les livres qu’il fait n’auraient pas à rougir sur l’étal d’une librairie occidentale.

Or, en fabriquant les livres que les autres écrivaient, Mego a réussi en 25 ans à sauver ce qui a toujours été sa vocation première. Cela saute aux yeux. Il suffit de tomber sur les couvertures de sa conception. Leur force discrète et leur finesse graphique constituent à elles seules un véritable manifeste esthétique. Et quand un auteur lui demande de se dépasser par des prouesses techniques, Mego fait des merveilles. Posez pêle-mêle sur une table des livres édités en Arménie, ceux de Mego se remarquent tout de suite par la modernité de leur facture.

De fait, si Mkrtich Matevosian n’est pas un éditeur, c’est qu’il revendique son statut d’artiste à part entière. S’il se défend d’être un éditeur normal, c’est qu’il est un artiste génial faisant des livres qui « ont de la gueule ». Conscient que sa tâche essentielle est de faire un beau livre comme un grand cuisinier fait une assiette qui appelle l’œil. Une fois qu’un livre est sorti de ses mains, que ce livre existe et que Mego parvient tant bien que mal à le faire savoir, l’artiste s’attelle à un autre. Et si la mise en circulation de son ouvrage lui échappe, c’est qu’il n’a pas le tempérament pour ça et que les infrastructures en Arménie autant que les mentalités se prêtent mal ou si peu à l’expansion de la culture par la diffusion des livres.

Pour ma part, comment ne pas lui être reconnaissant tant Mego a réussi à venir à bout de mes livres les plus difficiles à mettre en forme en tant qu’objets d’art. Je pense à Poteaubiographie, Chemin de Crète ou autres. L’ingéniosité dont il a fait preuve est indéniable à telle enseigne que ce genre « d’éditeur » inventif et perfectionniste en France est devenu de plus en plus rare.

Dès lors, après 25 ans de bons et loyaux services consacrés au livre en Arménie, quelle nouvelle voie devrait-il ouvrir ? Aucune ne me vient à l’esprit, tant les derniers événements tragiques que le pays a rencontrés a tourné la tête des citoyens vers des horizons qu’aucun livre ne pourrait adoucir ou éclairer. La culture dans un pays menacé de toutes parts n’est pas prioritaire. Même si elle doit continuer à exister dans les bas-fonds de la conscience et si des livres d’écrivains s’écriront encore et que Mego les fabriquera.

Mais tout livre fait son chemin tout seul. Il va là où personne ne soupçonnerait qu’il puisse aller. Il rencontre qui il veut, quand il le souhaite et où cela lui chante. Dès lors, le livre ne demande qu’à exister pour semer sa propre vie.

Car Dieu est grand et Mego est son éditeur.

Denis Donikian

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Mkrtich Matevosyan est peintre et graphiste. Il est né en 1961 dans la ville de Gyumri, en Arménie. En 1995, il a fondé l’ONG Union culturelle Actual Art qui est principalement engagée dans l’activité d’édition. Actual Art publie des livres sur la littérature contemporaine, l’art, la philosophie, ainsi que des livres pour enfants. Mkrtich Matevosyan est également le co-fondateur-éditeur du magazine Actual Art. Il a 3 enfants

 

Voir aussi : 

https://www.euprizeliterature.eu/jury-members/armenia

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Actual Art

Derian 42/1

Bibliothèque Nationale Khngo Apor

Erevan

28 septembre 2021

Aphorisme du jour (166)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:14

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Les idées sont nouvelles en ce qu’elles contrarient les idées mortelles.

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22 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (8 et dernier)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:52

rhume neige paysage eau

Photo de Uu011furcan u00d6zmen sur Pexels.com

8 – Édifier le pays, fluidifier les liens.

Dans un contexte social et politique qui brouille les esprits et les pistes, il importe avant tout d’œuvrer pour plus de fluidité dans la consolidation de la démocratie en Arménie, mais aussi dans les rapports entre l’Arménie et la diaspora. Car la fluidité constitue un facteur clé pour le renforcement du territoire arménien et la préservation de la langue, autrement dit de nos deux langues. Cela signifie que dans les rapports arméniens, il importe de mettre en œuvre des modes qui facilitent le passage des idées, des hommes, des concepts, des aides et surtout de l’intelligence entre toutes les parties de la nation arménienne. De fait, cette fluidité commence par la langue, la langue vivante, la langue qui sert à communiquer avec un même locuteur que soi.

On aura probablement compris que, dans ce cas de figure, le paradoxe veut que l’arménien occidental soit préservé et enseigné dans les écoles de la diaspora. En effet, perdre cet arménien-là serait faire disparaître le pan « occidental » de notre culture et de notre passé. Cela équivaudrait à accorder un second triomphe au génocideur d’hier puisque l’effacement des restes viendrait entériner l’effacement par le génocide. Si les écoles parviennent à susciter des vocations d’historiens, de linguistes ou autres, nul doute que l’apprentissage de la langue qui s’écrivait majoritairement dans la partie perdue de l’implantation arménienne sur le plateau d’Anatolie ne leur soit nécessaire. Toute étude de ce côté-là ne pourra faire l’impasse sur les documents d’époque, même si le pratiquant de l’arménien oriental pourrait lui aussi, tant bien que mal, faire le même travail. Mais c’est surtout la riche littérature d’avant le génocide, sur les terres où il a sévit, qui pourrait ainsi être épargnée de disparition.

Ajoutons que, pratiqué par nos universitaires, l’arménien occidental, s’étant forcément frotté aux concepts de la modernité européenne, les a suffisamment assimilés pour leur donner une traduction adéquate. Alors que l’histoire de la République d’Arménie fut telle que les Arméniens ont été éloignés de cette modernité au profit d’un obscurantisme idéologique qui a privé l’arménien oriental des concepts qui constituent aujourd’hui la base de l’anthropologie contemporaine. A telle enseigne qu’Hélène Piralian a dû renoncer à faire traduire ses propres livres même par des professionnels les plus chevronnés d’Arménie.

Dans ce sens, les échanges entre Arménie et diaspora ne peuvent être que bénéfiques pour l’enrichissement de l’arménien oriental. Les conférences que donnent régulièrement Marc Nichanian, Krikor Beledian ou Gérard Malkhassian à Erevan, tous de formation philosophique, sont d’un apport inestimable à la langue ainsi qu’aux esprits victimes, durant des décennies, d’un communisme clos et forcément stérile. De la même manière, les jeunes Arméniens d’Arménie qui viennent parachever leurs études en Occident s’enrichissent de concepts auxquels ils n’avaient pas accès au pays. Pour exemple, comment traduire en arménien oriental résilience, structuralisme, frustration, libido, soit le lexique psychanalytique, si la connaissance même de la pensée moderne a été systématiquement ostracisée. L’Arménie ne peut se dire européenne que si l’enseignement des sciences humaines assimile ces concepts et les diffuse dans la société comme des ferments actifs d’un renouvellement de la pensée et des mœurs. Or, encore aujourd’hui, on voit mal comment on pourrait traduire les livres de Janine Altounian en Arménie. En somme, on aura compris que ces problèmes de langue liés à la traduction de la pensée moderne établissent encore trop de disparités entre diaspora et Arménie, à telle enseigne que l’une autant que l’autre ont encore beaucoup à donner et beaucoup à apprendre.

Avant d’ouvrir des écoles arméniennes en diaspora, les responsables auront tout intérêt à se demander quelle langue y sera enseignée et dans quel but. Or, en s’affranchissant de cette étape, soit par paresse, soit par incompétence, soit par aveuglement, les sauveurs de l’arménité sont voués à ne rien sauver du tout. Comment donner du sens à la langue qu’on enseigne pour que l’envie ouvre des perspectives de vie à l’apprenant, à savoir le jeune Arménien de la diaspora qui serait né sous le joug d’un devoir de mémoire à assumer ? Sachant que le devoir répugne à la langue qui lui préfère le plaisir qu’on peut éprouver à la parler. Nous avons vu que l’apprentissage de l’arménien occidental pouvait être justifié dans le cadre d’études ultérieures par exemple. Mais cette langue ne favorise pas la fluidité des rapports humains car celui qui la pratiquerait en Arménie serait toujours un  « autre » plutôt qu’un « même » aux yeux d’un autochtone.

Toutes ces considérations conduisent à revisiter les enjeux de la langue, sinon à promouvoir un véritable retournement de perspectives, pour ne pas dire à une révolution pédagogique.

Cette révolution appelle à enseigner l’arménien d’Arménie dans les écoles de la diaspora.

L’avantage de ce retournement serait d’offrir des ouvertures à l’apprentissage de l’arménien plutôt qu’à jeter les élèves dans une impasse autant pour eux-mêmes que pour le pays.

Certains objecteront qu’apprendre l’arménien occidental n’empêche pas d’apprendre l’arménien d’Arménie. Pas sûr. Car l’apprentissage d’une langue est une question d’oreille. Pour assimiler les phonèmes tout commence par l’ouïe. Le cerveau reproduit alors par la langue ce que l’oreille reçoit. Une fois que les formes d’une langue sont constituées dans la tête, il est difficile de les remplacer. C’est pourquoi, si l’on veut que des enfants de la diaspora apprennent l’arménien oriental, il faut commencer par l’arménien oriental et non l’occidental. Absolument par lui.

Dès lors que nos jeunes Arméniens de la diaspora connaitront l’arménien oriental, une voie leur sera ouverte, sinon un avenir. En effet, il n’est pas interdit de penser que plus tard, certains parmi eux, éprouveront naturellement un lien charnel avec le pays et seront appelés à utiliser cette chance d’une communication fluide pour mettre au service du pays leur profession, un savoir technique, une expérience, tous obtenus en occident. Si l’Arménie doit se renforcer pour contrer la situation géopolitique périlleuse où elle se trouve, c’est bien par l’intelligence. Mais une intelligence humble et constructive plutôt qu’une intelligence orgueilleuse et aveugle qui a valu à l’Arménie sa défaite. Retenons aussi que sans sa diaspora, l’Arménie court au naufrage et que sans l’Arménie, la diaspora est vouée à disparaître. Seule la fluidité entre l’une et l’autre, capable de favoriser la transmission des compétences et le sentiment d’appartenir à un pays pourra assurer leur pérennité. Il est temps que la diaspora cesse d’être obnubilée par la nostalgie et le revanchisme et qu’elle se tourne résolument vers le pays. Ce pays a franchi une étape importante, qu’on le veuille ou non, vers la transparence politique. Tant bien que mal, et dans une situation où tout est brouillé, il avance pas à pas vers la fluidité démocratique à laquelle aspirent tous les Arméniens, ceux de l’intérieur comme ceux de la diaspora. Le critiquable doit-il pour autant dissuader cette diaspora d’établir des liens effectifs avec le pays ? L’apprentissage de l’arménien oriental dans nos écoles constituerait un pas décisif vers la consolidation du seul radeau qui reste encore aux Arméniens pour éviter le naufrage.

L’Arménie elle-même a déjà fait sa révolution puisque non contents de pouvoir apprendre les langues européennes comme le français et l’anglais, les jeunes Arméniens ont aujourd’hui la possibilité de connaître le chinois et le turc. Mais cette révolution n’en serait pas une si on n’y apprenait aussi la langue azérie. Il était temps  que l’Arménie se réveille et, plutôt que de se replier sur son orgueil, elle se mette à apprendre la langue de l’ennemi.

L’ennemi des Arméniens est tout ce qui contribue à donner au génocide l’occasion de triompher une seconde fois. Nostalgie maladive, patriotisme sourd, culte de la mort, obsession mémorielle, quête erronée du salut national, passéisme stérile, conservatisme identitaire… finiront pas nous tuer s’ils dominent nos façons d’être vivants et de penser la vie.

Qu’on se le dise !

Denis Donikian

A lire également :

1) Le génocide frappe deux fois.

2) Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

4) Une  littérature de propagande.

5) Les frigidaires de notre culture.

6) Ecoles : sarcophages de la langue.

7) L’art de hanter les cercueils.

21 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (7)

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7 – L’art de hanter les cercueils.

La problématique des écoles en diaspora est celle que rencontre l’arménien occidental. Les deux ont partie liée. Enseigner l’arménien dans un contexte social qui n’est pas arménien constitue une gageure. On sait d’ailleurs, que pour l’apprentissage d’une langue rien ne vaut l’immersion. Mais pour qui veut apprendre l’arménien occidental, où aller ? A la réflexion, le malin génie de l’histoire a donné aux Arméniens deux langues qui, d’une manière ou d’une autre, permettent de se rencontrer autant qu’elle les divisent : une langue pour la nostalgie, une autre pour le présent. Sans être devin, chacun est à même d’affirmer que devant les forces de la vie qu’elle incarne, la langue du pays tôt ou tard gagnera en force, tandis que celle de la diaspora s’affaiblira inexorablement, faute de locuteurs suffisants. N’en déplaise aux arménolâtres de tout poil qui ont peu de nez pour sentir le roussi, si l’Arménie venait un jour à disparaître, l’arménien tôt ou tard ne manquerait pas de la suivre dans l’abîme. A moins de créer ailleurs des sortes de colonies peuplées d’Arméniens, si tant est que là au moins elles échappent au sort des Arméniens de Roumanie. Rien n’est moins sûr.

Qu’ils le veuillent ou non, les pompiers de la langue inventée par Machtots seraient bien avisés d’avoir pour objectif premier de sauver du feu le territoire arménien. Impératif prioritaire qui exige réflexion avant toute création d’écoles. Sans territoire, pas de langue. Sans territoire, la langue disparaît par la disparition même de ses locuteurs. Alors, après le génocide charnel viendra le génocide culturel le plus radical qu’auront à subir les Arméniens. Car il sera sans retour possible. Un effacement qu’ils n’auront pas vu venir. Génocide graduel, feutré, silencieux, qui s’étalera dans le temps, qui bercera encore d’illusions les derniers des Arménindiens, jusqu’à leur amuïssement final.

Tout cela pour dire que la fin des Arméniens commence aujourd’hui. Elle commence chaque jour quand la lucidité des « sauveurs » patentés ou improvisés de notre diaspora se perd au gré d’un patriotisme sourd qui prétend qu’habiter la langue suffit à la faire exister. On croit faire dans la survie, alors qu’on creuse la tombe de ce qu’on veut sauver. En ce sens le mot contre-productif n’est pas assez fort. Il faudrait parler d’empoisonnement, d’assèchement, d’agonie lente et implacable. Notre vanité dans ce domaine n’a d’égal que notre aveuglement.

Sans condamner personne, osons affirmer que les écoles arméniennes se trompent de voie et abusent le peuple arménien de leurs bonnes intentions. (L’expérience du collège arménien de Sèvres le prouve, qui fut tenu par des prêtres dévoués mais n’ayant aucune compétence ni administrative, ni pédagogique). Car elles sont tournées vers la réparation des dommages provoqués par le génocide au lieu de regarder résolument l’avenir qu’appelle le vivant. Or,  l’arménien vivant ne trouve d’expression qu’en Arménie. Le seul lieu où vit la mémoire de la langue. Seulement voilà : les parleurs Saintes-nitouches de l’arménien occidental vont même jusqu’à proclamer que cette Arménie-là n’est pas leur pays. C’est dire !

Précisons toutefois qu’à première vue, l’antagonisme entre arménien occidental et arménien oriental semble minime si l’on tient compte que ces « deux » langues sont issues d’une même souche et que l’une et l’autre ne sont que des dialectes devenus des langues dominantes qui ont triomphé des autres patois. Qui parle encore l’arménien de Malatia ? Sauf qu’au fil des siècles les différences lexicales, phonétiques, grammaticales et autres se sont tellement creusées que ces deux langues sont devenues comme deux voix autonomes charriant des mentalités propres. Il reste, pour être juste, que ces deux voix se comprennent encore comme appartenant à un même peuple. On voit bien comme un ressortissant de la diaspora est capable de travailler en Arménie et avec les Arméniens du pays. Certes, mais l’osmose n’est qu’apparente, car si les mentalités se côtoient, elles ne s’assimilent pas. Sans compter qu’elles peuvent se détester jusqu’à pratiquer une sorte de racisme interne. On sait bien comment les autochtones ont accueilli les fameux « aghpars », partis de France et d’ailleurs dans les années 40. Même si aujourd’hui, cette fracture entre autochtones et diasporiques s’est atténuée, elle persiste de manière feutrée dans les comportements et les appréhensions mutuelles. Dès lors, que penser des rapprochements que préconise l’État arménien entre diaspora et Arménie sinon qu’ils commencent tout juste à se dégripper. Sachant que sous Kotcharian et Sarkissian, ils étaient honteusement et tragiquement pervertis par un cynisme qui a dégoûté plus d’un Arménien de la diaspora.

Prochain article : Édifier le pays, fluidifier les liens.

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A lire également:

1) Le génocide frappe deux fois.

2) Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

4) Une  littérature de propagande.

5) Les frigidaires de notre culture.

6) Ecoles : sarcophages de la langue.

7) 

8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

20 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (6)

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6 – Écoles : sarcophages de la langue

Dans cet ordre d’idées, force est de reconnaître que les écoles de notre diaspora ressemblent au pire à des sarcophages, au mieux à des hôpitaux de la dernière chance où l’on tente de maintenir en vie une langue, en l’occurrence l’arménien dit occidental, qui fermente dans les marais d’une mémoire stagnante. Or, les premiers martyrs d’une langue sous oxygène sont les enfants, nés otages de parents nostalgiques, archéopathes ou revanchards qui les accablent de leurs frustrations afin de reconquérir par leur truchement ce qu’ils ont perdu et qui se perd encore. Comme si on pouvait retenir l’eau qui fuit entre les doigts. Sans nous en rendre compte, nous voici comme des pompiers improvisés jetant le bébé avec l’eau du bain sur un arbre qui brûle. Dès lors qu’une langue cesse d’être le fluide qui permet aux hommes d’une même origine de se reconnaître comme tels et que ces hommes ne se trouvent pas rassemblés en un même lieu pour qu’elle garantisse des échanges naturels et constants, elle dépérit. Elle se délite dans la mémoire de ceux qui n’ont plus l’occasion de la parler. Les Arméniens de la diaspora oublient que l’arménien occidental n’est plus un mode de relations et même d’effusions puisqu’il est supplanté par la langue du pays d’accueil. C’est que la langue, organe vivant, a besoin d’être parlée pour se développer, s’enrichir, se renouveler. Or cette condition, par le fait même que les Arméniens ont été dispersés, n’existe plus, sinon sporadiquement ici ou là. L’arménien occidental ne vit plus comme langue, mais essaie de se maintenir comme volonté. Comme si la volonté pouvait suffire à faire une langue alors que le territoire avec qui elle a partie liée a disparu. Les Juifs l’ont bien compris qui ont hissé l’hébreu au statut de langue vernaculaire dans un pays nommé Israël. A contrario, les bons samaritains de l’arménien occidental, dont le dévouement mérite les louanges de la nation, travaillent avec des enfants qui sont des corps flottants baignant tantôt dans l’arménien, tantôt dans une autre langue, jusqu’à ce que celle-ci finisse par prendre la première place. Dès lors que l’arménien occidental ne peut jouer le rôle de langue vernaculaire et qu’il doit entrer en concurrence avec une langue dominante, son apprentissage devient problématique sinon, à plus ou moins longue échéance, voué à l’échec. En ce sens qu’étant de moins en moins parlé, il s’oublie de plus en plus. Car l’autre facteur, après le territoire, qui consolide une langue, est la mémoire, sachant qu’elle est constamment menacée par le principe du moindre effort. En effet, les enfants, dès qu’ils le pourront, sortiront de l’arménien pour parler la langue des « autres », celle qui vient naturellement à la bouche et qui permet la communication la plus aisée. Dans ce contexte, aucune des plus nobles considérations ne suffiront pour défendre l’arménien occidental. Car la langue est impitoyable et n’a que faire des mères pleureuses qui font fi des conditions de son fonctionnement. ( Nous tenons à préciser que nous parlons ici de la langue apprise à l’école, et non au sein de la famille, ce qui impliquerait d’autres enjeux plus favorables).

Le précédent qui illustre tragiquement notre propos est l’exemple des Arméniens de Transylvanie, dont les restes savent qu’ils furent arméniens mais qui ont totalement perdu la langue arménienne. Rappelons aussi que les Arméniens d’Alfortville, pour nombreux et concentrés qu’ils soient, ne sont pas dans la même configuration que ceux de Bourdj Hammoud, autrement appelé un petit coin d’Arménie… au Liban. Nul ne doit oublier que la disparition du journal Haratch était programmée en raison d’un lectorat arménophone de plus en plus réduit. Par ailleurs, que reste-t-il de l’arménien « appris », certes dans des conditions ubuesques, pour la majorité des élèves passés au Collège Samuel Moorat de Sèvres ? Et je ne serais pas surpris que ceux de nos écoles arméniennes actuelles, chargés de sauver la langue, une fois compris le stratagème de leurs parents, n’éprouvent un sentiment de rejet vis-à-vis de cette langue qui ne se parle pas et qui ne leur servira à rien dans leur vie, sinon de manière occasionnelle. Car le problème est qu’ils ne savent pas pourquoi ils apprennent cette langue, personne n’ayant exposé ou su exposer les arguments nécessaires à une saine motivation. Or, le seul argument qui puisse donner vie à cette langue dans l’esprit d’un enfant est que cette langue puisse vivre en se parlant et que cette vie de la langue puisse être un jour au service de l’Arménie. Pour l’heure, ni le lieu n’existe, ni les hommes. Pas d’usage, partant pas de langue. Dès lors, surgit le principe du moindre effort qui consiste à ne placer ses efforts que là où ça paye.

Prochain article : L’art de hanter les cercueils.

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1) Le génocide frappe deux fois.

2) Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

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5) Les frigidaires de notre culture.

6) 

7) L’art de hanter les cercueils.

8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

19 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (5)

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5 – Les frigidaires de notre culture

 

Pour autant, doit-on passer sous silence nos maisons de la culture qui conservent l’identité arménienne dans des frigidaires jalousement gardés par des vestales à haut niveau de frigidité idéologique ? De fait, il manque aux Arméniens une maison arménienne de la culture qui éviterait l’écueil d’un conservatisme de préservation et afin de privilégier la confrontation, l’échange, la fraternité avec d’autres cultures. Nous avons déjà dit que ces maisons étaient loin d’une programmation telle que la pratique la Péniche Anako qui n’hésite pas à convoquer les cultures du monde dans le but de promouvoir les couleurs d’une humanité riche et diverse. De la sorte, en mettant ses valeurs en relation avec celles des autres, chaque culture n’est plus à même de se considérer comme étant plus grande ou meilleure qu’elles. Comparaison n’est pas raison mais la raison comparative produit le respect mutuel et atténue les passions antagonistes. Sans quoi, on court au nationalisme culturel le plus ridicule qui porte Geghard au pinacle parce qu’il ignore Petra. Si nos pratiques d’une culture ethnocentrique sont le reflet d’une histoire illustrée par des épisodes d’effacement, comme le fut le génocide, il n’en reste pas moins qu’elles nourrissent à plus ou moins long terme les germes d’un repliement sur soi, d’une cécité vis-à-vis des autres et d’un appauvrissement, tous liés à l’étouffement par le manque d’échanges avec des peuples qui témoignent d’une autre manière de présence au monde.

 

Prochain article : Écoles : sarcophages de la langue

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1) Le génocide frappe deux fois.

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17 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (4)

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4 – Une littérature de propagande

En matière de création littéraire, les faiseurs de livres ethnocentriques se font comme un devoir patriotique de débiter du roman familial à base d’ingrédient génocidaire. Soit pour combler le désœuvrement de leur retraite, soit par piété filiale, enfin avec la conviction qu’ils ajoutent leur pierre aux monceaux de preuves portant sur les événements de 1915. Touchant ! Mais ce genre d’auteur qui écrit derrière les barreaux du génocide, montre en même temps qu’il a perdu ses ailes pour s’en échapper. Comme si la mort, la mort immense, la mort tueuse excitait en lui la mécanique du grimoire mémoriel. Car là encore la mémoire vaut plus que l’imagination. L’histoire est préférée au contemporain. Le tragique à l’humour. Le passé à la fiction. Rares sont les romans où l’inventivité prédomine comme chez Alexandre Topchian avec Banque ottomane, ou chez Daniel Arsand avec Un certain mois d’avril à Adana. Le reste du temps, cette « littérature de la perte », tant prisée par les fadas du deuil et les fanas de la reconnaissance, et que cherchent à primer des jurys où dominent la clique des causeurs de la Cause, n’est rien moins qu’une forme romancée de propagande. Dans un roman à base de génocide, c’est toujours l’angle d’attaque qui en fait de la littérature ou du boniment. Le véritable écrivain du génocide, loin de se laisser dévorer par le monstre, laisse place à l’humour, au vivant ou à la créativité. Les quarante jours du Musa Dagh, Le conte de la pensée dernière ou Le livre des chuchotements (respectivement de Franz Werfel, Edgar Hilsenrath, Varujan Vosganian) trempent dans le génocide autant qu’ils le transcendent. Leurs auteurs ne laissent pas l’histoire contaminer ou paralyser la mécanique fictionnelle qui anime leur écriture. Mais chez nous la domination de l’histoire sur toutes les autres disciplines de l’esprit est telle qu’elle produit chaque jour des aberrations qui à force sont devenues la norme. Pour tout dire, la littérature est à ce point humiliée qu’on aura vu, lors d’une soutenance de thèse sur un écrivain de la diaspora, des historiens arméniens du génocide arménien sortir de leurs compétences historiennes pour prendre part aux délibérations comme membres du jury. Que diraient-ils si des littéraires avaient dû juger leurs travaux dans le même cadre universitaire ? On ne s’étendra pas sur les jeux sombres que pratiquent certains de nos médias, spécialisés dans la censure feutrée, l’information orientée ou une certaine culture de l’obscurantisme, qui se plaisent à ostraciser l’écrivain arménien parce qu’il est plus soucieux de dire les quatre vérités que de devoir réciter des vérités mises en conserve. Mais passons…

Prochain article : Les frigidaires de notre culture.

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16 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (3)

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3 – Traducteurs maltraités, nation trahie.

Nous avons maintes fois dénoncé combien le mépris dont ils faisaient l’objet de la part des éditeurs arméniens, soi-disant arménophiles, dissuadait le traducteurs littéraires de continuer. A telle enseigne qu’on assiste aujourd’hui à un véritable assèchement des vocations et par là même à la quasi inexistence de notre littérature arménienne sur le plan international au regard des écrivains contemporains d’autres pays abondamment traduits et diffusés. On se demande d’ailleurs à quoi servent nos écoles si elles ne poussent, pour le moins, à former de jeunes Arméniens à la traduction. D’ores et déjà, on peut remarquer ici, comme nous le ferons plus loin sur d’autres exemples, qu’à leur effacement physique par le génocide, les Arméniens ont l’art d’ajouter une autre couche d’effacement, cette fois dans un domaine qui touche à leur identité.

Prochain article :  Une littérature de propagande.

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Morts ! Où sont vos victoires ? (2)

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2 – Le ressassement contre le vivant.

Loin de nous l’idée de dénigrer le travail de qui que ce soit puisque ce qui a été fait tant bien que mal devait l’être dans des domaines aussi cruciaux que les revendications et les commémorations, la culture et la langue, l’histoire, les arts, l’humanitaire et j’en passe. Mais qu’on le veuille ou non, le ressassement interdit le changement, la répétition tourne en rond sur elle-même au point de donner le tournis, sans que le vivant y puisse glisser son ferment de résilience et son espérance de reconstruction. Encore une fois, ces avancées, ces efforts, ces petites revanches gagnées sur le destin, tout louables qu’ils puissent être, ne devraient pas nous empêcher d’examiner avec lucidité si le sillon tracé depuis un siècle aura contribué ou non à la rédemption du peuple arménien, autrement dit à consolider l’indépendance du pays, dans tous les sens du terme. Et comme dit le lion dans la fable « voyons sans indulgence l’état de notre conscience ».

Les manipulations dont souffre notre culture autant qu’elle nous fait souffrir en disent long sur nos aveuglements, nos hypocrisies et nos enfermements dans la mesure où justement ce qu’on croit faire à l’avantage du peuple arménien se retourne finalement contre lui.

Prochain article : Traducteurs maltraités, nation trahie.

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15 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (1)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 2:58
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Propos : La double peine du génocide, c’est que le ressassement nuit au vivant et conduit les Arméniens de la diaspora à une forme d’agonie culturelle. Celle-ci est entérinée dans d’autres domaines : ceux de la traduction, de la littérature, mais aussi des écoles. Pour consolider le pays, les écoles de la diaspora sont appelées à donner du sens à la langue et sans négliger l’arménien occidental, enseigner la langue du seul pays où l’arménien se parle. Car alors la fluidité des échanges entre diaspora et Arménie leur sera d’autant plus bénéfique qu’elle leur permettra de survivre.

 

 

1 – Le génocide frappe deux fois

 

Les effets lointains et pervers du génocide sont indétectables au regard des répercussions plus flagrantes que furent le sang, le deuil et la dispersion. Leur traumatisme fut tel qu’il rendit muets les survivants, intérieurement torturés à l’idée que la sauvagerie et l’inhumanité auxquelles ils venaient d’échapper relevaient de l’indicible. Si les déportés furent jetés à la mort de la plus inhumaine manière qui soit, les rescapés n’avaient d’autre issue que d’enfouir en eux des visions d’horreur, tandis que les criminels subissaient des condamnations factices ou refaisaient surface dans des fonctions honorifiques. Les Arméniens vécurent cinquante ans avec leur mal et leur manque, sans pouvoir combattre l’oubli qui fit suite à leur effacement sur leur propre terre. Mais on peut affirmer qu’après ce demi-siècle de résilience qui a suivi la catastrophe, la diaspora a travaillé sur l’idée qu’il fallait « faire savoir », faire savoir non seulement à tout prix mais aussi faire savoir au monde entier. Chacun se rappelle le fracas avec lequel le génocide de 1915 a fait irruption dans le champ de l’histoire contemporaine et des relations internationales. Les attentats perpétrés par l’ASALA, même s’ils n’ont pas reçu l’approbation des Arméniens, ont allumé la mèche qui devait rendre à la Turquie la monnaie de son impunité. Et si j’en juge par le travail accompli depuis le cinquantenaire du génocide, force est de reconnaître qu’aujourd’hui le monde « sait » et que le caillou du génocide dans la chaussure de la Turquie la fait claudiquer dans ses démarches diplomatiques comme un pays monstrueux n’ayant pas reconnu ses monstruosités historiques et qui, au lieu d’expulser de son esprit ses propres monstres n’a eu de cesse de les recycler pour d’autres génocides.

 

Or, durant les années qui suivirent le génocide, les Arméniens ont subi les affres d’une culture éclatée. Après l’impératif de la survie, vint l’impératif des réparations internes. La reconquête de l’identité impliquait de combler les pertes, même si le substrat social de la langue et de la culture devait rendre cette réappropriation du « nous » on ne peut plus périlleuse. En effet, retrouver les valeurs qui furent fracassées par le génocide impliquait de revenir au temps où elles étaient vivantes. Mais ce redémarrage réparateur supposait donc un retour aux sources. Dans ce cas, le passé prit une dimension primordiale dans l’esprit des rescapés qui, dès lors, furent à la fois dans une vie qui se jouait ici et maintenant et dans une autre dont la réalité s’était perdue et ne persistait que par la mémoire. C’est dire que la culture s’est muée alors en un culte du passé. Ce passé que nul ne voudrait voir mourir et que chaque Arménien idéalise au point de vouloir le ressusciter. La double peine du génocide est là. Après la mort physique, se glisse une mort culturelle dans la mesure où les esprits traumatisés se figent dans une époque révolue. Et alors que leur histoire même évolue sans cesse, les sauveurs de la tradition s’aveuglent sur la nouvelle donne politique et culturelle. Et donc, en diaspora, la nostalgie du passé a pris trop souvent le pas sur le principe de réalité. Le tort des Arméniens est de croire que le retour à leur culture d’avant le génocide est un moyen de se venger de leurs bourreaux qui visaient leur effacement. Au contraire, cette rétroaction en fixant les esprits dans des valeurs archaïques interdit plutôt aux principes de vie d’éclore et de riposter aux ennemis de manière adéquate.

 

Même si l’histoire doit avoir sa place dans la construction d’une nation, pour les Arméniens faire du vivant avec du passé est un piège dans lequel ils se sont aveuglément jetés depuis un siècle. En pansant leurs plaies, ils ont développé à outrance le mémoriel, et dans le même temps ils ont atrophié leur potentiel d’imagination qui pense l’avenir. Leurs bourreaux d’hier savaient-ils que les Arméniens traîneraient comme un boulet le génocide au point qu’il écraserait leur volonté de relèvement et de renouvellement. De fait, chez les Arméniens, le vivant qui explore les possibles, qui ose aller au-delà du crime, qui invente d’authentiques voies de salut fait beaucoup plus peur que le passé confortable, taillable et malléable à merci, pour autant qu’il fût et reste générateur de souffrance et d’humiliation. Ils s’entêtent, quoi qu’ils fassent encore et encore, à s’encrouter dans un mécanisme passif de déshumanisation alors qu’on attendait d’eux qu’ils reconquièrent leur humanité pleine et entière. Ils ont oublié que la tradition enferme l’audace là où la culture invente ces voies nouvelles qui font éclore la vie. En somme, il semblerait que le génocide tue deux fois : une fois par la main des bourreaux, une autre fois par celle des victimes.

Suite :

 2)  Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

4) Une  littérature de propagande.

5) Les frigidaires de notre culture.

6) Ecoles : sarcophages de la langue.

7) L’art de hanter les cercueils.

8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

Histoires et hystéries tarariennes (34)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:34

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Tel qu’il est encore et qu’il sera demain, le Crute restera la mauvaise herbe du genre humain, humainement plus mauvaise que la plus mauvaise herbe qui soit dans la nature, car c’est une mauvaise herbe pensante.

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14 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (33)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 4:10

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Démocrate le Tararien, mais qui ne tolère pas qu’on le contrarie sur ses faits d’intolérance.

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13 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (32)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:38

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Si ta religion t’enjoint de tuer l’autre, tue-la ! Si ta religion t’enjoint d’aimer l’autre, aime-la !

 

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12 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (31)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:02

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L’identité tararienne est conservée dans les frigidaires de leurs maisons de passe culturelle jalousement gardés par des vestales choisies pour leur haut niveau de frigidité.

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11 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (30)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:26

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Les Tarariens ont le malin génie de pratiquer deux langues qui les divisent en deux mentalités antagonistes : l’une pour la nostalgie et la mort, l’autre pour l’avenir et le vivant.

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10 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (29)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:44

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La double peine des Tarariens est qu’après les avoir chassés de leurs terres, les Crutes les ont rendus malades de nostalgie en vue d’assécher leur désir d’avenir.

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8 septembre 2021

Histoires et Hystéries tarariennes ( 28)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:18

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Autant les Tarariens ne sont rien sans le songe d’eux-mêmes, autant les Crutes ne font leur bien sans le mensonge aux autres.

 

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7 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (27)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 7:25

 

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Les Tarariens ont connu la banalité du sang et la banalité du sale.

 

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6 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (26)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:38

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Si le Tararien est un oriental à sang chaud qui s’habille à l’européenne, le Crute est un asiate à sang froid qui n’est toujours pas descendu de son cheval.

 

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5 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (25)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:46

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Les religieux tarariens usent de la religion comme une technique de vente et de la Tararie comme une marchandise mystique.

 

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4 septembre 2021

Aphorisme du jour ( 165)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:05
photographie de paysage d un plan d eau

Photo de Kellie Churchman sur Pexels.com

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L’homme qui s’attaque aux agresseurs de l’océan est forcément un homme océan.

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3 septembre 2021

Histoires et hystéries tarsariennes (24)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 10:25

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Leur émiettement de par le monde empêchera toujours d’enfermer les Tarariens dans des formules simplistes. Mais loin d’être un exil, l’expatriation des Crutes n’exclut pas de les circonscrire par des énoncés qui étaient vrais hier et qui le restent aujourd’hui.

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2 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes (23)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:31

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Les plus tarés des Tarariens ont l’art de rendre rare le moindre rien tararien en écartant toutes les raisons qui le rendraient ordinaire.

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1 septembre 2021

Histoires et hystéries tarariennes ( 22)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:29

 

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Si les Crutes se voient grands par les ruines et les deuils qu’ils provoquent, grands sont les Tarariens qui n’ont jamais cru devoir les imiter dans leur cruauté..

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31 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (21)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:32
temple de la pagode rouge et grise

Photo de Tomu00e1u0161 Malu00edk sur Pexels.com

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Les Crutes ont et ne sont pas le Mont Tarara. Les Tarariens sont et n’ont pas le Mont Tarara. Les Japonais ont et sont le Fuji Yama. 

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30 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (20)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:40

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Les hommes ont le génie d’ensauvager Dieu en Le mettant au service de leur cruauté.

 

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29 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (19)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:42

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Les caprices de la nature ignorant les chimères des hommes,  tout Tararien tararolâtre s’épargnera l’ascension sacrée du Tarara de peur que lui vienne l’envie de déféquer.

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28 août 2021

Une histoire de damier arménien.

 

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Un jour, dans un café arménien du quartier arménien de Toronto entre un Noir. Il s’approche du juke-box, sort une pièce de sa poche, l’introduit dans la fente et appuie sur un bouton. Aussitôt, le café se met à résonner du chant bien connu des Arméniens : Grounk, dédié à la grue cendrée. Les clients arméniens esquissent un sourire moqueur à l’idée que le Noir s’est trompé de bouton. Le disque terminé, le Noir retire une autre pièce de sa poche, l’introduit dans la fente, appuie sur un bouton. Et aussitôt, pour la seconde fois, le café se met à résonner du chant bien connu des Arméniens, etc. Cette fois, intrigués les clients arméniens se lèvent et viennent entourer le Noir qui par deux fois, etc. « Il vous plaît ce chant-là ? lui demande le patron du café. Et pourquoi ? Racontez un peu. » Le Noir les regarde, perplexe, et leur répond : « Vorohedev, yéss Hay ém. » (Mais parce que je suis arménien ! )  Et le voilà qui raconte son  histoire de long en large devant les yeux écarquillés des clients arméniens du café arménien de ce quartier arménien de Toronto, disant qu’il travaille comme  haut fonctionnaire  au Pays-Bas. Puis avisant le patron,  il continue : « D’ailleurs, si vous passez par Amsterdam, je vous invite à me rendre visite. » Des mois s’écoulent, quand le patron du café arménien du quartier arménien de Toronto se trouvant à Amsterdam avec son épouse sonne à la porte du Noir haut fonctionnaire. Ils sont accueillis par une magnifique femme blonde, deux garçons métis et lui-même. Ils passent une agréable soirée. Les deux Canadiens prennent congé, et tandis qu’ils s’éloignent, la porte n’étant pas encore fermée, ils entendent la femme blonde de l’Arménien noir lui dire, étonnée : «  Mais tu ne m’avais jamais dit qu’il y avait des Arméniens blancs ? »

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Cette histoire vraie est un effet de la grande Histoire, quand des Arméniens établirent les premiers contacts avec l’Ethiopie au Moyen-Age, et surtout quand ils s’y installèrent après le génocide de 1915, grâce à la protection du Roi des Rois Haïlé Sélassié. Elle ne dit pas que les enfants métis parlaient l’arménien ni que l’épouse blanche, en vacances en Ethiopie chez ses beaux-parents, n’ayant de contacts qu’avec des Arméniens noirs, n’était pas en mesure de penser qu’il existât d’autres types d’Arméniens. L’histoire ne va pas plus loin, mais on n’ose pas imaginer ce qu’elle aurait donné si l’épisode du café s’était passé en Arménie.

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P.S. Le récit de cet Arménien noir, rapporté par Serge Avédikian, Arménien blanc, vous a été raconté par Denis Donikian, Arménien gris.

Histoires et hystéries tarariennes (18)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:34

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Subir est leur histoire. Survivre est leur destin. Vivre est leur désir.

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27 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (17)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:14

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Le seul génie qui reste aux Tarariens est de combattre désespérément l’obsession de la mort par la jeunesse de l’esprit.

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26 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes ( 16)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:57

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Chez les Tarariens le débat démocratique peut virer au pugilat clanique même quand leurs frontières subissent des ingressions critiques.

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25 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes ( 15)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:59

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Si leur Église fit des Tarariens des fidèles en armes et des soldats sans haine, aujourd’hui elle en a fait des castrats en larmes et des bêlants sans laine.

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24 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (14)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:56

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Les Tarariens exècrent tant qu’on les domine qu’ils ne survivent à eux-mêmes que s’ils sont dominés par d’autres.

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23 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (13)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:41

 

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La seule chose que les Tarariens ont en partage, ce sont leurs dissensions. La seule chose que les Crutes ont en partage, c’est leur aversion des non-Crutes.

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Les jupes fendues

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Toutes, je dis bien toutes. Sauf les vraiment grasses, les vraiment mariées et les pantalonnées de la hanche aux chevilles, de jour comme de nuit. Mais toutes les bachelettes qui ont de la jambe à faire valoir font remonter le spectacle jusqu’à la mi-cuisse par un jeu de rideau rythmé sur leur démarche. La beauté  de la ville tient tout entière sur ces jambes-là. Elles vous fouettent le regard et vous montent le sang. Sans elles, la capitale serait moins capiteuse. Elles lui donnent du chien. L’avenue Abovian, minable au demeurant, minaude en diable avec ces mignonnettes qui poussent du genou à qui mieux mieux. Toutes ces filles bien montées sur leurs jarrets font croire enfin à un avenir éclatant. Sur elles reposent les crédos les plus utopiques. On se dit, tant qu’elles seront là, à casser de leurs rires les couplets sur la vie perdue, les bouderies ne seront pas de mise. Tant qu’elles seront là avec leurs gambes à couper aux ciseaux la crasse atrocité de l’atmosphère, les grassieux de la politique qui ont des passions d’embaumeurs ne feront pas le poids auprès d’elles. Toujours il faudra compter sur les femmes. Sitôt qu’on les étrangle, elles vous ont des démangeaisons qui finissent par hurler. Et c’est souvent du parfait amour qu’elles mettent en jeu.   Place de l’Opéra, j’ai vu des femmes sous des toiles de tente faire la grève de la faim. Même lieu, une mère traiter de « jeepisé » un député corrompu. Même endroit, Anna, frêle, malgré son âge et ses poumons enfumés par dix mille cigarettes, brailler sans pouvoir contenir sa colère. Une autre dire à la télévision, messieurs les riches, messieurs les nantis, la fortune vous a bénis, à votre tour de donner, donnez dix dollars par mois à un pauvre et il survivra… En vérité, je vous le dis, les femmes sont l’humanité de ce pays-là. Elles seront l’humanité du monde.

Nos montreuses de cuisses, avant-scène de leurs fesses, déambulent en jouant de tous leurs ressorts. Et c’est vrai qu’elles vous laissent un arrière-goût d’ambiguïté. L’homme ne sait plus où il se trouve. Podium de haute couture ou trottoirs le long des bordels ! Son esprit se faufile et son corps se durcit chaudement au milieu de tout ce manège esthémantique.  Ailleurs, la diversité costumière des femmes, moins sexualisée, ne vous fait pas tourner la tête. D’une manière générale, les rues françaises vous lassent le cœur tellement c’est plat le spectacle humain des allants et venants. Pas de grâce, ni d’enchantement qui vous mette l’œil en érection. Qu’une élégante, mais atournée comme une diablesse, surgisse brusquement devant vous, c’est assez pour vous griser le regard. La belle bizarrerie suffit à déclencher dans l’esprit mille éclatements de suavité. Or là…

Les filles s’habillent pour appéter le chaland. C’est du message pointé que cette chair extrême exposée dans l’échancrure de la jupe. Messieurs et messieurs, vous êtes ici au dernier étage avant le septième ciel, veuillez faire la queue s’il vous plaît ! Du genre panneau indicateur en forme de flèche. Regarde par là, mon coco ! C’est pas de la bonne marchandise, ça ? Comme l’ào’dàï en soie des vietnamiennes, qui met à nu leur faux-du-corps juvénile et magnifique. Assez pour érotiser la faim d’exotisme propre à tout étranger de passage. Les filles haïes savent bien ce que leur savante vénusté libère dans l’esprit des puceaux ou des testicules impétueux. Elles savent la machinerie éroticonirique des hommes. Lesquels, en ces temps de grande débandade, ne courent pas les rues. Les femelles pullulent, mais les mâles régressent. C’est statistique. La rue est devenue un champ de course. Une lutte à chair ouverte. C’est à qui attrapera le pompon. Poussées par leur biologie, bousculées par les conditions économiques, les malheureuses font les cocottes, frôlent le vice, pimentent leur apparence en se panadant des arrières. Mais tant qu’elles pourront tenir, les jocondes se garderont bien de jouer les pouffiasses. Ça non !  Pourtant, la partie peut être vite perdue. On a traîné, tandis que d’autres ont pris les devants. À vingt-cinq ans, on se ronge les ongles, on se tord les doigts. Le temps de saisir le gros lot s’est échappé. À trente ans, on se vend sur Internet. D’autres ont déjà fendu leur jupe bien plus haut qu’elle n’était au pays. Elles n’ont plus la tête à attendre, elles sont sous le pilon de l’existence, elles jouent les coopératives en territoire turc, et leur corps boudiné se dandine, sur des trottoirs faits pour ça.

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Extrait de Un Nôtre Pays, trois voyages en troisième Arménie.

21 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes ( 12)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:50

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Le Tararien s’exprime par la construction, le Crute par la destruction de cette construction.

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20 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (11)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:14

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Tout Tararien qu’on pousse à l’écrasement développe des mécanismes de relèvement.

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19 août 2021

Հայկական մշակույթի ինքնամշակներին նվիրված նամակ

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 7:11

 

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texte de non guerre en noir et blanc

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Traduction en arménien de : Lettre offerte aux culturistes de la culture arménienne.

Անցած հունիս ամսվա 18-ին Ֆրանսիայի հայկական համայնքի գլխավոր ակտիվիստներից մեկը բաց նամակ է գրել՝ այն Հայաստանի «հաջորդող նոր կառավարությանը» ուղղելու համար։ Նպատակն էր նրան հիշեցնել մշակույթի և արվեստի նախարարության անհրաժեշտության մասին, որն ունակ լինի, ըստ նրա, նպաստել Հայաստանի բացվելը աշխարհին, մինչև իսկ ստեղծել ծառայողական աշխատանքներ մի երկրում, որը դրա կարիքը զգում է։ Ֆրանսիայում հայկական համայնքի այլ անվանի ակտիվիստներ շտապեցին ստորագրել այդ կոչի տակ, որը ներշնչում է այնպիսի գովելի մտադրություն, որն արժանի է երկու ձեռքով ծափահարության։ Մշակույթը գին չունի։

Հստակեցնեմ, որ ոչ հարմար չգտավ այս խնդրագիրը սահեցնել դռանս տակ։ Այս անուշադրությունն ինձ ուրախացնում է այնքանով, որ ես ամենաչնչին դեպքերում ինձ համարել եմ այդ համայնքի համար որպես կողմնակի, լուսանցքային անձնավորություն (ոմանք կասեին  » պարոն ամենագետ »), այնքանով, որ վճռականապես խուսափել եմ յուղ ավելացնել ցեղապաշտության վրա, որը տանում է դեպի հարմարվողական հաչոց։ Ամեն դեպքում ինչ-որ բան ինձ ետ էր պահելու ավելացնելու անունս հայկական համայնքի հայտնի ակտիվիստների ցանկում, որոնց հանդեպ, ի դեպ, ամենամեծ հարգանքն եմ տածում, նկատի առնելով նրանց տաղանդն ու ներդրումը։

Ճիշտն ասած, այն աղետի չափը, որ 2020 թվականիի պարտությունից հետո հայ ժողովուրդը ապրեց, դեռևս թարմ վերքը, որ թարախակալում է մարդկանց մտքերում, հրատապորեն պահանջում է հոգիների, ինչպես նաև ամբողջական համակարգի վերականգնում, անհրաժեշտություն հնարավորին չափ շուտ վերադարձնելու իրենց օջախները ռազմագերիներին և հատկապես այն մշտական սպառնալիքը, որ ծանրանում է անպատկառ ձևով երկրի սահմաններին, այս ամենը դեռ իմ մեջ առաջացնում են, ինչպես ենթադրում եմ, նաև շատ այլ հայերի մոտ, կաթվածահար անող հուզմունք, քան գալիք կառավարությանը կոչ անել ստեղծել մշակույթի նախարարություն, իմ մտքով երբեք չէր անցնի նման բան։ Ի դեպ, իսկ ինչու՞ ոչ՝ ծովային և նավաբեկման նախարարություններ։

Շատ լավ գիտեմ, որ հրաժարվելն ավելի լավ է, քան հնազանդվելը։ Եվ այն, ինչ անվանում ենք մշակույթ, մի՞թե լայնորեն նպաստում է միտքն ամրապնդելուն, փոխարինելու հուսալքությունը հույսով, վհատությունը՝ քաջությամբ, անկման զգացողությունը՝ հավատքով, թուլությունը՝ պարկեշտությամբ։ Նաև պետք է իմանալ, թե խոսքը ինչ մշակույթի մասին է։ Ու նաև ըստ որ ենթատեքստի։ Վերոհիշյալ «բաց նամակում» նշվում է հայկական մշակույթի մասին, այն իմաստով, որ նա պետք է արժանանա լուսապսակի, հավանաբար այնպիսի արժանիքների համար, որ ձեռք է բերվել և պաշտպանվել է հայտնի պատերազմների և աղետների պատմության ընթացքում։

Այնպես է ստացվում, որ խնդրագրի ներքոստորագրյալները, որոնց մասին հիշատակել ենք վերևում, «գործում» են երկու ուղղությամբ․ երբեմն ընդհանուր համաձայնությամբ՝ իրենց ծագման հետ կապված, երբեմն իրենց ապրած երկրի հետ համաձայնության գալով, երբեմն ազգային, երբեմն համաշխարհային մասշտաբով։ Եթե Ֆրանսիայում հայկական ծագումով մի արվեստագետ դուրս չի գալիս տոհմի սահմաններից, կարո՞ղ է գտնվել իսկական մշակույթի մեջ, այն մշակույթի մեջ, որը գերազանցի սահմանները և բեմ բարձրացնի այն տղամարդկանց ու կանանց, որոնք պայքարի մեջ լինեն այնպիսի խնդիրների հետ, որ կհետաքրքրեն բոլոր տղամարդկանց ու բոլոր կանանց։ Այս արվեստագետների, գրողների, ռեժիսորների, նկարիչների և այլոց, որոնք բացի Հայաստանից ճանաչում ունեն մի ուրիշ երկրում, մի՞թե բախտը չի բերում, ընդունելու բոլորին այնպես, ինչպես ի հայտ են գալիս և ջանալու վերակերտել դա իրենց սեփական պատմության, անձնական հարցերի, սեփական կենսագրության պրիզմայի և ընդարձակ սրտի միջով անցկացնելով, նրա սահմանների վրա խաղաղ դեմոկրատիայի հովանավորության ներքո և առաջ ընթանալով դեպի իր լույսը։ «Հայ» կոչված արվեստագետի առավելությունը կլինի՞ արդյոք իր առանձնացումը, հեռավորության վրա կանգնելը, որ պարտադրում է նրան այլ կերպ տեսնել իրեն, քան մի ինքնահաստատման նեղվածության մեջ հայտնվել՝ պայմանավորված պատմությամբ և փակված գտնվելով, ամեն տեսակի պոռթկումից զերծ, այլ կերպ ասած, բարգավաճելով մարդկային լիարժեքության մեջ, ըստ իր նախասիրությունների, երազանքների և հակումների։

 

Ինչ վերաբերում է, այսպես ասած, «ազգային» մշակույթի մասին խոսելուն, այն մշակույթի, որ հիշեցնում է ինչ-որ ժողովրդի իր արժեքները, կրկնում է մշտապես իրար հետ մրցակցելու հարցը՝ իր ապրելակերպի, սովորությունների, մի խոսքով, սովորույթների ու բարքերի միջոցով, որ թույլ են տվել նրան հարատևել, ավելի շատ անհրաժեշտ է ուժեղացնել հավատքը իր մեջ և պարտադրել վիճաբանել, այն պաշտպանելու համար։ Քանի որ ազգային մշակույթը պայքարի, միասնականության և հավատարմության մշակույթ է։ Որևէ երկրի ազգային մշակույթը հրամայական է համարվում ագրեսիվ համատեքստում, մինչդեռ համաշխարհային մշակույթը հրամայական է այն ժամանակ, երբ պատմությունը դեպի հանգստություն է տանում։ Այն ժամանակից, ինչ կյանքը դառնում է հնարավոր, ազգային մշակույթը կարող է առերեսվել այլ երկրների մշակույթների հետ ոչ թե թշնամական մտայնության մեջ, այլ՝ բացեիբաց, հանդուրժողաբար և փոխադարձ հարստացման պայմաններում։ Քանի որ որևէ ազգային մշակույթի կոչումն է մնալ այնպիսին, ինչպես կա, բաղկացուցիչ մասը կազմելով համընդհանուր գիտակցության, որը ձևավորված է մարդկային սանդուղքի մշակույթի վրա։

 

Միայն ահա այսպես։ Հայաստանում խաղաղություն չկա և երկար ժամանակ չի լինի։ Այս «բաց նամակը գրվել է այն ձեռքով, որ չի դողում և իր տրամադրության տակ կալաշնիկով չկա։ Դա արվեստագետի ձեռք է, նույնիսկ, եթե այն թաթախվել է հայկական մագմայի մեջ ծննդյան օրից ի վեր կամ իր պարտավորությունների բերումով։ Դա մի ձեռք է, որի վրա ոչ մի Դամոկլեսյան անօդաչու կախված չէ։ Դա մի ձեռք է, որ լվացվում է մարդկանց մեծ մշակույթի մեջ և կցանկանա ցանել, շաղ տալ այդ մշակույթը որպես ընդհանուր ունեցվածք։ Այդ ձեռքը շատ լավ գիտի այդ ամենի մասին, բայց նրա բարի մտադրություններն այնպիսին են, որ արհամարհում է այնպիսի իրականություն, որը ճնշում է ամենաերևելի հայերի հոգին ու մարմինը։ Հայաստանը ծննդաբերության շեմին կանգնած կնոջ է նման, ասես ծննդաբերական ահավոր ցավերի մեջ լինի և որի սնարին կանգնած՝ նրա համար կարդում են Կարմիր գլխարկի հեքիաթը։ Պահանջեք Փաշինյանից կարդալ Վերին Շորժա սահմանամերձ գյուղի բնակիչների համար կարմիր գլխարկի այդ հեքիաթը, սա ամենաքիչը անհեթեթություն կհամարվի, նույնիսկ եթե պնդեմ, ավելի առաջ գնամ ասելիքիս մեջ ծայրահեղության հասցնելով համեմատությունը։

 

Նույն ձևով, ինչ երեսուն տարի շարունակ, Հայաստանը ճոճվել է խաբուսիկ խաղաղությամբ, այսօր մտավորականները, որ պետք է պայծառամտության իրատեսության ու պրագմատիզմի մղեին, հրավիրում են կուրության ու ծուլության, նույնիսկ աշխարհում գոյություն ունեցող լավագույն միտումներով : Չնայած նրանք շատ լավ գիտեն,որ Հայաստանը սեղմված է ադրբեջանական մուրճի և թուրքական սալի արանքում, որի ներկայացուցիչներն են Ալիևն ու Էրդողանը՝ ժամանակակից բազմաբարդ Աթիլայի մարմնավորումները, այսպես ասած՝ «Աստծո պատիժը»։ (Այնտեղով, որտեղով Աթիլան է անցնում, խոտ չի աճում), որի խելացնոր հետամտումը փնտրում է միայն իր ընդարձակումը՝ ուրիշների վերացման հաշվին։ Այլ եզրույթներով ասած՝ դեմոկրադիկտատուրան՝ պատերազմով, իշխանության ընդարձակումով՝ ամեն տեսակի հակադրման չեզոքացմամբ, տարածքային նվաճման փաստով, ժողովուրդների լլկումը՝ ցեղասպանությամբ։ Նրանք շատ լավ գիտեն, որ Հայաստանը ամենամեծ խոչընդոտն է պանտուրանիզմի համար, և եթե մշակույթ է պետք հայերին, որ ամեն ինչ իր տեղն ընկնի, այսօր և հիմա պետք է նրանց ջնջվելու պայմանաժամկետը ձախողվի։ Եվ շատ եմ կասկածում, որ մշակույթի ծիածանագույն բարեկամեցողությունը իր ասելիքն ունենա նույնքան հարկադրական մի հավասարման մեջ, որքան կյանքի պահպանումն է։ Այնքանով, որ այդ լողլող Ալիևը պիտի հռհռալով փորը բռնի հայկական արտառոցությունների իր թանգարանում, միայն կարդալով հայերի կողմից գրված բաց նամակում, ուղղված իր թշնամիներին, իսկ դա պատեհ հնարավորություն է ընձեռում նրան ավելի լայն բացելու իր դռները զավթողամոլական մտադրությունների առաջ։

 

Այս ծանր օրերին, եթե Հայաստանը կարիք ունի ստեղծել մշակույթի նաախարարություն, միմիայն պետք է լինի իմաստի ամենասեղմ առումով և ագրեսիվ տերմինով ասած՝ ազգային մի նախարարություն, որը կարողանա սերվել ու ղեկավարվել։ Թող դուր չգա խաղաղասերներին, որ կատարում եմ խորին պատճառաբանությամբ հուսահատությունից մղված, ինձ հակասելով, այն ինչ ասում եմ․ միակ մշակույթը, որի կարիքն այսօր և հիմա զգում է Հայաստանը, պատերազմի մշակույթն է, ընդհանուր զորահավաքի մշակույթն է, բոլորը՝ ազիմուտներ, գիտակցաբար ընտրված աշխարհի հայերից՝ իր մտավորականների գիտակցությամբ՝ ընդդեմ այն վտանգների, որ սպառնում են մինչև իսկ Հայաստան կոչված երկրի գոյատևությանը։ Թող հայերը ռուսներից վերցնեն այն, ինչ կարող են, առանց մեծ հավատ ընծայելու նրանց բարեկամեցողությանը և կանխամտածելով միաժամանակ ամենավատի մասին։ Թող հայրերն ապրեն չընդլայնվող պանթյուրքական մտասևեռմամբ և ամեն ինչ նախապես տեսնեն ամենավատ կողմերից։ Սակայն թող իրենց հողերի վրա մնան նրանք, ինչ էլ պատահի, որքան էլ ծանր լինի։ Քանզի, եթե Հայաստանը մի օր վերջնականապես մասնատվի կամ անհետանա, ու՞մ է հարկավոր մշակույթի նախարարությունը։

 

ԴԸՆԻ ԴՈՆԻԿՅԱՆ

Raffi Hermon Araks : homme de carrefour.

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 9:10

 

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Par sa connaissance du turc, de l’arménien, du français et de l’anglais, Raffi Hermon Araks, qui vient de nous quitter, était destiné à jouer le rôle d’homme carrefour entre la diaspora arménienne de France, l’Arménie et la Turquie. Mais encore fallait-il avoir le courage et la hauteur de vue qui permettent les rapprochements entre des communautés que l’histoire a vouées à l’hostilité. Dès lors, qu’on essaie de réconcilier l’irréconciliable, il faut s’attendre au réveil des démons endormis depuis des décennies. Diplômé de Sisli et des langues orientales de Paris, Raffi Hermon était indéniablement un pionner dans le domaine du dialogue arméno-turc. C’est à lui que reviennent les premières tentatives de rapprochements entre intellectuels des deux bords. A lui seul et surtout en un moment où les haines étaient franchement déclarées à la faveur d’un climat miné par les attentats, les commémorations et la montée des publications sur le génocide de 1915. Dire qu’il aura essuyé les plâtres serait un euphémisme. Il aura plutôt déclenché contre lui des soupçons et des doutes qui auront sali son image. Mais avec le recul, ce que les Arméniens doivent à Raffi Hermon est inestimable en termes de ponts construits patiemment entre des démocrates des deux bords ouverts à la vérité de l’histoire. Les hommages  rendus par Ragip Zarakolu et Taner Akçam et autres en disent long sur ce travail souterrain qu’il aura accompli. Sa disparition est d’autant plus dommageable que sa voix, sa foi et son expérience vont manquer comme rédacteur-en-chef au service d’informations audiovisuelles en langue turque d’ArmenPress, lui qui avait travaillé aussi bien  comme collaborateur des Nouvelles d’Arménie Magazine, et comme représentant des médias Azg Armenian Daily (Arménie), AGOS et Yeni Gûnden (Turquie). Ces quelques mots d’hommage ne suffiront certes pas à donner toute la dimension d’une personnalité vouée à l’ouverture aux autres. Mais ceux qui œuvrent aujourd’hui dans le dialogue arméno-turc et qui s’en gargarisent devraient reconnaître que Raffi Hermon avait seul les compétences pour ouvrir les portes et la générosité pour y faire passer le vent des vérités et l’appel aux rencontres.

Denis Donikian

Histoires et hystéries tarariennes (10)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:59

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Le Crute ravage d’agression en répression, le Tararien survit de régression en dispersion.

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18 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (9)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 4:33

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L’animadversion le dévore tant que, faute de Tarariens à dévorer, le Crute s’est mis à dévorer le Crute.

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17 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (8)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:16

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Non contents d’avoir supprimé les Tarariens, les Crutes cherchent encore à supprimer leur suppression.

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(Photo Alain Barsamian, ©)

16 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (7)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:33

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La déshumanisation des Tarariens par des Crutes animalisés reproduit dans la nuit des mémoires le cri d’une blessure sous l’éclair d’un couteau.

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(Photo Alain Barsamian, ©)

15 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (6)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 3:48

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Depuis que l’insensé s’est repu de leur sang, les Tarariens vivent à contresens de leur conscience.

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(Photo Alain Barsamian, ©)

14 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (5)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 4:20

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En jetant les Tarariens dans les abysses du mépris de l’homme envers l’homme, les Crutes sont tombés avec eux, mais dans l’abysse de ces abysses où l’homme se perd et où décuple le mépris.

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(Photo Alain Barsamian, ©)

13 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (4)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:21

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Destiné à leur remplacement par les Cruts, le grand déplacement des Tarariens s’est fait non seulement au prix du sang par le cynisme de la force, mais aussi du deuil splénétique par la xénophobie névrotique.

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(Photo Alain Barsamian, copyright)

12 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (3)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 10:36

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Ennemi traditionnel du Tararien, le Crut, sorte de centaure sanguinaire, s’est laissé porter par son galop en dévalant des hauts plateaux d’Asie pour dominer, au fil des siècles, les pays du soleil se couchant sur son passage.

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(Photo d’Alain Barsamian, copyright)

11 août 2021

Histoires et hystéries tarariennes (2)

Filed under: HISTOIRES et HYSTERIES TARARIENNES — denisdonikian @ 2:44

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Habitant autour du Mont Tarara depuis des siècles, les Tarariens ont fini par s’arroger un droit de propriété poétique sur la montagne.

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(Photo Alain Barsamian, copyright)

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