Ecrittératures

21 février 2018

Insomnie

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 10:56

 

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( de Donatella Marraoni)

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Avec la nuit les démons viennent

C’est le bruit de la nuit le même

Dieu de mes insomnies

Qui me ronge le sang à vie

 

 

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17 février 2018

Or la joie et le cœur

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 5:25

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( de William Blake)

*

Or la joie et le cœur

Grisé d’immeubles gris

Hors le vide et la mort

Grimés du pieux gri-gri

 

Des vieilles religions

Soumis j’étais perdu

Dépendant de légions

Souvenir de pendu

 

Démons des maladies

Déminés et maudits

Vous n’aurez pas ma peau

 

Je veux la joie et le cœur

Jeux d’amour contre peur

Voué à vivre haut

15 février 2018

Vive la censure !

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 3:51

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La bêtise des politiques en matière de pensée est souvent le terreau du génie artistique. Comme chacun sait, là où il y a de la gêne peut advenir le génie. Ce que les membres de l’OULIPO ( Ouvroir de littérature potentielle) avaient bien compris. Là où il n’y a pas de gêne, il n’y a pas de jouissance esthétique. Les Japonais qui pratiquent l’érotisme des nœuds savaient ça. Plus on saucissonne le corps aimé, plus la jouissance monte des profondeurs. Ah ces Japonais ! Ils auront toujours pratiqué le minimalisme en matière d’art, d’architecture, d’horticulture et d’alimentation. Le sushi, le jardin zen et le haïku relèvent du même état d’esprit minimaliste. On élimine le superflu pour atteindre l’épure. Ce que la cuisine moderne française a compris qui propose ses plats comme du comestible visuellement poétique.

Or, c’est en s’inspirant de leur culture fondée sur la restriction que les Japonais se trouvent à l’aise dans leur vie tant le peu permet de cultiver la perfection alors que l’exubérance fait perdre la tête et la maîtrise de la matière.

Quand un peuple baroque de nature se voit imposer de l’extérieur des contraintes, il s’oblige à filer droit dans les couloirs des lois, des règles et de la peur. Ces murs symboliques qui canalisent son existence permettent aux vies de mieux couler en s’abstenant de penser dans les débordements souvent inconséquents et même dangereux.

Mais que valent alors ces contraintes extérieures en matière d’art ? Soit elles tuent l’artiste, soit elles le fécondent. Nous n’irons pas par quatre chemins, la censure politique peut être considérée comme une aubaine pour les artistes qui tombent brusquement dans le chaudron démoniaque des censeurs politiques.

Trois cas me viennent à l’esprit. Ceux de Sergueï Paradjanov, d’Artavazd Pelechian et de Jafar Panahi.

Concernant Sergueï Paradjanov, nul doute qu’il y a une nette rupture esthétique entre les Chevaux de feu et Couleur de la Grenade. C’est qu’on passe d’un monde cinématographique appris à un monde cinématographique inventé, d’un mode narratif linéaire à un mode narratif fragmenté. Après les envolées du genre cinéma soviétique, dans Couleur de la Grenade, c’est le figé qui fait sens. Sergeï Paradjanov fait en sorte que ses images regardent les yeux dans les yeux ceux qui ont cru censurer son imagination. Et voilà qu’elles leur font la nique. De fait, avec ce film, Paradjanov invente un nouveau langage, si nouveau qu’il restera unique, inimitable et puissant.

Dans le même ordre d’idée, Artavazd Pelechian contourne la censure en prenant le matériau des archives soviétiques – donc autorisé – pour bâtir à coup de ciseaux des films d’un genre inédit, propre à satisfaire la censure. Or, le génie de Pelechian, c’est de faire émerger du sens à partir des images décousues, furtives comme l’éclair qu’il fait cracher sur l’écran.

Avec Taxi Téhéran, Jafar Panahi se moque de ceux qui l’auront condamné en 2011, en lui interdisant de réaliser des films pour une période de vingt ans. Mais il faut bien travailler. Le réalisateur s’improvise chauffeur de taxi transformant sa voiture en studio dans lequel les clients vont devoir exprimer les effets secondaires d’un système politique absurde. Dès lors, cette voiture va esquisser le portrait d’une ville engoncée dans ses débrouilles, ses traditions aberrantes et les formatages d’un pouvoir qui cherche à imposer une idée de la vie qui n’a rien à voir avec la vie même. Le tour de force de ce film, c’est qu’on ne sait jamais si on est dans le réel vrai ou le réel scénarisé. Et c’est ce qui lui confère aussi son originalité.

Bien sûr, on aurait rêvé que des cinéastes arméniens, qu’ils soient de la diaspora ou d’Arménie s’emparent avant Jafar Panahi de ce taxi cinématographique pour dire la ville de Erevan telle que la vivent les gens. Hélas, la censure en Arménie est si peu draconienne que les artistes éprouvent encore un sentiment de liberté. Du moins, sont-ils assez lâches pour croire qu’ils sont libres et pour rester aveugles sur les modes désespérés que le pouvoir impose à la vie. Quant aux cinéastes de la diaspora, ils n’ont pas assez de couilles ni de talent pour être à la hauteur d’un Paradjanov ni d’un Panahi.

 

Denis Donikian

Aux marges de la mer

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 8:25

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Qui je fus sur ta peau comme un ver qui vibrait

A chercher sa raideur sous le feu noir de l’homme

Mol émoi en désir d’insondable absolu

Qui barattait mon sang amoureux de ton sang

Jusqu’au point culminant où la cime est éclat

J’étais comme un cheval au galop sur la plage

Aux marges de la mer et aux rives du sable

14 février 2018

Mon corps ne le connais

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 6:48

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( de Pawel Kuczynsky)

 

Mon corps ne le connais

Que ces cris qu’il m’arrache

La nuit dans mes draps seul

Le jour dans mes silences

L’esprit ailé de ma jeunesse

A fondu dans le plomb

Las d’espérer le grand air

De survivre au déclin

Grand large des mers et des cimes

Souffle dans mes voiles malades

Vers où tu voudras que je sois

 

13 février 2018

Des hauts et des bas

Filed under: PROSE POESIE — denisdonikian @ 5:25

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Quand tu montres ta bouche Oh

J’imagine ta bouche Ah

Quand tes cheveux Oh

Vois tes cheveux Ah

Car ainsi vont mes yeux

De tes hauts vers tes bas

Impénitent  est ce dieu 

Qui te pense comme ça

11 février 2018

L’ACTU QUI TUE

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,L'ACTU QUI TUE — denisdonikian @ 4:20

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A la bonne heure ! Mon cousin germain revient d’Arménie. Il avait les dents en râteau. Et le voici qu’il nous est réapparu tout sourire avec des chagnottes made in armenia, blanches comme de l’ivoire et rangées serrées comme des troufions à la parade.

Je dois dire que mon cousin avait quitté l’Arménie il y a plus de vingt ans pour vivre en France. Mais ce cher pays de France reste trop cher pour une bourse d’exilé. Donc retour au pays du sourire où les dentistes diplômés vous rectifient une dentition à un prix défiant toute concurrence.

L’État arménien s’est empressé de sonner à tout va l’excellence de la culture médicale arménienne.

Pour une rage de dent, peut-être. Mais cette excellence est loin de couvrir les autres maladies. Ce qu’on s’empresse de vous camoufler.

C’est que nos Arméniens, experts en business et ruse marketing, savent agréablement jouer sur les amalgames pour tirer la fierté nationale du jeu. Voyez Tatev, le plus long téléphérique du monde. C’est en Arménie, les gars ! C’est donc le génie arménien qui a fait ça ! ( Non, c’est le génie suisse et italien, qu’on se le dise).

Dans certains centres de dialyse en France on voit venir des Arméniens. Mais on ne fait pas de dialyse chez vous ? Oui, mais ils sont si mauvais qu’on frise la mort à tous les coups. Ceux qui peuvent se payer le voyage et le séjour en bradant le tout venant pour subvenir aux dépenses ne diront pas que l’Arménie a une excellente culture médicale. D’autant que les dentistes sont souvent passés par l’Europe pour parfaire leurs connaissances.

Quant à la greffe du rein, ce n’est pas dans leur pays que les insuffisants rénaux d’Arménie pourront espérer sortir de l’aliénation que constitue une hémodialyse. En Arménie, un rein peut se donner à l’intérieur d’une famille, pas d’un Arménien lambda à un autre Arménien lambda, décédé ou non. Ce n’est pas dans la culture compassionnelle des Arméniens, Aghper djan’ tsavet danem ( soit : « mon frère je prends ton mal ». Mon cul, oui !)

Voir l’article sur Armenews ICI

*

A la male heure ! Le taux de pauvreté en Arménie va augmenter en 2018 ( Voir ICI). Selon le chef de l’union des employeurs arméniens, Gagik Makaryan, les 20 000 emplois prévus par an ne suffiront pas à enrayer une pauvreté qui s’élevait à 29,8% en 2015. Il précise qu’en cette même année 2015, 900 000 personnes pauvres vivaient en Arménie. Parmi elles, 310 000 étaient très pauvres et 60 000 vivaient dans une pauvreté absolue, soit respectivement 19,4%, 8,4% et 2%.

60 000, c’est l’équivalent de deux villes comme Vienne dans l’Isère où je suis né.

On me dit : c’est la guerre.

Certes, mais cette guerre n’a pas empêché certains Arméniens de s’enrichir. Je dirai même que la guerre est souvent à la source de leur enrichissement.

Elle n’a pas empêché les trois présidents de trahir leur devoir de compassion et d’exemplarité. Quand on préside au destin de l’Arménie, on n’a pas le doit de vivre mieux et plus haut que ceux des Arméniens qui doivent supporter le froid et la faim.

Cette pauvreté est une honte qui rejaillit et sur les autorités arméniennes et sur notre diaspora.

Mais aussi sur les intellectuels d’Arménie et les intellectuels de la diaspora, ces parleurs qui creusent de leurs paroles le vide de leur propre cœur.

Mais également sur les thuriféraires patentés et lâches des autorités arméniennes, sorte de laquais de la fierté nationale, qui vivent le cul au chaud et la tête enflammée par l’exaltation permanente.

Qu’on me dise quelles réformes ont fait les ministères concernés pour sortir les pauvres  de la pauvreté !

Qu’on me dise quel usage a fait le gouvernement de l’immense manne européenne et autre qui lui tombe du ciel depuis vingt ans.

Qu’on me dise quel obstacle empêche la diaspora d’investir en Arménie, alors qu’elle n’attend que ça.

Heureusement, nous avons notre bon et généreux catholicos qui a mis 1,1 million de dollars dans une banque suisse dans la louable intention de subvenir aux besoins de ces 60 000 Arméniens les plus oubliés de la planète, même de Dieu.

Denis Donikian

10 février 2018

« Bravo Virtuose » film de Lévon Minassian

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 5:12

 

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SEANCES AUXQUELLES IL FAUT ETRE NOMBREUX

Cinéma les 3 Luxembourg  ( 67 rue Monsieur Le Prince Paris 6

14 février : 20H30

16 Février : 20H30

Cinéma Jeanne Moreau (22 rue Paul Vaillant Couturier, 92140 Clamart)

14 février à 20 h

9 février 2018

La visite de Vasken 1er au Collège Samuel Moorat en 1956

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:00
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14 janvier 2018

Entretien avec Edhem Eldem

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:51

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1 – Dans un entretien au Journal le Monde, daté du 22 avril 2015, conduit par Gaïdz Minassian, à l’occasion des commémorations du génocide de 1915, Edhem Eldem, spécialiste de l’histoire économique et sociale du XIXe siècle et membre organisateur de la conférence de 2005 à Istanbul sur le sort des Arméniens de l’Empire ottoman, estime que pour la grande majorité de la population turque, vivant dans l’ignorance ou la négation des faits de 1915, toute forme de reconnaissance ou de commémoration équivaut à une trahison. Toutefois, impensables il y a à peine une décennie, les commémorations sont désormais possibles.

 

2 – Sous l’Empire ottoman, Arméniens et musulmans turcophones entretenaient des rapports de proximité et de familiarité, les premiers parlant la langue des « Turcs » et tous partageant un profond ancrage dans le territoire anatolien. Simples paysans dans ce territoire, les Arméniens affichaient à Istanbul un profil proche des musulmans. Cependant, taxés de millet-i sadıka, ou « nation fidèle », les Arméniens, dans leur écrasante majorité, ne se concevaient pas d’avenir ailleurs que dans l’empire tandis qu’ils finirent par être « accusés de tous les maux d’un système en déliquescence ».

 

3 – L’influence ambivalente d’une modernité issue des transformations politiques et idéologiques de l’Europe va engendrer d’une part la rationalisation des institutions, une intégration dans le monde extérieur et l’émancipation des « non-musulmans », de l’autre l’établissement d’un fossé entre « l’élite et les laissés-pour-compte ». De fait, les Arméniens aussi bien que les communautés non musulmanes vont bénéficier du principe d’équité, à savoir d’être traités avec justice sans pour autant être considérés comme des égaux. Si l’élite et les classes moyennes jouissent de certains acquis sociaux, il n’en est pas de même pour les droits politiques. Frustrations et tensions vont créer ainsi un mélange explosif.

 

4 – Dans ce contexte, les Arméniens ottomans, en dehors de quelques vœux pieux et de réforme prononcés au congrès de Berlin de 1878 et d’une vague de compassion dans les années 1890, vont mourir par millier au cours du génocide. « Sous Abdülhamid II, le massacre devient l’instrument d’un terrorisme d’État dirigé contre toute une communauté. Dès lors, il paraît impossible de ne pas faire un lien entre le caractère particulièrement systématique de cette vague de violence et la politique d’annihilation et de destruction que mettront en place les Jeunes-Turcs. »

 

5 – Si l’Histoire en Turquie a été gelée au profit d’un nationalisme qui constitue une culture de masse, aucun gouvernement n’oserait aller à contre-sens au risque de perdre massivement des voix. Cependant, la conférence de 2005 sur le génocide montre qu’il est désormais possible d’évoquer ce sujet. De nos jours encore, « l’exploitation et la manipulation de l’histoire à des fins politiques sont à la base de l’idéologie et de la politique turques depuis environ un siècle. »

 

 

13 janvier 2018

VACCINS : campagne de propagande de l’INSERM

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 11:19
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Par Eric Müller

Chère lectrice,
Cher lecteur,

Ça y est ! Depuis le 1er janvier 2018, le passage de 3 à 11 vaccins obligatoires pour tous les nouveau-nés de France est effectif.

Les protestations des Français sont toujours aussi vives. Et le gouvernement continue de les ignorer façon dictature.

Depuis juin dernier, le gouvernement mène d’intenses campagnes de propagande par l’intermédiaire des médias. Mais ça ne trompe plus personne… Les Français voient bien leurs manœuvres.

La différence ici, c’est qu’ils s’en prennent à nos enfants. Et ça, c’est lâche !

Plutôt que de débattre, ou de conduire des études sérieuses, la ministre de la santé Agnès Buzyn continue d’accabler les opposants à l’obligation vaccinale.

Tout ça avec la bénédiction d’Emmanuel Macron…

Le dernier coup bas vient de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), qui vient de publier une « note de synthèse [1] » au sujet des 11 vaccins obligatoires.

Devinez qui est le directeur de l’INSERM ? –vous allez rire

L’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) est une institution publique placée sous la tutelle des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur.

Le président directeur général de l’INSERM n’est autre qu’Yves Lévy, médecin immunologiste et (accessoirement) mari d’Agnès Buzyn, la ministre de la Santé [2].

Je ne m’étendrai pas davantage sur ce conflit d’intérêt flagrant parce que l’arnaque est déjà connue, et que les époux Lévy-Buzyn n’en sont pas à leur coup d’essai.

Pendant ce temps, les médias évoquent sans rougir « l’indépendance de l’INSERM » [3] pour donner du crédit à cette note de synthèse censée faire taire les opposants à l’obligation vaccinale. De qui se moque-t-on ?

Comment ils ont détruit la réputation que l’INSERM se forgeait depuis 1964 !

Le premier argument avancé par l’INSERM pour défendre les 11 vaccins est celui de l’efficacité :

Ils protègeraient les enfants contre la maladie à 90%…

Cela laisse (au moins) 10% de risques, pour une pratique qui n’est pas anodine !

Rien de neuf ici : cet argument a déjà été avancé et réfuté [4].

L’INSERM reconnaît que « des effets indésirables mineurs sont communs à tous les vaccins injectables ».

Il est question de douleurs musculaires ou articulaires, de fièvre, de rougeurs et de gonflements… ainsi que des cas d’allergies graves et imprévisibles qui nécessitent un traitement d’urgence.

Au passage, les « experts indépendants » (hum…) de l’INSERM réaffirment qu’il n’existe aucun lien entre l’autisme et le vaccin contre la rougeole.

Leur preuve n’a rien de scientifique, dans la mesure où aucune étude sérieuse n’a été conduite pour vérifier l’innocence du vaccin. C’est l’absence de lien avéré qui sert d’argument, ce qui ne constitue en rien une preuve !

Les médias s’empressent de souligner que l’auteur de l’étude qui suggérait un lien entre autisme et vaccin contre la rougeole a été radié de l’ordre des médecins britanniques et son article rétracté…

On ne saura pas s’il s’agissait d’une fraude scientifique, ou d’une découverte qui dérangeait des intérêts trop puissants ?

Les mêmes conclusions hâtives sont tirées concernant le lien entre sclérose en plaques et vaccination contre l’hépatite B. Bien sûr, personne ne donne aucun détail sur les études qui permettraient d’« éliminer tout lien » de causalité entre vaccination et sclérose en plaques. On n’en saura pas plus.

L’aluminium, un adjuvant « inoffensif » ???

L’INSERM n’hésite pas à se discréditer pour protéger le projet gouvernemental.

Dans leur note, les chercheurs de l’Institut affirment sans ciller que l’aluminium utilisé dans les vaccins pour irriter le système immunitaire et augmenter la production d’anticorps – est TOTALEMENT INOFFENSIF.

Si nos défenses immunitaires lancent une contre-offensive dès qu’elles détectent de l’aluminium… comment l’INSERM peut-il déclarer l’aluminium inoffensif ???

Là encore, on est loin du raisonnement scientifique…

L’INSERM spécule sur les statistiques : depuis 90 ans que nous utilisons des vaccins, les adjuvants ne se sont pas révélés toxiques.

Comment peuvent-ils en être sûrs puisque les médecins ne rapportent presque jamais les effets indésirables liés aux vaccins ?

D’autant qu’on a tout de même recensé des cas de troubles musculaires ou cognitifs attribués à l’aluminium des vaccins, et cela suffit à l’INSERM pour décréter que l’aluminium en soi n’est pas dangereux.

Cette mauvaise foi scientifique est grave. L’injection de métaux lourds dans l’organisme encore fragile des nourrissons va devenir une norme, sous prétexte que « dans l’ensemble, ça marche ».

Mais cela marchera-t-il toujours quand 11 doses de vaccins chargés d’aluminium seront injectées à votre enfant, au lieu de 3 ?

Seriez-vous prêts à parier sur la santé de vos enfants parce que les médecins rapportent peu de complications ?

Comme l’ont montré les grands scandales sanitaires français : Médiator, Vioxx, Levothyrox, Lyme, statines…, le système français de pharmaco-vigilance est complètement défaillant.

Ces affirmations sont d’autant plus dangereuses qu’un groupe de chercheurs français, dont le travail repose sur de vraies études, a récemment conclu à la dangerosité de l’aluminium vaccinal, même en petites doses.

Cela n’intéresse sûrement pas l’INSERM. Tout ce qui compte, c’est d’écraser les « arguments catastrophistes des lobbys anti-vaccins ».

Ce qui devrait être un débat scientifique éclairé par des preuves devient un procès politique où la médecine n’a plus de valeur, où seules comptent les statistiques.

L’obligation vaccinale, une exception française

L’INSERM regrette que la France soit un des pays au monde où la défiance vaccinale est la plus forte… Mais il oublie de préciser qu’il s’agit aussi d’un des rares où la vaccination est obligatoire !

Il est donc normal que nous en parlions plus que dans les pays où il n’y a pas d’obligation vaccinale :

  • Royaume-Uni
  • Irlande
  • Allemagne
  • Autriche
  • Pays-Bas
  • Suède
  • Danemark
  • Norvège
  • Finlande
  • Islande
  • Lituanie
  • Lettonie
  • Estonie
  • Suisse
  • Luxembourg
  • Espagne
  • Portugal
  • Chypre

Ces pays sont-ils pauvres, sous-développés ? Ces pays sont-ils privés d’accès aux recherches médicales de pointe ? Les populations de ces pays sont-elles en mauvaise santé ? Absolument pas.

Ce sont des populations riches et développées, comme la nôtre. Ces pays ont pourtant décidé de ne pas rendre les vaccins obligatoires car la liberté est une valeur cardinale de nos régimes politiques, à plus forte raison quand il s’agit de protéger ses enfants.

Et pourtant, l’INSERM s’obstine, et décrète que l’obligation vaccinale est la seule chance pour la France d’éviter les épidémies.

Avez-vous entendu parler d’épidémies récentes en Irlande, en Allemagne ou en Suède ? Moi non plus.

Une injonction à rentrer dans le rang

L’INSERM transforme une question citoyenne en un débat politique. Il schématise la pensée de ceux qui critiquent l’obligation vaccinale : ce n’est pas qu’une question de « pro » et d’« anti » ! Vous pouvez faire vacciner vos enfants et être contre l’obligation.

C’est le caractère obligatoire des vaccins, et pas le principe de vaccination en lui-même qui suscite le plus de débats.

Mais ça n’a pas d’importance pour l’INSERM, trop occupé à relayer la propagande du gouvernement. Leur note de synthèse n’apporte rien de neuf au débat. Il ne s’agit pas d’un effort pédagogique, ni d’une contribution scientifique à la discussion… C’est une injonction à rentrer dans le rang !

La résistance s’organise

Face à un tel mépris des pouvoirs publics, qui n’hésitent plus à donner dans l’arnaque intellectuelle ou à multiplier les conflits d’intérêts, la voie de la désobéissance est notre seule alternative.

Malheureusement, les parents dissidents s’exposent à des poursuites judiciaires, et les enfants non-vaccinés se verront refuser l’accès aux crèches (entre autres) !

C’est pourquoi, que vous soyez parent ou non, je vous invite à signer notre grande pétition pour montrer à cette élite corrompue combien nous sommes face à eux.

Faites-leur comprendre que les Français ont la tête dure, et qu’ils ne laisseront pas leurs enfants se faire empoisonner sur ordonnance !

Bien à vous,

Eric Müller

 


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[1] Actualités – INSERM
[2] Comment Matignon tente de sortir la ministre Agnès Buzyn d’un embarrassant conflit d’intérêts, Étienne Girard – 19/10/2017
[3]11 vaccinations obligatoires : l’INSERM s’engage pour la transparence scientifique, Dr. Philippe Montereau, 18/12/2017
[4] Vaccins. L’Inserm assure qu’ils sont efficaces et sûrs pour les enfants
[5] Aluminium dans les vaccins: Les conclusions de chercheurs français dévoilées

9 janvier 2018

Le Catholicos prêche pour les plus pauvres durant la messe de Noël

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 10:54

 

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Ne faites pas comme moi, ne cachez pas 1,1 million de dollars dans la banque HSBC.

Distribuez votre argent aux pauvres !

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (7)

Filed under: ARTICLES,INTELLECTUELS ARMENIENS — denisdonikian @ 6:43
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En s’adressant à une élite, nos conférenciers donnent l’impression d’oublier le reste du pays, et même le pays lui-même. En ce sens, ils n’intéresseraient qu’une poignée de personnes avides de nouveautés, soucieuses d’aborder quelques continents de la connaissance dont ils furent exclus. De ces spéculations qui semblent loin d’être en phase avec les urgences du pays, s’échappent des bribes de questions, s’ouvrent des brèches susceptibles de produire du positif et du concret dans le tissu social. Mais ces discours de rattrapage, qui visent à combler des lacunes et, au mieux, susciter l’esprit d’inquiétude et d’interrogation auprès de leur public, sont d’autant plus vite oubliés qu’ils ne se prolongent par aucune action concrète au profit du plus grand nombre.

Loin de moi toute volonté de condamner ce genre de conférence entre un conférencier qui domine son sujet et un public dominé par son ignorance autant que par d’autres urgences, quotidiennes et personnelles. Comme on dit, cela vaut mieux que rien du tout.

Cependant, ce face à face entre un conférencier compétent et un jeune public ouvert constitue un moment privilégié qui mériterait de se prolonger par des réflexions et des actions. Au contraire, ici, la parole parle et écrase de son poids au lieu d’inspirer et de produire des élans de libération, des poussées d’inventivité, des envies de bonheur.

En d’autres termes, à l’heure actuelle, ces conférences sont stériles pour l’Arménie. Elles ne donnent aucune arme pour combattre la corruption, renforcer la démocratie ou éradiquer la pauvreté. Le rôle des intellectuels n’est pas seulement de déjouer les ruses du pouvoir, il consiste aussi à promouvoir des actions libératrices. Non à organiser l’espace public dans le sens d’un d’affrontement politique, mais à insuffler des aspirations au changement. Un intellectuel ne fonde pas un parti politique, il féconde l’esprit.

De fait, ce qui manque à l’Arménie, aujourd’hui plombée par la guerre et anémiée par la pauvreté et la désertion démographique, c’est une aptitude à proposer des utopies en commençant par retourner les conventions, à oser des idées qui déconstruisent les habitudes de pensée pour les rendre obsolètes. Or, qui pourrait idéalement le mieux contribuer à opérer ces changements sinon ces conférenciers et ce public ?

Je suis sûr qu’avec peu de moyens et avec quelques esprits qui en veulent le monde arménien en Arménie peut s’améliorer et produire plus de bonheur.

Quand je parle d’utopie, je n’évoque pas les utopies meurtrières comme le communisme, le nazisme et autres. Pour autant, nous ne devons pas négliger le fait que ce que nous vivons actuellement en occident n’est rien moins que le résultat réussi des utopies du passé. L’humanité n’avance qu’au gré de ses utopies, quitte à rencontrer des ratés douloureux et sanglants. La démocratie en France est le résultat des penseurs des Lumières et de la Révolution. Même si cette longue marche n’est toujours pas achevée. Nous devons aux rêveurs de l’absurde l’état d’abondance dans lequel nous nous trouvons. C’est que nous oublions combien la pauvreté a été le lot commun du plus grand nombre il y a encore quelques décennies en France, mais aussi dans toute l’Europe. Rappelons que la fin de l’esclavage, qui souffre encore de résurgences sporadiques, est le résultat d’une utopie, celle de l’égalité de droits entre les hommes. Aujourd’hui, sous nos yeux, une nouvelle utopie prend racine dans les mentalités, celle qui consiste à éradiquer la prédation sexuelle au sein des sociétés avancées. La femme est l’avenir de l’homme, disait Aragon.

Ceux qui voudraient se convaincre que l’impossible est possible devraient lire l’essai, traduit en plusieurs langues, de Rutger Bregman, Utopies réalistes. Un de ces livres que nos conférenciers ne seront pas à même de présenter, étant trop loin des tendances de leur esprit. Ce livre propose, analyses et preuves à l’appui, l’espoir d’un monde meilleur, fondé sur une semaine de travail de quinze heures, l’éradication des sans-abri, mais aussi de la pauvreté par le revenu de base universel. Cette expérience, le Canada l’a réussie, tandis que Richard Nixon, soucieux d’entrer dans l’histoire, rêvait de ce revenu pour des millions d’Américains. La même expérience a donné des résultats incontestables dans un village du Kenya. Car ce qui manque au pauvre, ce n’est pas l’esprit, c’est l’argent, tandis que le manque d’argent appauvrit l’esprit. Un revenu minimum, sans contrepartie, qui pourrait le rendre à lui-même, lui rendre sa dignité.

L’Arménie est une force. N’en déplaise à ceux qui n’y croient pas ou à ceux qui ont toujours pensé que je voyais le verre à moitié vide, il faut reconnaître que les Arméniens vivent mal, les autochtones par la frustration économique, les gens de la diaspora par la frustration patriotique. Il arrive que ces frustrations se rencontrent et réalisent de ces utopies qui apaisent les deux parties. Ici, je voudrais rendre hommage à un ami, Arménien de la diaspora, un simple, un discret, mais un ami généreux et pragmatique. Quand sa santé le lui permettait encore, il se rendait en Arménie et parcourait le pays de part en part. Au gré des rencontres et des besoins, cet homme distribuait de l’argent à qui voulait monter une entreprise, acheter une machine ou autre pour améliorer son quotidien. Et puis, laissant passer une année ou deux, il revenait sur place, voir ce que ses dons avaient donné. Bien sûr, tous les destinataires ne pouvaient pas être honnêtes, mais ceux qui avaient compris le « truc » avaient réussi à sortir d’une certaine pauvreté.

Cette façon de faire « compassionnelle », improvisée, n’est certes pas le meilleur moyen de traduire une utopie en réalité. Mais je vois là l’embryon d’une petite révolution qui permettrait à l’Arménie d’être plus forte par une sorte d’osmose économique entre la diaspora et les autochtones.

Dès lors, pourquoi ne pas mettre en place un organisme mixte Arméniens-diaspora, moralement sûr et motivé, chargé de travailler dans le sens qui consisterait à remettre pendant une période définie, un salaire, sans contrepartie, aux habitants d’un village arménien affecté par la pauvreté. Ces sommes seraient recueillies auprès des Arméniens de la diaspora, informés sur la vocation de leur don. Je parie que ce salaire gratuit produirait plus de bonheur et d’activités que de paresses ou d’oisiveté.

Les réflexions restent ouvertes et les utopies attendent de naître et d’être fécondées.

Bref, soyons naïfs.

 

Denis Donikian

 

(fin)

6 janvier 2018

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (6)

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« Je te plains, terre d’Arménie ; je te plains, contrée supérieure à toutes celles du nord, car ils te sont ravis, ton roi et ton pontife, le conseiller et le maître de la science ! La paix a été troublée, le désordre a pris racine ; l’orthodoxie a été ébranlée, et l’hérésie s’est fortifiée par l’ignorance. »

« Je te plains, Église d’Arménie ; le magnifique éclat de ton sanctuaire est obscurci, car tu es privée du pasteur excellent et de son compagnon. Je ne vois plus ton troupeau spirituel paître dans la prairie verdoyante, le long du fleuve de la tranquillité ; je ne vois plus le troupeau rassemblé dans la bergerie et protégé contre les loups ; mais il est dispersé dans des déserts et des précipices. »

« Les docteurs ignorants et prétentieux, achetant l’honneur [du sacerdoce] et non désignés par Dieu, élus à prix d’argent et non par l’esprit, avares, envieux, méprisant la douceur dans laquelle Dieu se complaît, deviennent des loups déchirant leurs propres troupeaux. »

« Les moines hypocrites, orgueilleux et vains, préfèrent les honneurs à Dieu. »

« Les ecclésiastiques hautains, pleins d’assurance, débitant des futilités, paresseux, ennemis des sciences, des instructions des docteurs, préfèrent le trafic et les bouffonneries. »

« Les disciples insouciants de s’instruire, pressés d’enseigner avant d’avoir approfondi la science, siègent en théologiens. »

« Le peuple altier, insolent, hautain, désœuvré, caustique, malfaisant, fuit l’état ecclésiastique. »

« Les soldats brutaux, fanfarons, laissant le métier des armes, paresseux, débauchés, intempérants, pillards, sont devenus les émules des brigands. »

« Les princes révoltés, associés aux voleurs, avares, cupides, spoliateurs et dévastateurs, dépravés, Ont l’âme semblable à celle des esclaves. »

« Les juges partiaux, faux, trompeurs, avides de cadeaux, prévaricateurs, sont faibles dans leurs jugements et se livrent à des controverses. »

« En somme, tout sentiment de charité et de pudeur a disparu d’au milieu de tous. »

« Les rois deviendront des tyrans cruels, exécrables, qui imposeront des charges énormes et accablantes, et donneront des ordres intolérables ; les supérieurs, sans souci de la justice, seront sans pitié. Les amis seront trahis et les ennemis triompheront. La foi sera vendue au profit de cette vie futile. Les brigands, en nombre considérable, afflueront de toutes parts. Les maisons seront ruinées, les propriétés volées ; il y aura des chaînes pour les chefs, des prisons pour les notables, l’exil pour les gens libres et la misère pour la masse du peuple. Les villes seront prises, les forteresses détruites, les bourgs mis au pillage, et les édifices livrés aux flammes. Enfin, il y aura de longues famines, des épidémies et des morts de toute espèce. Le culte divin sera oublié et on aura l’enfer à ses pieds… »

Qui a écrit pareil texte sur l’état de déliquescence de l’Arménie sera vite accusé par les inconditionnels de l’Arménie, entité idéale, absolue et intouchable, de ne voir que le verre à moitié vide plutôt que sa partie pleine. Pour avoir à longueur de livres lancé les mêmes diatribes, un de nos conférenciers nous a affublé du titre peu amène de « mouche du coche ». Loin de nous l’envie de régler nos comptes avec un ami qui n’aura jamais voulu que notre bien, mais force est d’admettre que cette formule est d’autant plus malheureuse qu’elle dévoie notre légitime souci de lucidité et de clairvoyance contre les thuriféraires pathologiques de la cause nationale, prompts à défendre becs et ongles leur pré carré. La chose est d’autant plus étonnante que ce même intellectuel peut jouir librement aux critiques faites sur l’état de la France sans pour autant accepter qu’on détruise l’image de l’Arménie. Or, loin de détruire l’image de l’Arménie que de dénoncer une culture et une gouvernance qui maintiennent le pays dans l’obscurantisme, la pauvreté et l’oppression, nos livres cherchent au contraire à déconstruire cette image pour la relever. Laissons à ses partisans l’idée d’une Arménie idéale, absolue et intouchable, qui contribue à maintenir le pays en l’état, tandis que la nécessité de faire table rase pour susciter des utopies réalistes peut seule rendre aux Arméniens leur force et leur dignité. Car l’idée de l’Arménie importe moins aux yeux des Arméniens que la joie de vivre librement, sachant que les impératifs de sécurité nationale ne doivent pas étouffer les impératifs du bonheur.

« Mouche du coche », Donikian ? Que non ! Nous ne croyons pas qu’avec nos simples mots nous ferons avancer d’un pouce ici et maintenant le char lourd de l’Arménie. Mais nous sommes persuadés que ces mêmes mots qui sèment des doutes rafraichissent en même temps l’image du réel arménien. Écrire, en effet, c’est semer. Semer des indignations, des compassions pour qu’un jour ou l’autre s’épanouissent des actes libérateurs. C’est ainsi que la démocratie des pays avancés trouve son fondement dans les écrits de Montesquieu, de Voltaire et de Rousseau, que l’idée d’Europe et l’abolition de la peine de mort ont été initiées par Victor Hugo. Ces auteurs montrent que finalement les mots ont raison des fanatismes. Or l’idée d’Arménie est un fanatisme qui nuit aux Arméniens.

En ce sens, nous écrivons dans la même lignée et nous crions dans la même direction que Moïse de Khorène au Ve siècle, l’auteur du texte ci-dessus (Traduction publiée par l’éditeur Firmin Didot Frères à Paris M DCCC LXIX (1869) Voir ICI). Le grand Movses Khorénatsi ne mâchait pas ses mots. D’autant que certains, à juste titre, auront reconnu que ces propos d’hier collaient bien avec la réalité d’aujourd’hui. Est-ce à dire qu’en 1500 ans, les Arméniens, experts en survie nationale, sont restés identiques à eux-mêmes ? A chacun de répondre.

 

( à suivre)

5 janvier 2018

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (5)

Filed under: ARTICLES,INTELLECTUELS ARMENIENS — denisdonikian @ 10:59

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Notre intellectuel étranger à l’Arménie, fécond en formules provocatrices, alors qu’il était sommé de se prononcer, botta en touches en lançant un jour une expression fort « intelligente » en pleine conférence devant des Arméniens de la diaspora démunis, un mot qui les abandonnait à eux-mêmes, un mot qui se voulait pertinent, celui d’« écrivain désengagé ». On sait ce que donne le désengagement de l’écriture. Une morgue de tour d’ivoire, une vanité du bien écrire, une prétention à la langue pure. Mais la langue pure est une langue qui exclut le vivant. La pureté de la langue conduit à une forme de supériorité insolente, à une infatuation jonglant sur des idées abstraites, à des présomptions de supériorité. Pour Voltaire, la perfection est l’ennemie du bien. En vérité, la langue est sale, elle se salit dans le quotidien des maux, car elle est naturellement portée à les exprimer. Les écrivains de la mal vie n’ont jamais eu d’autre obsession que celle de la restituer au plus près. Depuis des siècles, aucun écrivain français de renom n’a renoncé à mettre la langue au service des écrasés, des laminés, des détruits. Au service de leurs contemporains pataugeant dans l’infortune et le malheur. C’est même à ces derniers qu’elle a fait ses emprunts les plus vivants. Depuis Montaigne, Rabelais, mais aussi La Bruyère parlant du contraste scandaleux entre les paysans et les gouvernants, La Fontaine, Balzac, Zola, Céline, Sartre ou Camus. Bien sûr, vous me direz « Et Racine ? Et Corneille ? » Sans parler des rhétoriciens de l’esthétique désincarnée, des poètes du bien dire. Qui les lit encore sinon les spécialistes ? C’est qu’ils n’ont pas fait long feu. Ils n’étaient pas assez dans la vie qui se parle et qui souffre et trop dans les mots qui béatifient.

Qu’on se comprenne. Nous ne sommes pas à préférer au désengagement critique un engagement idéologique. On sait ce qu’un intellectuel inféodé à un parti politique peut trahir pour faire triompher le raisonnement aux dépens du vivant. Les dévouements d’Aragon à la cause communiste furent autant de dévoiements qui s’exercèrent, de près ou de loin, au détriment de ces malheureux qui furent condamnés à l’exil ou à la mort par des jugements absurdes et arbitraires. Penser l’engagement, c’est se référer a minima à Missak Manouchian, poète qui décida de sortir du ghetto des mots pour les muer en action. Mais aussi à Zabel Yessayan, qui, avec son témoignage intitulé « Parmi les ruines », relatait les massacres de Cilicie en 1909. Quand l’indignation devient forte, elle met le corps à son service. Mais nos intellectuels sont d’autant plus confinés dans la parole qu’ils n’auront pas su la sublimer en compassion. Ils auront tout juste rapporté l’indignation à un mot, sinon à une mode. Or, si cette indignation est une mode (« Indignez-vous ! »), c’est une mode qui dure. La conscience de l’autre équivaut à introduire de la conscience dans les mots. Que vaudrait Confucius s’il n’avait dit: « On doit aimer son prochain comme soi-même ; ne pas lui faire ce que nous ne voudrions pas qu’il nous fît » ? Parole qu’on retrouvera dans le message profond des Évangiles et qui viendra jusqu’à nous sous forme d’associations caritatives de tous ordres. Si la compassion est une mode sur laquelle glose l’ironie des nantis et des indifférents, c’est une mode active qui empêche les plus démunis de sombrer. Que vaut un homme s’il n’aide pas un autre à se relever ?

Nous ne sommes pas de ceux qui s’estiment meilleurs que d’autres et nous n’avons de leçon à donner à personne. Car nous ne jugeons pas ici des personnes. Nous faisons simplement le tri entre des comportements qui méritent d’être loués et d’autres qui inspirent le doute. Et si nous ne sommes pas conférencier pour quelques affamés, c’est que nous préférons marcher en Arménie pour rencontrer des Arméniens que tout le monde oublie et qu’aucun conférencier n’aura l’audace d’interroger. De ces Arméniens qui font l’Arménie. Nos conférenciers se limitent à Erevan et plus précisément à quelques rues. Ils y font trois petits tours et puis se remettent dans leur avion de retour. Pas le souci de humer la détresse des temps et des lieux. Car cette détresse est trop loin de la capitale. Même si on peut parfois la retrouver en poussant une porte, sur les trottoirs ou sur la route vers Noubarachen, cette décharge qui fut le théâtre de notre roman Vidures.

En Arménie, 880 000 personnes sont des sans dent, des sans voix et parfois des sans abri. La guerre au Karabagh, le tremblement de terre de 88, la sortie du communisme sont de faux alibis pour laisser les choses en l’état. Et comme nous l’avons souligné plus haut, il revient pour le moins à nos conférenciers issus de la diaspora d’établir une continuité de parole entre cette diaspora et l’Arménie. A savoir, dire aux Arméniens d’Arménie que les Arméniens de la diaspora sont des Arméniens à part entière et qu’ils ont droit au doute, à l’indignation et à la protestation. Qu’ils ont même le devoir de conduire leur auditoire de la résignation vers la protestation, surtout quand la démocratie se perpétue par la corruption et qu’elle viole d’une échéance électorale à l’autre la voix des citoyens. A l’heure, où le gouvernement actuel réclame le retour de ceux qu’il a poussés dehors ou qui a découragé ceux qui souhaitaient s’implanter en Arménie, nos conférenciers pourraient éclairer le chemin de nos réconciliations.

En somme, on est en droit d’admettre que ces conférenciers ne sont pas dupes de ce qui se voit et de ce qui se cache en Arménie. Ils savent mais ils ont du mal à franchir le pas qui consisterait à passer de l’indignation à l’action, ne serait-ce que pas les mots. Sauf à s’attirer les foudres de leur auditoire accroché à leur pays comme des alpinistes à la montagne. C’est dire que le droit à la critique n’est aux yeux des Arméniens d’Arménie dévolu qu’à ceux qui y vivent. Les Arméniens de la diaspora qui ont eu le tort d’être nés ailleurs qu’en Arménie et qui n’assument pas l’état précaire du pays n’auraient aucun droit à la parole critique.

En vérité, nos chers conférenciers entretiennent une sorte de porte-à-faux avec leur public, en maintenant des non-dits qui témoignent de l’idée selon laquelle l’Arménie ne serait pas leur pays. De cette façon, ils se dédouanent d’avoir à évoquer des choses qui fâchent alors qu’ils auraient le devoir et les compétences pour le faire. Hommes de paroles qui parlent en étant privé de la liberté de parole, ils soumettraient donc la langue de la diaspora à la langue vivante du pays, leurs valeurs de conférencier à celles de leur auditoire. Soumission qui devient démission, laquelle se traduit en consentement au sentiment dominant qui sévit en Arménie. Un consentement qui équivaut à un consensus. Intellectuel consensuel : voilà qui constitue un oxymore assez dur à avaler.
(à suivre)

 

4 janvier 2018

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (4)

Filed under: ARTICLES,INTELLECTUELS ARMENIENS — denisdonikian @ 6:57

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Dès lors, que faut-il penser de la déclaration d’un de ces intellectuels qui courent régulièrement en Arménie pour exprimer des choses arméniennes ou non, selon laquelle l’Arménie ne serait pas son pays ? De prime abord, on pourrait s’étonner d’un tel raccourci rhétorique. Mais venant d’un intellectuel, cette déclaration mérite réflexion.

Pas son pays, l’Arménie ? Mais alors avec quel autre pays au monde un Arménien partagerait-il son histoire, l’histoire de son histoire, sinon avec cette Arménie-là ? Est-ce à dire que notre conférencier pourrait faire sa conférence aussi bien en Patagonie qu’en Arménie ? Dans ce cas, demandez-lui quelle est sa patrie. Il vous répondra qu’en tant qu’écrivain sa patrie, c’est la langue. « Je n’ai d’autre patrie que la langue arménienne », pourrait-il affirmer. Belle formule qui vous cloue le bec. Or, que peut être une langue écrite qui ne s’incarne plus dans le parler ordinaire des gens, qui ne se frotterait pas à la langue de ceux qui la vivent ? Pour la plupart, les Arméniens de France parlent essentiellement le français car ils ont perdu l’arménien. Dans l’esprit de celui qui tient la langue arménienne pour une patrie, elle serait la seule langue qui le rattache à un monde disparu, celui d’hier, un monde englouti dans la radicalité de l’histoire. La perte de cette langue est l’un des effets secondaires du génocide. Cette langue est la langue de la perte et donc une langue refuge. L’image navrante moins d’une nostalgie que d’une blessure. Et notre homme fait de la résistance en écrivant dans une langue qui s’entend de moins en moins, avec l’obstination et le courage qu’on devine. Même si la vie de cette langue se puise dans le passé et non dans le monde actuel. C’est que pour ce genre d’intellectuel qui s’oblige à un certain passéisme, le passé reste son champ de prédilection. Il faut dire que les Arméniens ont l’art de vouloir féconder ce qui est mort. Le génocide est ainsi demeuré un domaine d’inspiration riche et privilégié. Il produit des du ressassement et du ressentiment tandis que le présent produit de la vie, une vie lourde, une vie sourde, une vie qui se cherche une voix pour se dire et que notre intellectuel du verbe n’entend pas. Sa mission étant de parler exclusivement du passé et du passif, puis de passer.

Dans le fond, dire de l’Arménie que ce n’est pas son pays quand on est né ailleurs constituerait une formule qui ne serait pas dénué de vérité si l’on prend en compte le fait que 70 années de soviétisme auraient créé une culture et des habitudes de penser auxquelles un Arménien de la diaspora pourrait à bon droit se sentir étranger. Le malentendu, sinon le paradoxe, est qu’un Arménien de la diaspora ne partage que l’histoire avec un autochtone. L’un et l’autre ne parlent pas les mêmes variantes de la langue arménienne ; l’imprégnation culturelle de l’un ne coïncide pas avec l’imprégnation culturelle de l’autre et la culture d’un Arménien de France, celle d’un Arménien du Liban, celle d’un Arménien d’Amérique ne sont pas superposables. Quel membre de la diaspora ne s’est-il senti étranger en Arménie ? Le sentiment de fraternité, d’osmose culturelle dans l’émoi d’une rencontre s’éprouve un temps jusqu’au moment où l’Arménien de la diaspora redevient un touriste, à savoir un homme d’ailleurs. Quant à dire que l’Église arménienne réunit tous les Arméniens, c’est oublier qu’il y a des Arméniens catholiques, des Arméniens protestants, des Arméniens musulmans et des Arméniens athées. Et chercher à faire croire à Denis Donikian qu’il trouve son arménité incarnée par le catholicos Karékine II pourrait lui valoir une syncope.

La formule de Vahé Godel disant que l’Arménie est son arrière-pays n’est pas dénuée de bon sens. C’est dire que l’histoire arménienne serait le fond inconscient de tout Arménien, la source à laquelle un Arménien de la diaspora puiserait sa force et son énergie. Reste à savoir si ce même Arménien subissant un jour, en France ou ailleurs, une forme de racisme anti-arménien, irait se réfugier en Arménie, comme l’ont fait récemment des Arméniens de Syrie, sachant que d’autres ont préféré le Canada. Il ne faut pas oublier ce qu’ont subi les Arméniens de France partis repeupler l’Arménie soviétique à l’appel de Staline. Ils se sont heurtés à un racisme interne, c’est-à-dire à une discrimination de la part des autochtones, subissant de plein fouet un choc de cultures qui a eu pour effet que leurs enfants allaient décidé quant à eux de quitter le pays pour s’intégrer à autre. Soulignons tout de même que ces Arméniens de 1947 atterrissaient dans une Arménie en grande difficulté économique et que les autochtones voyaient comme des rivaux ces arrivants nantis avec qui ils devaient partager leur détresse. Une animosité telle qu’elle mit longtemps à s’atténuer, grâce à un niveau de vie qui allait en s’améliorant et qui eut pour effet d’atténuer les ostracismes, sans qu’ils soient définitivement éliminés, même quand les autochtones furent abandonnés à leur haine par le retour en France des « aghpars ».

 

( à suivre)

2 janvier 2018

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (3)

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De fait, l’Arménie ne constitue pas une démocratie qui chercherait à promouvoir le bonheur. L’idée même de bonheur est une idée sans cesse contrariée par l’idée d’Arménie. Ce que l’Arménie cherche à promouvoir, c’est l’Arménie. A telle enseigne que beaucoup d’Arméniens sont allés chercher leur bonheur ailleurs sans pour autant cesser de cultiver leur idée de l’Arménie. Du reste, c’est la faillite des gouvernements successifs d’avoir poussé les gens vers la sortie, de les avoir humiliés sur place ou réduits à l’impuissance, d’avoir entretenu chez les Arméniens le sentiment d’une citoyenneté stérile. Je dis faillite car promouvoir l’idée d’Arménie en réduisant le nombre d’Arméniens pour la défendre ou en minant leur confiance citoyenne, c’est affaiblir cette idée.

Par ailleurs, la transition d’une économie pseudo égalitaire  en une économie sauvagement libérale a mis en lumière le fait que les disparités sociales qui sévissaient hier ont trouvé leur plein épanouissement aujourd’hui. Cela se traduit par des pauvretés scandaleuses et des richesses qui indignent jusqu’à la nausée. En Arménie, il en est qui vivent dans des palais, d’autres dans des taudis. Le paradoxe de l’Arménie, c’est d’enfermer en son sein des fortunes de pays riches et des pauvretés dignes du tiers-monde. Paradoxe qui ne cesse de rendre l’idée d’Arménie de plus en plus honteuse et ridicule dans la mesure où les uns en tirent profit tandis que les autres sont sacrifiés sur l’autel d’une abstraction nationaliste.

Faut-il rappeler le rapport annuel du Service national des Statistiques selon lequel la pauvreté en Arménie pour 2016 touche 29,4% de la population, soit 880 000 personnes vivant avec 40 900 drams, ou l’équivalent de 71 euros par mois. Ces mêmes statistiques révèlent qu’un tiers des enfants arméniens vit en dessous du seuil de pauvreté. Certes, le gouvernement semble se réveiller pour éradiquer cette pauvreté. Mais le peut-il quand il faudrait l’équivalent de 110,2 millions d’euros ? Et pourquoi ne s’est-il pas préoccupé de la pauvreté plus tôt. C’est la guerre, me dira-t-on. La guerre qui engloutit l’économie. Pourtant, cette guerre n’aura pas empêché les gens d’en haut de se construire des villas somptueuses, ou même de cacher des avoirs faramineux comme le catholicos dissimulant 1,1 million d’euros dans la banque HSBC et lavant une fois l’an les pieds d’un enfant en guise d’humilité. Que dire des présidents successifs qui ont réussi à se construire des demeures fastueuses tandis que les sinistrés du séisme de 1988 auront mis plus de vingt ans avant d’être dignement relogés, et encore s’ils le sont tous.

Dès lors, l’Arménie a-t-elle besoin d’intellectuels de l’intelligibilité ou d’intellectuels de la compassion, sachant que la compassion est le meilleur moyen de rendre la vie intelligible, que l’urgence appelle la compassion plutôt qu’une distante intelligibilité ? Devant quelqu’un qui a froid, quelqu’un qui a faim, qui se sent abandonné par les autorités de son pays, qui ne voudrait lui offrir pain et chaleur pour l’élever jusqu’à soi ? Pourtant nos conférenciers sont là dans le même pays que celui qui a faim et qui a froid. Et celui qui a faim et qui a froid est le frère par l’histoire de celui fait des conférences. Oui, ils sont du même pays par l’histoire et ils font ce pays quoiqu’ils en disent. Le conférencier par ses mots et l’Arménien par ses maux. Or, au moment où nos conférenciers font des mots, des maux défont 880 000 Arméniens.

Mais tous les intellectuels ne travaillent pas de la même façon. Les intellectuels de l’intelligibilité font des mots et les intellectuels de la compassion défont les maux. Ara Baliozian qui répond à cette seconde catégorie, alors qu’il fit un temps partie de la première, écrit à juste titre : « Je ne résous pas les problèmes. Je n’expose que leurs racines ». Car tel est la mission de l’intellectuel arménien, capable d’intelligibilité et de compassion. Or, si l’intelligibilité ne conduit pas à la compassion, elle produit de la souffrance et peut précipiter la mort de ceux qu’elle aura ignorés. Des souffrances et des morts qui ne se voient pas, qui ne s’étudient pas, qui ne font l’objet d’aucune conférence. Comment un conférencier qui fait sa conférence à Erevan peut-il voir un enfant qui gratte dans les détritus pour se nourrir ou amasse des bouteilles en plastique pour se chauffer en les brûlant ? A moins de le considérer comme moins intéressant que son public intéressé par des questions qui sont étrangères au sort de cet enfant. Et quelle réponse devrait donner un jour ce conférencier sur ce qu’il aura indirectement provoqué pour avoir parlé de telle sorte que cet enfant sous-alimenté devenait étranger à son domaine d’intérêt ?

Nos intellectuels arméniens de France, je les comprends quand ils n’osent pas se mêler de ce qui ne les regarde pas. Pourtant, ils n’ont pas l’intelligence aveugle et sont capables d’opinion, comme tout un chacun, mais ils craignent de l’exposer. Ils craignent de ne plus pouvoir intellectualiser leur arménité en Arménie en froissant des autorités et même leur public pour qui les Arméniens de la diaspora, fussent-ils des intellectuels, ne font pas partie de la vivante nation arménienne, mais de sa part moribonde. Pour autant, n’est-ce pas aux intellectuels de la diaspora de défendre la diaspora ? N’est-ce pas à eux de rappeler que la diaspora reste et demeure le soutien économique du pays et qu’en ce sens tout Arménien de l’extérieur reste et demeure un citoyen économique faute de pouvoir, par la force des choses, être un citoyen politique ?

(à suivre)

31 décembre 2017

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (2)

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Depuis plusieurs années, une pincée d’intellectuels de la diaspora arménienne, diplômés au plus haut degré, fait la navette entre la France et l’Arménie, pour prêcher la bonne parole universitaire auprès de leurs frères autochtones. Qu’on ne s’y méprenne pas. Leur activité n’a rien d’officiel. Si elle ne s’exerce que parcimonieusement au sein de l’université arménienne, au gré d’amitiés respectueuses de leur savoir ou autres, c’est principalement dans des lieux « underground » que viennent les écouter les générations les plus vives du pays, titillées par la nouveauté, une certaine mode ou le bouche-à-oreille.

De fait, c’est un pur produit de la pensée universitaire occidentale qui vient percer la carapace de 70 années de soviétisme dur. En ce sens, l’effort est louable pour autant que les autochtones consentent à se faire violer par l’étrangeté des leçons que leur fournit tel ou tel membre avancé de la diaspora, avec l’illusion probable de rattraper à bon compte un retard intellectuel inexorablement perdu. Et sincèrement, sont dignes d’être salués les efforts pédagogiques de ces conférenciers tout entiers dédiés à ces Arméniens qui n’en finissent pas de souffrir des pathologies de l’enfermement culturel, prisonniers des affres qui accompagnent l’accouchement d’une démocratie minée par les tics et les tocs de l’amour incestueux que les Arméniens se portent à eux-mêmes.

En effet, cette période transitionnelle d’une république soviétique à une république arménienne, allant du même au même, n’aura produit aucune révolution impliquant le passage d’un monde fini à un monde vivant. De fait, si la désoviétisation s’est inscrite dans les surfaces du système, les mentalités ne pouvaient pas changer aussi profondément que l’aurait fait une révolution radicale dans la mesure où la mutation s’est opérée sans douleur, sans chambardement, les acteurs institutionnels de l’ère nouvelle demeurant les purs produits des temps anciens.

C’est que ces acteurs n’ayant pas les outils conceptuels pour reformuler un appareil d’État « soviétisé » ou un système culturel autocentré et narcissique se sont contentés d’adapter le référentiel désuet des années de plomb aux temps qui, pour être nouveaux, sont loin d’être aussi légers qu’une plume. Pour exemple, les professeurs d’université furent reconduits d’une république à l’autre sans opérer de changement tant en matière de pédagogie que de contenu. Si des individus ayant fait des études à l’étranger pouvaient souffler un vent neuf sur le système d’éducation, ils se sont vite heurtés à la léthargie du corps enseignant. Nous pouvons témoigner de cette apathie pour avoir proposé, sans succès, d’introduire les ateliers d’écriture à l’institut Brussov. Autre image d’un changement sans changement, celui des campagnes arméniennes affectées d’une indigence crasse qui diffère plutôt en mal de celle qui sévissait avant l’avènement de la république. Mais le pire se voit à cette sorte de désertification, doublée d’une désertion des mâles partis travailler en Russie ou ailleurs.

De plus, on peut s’étonner que nos amateurs d’idées nouvelles soient mis en demeure d’assimiler en une soirée des concepts qui ont mûri des années durant avant d’entrer dans les universités occidentales, alors qu’au cours de ces mêmes années ils subissaient, eux, le matraquage du marxisme et du léninisme. Pour exemple, Hélène Piralian a dû renoncer à faire traduire ses livres dans la langue du pays tant l’équivalence de ses mots et concepts vers la langue cible faisait défaut.

Dès lors, il peut paraître frustrant à nos conférenciers d’avoir à se censurer dans leur analyse faute de trouver un auditoire qui soit à même de saisir des concepts opérants dans le monde universitaire occidental, mais quasiment inconnus en Arménie. Ce n’est pas que ce public soit inapte aux subtilités d’un discours s’appuyant sur les piliers de l’exégèse occidentale : s’ils n’en possèdent pas les clés c’est avant tout pour la raison qu’ils sont imprégnés par d’autres modes d’intelligibilité du réel.

On mesure ici la vertu de nos conférenciers qui, devant une tâche aussi démentielle peuvent à bon droit démissionner sur des sujets contemporains au point de se cantonner à des thématiques « arméniennes » qui n’ont pour d’autre résultat que celui d’entretenir une forme d’ethnocentrisme tribal. Même des auteurs du milieu arménien les plus « anti-tabou » n’échappent pas au ronron ambiant, lequel est alimenté par le devoir de soumettre leur plume aux impératifs d’une guerre qui mine les esprits à leur insu et expose quotidiennement leurs défenseurs. L’exaltation nationaliste ne favorise guère la pensée, laquelle demeure le luxe des démocraties prospères, aux frontières stabilisées et aux esprits faisant de la connaissance un chemin d’aventure et de découverte.

Pour dire le poids de la guerre sur la culture, il suffit de retenir le débat houleux que le livre de Hovhannès Iskhanian « Jour de démobilisation » a provoqué lors de sa parution en 2012 ( voir ICI). De fait, la société arménienne la plus avant-gardiste est déchirée entre les impératifs de la guerre et les impératifs de la culture, les tenants de la guerre et les tenants de la culture ayant les uns des objectifs de concentration et les autres des objectifs d’ouverture. Cependant, dans un contexte de survie, les poètes n’ont qu’une marge réduite d’expression. C’est peut-être pour cette raison que ni les intellectuels d’Arménie, ni ceux de la diaspora n’osent bousculer les lignes.

Pour autant, nous n’aurons rien lu d’un auteur d’Arménie ni d’un intellectuel de la diaspora qui ressemblerait à l’aveu de Ronit Matalon, romancière israélienne, récemment disparue : «  Ce qui m’inquiète le plus, c’est le fait que ces deux dernières années j’ai commencé à avoir peur d’exprimer mes idées. Ce qui se passe à l’intérieur de la société israélienne me fait plus peur que les couteaux. Plus que des coups de couteau, j’ai peur que l’on ne perde notre démocratie. Et je ne suis pas la seule. Nous commençons à nous méfier les uns des autres. »

Cette peur qui prend sa source à l’intérieur du pays, nos intellectuels conférenciers ne pouvaient l’éluder. Elle constitue la limite en deçà de laquelle ils sont autorisés à parler à leur guise, tandis qu’ils risqueraient gros si leur indignation devant l’état déplorable du pays osait franchir le champ politique qui leur est tacitement imparti. Ce fait, je le comprends. Mais dans ce cas, que reste-t-il à faire sinon à parler pour ne rien dire ou à se taire en guise de protestation. Toujours est-il que nous serions horrifié si l’un de ces intellectuels conférenciers venait à accepter une récompense quelconque pour service rendu à la nation. Un intellectuel, dans ce cas, ça refuse. Sinon, ça collabore.

En 2013, un écrivain de l’intérieur, Lévon Khétchoyan, aujourd’hui disparu, n’avait pas, lui, hésité à franchir les limites de la peur. Voici ce que nous écrivions en mai 2013 à son propos sur notre blog : « Tout arrive, même en Arménie. Il faut se réjouir qu’un écrivain aussi important que Lévon Khétchoyan refuse une récompense offerte par Serge Sarkissian pour protester contre la déplorable situation sociale des Arméniens. Voilà quelqu’un qui en a… Voilà quelqu’un qui ne se contente pas de décrire l’état des campagnes. La pauvreté qu’il côtoie chaque jour l’étouffe. Certes, qui ne la voit cette pauvreté ? Qui ne la déplore ? Ce refus d’une récompense est un acte de courage. Dire non et le montrer, c’est refuser de participer au fléau, d’être de son côté en tout cas. Voilà un acte de compassion active qui va déplaire à plus d’un collabo qu’il soit d’Arménie ou de la diaspora. Car c’est aussi aux optimistes et aux idéalistes de la diaspora que ce refus s’adresse. Que faites-vous pour enrayer cette pauvreté qui fait honte à tout le peuple arménien ? » Ce jour-là les Arméniens semblaient avoir une conscience. Conscience non du moi collectif, mais de l’Autre.

Dans ce cas, comment comprendre l’Arménie ? Entité abstraite et idéologique ou pays où tentent de vivre des hommes de chair et de sang ?

 

(à suivre)

30 décembre 2017

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (1)

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Qu’allait-il faire dans cette galère, le romancier Émile Zola, en publiant le fameux « J’accuse », à la une du journal L’Aurore le 13 janvier 1898 ?

Il défendait un homme.

Le capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusé de trahison.

Zola le défendra comme d’autres plus tard auront défendu d’autres victimes au détriment de leur confort intellectuel et matériel. Certains, dans les moments les plus noirs de la répression soviétique, chercheront à sauver Sergeï Paradjanov comme d’autres aujourd’hui, dans ces moments les plus noirs de la répression turque, restent solidaires d’Osman Kavala.

En son temps, Maurice Barrès traitera les anti-dreyfusards d’ « intellectuels », avec tout le mépris que suppose l’attitude d’un auteur mettant momentanément sa plume au service d’une chose qui ne le regarde pas.

De fait, au service d’un homme dépouillé de sa vérité et affublé des oripeaux de la trahison.

Or, de péjoratif qu’il était, le mot « intellectuel » va acquérir, au fil du temps et des injustices, ses lettres de noblesse.«  Spectateur engagé » pour Raymond Aron, l’intellectuel sera aux yeux de Jean-Paul Sartre justement « quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». C’est que l’intellectuel peut rester un temps spectateur des injustices, mais il ne peut le faire tout le temps sans trahir sa conscience. Vient le jour où il doit quitter sa tour d’ivoire et pénétrer dans l’arène de la rue, crotter ses bottes, souiller sa plume et donner de la voix.

Vient le jour où l’intellectuel penché sur le passé pour en semer les leçons sur un monde « tel qu’il ne va pas mais devrait aller » éprouve le besoin d’ouvrir ses fenêtres pour entendre la rue, ouvrir sa porte et ajouter sa voix à celle des autres. Les autres ? Ceux qui souffrent d’être ignorés ou qu’on maintient dans l’ignorance de leur malheur.

Ce qui veut dire, qu’on ne s’y méprenne pas, qu’un intellectuel, s’il est honnête homme, aura pour tâche de rendre par ses textes le présent intelligible. Et à ce titre, il utilise les grilles du passé pour les appliquer au monde contemporain afin d’aider les profanes à mieux voir ce qu’ils sont et où ils vont. En d’autres termes, l’intellectuel permet à la conscience politique de chacun de s’éveiller et de grandir. Le monde n’avancerait donc que si l’intelligence du monde mute en conscience politique.

Seulement voilà : si l’intellectuel s’aime, il s’enferme dans sa recherche. Mais si l’intellectuel sème, il devient producteur de conscience. Dans le premier cas, son exercice consiste à rendre le monde actuel plus transparent en s’appuyant sur celui d’hier. Dans le second, il met sa parole au service des actes destinés à libérer la société.

Mais comme dit Camus, il faut savoir de quel côté du fléau on doit se trouver.

De fait, il y a deux catégories d’intellectuels : l’intellectuel de l’intelligibilité et l’intellectuel de la compassion. Sartre aussi bien que Camus réussirent à pratiquer les deux, sachant que Sartre était beaucoup plus un intellectuel de l’intelligibilité au risque d’une certaine radicalité, tandis que Camus était un intellectuel de la compassion au risque des frustrations et contradictions que cela suppose. Mais au moins l’un et l’autre étaient « engagés » dans le monde pour autant qu’ils pouvaient l’être.

( Précisons que l’intellectuel n’est pas forcément un homme qui s’occupe des choses de l’esprit. Dès lors que nous nous exprimons en citoyen responsable, que nous nous mêlons de ce qui ne nous regarde pas, que nous ajoutons du sens à la conscience des autres, nous agissons en intellectuel. Le cas le plus emblématique est celui d’Yves Montant qui ne s’interdira pas d’interpeller les dirigeants soviétiques sur l’invasion de la Tchécoslovaquie et qui, en rupture avec le communisme naïf de ses origines, seul ou avec des intellectuels de profession, soutiendra les réfugiés du Chili ou militera pour les droits de l’homme en s’engageant en faveur du syndicat Solidarnosc de Lech Walesa)

 

( à suivre) 

28 décembre 2017

Attention : un chat peut en cacher un autre

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 6:51
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Le film «  Kedi – des chats et des hommes » de Ceyda Torun serait magnifique s’il ne cachait un sous-entendu.

Ce qui est entendu, c’est que les chats sont magnifiques par nature. Ce sont de grands acteurs impassibles, menant leur vie de chat plutôt que la jouant, et indifférents à la caméra qui les suit ou les harcèle. En fait, ici ce sont des acteurs qui ont pour mission, selon le réalisateur, de montrer comme les Turcs d’Istanbul les aiment et s’en inspirent. Dans ce film, on n’aura jamais autant parlé du mystère des chats, de leur fonction thérapeutique, de leurs ondes positives, et surtout de la tolérance qu’ils enseignent aux hommes.

L’autre acteur de ce film, c’est Istanbul. Les chats et les Stambouliotes vivent en osmose. C’est une sorte d’entente sanitaire qui s’est établi entre eux. Mais plus qu’une entente, un partenariat. Les chats apportent aux Stambouliotes une sorte de sérénité, je dirais même d’humanité, et les Stambouliotes apportent aux chats de la nourriture.

En fait, les chats servent de faire-valoir aux Turcs. Le cinéaste réussit habilement à affubler les chats d’une sorte de mission sacrée, celle de valoriser les Turcs, surtout dans un moment de l’histoire où les Turcs ne brillent pas dans le monde par leur générosité démocratique. Qu’à cela ne tienne, je pense que les Turcs qui «  jouent » dans ce film avec les chats ne sont pas des acteurs jouant la comédie du bonheur, mais des personnes vivantes et sincères.

Et pourtant ce qui gène, c’est le côté propagandiste du film qui a tendance à prendre les spectateurs avertis pour des gogos.

Personnellement, j’ai du mal à oublier comment en 1910, les chiens de Constantinople furent abandonnés sans eau ni nourriture sur l’îlot d’Oxia, «la Pointue» (que les Turcs surnomment «l’île qui porte malheur»), pour qu’ils s’entredévorent. Certains voient dans ce nettoyage canin la préfiguration du génocide de 1915. En effet, un Arménien a du mal à croire que la tolérance dont les Turcs seraient animés dans ce film, (qui ose même dire « l’amour des autres » ) aurait eu ses limites, hier en massacrant les Arméniens, aujourd’hui en poussant les Kurdes vers la sortie par la peur et par le sang.

En ce sens, ce film sonne faux si tant est qu’on se réfère à l’histoire. Sans parler des Turcs eux-mêmes qui ont subi par milliers les purges récentes.

Les chats seraient-ils plus chanceux que les hommes ? Il est vrai qu’ils ne se laissent pas faire. Ils griffent, ils savent se cacher et ils sont agiles. Et pourtant ils ne parlent pas. Les Turcs aiment ceux qui ne parlent pas. Sinon ils leur arrachent la langue avant de leur arracher la vie.

 

22 décembre 2017

Du Prozac dans le saumon

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 2:34

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Elevage de saumon

*

Chère lectrice, cher lecteur,

Faut-il croire que le saumon est un poisson triste, déprimé, qui traîne ses idées noires dans des bassins d’élevage surpeuplés ?

Remarquez, quand on voit l’environnement des fermes d’élevage, il y a de quoi avoir le blues :

Voilà une « hypothèse » qui expliquerait pourquoi des chercheurs ont trouvé récemment… des traces d’antidépresseur (Prozac) en faisant des prélèvements sur des saumons du Pacifique, au nord-ouest des Etats-Unis [1].

Des saumons élevés au Prozac ??? Tout va très bien, madame la Marquise…

Effrayant cercle vicieux

En réalité, les chercheurs n’ont pas juste relevé des traces de Prozac dans les tissus de ces poissons.

Ils ont trouvé 40 différents produits chimiques parmi lesquels la Metformine, un antidiabète, ou encore un biocide comme le Triclosan, largement utilisé dans les produits de soin (savons, déodorants, dentifrice etc.), le tout à des niveaux qui pourraient « altérer le développement, la reproduction et le comportement » des saumons.

Mais comment est-ce possible ?

Il s’agit en fait de médicaments consommés par l’homme, qui sont rejetés dans les eaux usées et qui finissent par se retrouver dans la mer, l’écosystème des saumons [2].

Des études passées ont déjà montré que des résidus de médicaments dans les eaux usées ingérées par les poissons (notamment des anxiolytiques), entraînent chez eux de profonds bouleversements du comportement comme une activité accrue, une sociabilité réduite et une plus grande voracité [3].

Pour résumer, la déprime de l’être humain entraîne celle du poisson, poisson qui se retrouve finalement dans notre assiette où sa consommation accentue encore un peu son effet déprimant sur notre santé…

La boucle est bouclée. Et les conséquences, d’après les chercheurs, peuvent être « graves et durables ».
Choses désagréables à savoir sur le poisson

À tel point que dans certaines régions particulièrement polluées, les autorités conseillent ouvertement de ne pas manger trop de poisson pêché localement.

C’est le cas notamment dans le Kentucky, aux Etats-Unis, où la Direction de la santé publique a mis en garde récemment contre la consommation de poissons pêchés dans les lacs et rivières de l’Etat.

En cause ici, la pollution au mercure provenant des centrales électriques qui se déplace à travers l’air et se dépose dans l’eau.

Résultat : les scientifiques ont comptabilisé que plus d’un quart des poissons y contenaient du mercure à des niveaux dépassant le critère de dangerosité pour la santé humaine.

À des doses de mercure supérieures à la moyenne (plus de 5 µg/L), les fonctions cérébrales telles que le temps de réaction, le jugement et la parole peuvent être altérées. À des expositions très élevées (supérieures à 15 µg/L), le mercure peut affecter votre capacité à marcher, à parler, à penser et voir clairement.

Les risques sont encore plus forts chez les enfants et les femmes enceintes, avec plus de fausses couches si elles mangent des fruits de mer contaminés au mercure. Manger des aliments contaminés au mercure peut même modifier les chromosomes.

La situation, évidemment, n’est pas limitée aux rivières et mers des Etats-Unis.

D’autres chercheurs ont fait le même constat dans de nombreux endroits du monde. La liste des poissons à éviter en raison de leur teneur en polluants n’en finit plus de s’allonger ; avec le saumon d’élevage, on trouve aussi :
requins, lamproies, espadons, baudroies ou lottes, loup de l’Atlantique, bonite, anguille et civelle, empereur, hoplostète orange ou hoplostète de Méditerranée, grenadier, flétan de l’Atlantique, cardine, mulet, brochet, palomète, capelan de Méditerranée, pailona commun, raies, grande sébaste, voilier de l’Atlantique, sabre argent et sabre noir, dorade, pageot, escolier noir ou stromaté, rouvet, escolier serpent, esturgeon et thons [4].

  1. On mange quoi, alors ?

C’est tout ? Mais on mange quoi alors ?

D’abord, on peut commencer par ne pas jeter tous les saumons dans le même panier. Le saumon d’Alaska et le saumon rouge sauvage ne sont jamais issus d’élevage, et leur teneur en oméga-3 est excellente.

Le risque de contamination du saumon d’élevage est plus faible, en raison d’un cycle de vie plus court (environ 3 ans).

Vous pouvez aussi vous intéresser aux petits poissons gras, comme les sardinesmaquereaux, harengs ou anchois.

Souvent, les gens croient qu’ils n’aiment pas ça, mais c’est parce qu’ils ne connaissent pas les bonnes recettes ou parce qu’ils n’ont pas été habitués à en manger, surtout les plus jeunes.

Ces petits poissons sont pourtant très intéressants car ils sont les plus riches en acides gras oméga-3, qui offrent d’innombrables bienfaits pour la santé [5]. Ils contiennent aussi d’intéressants apports de vitamine D, de sélénium, de phosphore et de protéines de haute qualité.
Les petits poissons rendent intelligent

Les oméga-3 des petits poissons sont riches en DHA (acide docosahéxaéonique), indispensable au fonctionnement du cerveau : 97 % des 14 % d’oméga-3 contenus dans le cerveau sont du DHA. Il participe à la transmission de l’influx nerveux entre les neurones.

Ils permettent de ralentir le déclin cognitif avec l’âge. Le DHA a aussi des fonctions non spécifiques qui lui permettraient également de contribuer à un effet protecteur contre les maladies neurodégénératives, c’est-à-dire la maladie d’Alzheimer, le Parkinson, la sclérose en plaques et bien d’autres.

Mais ce n’est pas tout :

Les petits poissons améliorent la vue : un taux élevé de DHA limiterait de 68 % le risque de dégénérescence maculaire liée à l’âge. Dans la rétine, 93 % des oméga-3 sont du DHA [6].

Ils améliorent fortement le sommeil des enfants : une nouvelle étude de l’Université d’Oxford indique que des niveaux élevés de l’acide gras oméga-3 DHA sont associés à un meilleur sommeil chez l’enfant et qu’un supplément d’oméga-3 chez les enfants qui dorment mal favorise le sommeil.

Les enfants qui ont pris des oméga-3 ont dormi près d’une heure (58 minutes) de plus et ont eu 7 fois moins d’épisodes d’éveil par nuit que les enfants qui prenaient un placebo.

Enfin, des études montrent que les acides gras oméga-3 présents dans les poissons gras diminuent le risque d’infarctus. Il y a plus de 30 ans, on avait déjà remarqué que les Esquimaux et les Japonais (notamment les habitants de l’île d’Okinawa), gros consommateurs de poissons, avaient très peu d’infarctus du myocarde.
Les petits poissons aiment les femmes enceintes

Point particulier qui concerne les femmes enceintes.

Le DHA est un constituant essentiel des membranes des cellules nerveuses et il est nécessaire à la maturation du cerveau, du système nerveux et de la rétine du fœtus. Près de 70 % de la fabrication du cerveau a lieu durant les 3 derniers mois de grossesse et il faut particulièrement surveiller les apports durant cette période.

Mais les réserves maternelles d’acides gras avant la conception ont aussi leur importance, elles sont lentes à se constituer et seront transférées en majeure partie au bébé. Si elles ne sont pas suffisantes, la maman pourrait se trouver après l’accouchement avec un taux très bas, favorisant le risque de dépression post-partum [7]…

Lors de la grossesse, les végétariennes ou les femmes qui ne mangent pas de poisson doivent impérativement prendre un complément alimentaire d’oméga-3 (issus de poissons ou d’algues pour les végétariens), ces derniers étant tous filtrés pour éliminer 90 % des polluants.

Julien Venesson, rédacteur en chef d’Alternatif Bien-Être, le journal de référence sur la nutrition, conseille un apport minimal de 300 mg par jour de DHA, avec un apport idéal plutôt situé autour de 600 mg minimum.

Infos Produits 

OM3 9 mois (isodisnatura) : 01 56 62 41 92 – www.isodisnatura.fr
Omegabiane DHA (Pileje) : 02 40 83 86 37 – www.commander-pileje.fr
Oméga-3 végétal (Finndal) : 08 05 11 19 43 – www.flinndal.fr
Formule Oméga-3 (EPA + DHA + ALA) des laboratoires Cellinov www.cellinnov.com

Santé !

Gabriel Combris

14 décembre 2017

Evitez de passer le 25 décembre à l’hôpital 

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 9:33

Par Xavier Bazin
Cher(e) ami(e) de la Santé,

Noël approche à grands pas, avec ses repas de fête copieux et bien arrosés.

Parfois, cela donne mal de crâne… et dans ce cas, le réflexe de la plupart des Français, c’est de soulager la douleur par un Doliprane (ou Dafalgan).

Et pourtant, ce simple geste peut vous envoyez à l’hôpital, si vous forcez sur la dose.

Si vous avez le malheur de combiner le paracétamol du Doliprane et l’alcool, les résultats peuvent être dramatiques.

Cela peut détruire totalement votre foie et vous obliger à en obtenir un nouveau !

Dans les services de transplantation du foie en Grande-Bretagne, les deux tiers des patients étaient là à cause d’un excès de paracétamol. La plupart du temps, ils avaient aussi abusé sur l’alcool. [1]

L’alcool et le Doliprane peut aussi malmener terriblement vos reins.

En cas de mélange, vous avez 120 % de risque en plus d’avoir de graves problèmes rénaux… même si la dose d’alcool est modérée ! [2]

Donc vous avez compris : évitez soigneusement le Doliprane pendant les fêtes.

Mais évitez-le aussi EN DEHORS de fêtes !

Car là où le paracetamol fait le plus de victimes, c’est chez ceux qui en prennent très régulièrement.

Si vous en prenez trop souvent, vous risquez tout simplement… la mort !

Une grande étude publiée dans le British Journal of Clinical Pharmacology l’a révélé de manière éclatante. [3]

Parmi des patients dont le foie était sévèrement endommagé, ceux qui avaient consommé chaque jour un peu trop de paracétamol avaient plus de risque de mourir que ceux qui avaient été hospitalisés pour un seul surdosage grave.

Ces pauvres malades voulaient calmer leurs douleurs chroniques… et à cause du Doliprane, ils se sont retrouvés dans un service de transplantation, à attendre la greffe d’un nouveau foie… qui arrive parfois trop tard.

Et si vous vous dites qu’il « suffit » de respecter les doses maximales autorisées pour être tranquille, détrompez-vous !

D’après une revue d’études publiée dans Annals of the Rheumatic Diseases, la prise de paracétamol aux doses conseillées augmente de 23 % le risque de mortalité ! [4]

Les mêmes chercheurs ont aussi découvert que les femmes qui prennent plus de 15 comprimés par semaine ont plus de crises cardiaques : leur risque est augmenté de 63 % !

Or 15 comprimés par semaine, c’est encore moitié moins que le maximum autorisé !

Bref, le Doliprane n’est clairement pas cette « pilule inoffensive » qu’on vous a longtemps présentée.

Et si vous avez encore le moindre doute, voici d’autres effets indésirables très inattendus, découverts tout récemment :

Saignements gastriques, asthme, surdité, fertilité… et insensibilité !

On a cru pendant longtemps que le Doliprane ne posait pas de souci à l’estomac. C’était d’ailleurs un gros avantage par rapport aux anti-inflammatoires classiques (aspirine, Ibuprofène…), dont on sait qu’ils peuvent provoquer des brûlures d’estomac et des saignements.

Eh bien figurez-vous que cet « avantage » du paracétamol n’est pas si clair que cela.

Dans une étude récente, des patients ont pris soit du paracétamol, soit de l’Ibuprofène pendant 13 semaines. Sans surprise, au bout de 13 semaines, une petite partie des patients sous Ibuprofène avait perdu l’équivalent d’une unité de sang, probablement à cause de saignements digestifs.

Mais la perte de sang était exactement la même chez ceux qui avaient pris du Doliprane, preuve qu’il cause des dégâts digestifs ! [5]

Et je n’ai toujours pas fini. Voici les autres risques du paracétamol découverts récemment :

  • Il peut rendre sourd ! Si vous êtes une femme, il suffit d’en prendre 2 fois par semaine pendant 6 ans pour augmenter votre risque de surdité de près de 10 % ! [6] (Même chose pour l’Ibuprofène, mais pas l’aspirine.) ;
  • Il peut rendre votre enfant asthmatique : s’il en prend régulièrement avant l’âge de 3 ans, son risque d’asthme augmente de 29 % ; [7]
  • Chez la femme enceinte, le paracétamol est à éviter fortement : non seulement il augmente le risque d’asthme de l’enfant, mais il accroît aussi son risque de troubles du comportement et d’hyperactivité[8], ainsi que d’infertilité et de cancer des testicules chez les garçons [9] ;

Et comme si cela ne suffisait pas, le paracétamol s’en prend aussi à votre cerveau :

Il suffit d’en prendre 1 000 mg pour que votre empathie baisse : vous devenez subitement moins sensible à la souffrance de ceux qui vous entourent ! [10]

Vous voyez qu’il faut vraiment l’éviter !

Si le paracétamol était une plante chinoise ou un remède naturel… il serait interdit et pourchassé depuis longtemps… les médias nous abreuveraient de messages pour dire à quel point sa consommation est dangereuse et déconseillée…

…et si un naturopathe avait le malheur de le prescrire à un malade, il serait immédiatement traîné en justice, accusé d’être un meurtrier en puissance.

Mais parce que c’est un médicament, il est autorisé en vente libre !!!

Heureusement, certains pays commencent à réagir :

Enfin, une prise de conscience en Amérique et en Suède !

Aux États-Unis, la FDA (l’équivalent de notre « agence du médicament ») l’a récemment avoué : près de 100 000 Américains sont victimes chaque année d’une intoxication au paracétamol… et 450 d’entre elles n’en réchappent pas. [11]

Les autorités canadiennes ont fait un pas de plus : en 2015, elles ont lancé une grande réflexion officielle sur la prescription du paracétamol. Voici ce que vous pouvez lire sur le site du ministère de la santé canadien :

« Le paracétamol (acétaminophène) est la principale cause de graves lésions du foie, y compris l’insuffisance hépatique aiguë, dans de nombreux pays, dont le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie. »

Malgré ce diagnostic sans appel, le Canada n’a toujours pas pris la moindre mesure.

Mais la Suède, elle, a commencé à prendre le sujet à bras le corps.

D’abord, les Suédois ont décidé de retirer le paracétamol des supermarchés, en novembre 2015. Il faut dire qu’entre 2006 et 2013, le nombre d’hospitalisations causées par ce médicament avait été multiplié par deux. [12]

Puis, en octobre 2016, les autorités suédoises ont interdit aux mineurs d’acheter plus d’une boîte à la fois. Quant aux adultes, ils recevront désormais un avertissement systématique, sous la forme de « conseils d’utilisation ».

Et en France ?

Rien…

Pas de miracle à attendre en France – alors agissez !

Il faut dire que le paracétamol est le NUMÉRO 1 des ventes en pharmacie.

On en trouve dans le Doliprane, bien sûr, mais aussi le Dafalgan et l’Efferalgan, ou encore ActifedHumexFervexProntalgine, etc…

En nombre de boîtes, c’est le médicament le plus vendu en France, de très loin, avec la bénédiction de notre système médical.

Au total, les multinationales pharmaceutiques gagnent plus de 6 milliards de dollars avec ce produit. [13]

Alors que faire ? Le boycott, bien sûr !

Evitez soigneusement le paracétamol en cas de mal de crâne – il y a bien mieux à essayer, sans effet secondaire.

Evitez-le aussi pour soigner des lombalgie ou des douleurs articulaires, c’est peu ou pas efficace. [14] [15]

Et évitez le en cas d’état grippal, car il est mauvais de faire tomber la fièvre – la fièvre est produite par votre corps pour tuer le germe qui a envahit votre organisme !

Evidemment, si vous ne prenez qu’un ou deux comprimés de Doliprane tous les 2 ou 3 mois, vous ne risquez pas grand-chose, bien sûr.

Des alternatives naturelles efficaces et sans danger

Mais même dans ce cas, il y a tout de même mieux à faire !

J’ai déjà beaucoup écrit sur le sujet, mais je vous rappelle que :

  • En cas de mal de tête, l’aspirine est nettement plus efficace que le paracétamol, mais il existe aussi des alternatives naturelles qui font moins de dégâts à l’estomac, comme l’huile essentiellede lavande vraie ou de menthe poivrée ;
  • La douleur est presque toujours liée à l’inflammation. Or le curcumaet le gingembre sont d’excellents anti-inflammatoires naturels, qui réduisent très efficacement la plupart des douleurs. [16] [17] [18] Commencez toujours par cela avant de prendre quelque chose de plus fort !
  • Contre l’arthrose, la glucosamine et chondroïtined’un côté, et l’harpagophytum réduisent aussi efficacement les douleurs que les médicaments anti-inflammatoires.
  • Des huiles essentiellescomme l’Eucalyptus citronné ou la Gaulthérie couchée font des merveilles pour lutter contre les douleurs générales dentaires, musculaires, règles douloureuses, état grippal… quelques gouttes suffisent pour vous soulager rapidement !

Voilà les bons remèdes pour éviter de passer un lendemain de Noël… à l’hôpital.

Avouez que cela gâche un peu la fête !

Bonne santé,

Xavier Bazin

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Nous avons tous des proches qui prennent du paracétamol, et ils ont le droit de connaître la vérité !

 

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Sources 

[1] Darren G. N. Craig, Caroline M. Bates, Janice S. Davidson, Kirsty G. Martin, Peter C. Hayes & Kenneth J. Simpson Staggered overdose pattern and delay to hospital presentation are associated with adverse outcomes following paracetamol induced hepatotoxicity British Journal of Clinical Pharmacology Volume 73, Issue 2, Article first published online: 6 JAN 2012
[2] Relationship of acetaminophen and alcohol usage to renal dysfunction: An opportunity for health promotion/education in chiropratic. Think Global. Harrison T. Ndetan et all, Novembre 2013

[3] Craig DG, Bates CM, Davidson JS, Martin KG, Hayes PC, Simpson KJ. Staggered overdose pattern and delay to hospital presentation are associated with adverse outcomes following paracetamol-induced hepatotoxicity. Br J Clin Pharmacol. 2012 Feb;73(2):285-94. doi: 10.1111/j.1365-2125.2011.04067.

[4] Emmert Roberts, Vanessa Delgado Nunes, Sara Buckner, Susan Latchem, Margaret Constanti, Paul Miller, Michael Doherty, Weiya Zhang, Fraser Birrell, Mark Porcheret, Krysia Dziedzic, Ian Bernstein, Elspeth Wise, Philip G. Conaghan. Paracetamol: Not as Safe as We Thought? A Systematic Literature Review of Observational.Ann Rheum Dis doi:10.1136/annrheumdis-2014-206914.

[5] Michael Doherty, Chris Hawkey, Michael Goulder, Iain Gibb, Nicola Hill, Sue Aspley, Sandie Reader. A Randomised Controlled Trial of Ibuprofen, Paracetamol or a Combination Tablet of Ibuprofen/Paracetamol in Community-Derived People with Kneepain. Ann Rheum Dis 2011;70:1534-1541 doi:10.1136/ard.2011.154047.

[6] American Journal of Epidemiology December 14 2016 DOI: 10.1093/aje/kww154 Duration of Analgesic Use and Risk of Hearing Loss in Women

[7] Paracetamol use in pregnancy and infancy linked to child asthma

[8] Association of Acetaminophen Use During Pregnancy With Behavioral Problems in Childhood. Evidence Against Confounding. E. Stergiakouli et al. JAMA Pediatrics, août 2016. doi:10.1001/jamapediatrics.2016.1775

[9] S. van den Driesche, J. Macdonald, R. A. Anderson, and al. Prolonged exposure to acetaminophen reduces testosterone production by the human fetal testis in a xeno- graft model. Science Translational Medicine, 2015; 7 (288): 288ra80

[10] Mischkowski D., Crocker J., Way B.M. From Painkiller to Empathy Killer: Acetaminophen (Paracetamol) Reduces Empathy For Pain. Soc Cogn Affect Neurosci. 2016 May 5.

[11] Paracétamol hors officines : une expérience douloureuse en Suède. JIM. Octobre 2014

[12] Pourquoi la Suède retire le paracétamol des supermarchés. Léa Galanopoulo. Avril 2015 Allodocteurs.fr

[13] Top 20 generic molecules worldwide. By Eric Palmer FiercePharma

[14] Ahebkar A., Henrotin Y. Analgesic Efficacy and Safety of Curcuminoids in Clinical Practice: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Pain Med. 2016 Jun;17(6):1192-202.

[15] Khayat S., Fanaei H., Kheirkhah M., Moghadam Z.B., Kasaeian A., Javadimehr M. Curcumin Attenuates Severity of Premenstrual Syndrome Symptoms: A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled Trial.

[16] Kuptniratsaikul V., Dajpratham P., Taechaarpornkul W., Buntragulpoontawee M., Lukkanapichonchut P., Chootip C., Saengsuwan J., Tantayakom K., Laongpech S. Efficacy and Safety of Curcuma Domestica
Extracts Compared with Ibuprofen in Patients with Knee Osteoarthritis: A Multicenter Study. Clin Interv Aging. 2014 Mar 20;9:451-8. doi: 10.2147/CIA.S58535. eCollection 2014. [22] C. Black, P. O’Connor. Short Term Effects of 2-Grams of Dietary Ginger on Muscle Pain, Inflammation and Disability Induced by Eccentric Exercise. The Journal of Pain, vol. 9, issue 4, p25.

[17] Efficacy and safety of paracetamol for spinal pain and osteoarthritis : systematic review and meta-analysis of randomised placebo controlled trials. BMJ 2015. Gustavo C Machado. Pas mieux qu’un placebo, donc… mais beaucoup plus dangereux. Les auteurs révèlent que les patients sous paracétamol ont été 4 fois plus nombreux à se retrouver avec des analyses sanguines inquiétantes pour leur foie…. alors même qu’ils avaient pris des doses « normales ». Par ailleurs, une autre étude contrôlée confirme l’inefficacité totale du paracétamol contre le mal de dos : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(14)60805-9/abstract.

[18] Effectiveness of non-steroidal anti-inflammatory drugs for the treatment of pain in knee and hip osteoarthritis : a network meta-analysis. Bruno R da Costa. The Lancet. Mars 2016

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11 décembre 2017

Entretien avec Samuel Totten, chercheur et militant anti-génocide

Filed under: ARTICLES,Uncategorized — denisdonikian @ 5:12

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© Routledge, 2012

« Une question de conscience » :

entretien avec Samuel Totten, chercheur et militant anti-génocide

par Aram Harumi

The Armenian Weekly, 18.08.2017

*

Avec l’aimable autorisation de Georges Festa pour la traduction.

Voir ICI  l’article sur  le blog de Georges Festa : Armenian Trends

*

Samuel Totten, universitaire américain, est sans doute plus connu pour ses recherches sur le génocide. La plupart des gens ignorent cependant son action sur le terrain contre le génocide.

« Le génocide au Darfour a eu sur moi un impact à la fois proche et personnel, » nous précise Totten lors d’un récent entretien. Durant l’été 2004, Totten a fait partie des 24 enquêteurs du United States Atrocities Documentation Project [Programme de Documentation des Etats-Unis sur les Atrocités], qui avait pour but d’interviewer des survivants sur leur vécu lors des attaques perpétrées par les troupes du gouvernement soudanais et les janjawids (milices mercenaires) contre les populations africaines noires du Darfour.

Quatre ans plus tard, lors d’une brève étape à Nairobi, une rencontre fortuite l’a amené à se rendre dans les Monts Nouba pour la première fois. Il fait alors la connaissance de gens qui ont survécu au génocide dit « d’usure » des populations des Monts Nouba durant les années 1990.

Suite à cette première visite, Totten est revenu à plusieurs reprises dans la région afin d’interviewer des survivants. Puis, lorsque la guerre éclata entre le gouvernement du Soudan et les rebelles Nouba (Mouvement Populaire de Libération du Soudan – Nord) en juillet 2011, les missions de Totten dans les Monts Nouba prirent un tournant dramatique, passant de la conduite d’interviews à la mise en œuvre d’opérations humanitaires.

Les missions de Totten dans les Monts Nouba sont toujours en cours. « Ni les Nations Unies, ni leurs agences, ni les organisations non gouvernementales n’apportent quelque aide ou protection que ce soit, quasiment rien, » déclare-t-il. « Je ressens une obligation de maintenir le cap sur les Monts Nouba. Ne pas le faire serait abandonner le peuple Nouba à son sort. »

Aram Harumi a récemment rencontré Totten pour The Armenian Weekly afin d’en savoir plus sur son action dans les Monts Nouba. Ci-dessous leur entretien dans son intégralité.

***

– Aram Harumi : Tout d’abord, pourquoi cet intérêt pour les études sur le génocide ?

– Samuel Totten : C’est une très longue histoire, en fait, que j’ai présentée, du moins en partie, dans deux études différentes dans deux ouvrages différents : Pioneers of Genocide Studies, édité par Samuel Totten et Steven Jacobs (Transaction Publishers, 2002), et Advancing Genocide Studies (Transaction Publishers, 2015). Ces études s’intitulent « Une question de conscience » et « Une question de conscience : 2ème partie. »

En résumé, cet intérêt est né de mes recherches sur les prisonniers d’opinion avec Amnesty International (AI). L’élément déclencheur a été un article de Rose Styron, grande militante des droits de l’homme et épouse du romancier William Styron, décédé depuis (auteur d’œuvres de fiction comme Les confessions de Nat Turner1 et Le choix de Sophie2, parmi bien d’autres). Le texte de Rose Styron s’intitulait simplement « Torture in Chile » [La torture au Chili].3 Diplômé depuis peu de l’université, me considérant assez bien informé, j’étais a) abasourdi, stupéfait de voir que la torture qu’elle décrivait était une réalité dans de nombreuses parties du monde, et même omniprésente; b) horrifié par le côté atroce de la torture et le fait que certains gouvernements y soumettaient leurs propres citoyens et de soi-disant ennemis au nom de la sécurité nationale; et c) honteux d’admettre que j’ignorais à ce point ce qui se passait à travers le monde. C’est cet article, en fait, qui a décidé de mon engagement et de ma carrière dans le domaine des droits de l’homme et des études sur le génocide.

Après avoir exercé durant deux ans (1976-1978) des missions avec AI en Australie et plusieurs années avec des bénévoles d’AI au Népal, en Israël et aux Etats-Unis, j’ai eu la chance de me lier d’amitié avec le docteur Israël W. Charny, professeur de psychologie de l’université de Tel Aviv, reconnu maintenant comme l’un des doyens des études sur le génocide. A l’époque, j’enseignais l’anglais à la Walworth Barbour American International School en Israël. Son fils y était élève et un de ses professeurs avait parlé à Charny de mon engagement dans les droits de l’homme. Charny travaillait alors sur son premier ouvrage consacré au génocide et, durant le reste de mon année en Israël, nous avons commencé à parler du génocide.

A mon retour aux Etats-Unis, Charny m’a demandé de collaborer à un chapitre de ce qui allait devenir le premier volume de la collection Genocide: A Critical Bibliographic Review.4Ma contribution s’avéra si détaillée et si longue que Charny, au lieu de la rejeter comme tant d’éditeurs l’auraient fait – ou, du moins, auraient insisté pour que j’en enlève les trois-quarts – me conseilla de la revoir et ainsi d’en faire trois chapitres.

A ce moment-là, j’avais obtenu mon doctorat à l’université Columbia et je m’apprêtais à intégrer une fac. Parallèlement, je me disais : « Des milliers et des milliers de gens à travers le monde s’attaquent au problème des violations des droits de l’homme, mais, paradoxalement, seule une poignée s’attaque à la question du génocide. » En fait, c’est cette prise de conscience qui m’a conduit à écrire mon premier livre sur le génocide et, ce faisant, devenir un autodidacte concernant la théorie du génocide, l’histoire du génocide, les cas particuliers de génocide, les questions de la prévention et de l’intervention en cas de génocide, etc. C’était en 1987.

– Aram Harumi : En quoi le génocide du Darfour t’a-t-il influencé ?

– Samuel Totten : Le génocide du Darfour m’a touché de près et personnellement. Durant l’été 2004, j’ai fait partie des 24 enquêteurs du Projet de Documentation des Etats-Unis sur les Atrocités [United States’ Atrocities Documentation Project], chargé notamment d’interviewer des survivants sur leur vécu, victimes de la stratégie de la terre brûlée pratiquée par les troupes gouvernementales du Soudan et les janjawids (milices mercenaires) contre les populations africaines noires du Darfour.

Avec mon collègue, un avocat du Département de la Justice des Etats-Unis, j’ai interviewé 49 survivants. Chaque entretien durait de une heure et demie à deux heures, et ils entraient dans tous les détails, même les plus horribles, des attaques : les viols collectifs visant les jeunes filles (parfois âgées de 8 ans) et les femmes noires africaines; l’empalement et le meurtre de nourrissons noirs sous les yeux de leurs mères; l’immolation des Africains noirs âgés incapables de fuir leurs toukouls (cases circulaires), après avoir été enflammés; les fusillades, les coups et les tortures infligées aux Africains noirs qui tentaient de fuir l’attaque. Huit heures par jour, sept jours sur sept, nous avons mené ces entretiens. Souvent je devais me mordre les lèvres pour cacher mon émotion face à ces survivants, mes interlocuteurs. Ma colère était telle que j’avais envie de m’en prendre personnellement aux perpétrateurs.

Je me suis saisi de cette rage et je l’ai canalisée en travaillant sans cesse (en menant des enquêtes de terrain dans les camps de réfugiés le long de la frontière entre le Tchad et le Darfour, celle du Soudan et, plus récemment (depuis 2010), dans les Monts Nouba au Soudan; en écrivant et en publiant plus de 50 contributions pour des journaux à travers le monde; en écrivant et en publiant cinq livres, deux sur le Darfour et trois sur les Monts Nouba; en donnant des conférences aux Etats-Unis et en Europe sur le calvaire des populations du Darfour et des Monts Nouba; et, plus récemment (depuis 2012), en faisant parvenir de la nourriture à ces mêmes populations qui souffrent de malnutrition sévère et de famine dans les Monts Nouba).

– Aram Harumi : Plus précisément, qu’as-tu appris des Monts Nouba ?

– Samuel Totten : Suite à mon action avec le Projet de Documentation sur les Atrocités, en juillet et en août 2004, j’avais très envie de partir au Darfour interviewer des survivants du génocide. Durant six ans, j’ai tout tenté pour obtenir l’autorisation d’entrer au Darfour, en vain. (A mon avis, c’était dû au fait que le gouvernement du Soudan était au courant de mes publications qui le critiquent pour ses agissements au Darfour.)

Bref, en 2008 je travaillais en tant que boursier Fulbright à l’université nationale du Rwanda et je devais prendre un avion pour donner une conférence sur le Darfour à l’université de Chicago. Durant une escale à Nairobi, deux types ont embarqué et se sont assis à côté de moi, ils travaillaient au Soudan et rentraient aux Etats-Unis pour un congé. Je leur ai parlé de mes difficultés pour entrer au Soudan. L’un d’eux m’apprit que des survivants du génocide du Darfour se trouvaient en fait dans un camp de déplacés non loin de là où il vivait dans les Monts Nouba, en me disant qu’il pensait pouvoir s’arranger pour me faire entrer là-bas sans que le gouvernement du Soudan le sache (et donc que je n’aurais pas besoin de demander un visa), et qui plus est, gratuitement, à bord d’un avion cargo que possédait son organisation.

Quelques mois plus tard, j’ai décollé de Nairobi pour Kauda dans les Monts Nouba pour interviewer les survivants dans ce camp de déplacés. Durant mon premier séjour, puis mon second séjour dans les Monts Nouba, j’ai commencé à rencontrer des gens qui avaient survécu au génocide dit « d’usure » des populations des Monts Nouba durant les années 1990. Réalisant que j’avais facilement accès à ces personnes, je suis revenu plusieurs fois dans la région pour les interviewer. Puis, quand la guerre a éclaté entre le gouvernement du Soudan et les rebelles Nouba (Mouvement Populaire de Libération du Soudan – Nord) en juillet 2011, j’ai commencé en 2012 à faire venir de la nourriture vers les civils Nouba dont les fermes étaient bombardées et qui cherchaient désespérément de la nourriture.

– Aram Harumi : Durant tes voyages, t’es-tu senti en danger ?

–  Samuel Totten : Pas durant mes deux premiers voyages dans les Monts Nouba en 2010 et 2011, mais plutôt durant les cinq derniers en 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016, pendant que la guerre faisait rage entre les Nouba et le gouvernement soudanais.

Sans répit – que nous soyons chez les gens, dans des souks (marchés publics) ou en train de voyager – les bombardiers Antonov en mission de bombardement nous survolaient. Naturellement, personne ne savait exactement où les Antonov largueraient leurs bombes, donc chaque fois qu’un Antonov passait, tout le monde se ruait – soit vers un de ces trous de plus de deux mètres de profondeur que les gens ont creusé autour de leurs foyers et de leurs souks, ou vers le désert en quête d’une anfractuosité où se replier, d’un gros rocher ou d’un grand arbre où se cacher pour se protéger des shrapnels. Ces éclats d’obus sont de gros éléments de métal tordu qui volent et qui sont capables, littéralement, de réduire un corps en bouillie, comme de la viande hachée. Le shrapnel est aussi capable, là aussi littéralement, de cisailler une tête, un bras ou une jambe. J’ai vu des dizaines de gens dans les Monts Nouba qui ont perdu leurs jambes et leurs bras après avoir été frappés par un éclat d’obus.

Lors d’un voyage aux Monts Nouba en 2015, plusieurs Antonov nous ont survolés à cinq reprises durant une heure. A chaque fois, tout le monde dans le souk se précipitait pour trouver un abri, puis alors que nous étions dans notre véhicule, on a tous sauté et on a couru dans un sauve-qui-peut général. A chaque fois, un Antonov nous survolait, en tout cas c’était comme ça pour moi, personne ne savait si c’était son dernier jour à vivre.

Mon expérience la plus effrayante dans les Monts Nouba s’est passée aussi en 2015, mais durant un autre voyage. Mon équipe et moi (à savoir, mon chauffeur, mon interprète et moi) on venait juste d’arriver dans une petite ville appelée Heiban sur notre route à travers le désert. 15 à 20 minutes après notre passage, un avion de chasse Soukhoï a déboulé et a tiré un missile sur trois adolescents qui couraient vers un des trous dont je te parlais. Le missile a littéralement coupé en deux un des garçons. Le lendemain, son père a apporté les deux moitiés de son fils vers sa tombe et les a déposées pour qu’elles soient incinérées. Je suis sûr que si, avec notre Land Cruiser blanc, on avait traversé Heiban lors de l’attaque du Soukhoï, on aurait été pris pour cible – une cible idéale, vraiment – et que s’il avait atteint notre véhicule avec un missile, on aurait été réduits en cendres. Non seulement on avait un réservoir plein de pétrole, mais on transportait aussi des jerrycans de pétrole, car il n’y a pas de stations-service dans les Monts Nouba.

– Aram Harumi : C’est plus facile de collecter des fonds et de se contenter de filer de l’argent aux gens qui travaillent dans ces relais humanitaires. Qu’est-ce qui t’a poussé à prendre les choses en main, à te rendre dans la région et à distribuer de la nourriture ?

– Samuel Totten : C’est sûr, tu as raison, c’est bien plus facile de collecter de l’argent et de l’envoyer à telle ou telle organisation qui agit au nom des populations des Monts Nouba (même si, malheureusement, très peu le font).    

Dès le départ, mon intention quand je collectais des fonds, que j’achetais de la nourriture et que je l’acheminais par camion vers les Monts Nouba, était d’apporter de quoi manger aux populations les plus sinistrées des Monts Nouba – à ces gens qui, pour telle ou telle raison, n’avaient pas facilement accès à de la nourriture ou qui n’en recevaient pas des organisations humanitaires locales présentes dans les Monts Nouba. J’avais l’impression et je pensais que c’était comme ça que je pouvais contribuer à aider les Noubas. Résultat, chaque fois que je revenais dans les Monts Nouba, je tenais à parler aux gens informés (la Nuba Relief, Rehabilitation and Development Organisation (NRRDO), une organisation humanitaire locale, des dirigeants du Mouvement Populaire de Libération du Soudan – Nord, et des journalistes, entre autres), des groupes de population les plus nécessiteuses dans les Monts Nouba, à savoir là où j’allais distribuer de la nourriture.

En fin de compte, c’était bien, comme les titres des deux chapitres que j’ai rappelés au début de cet entretien, une question de conscience.

– Aram Harumi : As-tu été témoin de situations semblables dans d’autres régions du monde ?

–  Samuel Totten : Oui, mais jusqu’à présent je me suis concentré sur le calvaire des populations des Monts Nouba. Les trois autres endroits où je pense vraiment aller pour apporter de l’aide sont le Burundi, la République Centrafricaine et la Birmanie (Myanmar).

Si je suis resté focalisé sur les Nouba et si je ne suis pas allé ailleurs, c’est principalement pour trois raisons. Premièrement, comme ni les Nations Unies, ni une de leurs agences, ni aucune organisation non gouvernementale n’apporte une quelconque aide ou protection, en fait rien du tout, je me sens obligé de maintenir le cap sur les Monts Nouba. Ne pas le faire serait les abandonner à leur sort. Deuxièmement, il faut pas mal de temps pour réaliser quelle est la situation sur le terrain dans des pays différents, quel type d’assistance est nécessaire et quels sont les contacts nécessaires pour mener une mission de façon satisfaisante. Et puis, chacun des pays que je viens de mentionner pose des risques spécifiques aux étrangers, il faut en être informé et savoir comment les éviter le plus possible – ou, du moins, les gérer pour ne pas finir mutilé ou tué.

– Aram Harumi : Pourquoi ce scandale de la non-reconnaissance par le gouvernement du Soudan de la malnutrition des populations des Monts Nouba ?

– Samuel Totten : Bombarder des fermes, obliger les gens à en sortir, à quitter les villages et les éloigner de leurs sources de nourriture est le mode opératoire du gouvernement soudanais. J’imagine donc que ce gouvernement ne va pas perdre pas son temps à se soucier des souffrances et du sort des populations des Monts Nouba. En fait, je suis convaincu qu’en refusant aux Noubas un accès facile à la nourriture, le gouvernement soudanais espère les chasser des Monts Nouba et par delà la frontière vers un autre pays et/ou dans des camps de réfugiés. Autrement dit, il s’agit là d’un stratagème pour épurer la région des Nouba – un cas classique d’épuration ethnique.

– Aram Harumi : Est-ce que ces voyages t’ont profondément marqué ?

– Samuel Totten : Oui. Trois choses, en particulier. Premièrement, les moments où les bombardiers Antonov déboulaient. Deuxièmement, le jour où nous l’avons échappé belle quand le Soukhoï a attaqué Heiban. Troisièmement, je tombe un jour sur un gamin qui avait déclenché accidentellement l’élément d’un obus non explosé; je fonce à travers le désert pour tenter de l’emmener dans le seul hôpital présent dans toute la région, mais il finit par mourir. Non seulement ses jambes avaient été arrachées, les os sortant de la peau (une fracture ouverte), mais il avait une large et profonde blessure au bas de l’abdomen qui avait réduit en bouillie la plupart de ses organes. Aujourd’hui encore, j’ai beaucoup de mal à évoquer la mort de ce gamin qui, par ailleurs, avait marché plus de 16 kilomètres loin de chez ses parents pour trouver des mangues. Je suis plutôt un dur à cuire, mais chaque fois que je pense à ce pauvre gamin innocent, faut que je me force à pas pleurer. Et enfin, la dernière fois où j’étais dans les Monts Nouba, je croise un groupe de gens qui vivotaient dans un semblant de camp pour déplacés; là, je découvre de nombreux nourrissons si faibles qu’ils n’arrivaient littéralement pas à lever la tête; c’est à dire que leurs petites têtes pendaient de côté, comme des poupées de chiffon. Ça, ça te prend aux tripes.

– Aram Harumi : Aurais-tu un message à faire passer sur ton séjour dans les Monts Nouba ?

– Samuel Totten : Le fait que les populations civiles des Monts Nouba sont complètement isolées. Personne, je dis bien personne, mis à part des gens comme moi, n’essaie de les aider. Ni les Nations Unies. Ni le Programme Alimentaire Mondial. Ni Oxfam. Ni Médecins Sans Frontières. Aucune organisation humanitaire n’existe dans les Monts Nouba – de peur d’être attaquée et massacrée par le gouvernement soudanais.

En fait, le président du Soudan, Omar al-Béchir, a déclaré que quiconque franchit la frontière avec le Soudan sans y avoir été expressément autorisé par son gouvernement, aurait la gorge tranchée. Je m’imagine que ce n’est pas une menace en l’air, car lorsque la guerre a éclaté en juillet 2011, les soldats soudanais allaient de porte en porte dans les villes et les villages, frappaient aux portes et, si ceux qui répondaient était apparentés d’une façon ou d’une autre aux Noubas, ils étaient égorgés d’une oreille à l’autre, perdaient leur sang et mouraient là même où ils gisaient à terre.

– Aram Harumi : Comment les gens peuvent-ils t’aider à collecter de l’argent pour les populations des Monts Nouba ?

–  Samuel Totten : Oui, merci pour ta question. Les gens peuvent m’envoyer un chèque destiné à l’achat de nourriture et/ou de médicaments pour les populations Noubas. Mon adresse est 18967 Melanie Road, Springdale, Arkansas 72764. Pas un seul dollar ne servira à autre chose que de la nourriture – et pas à financer des voyages, ni à louer un véhicule et un chauffeur, ni à engager un interprète, etc.

Je tiens à préciser que chaque voyage pour amener de la nourriture dans les Monts Nouba coûte environ 8 000 dollars. Acheter de la nourriture pour les Noubas revient entre 3 000 et 4 000 dollars. Et puis je dois couvrir le coût aller-retour de mon billet d’avion pour Nairobi, au Kenya; un autre billet d’avion aller-retour pour Djouba au Soudan du Sud; et un troisième pour le camp de réfugiés de Yida, le long de la frontière entre le Soudan du Sud et le Soudan; la location d’un Land Cruiser et le salaire du chauffeur, d’un interprète, etc.      

NdT

  1. William Styron, Les confessions de Nat Turner, traduit de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau, Paris : Gallimard, 1969
  2. William Styron, Le choix de Sophie, traduit de l’américain par Maurice Rambaud, Paris : 1981
  3. Rose Styron, « Torture in Chile, » The New Republic, March 20, 1976, p. 15-17
  4. Israel W. Charny, ed., Genocide: A Critical Bibliographic Review, Vol. 1, Mansell, 1988

____________

Source : https://armenianweekly.com/2017/08/18/a-matter-of-conscience/

Traduction : © Georges Festa – 12.201

7 décembre 2017

L’ACTU QUI TUE

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,L'ACTU QUI TUE — denisdonikian @ 5:47

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Johnny Halliday est mort. Les industriels du tabac sont en deuil.

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Moi je n’ai rien de Johnny en moi. Suis je encore français?

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« Putain ! Si d’Ormesson et Johnny ont reçu tant d’hommages les miens vont être grandioses alors ? »

Charles Aznavour

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Selon son cuisinier personnel, Bachar El-Assad voudrait se suicider après qu’on lui a révélé les atrocités et les viols infligés à ses opposants par ses partisans.

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Trump veut faire de la Maison Blanche la capitale mondiale  de la connerie. Les Palestiniens ne sont pas d’accord.

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L’Europe a donné son feu vert à Monsanto pour qu’il remplace le sel de table par du glyphosate. Le sel, c’est mauvais pour la tension.

*

Il y aurait de l’aluminium dans les vaccins mais pas dans les dosettes de café.

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Nous autres civilisations nous savons que nous sommes hantées par la jungle. La preuve : les harcèlements sexuels font du mâle un prédateur. Mais on ne nous dit pas tout. Monsanto, les labos pharmaceutiques, les industries de l’alimentaire ou de la pêche, le système de la consommation sont des entreprises de prédation massive qui vous nourrissent ou qui vous soignent par empoisonnement. Tous harcelés, tous empoisonnés. La grande bouffe.

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Le rocker commence rocker et finit millionnaire. Si c’est pas un oxymore, qu’est-ce que c’est ?

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Macron en Algérie : Bouteflika va lui apprendre à sucrer les fraises sans se pisser dessus.

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Dans le cadre d’une politique d’accroissement démographique de l’Arménie voulue par le président Sarkissian,  La ministre de la diaspora, Hranouch Agopian m’a écrit comme au  » fer de lance de la diaspora de France » ( dixit) pour venir engrosser les filles du pays. J’ai répondu que je manquais de fer et que ma lance était trop molle pour besogner qui que ce soit. Elle m’a répliqué en colère qu’elle serait obligée dans ce cas de faire appel à des homosexuels. Mais mon ami Chouchou déteste faire ça avec une fille, même pour une cause nationale aussi urgente. Bref ! On n’est pas dans la merde !

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Poutine va se représenter aux prochaines élections sur le modèle des poupées russes. Vous retirez la plus grande et vous tombez sur une  autre chaque fois plus petite. Et c’est vrai, d’une élection à l’autre, Poutine est chaque fois plus petit mais ne disparaît pas.

 

21 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (18)

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 4:54

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Le point de vue du militant ascensionniste.

 

 

Pour Ara Baliozian

Qui aima cette histoire

Racontée autrement une autre fois.

 

« Je vais me la grimper ! Je vais me la grimper cette putain de montagne ! Même si je crève là-haut. J’en ai trop rêvé, depuis trop longtemps. Mes parents m’ont drogué au Tarara. Et je pourrai dire à mon copain Garbis que je me la suis faite… Mais quelque chose commence à se gripper quand je marche… On dirait que je fais du sur place, que j’avance à reculons. Et pourtant je pousse sur mes jambes, mais je n’y arrive pas à le percer cet espace qui se dresse devant. C’est comme une pucelle, ce Tarara ! Mais je l’aurai, je le dis, je vais l’atteindre l’orgasme du sommet ! »

 

C’est ainsi qu’il se parlait, le marcheur, en train de jouir de son obsession fabriquée à grands renforts de contes mythologiques et d’imageries naïves.

 

Sarkis, dit Sako, né au Liban, expatrié au Canada par ses parents patriotes, est aujourd’hui, en compagnie d’autres Canadiens, en train d’entreprendre l’érotique ascension du turgescent Tarara. «  Une montagne qui ne se donne pas facilement », fit Lionel, leur accompagnateur, tandis qu’ils avaient atteint le premier camp de base. Et comment ! Le Tarara n’était pas n’importe quelle montagne. « C’est la montagne sacrée des Arméniens, lui avait répliqué Sako, surtout des Arméniens les plus arméniens qui soient au monde. Une montagne aussi sacrée que le Mont Fuji des Japonais ou l’Uluru des aborigènes d’Australie ».

 

Mais qui dit sacré pense intouchable, gardien d’une divinité, cher Sako. D’ailleurs, que te disait Garbis avant que tu prennes le large pour la grande ascension ?« C’est une montagne qui est physiquement dans le monde et spirituellement hors du monde ». Voilà ce qu’il disait le Garbis. Et il avait raison.

 

Sako monte, mange, pète, pisse et monte encore. Un jour, deux jours. Mais le corps a ses raisons que la raison ne peut connaître. Le corps. Tu le gouvernes que si tu le respectes. Et voilà qu’au bout de deux jours, la monte se démonte.

 

« Merde ! se dit Sako. T’avais pas pensé à ça. Si Garbis te demande : « Et pour chier, t’as fait ça où ? Sur le Tarara ? » qu’est-ce que tu vas répondre ?  Je ne pourrai pas dire dans des toilettes turques, ça ne serait pas crédible. Où trouver des toilettes turques sur une montagne telle que celle-ci ?»

 

Voilà bien le problème. Sako est prisonnier d’un cul-de-sac. Le premier jour s’était passé les tripes légères et les guiboles alertes. Mais au deuxième, son ventre lançait déjà son hallali. Son anus lâchait des SOS et tous les clignotants viraient au rouge alors qu’il se serrait les miches et qu’il devait déployer ses jambes coûte que coûte. Il devint blême sur la neige blanche. Il lui arriva même, eh oui ! de maudire ceux qui l’avaient programmé à adorer cette montagne, laquelle aurait pu jurer qu’elle n’y était pour rien, car même si elle n’était pas douée de parole, ses pierres témoignaient pour elle en montrant qu’elle se contentait de n’être qu’un amas de rochers.

 

Ainsi donc, Sako avait l’idéologie si dure qu’il en vint à se constiper. S’il connaissait maintes stratégies pour ridiculiser un négationniste de ce génocide qui l’avait mis au monde, cette fois, il était aux abois tant le désarroi le désorientait. Il se dit qu’il pourrait bien faire sa crotte dans un sac en plastique acheté en pays turc avec un drapeau turc bien saignant imprimé dessus, mais même si les hauteurs étaient balayées par les vents, l’odeur lui collerait au sac et au dos. Et puis, un sac, ça peut s’enfouir dans un sac à dos, mais deux, mais trois ?

 

A la fin, c’est fourbu qu’il arriva sur un sommet perdu dans les brumes. Et tandis que le groupe se prenait en photo pour preuve de son triomphe, Sako alla se perdre dans une nappe de brouillard épais et fit ce que son corps désespéré espérait après 5165 mètres d’opilation intestinale : IL SE LÂCHA. Le soulagement fut instantané et la béatitude revint au valeureux militant.

 

Or, si toute souffrance peut engendrer une sagesse, Sako n’en fit rien. Né et demeuré jusqu’à sa mort l’homme de sa tribu, il était loin de naître à l’homme spirituel qui était en lui. Ainsi donc, Sarkis, dit Sako, militant révolutionnaire, n’avait pour avenir qu’une obstruction mentale et nationale contre laquelle le Tarara n’y pouvait rien.

 

Toutefois la morale de cette histoire pourrait bien nous dire que si la culture contrarie la nature, leur conflit produira des souffrances à coup sûr. Qu’on se le dise !

20 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (17) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 5:16

 

 

 

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Voilà, monsieur le tatoueur. Vous voyez ma poitrine. Elle est belle, n’est-ce pas ? Seins fermes d’une Arménienne pur jus de 18 ans. Je veux que vous m’en fassiez deux montagnes côte à côte vues du ciel. Le droit plus petit que le gauche, s’il vous plaît. Oui, je sais. Mes seins sont comme deux sœurs jumelles. Débrouillez-vous ! Vous devez donner l’illusion à l’homme, un Arménien bien sûr, qui me regardera la poitrine en face, d’être en présence de nos deux Massis. Voici une photo prise d’avion. Ici le petit Massis, pentes abruptes, cône parfait. Celui qui devrait vous donner le moins de mal. L’autre. Le Grand Massis. 5165 mètres. Avec un vaste plateau au sommet. Quoi, les mamelons ? Ils vous gênent ? Ils ne sont pas dans l’image ? Mais faites-en des cailloux, des rochers, je ne sais pas, moi ! C’est vous l’artiste, non ? Un jour, je serai vieille ? Ils seront flasques ? Chirurgie esthétique. Ce n’est pas votre affaire. D’ailleurs, je ne serai pas la seule à être flasque. D’ici là, je vous ferai dessiner les Massis sur mes soutiens-gorge. Allez ! Au boulot !

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

 

19 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (16) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 4:22

Ani GEZALYAN-CHIBUKHCHYAN

tableau d’Ani GEZALYAN-CHIBUKHCHYAN

*

Le point de vue des deux peupliers

 

Ah, les temps sont durs mon jojo ! Avant nous étions sur tous les tableaux, toi et moi entre le grand Tarara et le petit. Maintenant, c’est plutôt rare. Nous devions faire trop soviétiques probablement. Si je pouvais lâcher mes feuilles mortes sur l’Amerloque qui le premier a suggéré au peintre en mal de dollars de nous ratiboiser… Après ça, si on nous coupe pas en rondelles ! Et tu sais par quoi nous avons été remplacés ? Par une église ! Tiens, celle que tu vois à droite, là au fond ! Khor Virap qu’on l’appelle. Forcément, ils redeviennent religieux. De notre temps, on n’aurait jamais vu ça. Nous, nous avons toujours grandi dans la neutralité. Tu te rappelles que certains dimanches ils venaient par dizaines pour nous chercher. Tu as vu mon tronc à moi ? Des cœurs et des initiales partout. Le tien aussi d’ailleurs. On inspirait l’amour. Le couple parfait sur fond de couple absolu. Les amoureux, ils aiment se graver quelque part. Seulement, moi, j’ai l’écorce tatouée au point que j’en suis malade. J’ai la peau fripée comme une vieille à présent. Je suis méconnaissable. Je fais même peur aux oiseaux. La seule satisfaction, c’est d’être là ensemble, tous les deux. Mais je pense que les autorités auraient dû nous entourer de barbelés pour éviter qu’on nous écorche. C’est pas comme le grand et le petit Tarara. Pas aujourd’hui qu’on va les piquer au piolet de montagne, ceux-là. Ils sont bien gardés. Les belles choses, on devrait les éloigner de la bêtise des hommes. Heureusement, les temps sont à l’écologie. On a des chances de mourir sur pied. Tout de même, notre vie durant, nos feuilles ont reçu cette beauté-là. Du miracle en permanence. Du mystère indéchiffrable. Je comprends pourquoi les peintres avaient choisi de nous placer devant. Nous incarnions ces couples amoureux d’eux-mêmes et du monde. Ils s’identifiaient à nous, plantés dans le décor de leur rêve… Quelle brise, ce matin ! Un peu frisquet, non ? Au fait, tu sais qu’avec la tempête de l’an dernier, nous avons maintenant des rejetons qui poussent l’autre côté de la frontière. Avec un peu de chance, nous allons coloniser les pentes du Tarara. Tiens, tu vois, dans la crevasse, à gauche, près de la ligne noire. Eh bien ! Ils sont de nous. Avec eux, nous ne sommes pas prêts de mourir…

 

(2003-2017)

 

 

 

 

 

 

18 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (15) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 5:19

 

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Le point de vue de Komitas

 

C’est une ligne qu’il faut que vous teniez jusqu’au bout. La ligne blanche du Tarara, cette hanche de femme. Votre voix doit  épouser ce modèle de courbe au plus près. On monte, on monte lentement, puis on atteint le plateau. Une vague qui enfle vers le sublime. Force, puissance, élévation. Et limpidité… Toute la partie haute du mont Tarara, sa part neigeuse et pure, c’est nous. Imaginez le cultivateur. Il s’arrête. Il a de la sueur au front. Ses muscles se relâchent. Son souffle s’apaise. Et tout à coup, il est sous le charme d’un mystère. Alors l’envie de chanter le prend. Et il chante, sa poitrine éclate. Et la terre chante à travers lui. Il est devenu son instrument. Son corps vibre tout entier. La terre, dans son corps, trouve sa voix. Vous comprenez ça ? C’est cette alchimie qu’il faut rendre. Ne soyez pas des choristes en représentation. Soyez des corps qui font monter la terre vers le sublime.  Gardez en vous cette vision. Donnez du muscle à votre voix, mais sans oublier la limpidité. Personne, aucun peuple ne peut chanter nos horovels comme nous les chantons. Car cette terre-là nous a choisis, nous, pour le faire. Dans nos yeux, il y a ces lignes. L’homme qui chante ici, sur cette petite montée de terre, où a été construite cette petite église, devant ce puissant paysage, cet homme est devenu par son chant un corps où tous les infinis trouvent à s’exprimer. Et vous devez restituer ces infinis-là. Les offrir à ceux qui vous écoutent. Gardez-vous de vous prendre pour des choristes, des liseurs de partitions, des suiveurs de baguette, des cœurs mécaniques. Non. La terre, celle qu’on travaille pour vivre, doit frémir à travers vos propres cordes vocales. Et votre cage thoracique résonner des sons qui sont les vôtres. Imaginez que c’est l’air que respire la terre qui entre dans vos poumons, et de vos poumons dans votre sang. Un air légèrement humide, avec une odeur de labour, traversée par des chants d’oiseaux. On y voit voler une cigogne, tenez, là, à gauche. Le trait blanc et noir qui palpite sur cet écran de neige. La lumière rosit la ligne de crête, le ciel éclate… Ne pensez qu’à la partie haute, à celle qui émerge. Vous devez atteindre par le chant cette ligne au-dessus de laquelle la montagne devient un être spirituel. Dessous, c’est comme le socle d’une statue, son assise.  Et plus bas encore, gisent les frontières, grouillent les hommes, se déploient les drapeaux, se multiplient les guerres. Les peuples se lancent des injures, lisent des discours, entretiennent leurs jeux de massacre. La folie nous guette tous. Mais posée sur ce socle, il y a une statue, une statue à nous, une statue qui représente l’un des nôtres. Ne soyez pas des choristes de bronze. Regardez plus haut. Voyez l’art. L’art n’est pas un drapeau. Il fait l’homme. Alors, posez votre voix sur ce socle de pierre et chantez à la bonne hauteur.

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

17 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (14) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 1:15

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Le point de vue de l’assistant

 

Bon, nous allons voir ça. Vous me dites que vous avez quelque chose dans le rectum. Et que c’est douloureux. Vous ne voulez pas me dire ce que c’est. Nous allons voir ça. Nous trouverons bien un moyen de vous l’enlever. C’est vrai que vous marchez comme un canard. Je vais demander à mon assistant de vous ausculter. Vous ôterez vos vêtements et vous prendrez place sur ce siège, un pied dans chaque étrier. Couchez-vous bien. Maintenant, Garbis à toi. Dis-moi ce que tu vois. Ça ne va pas être long, détendez-vous. Garbis ? Alors ? Que vois-tu ? Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? Tu vois de la neige qui tombe ? Tu te moques de moi ? Tu confirmes ! Et… Quoi encore ? Le mont Tarara ? Comment ça, le mont Tarara ? Le mont Tarara sous la neige ? Et la neige tombe ? Tu penses que c’est une boule de verre qu’il s’est mis ? De ces boules qu’on agite pour donner l’illusion que la neige tombe ? Mais qu’est-ce qui vous a pris de vous mettre cette boule dans le cul ? Et comment je vais sortir ça maintenant ? Vous imaginez ! Ce trou–là n’est pas fait pour l’introduction, mais pour l’expulsion ! Je vais vous le sortir votre Tarara ! Et croyez-moi, ça risque de faire mal ! Très mal ! Garbis, vaseline ! Quoi, il n’y a pas de vaseline ? De l’huile d’olive alors ! Non plus. Et de l’huile de vidange ? Trouve-moi quelque chose de gras dans ce cas-là. Du beurre à tartiner, par exemple ! Du beurre à tartiner !

 

(2003- 2017)

 

 

 

16 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (13) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 3:18

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Le point de vue du fou

 

Il… Il est partout… Là encore… Je te parle… Mais je sais que … Je regarde par la fenêtre… Il y est. Il y est je te dis… Même quand je descends dans la rue, je le vois en train de me suivre… Quand je marche sur Komitas, je l’ai en face … Sur l’avenue Bagramian, j’arrive à me cacher derrière les immeubles … Mais… Mais après, quand j’ai passé l’immeuble, eh bien je suis à découvert… Et là, il a l’œil sur moi… Ou plutôt, je le vois… Ça fait que dans mes rêves, il y est aussi… J’avais un tableau de lui dans ma chambre… Il m’avait été donné par mes parents, tu vois… Toute mon enfance j’ai dû la passer avec lui dans ma dans ma chambre tu vois… Toute toute mon enfance, tu vois… Tu vois un peu ça ? Et maintenant maintenant je le vois partout… Ils l’ont mis sur des étiquettes, le cognac par exemple… Sur des boites de conserve, des bouteilles de vin, des enveloppes, des banques, des carrefours, des autobus, des chiens marqués de son image, tu vois… Partout partout je te dis… J’ouvre un journal, je tombe dessus… Au cimetière, sur toutes les tombes… Attends, je vais voir encore encore… Il y est ! Il y est ! Tu le vois, toi, de ta fenêtre ? Tu le vois aussi, hein ? Tu le vois aussi ! Je ne peux plus sortir tu comprends… Tu comprends ça ? Quand je rentre dans un magasin, je le perds de vue… Mais après, c’est radical, il est là… Et en plus, mes parents m’ont appelé Tarara, en plus… Tarara, tu imagines ! Quand j’allais à l’école, j’en étais fier… Tu te tu le vois aussi de ta fenêtre ? Tu le vois hein ? Il va nous bouffer si ça continue… L’autre jour, j’étais au meeting devant le Madenataran (1) … Eh bien, il était là, au fond, assis sur un son banc à nous regarder tous… Le plus difficile, c’est la nuit. J’ai peur de m’endormir… Je sais qu’il va venir se planter devant moi… Je voudrais bien partir à l’étranger… Mais ils ne comprennent pas ici que je veuille partir à cause de lui… Au moins, là-bas, je suis sûr de ne pas le voir… Pas au moindre détour d’une rue comme c’est toujours à Erevan… je veux aller à San Francisco… Là-bas il y a moins d’Arméniens qu’à Los Angeles… Parce que si si je vais à Los Angeles, c’est sûr, il va me retrouver… Il sera sur les enseignes des magasins et tout ça … Tandis qu’à San Francisco, non … Il y a l’océan, tu dis… Partout ? Vraiment on voit l’océan de partout ? Tu crois que c’est pire l’océan, l’océan ?

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

15 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (12) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 5:03

 

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Le point de vue du publicitaire

 

Voyons, voyons… Qu’est-ce qui pourrait me servir d’accroche à un produit pareil ? Il faut que ça pète, que ça gicle, que le badaud en prenne plein les yeux. Mais en même temps, calme, grandiose, contenu. Zen. Puissant et zen, c’est ça ! Pas facile, pas facile… Si j’en parle à Nounée, elle va me dire de choisir un parapluie. Et noir, en plus. Non… Il me faut quelque chose de national, dur, droit et sécurisant. Tiens ! Notre drapeau. Pas plus national que notre drapeau. Oui, pas plus national qu’un drapeau. Dur et droit, c’est le bâton, là, je veux dire ce qui maintient le drapeau, quoi ! Je ne sais pas comment on appelle ça, déjà. Ouais ! Pas mal, un drapeau. C’est juteux, un drapeau. Ça te met un type au garde-à-vous. Salut du soldat. Et qui dit soldat, dit retenue, discipline. On ne tire pas n’importe où, ni n’importe comment. Et puis, on est généralement couvert. Casque, casquette, képi, béret… Toujours couvert. Et puis nos femmes aiment bien nos petits gars. Ils sont en protection. S’ils font le coup de feu, c’est pour protéger nos femmes et nos enfants. Sur l’image, il ne me restera plus qu’à coller mon petit rond de caoutchouc à côté de notre drapeau, avec pour tout slogan : J’AIME, JE PROTÈGE… Tiens justement, voici Nounée.

« Alors ton accroche, c’est trouvé ?

– Notre drapeau.

– Notre drapeau ? Mais tu es complètement fou. Les femmes vont croire qu’on leur demande de peupler la patrie ! Elles qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, à nourrir leurs gosses, tu voudrais qu’elles remettent ça ? Non, tu vois, ton drapeau, ce n’est pas très sexy.

– Mais alors quoi ?

– Mais prends le Tarara ! Il n’y a pas plus sexy que le Tarara. Un bordakar(1) géant. Toutes les femmes rêvent de s’y frotter le ventre.

– Mais tu n’y es pas Nounée, le bordakar servait aux femmes stériles.

– Aucune d’entre nous n’est stérile, tu m’entends ! Jamais ! C’étaient vous les stériles ! Je te dis le Tarara ou rien… N’est-ce pas mon petit Massis (2) ?

 

1) Le bordakar est une rocher lisse se situant au bord de la route entre Sissian et Goris en Arménie. Les femmes stériles qui espéraient un enfant y venaient pour se masser le ventre en se couchant dessus.

2) Le petit Massis est la montagne qui jouxte l’Ararat, autrement appelé Massis par les Arméniens.

14 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (11) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 6:25

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Le point de vue du berger

 

Où je fais paître mes moutons ? Mais là, dans cette plaine, entre la route et la frontière. Ça fait des années que je fais ce travail… Des années… Quoi ? De la chance ? Et pourquoi donc ? Parce que je travaille devant le Tarara ? Si l’on veut ! Si l’on veut ! C’est un endroit comme un autre après tout. Toi, tu est bouche ouverte devant cette montagne, tu trouves probablement qu’il n’y a pas plus beau au monde. Mais moi, ce serait devant une belle voiture allemande, genre Mercedes, que je tomberais en extase. Après tout, ce n’est qu’une montagne. Nous n’allons pas en faire un khorovadz (1) pour ça. Elle est de l’autre côté de la frontière ? Mais qu’elle y reste ! Ça changerait quoi si elle était chez nous ? Ce n’est pas moi qui ferais grimper mes moutons sur ses pentes ! Ah ça, non ! Crois-moi. Pas à mon âge. Pas moi non plus qui me battrais pour qu’elle nous revienne. Une montagne, ça va, ça vient… Une fois chez nous, une autre fois chez eux. La seule chose qui me plaît, tu vois, c’est qu’elle nous cache ce qu’il y a de l’autre côté, le cul de notre ennemi. C’est vrai qu’en même temps elle nous laisse imaginer tout l’arrière-pays où les nôtres avaient habité. Mais elle est là comme un mur, et c’est tant mieux. Elle mène sa vie de montagnes et nos histoires ne l’intéressent pas. Pour ma part, je vis avec mes moutons parce qu’ils me font vivre. Le reste, c’est de la poésie pour les touristes de ton genre. Rien de plus. C’est un tas de pierres, cette montagne ! C’est tout ! Un gros tas de cailloux pour nos poètes. Et tralala, et tralala… Avec ce genre de tralala, on en a fait des guerres ! Mais les poètes ne les font pas, eux. Ils se contentent de mettre le feu aux esprits, bien assis dans leur fauteuil. Tiens, demande à mes moutons ce qu’ils en pensent de ton Tarara ! Eh bien moi, je pense comme eux. Bééééé…

 

  • – Viande grillée

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

 

 

13 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (10) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 7:47

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Le point de vue du photographe

 

On ne bouge plus monsieur Tarara. Voilà. C’est parfait. Attention ! Je compte jusqu’à trois.(Ce rose, il va rester, ce rose !) Un… (éclairage sublimesublimesublime). Deux… Raté. Mais, Hayrig djan (1) ! tu vois bien que je suis en train de prendre une photo ! Non ? Alors, pourquoi es-tu passé devant mon objectif ? Hein ! Pourquoi ? Mais c’est toi le taré ! C’est notre montagne, oui ou non ? Comment ce n’est pas notre montagne ! Ce n’est pas une malheureuse frontière(2) qui va venir nous contrarier  le paysage ! Laisse-moi travailler maintenant ! C’est ça ! C’est ça ! Je suis un idéaliste, un tararatiste également si tu veux. Tu voudrais que je te prenne en photo ? Ah parce que monsieur se croit plus intéressant que notre Tarara ! Mais tu l’as vue ta tronche ? Tous les matins ? Et tu continues à te regarder ? Mais dis-moi, tu t’es rasé aujourd’hui ? Il n’y a pas d’eau ! Et tu voudrais que je te prenne avec ta barbe de trois jours et ta casquette de tchôbane (3) ? Et devant le Tarara, rien que ça ! Devant ! La belle et la bête, quoi ! Il me prend pour qui ce type ? D’accord, mais après tu me laisses tranquille, n’est-ce pas ? Marché conçu. Mets-toi là. Comme ça. Tu regardes ici dans l’objectif. Tu ne bouges pas, hein ! C’est parti. Je compte jusqu’à toi. Un… (Voilà le rose qui revient, qui revient… Vite, finissons-en !) Deux… (Arrive ! Arrive !…) Et trois. C’est bon. Merci. Au revoir ! Tu l’auras dans trois jours, ta photo. Maintenant, à nous deux, petit nuage rose ! Ouverture à 5,6. Vitesse 125e. A nous deux ! A nous deux ! Arrive ! Arrive ! Stop ! Quoi encore, Hayrig djan ! Mais tu l’as eue ta photo ! Tu l’auras la semaine prochaine ! Ah ! Maintenant tu voudrais que je te prenne avec ta petite-fille ? Et pourquoi pas avec ta femme, avec ta mère, avec ta belle-fille, avec ton fils aîné, sa vache, son mouton à cinq pattes, ta charrue ? Sans oublier ton président de la république, sa femme, sa Mercedes, son premier garde du corps, son deuxième garde du corps, son troisième, son quatrième, leur femme, leur Mercedes, les chauffeurs, avec leur épouse, avec leur belle-mère ? Mais avec tout ça, vous allez me le décourager mon Tarara ! Vous allez me le décourager !

 

  • Petit père
  • Berger

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

12 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (9) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 5:48

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( Frontière arméno-turque, photo Alain et Jean Bernard Barsamian, copyright)

Le point de vue de la frontière

 

Tu me traites de frivole, je veux bien, Mont Tarara chéri. Pour ma part, je déteste ton costume trois pièces, toujours le même depuis des millénaires et jamais défraichi, je l’admets. Et puis, ne me regarde pas de haut comme ça ! Je ne suis pas ta boniche ! Bon, je reconnais que je ne tiens pas en place. J’ai besoin de bouger, moi. C’est ma nature, je n’y peux rien. Je suis faite comme ça. Les hommes s’entretuent pour m’avoir dans leur lit. Je ne me donne qu’aux plus offrants. J’aime ça. Mais toi, comment fais-tu pour rester de glace, impassible comme une statue de sel ? Tu n’as jamais le feu ou quoi ? Tu n’as jamais envie d’aller voir ailleurs ? Il est vrai qu’avec ta vue dominante, tu n’as nul besoin de changer d’air. Je te trouve seulement un peu compassé. Trop taciturne à mon goût. Mais qui t’a mis dans un état pareil ? Et en plus, monsieur ne se plaint jamais. Ce n’est pas comme moi qui suis condamnée à ramper comme une esclave. Que dis-je une esclave ? Une serpillière, oui ! Et vas-y que je traîne par-ci, et vas-y que je te traîne par-la. J’ai beau changer de lit, ce n’est pas la joie tous les jours. J’ai été étroitement surveillée ces derniers temps. Aujourd’hui, je le reste encore. Je n’ai pas intérêt à me retourner d’un poil sinon je déclenche des guerres. Heureusement, qu’avant ça, j’ai vu du pays. Et je n’ai pas été toujours à tes pieds. Tiens, à l’époque de l’Ourartou, on m’avait placée si loin que nous étions dans l’ignorance l’un de l’autre. Et tu ne vas pas me dire que du haut des tes 5165 mètres tu parvenais à distinguer mes traces ! Avec les Mèdes, on m’avait repoussée dans toutes les directions. Ce n’était plus un déplacement, c’était l’exil. Les Perses m’avaient satrapisée comme une malpropre, tu te rends compte ! Grâce au Royaume d’Arménie, je faisais encore cercle autour de toi, mont Tarara adoré. Je t’embrassais des yeux à des kilomètres à la ronde. Quand je le pouvais bien sûr, et à condition que tu ne fusses pas caché par tes brumes. Hélas, le succès aidant, ce royaume m’obligea à remonter vers le Caucase et à descendre jusqu’aux abords d’Ecbatane. Surtout, et pour la première fois, je vis enfin la mer. Ah, la mer ! Et pas une s’il te plaît, mais deux. La Caspienne et la Méditerranée. La Méditerranée, tu te rends compte ! Des kilomètres de plage à moi toute seule. Bronzette intégrale et bruits de vagues en continu. Mais les bonheurs sont toujours de courte durée. Neuf ans plus tard, on pliait bagage et remontée vers les terres. Après quoi je changeais tellement de lieux qu’aujourd’hui, je m’embrouille. Je me souviens seulement d’une chose : c’est au moment où je fus mise au service de l’empire byzantin et du royaume sassanide que je me rapprochai le plus de toi. J’étais à tes pieds et tu daignais à peine jeter un coup d’œil sur mes courbes. Pourtant j’étais restée jeune malgré toutes ces tribulations. Tu ne peux pas savoir comme ils m’ont triturée par la suite. Des sadomasos tous ces politicards qui m’obligeaient à me contorsionner comme une femme de cirque. J’aime ça, d’accord, mais il ne faut pas exagérer tout de même ! Il y a des limites, non ! J’en passe et des meilleures. Un moment donné, grâce aux Russes, au début du XIXe siècle, je te pris par derrière. Oh pardon ! Je voulais dire que je te contournai par l’Ouest. Le plus beau point de vue que j’ai jamais eu de toi. Quels muscles saillants tu as dans le dos (enfin si on peut dire que tu as un dos) ! Des hordes de soldats me passèrent sur le corps. Des réfugiés me traversèrent dans l’autre sens. A Sardarabad, on se battra rien que pour moi. Tu imagines ! Une vraie boucherie. Malheureusement, en 1921, on redistribua les cartes. Et me voici à tes pieds maintenant, côté Est. Et toi, mon grand toutou, en territoire ennemi. Depuis ce jour, tout est resté figé. J’ai l’impression de m’assoupir. Je m’ennuie un peu. Est-ce ma faute à moi si tu es passé dans l’autre camp ? A ton corps défendant bien sûr ! Mais regarde-moi quand je te parle, Grand Dieu ! J’ai l’impression que tu es au-dessus de tout ça. J’ai l’impression qu’il n’est d’autre frontière à tes yeux que le blanc de tes neiges qu’on dit éternelles et ce bleu au-dessus qui n’en finit pas. J’existe aussi, moi ! Même si je serpente à tes pieds, si je rampe à tes pieds… Et j’existerai encore… Tant qu’il y aura des hommes.

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

11 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (8) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 5:41

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Le point de vue du petit annonceur

 

Location à Erevan. Maison de caractère dans quartier typique de Kond (1) Accès par escaliers facile été (même chaud) comme hiver (même froid) Totalement rénovée par spécialistes remont (2) européen Totalement indépendante par rapport voisins immédiats Ni chant de coq ni sons de cloche à proximité Toiture sans fuite Garage trois voitures (sortie Roustavelli Frik) Terrasse avec vue imprenable sur Tarara Jardin à la française avec vignes arméniennes Fenêtres sur ruelle passage réduit enfants allant à l’école Chambres avec lits Lits avec pieds et matelas Matelas avec ressorts Couverture arménienne vermag (3) qualité extra en laine de montons Sevan (4) Table de nuit avec lampe de chevet Lampe de chevet avec ampoule Livre de chevet Recherche du temps perdu Lecture à discrétion Cuisine IKEA Salle de bain IKEA Eau sans coupure Gaz sans coupure Électricité sans coupure Papier hygiénique à volonté fourni rose d’importation marque Lotus Savonnette Palmolive Serviette hygiénique marque locale non fournie Confort Hilton trois étoiles Khorovadz(5) à la demande moutons Sevan Possibilité transfert aéroport/ville et réciproquement

Écrire journal Nouvelles d’Arménie Magazine qui transmettra

 

  • Quartier d’Erevan
  • Plâtriers peintres
  • La couverture arménienne est remplie avec de la laine
  • Le lac Sevan est le plus grand d’Arménie
  • Viande grillée

 

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

 

10 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (7) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 1:18

 

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Le point de vue du Père, du Fils et du sain d’esprit

 

Le Père : PAS MAL RÉUSSIE, CETTE MONTAGNE, N’EST-CE PAS ?

Le Fils : C’EST VRAI, UNE MONTAGNE EXÉCUTÉE AVEC MAESTRIA, PÈRE.

Le Père : TU VOIS FISTON, IL M’A SUFFI D’EN DESSINER LA FORME AVEC LA MAIN, DE LA CARESSER EN SUIVANT SA COURBE TELLE QUE JE ME L’IMAGINAIS, POUR QUE LA TERRE MONTE ET PRENNE SA PLACE DANS CET ESPACE OÙ JE VOULAIS L’ENFERMER.

Le Fils : C’EST GÉNIAL D’ÊTRE DIEU. MAIS LE PETIT QUI EST LÀ, UN PEU PLUS LOIN, POURQUOI L’AVOIR CONSERVÉ ?

Le Père : MAIS POUR METTRE EN VALEUR LE GRAND TARARA !

Le Fils : SI TU ME PARLES DE NOUS, PÈRE, À MOI QUI NE SUIS QUE TON FILS, TE METTRE EN VALEUR AUX YEUX DES HOMMES M’EST UN DEVOIR D’OBÉISSANCE.

Le Père : JE RECONNAIS QUE CES DEUX MONTAGNES SONT FAITES À NOTRE IMAGE. LE PÈRE ET LE FILS.

Le Fils : SANS OUBLIER LE SAINT ESPRIT QUI M’A CONÇU. TROISIÈME DU NOM ET NOTRE ÉGAL. TOUTE CETTE LUMIÈRE QUI NIMBE NOS CIMES, C’EST ENCORE NOUS.

Le Père : TU L’AS DIT. EN FAIT, J’AVAIS PENSÉ MONTAGNE, ET AUSSITÔT LA PREMIÈRE FORME QUI M’EST VENUE À L’ESPRIT FUT CE PETIT TAS EN FORME DE PYRAMIDE. MAIS JE L’AI TROUVÉE TROP SPONTANÉE, TROP VIVE, TROP GÉOMÉTRIQUE. EXACTEMENT CE QU’UN ENFANT AURAIT FAIT AVEC DU SABLE. IL ME FALLAIT INVENTER DES LIGNES PLUS AMPLES. J’AI DONC SOUHAITÉ QUELQUE CHOSE D’IMPOSANT, AVEC DE VASTES ÉPAULES, UNE ALLURE DE GRAND OISEAU AUX AILES LARGEMENT DÉPLOYÉES, UN MAXIMUM DE BLANC, UN AIR DOUX ET EN MÊME TEMPS REDOUTABLE.

Le Fils : EN RÉSUMÉ UNE MONTAGNE QUI EN METTRAI PLEIN LA VUE AUX HOMMES DESTINÉS A NAÎTRE EN CES LIEUX. UNE MONTAGNE POUR QU’ON TE VOIE.

Le Père : POUR QU’ON NOUS VOIE. ENTRE NOUS, PAS DE HIÉRARCHIE S’IL TE PLAÎT. PAS D’AVANT, PAS D’APRÈS NON PLUS.

Le Fils : IL N’EMPÊCHE. SUR CETTE TERRE RÉPANDUE À NOS PIEDS FUT SEMÉ NOTRE MESSAGE QUI LONGTEMPS NE S’EST NI DÉMENTI, NI TOTALEMENT DÉMANTELÉ.

Le Père : POUR PREUVE, EN CES LIEUX, L’HOMME A PRONONCÉ CES PAROLES : « La mort inconsciente, c’est la mort, la mort consciente, c’est l’immortalité » (1). TOUT DE MÊME ICI ILS ONT HUMÉ LA FLEUR DE L’INTEMPOREL.

Le Fils : MAIS QUEL INTEMPOREL ? QUELLE IMMORTALITÉ ? L’IMMORTALITÉ SELON NOUS, OU L’IMMORTALITÉ SELON LES HOMMES, CELLE QU’ILS ONT FABRIQUÉE À LEUR MESURE ?

Le Père : NOUS METTRE EN PLEINE LUMIÈRE A FINI PAR LES AVEUGLER.

Le Fils : VOUDRAIS-TU DIRE, PÈRE, QU’À FORCE DE NOUS CONTEMPLER, ILS N’AURAIENT RÉUSSI QU’À NOUS PERDRE DE VUE ?

Le sain d’esprit : Je… Je vous prie de m’excuser… Est-ce que je peux Vous interrompre ?

Le Père : TIENS, UN FRÈRE À TOI FILS ! VA ! PARLE !

Le sain d’esprit : Je passais par là… Et j’ai surpris votre conversation.

Le Fils : COMMENT T’APPELLES-TU AZAD (2)?

Le saint d’esprit : Azad !

Le Père : CE NOM-LÀ EST UN DON DE DIEU, N’EST-CE PAS ? MIEUX QUE VRÉJ(3) !

Le saint d’esprit : Don ou pas don, ce nom est toute ma vie.

Le Fils : J’IMAGINE. ALORS, QU’AS-TU DONC À NOUS DIRE AZAD ?

Le saint d’esprit : J’ai à Vous dire, Seigneur, que vous avez fait notre terre si belle qu’à la longue nous l’avons divinisée. Mais installer des dieux dans les choses de ce monde n’est que du fétichisme, et Vous le savez bien.

Le Père : EST-CE À DIEU QU’IL FAUT REPROCHER D’AVOIR OFFERT AUX HOMMES LA POSSIBILITÉ D’ENTREVOIR SA PUISSANCE ? N’EST-CE PAS À LEUR « AZADAMDOUTIOUN »(4), MON CHER AZAD, CET AUTRE CADEAU DE MON AMOUR, QUE SERAIT DÛ CE DÉTOURNEMENT DE MES FAITS ET GESTES ?

Le saint d’esprit : Mais moi, je travaille à Vous voir tels que vous êtes ! À vous dévêtir de vos apparences. Tarara, Niagara, Fuji Yama, que sais-je encore ? Les hommes d’ici me prennent pour un avorton. Or, il suffit que je Vous fixe longuement, jusqu’à ce que ma tête me tourne, pour que vienne le moment béni où mon œil se met enfin à respirer cet impalpable qui émane de votre présence absente, ou l’inverse, je ne sais pas.

Le Fils : TU VOIS, PÈRE, ÊTRE SAIN D’ESPRIT DANS LE FOND, C’EST PASSER POUR FOU CHEZ LES HOMMES ;

Le Père : AZAD, TU ME PLAIS. DÉSORMAIS, TU SERAS GRÉGOIRE, ET TU PORTERAS L’ILLUMINATION À TES SEMBLABLES.

Le saint d’esprit : Et que devrais-je faire pour ça ?

Le Père : SOUFFRIR LE MARTYRE, COMME TON FRÈRE, LE FILS DE L’HOMME. C’EST LE SORT DE TOUS LES FOUS, NON ?

Le saint d’esprit : Mais je tiendrai pas le coup !

Le Père : AUJOURD’HUI, LES SEIGNEURS DE L’ÉTAT OBLIGENT LES VIERGES À SE PROSTITUER POUR SURVIVRE. ILS SE SONT TRANSFORMÉS EN SANGLIERS ET N’EN GUÉRISSENT PAS. LE CACHOT POUR LA RÉSURRECTION EST DEVENU UN LIEU TOURISTIQUE. À TOI MAINTENANT DE L’OCCUPER EN ESPRIT.

Le saint d’esprit : Impossible, je suis trop gros et le goulot d’entrée est trop étroit.

Le Père : DOUTERAIS-TU DE MA PAROLE ? EXCELLENTE OCCASION POUR TE METTRE À MAIGRIR UN PEU ; SI TU ALLAIS MOINS AU MAC DO, HEIN !

Le saint d’esprit : Mais alors, tout est à recommencer ?

Le Père : TOUT, DEPUIS LE DÉBUT, DOIT REVENIR EN ENFANCE ET TOI AUSSI.

Le Fils : LES FANATIQUES DE LA TERRE VONT TE CRACHER AU VISAGE, FRÈRE ! LEURS PRÊTRES SERONT LES PLUS ENCLINS À RIRE DE TOI. ILS DEMANDERONT AUX LOUPS D’INTERDIRE TA PRÉSENCE SUR LA VOIE PUBLIQUE. TU JEÛNERAS SOUS UNE TENTE, PLACE DE LA LIBÉRATION, LA BIEN NOMMÉE. MAIS PAS POUR UNE GRÈVE DE LA FAIM COMME DANS UN OPÉRA ! TU TE TIENDRAS AU CARREFOUR DES ROUTES ET DES DOUTES. ET TU AURAIS TORT DE TE PLAINDRE ! TOUTE CRUCIFICTION N’EST RIEN AUPRÈS D’UNE CRUCIFIXION. DÉJÀ AUJOURD’HUI CEUX QUI LIRONT CE QUI VIENT DE S’ÉCRIRE LÀ HAUSSERONT LES ÉPAULES COMME ON FAIT POUR MONTRER QU’ON SAIT RESTER SÉRIEUX DEVANT DES BALIVERNES.

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

 

*

1- Cette citation se trouve dans le livre de l’historien religieux Yéghiché (Vème siècle après J-C) intitulé «  La guerre des Arméniens et des compagnons de Vartan ».

2- Azad veut dire libre.

3- Vréj veut dire vengeance.

4 – Liberté de pensée.

9 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (6) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 2:45

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Le point de vue des tontons flingueurs

« Ferme la lourde ! Double tour ! Crochète ! Crochète, je te dis ! Et tu me cales une chaise contre. Voilà. Et maintenant, un verre d’eau à moitié plein sur ce tabouret. Pourquoi d’après toi ? Mais si quelqu’un prend l’escalier, l’eau va se mettre à vibrer dans le verre, forcément ! T’as la cervelle gélatineuse ce matin, toi ! On n’est jamais assez prudent par les temps qui courent.

– Oui, chef.

– C’est ça ta piaule ? Bon. No comment. Tu te la fais célibataire ta vie, hein mon arménoch ! Mais comment tu fais ? Pas de taulière, pas de mouflette qui traîne dans les coins de lit ! Bon. No comment. On sort l’oseille et on compte. Paquets de 10 à droite, paquets de 100 à gauche. Et on se mouille l’index comme à la poste dans le bon vieux temps. Et puis, sers-nous à boire. On n’est pas ouvriers d’usine, que je sache !

– Voilà, chef !

– Voilà, chef ! Et puis arrête avec tes courbettes, s’il te plaît ! Tu fais chez les obséquieux maintenant ?

– Très juste, chef ! Nous, on est toujours vivants. Les obsèques, c’est pour ceux qu’on a butés, pas vrai ?

– C’est quoi ce pissat encore ? Tu mélanges du thé à du lave-glace maintenant ?

– Du cognac, chef.

– Avec cette étiquette ? Fais-moi rire, oui !

– Le mont Tarara, chef ! C’est du cognac arménien.

– Vous plantez de la vigne sur la neige, vous ? Je goûte… Hum ! Mais dites-moi ! Ton cognac, tu l’as eu à la contrebande ?

– Je l’ai eu rien de plus honnête, chef.

– Et puis, il t’a un sacré goût de chêne… C’est bon pour les hommes, dis-moi. Ça mériterait qu’on s’en occupe, qu’en penses-tu, l’arménoch ?

– Faut voir, chef !

– Quel passage ?

– Quel passage ? Ni par le Nord… Trop de concurrence. Par le Sud, pour cause d’ayatollah. A l’Est, des pogromistes.

– Merci. Drôle de géographie. Tu vivais dans un cul-de-basse-fosse, dis-moi ! Monsieur veut faire passer sa came par l’Ouest. Tu pouvais pas le dire plus tôt ! Et qu’est-ce qu’on a à l’Ouest ?

– Le mont Tarara et la Turquie, chef.

– Quoi ? Tu me vois en Saint-Bernard avec une barrique accrochée à mon cou ? J’aime pas la neige en plus. La neige, ça non ! Moi qui suis né au soleil. Pour la Turquie, je ne dis pas. Mais tu vois pas qu’ils fassent un génocide sur moi tout seul. Et puis, avec toi comme guide, c’est grillé d’avance. On finirait en chachlyk.

– En khorovadz, chef. Chachlyk, c’est russkof.

– Bon… Comme tu dis. En plus, il faudrait jouer plutôt fin dans leur cour à ces sanguinaires. Tu ferais affaire avec moi ?

– C’est à discuter, chef !

– Quoi, tu sors du rang à cause du national ? Tu voudrais pas le voir ton Tarara ? De près, là, les yeux dans les yeux ? Mais au fait, et pour le sortir de l’usine, ce cognac ? On aurait du collabo sur la place, tu crois ?

– On peut essayer, chef.

– Bon, ton prochain voyage, c’est retour au pays. Tu te renseignes. Tu arroses un max. Ensuite, j’aviserai. No comment. Et maintenant compte le fric. Sinon on sera encore là demain matin… C’est vrai qu’il est juteux ton cognac. Mais au fait, cognac, c’est de l’appellation à nous autres ? »

 

 

 

(2003- 2017) extrait du livre Hayoutioun

8 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (5) 

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:28

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Le point de vue de Mona Lisa

 

Tiens, c’est vrai. Elle a mon sourire. Leonardo, s’il avait planté son chevalet devant elle, il aurait certainement réussi à le restituer aussi le sourire de cette montagne. Et puis, il aurait eu beaucoup de chance, car elle au moins, jamais elle ne bouge.
Jamais elle ne bouge ! m’aurait-il répliqué. Mais elle change tout le temps ! Elle tourne sur elle-même. C’est toujours comme ça avec les montagnes. L’air de rien, elles déplacent leurs lignes et disparaissent pour réapparaître autrement.

C’est à cause de la lumière peut-être, Leonardo !

Mais oui, m’aurait-il répondu, c’est à cause de la lumière. L’homme se contente de peindre les ombres. Mais la lumière, c’est Dieu. Et cette lumière-là, Lisa mia, elle est insaisissable. Elle joue avec les reliefs et se joue de nous, les peintres. C’est pourquoi, les paysages, je préfère les imaginer. Quant à planter mon chevalet dans la nature, ça non !

Pourtant, Leonardo, je lui aurais dit, tu aimes tout ce qui est virginal ! Or, quoi de plus virginal que cette montagne !

Pure, cette montagne ! Allons donc ! Cara mia ! Tous ceux qui la regardent brûlent de la grimper. Une jeune pucelle qui se sait regardée par un homme a déjà perdu sa part d’innocence, non ?

Mais Leonardo, cette montagne est de pierre ! Ce n’est pas comme moi ! Et puis tes propos ont quelque chose d’effrayant. Toi qui m’as regardée si longuement, si minutieusement pour me peindre, que cherchais-tu donc à saisir ? Dis, que cherchais-tu quand tu portais les yeux sur moi ? Tes yeux tellement patients et tellement passionnés ! Car je dois te l’avouer à présent, j’ai eu parfois l’impression, tandis que tu me peignais, d’être caressée et que mon être tout entier n’était que jouissance pure, spirituelle. Une jouissance mystique en quelque sorte.
Ce que je cherchais en toi Lisa, c’était ton humanité, toute ton humanité, c’est-à-dire cette innocence divine d’un corps menacé par les forces naturelle qui montent à travers ses veines ?

 

Voilà ce qu’il m’avait répondu un jour, Leonardo. Ce criminel ! Il donne en pâture à tous les voyeurs du monde cette image de moi qui n’est pas moi. Il m’a figée dans un sourire de vierge pour l’éternité, juste avant que je rencontre Sergio, puis Claudio, puis Alfonso. Non, Alfonso est venu avant Claudio… Dans le fond, cette montagne, je lui trouve trop de poitrine.

 

 

(2003-2017)

7 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (4) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 12:51

 

Unknown

Le point de vue de Charles Aznavour

 

Je m’voyais déjà

Sur mont Tarara

Sans trousse-chemise

Oubliant Venise

Et tout le tintouin

Qu’on a plein la tête

Avec les copains
Quand on fait la fête

 

Je m’voyais déjà

Mon nom gros comm’ça

Sur mont Tarara

Écrit dans la neige

Jouant des arpèges

Sur un piano bar

Gagnant des oscars

Qu’on n’offre qu’aux stars

 

Je m’voyais déjà

Monter au sommet

Chantant comm’ jamais

Des chansons magiques

D’amour magnifiques

Qui font qu’on se pâme

Qu’on clame et réclame

Pour faire une djame

 

Je m’voyais déjà

Debout sur la cime

Nous deux comm’deux rimes

D’un même sommet
Le pays des miens

Faisant son chemin

De sang et de peine

Dans l’histoire humaine

 

Je m’voyais tout ça

De mon Tarara

Quand soudain la terre

Toujours meurtrière

Fait des trémolos

Je saute aussitôt

Dans mon hélico

Fonder à Paris
Aznav’Arménie

 

 

(2003-2017)

6 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (3) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 6:10

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 (Photo : http://www.armenie-pere-et-fils.com/)

*

 

Le point de vue du prisonnier

 

Je regarde en direction de notre montagne, j’aperçois un bout de sa crête, je me demande pourquoi tout ça. Sur le mur d’enceinte, il y a des boudins barbelés. Le mur est déjà haut. De ma lucarne, je la vois, une bosse blanche au-dessus du mur. J’imagine d’autres murs derrière celui-ci. Et des maisons, et d’autres murs encore, jusqu’à celui de la montagne. Elle est si haute qu’elle ne laisse rien deviner de ce qui est derrière. Hier je pouvais la contempler à mon aise. Je la savais là, à ma portée, quand je voulais et tout entière. De partout dans la ville on peut la voir. On n’a pas besoin de la chercher. On dirait qu’elle vous attend. Mais je ne l’ai pas fait. Le temps pour la contempler n’existe plus. Hier, j’avais bien trop à faire. Il a suffi d’une nuit pour qu’on me l’enlève. C’est la première chose que j’ai voulu savoir ce matin. Et si d’ici j’arriverai à l’apercevoir. Le mur d’enceinte me la cache en grande partie. Mais si je me hisse un peu, je peux réussir à en voir davantage. C’est-à-dire tout le plateau supérieur, absolument blanc. La neige couvre le haut des murs. Il a suffi d’une nuit. Je n’ai pas pu crier, j’avais perdu ma voix. Et puis à quoi bon résister ! Je m’y attendais un peu. On m’avait mis en garde par téléphone. Je n’avais pas envie de m’échapper. D’ailleurs, ils étaient déjà à notre porte. Ils m’ont demandé de rester calme et de les suivre. J’ai eu froid toute la nuit. La lucarne n’a pas de vitre. C’est seulement au petit matin que je suis monté sur un tabouret. Et delà, j’ai vu le mur. Et derrière le mur, elle.

 

(2003-2017)

5 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (2) 

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 4:26

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 (Photo site :  http://www.armenie-pere-et-fils.com)

 

*

Le point de vue du proverbe

 

Le travail peut niveler les montagnes. C’est ce qu’affirme un de nos proverbes. Mais il ne dit pas que la montagne peut désespérer le travailleur. Vous me voyez avec une pioche en train d’entamer le Tarara ? C’est comme si une fourmi m’attaquait par le pied avec l’idée de me grignoter entièrement. Même si j’étais mort, toute ma personne ne pourrait se perdre corps et biens dans son estomac. Plusieurs vies n’y suffiraient pas. Peut-être un cheveu par-ci, un bout de peau par-là ? Pourquoi pas ? Sans compter que s’il m’arrivait de me sentir piqué par ses mandibules, j’aurais vite fait de l’écraser avec mon index. A moins qu’elle ne fasse appel à toutes ses sœurs dans le but de me déplacer pour me jeter dans un de leurs trous. Une éventualité qu’on ne saurait envisager. Toutefois la fourmi n’est pas dépourvue d’intelligence. Je veux dire par là, qu’elle serait bien à même de créer sa fourmilière à proximité de mon corps. Voilà ce qui s’appelle de l’adaptation. C’est ainsi d’ailleurs que fonctionnent les peuples entreprenants. Ils n’ignorent pas que le plus précieux pour eux, sur cette terre où ils sont condamnés à se nourrir, ne se laisse pas transporter aussi facilement que fruits, poules, chevaux, troupeaux de vaches, etc. La nature d’un sol et la qualité d’un climat relèvent, encore aujourd’hui, de l’inamovible. Dès lors, c’est leur frontière que les hommes déplaceront. Ils se mettront à plusieurs, agiront par vagues de générations successives, mus par l’obsession de leur survie jusqu’au jour où ils triompheront des obstacles humains ou naturels. Mais chez les hommes, la conquête du sol tourne vite à la possession jalouse et farouche, c’est-à-dire à l’identification. Ils seront désormais cette terre qui les nourrit et cette terre sera eux. Alors que les fourmis, quant à elles, ne se compliquent pas l’existence avec ce genre de fétichisation qui n’est ni dans la nature ni dans leur tempérament. Certes, en se nourrissant de mon cadavre, elles pourraient modifier leur substance vivante au point que quelque chose d’humain finirait par entrer dans la composition de leur matière corporelle. Pour le cas des hommes, il est évident qu’au goût du sol et à la saveur du climat vont se combiner les souffrances de l’histoire et les merveilles du paysage. Cette combinaison subtile suffira à déterminer une certaine façon d’être de ces hommes, à nulle autre pareille. Dès lors qu’un des éléments de cette quadrilogie identitaire vienne à disparaître, et c’est le drame. L’angoisse se transformera en violence. Par exemple, qu’une montagne, élément immobile par excellence, manque à la réalité mentale d’un peuple en raison des ingratitudes de l’histoire, et c’est à l’inconfort psychologique que ce peuple serait confronté. Et dès lors, chaque homme et chaque femme de ce peuple, de près ou de loin, n’auraient de cesse que cet élément d’eux-mêmes devenu étranger retrouve sa place légitime au sein de la géographie mentale de leur nation. Chacun serait travaillé par cette absence et travaillerait seul ou avec les autres pour retrouver sa totalité. Chacun à sa manière veillerait à aplanir les montagnes d’obstacles qui se mettraient en travers de sa route pour faire rentrer sa montagne sacrée au bercail des mythologies nationales. Un vrai travail de fourmi.

 

(2003-2017)

 

4 novembre 2017

Trente-six vues de mont Tarara (1)

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 4:42

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 (Photo site :  http://www.armenie-pere-et-fils.com)

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Le point de vue de Cyrano

Je chevauchais dans la plaine du Tarata en direction de l’Iranie, quand tout à coup la brume s’étant levée, j’aperçus quoi ?
Ce nez !
La chose, visiblement, faisait concurrence à mon appendice. Une belle Arménienne, que j’eusse voulu courtiser, assurément aurait ri du ridicule de mon petit rocher auprès de l’immense voisine. Il me serait impossible d’échapper à la comparaison tant qu’allait durer mon parcours sur ce fond de pyramide naturelle. J’avais beau baisser mon chapeau sur ma cheminée en vue de la couvrir, l’autre me toisait. Je me sentais mesuré à mes dépens. J’avais trouvé rival plus hippocampéléphantocamélos que ce piètre animal qui exhibait sous mon front tant de chair sur tant d’os. Pourtant, la belle à qui je demandais mon chemin fut heureuse de l’ombre que je lui fis avec mon parasol. Un moment, elle me crut Arménien. Il faut dire qu’ici, les autochtones ont des nez qui ne sont pas de nains. C’est que leur gouvernail les aide à humer leur terre, à vivre continuellement de son parfum et à s’orienter vers elle où qu’ils se trouvent. Quand ils vont à cheval, leur figure de proue fend si bien l’air ou le vent que tout leur corps semble pénétrer dans la faille d’un mur, comme s’il brisait toute résistance. Certains, qui me saluent comme un frère magistral, me donnent du maître et m’accordent l’esprit qu’ils croient tout entier compris dans mon avancée de chair. Les femmes, encore elles, qui ont des imaginations réalistes, voient dans mon nez un instrument à turgescence permanente qu’elles brûlent d’essayer sur-le-champ pour des expériences qu’elles doivent juger à nulle autre pareille. Sitôt que la poussière, car il en est ici de redoutables, me titille le fond des narines jusqu’à les mettre en feu, je pétune, faisant reculer à cent lieues les braves venus admirer mon enseigne. Les enfants se baissent tant pour regarder mes trous que je croirais déceler chez eux l’envie de les visiter comme des grottes et de s’y réfugier. Sans compter les gynécologues, qui me demandent d’y aller voir, supposant que je pourrais, avec ma permission, mettre au monde des Arméniens plus typés, je veux dire plus en vue de nez, si l’on me passe l’expression. Il est vrai, m’avouèrent-ils, qu’après Arno Babadjanian ( célèbre pianiste arménien) , qui avait l’appendice plus symphonique que sonatine pour enfants, les nez arméniens se normalisent de plus en plus, à la grande déception des femmes qui aiment naturellement le lyrisme et l’emphase des débordements ithyphalliques que leur beauté inspire. C’est dire comme ce pays me plaît. Déjà, on me demande en mariage. Les rivales se bousculent à mon portillon. Un harem ? J’y songe. Même si ce n’est pas trop chrétien de monter son haras. Le pays y trouverait son compte. Le président d’ici, même le papolikos, le chef de leur église, lequel n’est pas trop regardant, m’y engagent avec insistance. C’est que l’Arménie, en état d’hémorragie démographique, y aurait grand besoin. Mais comment vivrais-je dans une rivalité permanente avec ce Tarara, si beau, si fort, si magnifique, mille fois mieux monté que moi ?

(2003-2017)

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Arno Babadjanian

3 novembre 2017

Brèves de plaisanterie ( disponible)

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 8:23

« Les Arméniens tuent leurs écrivains ( les derniers) en n’achetant pas leurs livres. »

( Denis Donikian)

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Brèves de plaisanterie est encore disponible  au prix de 13 euros, port compris . Libellez votre chèque à DONIKIAN et adressez-le à Denis Donikian, 4 rue du 8 mai 1945, 91130, Ris-Orangis, sans oublier votre adresse d’expédition.

 

Libérez Osman Kavala

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 5:48
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Osman Kavala, intellectuel turc et mécène, partisan actif du dialogue entre les cultures anatoliennes, et principalement entre les Arméniens et les Turcs, vient d’être incarcéré. dans le cadre des purges orchestrées par le président Erdogan.

Qui est Osman Kavala ?

 

Osman-Kavala

1 – Homme d’affaires turc, Osman Kavala, né à Paris en 1957, appartient à une famille originaire de la ville grecque de Kavala, (annexée en 1913), qui, en 1924, après la chute de l’Empire ottoman, viendra s’installer à Istanbul. Après des études en sciences sociales à Ankara à la fin des années 1970, il part étudier les sciences politiques et la sociologie à Manchester et passe près une année à New-York dans les années 1980. Rentré à Istanbul, en 1982, il reprend les affaires familiales au décès de son père, héritant avec sa famille d’une des plus importantes fortunes de Turquie. A partir de 1985, il se rapproche des milieux culturels fréquentés par l’intelligentsia.

2 – En 2002, Osman Kavala crée Anadolu Kültür, afin de promouvoir les activités culturelles et faciliter des collaborations artistiques à Istanbul et en Anatolie. Dans ce but, des centres culturels seront ouverts à Diyarbakir et à Kars. Dès lors, seront mis en œuvre des échanges avec des artistes et institutions culturelles d’Arménie, en 2005, ainsi qu’une plate-forme commune de cinéma et des recherches en histoire orale. Un orchestre symphonique formé en juillet 2010, composé de jeunes musiciens des deux pays a pu donner un concert à Istanbul et à Berlin. Anadolu Kültür a coproduit la pièce de Gérard Torikian, Le concert arménien ou le proverbe turc, (jouée à Diyarbakir et à Istanbul en novembre 2009) et Chienne d’Histoire, film d’animation de Serge Avédikian (2010).

3 – Au surlendemain des commémorations du génocide arménien dans le monde et à Istanbul , Osman Kavala, directeur du Centre culturel DEPO, accueillit l’exposition d’Antoine Agoudjian intitulée « Les Yeux Brûlants » du 26 avril au 5 juin 2011. Avec Osman Kavala, avouera Agoudjian, « nous avons spontanément éprouvé l’envie d’agréger nos énergies, rejetant délibérément nos appréhensions, ayant pour seule motivation le vœu d’ouvrir une brèche face au rempart sectaire de l’obscurantisme pour enfin devenir les initiateurs d’un dessein utopique, celui de rendre pas à pas audible une voix qui ne l’était plus depuis 96 ans en Turquie. »

4 – Le 25 octobre 2014, participant à un symposium organisé par la Fondation İsmail Beşikci de Diyarbakır intitulé « Diyarbakır et les Kurdes en 1915 », avec l’avocat Erdal Doğan et le coordinateur en charge du projet, Namik Kemal Dinçer, Osman Kavala a invité la société civile turque à se mobiliser pour la reconnaissance du génocide arménien, problème devenu international « car le génocide a créé la diaspora arménienne et cette diaspora œuvre pour la reconnaissance du génocide par les Parlements dans les pays où vivent des Arméniens ».  Par ailleurs, cette question intéresse d’autant plus les Turcs eux-mêmes, qu’il importe moins de compenser une injustice contre le peuple arménien, que de « faire de la Turquie un État plus civilisé et démocratique ».

5 – « Lors de nos entretiens avec des Arméniens de la diaspora, nous avons réalisé que pour eux établir des liens avec leur terre ancestrale est plus important que la reconnaissance du génocide, car pour maintenir leur identité, ils ont besoin de faire le lien avec cette terre », observera-t-il. « Des années après le génocide, ils considèrent les Turcs comme des salauds, tout comme nous les considérons de même. Mais, grâce à Hrant Dink, quelque chose a commencé à changer, car il travaillait à une réconciliation. Après son assassinat, une sensibilité à cette question s’est développée en Turquie. »

 

30 octobre 2017

LAO ( roman, 48 et dernier)

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 9:38

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LAO ( roman, 48 et dernier)

*

homme de faim

( aquarelle : Denis Donikian)

37

Ce quartier, le plus éloigné du centre-ville, semblait le plus désert. On y marchait en solitaire tellement on était à distance de tout. Peu de gens sur les trottoirs. Les autobus servaient une seule station ou deux.

Le long des avenues, de hauts bâtiments administratifs, rosâtres ou lie de vin, couvraient contre la vue des immeubles d’habitation tragiques, avec des balcons aussi disparates qu’ils étaient bricolés au goût de chacun et selon sa bourse. Sans parler des linges qu’on mettait à sécher sur des fils tirés jusqu’à un poteau ou accrochés partout où c’était possible.

Le monde commençait à grouiller avec les carrefours. Là où étaient les magasins d’alimentation. La bonne chaleur donnait un air d’été aux déambulations. Elles étaient alertes et insouciantes. Les filles avaient sorti timidement des vêtements plus légers. Les trottoirs s’étaient remplis de petits vendeurs à la sauvette pour de petits bénéfices, avec quoi ils tentaient d’assurer leur quotidien. Des légumes, toutes sortes de bricoles, mais aussi des glaïeuls blancs et rouges, leurs tiges plongés dans un seau.

«  C’est bon de retrouver la ville, n’est-ce pas ? fit Gabo. Tiens, mais regarde-moi celui-là ! Ça traverse la rue n’importe comment. Mais prends les passages pour piéton, fils de pute ! Et le policier qui ne dit rien. Il laisse faire… À sa place, je l’aurais déjà verbalisé, ce cul de singe !»

À qui s’adressait-il, Gabo ? À Lao ? À son chauffeur ? Ou peut-être qui sait, à lui-même ? Devant un tel fourmillement de faits urbains, ses instincts prédateurs lui montaient au cerveau. D’ailleurs, il s’était regarni le crâne de sa casquette. Elle précisait sa silhouette policière. Et ça forcerait les passants à la retenue. À ce qu’il croyait.

Le chauffeur ralentit à l’approche d’un carrefour. Puis marqua la pause sous le rouge des feux. Les gens traversaient à la hâte, sachant que les voitures bondiraient sitôt le vert revenu.

Sur le trottoir, un homme soufflait bêtement dans un pipeau. Lao reconnut le papy chauve à la contrebasse. Mais il était si amaigri que son costume lui tombait comme une peau sur un corps dégraissé. Gabo avait baissé la vitre, le son aigu du pipeau s’entendait à l’intérieur de la voiture. Un son continu qui durait autant qu’un souffle de poumons fatigués. Lao remarqua que les doigts du monsieur n’allaient pas chercher les trous, mais restaient figés sur ceux qu’ils bouchaient. Il n’en changea qu’une fois épuisée son expiration pour passer à la suivante. Une petite soucoupe était à ses pieds. Les gens devaient se pencher pour y lâcher leurs pièces. On entendait le cliquetis qu’elles faisaient avant de se poser. Lao fouilla aussitôt dans sa poche. Des pièces, il en avait de toutes les tailles. Il prit ce qu’il put dans une main. «  Laissez-moi lui donner quelque chose ! dit-il. » Le vieil homme s’aperçut de son geste et esquissa un mouvement dans sa direction. Mais la voiture venait de démarrer. «  Trop tard, fit Gabo en remontant la vitre. Trop tard… »

 

FIN

2010-2011

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Brèves de plaisanterie est encore disponible au prix exceptionnel de 10 euros port compris ( 13 euros, port compris après le 1er novembre 2017). Libellez votre chèque à DONIKIAN et adressez-le à Denis Donikian, 4 rue du 8 mai 1945, 91130, Ris-Orangis, sans oublier votre adresse d’expédition.

 

 

 

 

 

LAO ( roman, 47)

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 4:23

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LAO ( roman, 47)

*

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*

36

… Cette affaire de cassette, et tout l’énervement que tu avais mis chez Gabo, c’était un point que tu venais de marquer contre lui. Là, tu l’avais serré à la gorge. Pour peu, avec tout le lard qui lui ceignait le cœur, tu l’aurais achevé. Mais tu aurais joui plus fort de ton savoir si tu avais gardé le silence, pas traduit le refrain. Histoire de créer au sein de ce véhicule de la police une ambiance de contraste. Folle rencontre entre deux chiens de garde, un opposant et un chant rebelle. Et comme ça jusqu’à la capitale. Et puis, une fois arrivés, tu lui aurais tout lâché. Même à ses chefs. Savez-vous quel genre de musique il écoute, votre subalterne ? Des chansonnettes américaines qui poussent à la subversion… Et tout penaud serait Gabo d’avoir été floué.

« Et toi, te dit-il en te plantant ses yeux de crapaud dans les tiens, cesse de jouer à me faire passer pour ballot. Pour obtenir mon grade, j’ai dû en franchir des barrages, crois-moi.

– Mieux vaut dire combien de fois tu as baissé ton froc pour te donner le droit de baiser les autres. »

Ces flèches–là, il ne les attendait pas, le baobab. Tu lui en lardas le tronc. Mais il avait de la ressource. Pour peu, il t’aurait sauté à la gorge. Et toi, ses énervements te donnaient du cœur à le démolir. Au point qu’il t’arrivait de ne plus te reconnaître. Lui aussi avait du mal à te retrouver. Il croyait avoir affaire à un soumis imbécile et voilà que tu lui piquais le gras. «  Toi, mon chacal, dit-il en guise de menace, tu y auras droit, à ta cage. Encore une heure ou deux et tu goûteras au plaisir de contrarier notre président.

– Je sais ce que vous faites des gens convoqués dans vos locaux. Et toi, mon gros, tu es complice de ces tortionnaires qui portent le même uniforme.

– Moi ? Un tortionnaire ? Voyez-vous ça !

– Au lieu de protéger le citoyen, vous le rançonnez. Au lieu de le présumer innocent, vous lui faites porter le chapeau des crimes que vous avez vous-mêmes commis.

– Tu ne parles pas, tu pètes. C’est de la merde qui te sort de la bouche… Je comprends mal qu’avec ce type de discours, Martha puisse te sucer des yeux. J’ai vu comment…

– En tout cas, Martha, c’est la seule personne qui aura manqué à ton tableau de chasse.

– Je n’ai pas dit mon dernier mot. Toi éliminé, il m’en restera encore un.

– Encore un ? C’est-à-dire ?

– J’ai dit encore un comme j’aurais dit il fait beau ou passe-moi le sel.

– C’est ça. Tu veux mettre Varou au frais, lui aussi. Histoire que tu aies les coudées franches pour la sauter, hein !

– Ne sois pas vulgaire, citoyen Lao. Tu t’adresses à un agent de l’État. Et un agent patenté, s’il te plaît.

– Plutôt agent pathétique qu’agent patenté, d’ailleurs… »

Gabo demanda au chauffeur de s’arrêter. «  Assez disputaillé dans tous les sens, fit-il. Si tu veux te vider avant la capitale, c’est le moment. Car nos gars pratiquent la torture par rétention d’urine… On te laissera pas pisser à volonté. »

La voiture s’arrêta sur le bas côté. Tu te plantas le dos à la grande montagne pour te soulager. À ton plaisir organique s’ajoutait celui de jouer avec les nerfs de Gabo. En t’isolant, tu laissais croire que tu pouvais t’échapper à travers champs. Et Gabo, ça l’angoissait d’avoir à te courir au cul. Tellement que, sans le savoir, tu lui coupas net sa miction. C’est ce que, te retournant, tu avais remarqué. Pas une goutte. Alors le pachyderme agita son gros bout pour donner à croire qu’il avait des restes à faire tomber. Mais il savait quelle torture l’attendait, que les soubresauts de la voiture et la pression de son pantalon lui comprimeraient les bourses, et que ça n’arrangerait pas ses humeurs.

Il y eut du silence entre les hommes sur plusieurs kilomètres. Tu étais dans une douce accalmie. Même si entre des mains comme celles de Gabo, ton proche avenir n’augurait que du noir : interrogatoires, brimades, pressions manœuvrières. Mais il était exaltant. Au moins, ta vie serait dans le sens de ceux qui ne concédaient rien au régime. Qu’ils soient dans la ville ou dans les prisons.

« Finalement, lâcha Gabo, je ne te comprends pas, mon gars. Quel intérêt avait-tu à te mêler à ces meetings de sauvages ? Ça te rendait malade d’avoir vu perdre ton candidat préféré aux élections, hein ?

– Malade, non. Mais fou à l’idée qu’elles avaient été truquées.

– Truquées… Voyez-vous ça. Tu as bien dit truquées…

– J’ai bien dit truquées.

– Des preuves ?

– …

– Aucune. C’est ce que je pensais.

– Mais toi, tu les connais, ces preuves. Et comment puisque vous étiez mobilisés pour magouiller ou forcer les urnes à marcher avec vous… En tout cas, tout le monde voulait que ça change. Dix ans de trou noir à cause d’un président véreux, et dix autres encore avec son dauphin, non merci. Et toi Gabo, tu n’es qu’un suppôt de cette clique. L’homme aux fleurs, vois-tu, c’est vous qui l’avez tué. Et combien d’autres comme lui… »

Ni lui, ni le chauffeur n’en revenaient de ton culot. Gabo eut un geste à se jeter sur toi. Mais il se pinça les lèvres et porta une main à ses bourses.

« Tu voulais me tirer les oreilles, comme tu faisais à l’homme aux fleurs, n’est-ce pas ?

– Moi je ne fais qu’obéir, fit-il. C’est comme ça que je mange.

– Tu te goinfres, oui. Avec ta trompe aspirante et ton cul refoulant…

– Tout doux ! Le révolutionnaire. Mais dis-moi. Il a fallu la mort d’un homme pour que tu te réveilles ? Sinon, tu filais à l’anglaise par le sud, hein ? Fuir, tu connais…

– Fuir ? Pas tout à fait. Me chercher peut-être.

– Te chercher ? Comment ça te chercher ? Et tu ne savais pas où ? L’homme nommé Lao cherche le même homme nommé Lao… Tu vois, moi je me retrouve chaque matin dans ma culotte. »

Il s’esclaffa à s’en faire péter la vessie. Partagé entre le besoin de dégager ses poumons et les gonflements de la boule coincée entre ses cuisses. Le chauffeur sautillait sur son siège. Au point que la voiture commença à hoqueter comme si elle s’y était mise elle aussi pour se joindre aux chineurs.

L’air hilare se dégonfla vite. On reprit son sérieux.

« Si tu racontes ce genre de balivernes aux enquêteurs, ils te mettront pas au trou mais chez les fous, à Noubarachen… Se chercher. Ah ça ! »

Gabo se vengeait par la moquerie. Prenant son chauffeur à témoin pour goûter sa rancœur. Et l’autre trouvait son intérêt à faire le zouave au diapason avec son chef. Quant à piger ce que tu avais voulu dire, c’était autre chose.

Vous abordiez les premiers faubourgs.

Après la grande plaine, la ville.

On vendait sur les trottoirs des œillets poussés en serre. Ou bien on étalait des pièces de moteur, des morceaux de carrosserie, des pneus de toutes sortes.

Le véhicule de la police progressait sans baisser de régime. Devant elle, les voitures se rabattaient ou roulaient au pas.

«  On y est presque, fit Gabo. Puis, il ajouta, goguenard. Et si je t’ouvrais la portière pour te laisser aller ? Hein, qu’en dis-tu, Lao ?

– Ce que j’en dis ? Tu serais capable de lancer aussitôt un avis de recherche en disant que je me suis échappé.

– Vraiment ? Tu me crois capable d’une chose pareille ?

– Et comment ? »

La voiture passa sous le pont du chemin de fer. Celui qui marquait la limite entre les faubourgs et les premiers quartiers de la capitale. En effet, après cette goulotte et son éternelle ornière qui obligeait à rouler au pas, les avenues s’élargirent. La circulation bruissait de tous côtés.

Nous y étions.

29 octobre 2017

LAO ( roman, 46)

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 2:52

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LAO ( roman 46)

*

Ararat-Hawk

Comme la voiture remontait vers le nord, la montagne était de ton côté. De ses neiges en pleine lumière émanait une étrange puissance. De ses neiges une douceur et une puissance quasi absolues. Et la voiture roulait follement tandis que la montagne restait à la même place, restait longuement sans bouger au même endroit du paysage, immuablement et que tu regardais, regardais tellement que tu étais ce paysage et que ce paysage était en toi, tandis que la voiture fuyait vers le nord, la capitale, ton destin, cette vie nouvelle que tu t’étais choisie sous le calme puissant de la montagne, ou que des événements, des signes, des infinis, des ordinaires et des intimes, autour de toi et en toi-même, tu ne savais pas, t’avaient dictée, et ça roulait vite, sur la route longue, longue et droite, au regard de la montagne, l’immense, la haute, la puissante, entrée en toi, dure et bandée vers le ciel, ses neiges noyées dans le bleu, vives et éclatantes à cause du soleil froid qui tombait dessus ainsi que sur la plaine et sur la route qui te conduisait à la capitale, à ta condamnation heureuse et honorable, puisque tu ne l’avais pas tué l’homme aux fleurs, pas tué, non pas tué, tellement c’étaient les autres qui l’avaient fait, indirectement, mais fait, l’avaient tué, comme ça, d’un coup de feu, d’un bout de métal dans la chair, dix centimètres au-dessous de la bouche au moment où il alluma sa cigarette, à cause de la flamme que le soldat à la moustache avait vue et prise pour repère, à travers la brume, montrant que le Dragon était infaillible, qu’il tirait quand il fallait, peu importait sur qui, peu importait, et du moment que c’était ce qu’il fallait faire il le faisait, le Dragon…

*

28 octobre 2017

LAO (roman, 45)

Filed under: E VIVA ARMENIA ! — denisdonikian @ 4:16

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LAO (roman, 45)

*

35

L’aube diffusait sur toi tout son or. C’était le grand jour.

Martha avait frappé à ta porte. «  Il faut se préparer », dit-elle. Se préparer ? Elle serait donc du voyage ? Et si Gabo s’était entendu avec elle pour l’embarquer ? Le temps d’une journée, qui sait ? Une perspective qui te contrariait. Ta remontée, tu voulais en jouir seul. Car encagé dans la voiture avec ton monstre, c’est là que tu lui dirais ton évangile. À ce Gabo pour qu’il se perçoive en perdant ridicule. Pour sûr, Martha n’avait d’oreille que pour ses frivoles obsessions. À quoi bon lui faire comprendre que tu n’avais d’autre envie que de t’arracher de la chair le feu qu’elle y avait mis. Et en finir avec ton image d’homme en fuite. Et que pour te débarrasser de tes niaiseries de vaincu, tu comptais bien te le faire, ce Gabo. Histoire qu’il te mette en cage dans les geôles de la capitale, avec les têtes brûlées de l’opposition. Là où Gollo te lâcherait la grappe. Qui sait même si ça ne lui déplairait pas de te savoir à l’abri ?

Tu avais rassemblé tes affaires, mis de l’ordre dans la chambre. Et tu franchis la porte sans te retourner.

En descendant l’escalier, tes yeux iraient sur Varou dans son cabinet. Il y était, tout au fond, le dos tourné. Un cafard dans son bocal. Avec sa bouderie Varou voulait te jeter à la gueule qu’il se régalait déjà à l’idée que tu vides les lieux. Mais aussi que tu sois rendu à la capitale. Où t’attendait le pire comme c’était toujours avec cette ville qui faisait baver Martha. Car on saurait trouver des raisons pour te coller au trou, qu’il devait penser.

Martha était sur ses tables. Elle astiquait nerveusement. Tu lui demandas la note. Elle finassait pour te soustraire à son regard. Un moment surgit dans ses yeux l’éclair d’une douleur. Ses gestes rapides et embarrassés, ses mots murmurés à fleur de bouche, tout sonnait lourd en elle un air de condamnation. Ses joues pâles rendaient tragique et forcé son sourire d’adieu. Elle s’essuya avec son tablier et te tendit une main. « Tout ira bien, dit-elle. Tout ira bien. Soyez sans crainte… » Elle savait que Varou avait une oreille dans la salle du café. Et même un œil, si habile qu’il était à jouer des miroirs. La main de Martha dans la tienne, souple et soumise dans la tienne dure et décidée… « Oui, tout ira bien, je le crois aussi… » Et tu filas vers la porte.

La route poussa aussitôt dedans ses bruits de fuite et de moteur.

Gabo piétinait près du véhicule de la police. Ferme comme un bourreau qui va trancher sa victime. Il serait seul à t’accompagner. Un chauffeur était déjà en place.

« Pas de regret ? demanda Gabo. Regarde une dernière fois ces lieux où tu as semé la mort et la discorde.

– Pauvre cabot de Gabo, » tu lui rétorquas.

Gabo ouvrit la portière, l’œil mauvais.

« Entre ! grogna-t-il. Cabot, hein ? Eh bien, le cabot va t’en faire bouffer du chien enragé. »

Martha se tenait sur le pas de sa porte. Elle se triturait les mains, avait des larmes.

« Fais pas l’éplorée, ma cocotte ! lui fit Gabo. Si encore il en valait la peine, ce petit émeutier sans couilles. Le temps de lui régler son compte et je reviens te faire la grande vie… »

Des mots en l’air, Gabo en semait à la pelle. Mais derrière, les sales coups qu’il fomentait en douce, il les tenait bien en laisse. Pendant un temps, il vous embrouillardait jusqu’à l’heure voulue pour vous harponner. Avec lui, Martha pouvait toujours attendre de la voir, sa capitale. Gabo avait bien eu dans ses comptes de se la faire in situ, mais tu l’avais coiffé au poteau. Maintenant, il te ferait payer sa défaite, et cher. Comme il t’avait sous la main, durant tout le voyage, il allait t’en mettre plein la gueule. Il te rabaisserait au plus bas. Et si tu t’avisais de le contrarier, il n’hésiterait pas à te trouer dans un coin perdu à l’écart de la route. Son chauffeur lui étant acquis. Il suffisait de s’arrêter et sous prétexte d’une pause pipi, il te saignerait derrière un fourré comme un mouton. Car il était bourré de hargnes. Des nœuds jamais défaits dont sa tête était pleine. Le genre de cerveau à faire les meilleurs flics. Obéissants, sadiques, brutaux, dominateurs. Mais toi, ses manigances te banderaient contre lui encore plus. Fini de jouer profil bas. Tu lui rentrerais dans son lard. Tu lui ferais vomir ses balourdises à cette ganache.

Vous rouliez à la puanteur de la capitale, droit sur l’usine de caoutchouc. La grande montagne sur la gauche, tu la voyais alerte et claire. Les peupliers, déjà tous montés en feuilles, formaient des torches émeraude ici ou là dans la plaine. Gabo remplissait son coin de ses deux jambonneaux. Sa chair tendait la toile de son pantalon. Pour peu elle l’aurait fait craquer. Comme il dégageait son air, son ventre se gonflait et dégonflait à mesure. Il avait posé sa casquette sur le siège entre vous. Quelle bouille de bœuf il faisait avec son œil inerte et ses larges trous de nez !

Le chauffeur, c’était un dodu de la même étable. Un flic à Gabo, c’est grand et c’est gros. Comme la route filait droit de droit, ça ennuyait le monsieur. Il avait inséré une cassette. Une rengaine d’Américaine qui sonnait exotique sans qu’il comprenne un mot. Elle éructait sur des roulements de grosse caisse.  People have the power… People have the power… People have the power…  Comme ça, répété à tue-tête. Et d’une voix tellement acide, que le bovin sortit de sa passivité.

« Tu n’as pas mieux que ces bruits d’énervés ? finit par lancer Gabo au conducteur.

– C’était pour chauffer l’ambiance, dit l’autre. Comme vous parlez pas.

– Tu n’as pas de la musique à nous ? De celle qui va avec ce genre de paysage. Avec notre pays, je veux dire.

– Celle qui convient à notre pays, tu lui dis à Gabo, c’est justement l’américaine.

– Et pourquoi ça ? fit Gabo.

– Pourquoi ça ? Mais vous ne connaissez pas l’anglais ? People have the power. Voyons ! People have the power.

– Traduis ! Je n’ai jamais été très bon en anglais à l’école.

– C’est pour cela que t’es devenu flic. Et que tu t’es fait ton lard… »

Gabo eut un spasme d’étouffement.

« Tu veux que je t’écrase, petite mouche ? Là, dans cette voiture, fit-il.

– People have the power, Gabo.

– Et ça veut dire quoi ?

– Ça veut dire quoi ? Tu veux vraiment le savoir ?

– Je le veux. Et comment ?

– Ça veut dire les gens ont le pouvoir. Le pouvoir de rêver, de se prononcer, de lutter dans un monde de fous… Voilà ce que ça veut dire… »

Gabo ne tenait plus en place. Un feu lui mordillait le cul. Il baissa la vitre pour prendre une bouffée d’air. Et comme vous étiez encore dans la campagne, c’est comme un pet de bouse qui pénétra dans la voiture. Il remonta aussitôt la vitre.

« Toi, cria-t-il au chauffeur, tu vas me jeter cette cassette sur la route. Retire-là ! Allez ! Exécution ! »

Le type fit cracher la cassette à son appareil. Et la jeta comme avait dit Gabo.

«  Est-ce que je savais ? dit-il d’une voix basse. J’aimais bien cette musique. Je l’avais prise à mon fils…

– Une cassette à ton fils ! Tu veux en faire un émeutier de ton fils ? lui lança Gabo. Tu veux qu’il se fasse flinguer comme au premier mars ?

– Que non, chef ! Un émeutier ? Jamais. »

*

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LAO ( roman, 44)

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 4:50

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LAO ( roman, 44)

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34

Lao couché en sa dernière nuit.

Il avait gardé les rideaux ouverts. Creusée dans le noir du plafond, une large plaie de clarté blanche. Ce lampadaire penché sur la route.

Brusquement, il entendit couiner le bois de l’escalier. Une marche qu’on devait écraser. Comme à contrecœur… Et une autre… Et d’autres grincements qui s’approchèrent. Qui cessèrent bientôt. Puis on gratta sur sa porte. Qui d’autre que Martha ?

Lao ne bougea pas. À quoi bon ? Puisque l’affaire était entendue. Il rejoindrait la capitale. Un lieu précis de la capitale où se traitaient et maltraitaient des cas précis. Non pour retrouver Donara. Ni pour siroter sur les terrasses. Ce qui l’attendrait serait tout autre chose… Des examens en série, un processus d’humiliations, une litanie de petits meurtres pour lui faire oublier le goût de la désobéissance à ceux qui sont la loi et le royaume…

Martha, il avait la saveur de sa bouche sur la langue, la chaleur de ses formes qui lui brûlait encore les paumes. Il lui suffisait de sauter du lit. Ouvrir la porte, c’était à coup sûr l’avoir. Mais il serrait les dents et fixait la clarté blanche sur le plafond.

Puis de nouveau les grincements du bois, mais qui, cette fois, s’éloignaient.

Il attendit que retombe le silence dans la maison.

Il se rendit à la fenêtre.

À l’aplomb du lampadaire, un bout de voiture blanche luisait sous la clarté, blanche elle aussi. Une voiture de police. Prudent le Gabo. Il avait mis ses hommes en faction. Craignant que sa proie ne lui échappe.

Lao revint s’étendre.

La lumière au plafond semblait veiller sur lui.

Une paix lui vint douce et franche.

Elle le prit sous son aile. Et il laissa monter du fond ses propres obscurités.

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10 euros au lieu de 13. Merde !

26 octobre 2017

LAO ( roman, 43)

Filed under: ECRIT EN COURS — denisdonikian @ 9:18

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LAO (roman, 43)

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( Photo Denis Donikian, copyright)

33

Au terme de ton chemin, Gabo t’attendait de pied ferme près de sa jeep.
Il triomphait avec sa mine de chasseur toisant sa proie. Mais il ignorait que tes rêves t’étaient revenus. Qu’ils infusaient déjà ton sang pour vivifier les moindres recoins de ta chair. Et qu’ainsi ça te bandait. Et que ta tête de chien égaré, avec quoi il s’offrait des airs d’aspirant commandeur, tu ne la lui mettrais pas sur un plateau pour qu’il lui crache dessus.

« Maintenant, le temps est venu de te mettre à table, te lança-t-il.

– Quand vous voudrez. Et où vous voudrez. C’est vous le chef. Et je suis votre démon.

– Et comment, c’est moi le chef ! Mais d’abord, qu’est-ce qu’il faisait avec toi, l’homme aux fleurs ?

– Avec moi ? Derrière moi plutôt.

– Avec ou derrière, c’est la même chose. Sans compter que c’est toi qui l’as entrainé au pied du Dragon. Tu n’ignorais pas qu’on vous tirerait dessus comme des lapins.

– Ce jour-là, il y avait du brouillard, vous le savez bien… Et j’ai marché tout droit dans le brouillard.

– Tout droit, hein ? Et dans le brouillard… Tu as d’abord suivi le chemin et brusquement tu en es sorti. Pourquoi ?

– Je n’étais pas dans un état normal. Je ne pensais à rien de précis.

– Facile à dire. Mais encore ?

– Il ne vous est jamais arrivé d’être dominé par un chagrin ?

– Jamais. Quelle drôle d’idée !

– Quand vous apprenez, par exemple, qu’un ami vient de vous trahir…

– Tout le monde trahit tout le monde. C’est comme ça. Et toi comme les autres. Mais ça ne me dit pas pourquoi tu es allé te coller au Dragon.

– Qui peut le savoir ? Si je n’avais pas appris que Gollo jouait dans mon dos un autre jeu que celui qu’il affichait, l’homme aux fleurs serait toujours vivant. Et si je ne vous avais pas connu. Et si je ne m’étais pas arrêté dans ce patelin… Et si le gosse qui pleurait dans le minibus ne m’avait pas agacé… L’homme aux fleurs serait encore parmi nous.

– Et si tu n’étais pas entré dans ce minibus… Hein ! Dis-moi ! Pourquoi as-tu pris ce minibus, justement celui-ci ? Pour fuir, n’est-ce pas ? Et qu’est-ce que tu fuyais comme ça ? Surtout après ces événements du premier mars  qui ont pourri le climat de la capitale ? Hein, dis-moi un peu !

– Et si vos acolytes n’avaient pas tiré sur les manifestants dans la capitale, l’homme aux fleurs n’aurait jamais été tué ici comme un lapin.

– Pourquoi le type du mirador l’a abattu lui et pas toi, alors ? Hein, dis-moi ça !

– Parce qu’il a sorti une cigarette et qu’il l’a allumée. Le soldat moustachu a visé dix centimètres au-dessous de la flamme. Pensant peut-être que c’était moi.

– Donc, s’il n’avait pas fumé… Mais où prenait-il l’argent, ce pouilleux, pour s’acheter des cigarettes ?

– Peut-être bien que c’est le mépris qu’il rencontrait dans les yeux des gens qui le poussait à fumer. L’amour qu’on ne lui donnait pas… Martha devrait vous éclairer sur ce point.

– Martha… Martha… Elle n’a rien à y voir, Martha !

– Rien ? Pas si sûr. C’est quand même elle qui lui a demandé de me suivre.

– Pour te sauver.

– Me sauver ? Mais de quoi ?

– Est-ce que je sais ? Elle avait besoin de te sauver, c’est tout. L’homme aux fleurs l’avait déjà fait une fois le jour où Varou t’avait bouclé dans la fosse. Elle a dû penser qu’il pourrait le faire une seconde fois, ton ange gardien.

– Mon ange gardien… Et maintenant je ne suis gardé par personne. Sinon par vous.

– Est-ce que ça se remplace, un ange gardien ?

– Qui sait ?

– En tout cas, il y a eu homicide involontaire.

– Mais je n’ai tué personne.

– C’est bien ce que je dis : involontaire…

– Excellent prétexte pour me neutraliser, n’est-ce pas ?

– En tout cas, je te rends à la capitale. Et avec un peu de chance, tu m’auras pour accompagnateur. Et sans doute pour pas mal de temps.

– C’est ce que vous avez toujours voulu, quitter cette brousse.

– Je ne fais que mon devoir. C’est tragique, mais c’est comme ça. Que mon devoir.

– Et si je fuyais là, maintenant ?

– Tu crois ça, que je ne te rattraperai pas ? Tu te trompes.

– Je n’en ai nulle envie. Au contraire. Moi aussi je veux rentrer. Après tout, je serai plus utile dans la capitale que dans ce puits plein de cafards.

– Plus utile ?

– Je veux dire pour que des gars comme l’homme aux fleurs ne se fassent pas trouer bêtement. Les vrais auteurs de ce meurtre, il faut qu’ils rendent des comptes.

– Quels vrais auteurs ?

– Ceux qui sont au commencement de la chaîne. Les premiers qui ont conduit à ce malheur…

– En attendant, on reste sagement dans sa chambre. Nous partirons demain matin à l’aube. On dit que ce sera une belle journée. Comme celle-ci.

– Oui, comme celle-ci… »

*

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