Ecrittératures

26 juillet 2017

Entretien avec Taner Akçam sur sa récente découverte

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 2:51

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© Princeton University Press, 2012

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Avec l’aimable autorisation de Georges Festa  pour la traduction.

( VOIR ICI)

 

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La dernière brique dans le mur négationniste :

entretien avec Taner Akçam sur sa récente découverte

par Dickran Khodanian

The Armenian Weekly, 04.05.2017

WATERTOWN, Mass. – Tandis que les communautés arméniennes à travers le monde commémorent le 102ème anniversaire du génocide arménien, une récente révélation de l’historien turc Taner Akçam, reprise par les principales chaînes d’information et la grande presse, occupe tous les esprits. Surnommé à juste titre le « Sherlock Holmes du génocide arménien » dans un récent article du New York Times, Akçam étudie le génocide arménien depuis des années en compilant des archives du monde entier pour combattre le négationnisme de l’Etat turc.

D’après Akçam, sa récente découverte – qu’il qualifie d' »arme du crime » et de « dernière brique dans le mur négationniste » prouve la pleine conscience et l’implication du gouvernement ottoman dans l’anéantissement de la population arménienne. La découverte de ces documents a été réalisée, alors qu’ils étaient censés avoir disparu suite à la Première Guerre mondiale.

L’un de ces documents, reconnu authentique par le gouvernement ottoman d’après-guerre, a aidé à déclarer coupable son auteur, Behaeddine Chakir, l’un des fondateurs du Comité Union et Progrès (CUP), comme l’un des instigateurs du génocide arménien.

Le 11 mai, l’Armenian Museum of America et la National Association of Armenian Studies and Research (NAASR) présenteront « The Story Behind: ‘The Smoking Gun' » [Les Coulisses de l’histoire : l’arme du crime], une présentation par Akçam de documents inédits jusqu’ici. Pour la première fois, ce document, ainsi que d’autres, feront l’objet d’un débat public.

The Armenian Weekly a récemment rencontré le Dr. Akçam, avant son intervention à Boston, pour évoquer sa récente découverte et sa signification dans le combat contre le déni du génocide arménien par la Turquie.

Ci-dessous l’entretien dans son intégralité.

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– Dickran Khodanian : Vous qualifiez la découverte de ce télégramme d' »arme du crime, » l’une des « dernières briques dans le mur négationniste. » En quoi cet élément de preuve est-il plus important que d’autres preuves qui étaient disponibles auparavant ?

– Taner Akçam : Cette preuve conforte celles qui ont été compilées au fil des ans. Les archives des tribunaux militaires d’Istanbul constituent l’une des plus importantes sources sur le génocide arménien. L’historien Vahakn Dadrian s’est servi de ces tribunaux pour briser le mur négationniste de la Turquie et ce, abondamment. Or les preuves émanant de la Cour ont été sans cesse critiquées, car ce n’étaient pas des originaux.

En fait, quand Guenter Lewy publia son ouvrage intitulé The Armenian Massacres in Ottoman Turkey: A Disputed Genocide1, il jeta le discrédit sur les matériaux des cours martiales au motif que nous ne possédons pas les originaux, puisqu’ils n’existent pas. Il écrit dans ce livre : « Le problème le plus grave concernant la valeur probatoire des procédures engagées par la justice militaire en 1919-20 est la perte de la totalité des documents relatifs à ces procès. Ce qui veut dire que nous ne possédons aucun document original, aucun témoignage sous serment, ni la moindre déposition, sur lesquels ces tribunaux ont fondé leurs conclusions et leurs verdicts. » (p. 80)

Aujourd’hui, nous sommes en possession de documents originaux munis d’en-têtes officiels, qui ont été déchiffrés à l’aide d’un système de codage. Ce système de codage nous permet d’authentifier des lettres liées au massacre ou à la mise en œuvre des massacres. C’est là un coup majeur porté à la thèse négationniste. Je continuerai à publier d’autres documents de ce genre, émanant des cours martiales, car il s’agit un apport très important à la recherche existante.

– Dickran Khodanian : Vous avez déclaré avoir retrouvé ce document grâce au neveu d’un prêtre catholique arménien, Krikor Guerguérian. Pourriez-vous nous préciser ? Comment avez-vous pu obtenir finalement ce document ?

– Taner Akçam : Ce document se trouve dans les archives privées du prêtre catholique arménien Krikor Guerguérian à New York. Le document original se trouve dans les archives du Patriarche arménien de Jérusalem, où Guerguérian s’est rendu dans les années 1960 et où il a filmé tous les matériaux. C’est un document très connu, qui a été publié plusieurs fois sous la forme de citations. Au tribunal compétent d’Istanbul en 1919-1921, il est largement cité ! Dadrian s’est rendu personnellement à Jérusalem et a été en contact avec Guerguérian; il a utilisé ce télégramme précis et fait référence aux archives de Guerguérian et de Jérusalem dans ses notes de bas de page.

Plus important, l’Assemblée Arménienne2 a microfilmé l’intégralité des archives de Guerguérian en 1983. Ces archives sont accessibles depuis 1983, mais personne ne peut les consulter en profondeur, car il n’existe pas véritablement de système de catalogage. Les rouleaux de microfilms se comptent par centaines et il est quasiment impossible de dépouiller chaque rouleau pour retrouver ce document. L’existence des archives Guerguérian et des copies possédées par L’Assemblée est de notoriété publique parmi les chercheurs. Quand je suis arrivé pour la première fois aux Etats-Unis en 2000, j’ai contacté le neveu de Guerguérian, en lui demandant l’autorisation de consulter les originaux qu’il possède à New York. Il a refusé, au motif que les matériaux sont tous microfilmés à Washington. En 2015, je l’ai appelé à nouveau pour lui demander l’autorisation de consulter les matériaux originaux et cette fois il me l’a accordée.

– Dickran Khodanian : Est-il possible qu’il y ait d’autres matériaux à découvrir ?

– Taner Akçam : Il existe encore de nombreux autres matériaux à découvrir. Ce sera d’ailleurs l’un des points principaux que je vais aborder lors de mon intervention le 11 mai prochain. Nous possédons plusieurs matériaux originaux émanant du tribunal d’Istanbul, que nous savons s’être retrouvés dans les archives de Jérusalem et celles personnelles de Guerguérian.

Dans les années 1940, alors que Krikor Guerguérian menait des recherches sur l’extermination du clergé durant le génocide arménien pour sa thèse de doctorat au Caire, il rencontra un ancien juge ottoman qui avait été membre des cours martiales d’Istanbul, après la Première Guerre mondiale. Ce juge informa Guerguérian que, lorsqu’il présidait la cour martiale, le Patriarcat arménien était le représentant officiel des Arméniens lors du procès. Ils obtinrent légalement le droit d’avoir accès aux matériaux du tribunal et, en conséquence, il les autorisa à prendre des matériaux.

Le juge apprit aussi à Guerguérian qu’en 1922, le Patriarche Zaven Ier [Der Eghiayan] transféra ces matériaux en Europe, à Marseille tout d’abord, puis à Manchester, en Grande-Bretagne, pour atterrir finalement aux archives de Jérusalem. Voilà pourquoi, dans les années 1960, Krikor Guerguérian s’est rendu là-bas et a tout photographié.

– Dickran Khodanian : Qu’est-ce qui rend votre découverte différente ? Vous avez déclaré dans d’autres publications ne pas croire que cette récente découverte conduise à des changements immédiats dans la position de la Turquie à ce sujet. Pourquoi ?

– Taner Akçam : La découverte importante que j’ai faite est le système de codage, et aussi la mise en évidence que ce document revêt un en-tête ottoman. Les autorités turques ne pourront pas dire qu’il n’est pas authentique. Le système de codage du télégramme est irréfutable et démontre l’authenticité de ce document.

Aujourd’hui, dans les archives ottomanes, il existe des centaines de documents, principalement sous forme de télégrammes émanant des provinces vers Istanbul. Ils sont tous codés en chiffres arabes. Quatre ou cinq chiffres indiquent un mot ou des pluriels ou des suffixes. Quand ces télégrammes codés arrivaient à Istanbul, les autorités écrivaient les mots ou les terminaisons équivalentes au-dessus de chaque groupe de chiffres. Voilà comment nous pouvons lire ces documents aujourd’hui. J’ai comparé le système de codage des télégrammes de Behaeddine Chakir avec ceux des archives ottomanes et j’ai découvert qu’ils concordaient.

Juste pour donner un exemple : le terme de déportation est codé « 4889 » sur le télégramme de Chakir; si l’on consulte les matériaux ottomans adressés au gouvernement central depuis les provinces à la même période, lesquels comptent quatre chiffres comme dans le télégramme de Chakir, on se rend compte qu’ils ont tous le code « 4889 » pour déportation.

Personne ne pourra dire que ce télégramme n’est pas authentique. Désormais, le gouvernement turc doit trouver une explication, car l’argument consistant à dire « Montrez l’original » n’est pas valable. Nous possédons l’original. Ils sont pris au piège de leur propre argumentation.

Je suis sûr qu’ils vont continuer à nier le génocide car le négationnisme n’a rien à voir avec la recherche universitaire; c’est un problème politique. Mon argument est que, compte tenu de ces documents nouveaux, il est maintenant très difficile de nier le génocide arménien. Les arguments qu’ils ont avancés au fil des ans ne fonctionneront plus. Ils devront donc recourir à autre chose.

– Dickran Khodanian : Les historiens ne sont pas autorisés à faire des recherches dans les archives de Jérusalem ?

– Taner Akçam : Tout à fait. Les chercheurs n’y ont pas accès. On me l’a refusé plusieurs fois au fil des ans. Je voulais consulter le matériau de Krikor Guerguérian pour voir s’il avait vraiment tout filmé. Impossible d’y accéder. Ils répondent invariablement : « Nous sommes en train de cataloguer. » Mais je ne suis pas sûr que ce soit vrai. A ma connaissance, il n’y a pas de raison valable pour que des historiens n’aient pas accès aux archives de Jérusalem. Je n’ai pas envie de spéculer à ce sujet.

– Dickran Khodanian : Le 11 mai prochain, vous allez intervenir à Watertown, à l’Armenian Museum of Armerica. Pourriez-vous nous dire un mot des thèmes abordés lors de votre exposé ?

– Taner Akçam : Ma conférence du 11 mai portera essentiellement sur le contenu des archives de Krikor Guerguérian en lien avec les matériaux du tribunal militaire d’Istanbul. Il y a beaucoup d’autres matériaux dans ces archives, mais je me focaliserai sur le tribunal et les matériaux recueillis à cette époque.

NdT

  1. Guenter Lewy, The Armenian Massacres in Ottoman Turkey: A Disputed Genocide, University of Utah Press, 2007
  2. Armenian Assembly of America Inc., Washington, DC 20005 – http://www.aaainc.org/

[Taner Akçam est titulaire de la chaire Robert Aram and Marianne Kaloosdian and Stephen and Marian Mugar d’études sur le génocide arménien à l’Université Clark.

Il est l’A. de The Spirit of the Laws: The Plunder of Wealth in the Armenian Genocide, avec Ümit Kurt (Berghahn Books, 2015), The Young Turk’ Crime Against Humanity: The Armenian Genocide and Ethnic Cleansing in the Ottoman Empire (Princeton University, 2012), Judgment at Istanbul: The Armenian Genocide Trials avec Vahakn Dadrian (Berghahn Books, 2011), A Shameful Act: Armenian Genocide and the Question of Turkish Responsibility (Metropolitan Books, 2006), et From Empire to Republic: Turkish Nationalism and the Armenian Genocide (Zed Books, 2004).

Il est aussi l’A. d’autres ouvrages en allemand et en turc, dont récemment Naim Efendi’nin Hatıratı ve Talat Paşa Telgrafları: Krikor Gergeryan Arşivi [Les Mémoires de Naïm Effendi et les télégrammes de Talaat Pacha : les archives de Krikor Guerguérian] (İletişim, 2016), à paraître en traduction anglaise.

[Dickran Khodanian est rédacteur en chef adjoint à The Armenian Weekly, après l’avoir été à Asbarez (édition anglaise). Diplômé d’histoire, spécialité Histoire arménienne, de l’Université de Boston, il est aussi diplômé d’histoire, option Etudes arméniennes, de l’Université d’Etat de Californie à Northridge. Il a occupé plusieurs fonctions dirigeantes au sein de l’Armenian Youth Federation (AYF) (Côte Ouest) et milite très activement dans la communauté arménienne de Los Angeles. Il compte poursuivre son doctorat en histoire.]

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Source : http://armenianweekly.com/2017/05/04/the-last-brick-in-the-denialist-wall-akcam-speaks-with-the-armenian-weekly-on-his-latest-discovery/

Traduction : © Georges Festa – 07.2017

25 juillet 2017

Brèves de plaisanterie

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 7:20

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PREFACE

 

A Véronique Pittolo,

naturellement.

Si, considérant l’initiale inspiration de toutes les propositions qu’on va lire, aphoristiques, farfelues ou autres, il me fallait rendre à César ce qui lui appartient, le meilleur irait à mon amie Véronique Pittolo, femme nourrie d’urgence humaniste et pratiquant une écriture en perpétuelle quête d’étonnement, pour m’avoir mis un jour sous les yeux, par malice d’entremetteuse, les textes courts et déraisonnables d’un inconnu, ivre penseur de la dérive qui prenait l’écriture pour un mode d’émancipation privilégié. Pour lui, l’évidence des mots invitait plus à fuir l’état ordinaire de leur sens qu’à s’y soumettre, plus à s’autoriser à les dynamiter plutôt qu’à consentir aux idées consensuelles qu’ils figent dans les esprits. Mais aussi à établir avec ces mêmes mots des équilibres aussi improbables que le fit Calder avec ses mobiles. Il nous fallait ce déclenchement pour qu’aussitôt les mécanismes qui régissent les légèretés poétiques de notre cerveau se mettent à jouer et à produire de ces fulgurances, fugaces mais non moins travaillées, qui allaient témoigner d’une nouvelle façon de saisir notre vie, de savourer la présence des choses, de rapporter le meilleur des expériences advenues, des souvenirs tenaces, des nostalgies, des insoumissions, mais aussi d’exprimer ces fantaisies qui frisent les vérités fausses ou les faussetés vraies… Que sais-je encore et quoi ?

Peu à peu, s’est imposée la forme du tercet isolé plutôt qu’élaboré dans le cadre d’une histoire longue façon Dante. (D’ailleurs, qui sait si Dante ne hante pas les coulisses de nos petites égouttures de vinaigre, de vin, de lessive et de sang ? Qui sait ?) Cette contrainte, soit marquée par une forme de régularité classique, soit farouchement fiévreuse, soit follement échappée, s’est avérée d’autant plus féconde qu’elle devait devenir une horlogerie mentale, un moule conceptuel dans lequel il nous arriverait, au gré des émotions, plaisirs ou peurs, de couler des mots pour dire l’incongru et l’ambigu, et ainsi nous procurer des sortes de joies créatrices, dignes de compenser les affres d’un quotidien soumis aux griffures de la maladie.

Parfois, ça nous venait en rafale dans l’avant d’un sommeil en mal de constitution, parfois c’étaient de longs jours plats d’une inquiétante stérilité et qui empêchaient tout jaillissement ternaire. Toutefois, nous avions beau nous étonner ou nous désespérer, la confiance que la chose reviendrait sans crier gare ne nous lâchait pas. C’était notre gage de survie dans une existence souffrant le noir le plus absolu d’une pathologie en quête de grâce céleste.

Cependant, qu’on ne s’y méprenne pas : ces monstruosités et sagesses minuscules ne témoignent d’aucune solennité testamentaire. Le péremptoire et le définitif sont hors de propos. A y regarder de près, c’est l’improbable et la fragilité qui dominent dans ces variations intimes, extimes et parfois infimes du moi. Loin de fixer les choses, nos mots les inscrivent dans un décor de brume flottante et de moindre clarté. Mais si nous cultivons l’évanescent, il peut arriver que le dur tire à bout portant sur la monstruosité du monde. Le sourire importe autant que les armes. Mais l’interrogation est préférée aux certitudes, l’amour adulé plus que la peur.

Puissent ces petites bulles de mots jouir de la jouissance même du lecteur, sachant qu’il devra parfois s’y arrêter longuement avant d’en saisir le reflet irisé, car le ressassement par la lecture peut seul rejoindre le ressassement qui permit leur mise au jour. Ainsi seront probablement restitués à l’esprit de petits bonheurs enfouis, si tant est que cet esprit veuille bien chercher le point où tout se rencontre, se mue en éclat et s’éparpille en fine poussière d’eau.

Juillet 2017

 

24 juillet 2017

Brèves de plaisanterie

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 8:40

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C’est la fin des brèves.

L’auteur ayant le sentiment de se répéter a choisi de surseoir à toute prolongation de ces brèves,

lesquelles feront l’objet d’un livre,

si Dieu le veut.

17 juillet 2017

Brève de plaisanterie (462 et dernière)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:45

Homme-qui-marche

Plutôt qu’à habiter cherche

à marcher Plutôt qu’à marcher

cherche à vivre

16 juillet 2017

Brève de plaisanterie (461)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:31

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*

Sirène hors née d’un pays d’O

Brasier d’amour brisant la haine

Venus O nue anadyomène 

Brève de plaisanterie (460)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:26

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Le jour où tu sortiras du monde

Le monde ne sortira pas de lui-même

Comme si ton rien n’était 

 

 

13 juillet 2017

Brève de plaisanterie (459)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 11:39

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Qui te néglige aujourd’hui

Qui te méprise ou te hait

Jouera ta mort à te rendre vivant 

12 juillet 2017

Brève de plaisanterie (458)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 7:23

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A toi qui ne m’entends  ni mes peines de chair

Ni mes langueurs désespérées 

Ni sous tes pieds mes mots de sueur et de sang

 

Brève de plaisanterie (457)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 7:21

richard johnson

( Richard Johnson)

*

Heureux les yeux qui te boivent

Les mains qui te lèchent 

Les lèvres suçant tes cris

 

 

 

11 juillet 2017

Les assassins sont parmi nous

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 6:31

 

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Histoire d’un paradoxe

Récemment, je me suis fendu d’un commentaire sur le site intitulé «  Sur les pratiques d’un éditeur » (voir ICI) dans lequel je disais tout le mal que je pensais des Éditions Parenthèses, non pas que je souhaitais régler des comptes (alors que j’en aurais amplement les droits) mais d’un point de vue plus général pour ouvrir les yeux des Arméniens sur le paradoxe qui consiste à prétendre agir, en l’occurrence par les livres, au bénéfice la culture arménienne alors qu’en vérité ce genre d’activité « honorable » se retourne contre elle. Au lecteur d’en juger.

« Ce qu’on oublie de dire en évoquant les déboires des traducteurs de l’arménien vers le français avec un tel éditeur qui prétend défendre la culture arménienne alors qu’il ne fait que l’exploiter, c’est que ces traducteurs ne souhaitant plus renouveler une aussi humiliante expérience décident de ne plus rien traduire. En ce sens, les pratiques de cet éditeur desservent la culture arménienne. Or, aujourd’hui, on le constate, les traducteurs littéraires de l’arménien vers le français en France sont devenus rares sinon inexistants. Et la littérature arménienne contemporaine reste confinée à l’Arménie faute d’ouverture sur le monde par le truchement de traducteurs compétents. Merci aux Éditions Parenthèses et à son directeur, fossoyeur émérite de notre culture.
J’ajoute, pour compléter le tableau, que j’ai travaillé avec trois éditeurs dits « arméniens » ( sur quatre ou cinq, la notion d’éditeur chez les Arméniens ne correspondant pas exactement à ce qui se fait ailleurs). Avec ces trois éditeurs, les déboires n’ont pas manqué, selon des modalités différentes, sachant que tous se montrent des défenseurs de la culture arménienne alors qu’ils ne défendent que leur business. Je ne jette pas la pierre sur tous uniformément. Car il leur faut défendre à la fois un bien immatériel (la culture arménienne) et un équilibre commercial dans un contexte où le lectorat arménien s’amenuise de plus en plus, n’ayant pas été porté par les maisons dites de la culture arménienne, souvent transformées en relais de la mémoire historique et rien d’autre. Or la culture, ce n’est pas que la mémoire. Mais l’importance accordée à la mémoire s’est faite au détriment de la culture. C’est d’autant plus « naturel » qu’il est plus facile de parler de la chose passée que d’inventer un avenir à la faveur de vrais débats sur les valeurs dites arméniennes, lesquelles, autre paradoxe, peuvent aussi faire souffrir les Arméniens qui en sont victimes. »

 

 

Voilà. Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous. Et pourtant, c’est l’agonie de la diaspora arménienne de France qui se profile ici.

La part de l’argent

D’ailleurs, il faudrait mesurer chez les éditeurs dits arméniens la part qui revient à l’argent, celle qui repose sur la mémoire et celle qui ressortit au débat culturel, à l’actualité de la culture vivante, la culture prolongeant la mémoire et souvent en la combattant, ne serait-ce qu’en rétablissant la vérité des faits contre une histoire honteusement légendée qui fourvoie forcément les hommes du présent. Dès lors on verrait que le parent pauvre de cette trilogie serait immanquablement la culture, tandis que l’argent et la mémoire s’y taillent la part la plus substantielle. Notons au passage, qu’un éditeur courageux qui oserait aller à l’encontre des idées établies ne pourrait pas tenir longtemps la route, les lecteurs arméniens n’aimant pas qu’on les brosse à contre-poil. (Dans ce sens, je dois saluer au passage la lucidité des Éditions Sigest qui ont osé publier un de mes livres iconoclastes qui ressortissent à la littérature dite gênante: Arménie, la Croix et la bannière, avec l’immense succès qu’on peut imaginer).

Concernant la part de l’argent, comme chacun ne le sait pas, nos éditeurs arméniens, de tous bords, ne prennent jamais la peine de prévoir la rémunération destinée à l’auteur ou au traducteur. Cette rémunération comprend un vaste éventail de possibles avantageux pour leurs comptes ; cela débute avec des promesses flatteuses équivalant au final à zéro euro et peut monter péniblement jusqu’à la somme symbolique de 100, les Éditions Parenthèses préférant payer ses esclaves en exemplaires tout chauds sortis du four à imprimerie comme on offirait des croissants à ses cochons. Ainsi, pour quatre années de labeur acharné sur l’Anthologie de la poésie arménienne, Stéphane Juranics aura bénéficié de 4 exemplaires reçus sans frais à son domicile. Soit un livre par année consacrée à la mise au net des traductions. D’autres auteurs et traducteurs d’origine arménienne ont fait l’amère expérience de cette rémunération humiliante devenue coutumière dans cette maison qui par ailleurs fonctionne grâce à de grasses subventions obtenues soit auprès du Centre National du Livre, soit de la Région, soit d’autres organismes. Bref que du bénef… Quand on songe, par exemple à la passion que met un traducteur arménien dans son travail pour aboutir à un livre qui soit à la hauteur de ses exigences, et à la douche froide que lui envoie l’éditeur par la poste sous la forme de ces quatre exemplaires, on se dit que le cynisme n’a d’égal que le mépris qui l’anime. Et comme le traducteur a sué sang et eau avec le devoir de servir selon sa vocation la cause culturelle de la nation arménienne, on peut affirmer que les pratiques d’un tel éditeur arménien équivalent à cracher sur tous les Arméniens. Certes, cela ne se voit pas, cela ne s’entend pas, cela n’est pas public, mais cela contribue à la dégradation de la diaspora arménienne, d’une manière ou d’une autre, de près ou de loin. Pour preuve, comme je le disais plus haut, aujourd’hui, les traducteurs qui ont eu le malheur de passer dans la machine à broyer des Éditions Parenthèses ne souhaitent plus se donner la peine de traduire des œuvres arméniennes. Et de fil en aiguille, pareil découragement finit par gagner les traducteurs en herbe, s’il en est, au point que leur rareté aujourd’hui conduit immanquablement à une forme de désertification culturelle au regard des chefs-d’œuvre de notre littérature qui mériteraient de sortir de nos frontières. De la sorte, on serait tenté de dire que les alliés conjoncturels du génocide, compte tenu des dommages collatéraux qu’il suppose, résident parmi nous les Arméniens car ils sont arméniens. Qu’on se le dise.

En 2010, les Éditions Parenthèses font paraître, sous la plume du traducteur Léon Ketchoyan, avec une préface de Krikor Beledian , un livre de Yervant Odian. La traduction exacte en français du titre original de ce livre aurait dû être Années maudites, pour restituer le titre arménien [Anidzial darinér]. Or, quelle ne fut pas la surprise du traducteur, recevant ses quatre fameux exemplaires pour tout salaire, de découvrir que l’éditeur avait pris sur lui de transformer le titre original en Journal de déportation. J’ai énuméré en son temps les réticences que m’inspirait une telle manipulation pour le moins illégitime et en tout cas saugrenue (voir ICI). De fait, il ne faut pas être très sorcier pour penser que l’éditeur a agi plus en boutiquier qu’en acteur culturel, Années maudites étant trop négativement connoté pour allécher le client, tandis que Journal de déportation permettait de ratisser large en intéressant d’autres communautés ayant subi les affres de l’exil forcé. Où l’on voit donc que la part de l’argent est venue, dans cet exemple, déborder sur la part du culturel au détriment du strict respect d’une œuvre et de son auteur. Où l’on voit aussi que cet éditeur sans scrupule n’a de respect pour rien, ni pour le traducteur, ni pour l’auteur, ni même pour le lecteur qui sera amené à penser que Yervant Odian aura écrit deux livres sur son expérience du bannissement : Années maudites et Journal de déportation. En somme, manque de respect pour la vérité et manque de respect pour le peuple arménien. Au passage, remarquons que les spécialistes de la littérature arménienne de cette période ne se sont guère insurgés contre pareille falsification de la part d’un éditeur qu’ils ne souhaitaient probablement pas froisser au point de mettre en doute son professionnalisme.

La part de la culture

A la réflexion, la culture fait peur, surtout à ceux qui en sont dépourvus. Le propre de la culture, étant de remettre en cause la culture, surtout parmi les esprits, assis dans leurs certitudes et atteints par la sclérose des coutumes ordinaires, qui ne respirent que l’air délétère d’un passé vicié dans son contenu. En ce sens, et comme je l’ai toujours dit et même martelé, les Arméniens de la diaspora, en misant sur la reconstitution et l’adoration d’une époque révolue et d’un lieu déserté dont ils ont été violemment arrachés ont plongé tête baissée dans le piège tendu aux survivants par le génocide à savoir une nostalgie teintée de passéisme revendicatif au détriment d’une recherche de refondation culturelle par les valeurs arméniennes, au risque de les passer au crible d’une analyse critique permanente. Mais non. Au contraire, les acteurs de la culture arménienne n’ont rien fait d’autre que de se complaire dans le ressassement, la commémoration et la mort respectivement par des livres rappelant le paradis perdu, par des défilés et autres anniversaires de leurs défaites, par l’érection de khatchar ici ou là.

Dans ce sens, les directeurs de nos maisons dites de la culture arménienne n’auront jamais été que les pantins du passé pour la bonne et simple raison qu’ils ont été formatés depuis leur enfance par les slogans d’une culture nationaliste, de l’ordre de celle qui s’extasie devant Geghard parce qu’elle ignore Petra et le travail des Nabatéens. De fait, l’état de la culture dans la diaspora arménienne serait du même ordre en France si par exemple le Front National avait la mainmise sur l’ensemble de la production cinématographique, depuis la réalisation des films jusqu’à la gestion des salles de projection. Ou pour prendre l’exemple de l’information radiophonique, si ce même parti gérait Radio-France. Or, ce que les Arméniens de France n’admettraient pas pour la France, ils l’autorisent chez eux. On me dira, que mieux vaut le pire que rien du tout. Et moi je dis mieux vaut le rien que le pire. Car le pire peut conduire à l’abîme alors que le rien pousse à l’inventivité.

Les sauveurs improvisés

Il faut dire que l’après-génocide a fait naître nombre de « vocations » chez les Arméniens ordinaires prenant prétexte qu’il était urgent de sortir du naufrage pour en réalité se faire valoir comme sauveurs de la nation. Certains qui exerçaient des métiers de première nécessité se sont même improvisés écrivains en relatant dans des écrits hybrides des mémoires de famille mâtinées de réflexions historiques de très haute tenue. Les Arméniens se permettent tout, les Arméniens osent tout pourvu qu’ils participent, fût-ce partiellement, à la réparation des dommages causés par le génocide. C’est ainsi qu’on a vu des profanes (femmes au foyer en mal de reconversion, commerçants gestionnaires, prêtres sans formation pédagogique) se lancer dans l’administration d’une école avec une passion d’autant plus pathétique qu’elle serait même parvenue à produire des réussites aussi admirables qu’elles étaient sans lendemain. Qu’importe, me direz-vous. L’essentiel n’est-il pas de semer ? Mais semer quoi ? Là est toute la question. Dans l’urgence, ces bénévoles du SAMU national sont loin d’être arrêtés par les limites de leur incompétence étant donné qu’ils ne font rien d’autre que d’occuper une place vacante. C’est que l’Arménie, depuis le génocide, a horreur du vide. Il faut dire que dans le domaine de l’éducation, les vrais professionnels d’origine arménienne ne se sont guère attardés à servir une communauté sinistrée qui n’aurait pas eu de quoi les rémunérer à la hauteur de leurs diplômes. Ils se sont empressés de travailler dans des institutions françaises établies, raisonnées et capables de répondre au niveau d’exigence que supposait leur profil professionnel. De la sorte, les écoles dites arméniennes ont été la proie d’amateurs de bonne volonté mais que ne pouvait pas soutenir un esprit nourri de culture pédagogique et universelle. En effet, quand la culture n’alimente pas le savoir-faire, le fruit n’arrive pas à maturité. En l’occurrence, s’obstiner à privilégier exclusivement un arménien (l’arménien occidental) voué à une dégradation inéluctable en repoussant l’arménien vivant (l’arménien oriental), c’est justement miser sur la mémoire et la revanche aux dépens de ce qui existe ici et maintenant à savoir l’Arménie vivante. C’est dire que la diaspora ne s’est toujours pas réveillée du traumatisme génocidaire tant elle s’obstine depuis un siècle à vouloir réveiller ses morts. Pour ce qui est de la langue, elle oublie qu’une langue ça se vit, qu’elle permet la circulation des mots et des idées, qu’elle s’enrichit sans cesse par frottement et confrontation, et surtout qu’elle doit être ancrée sur une terre donnée. C’est alors qu’elle « prend ». Quand cette terre fait défaut, que la langue devient affaire de volonté « idéologique», qu’elle n’a pas de lieu où être mise en circulation, que lui manque l’opportunité de s’enrichir par un usage quotidien, alors cette langue se perd. Les élèves du collège de Sèvres en savent quelque chose qui sitôt entrés dans la vie active se sont empressés d’oublier « leur» langue. Car les vartabed du collège, malgré leur bonne volonté, roulaient sur la routine du salut par la langue alors que leur idéal national ne reposait sur aucun pragmatisme à long terme. Ils avaient le culte de la nation, soucieux de combler le vide produit par le mal génocidaire, ils n’avaient pas la culture qui aurait permis aux jeunes Arméniens que nous étions de recouvrer notre humanité. Aujourd’hui ceux qui s’obstinent à enseigner l’arménien occidental ne savent pas dire à leurs élèves pourquoi ils doivent apprendre une langue qu’ils ne pratiqueront jamais. Pour exemple, ces élèves n’ont qu’une idée une fois leur pensum accompli, c’est de rejeter cette chose inutile pour leur vie professionnelle. On aurait espéré que certains deviendraient des traducteurs vers le français, mais personne ne leur a fait valoir que la traduction était un moyen de donner vie à la culture arménienne. C’est que justement leurs pédagogues n’ont jamais eu d’autre souci que celui de sauver le passé alors qu’il leur fallait sauver l’avenir. Cet avenir, je l’aurais vu ainsi. Des adolescents qui savent précisément que la langue qu’ils apprennent se parlent en Arménie. Des adolescents qui parcourent à pied le pays, qui rencontrent la chair vive du peuple arménien, communiquent, partagent, festoient avec lui. Dès lors, la langue serait devenue un pont. Dès lors, elle aurait trouvé un ancrage dans une terre et un peuple, inscrite dans une culture, produisant de l’émerveillement et établissant des liens entre Arméniens d’Arménie et Arméniens de la diaspora. Quelque chose de l’avenir par la langue prendrait forme. Hélas, le Ari doun officiel du ministère de la diaspora n’est qu’une connexion artificielle, exaltée et temporaire entre l’Arménie et des adolescents qui passent ici leurs vacances comme ils les passeraient ailleurs. Pourquoi ? Parce que le ministère de la diaspora en Arménie est tenu par des technocrates que nourrit seule une culture du tape-à-l’œil, sinon de l’urgence nationale sans lien avec toute culture universelle. Programmer des adolescents pour en faire de bons Arméniens, c’est négliger d’en faire des hommes. Or la démocratie en Arménie a surtout besoin d’hommes, non de robots fascistes.

Le défaut d’humanisme

Mon lecteur commence à entrevoir des choses, mais cette notion de culture universelle, il ne la capte pas trop. Forcément. La culture universelle a du mal à pénétrer dans un esprit pétri de culture nationale. Et les Arméniens se sont bouchés les trous et autres émonctoires de peur que le ronron commémorationniste et nationaliste ne s’échappe de leur esprit au point qu’ils se trouveraient soudainement perdus dans une obscurité sans repère. La culture universelle fait peur à la culture nationale, car elle oblige à la relativisation. Elle obligerait les Arméniens, pour revenir à notre exemple plus haut, à mettre Petra au-dessus de Gerhard, probablement à réduire Barouïr Sevag à un faiseur de mots, savant et professoral, plutôt qu’à un poète inspiré, comme on le croit quand on n’ose pas le mettre en situation de confrontation avec les grands noms de la littérature universelle, si tant est que ce Tarzan des mots puisse au-delà de ses cris pathétiques « parler » à d’autres autres hommes qu’à des Arméniens.

Pour en revenir aux éditeurs, qu’ils soient d’Arménie ou de France (puisque nous sommes de France), force est de reconnaître qu’ils sont soit dans l’argent soit dans le commémoratif mais pas dans l’humanisme universel, de celui qui nourrit le livre et lui donne une vocation de vérité et de contestation. Les Arméniens qui se définissent par la haine du Turc avec l’aveugle tendance à les mettre tous dans le même sac de bourreaux devraient plutôt réviser leur jugement à l’emporte-pièce et reconnaître qu’il n’y a pas chez eux l’équivalent d’un Ragib Zarakolu, loin de là. Ragib Zarakolu publie à contre-courant des grandes haines fascistes et des puissantes falsifications de l’histoire qui parcourent le pays, au risque d’aller en prison, comme cela lui est déjà arrivé. On m’objectera que cette conduite est d’autant plus normale que les Arméniens n’ont rien à contester étant donné qu’ils sont dans le Droit alors que les Turcs sont dans le déni. Certes, mais ni durant l’époque soviétique qui a vu fleurir en Russie et ailleurs les dissidents, ni durant les mandats de Kotcharian et de Sarkissian qui se sont illustrés par des fraudes massives, on a vu naître en Arménie ou en France un éditeur arménien de la dimension d’un Ragib Zarakolu. Je veux dire que le climat délétère s’y prêtait, et s’y prête encore, d’autant que dans le domaine des droits de l’homme et de la transparence de la vie politique des figures comme celles de la regrettée Amalia Kostanian et de Hranouch Kharatian suffiraient à montrer qu’il y avait et qu’il y a toujours en Arménie matière à défendre l’homme contre l’effondrement de la raison démocratique. Est-ce à dire que les Arméniens qui n’ont que les mots ou expression « mon frère » ou «  tsavet danem » (« je prends ton mal ») à la bouche sont de piètres représentants de l’humanisme universel ? Faut-il croire que les Turcs tant décriés sont meilleurs en la matière, surtout parmi les intellectuels ? D’ailleurs, les pseudo écrivains, tant d’Arménie que de la diaspora, qui ne pensent qu’à leur pomme plutôt qu’à se mêler de ce qui les regarde quant au détournement de la démocratie au profit de quelques-uns, qui affichent sans honte un désengagement d’esthète au regard des injustices qui humilient les plus oubliés des Arméniens, loin de faire le poids auprès de ces femmes admirables, constituent une caste de beaux parleurs et de trouillards patentés, incapables de mettre une once de culture compassionnelle dans leurs livres ou dans leur vie pour faire sortir de l’ombre ceux qui subissent le fléau d’une corruption généralisée. Dans ce domaine non plus, les Arméniens n’ont pas l’équivalent d’une Asli Erdogan, d’un Oran Pamuk ou autres. Voilà bien pourquoi la société civile turque donne l’impression d’être un tissu vivant en constante ébullition alors que les Arméniens croupissent dans la résignation, la complaisance et pour tout dire la complicité. Si les soubresauts d’indignation qui traversent de temps en temps le pays ne sont soutenus par aucun éditeur, c’est bien que l’édition arménienne ignore l’indignation et qu’elle s’est donnée pour toute philosophie une sorte d’éthique de la prudence, de l’attentisme et pour tout dire de la passivité. Les poèmes enflammés qui émaillent ici ou là les anthologies ont beau éclater comme des cris d’étouffement, ils ne sont qu’un assemblage de mots enfermés dans un livre, autant dire de cadavres dans un cercueil, tant que leurs auteurs n’assimileront leurs écrits à un programme de combat pour plus de liberté et de vérité.

Pour finir sur le gestionnaire de cette maison du livre arménien, on n’en pourrait dire moins sinon qu’il ne vaudra jamais d’atteindre le niveau d’engagement d’un Turc comme Ragib Zarakolu. Là où un humaniste turc risque sa vie chaque jour en milieu hostile, notre boutiquier arménien veille sur ses plans comptables. Voilà pourquoi, j’ai une bonne raison de dormir sur mes deux oreilles, heureux et fier d’être un Arménien qui attend avec impatience d’être réveillé le jour où cette maison close sera récompensée soit par les aveugles de notre diaspora, soit par les bavards de notre Arménie, pour services rendus à la nation. Chez les Arméniens tout arrive, même le pire. En l’occurrence, ce pire serait l’extinction inéluctable de la diaspora arménienne, comme acte final du génocide.

Denis Donikian

8 juillet 2017

Brève de plaisanterie (456)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:43

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*

L’impétrant de sa main m’a fouillée

Amant qui courtisait mes sucs

Nés dans les profondeurs de mon excitation

 

7 juillet 2017

Brève de plaisanterie (455)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:36

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Soit la Grâce accordée à qui

Une fois seule en sa vie

Aura sauvé un être du néant 

Brèves de plaisanterie (454)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:34

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*

Heureux les insensés d’une heure ou d’un jour

Dans une vie longue et lente assujettie 

Aux ordres d’une Église d’une raison ou d’une morale  

 

 

 

Brève de plaisanterie (453)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:33

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*

Que peuvent l’ordre et la morale

Quand le fauve en nous démoniaque

Rompt les murs et court à son plaisir

 

 

Brève de plaisanterie (452)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 1:08

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*

Méditer n’est pas contracter

Au risque de constiper le souffle

Mais libérer les pores et les portes

Brève de plaisanterie (451)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 1:07

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*

Le vulgaire œuvre à son avantage

N’a d’affection que pour soi

Pour sagesse que sa jouissance

 

 

Brève de plaisanterie (450)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 1:05

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*

Ils savent qu’ils s’empoisonnent 

Pourvu qu’ils en jouissent

Les citoyens du sucre du sel et de la fumée

 

 

Brèves de plaisanterie (449)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 1:02

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( Elie Wiesel )

*

Dans la déraison et la peur ils étaient

Parqués bestialisés tués en leur humanité

Et nul ange ne les sauverait des démons et des chiens 

 

 

 

6 juillet 2017

Brève de plaisanterie (448)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:47

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(Joel-robison-surrealiste-lit-volant)

*

Vers toi je vais Grand Veymont

Je respire à vue ta  pierre haute et pure

Et mon lit d’hôpital vole au dessus des herbes

Brève de plaisanterie (447)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:46

boxer

*

La soignante infébrile te savonne coquin 

Toi jadis si vaillant aujourd’hui imbécile

Retiré des amours et qu’on lustre à la main

 

 

Brève de plaisanterie (446)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 4:44

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*

De nouveau le labyrinthe blanc

Ses  serres aseptisées

Ses guérisseurs chimistes

 

 

29 juin 2017

DIASPORA, CULOTTES et DRAPEAU

 

ErikJohansson_10 Erik Johansson

(Article de 2014 que nous avons cru bon de rappeler).

*

La vérité, quelle qu’elle soit, est moins terrible que l’ignorance.

Anton Pavlovitch Tchekhov

*

Récemment, des membres d’Education sans Frontières, scandalisés par le traitement que subissent les migrants arméniens de la part du gouvernement français, me demandent de les éclairer sur la situation socio-politique de l’Arménie. Jusque-là, je croyais blanchir nos culottes en famille. Et voilà que d’autres, mais animés d’humanisme, me prenant au mot, viennent me dire que c’est justement le genre de lessive qui les intéresse. Le lecteur peut imaginer mon embarras. Comment faire, me suis-je demandé, pour qu’on évite de prendre mes justes colères pour du dénigrement,  mon esprit critique pour de la trahison, et fustiger le caca arménien sans souiller notre culture ?  Exercice d’autant plus périlleux qu’il me fallait honteusement confesser que des Arméniens, professant une idée de l’Arménie plus éthérée que terre à terre, se demandaient aujourd’hui comment aider les autorités françaises dans leur tâche contre ces migrants qui osent bobarder sur leur pays rien que pour sauver leur peau. C’est que chez nous, héritiers d’un génocide, la haine des autres a muté, dans certains cerveaux racornis, en haine des nôtres. Difficile d’en faire l’aveu. En bref, j’avais à parler de l’Arménie mais sans l’humilier. Et je tenais à affirmer, droits de l’homme obligent, que si des Arméniens cherchaient, comme tout un chacun, à échapper au goulet d’étranglement patriotique, c’est que leur marâtre culture du cynisme ne leur offrait plus d’autre choix. Mais comment éviter la gêne à devoir étaler au grand jour les aberrations politiques du génial peuple arménien, les cruautés aveugles d’un arbitraire à visage démocratique, la complicité par le silence de notre diaspora ? Des problèmes de santé m’auront épargné ces exercices d’acrobatie sans pour autant me mettre à l’abri des questions qui pèsent sur la responsabilité des Arméniens d’ici concernant  le sort des Arméniens de là-bas.

Cependant, et je le sais, ces mots que je dis ne pèseront d’aucun poids sur les vrais décideurs du destin arménien, lesquels n’en feront qu’à leur tête. Faibles mots au regard de ceux qui rusent, qui abusent les gogos et qui minent par l’indifférence toute position contraire à la « doxa armeniaca ». Faibles paroles au regard de la Parole patriotarde, laquelle exige du sang et des larmes au nom de la radieuse Arménie. Mais si mes mots ne font pas mur contre la bêtise, au moins ils ne contribueront pas à salir nos linges de famille.

A l’heure où j’écris ces lignes, la soi-disant diaspora arménienne ( à vrai dire, une poignée de météorologues auto-proclamés du temps arménien, qui vous font acheter du parapluie pour couvrir les plus démunis et vous vendent du ciel radieux quand c’est la tempête) semble animée d’un sursaut critique. Ici ou là, la panique prend forme. L’UGAB et autre fondation multiplient les alarmes sur la dépopulation gravissime de l’Arménie en programmant des réunions dans plusieurs villes du monde ( Beyrouth le 30 janvier, Paris le 3 février, Toronto le 5, NewYork le 6, Los Angeles le 11). Quand je disais que mes mots étaient faibles. Mes alertes lancées il y a plus de dix ans viennent seulement de parvenir aux oreilles de ces messieurs forcés d’exhiber aujourd’hui leur culotte salie après dix années de constipation.

Parallèlement se tiennent à Lyon et à Paris deux tables rondes ( voir ci-dessous) destinées à faire parler des réprésentants de la société civile arménienne. Premier sujet à vous faire bondir un éléphant jusqu’au plafond :  l’Arménie et la diaspora, perspective d’une résistance commune. Il en est donc encore qui y croient ! A quoi ? me demanderez-vous. Mais à la diaspora résistante. (Cette diaspora francisée par amour m’a toujours fait penser, concernant son soutien à la désobéissance civile arménienne, au mot d’Arletty germanisée par la passion boche : « Pas très résistante, Monsieur le juge. ») Mais c’est quoi, la diaspora ? Combien de divisions, la diaspora ? En fait, beaucoup. Faute de divisions militaires, nous avons au moins des divisions communautaires. ( La division communautaire consiste à mettre en commun nos sales culottes pour pratiquer leur déchirement en réunion). Qui donc y croit à cette diaspora ? Et qui n’y croit plus ? Qui la fait et à qui ne la fait-on plus ? Qui la représente et qui subit les manques, les excès, les erreurs de ses représentants ?  C’est toute la question.

Tout d’abord, oui, la diaspora est une entité historique à causes multiples, dont les deux principales tiennent au génocide et  à la débâcle économique de l’Arménie dite indépendante. Or ces deux causes constituent à l’heure actuelle son ferment autour de la reconnaissance et son problème quant au chaos économique.

De fait, force est de reconnaître que l’énergie déployée depuis cinquante ans autour du génocide par la communauté arménienne de France a été phénoménale dans tous les domaines. Pour un témoin comme moi de ces cinquante années, l’activisme des Arméniens de la diaspora destiné à faire connaître le génocide a accusé une courbe exponentielle.  Il a donné lieu à de multiples livres ( scientifiques, thèses, romans, mémoires, BD et autres), manifestations, commémorations, érections de stèles, vocations, engagements, etc.

C’est dire qu’il y a un esprit diasporique orienté essentiellement vers la réparation de la perte. Mais cette conscience du national est en rivalité constante avec les exigences d’une conscience dominante incarnée par le pays d’accueil. C’est dans ce pays que chaque élément de la diaspora a dû apprendre à se refaire et à mobiliser son énergie pour se constituer en tant qu’individu et citoyen. Le combat  est si rude que beaucoup finissent par céder à la culture d’accueil en accordant aux racines juste ce qu’il faut pour ne pas se renier totalement. Ce principe de réalité aura obligé le plus grand nombre à confier à plus conscients que soi le soin de gérer cette réparation de la perte engendrée par le génocide. Et donc tacitement, le soin de nous représenter. En conséquence, la diaspora comprise comme force politique et culturelle n’est devenue l’affaire que de quelques-uns, les plus actifs ou les plus en vue, qui prennent la parole au nom d’une famille historiquement soudée mais minée pas sa dilution. Ainsi quand cette parole dérive ou délire, la collectivité doit la subir. Comme Aznavour disant qu’il se foutait du mot génocide. Concernant la diaspora arménienne de France, dans le fond, elle assume ses tiraillements entre une assimilation à marche forcée et une nostalgie malheureuse, entre un climat général européaniste et un communautarisme identitaire, un mode de vie mimétique et des représentants quasi nationalistes.

Or, ces acteurs de la diaspora, grâce leur soit rendue, ont réussi à faire vivre, contre vents négationnistes et marées antimémorielles, la vérité  du génocide. Ils savent aujourd’hui comment sensibiliser les responsables politiques. Ils alertent sans dissocier le génocide arménien des autres génocides du XXème siècle. Ils soutiennent à bout de bras une langue qui s’asphyxie faute d’usage pour la vivifier . Ils rebondissement à la moindre humiliation. Ils font un travail de fourmi pour que le passé douloureux des Arméniens ne soit pas englouti dans les sables de l’histoire… Certes la perfection n’étant pas arménienne, on assiste ici ou là à des ratés. C’est dire qu’on oublie trop souvent que les résistants les plus engagés contre l’engourdissement de la cause arménienne doivent aussi assumer leur subsistance et que le militantisme à taux plein n’est guère réalisable. Nous resterons toujours des amateurs, mais des amateurs qui en veulent, qui ont la rage de vaincre. (Nous verrons d’ailleurs comment en 2015 chaque Arménien voudra à sa mesure contribuer à faire avancer les revendications arméniennes). N’oublions pas non plus que la nation arménienne est une nation ravagée et qu’elle se bat malgré le poids délirant de cette blessure qui pleure en permanence dans son âme. Et si nos représentants sont sujets à quelques défaillances, c’est qu’elles sont le reflet de notre situation ambiguë comme communauté au sein d’une société française qui a ses exigences propres, à commencer par le devoir d’assimilation et l’impératif économique. Chacun serait mal venu de reprocher à ces représentants d’avoir été élus par des groupuscules plutôt que par l’ensemble de la diaspora pour la bonne raison qu’il ne suffit pas de souhaiter des élections pour réussir à les mettre en place. Dans nos critiques, nous oublions trop facilement que la diaspora est un groupe humain dispersé dans un autre plus grand, plus fort et plus vivant, auquel nous appartenons sans qu’il soit nôtre tout à fait. Et  tandis que l’histoire avance, faute de mieux, la diaspora se doit d’avoir des interlocuteurs capables de défendre dans l’urgence les intérêts des Arméniens. Sans ces individus qui se sont battus, démenés et même sacrifiés, ni Mitterand, ni Chirac, ni Sarkozy et ni Hollande n’auraient pris fait et cause pour nous. Personne n’a le droit de les conspuer même si chacun estime à juste titre que le peuple arménien doit être reconnu dans son humanité pleine et entière et qu’il puisse prospérer sur les terres qui sont actuellement les siennes.

Mais ce déficit démocratique inéluctable en diaspora, dès lors qu’il n’est compensé par aucun mécanisme minimum qui permette la consultation, la contestation ou la discussion franche crée obligatoirement des frustrations, des défiances ou mêmes des indifférences à l’égard de la chose arménienne.  En d’autres termes, il n’est pas abusif d’exiger des comptes de ces représentants, alors qu’aujourd’hui il semblerait que les garde-fous soient totalement absents et que nos chefs s’inventent une conduite patriotique au gré de conciliabules sélectifs pour pondre du communiqué, monter de la commémoration, ou lancer de l’anathème. C’est que nos pitbulls ont de la revanche à revendre et savent montrer les dents au moindre manquement démocratique constaté par l’Etat turc. Il arrive même qu’ils pètent les plombs quand on touche à leur génocide ( voir les hystéries devant Sarkissian sous la statue de Komitas au temps des protocoles en octobre 2009). Mais jamais on ne les a entendus grogner, la bave aux lèvres, jamais ils ne se sont fendus d’un communiqué pour dénoncer les abus du pouvoir arménien et prendre faits et causes pour la société civile. Réclamer à cor et à cri la démocratie chez les autres, mais surtout éviter de l’exiger chez nous. De cette philosophie de l’enfumage il ressort qu’on prend bien garde de ne pas toucher à l’intouchable caca arménien. Ah ça non ! Ça jamais ! Au drapeau les chefs ! Larme à l’œil et main sur le cœur ! Alors que déborde la contestation en Arménie même, qu’elle génére des dégâts irréversibles en termes de démographie, nos assis jouent la prudence, la grande histoire, l’éternelle Arménie et obtiennent… une pauvreté qui s’appauvrit, une république poutinisée, un population qui s’exile par le corps et en esprit. Ce silence de rigueur a permis à l’Etat arménien d’avoir les coudées franches dans les décisions cruciales intéressant la diaspora au premier chef, comme celles relatives aux protocoles arméno-turcs.  Nos chefs croyaient respecter le gouvernement Sarkissian en faisant les autruches sur ses dérives autoritaires, et Sarkissian les a remerciés en ne les consultant pas. C’était dire à la diaspora que la diaspora n’existait pas comme entité politique, seulement comme manne financière.  Ainsi donc, aujourd’hui, le bilan est lourd. La soumission par le mutisme de nos représentants aux dirigeants du pays affiche un bilan de catastrophe national. Et faute de mieux, ce sont ces personnes qui seront une fois de plus reconduites pour perpétuer le désert de confiance qui gagne l’Arménie et même la diaspora.

L’ambiguïté qui caractérise le statut de nos « chefs » peut en étonner plus d’un. A y regarder de près, chacun d’eux est animé par un conflit d’intérêts. Quand parler au nom de la diaspora vient en concurrence avec un intérêt de parti, un intérêt d’affaires ou un intérêt de carrière, c’est toujours le langage de la vérité qui passe à la trappe. Aujourd’hui, le peuple diasporique arménien voit bien que dans son juste combat pour la reconnaissance on lui a fait oublier le combat pour la survie démocratique de l’Arménie. Or, si ses dirigeants ne les ont pas suffisamment alertés, c’est bien qu’ils avaient un intérêt de parti, d’affaires ou de carrière à ménager ceux qui ont fourvoyé le pays dans cette impasse. Et comme les intérêts sont tenaces, nos chefs continueront à nous aveugler de génocide par-ci, de loi antinégationniste par-là pendant que les Arméniens d’Arménie vivront impuissants le délitement de leur âme et de leur pays.

Ainsi donc, demander aux représentants de la diaspora de soutenir les mouvements civiques d’Arménie, c’est comme demander au président Sarkissian de leur ouvrir les portes de son cabinet secret.

 Mais on peut toujours essayer. « Il ne suffit pas de violer Euterpe, disait Stravinsky, encore faut-il lui faire un enfant. »

Denis Donikian

*

—–

Tables rondes entre de jeunes journalistes politologues d’Erévan et la diaspora arménienne de France.

Les tables rondes auront lieu :

  • à Lyon : à l’Université catholique (25 rue du Plat 69002 Lyon), jeudi 30 janvier de 19h00 à 23h00, dans l’amphi Buret,

  • à Paris : à l’INALCO, samedi 1er février de 15h00 à 19h00, dans l’amphi VI.

Il nous semblé nécessaire de donner la parole à ces jeunes qui représentent ce qu’on peut appeler la nouvelle société civile émergente arménienne. Ils font partie des mouvements des Droits de l’Homme et écologistes. Ils s’inscrivent dans une forme de résistance face au pouvoir oligarchique.

Au moment où toutes les diasporas sont mobilisées pour commémorer le Centenaire du génocide, la jeune République d’Arménie est arrivée à un tournant dangereux de son évolution.

Plusieurs phénomènes contribuent à cette situation :

l’émigration, voire la dépopulation des forces vives de la nation ;

  • le désengagement de la diaspora depuis 2008 ;

  • l’enclavement du pays ;

  • etc…

Ces jeunes ne comprennent pas notre désengagement. Ils veulent redéfinir une nouvelle dynamique partenariale sur la base de valeurs partagées.

Dans ce contexte, il semble urgent de rétablir une relation de confiance.

C’est le sens de cette initiative : donner la parole à ces jeunes et susciter un débat entre nous, aujourd’hui proche du point zéro.

Trois thématiques seront abordées :

1.       L’ARMENIE ET LA DIASPORA

Perspectives d’une résistance commune

2.       ARMENIE : RENVERSEMENT OU EFFONDREMENT

o   Les choix d’orientation et les perspectives de développement dans la région

o   Le bras de fer Union eurasienne/Union européenne

o   Faut-il ouvrir la frontière entre l’Arménie et la Turquie ?

3.       LA REPUBLIQUE DU HAUT-KARABAGH

Second Etat arménien / second souffle

Le groupe de réflexion d’Erévan sera représenté par

Nazénie Garibian, directrice de recherche au Madénataran ;

  • Olya Azatyan, politologue ;

  • Hakob Badalyan, journaliste politologue ;

  • Artur Avtandilyan, politologue ;

  • Modératrice : Zara Nazarian, fondatrice du site internet Le Courrier d’Erévan, responsable de la francophonie en Arménie et journaliste aux Nouvelles d’Arménie Magazine.

Brèves de plaisanterie (445)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 5:20

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Quand la vie ne sera plus la vie

Avec ses maux à la con et ses mots à la con

Alors le rien laissera place au tout

27 juin 2017

Brèves de plaisanterie (444)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:39

Gina Pane, Action Psych

(Gina Pane, Action Psych)

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Heureux les bons qui croient te lire

Tes chemins de croix et de cris

Échouent sur leurs dentelles 

 

Brèves de plaisanterie (443)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:38

Antoni Arissa (1900 - 1980)

(Antoni Arissa (1900 – 1980)).

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L’écrivain dit qu’il sera lu

Le jour où son lecteur

Saura mieux s’entendre avec lui-même 

 

 

Brèves de plaisanterie (442)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:35

Rurik DMITRIENKO

(Rurik DMITRIENKO)

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Le lumineux met au jour nos propres ombres

Soit les dissout ou les renforce

Soit nous éclaire ou nous obscurcit 

 

 

 

 

 

 

Brèves de plaisanterie (441)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:33

Heinz Loew 1927 1928

(Heinz Loew. 1927-1928)

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Quoi qu’il fasse le trop lisant

Toujours s’abîmera dans les livres

Chercher le met hors du vivant

 

 

 

 

Brèves de plaisanterie (440)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:42

Zinovy Shegelman

(Zinovy Shegelman)

*

Ces malheureux qui côtoient ton malheur

Ils t’ignorent et tu les ignores aussi

A quoi cherchez-vous à survivre

 

 

 

 

Brèves de plaisanterie (439)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:37

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*

Pas d’autre vin à boire

Que l’art aberrant de la durée

Le jour qui vient le jour qui tue

 

 

 

Brèves de plaisanterie (438)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:36

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*

Mes écrits puisent des grâces

Dans les mots qui surviennent

Parmi les maux du monde

 

 

Brèves de plaisanterie (437)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:33

http-::livaniana.tumblr.com

(http-//livaniana.tumblr.com)

*

N’ai pas la volonté de qui me conduit moi-même

Préfèrant être en songe avec mon chat

Qu’exhorter au combat un  bataillon d’assujettis

 

 

 

Brèves de plaisanterie (436)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:30

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+

Heureux du sourire qui t’a aimé

Et maintenant que tu es dans les chaînes 

Cette joie de jadis te survit

 

 

Brèves de plaisanterie (435)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:28

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*

Me voici au cœur du labyrinthe blanc

Si loin perdus les arbres verts

Si loin et si obscure la sortie vers

 

 

 

25 juin 2017

Ce qui arrive dans votre corps 30 mn après avoir bu un Coca

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 10:37

Unknown

 Lien de l’article : Santé Nature innovation

18/02/2013

5 Stars (note moyenne: 5,0 / 5)

Soleil, chaleur, gorge sèche. Votre main se referme sur la canette en fer-blanc, glacée, et constellée de petites gouttes d’eau. Vous faites pivoter l’anneau du couvercle… « Pshhht ! », c’est le soulagement. Le liquide pétillant s’écoule à flots dans votre gorge. Le gaz carbonique vous monte au nez,vous fait pleurer, mais c’est si bon ! Et pourtant…

Une dizaine de minutes plus tard

La canette vide, vous avez avalé l’équivalent de 7 morceaux de sucre ! [1] En principe, vous devriez vomir d’écœurement [2] Mais l‘acide phosphorique contenu dans la boisson gazeuse masque le sucre par un goût acidulé, donnant ainsi l’illusion de désaltérer. [3]

Après une vingtaine de minutes

Votre taux de sucre sanguin augmente brutalement, mettant une première fois votre organisme à l’épreuve.Votre pancréas s’emballe, sécrète de l’insuline en masse. Celle-ci est malgré tout vitale, elle seule peut permettre de transformer l’énorme surplus de sucre que vous avez dans le sang en graisse, ce que votre corps est mieux capable de supporter. En effet, il peut stocker la graisse, certes, sous forme de bourrelets disgracieux, mais provisoirement inoffensifs, tandis que le glucose est pour lui un poison mortel lorsqu’il est en haute dose dans le sang. Seul le foie est capable de stocker le glucose mais sa capacité est très limitée.

Après une quarantaine de minutes

La grande quantité de caféine présente dans le Coca est entièrement absorbée par votre corps. Elle dilate vos pupilles et fait monter votre pression sanguine. Au même moment, les stocks de sucre dans votre foie saturent, ce qui provoque le rejet du sucre dans votre sang.

Après ¾ d’heure

Votre corps se met à produire plus de dopamine. Il s’agit d’une hormone qui stimule le « centre du plaisir » dans le cerveau. Notez que la même réaction se produirait si vous preniez de l’héroïne. Et ce n’est pas le seul point commun entre le sucre et les drogues. Le sucre peut également provoquer une dépendance. A tel point qu’une étude a démontré que le sucre était plus addictif que la cocaïne. [4] Ce n’est donc pas un hasard si « l’accro » qui s’apprête à boire son Coca est aussi fébrile qu’un narcomane en manque. 

Après 1 heure

Vous entrez en chute de sucre (hypoglycémie), et votre niveau d’énergie, aussi bien physique que mental, s’effondre. Pour éviter cette cascade de catastrophes, la seule véritable solution est de boire de l’eau. 

« Je ne suis pas une plante verte ! »

 

Il est difficile de se remettre à boire de l’eau quand on s’est habitué pendant des années à des boissons sucrées ou du moins composées (café, thé, vin, bière…). On croit ne plus pouvoir se contenter du goût fade de l’eau. « Je ne suis pas une plante verte ! » ; « L’eau, c’est pour les bains de pied ! » s’amuse-t-on à dire à table en empoignant la bouteille de vin rouge. En réalité, le mal est souvent plus profond qu’une affaire de goût.

Les personnes qui rechignent à boire de l’eau sont souvent des personnes qui n’ont pas vraiment soif. Et si elles n’ont pas soif, c’est parce que, généralement, elles manquent d’exercice physique. Lorsque vous avez bien transpiré, au travail ou au sport, boire plusieurs verres d’eau n’est pas seulement une nécessité – c’est un suprême plaisir. Ma prévenante maman m’avait inscrit avec mon grand frère dans un club de judo. Nous étions quarante garnements dans une salle municipale de 30 mètres carrés éclairée au néon et garnie de tatamis, qui n’était aérée que par un étroit vasistas.

Après un intense échauffement où nous devions sauter, courir, puis faire des séries de pompes et d’abdominaux, le professeur nous faisait enchaîner les prises, combats debout et au sol, avant de terminer (c’était le meilleur moment !) par une grande bataille de « petits chevaux » où, monté sur le dos d’un camarade, il fallait précipiter les autres par-terre. A la fin du cours, rouges, soufflants, suants, nous nous élancions vers les vestiaires où se trouvaient, au dessus de grandes vasques attenantes aux urinoirs, des robinets-poussoirs d’où sortait de l’eau chaude mais, en ces moments, si savoureuse !

L’affreuse odeur des latrines n’empêchait aucun d’entre nous de s’en remplir l’estomac avec délice. Les plus pressés appliquaient directement leur bouche sur le robinet, tandis que les autres, plus civilisés, formaient une cuvette avec leurs mains et lapaient sans reprendre haleine le précieux liquide. Je n’ose penser à la quantité de mucus et de microbes qui s’échangeaient à cette occasion. Toujours est-il que je ne me souviens pas avoir jamais bu meilleure boisson que l’eau des cabinets de notre club de judo.

Pourquoi arrêter le Coca

Réfléchissez-y. Après l’effort, vous pouvez aussi avoir envie de boire un Coca-Cola ou une bière bien fraîche, mais vous vous rendrez compte que cela ne vous procure pas un plaisir aussi intense que l’eau. L’eau est le plaisir suprême quand on a vraiment soif, de même que, lorsqu’on a faim, lors d’une grande promenade en montagne par exemple, il n’y a rien de tel qu’un saucisson, qu’on ne touchera plus une fois rentré à la maison et repris le rythme habituel. Mais il n’y a pas que le plaisir. Boire de l’eau réduira votre consommation de toutes les substances néfastes qu’on trouve dans les sodas, à commencer par :

  • l’acide phosphorique, qui interfère avec le métabolisme du calcium, et cause de l’ostéoporose ainsi qu’un ramollissement des dents et des os ;
  • le sucre, facteur de diabète, maladies cardiovasculaires, inflammation chronique, arthrosecancer ;
  • l’aspartame : il y a plus de 92 effets secondaires liés à la consommation d’aspartame, dont les tumeurs cérébrales, l’épilepsie, la fragilité émotionnelle, le diabète ;
  • la caféine, qui provoque tremblement, insomnie, maux de crâne, hypertension, déminéralisation et perte de vitamines.

Sans compter que l’acidité du Coca-Cola est désastreuse pour les dents. Avez-vous déjà remarqué comme vos dents sont râpeuses après avoir bu du Coca-Cola ? Plus acide que le jus de citron, il peut-être utilisé pour décaper les pièces en métal (faites l’expérience de laisser une pièce sale de 50 centimes pendant une demi-heure dans un verre de Coca). L’émail de vos dents devient poreux, jaunâtre, grisâtre lorsque vous buvez souvent du Coca-Cola et c’en est la conséquence. Inutile enfin, de parler des effets sur l’obésité : surtout chez les enfants, la consommation de sodas augmente le risque de 60 %. Il n’y a aucune bonne raison de faire boire des sodas à vos enfants, sauf si vous voulez

  • augmenter leur risque de diabète ;
  • augmenter leur risque de cancer ;
  • leur créer une dépendance au sucre.

Alors voilà une bonne source d’économies en ces temps difficiles : ne plus laisser aucune boisson sucrée franchir le seuil de votre maison. Et réapprendre à boire de l’eau : commencez votre journée par boire un grand verre d’eau, avant même le petit-déjeuner. Vous ferez un merveilleux cadeau à vos reins, eux qui travaillent si dur à nettoyer votre sang toute la journée. Ils seront plus sains, plus propres, et vous vous sentirez en meilleure forme.

A votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Sources de cet article :

[1] Sugar Stacks beverageshttp://www.sugarstacks.com/beverages.htm

[2] What Happens to Your Body Within an Hour of Drinking a Cokehttp://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2008/01/19/what-happens-to-your-body-within-an-hour-of-drinking-a-coke.aspx

[3] Coca-Cola une boisson dangereuse et cancérigènehttp://www.dangersalimentaires.com/2011/04/coca-cola-une-boisson-dangereuse-et-cancerigene/

[4] Intense Sweetness Surpasses Cocaine Rewardhttp://www.plosone.org/article/fetchArticle.action?articleURI=info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0000698

Découvrez en plus ici : https://www.santenatureinnovation.com/ce-qui-arrive-dans-votre-corps-30-mn-apres-avoir-bu-un-coca/#VdDDtut508sEpFXc.99

24 juin 2017

Le syndrome de la godasse ou le complexe arménien du number one.

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 11:51

article du 4 août 2010

Rendons à César ce qui revient à César et aux Arméniens cette chaussure de cuir récemment découverte d’environ 5 500 ans. Et qu’on ne me demande pas si les Arméniens existaient en ce temps-là comme Arméniens aussi bien qu’ils existent aujourd’hui. Et si oui, s’ils étaient hier ce qu’ils sont encore maintenant. Ni si le pied droit qui porta cette chaussure il y a 5 500 ans était un pied arménien. Ni s’il y a 5 500 ans, des frontières délimitaient un pays qui se serait appelé Arménie où auraient vécu exclusivement des Arméniens. Mais surtout qu’on n’aille pas me dire que d’autres chaussures plus anciennes ont été découvertes avant celle-ci. Comme ces « sandales en corde et autres matières organiques vieilles de 7 000 ans, mises au jour dans la grotte d’Arnold Research Cave, dans l’Etat de Missouri (Etats-Unis) en 1975, et leurs quasi contemporaines exhumées en 1993 dans une cavité du désert de Judée, en Israël », ainsi qu’ose le stipuler la méchante revue Sciences et Avenir. C’est scandaleux que ces sandales ! On parle de cuir ici, et non de corde.  Alors que le lecteur arménien, outré par des assertions qui humilient une fois encore la nation arménienne écrive pour protester à la rédaction de Sciences et Avenir (33 rue Vivienne 75083 Paris cedex 02. e-mail : redaction@sciences-et-avenir.com, téléphone : 01 55 35 56 00). Y en a marre ! C’est du négationnisme de cordonnier. Non content de nous nier par l’histoire, voici qu’on nous nie par la science. Que dis-je ? C’est le génie des Arméniens qu’on veut  passer à la trappe. Intolérable ! Y en a marre ! Marre de marre !

Comme hier ils furent réduits à n’être rien, aujourd’hui les Arméniens voudraient être tout, même ce qu’ils ne sont pas. Mais comme ils ne peuvent être tout, ils cherchent partout des motifs qui les mettent au premier rang des hommes. Car être premier, c’est être quelque chose. Et tout d’abord, c’est faire mentir l’histoire qui a cru rabaisser les Arméniens au niveau le plus bas de l’humanité, là où trottent les chiens et où se faufilent les cafards.

Aujourd’hui les Arméniens n’ont de cesse qu’ils dépassent les autres peuples, multipliant les exemples qui prouveraient leur excellence, quitte à transformer la réalité en fiction et à mettre les choses au diapason de leur mythologie.

C’est ainsi qu’ils se targuent d’être la première nation au monde à avoir embrassé le christianisme comme religion d’Etat.  Embrassé l’embrassement du prochain comme soi-même dans l’élan furieux d’une révélation. Comme si brusquement, à un moment donné de leur histoire, sous le coup d’une grâce divine sans pareille, ils étaient tous passés unanimement dans le camp de la nouvelle religion. Jetant aux orties leurs vieilles croyances, leurs mythes archaïques, leur mentalité terrienne pour ne pas dire paysanne. Comme si la « chose » avait eu lieu sans heurt, sans réticence, sans bataille. Comme si le sang n’avait pas été versé pour que s’impose l’ordre chrétien. Comme si les religions d’alors n’étaient pas en concurrence. Comme si les hommes animés d’intérêts farouches s’étaient soudainement convertis à l’amour de l’homme et à la paix en Dieu. Alors que les affrontements furent atroces, armées contre armées, haines contre haines. Certes, une date est une date. 301 après Jésus Christ restera toujours 301 après Jésus-Christ. Mais le mensonge sur l’histoire est tel qu’aujourd’hui les Arméniens ont du mal avec leur conversion générale spontanée. Ils en viennent même à rejeter comme non arméniens tous ces Arméniens convertis à l’Islam. Sans compter qu’aujourd’hui, en Arménie, l’amour de soi coiffe à chaque seconde l’amour de l’autre au poteau.

Dans le même ordre d’idée, celle où les Arméniens furent excellents, l’expression « premier génocide du XXème siècle ». À croire que nous aurions fait de sacrés efforts pour ça. C’est dire que les Juifs auraient été moins rapides que nous dans la course à l’extermination par les maîtres de guerre et qu’ils n’ont qu’à aller se rhabiller. Ils auront beau faire et beau dire, c’est nous qui avons souffert les premiers d’une volonté d’anéantissement. D’aucuns, encore des négationnistes mal intentionnés, affirment qu’en 1904 les Héréros de l’actuelle Namibie auraient subi un génocide quand la culture allemande représentée sur le terrain par le général Lothar von Trotha s’avisa de les civiliser.  D’accord. Une date est une date. 1904 après Jésus-Christ restera toujours 1904 après Jésus-Christ. Et non 1915. Mais nous, nous avons le nombre de notre côté. Le quantitatif engendre le qualitatif, non ? C’est incontournable. 1 500 000. Les Héréros n’ont qu’à s’accrocher derrière notre locomotive, il n’y aura jamais de place pour eux tellement nos wagons pour l’enfer étaient pleins à craquer.

Et quand un Arménien est au sommet de l’humanité, reconnu par tous les hommes pour telle prouesse ou telle performance, c’est comme si tous les Arméniens en leur entier ressuscitaient dans l’estime des nations. Aznavour par exemple. Ne disons pas qu’Aznavour est arménien. Aznavour est tous les Arméniens. Il est aussi bien Garabed, l’épicier de la rue Beaumont à Marseille que Robert Kotcharian, ex président de la république d’Arménie. Peu importe d’ailleurs que celui-ci ait utilisé sa période présidentielle pour se mettre un magot de 4 milliards de côté. D’ailleurs, l’épicier Garabed l’y a certainement aidé en donnant un peu de ses économies au fonds arménien. Il est vrai que si ce même Garabed avait été aussi célèbre qu’Aznavour, il aurait pu faire mieux pour Kotcharian en demandant à l’Union européenne de mettre la main à la poche pour secourir la pauvrette Arménie. D’ailleurs quand Aznavour chante sur les scènes du monde entier, c’est tout bénèf pour les Arméniens. Même pour Kotcharian qui n’a pas la même voix que lui, vu qu’il a une voix de fausset. Je n’ai pas dit de falsificateur. En tout cas, la voix d’Aznavour, c’est la voix de tous les Arméniens. Quand il parle pour nous, on dirait que c’est nous qui parlons. Comme le jour où  il a déclaré que tout le monde pouvait mourir d’une crise cardiaque, au moment où, au sortir du Paplavok, boîte de jazz à Erevan, un sbire de son ami Kotcharian venait de tabasser à mort un certain Boghos Boghossian, dans les chiottes (auxquelles on avait affecté la vieille Siranouch pour les nettoyer, histoire de lui compléter sa retraite par les pourboires). Une voix d’or, Aznavour. Et qu’on ne s’avise pas de nous le salir, notre monument de sagesse, d’art et de charité.

Dans le domaine du rare, les Arméniens ont Geghart. La moindre mouche touristique arménienne ne peut faire que d’y coller sa trompe à pomper de la merveille. Ah ! Oh ! Ih ! Ah ! On lui montre une église creusée dans la roche à mains nues et elle croit que c’est elle qui a fait ça. De fait, comme les Arméniens n’ont d’autre culture qu’une culture du soi, tout ce qu’on leur montre d’original comme arménien fait miroir. Un Arménien se voit dans Geghart comme dans Aznavour (pas forcément dans Kotcharian, je vous l’accorde). C’est que tout Arménien qui se respecte, même celui qui a la possibilité de voyager loin,  ne s’embarrasse pas du relatif. Le jugement arménien est d’autant plus entier que tout objet arménien est forcément un objet absolu. Ainsi, pour un Arménien, s’extasier sur Geghart suppose qu’on ne doit pas venir lui troubler son plaisir avec Petra. D’ailleurs, il trouverait toujours de quoi mettre Geghart au-dessus de Petra, même si Petra pourrait contenir des dizaines de Geghart. Sans quoi, c’est son esprit qui dégringolerait dans le caniveau en se faufilant comme un cafard cherchant un trou où se cacher. Or, l’Arménien a besoin d’extraordinaire pour rester arménien. C’est pourquoi il a peur de quitter ses frontières. Dérian, Tcharents, Parouïr Sevak seraient-ils des génies si on les comparait à Verlaine, Maïakovski ou Claudel ? La culture arménienne est nationale, car c’est une question vitale.

Cette tendance à vouloir se hisser à tout prix et à la moindre occasion au premier rang des hommes relève du pathologique. C’est le syndrome de la godasse, par référence à cette vieille chaussure qu’on situerait comme la plus ancienne de l’humanité. Il n’y a que les gogos pour y croire. Combien de fois ne m’a-t-on pas dit en Arménie que De Gaulle était arménien ? (Ou né en Arménie, ce qui suppose qu’il avait quelque chose d’arménien). Et même Chirac. Et que le lieu géographique du paradis biblique serait l’Arménie. (Au point où nous en sommes, pourquoi pas ?) De fait, cette propension de l’imaginaire arménien à s’élever au sommet par le truchement d’hommes célébrés par toute la terre montre à quel point les Arméniens se sentent encore rabaissés. Et ceux qui systématisent dans des journaux internes à la communauté ce complexe arménien du number one sont d’autant plus malades qu’ils le propagent en entretenant ce ridicule comme un signe de santé nationale. Il est vrai qu’il ne faut pas dire qu’à l’époque soviétique les chaussures fabriquées en Arménie avaient la réputation de ne durer que trois jours. Un record.

Denis Donikian

Brèves de plaisanterie (434)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:24

 

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Ne le suis plus mais je l’étais

Tant je lisais tant j’écrivais

Étranger battu par l’orage

 

Brèves de plaisanterie (433)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:20

 

 

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Où sont tes bras qui m’ont tenu

Où tes lèvres qui m’ont lissé

Où tes bouches m’ont aspiré

 

 

 

 

 

 

 

Brèves de plaisanterie (432)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:18

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Tu vis vaincu par tes ténèbres 

Rêvant du nid dans l’entrecuisse

De l’odalisque à la chair suisse

 

 

 

 

Brèves de plaisanterie (431)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:15

 

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Autant vous dire que je suis las

Le cerveau lent le muscle bas

Ni ne me lève et ne ris pas

 

 

Brèves de plaisanterie (430)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:13

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*

Ce feuilleton du mal qui n’en finit

Te prend tes jours te prend tes nuits

Livre à graver vivre trahis

 

 

Brèves de plaisanterie (429)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:11

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*

Quand donc mon corps me reviendra

Quand l’amitié de son sourire

Quand la ferveur du vivre et du combat

 

 

 

Brèves de plaisanterie (428)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:09

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*

Rendez-moi le calme de la mer

Plus que mon vivre maudit sa jeunesse

Et revienne mon Dieu la paix de mes organes 

 

Brèves de plaisanterie (427)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 10:29

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Je hais les labos pharmaceutiques

Qui font leur fric sur la santé publique

Champions des effets secondaires

Brèves de plaisanterie (426)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 10:27

 

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Si tu savais imbécile

A quoi mon corps serait prêt

Pour toi son beau et son vil

 

 

Brèves de plaisanterie (425)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 10:24

CHINA. 1948-1949.

(Photo Henri Cartier Bresson)

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Qui veut changer de monde

Doit changer de file

Surtout de file d’attente

 

 

 

23 juin 2017

Monsieur le Président : l’ibuprofène tue

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 8:35
Chers amis,
Avez-vous reçu le message ci-dessous de Xavier Bazin ?
Il est en train de faire un malheur sur Facebook et les réseaux sociaux avec plus de 100 000 partages en quelques jours !!
Il révèle que l‘Ibuprofène multiplie par 50 % votre risque de crise cardiaque après seulement une semaine !!
Mais rien n’y fait : l’ibuprofène reste le « traitement » le plus prescrit contre l’arthrose
… alors qu’il existe des remèdes naturels qui suppriment la douleur au moins aussi bien, sans les effets secondaires !
Vous et moi devons absolument nous mobiliser en urgence pour alerter tous nos contacts !
Alors s’il vous plaît, transférez le message ci-dessous à tout votre carnet d’adresse, cela peut-être une question de vie ou de mort.
Demandez-leur aussi de signer notre grande pétition adressée au Président Macron.
Emmanuel Macron est en train de subir le lobbying terrible de l’industrie pharmaceutique – son gouvernement envisage même de rendre 11 vaccins obligatoires.
Alors nous devons absolument faire contre-poids contre le tout médicament chimique qu’on veut nous préparer !
 
Je compte sur vous – et vous pouvez compter sur mon dévouement,
Laura Azenard

 

Ibuprofène : encore PIRE que ce qu’on pensait !

VOIR ICI

Brèves de plaisanterie (424)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 6:41

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Heureux l’ami qui s’en va peindre

Quand ton mal au corps te triture

Jours de couleurs et noir tunnel

27 août 2015

Démocrates turcs et génocide arménien (4) : Sevan Nişanyan

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:23

( Sevan Nişanyan s’est évadé de prison)

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1 – Né à Istanbul en 1956, l’auteur et linguiste turc, Sevan Nişanyan, arménien par son père l’architecte Vagarş Nişanyan, a étudié la philosophie à l’Université de Yale et les sciences politiques à celle de Columbia. Sa thèse (inachevée) devait porter sur les stratégies concurrentielles des partis politiques dans les régimes instables sud-américains. De retour en 1985, Nişanyan accomplit son service militaire obligatoire avant de se consacrer à l’écriture de livres de voyage dont une partie sur les provinces turques. En 2004, il reçoit le Liberty Award Ayşe Nur Zarakolu de l’Association turque des droits de l’homme pour ses contributions à une plus grande liberté d’expression.

2 – Installé avec sa seconde épouse, Müjde Tönbekici, à Şirince, il entreprend alors de rénover les maisons historiques de cet ancien village grec pour les convertir en hôtels, les Maisons Nişanyan. En collaboration avec le mathématicien et philanthrope Ali Nesin, il fonde le Village Nesin de Mathématiques près de Şirince, où sont donnés cours de mathématiques de troisième cycle et conférences pour étudiants en résidence. En 2014, a été ouverte une école de philosophie. Son dictionnaire étymologique du turc contemporain (Çağdaş Türkçenin Etimolojik Sözlüğü) , ou « Dictionnaire Nişanyan », publié en 2002, revu et corrigé en 2008, mis en ligne en 2007, est un outil précieux comprenant près de 5 000 mots turcs d’origine sémitique et persane.

3 – Après une diffusion en photocopies, son livre « La fausse république » (Yanlış Cumhuriyet), paru en 2008, dénonce les mythes fondateurs de la Turquie. Quant à son Index anatolicus, publié en 2010, il rassemble plus de 16 000 noms de lieux turcisés et réunit une documentation complète sur leur origine grecque, arménienne, kurde, syriaque, arabe et autres. Mis en ligne en 2011, l’index permet la consultation de plus de 56 000 localités dûment cartographiées. Auteur d’une autobiographie intitulée Aslani Yol (La route du lion, 2012), Nişanyan explore dans ses essais les multiples racines ethniques de la Turquie. Ağır Kitap en 2014 révèle les sources culturelles de l’Islam.

4 – Dans un article en date du 3 janvier 2014, paru sur son blog Au fil du Bosphore, Guillaume Perrier précise que Sevan Nişanyan dort en prison, près d’Izmir, depuis la veille pour une peine d’au moins deux ans. Nişanyan aurait procédé à des constructions sans permis alors que, selon ses dires, en Turquie, où «  tout est construit illégalement », « le système judicaire est une plaisanterie ». De fait, il y avait trop longtemps que l’État turc cherchait le neutraliser, surtout pour son « combat intellectuel contre les dogmes dominants – le kémalisme et l’islamisme – et pour la reconnaissance de l’identité multiculturelle de l’Anatolie, s’employant à déconstruire l’histoire officielle et les légendes nationalistes dont la Turquie est bercée ».

5 – La publication de « La fausse république », violente diatribe contre le régime kémaliste, lui vaudra une visite d’inspecteurs à Şirince. A l’issue des 19 procès qui lui sont intentés, Nişanyan se voit condamné à 24 ans de prison. Alors qu’il se défend de tout blasphème et se contente de critiquer l’intolérance, il est également condamné pour insulte au prophète Mahomet. De fait, Sevan Nişanyan voit dans son arménité une circonstance aggravante, déclarant qu’« En Turquie, les Arméniens doivent baisser la tête. Il n’est pas convenable de parler aussi directement de choses publiques ».

14 février 2013

Quel est ton nom ?

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:39

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*

Je m’appelle Denis Donikian. Denis, parce que mes parents, qui n’avaient pas l’esprit inventif, ont suivi la suggestion de ma sœur qui n’avait pas non plus l’esprit très inventif. Mais Denis, c’est joli. Vos proches ne savent pas en général qu’un prénom ne se prononce pas toujours seul. Et qu’il faut qu’il soit en harmonie minimum avec le nom. Mon prénom arménien étant Donabed, je vous laisse deviner pourquoi j’ai horreur de la répétition. Laquelle se retrouve même dans ma date de naissance : 19 mai 19…

 

Un jour, à Erevan, j’ai été présenté à un grand peintre. Imaginez : «  Je vous présente Hagop Hagopian. – Enchanté. Je me présente : Denis Donikian ». Je n’ai pas ajouté Donabed, car je ne suis pas un fêtard, ni l’équivlent d’un Dionysos, dieu de la vigne et du vin. Hagop Hagopian est un grand peintre, mais un peintre répétitif. Ce n’est pas Picasso. Il a un style reconnaissable. Des couleurs reconnaissables elles  aussi. C’est sa marque de fabrique. Lui est en accord avec la répétition qui désigne son identité. De mon côté, j’ai toujours écrit contre toute imitation de moi-même. Mes livres ne se ressemblent pas.

 

Les Français ont du mal à croire que mon prénom se retrouve dans mon nom. Ils pensent qu’ils s’agit d’une erreur ou d’une plaisanterie. Alors, ils disent Donakian. Mais je n’aime pas Donakian.

 

Si je voulais chicaner, je dirais que mon nom est un nom d’emprunt, un nom par accident. Au moment où il s’apprêtait, comme beaucoup d’autres réfugiés, à quitter le Liban pour la France, mon père n’était pas présent lors de l’établissement de son passeport. Un ami, qui ignorait son nom véritable, savait seulement que c’était le fils de Dono. Le préposé aux passeports a inscrit Donikian. Si mon père, qui était boiteux, n’avait pas traîné la jambe, j’aurais porté le nom de Kechichian ou Kechedjian, comme ma tante, boiteuse elle aussi, qui en se mariant avec un réfugié mal-voyant en partance pour l’Amérique, a perdu le sien définitivement.

 

Je n’ai jamais vraiment cherché à savoir ce que signifiait kechich ou kechedj, mot turc. Et il me plaît que la racine de mon nom Donikian ne dise rien à personne, qu’elle ne soit pas rattachée à quelque chose d’immédiatement déchiffrable, comme Dolmadjian, Papazian ou autres.

 

Les nom et prénom mis bout à bout de certains Arméniens de la diaspora renferment toute leur histoire. Et plus précisément leur identité turque, arménienne et française, américaine ou russe…. Si je prends Dolmadjian Bernard, je peux le décomposer en dolma ( mot turc), ian ( désinence arménienne), Bernard ( prénom français). Il ne faut pas être sorcier pour comprendre que les racines arméniennes de Dolmadjian Bernard se trouvent en Turquie et que ses ancêtres ont subi la domination ottomane.  Que sa famille s’est ensuite réfugiée en France. Le –ian d’un tel nom  est donc coincé entre deux cultures. Une culture qu’on abandonne et une culture qu’on adopte. Une culture de harcèlement et une culture de secours. Car l’histoire de cette appellation identitaire est en elle-même une tragédie. Elle évoque un exil, un arrachement. Dolmadjian Bernard porte l’histoire arménienne d’un asservissement et d’une salvation. L’histoire d’une assimilation forcée en Turquie et d’une assimilation feutrée en France. Et notre Dolmadjian Bernard devra vivre avec le sceau de l’opprobre absolu sur son  nom et le sens de son salut relatif dans son prénom. Comme il est dans son nom, son bourreau se rappellera constamment à la mémoire de sa victime. Car le meurtre ne finit pas. Dolmadjian Bernard vit cette culture du mépris qui continue encore à le mépriser et à lui récuser le titre d’homme. Mais Bernard lutte constamment contre ce mépris et constamment doit revendiquer son humanité en la prouvant dans un pays qui le respecte à condition qu’il s’y perde.

 

On pourrait croire que l’histoire de Dolmadjian Bernard s’arrête là. Mais non. L’histoire de Dolmadjian Bernard n’est pas une affaire d’identité administrative. C’est une affaire qui n’est pas réglée. Une affaire d’âme. Son nom, Dolmadjian Bernard ne le porte pas, il le souffre. Il voudrait bien n’être que Bernard, mais il se sentirait amputé. Il s’amputerait de tous ses ancêtres qui ont vécu, souffert et qui ont enduré la mort afin que lui, Dolmadjian Bernard, il soit. Il n’est pas de ceux qui se coupent de leur –ian ou qui change de nom. Aznavour, Henri Verneuil, que sais-je encore. De toute manière, Dolmadjian Bernard sent que ce « Dolmadjian Bernard » est consubstantiel à sa personne. Et cette racine turque dans le fond, il la veut car c’est la laisse qui le rattache au souvenir de sa terre. C’est cette entrave qui le fait aboyer urbi et orbi afin que le chien qu’on a voulu faire de lui retrouve un jour son droit à être un homme à part entière.

 

Une affaire d’âme donc. D’une âme travaillée par le souvenir d’une terre qu’il n’a jamais vue. Car dans le fond, c’est ce paradoxe qui constitue le nœud de son drame. Il est hanté par une terre qu’il n’a jamais vue. Mais il sait que son nom, peut-être, se sentirait apaisé au milieu des paysages que ses ancêtres ont vus, où ils ont souffert et où ils ont péri.

Seulement voilà. Sa vie ne verra pas ce moment des retrouvailles de l’âme avec le sol ancestral. Il le sait. Le sol ancestral a été effacé, néantisé, désarménisé. Le Malatia arménien n’est plus. Le Mouch arménien n’est plus ; ni l’Adana arménienne… Il y a bien une Arménie où pourrait vivre, faute de mieux, Dolmadjian Bernard. Mais ce n’est pas l’Arménie de ses pères. Ce n’est pas l’Arménie qu’ils ont vue, où ils ont souffert, où ils furent assassinés. C’est, comme je l’ai écrit un jour, « une nôtre Arménie ». Ni tout à fait la nôtre, ni tout à fait une autre.

 

Dès lors, Dolmadjian Bernard n’a pas d’autre patrie que son drame.

 

Denis Donikian

 

Voir également  YASMINE CHOUAKI au TEDx :

4 août 2010

Le syndrome de la godasse ou le complexe arménien du number one.


Rendons à César ce qui revient à César et aux Arméniens cette chaussure de cuir récemment découverte d’environ 5 500 ans. Et qu’on ne me demande pas si les Arméniens existaient en ce temps-là comme Arméniens aussi bien qu’ils existent aujourd’hui. Et si oui, s’ils étaient hier ce qu’ils sont encore maintenant. Ni si le pied droit qui porta cette chaussure il y a 5 500 ans était un pied arménien. Ni s’il y a 5 500 ans, des frontières délimitaient un pays qui se serait appelé Arménie où auraient vécu exclusivement des Arméniens. Mais surtout qu’on n’aille pas me dire que d’autres chaussures plus anciennes ont été découvertes avant celle-ci. Comme ces « sandales en corde et autres matières organiques vieilles de 7 000 ans, mises au jour dans la grotte d’Arnold Research Cave, dans l’Etat de Missouri (Etats-Unis) en 1975, et leurs quasi contemporaines exhumées en 1993 dans une cavité du désert de Judée, en Israël », ainsi qu’ose le stipuler la méchante revue Sciences et Avenir. C’est scandaleux que ces sandales ! On parle de cuir ici, et non de corde.  Alors que le lecteur arménien, outré par des assertions qui humilient une fois encore la nation arménienne écrive pour protester à la rédaction de Sciences et Avenir (33 rue Vivienne 75083 Paris cedex 02. e-mail : redaction@sciences-et-avenir.com, téléphone : 01 55 35 56 00). Y en a marre ! C’est du négationnisme de cordonnier. Non content de nous nier par l’histoire, voici qu’on nous nie par la science. Que dis-je ? C’est le génie des Arméniens qu’on veut  passer à la trappe. Intolérable ! Y en a marre ! Marre de marre !

Comme hier ils furent réduits à n’être rien, aujourd’hui les Arméniens voudraient être tout, même ce qu’ils ne sont pas. Mais comme ils ne peuvent être tout, ils cherchent partout des motifs qui les mettent au premier rang des hommes. Car être premier, c’est être quelque chose. Et tout d’abord, c’est faire mentir l’histoire qui a cru rabaisser les Arméniens au niveau le plus bas de l’humanité, là où trottent les chiens et où se faufilent les cafards.

Aujourd’hui les Arméniens n’ont de cesse qu’ils dépassent les autres peuples, multipliant les exemples qui prouveraient leur excellence, quitte à transformer la réalité en fiction et à mettre les choses au diapason de leur mythologie.

C’est ainsi qu’ils se targuent d’être la première nation au monde à avoir embrassé le christianisme comme religion d’Etat.  Embrassé l’embrassement du prochain comme soi-même dans l’élan furieux d’une révélation. Comme si brusquement, à un moment donné de leur histoire, sous le coup d’une grâce divine sans pareille, ils étaient tous passés unanimement dans le camp de la nouvelle religion. Jetant aux orties leurs vieilles croyances, leurs mythes archaïques, leur mentalité terrienne pour ne pas dire paysanne. Comme si la « chose » avait eu lieu sans heurt, sans réticence, sans bataille. Comme si le sang n’avait pas été versé pour que s’impose l’ordre chrétien. Comme si les religions d’alors n’étaient pas en concurrence. Comme si les hommes animés d’intérêts farouches s’étaient soudainement convertis à l’amour de l’homme et à la paix en Dieu. Alors que les affrontements furent atroces, armées contre armées, haines contre haines. Certes, une date est une date. 301 après Jésus Christ restera toujours 301 après Jésus-Christ. Mais le mensonge sur l’histoire est tel qu’aujourd’hui les Arméniens ont du mal avec leur conversion générale spontanée. Ils en viennent même à rejeter comme non arméniens tous ces Arméniens convertis à l’Islam. Sans compter qu’aujourd’hui, en Arménie, l’amour de soi coiffe à chaque seconde l’amour de l’autre au poteau.

Dans le même ordre d’idée, celle où les Arméniens furent excellents, l’expression « premier génocide du XXème siècle ». À croire que nous aurions fait de sacrés efforts pour ça. C’est dire que les Juifs auraient été moins rapides que nous dans la course à l’extermination par les maîtres de guerre et qu’ils n’ont qu’à aller se rhabiller. Ils auront beau faire et beau dire, c’est nous qui avons souffert les premiers d’une volonté d’anéantissement. D’aucuns, encore des négationnistes mal intentionnés, affirment qu’en 1904 les Héréros de l’actuelle Namibie auraient subi un génocide quand la culture allemande représentée sur le terrain par le général Lothar von Trotha s’avisa de les civiliser.  D’accord. Une date est une date. 1904 après Jésus-Christ restera toujours 1904 après Jésus-Christ. Et non 1915. Mais nous, nous avons le nombre de notre côté. Le quantitatif engendre le qualitatif, non ? C’est incontournable. 1 500 000. Les Héréros n’ont qu’à s’accrocher derrière notre locomotive, il n’y aura jamais de place pour eux tellement nos wagons pour l’enfer étaient pleins à craquer.

Et quand un Arménien est au sommet de l’humanité, reconnu par tous les hommes pour telle prouesse ou telle performance, c’est comme si tous les Arméniens en leur entier ressuscitaient dans l’estime des nations. Aznavour par exemple. Ne disons pas qu’Aznavour est arménien. Aznavour est tous les Arméniens. Il est aussi bien Garabed, l’épicier de la rue Beaumont à Marseille que Robert Kotcharian, ex président de la république d’Arménie. Peu importe d’ailleurs que celui-ci ait utilisé sa période présidentielle pour se mettre un magot de 4 milliards de côté. D’ailleurs, l’épicier Garabed l’y a certainement aidé en donnant un peu de ses économies au fonds arménien. Il est vrai que si ce même Garabed avait été aussi célèbre qu’Aznavour, il aurait pu faire mieux pour Kotcharian en demandant à l’Union européenne de mettre la main à la poche pour secourir la pauvrette Arménie. D’ailleurs quand Aznavour chante sur les scènes du monde entier, c’est tout bénèf pour les Arméniens. Même pour Kotcharian qui n’a pas la même voix que lui, vu qu’il a une voix de fausset. Je n’ai pas dit de falsificateur. En tout cas, la voix d’Aznavour, c’est la voix de tous les Arméniens. Quand il parle pour nous, on dirait que c’est nous qui parlons. Comme le jour où  il a déclaré que tout le monde pouvait mourir d’une crise cardiaque, au moment où, au sortir du Paplavok, boîte de jazz à Erevan, un sbire de son ami Kotcharian venait de tabasser à mort un certain Boghos Boghossian, dans les chiottes (auxquelles on avait affecté la vieille Siranouch pour les nettoyer, histoire de lui compléter sa retraite par les pourboires). Une voix d’or, Aznavour. Et qu’on ne s’avise pas de nous le salir, notre monument de sagesse, d’art et de charité.

Dans le domaine du rare, les Arméniens ont Geghart. La moindre mouche touristique arménienne ne peut faire que d’y coller sa trompe à pomper de la merveille. Ah ! Oh ! Ih ! Ah ! On lui montre une église creusée dans la roche à mains nues et elle croit que c’est elle qui a fait ça. De fait, comme les Arméniens n’ont d’autre culture qu’une culture du soi, tout ce qu’on leur montre d’original comme arménien fait miroir. Un Arménien se voit dans Geghart comme dans Aznavour (pas forcément dans Kotcharian, je vous l’accorde). C’est que tout Arménien qui se respecte, même celui qui a la possibilité de voyager loin,  ne s’embarrasse pas du relatif. Le jugement arménien est d’autant plus entier que tout objet arménien est forcément un objet absolu. Ainsi, pour un Arménien, s’extasier sur Geghart suppose qu’on ne doit pas venir lui troubler son plaisir avec Petra. D’ailleurs, il trouverait toujours de quoi mettre Geghart au-dessus de Petra, même si Petra pourrait contenir des dizaines de Geghart. Sans quoi, c’est son esprit qui dégringolerait dans le caniveau en se faufilant comme un cafard cherchant un trou où se cacher. Or, l’Arménien a besoin d’extraordinaire pour rester arménien. C’est pourquoi il a peur de quitter ses frontières. Dérian, Tcharents, Parouïr Sevak seraient-ils des génies si on les comparait à Verlaine, Maïakovski ou Claudel ? La culture arménienne est nationale, car c’est une question vitale.

Cette tendance à vouloir se hisser à tout prix et à la moindre occasion au premier rang des hommes relève du pathologique. C’est le syndrome de la godasse, par référence à cette vieille chaussure qu’on situerait comme la plus ancienne de l’humanité. Il n’y a que les gogos pour y croire. Combien de fois ne m’a-t-on pas dit en Arménie que De Gaulle était arménien ? (Ou né en Arménie, ce qui suppose qu’il avait quelque chose d’arménien). Et même Chirac. Et que le lieu géographique du paradis biblique serait l’Arménie. (Au point où nous en sommes, pourquoi pas ?) De fait, cette propension de l’imaginaire arménien à s’élever au sommet par le truchement d’hommes célébrés par toute la terre montre à quel point les Arméniens se sentent encore rabaissés. Et ceux qui systématisent dans des journaux internes à la communauté ce complexe arménien du number one sont d’autant plus malades qu’ils le propagent en entretenant ce ridicule comme un signe de santé nationale. Il est vrai qu’il ne faut pas dire qu’à l’époque soviétique les chaussures fabriquées en Arménie avaient la réputation de ne durer que trois jours. Un record.

Denis Donikian

16 juillet 2017

Brève de plaisanterie (462 et dernière)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:39

Plutôt que chercher à habiter

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Plutôt qu’à marcher cherche à vivre

 

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