Ecrittératures

16 août 2016

Mesrop Haroutiounian – Abcaï : les cercles de la mort

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 2:57

 

Abcai les cercles

 

 

Աբկայ. մեռնելու պարունակները [Abcaï : les cercles de la mort] :

un roman sur l’ennemi intérieur

par Eddie Arnavoudian

Groong, 03.11.2015

 

 

Il y a aujourd’hui en Arménie comme une renaissance littéraire passionnante. Sa qualité et son avenir sont néanmoins loin d’être assurés, selon que le pays pourra être sauvé des hyènes qui le dévorent sans pitié. Quoi qu’il en soit, et paradoxalement peut-être, témoigne de cette renaissance l’admirable petit roman de Mesrop Haroutiounian, Abcaï : les cercles de la mort, qui éclaire les réalités sordides et tragiques de la transition de la république soviétique d’Arménie vers la Troisième république « indépendante, » advenue à la fin des années 1980. Un livre actuel, dont les vérités ont, en outre, une résonnance internationale !

Suite sur le blog de Georges Festa ICI

6 juillet 2016

Non à un pays génocidaire et négationniste dans l’Union Européenne

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 2:22

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Pétition à signer : ICI

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27 juin 2016

Gaudeamus igitur !

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 7:15

 

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Oui, réjouissons-nous ! Le pape François a prononcé le mot génocide. Et ce pour la deuxième fois. Cette fois, il n’était pas prévu qu’il le fasse. Le mot ne figurait pas dans son discours. Mais le pape François parle avec le cœur, et son cœur ne put réfréner la poussée de sympathie qu’il éprouve pour les Arméniens, lesquels ont, dans leur histoire, eu l’occasion à maintes reprises de manifester leur foi en Dieu, le Dieu du sacrifice et de la compassion. A son exemple, les Arméniens ont connu le sacrifice. En 1915, les sacrifiés arméniens étaient légion. Mais aussi durant les bouleversements antérieurs, quand ils durent maintenir leur foi contre ceux qui souhaitaient l’absorber dans la leur. Certes, il y a eu des ratés. Parfois la survie vous oblige à tourner votre veste. Qui oserait reprocher à certains Arméniens d’avoir accepté leur islamisation en échange de la vie ? Il reste que, d’une manière générale, les Arméniens n’ont pas failli.

Cela dit, en accueillant le pape François, le président Sarkissian et son complice le catholicos HSBC avaient sans doute oublié, dans leur euphorie de croire à une adhésion totale du Saint Père à la cause historique des Arméniens, que cet homme de Dieu était aussi l’homme des pauvres. Il est vrai qu’à trop penser au génocide, c’est-à-dire au passé, les Arméniens ont tendance à oublier les sacrifiés de l’indépendance arménienne, à savoir les plus abandonnés des Arméniens d’aujourd’hui. Et c’est en cela que le pape François est grand, c’est qu’il a rendu visite aux plus humbles, les orphelins de Gumri, dont prend soin l’admirable sœur Aroussiak. Cette visite est aussi une manière indirecte de condamner les fastes d’Etchmiadzine, de montrer que la vérité du Christ n’est pas dans les ors clinquants ni les chants suaves de la liturgie arménienne, mais dans ce qui lui donne un sens, à savoir la compassion.

Mais cette compassion du pape François aurait été incomplète s’il s’était contenté de faire jouir les Arméniens en prononçant le mot génocide, ce point G de l’âme arménienne. En homme libre, en homme compatissant, le pape François n’a pas éludé la critique sociale qui s’imposait pour un pays comme l’Arménie. Il a été chaudement applaudi en évoquant la corruption qui gangrène la société orchestrée par le président Sarkissian et son complice le catholicos HSBC.

N’en déplaise aux thuriféraires pathologiques du président et de son etc., le voyage du pape François en Arménie fut court en durée mais percutant en actes et paroles.

 

D. Donikian

25 juin 2016

Mémorial du génocide à Erevan

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:26

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1 – S’appuyant sur l’historien d’art viennois, Aloïs Riegl, Taline Ter Minasisian, auteur de Erevan, La construction d’une capitale à l’époque soviétique (Presses universitaires de Rennes, 2007), retient que l’édification du monument «  empêche quasi définitivement qu’un moment ne sombre dans le passé, et le garde toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures » (Page 178). Elle note que l’archaïsme de la « conception mémorielle » du monument bâti sur la colline de Dzidzernagapert à Erevan se définirait par son ex-territorialité par rapport à la géographie des événements de 1915.

2 – En tant que monument funéraire, et selon la législation soviétique, le mémorial relevait de la compétence des autorités locales. Rédigée en arménien, en date du 16 mars 1965, la décision soulignait sa fonction symbolique en ces termes : «  Le monument doit donner corps aux combats et à la vie du peuple arménien, à sa renaissance, à son dynamisme, à son présent et à son avenir radieux et à l’immortalité du million de victimes du Yeghern de 1915 ». Les dossiers de 69 projets en compétition devaient être déposés au 20 avril 1965, s’appuyant sur les divers sens du terme arménien gotogh, à savoir monument, mais aussi, en russe, pilier, colonne, obélisque ou stèle.

3 – Après la manifestation du 24 avril 1965, le jury opta pour que soit exprimée une volonté d’austérité et de recueillement, loin des « discours hyperboliques sur les thèmes nationaux ». Achevé en 1967, le projet des architectes S. Kalachian et S. Tarkhanian, ainsi que du sculpteur V. Khatachtrian était censé célébrer la mémoire des victimes et incarner la renaissance du peuple arménien. Pour autant, le jury insista pour « qu’au cours de l’élaboration du projet, on renonce pour ce monument à tout procédé de type narratif et que l’on se concentre au contraire sur des moyens d’expressions purement architecturaux ».

4 – Ainsi, les architectes conçurent deux volumes. L’un composé de douze pylônes de basalte gris en cercle inclinés vers un centre où brûle une flamme et d’où se diffuse un chant choral arménien, en manière de gigantesque couronne d’épines ouverte sur la voute céleste. L’autre, d’un obélisque de pierre effilé, pointé vers le ciel. Ainsi la contrainte à laquelle se sont pliés les architectes d’éliminer tout procédé narratif a fait du mémorial un monument de sobriété capable de susciter la ferveur tant des autochtones que des touristes et principalement de la diaspora.

5 – Il faut noter qu’aucun document d’archives ne mentionne la surinterprétation du mémorial, inconcevable dans le contexte des relations soviéto-turques de l’époque, par la symbolique des douze colonnes rapportée aux douze provinces de l’Arménie martyre, les vilayets n’étant qu’au nombre de six. Tandis que les touristes de la diaspora commencent à affluer à partir de 1960, le parc sera aménagé par l’architecte O. Berberian vingt ans plus tard, tout en restant « propice aux malfrats et aux rendez-vous nocturnes » ( A. T. M.). Enfin, un musée du génocide et un « mur de la mémoire » construits par la suite, ont fait du mémorial un cimetière national et un substitut de panthéon où viendront se recueillir Poutine, Hollande et le papes Jean-Paul II et François et autres.

14 juin 2016

Du vote du Bundestag en faveur du génocide arménien (7)

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 7:11

 

Bundestag

7 – L’effet boule de neige.

 

En décidant de riposter au vote du Bundestag, la Turquie vient montrer par là même que des sanctions à l’égard de l’Allemagne pourraient dissuader d’autres pays de faire comme elle. Or, cet effet boule de neige de la reconnaissance est effectivement à redouter. De fait, à l’exemple des députés allemands, les pays qui souhaiteraient par la reconnaissance du génocide se situer au regard du négationnisme et donc prendre leur responsabilité vont devoir désormais annoncer leurs couleurs, à savoir de quel côté ils se placent par rapport au fléau. Les Turcs, en dévoilant le scénario de leurs sanctions ridicules après toute reconnaissance du génocide, viennent de permettre à ces mêmes pays de révéler s’ils sont une extension du négationnisme par la peur ou une démocratie par le courage de la désapprobation. En ce sens, les ratiocinations indignes de la part de Barak Obama montrent, qu’on le veuille ou non, et surtout après la reconnaissance du Bundestag, que les États-Unis sont en quelque sorte une extension de la Turquie puisqu’ils se plient devant le chantage d’Erdogan sur une question aussi grave. Oui, grave, car la démocratie la plus puissante au monde, qui prétend donner le la du Droit et de la Justice, se trouve aujourd’hui en porte-à-faux avec ses propres idéaux au point de donner l’image d’un pays pour qui les intérêts stratégiques restent supérieurs aux valeurs éthiques. Nous savons bien que toute politique réaliste oblige parfois à une diplomatie de la circonspection, mais les Arméniens n’ignorent pas que la Turquie s’est toujours jouée de cette même circonspection, d’autant plus qu’elle lui a permis de chasser les Kurdes du jeu démocratique et de les harceler sur les territoires où ils ont toujours été présents. Le silence par lequel les puissances ont laissé faire les Turcs n’est rien d’autre qu’un silence complice de leurs méfaits.

De plus, comme il a déjà été dit ailleurs, le vote massif du Bundestag en faveur de la résolution n’a étonné que les Turcs et particulièrement Erdogan. D’abord, en ce sens que les députés d’origine turque ont fait preuve d’une remarquable autonomie politique par rapport aux injonctions du président turc. En émettant des doutes sur le sang de ces mêmes députés, celui-ci a révélé sa propre conception de la démocratie, à savoir une démocratie fondée sur l’unicité ethnique. Eux, en revanche, ont donné à Erdogan une véritable leçon de maturité politique en s’affirmant comme les représentants d’une démocratie fondée sur la conscience éthique. Or, la déconvenue d’Erdogan est d’autant plus grande qu’il pourrait craindre que parmi les trois millions de Turcs vivant en Allemagne, considérés comme une extension de la Turquie en Europe, il en est qui seraient tentés de se positionner selon des valeurs politiques plutôt que des injonctions ethnocentriques. Cette crainte d’Erdogan fut d’autant plus exacerbée qu’il aura brandi à demi-mot l’idée que ces députés en agissant contre leur sang étaient des traitres à leur patrie et que leur patrie saurait les punir à travers leurs parents restés au pays. Ce chantage est d’autant plus efficace qu’aucun Turc démocrate ne voudrait causer de torts aux siens.

Enfin, on ne peut s’empêcher de penser que les députés allemands, exacerbés par l’arrogance d’Erdogan prétendant que l’Europe a plus besoin de la Turquie que celle-ci n’avait besoin de celle-là, mais aussi par son peu de respect pour ses députés comme pour leurs humoristes, ont probablement eux aussi voulu donner une leçon au dictateur. Il s’agissait d’aller dans le sens d’une opinion publique peu encline à faire des concessions à une Turquie de plus en plus insolente et qui prétendait dicter aux Européens une conduite contraire à leurs idéaux, comme celle de supprimer les visas aux ressortissants turcs sans avoir à satisfaire l’ensemble des critères définis. De fait, Erdogan a cru qu’il pouvait jouer avec les Européens et il a dû convenir que les députés allemands se situaient au-dessus d’Angela Merkel pour les grandes décisions à prendre.

En bref, le vote du Bundestag n’a pas fini de faire son tsunami dans l’esprit des Turcs. Et c’est tant mieux…

D.Donikian

13 juin 2016

Du vote du Bundestag en faveur du génocide arménien (6)

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 6:02

Bundestag

 

6 – Comme une bouteille à la mer…

 

Il y a quelque temps déjà, une amie aux origines multiples, née en Roumanie, devenue allemande, juive par sa mère et arménienne par un père dont les ancêtres auraient cheminé à travers l’Europe au cours des siècles depuis la chute d’Ani, s’était attelée, on ne sait pourquoi, à traduire en allemand, le livre conjoint d’Ahmet Insel et Michel Marian, « Dialogue sur le tabou arménien », entretien avec Ariane Bonzon, (Liana Levi, 2009). Qui sait si elle ne voulait pas dans le fond contribuer à quelque chose de plus grand qu’elle, ou plus prosaïquement espérer combler son désœuvrement par une activité en rapport avec ses compétences langagières. Toujours est-il qu’au moment où elle entreprit ce travail, elle cheminait à l’aveugle, sans même savoir si un éditeur serait intéressé par ce thème. Mais elle parvint au bout du texte et, le livre imprimé, ne reçut aucune gratification. A l’époque, elle souhaitait obtenir une préface d’un certain Cem Özdemir. Et j’ignore si elle l’obtint. Mais déjà ce député vert était sensible à la cause de la reconnaissance du génocide de 1915 et il me plaît d’imaginer qu’il aura lu cet ouvrage, comme d’autres pour s’informer sur la réalité de cette tragédie.

En apprenant le travail acharné de Cem Özdemir pour faire aboutir la résolution allemande sanctionnée par une vote favorable quasi unanime de la part des députés allemands, j’ai tout de suite pensé à mon amie traductrice, heureux de savoir que dans le fond son travail avait eu une certaine utilité et n’était certainement pas étranger aux événements qui viennent de bouleverser les rapports entre Turcs et Allemands. C’est que, en fait, les Arméniens et tous ceux qui œuvrent à l’aveugle dans le sens de la reconnaissance du génocide permettent à la vérité de prendre de plus en plus de consistance. Tout livre qui dit vrai et qui touche juste est comme une bouteille que l’auteur jette à la mer, sans savoir ce qu’il obtiendra en retour, ni quand, ni comment. Mais toujours un livre chemine à travers les hommes, il ouvre sa voie en toute indépendance, librement, comme un enfant qui s’éloigne de ses parents pour semer sa vie parmi les vies des autres. Écrire n’est jamais inutile et même si nos textes ne touchent pas les salauds, pourquoi le feraient-ils ? les esprits archaïques, les rancuniers rétrogrades, si l’acte est sincère, lucide, ouvert sur l’humanité, il n’y pas de raison pour qu’un jour ou l’autre, les mots fleurissent et portent leurs fruits. Écrire, parler, exposer à propos d’une injustice n’est jamais vain. Les Arméniens travaillent à l’aveugle, pensent dans l’obscurité, trainent avec eux leur vérité comme un boulet, mais qui sait si un jour…

 

DD

11 juin 2016

Du vote du Bundestag en faveur du génocide arménien (5)

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:45

 

Bundestag

 

5 – La reconnaissance par l’éducation.

 

La reconnaissance du génocide par l’Allemagne serait incomplète si elle se bornait à son volet historique. On oublie que cette résolution a été conçue en vue de dynamiser l’avenir, dans le sens où elle pourrait constituer avant tout un pari sur la réconciliation. Les Allemands en savent quelque chose qui non seulement ont reconnu leur crime, mais encore l’ont réparé en œuvrant pour un dialogue constructif avec leurs ennemis d’hier. C’est à ce prix que l’Europe s’est faite. Grâce aux efforts de l’Allemagne et à la bienveillance des autres pays, l’Europe s’est humanisée sur la base d’un dialogue loyal, transparent et ouvert.

Concernant les Arméniens et les Turcs, c’est peut-être là un point de friction où les esprits des deux bords, prompts à s’échauffer, vont mettre de l’huile sur le feu, les uns dans leurs revendications, les autres dans leur système d’auto-défense. Mais alors que pourr ait faire l’Allemagne dans l’immédiat ?

Une chose est sûre, et comme cela a été déjà relevé à juste titre, les archives allemandes seront ouvertes. Et ces archives auront beaucoup à révéler. Nul doute aussi que la recherche en Allemagne dans le domaine du génocide de 1915 va susciter de nouvelles vocations aussi bien parmi les Allemands de souche que chez les Turcs vivant avec eux. Vocations non seulement dans le domaine de l’histoire, mais aussi dans celui de l’art comme le cinéma. Car la vérité à ceci d’étrange qu’elle attire d’autant plus fortement qu’on aura voulu la masquer par le mensonge. La propagande finit toujours par lasser. Les découvertes concernant le génocide ne vont cesser d’étonner les générations futures. Et des émotions nouvelles conduiront automatiquement à des actions plus riches en faveur de cette reconnaissance.

Il va sans dire que si l’Allemagne vient de reconnaître le génocide arménien, elle l’inscrira tôt ou tard dans ses manuels d’histoire. C’est dire que les trois millions de Turcs qui vivent en Allemagne et qui envoient leurs enfants à l’école vont, un temps, devoir lutter contre un système éducatif venant contredire la propagande que leur a fait subir le système éducatif turc. J’imagine que ces enfants seront déchirés entre ce qu’on leur apprendra à l’école et ce qu’on leur dira dans le milieu familial. Mais je ne suis pas en mesure de prévoir les effets que devrait avoir sur les parents comme sur leurs enfants un langage où s’affronteront la vérité et le mensonge. Possible que les enfants en soient victimes comme ce fut le cas en Union soviétique dans les familles de dissidents. Possible aussi que le seul moyen d’échapper à la schizophrénie soit pour ces enfants l’occasion inespérée d’acquérir une autonomie intellectuelle qui les rendra cohérents avec eux-mêmes et avec l’évidente vérité historique. En tout cas, les Arméniens qui ont souffert cent années de déni savent aussi que ce même déni ne sera pas sans conséquence sur les Turcs, un jour ou l’autre.

Ce dernier volet de la résolution table donc sur l’éducation. Ces trois millions de Turcs ne constitueront pas éternellement un bloc monolithique négationniste. Si les onze députés d’origine turque ont déjà franchi le pas au risque de leur vie mais pour répondre à leur conscience, c’est bien qu’ils pourraient servir d’exemple pour signifier que le courage de reconnaître est possible. Ceux qui auront eu le cran de le faire seront autant de graines qui franchiront les frontières du déni afin de propager la parole de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée. Ce phénomène est inéluctable. Là encore jouera la loi du quantitatif se muant en qualitatif. Un jour viendra où ce sont les Turcs eux-mêmes qui changeront le cours du négationnisme car sous la masse des documents et des témoignages qui sortiront d’année en année, le négationnisme sera devenu intenable chez eux et même au plan international. Mais les Arméniens d’aujourd’hui, ceux qui militent depuis cinquante ans pour que la Turquie reconnaisse ses crimes, ne seront sûrement plus de ce monde pour s’embrasser et fêter ça comme l’ont fait hier devant le Bundestag ceux qui ont appris le vote en faveur de la résolution. Ils ne seront plus de ce monde mais ils auront fait le monde.

Denis Donikian

Celui qu’on attendait

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 4:16
celui qu'on attendait
*
Le film est sortie en salle ce mercredi et la fréquentation des salles a été assez basse, pour ne pas dire très basse, ce milieu de semaine, beau temps oblige etc …
Si vous pouvez aller voir le film ce w.e (merci à ceux qui l’ont déjà fait)
cela permettra de le maintenir en salle la semaine prochaine, à Paris en particulier.

Merci à tous.
A bientôt.
Serge Avédikian

P.S. A Paris, c’est aux

►UGC les Halles,
►UGC Georges V,
►Gaumont Opera,
►Gaumont Parnass,
►Louxor,
►Le Nouvel Odéon,

en banlieue :
►Boulogne Billancourt au Landowsky ce soir à 18h15,
►Ivry au Luxy, demain soir à 18h ,
►Montreuil au Méliès, lundi soir à 20h30

10 juin 2016

Du vote du Bundestag en faveur du génocide arménien (4)

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:33

Bundestag

 

4 – Fierté nationale : mystique et mystification

La grande souffrance des Arméniens est d’entendre encore aujourd’hui des Turcs non seulement proclamer qu’ils n’éprouvent aucun regret sur les massacres de 1915, mais encore en être fiers. Ce qui, au passage, montre bien que ces Turcs reconnaissent le génocide, non pour s’en repentir mais pour le répéter le cas échéant. Ils savent aussi que cette fierté dans le meurtre ajoute du mal psychologique au « Grand Mal » physique de 1915. Non contents de s’être acharnés sur les Arméniens en 1915, ils continuent de les harceler jusque dans l’exil où ils furent poussés. C’est dire que la chaine des haines de génération en génération ne s’est jamais interrompue. C’est dire aussi que la propagande anti-arménienne qui sévit depuis cent ans au sein du système éducatif a dépassé l’espérance des propagateurs de la fierté turque : elle a réussi aussi bien à falsifier l’histoire et à la faire admettre comme telle, qu’à instiller dans les gênes des générations le mépris de tout ce qui est arménien.

Cependant, loin de nous l’idée de refuser à quelque peuple que ce soit le droit d’être fier de lui-même, surtout quand ce droit est compris comme un élément constitutif de l’unité et du rassemblement. Tous les peuples se réclament nécessairement de ce genre de mystique. Les récents propos de Nicolas Sarkozy sur la France n’en disent pas moins : «  Je suis français, vous êtes français, nous sommes français, c’est une chance, c’est un privilège ! » « La France, c’est un corps, c’est un esprit, c’est une âme ». Or, à y regarder de près, toute fierté nationale repose sur des mensonges. Comme nous l’écrivions : «  Peuples qui se vantent : peuples qui mentent ». Mais aussi : « La mémoire des peuples n’est qu’une glorification d’un moi collectif fondé sur le déni de ses trous noirs ». Il n’y a pas de peuple sans tache, pas de peuple sans bassesse. On peut comprendre la fierté dont se réclament les Turcs ; mais la force avec laquelle ils l’expriment n’est qu’une manière de couvrir les raisons objectives et massives de ce que devrait être leur honte au regard de la chose humaine. A la longue, l’effort de l’effacement aura réussi à substituer du positif au négatif, de l’humanisme à la barbarie. L’obstination des Turcs à vouloir mettre un pied dans l’Europe n’est rien d’autre qu’une manière de vouloir se virginiser à bon compte, comme si un violeur cherchait à se convertir en puceau.

Qu’on ne se méprenne pas, les Arméniens pratiquent eux aussi la « fierté », avec la même technique d’aveuglement qui rend leur histoire lisse et rose comme une peau de bébé. Pourtant les motifs de honte sont légion, même si certains ne trouveraient qu’une main pour les compter, même si, grâce à Dieu, les Arméniens ont assez de sens et de conscience pour voir une âme derrière chaque homme qui souffre. Pour autant, se réjouir de savoir que les Arméniens n’ont jamais eu de penchant génocidaire ne doit pas faire oublier les motifs qui les ont déshonorés hier et les déshonorent encore aujourd’hui. A commencer par la dernière sortie de l’Archevêque Aram Atesyan demandant pardon à Erdogan pour la résolution allemande. Tous ceux qui cherchent bien, trouveront facilement d’autres raisons d’avoir honte à commencer par la délation dont est jalonnée l’histoire arménienne. Hier, c’était Haroutioun Meguerditchian, l’agent de Talaat qui donna des intellectuels arméniens, ou celui qui livra les caches d’armes des Arméniens durant le siège de Van. Aujourd’hui, c’est à une délation patriotique que nous avons affaire, comme de vouloir dénoncer aux autorités françaises les Arméniens qui raconteraient de fausses histoires sur leur pays rien que pour obtenir le statut de réfugiés. Un peu comme en 1936-1939 durant les purges staliniennes qui virent la condamnation de nombreux intellectuels arméniens donnés par d’autres Arméniens. Le système de la délation étant un moyen d’accroître la vigilance révolutionnaire. Combien de collabos se promènent encore dans Erevan et que protège, au nom de la fierté nationale, gage de cohésion, le blocage des archives. Dans ce contexte qui nous fera croire que Mikoyan n’a nullement les mains sales et qu’il n’aurait pas trempé dans des crimes staliniens perpétrés contre son origine ethnique au seul profit de son camp idéologique. D’ailleurs, le patriotisme est souvent la proie d’une idéologie dominante, la patrie étant souvent « le seul pays au monde qui vous veut du bien en vous faisant du mal », écrivions-nous. L’époque soviétique en fut l’illustration et la république d’aujourd’hui, sous les apparences d’une liberté retrouvée, ne vaut guère mieux. La pauvreté qui sévit en Arménie et dont notre roman Vidures n’est qu’un pâle reflet, fait mal aux Arméniens qui y passent, mais pas à ceux qui y vivent, à telle enseigne que la richesse ostentatoire des uns n’a d’égale que l’indifférence ostentatoire des autres. Et qui n’a pas rentré la tête dans ses épaules quand il a appris par les journaux que le catholicos cachait 1,1 million de dollars dans la banque HSBC, au même titre que certains noms de la finance internationale ou des affaires douteuses, plus ou moins recommandables ?

Seulement voilà, ces parties honteuses de la nation arménienne sont communes à toutes les nations. Il reste que les Turcs fondent leur fierté nationale sur un crime de masse. En cela, la Turquie appartient aux peuples qui font exception par leur crime. Surtout par le défaut de repentance. S’en enorgueillir n’est pas admissible. Les Allemands ont réussi à se dégager de leur cynisme depuis les procès de Nuremberg. Certes, le choc de la défaite, le viol des femmes allemandes, la chute du Reich et les ruines ont permis aux Allemands de revenir à la conscience, c’est-à-dire de prendre conscience de leur humanité et de l’humanité de l’Autre. La Turquie n’a rien connu de tel. Et c’est pourquoi sa ferté génocidaire reste intacte. A moins que l’Allemagne, encore elle, ne lui ouvre d’autres chemins que ceux des malheurs qui l’ont frappée.

 

D. Donikian

7 juin 2016

Du vote du Bundestag en faveur du génocide arménien (3)

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 8:56

Bundestag

3 – Du quantitatif au qualitatif

 

Immédiatement après le vote du Bundestag en faveur de la résolution concernant le génocide des Arméniens et des minorités chrétiennes en 1915-1916, le président Erdogan, en chef d’orchestre paranoïaque, a déclenché le hallali contre Madame Merkel et ces députés d’origine turque qui seraient selon lui le bras prolongé du tant honni PKK. En fait, quand on déplaît à Erdogan, on entre automatiquement dans la catégorie de terroriste. On l’a vu avec les députés du HDP (Parti démocratique des peuples) et on se demande si bientôt Madame Merkel ne va bénéficier d’une même appellation. Si les Arméniens de par le monde se sont réjouis du camouflet adressé par des Européens à cette Turquie négationniste qu’ils ne cessent depuis cent ans de rappeler à l’ordre, ils se sont aussi rendus compte combien ces cent années de combat n’ont toujours pas réussi à infléchir la conduite morale de ces Turcs droits dans leurs bottes, acharnés à nier les événements de 1915. Ils se disent que ces mêmes Turcs sont d’indécrottables génocidaires, qui non contents de fabriquer du génocide sont aussi capables de nier l’histoire des faits. Partant de là, ils calculent que si cent années de militantisme en faveur de la reconnaissance par la Turquie n’a entrainé que cent années de négationnisme, ni les Arméniens d’aujourd’hui ni leurs petits-enfants ne verront le vert soleil de la vie revenir sur les terres arméniennes dont furent chassés leurs ancêtres. Il est vrai qu’un bon génocide pour un Turc est un génocide réussi, un génocide qu’on oublie. Mais comment oublier justement que ce génocide-là est inscrit dans les gênes des Arméniens ? Et que tant qu’il ne sera pas reconnu par leur auteur historique, les Arméniens n’auront pas de repos. On peut même gager que cette mission que se sont donnée les Arméniens n’est pas près de s’éteindre, ni avec eux, ni avec les générations qui suivront. Mais ils devraient savoir qu’un jour ou l’autre tout finit par basculer, car le monde politique qui tend vers plus de moralisation est de plus en plus avec eux. Plus les Arméniens accumuleront leurs accusations à coup de commémorations, livres, débats, reconnaissances par les pays, plus la Turquie sera cernée par le feu et sera condamnée par l’opprobre et la paralysie. Qui ferait confiance à un pays qui nie ses crimes ? Qui voudrait comme partenaire transparent un pays fondé sur le mensonge ? Et donc, la loi du quantitatif se muant en qualitatif jouera en faveur de cette reconnaissance par le criminel, qu’il le veuille ou non. En attendant ce jour, les Arméniens sont condamnés à persévérer dans la voie où ils se sont engagés depuis toujours, la voie obstinée de la mémoire.

D. Donikian

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