Ecrittératures

28 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (37)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 2:41

démographie

(On entend piailler un bébé)

Sako- Vous avez entendu ?

Gago- Ça vient d’où ?

Dodie – De la forêt il me semble.

Sako – C’est ça, un enfant d’homme nourri par une louve. Non, ça vient du côté ville.

Gago- S’il pleure, c’est qu’il doit savoir dans quel merdier il est tombé, le pauvre.

Sako – Au moins, Dieu lui aura épargné d’être élevé par nous.

Gago – En tout cas, il est précoce le petit. Nous, nous avons mis des années avant de savoir.

Dodie- A moins qu’il ne pleure de joie.

Gago- Dans ce cas, c’est pathétique.

Sako – Tout simplement, il pleure pour se faire les poumons.

Dodie- C’est mécanique alors.

Gago- Nous avons tous crié à cet âge.

Dodie – Vous aurez beau dire, ce cri de bébé dans un monde fou, c’est comme un coup de pistolet tiré par l’innocence sur la bêtise généralisée des hommes.

Sako – Rien que ça ?

Dodie – C’est ce que ça m’inspire. On fait ce qu’on peut…

Gago- Je pense plutôt qu’il pleure à l’idée de ce qu’il va lui arriver.

Sako – Sa mère lui aura transmis ses peurs. Merci maman !

Dodie- Tiens, ça s’est arrêté.

Gago- Brutalement.

Sako – Et si ?

Dodie – Vous croyez ?

27 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (36)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 12:42

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*

Gago- Nous sommes englués dans un passé de feu et de sang.

Sako – Sans parler des horreurs à venir.

Dodie- Pris entre deux peurs. Peur d’une chose qui n’existe plus et d’une autre qui n’existe pas encore.

Gago- Les trois mousquetaires de la désespérance, voilà ce que nous sommes.

Sako – Bien fait pour nos gueules.

Dodie- Comment en est-on arrivé là ?

Gago- Nous avons désappris la joie simple des choses présentes. Contempler le vert des feuilles, éprouver la sérénité des arbres, sentir le souffle de l’air sur les hautes herbes…

Sako – Le spectacle de la mer. La mer, la mer, toujours recommencée.

Dodie- La joie du présent. Le bien le plus précieux.

Gago- Gratuit qui plus est.

Dodie – Pourquoi cette nostalgie ?

Gago – Plutôt le regret d’avoir perdu tout ça.

Dodie – Mais tout peut revenir. Il suffit de …

Sako – La joie est la marque de la confiance.

Dodie- Les moines sont dans la joie. Ils se lèvent même au milieu de la nuit pour chanter.

Gago- Toutes les nuits.

Sako – Toutes les nuits.

Dodie- La quête de cette joie-là mérite probablement d’interrompre son sommeil.

Sako – J’ai un doute.

Dodie – Ne doute pas, Sako, sinon la joie ne viendra pas te visiter…

26 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (35)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 8:34

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Dodie- Je me demandais.

Gago- Quoi au juste ?

Dodie- Pourquoi avons-nous tendance à prendre l’escalator plutôt que l’escalier ?

Gago- Quand on a le choix. Parfois, il n’y a plus d’escalier.

Sako – Pourtant l’escalier, c’est bon pour le cœur.

Dodie- Quand je dis nous, ça dépend de l’âge de la personne. Un jeune homme souple comme un cabri grimpe même dans l’escalator en marche.

Gago- Mais pour des vieux vélos comme nous, rouillés de partout, l’escalator est une bénédiction.

Sako – Et pourtant c’est bon pour le cœur.

Dodie- Tu l’as déjà dit.

Gago- Ça ne dit pas pourquoi, jeune ou vieux, tout le monde aime l’escalator.

Dodie – Mais il y aura toujours des originaux pour prendre les escaliers et faire la course avec l’escalator.

Sako – Qu’est-ce que je disais. C’est bon pour le cœur.

Gago – C’est le principe du moindre effort qui nous guide. Vivre à l’économie.

Dodie- C’est pourquoi on ne lave plus son linge au lavoir.

Gago- Les machines nous épargnent beaucoup d’effort.

Sako – L’effort, c’est usant.

Dodie- Dix fois, vingt fois, cent fois, à la fin le corps n’en peut plus

Gago- Détrompez-vous. L’activité ça l’entretient. Le corps a horreur du repos.

Sako – Pour vivre longtemps, vivons actif, en somme.

Dodie – Va savoir.

25 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (34)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 2:40

Unknown

*

Dodie- Tiens ! Un grand couturier est mort. Je ne vous ferai pas l’injure de prononcer son nom, vu qu’il est partout.

Gago- Mort de quoi ?

Sako – De quoi peut-on mourir ? Il est mort, il est mort… Point final.

Dodie- Cancer du pancréas. Et savez-vous quelle était sa boisson fétiche ?

Gago- Va savoir.

Dodie- Le coca light. D’ailleurs, il avait aussi habillé les bouteilles. La firme s’est frottée les mains.

Gago- Sûrement qu’elle lui a offert du coca light à vie.

Sako – A vie ? Plutôt à mort.

Dodie- C’est ce que nous disions, faire quelque chose d’artificiel dix fois, vingt fois, cent fois. A la fin le corps n’en peut plus.

Gago- C’est sûrement ça. Le corps a horreur de ce qui n’est pas naturel.

Sako – En tout cas, ce grand couturier croyait se préserver contre le sucre.

Dodie- Mais il bouffait de l’aspartame. Et vous savez quoi ? Sur les 20 experts chargés d’étudier la nocivité de l’aspartame, 11 présentaient des conflits d’intérêts. Et même certains d’entre eux étaient consultants pour Coca-Cola.

Sako – C’est ce qu’on disait. Qu’est-ce qui pousse des hommes à faire du profit sur la mort d’autres hommes ?

Dodie- On vous dira que chacun est libre de boire du coca ou non.

Gago- Putain de liberté !

Sako – C’est de la prédation par la séduction. Ce qu’on appelle faire de la publicité.

Dodie – Pire que ça. Quand j’étais collégien dans la région parisienne, on nous avait conduit en car à visiter l’usine de Coca-cola. Et à la fin de la visite, coca pour tous.

Gago – C’était généreux.

Dodie – Stratégique plutôt. Tous ces enfants seraient des clients potentiels à vie. Car le sucre appelle le sucre.

Sako – Donc ce que la firme perdait d’un côté, elle le récupérerait au centuple. Dégueulasse.

23 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (33)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 12:58

Tim Rodenbroker

*

Dodie- Quand je rentrais du pensionnat pour les vacances, immanquablement j’aimais parcourir les allées de notre cimetière pour lire des noms connus sur les tombes.

Gago- Drôle d’occupation. A quel âge ?

Dodie- Dès onze ans et chaque année comme un rituel. Et comme le cimetière occupait une colline avec une église au sommet, j’en profitais pour contempler la ville.

Gago- Et c’est là que tu voudrais être enterré ?

Dodie- Je le souhaitais. Mais plus maintenant. Je préfère les cendres à l’inhumation.

Gago- C’est plus propre.

Sako – Et puis c’est léger, les cendres. On peut souffler dessus et va pour te retrouver !

Dodie- Il faut dire aussi que je suis tombé amoureux un peu plus tard. Vers 16, 17 ans.

Gago- Amoureux ? De la mort ?

Sako – Il a dit amoureux.

Gago- Ça arrive, fatalement. Après le passage au cimetière, Dodie voulait se sentir vivant.

Dodie- La mort, l’amour, c’est toujours de l’inquiétude.

Gago- Nous sommes tous pétris de peurs, mon vieux Dodie…

Sako – Et comment était ce premier amour ?

Dodie- Chaste. Et puis un jour un ami de son frère l’a déviergée sous les arbres de leur jardin. A la barbare. Elle y a pris goût. Elle a dû trouver mon romantisme désuet.

Gago- Romantique hein ?

Dodie – Chaque dimanche elle allait à la messe et je la guettais. J’aimais la voir traverser la place. A l’église, je me plaçais près de l’orgue pour mieux la repérer quand elle allait communier.

Gago – Mais son barbare l’a mise en appétit, j’imagine.

Dodie- Et comment ? La frénésie à tout-va. Une Don Juan femelle..

Gago- De la messe à la baise du jour au lendemain !

Sako – Une chienne ton premier amour.

22 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (32)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 12:32

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*

Dodie- Nous parions sur l’hypothèse d’une apocalypse, car nous savons d’où nous venons.

Gago- D’une autre apocalypse.

Sako – Il y eut des cris et il y eut du sang. Chaque jour. Chaque jour. Chaque jour. Des cris et du sang.

Dodie- Une catastrophe qui sera toujours la mémoire de notre mémoire. Qui se tiendra toujours dans le fond le plus secret de notre corps.

Gago- Nous sommes d’un lieu où nous n’étions pas, mais un lieu qui nous brûle de l’intérieur.

Sako – L’ogre d’une malédiction.

Dodie- Forcément, avec ça dans le mental, nous n’avons nulle part où aller qui soit fait de paix et de lumière.

Gago- Nul pays. Il n’y aura pas de pays pour nous tant que nous aurons l’impression d’être traqués.

Dodie– Tu l’as dit Gago, traqués. J’ajouterais haïs, maudits par le genre humain.

Sako – Nous voilà pris entre deux feux.

Dodie- Dans le fond, le monde se partage entre les tenants de l’esprit et leurs prédateurs.

Gago- Et nous étions l’esprit. Et les prédateurs se sont acharnés contre nous. Aujourd’hui, ces barbares font toujours la loi.

Sako – L’esprit ! Ah l’esprit !

Dodie- L’esprit donne de la voix, mais les prédateurs crient plus fort que lui.

Gago- J’ai mal à mon esprit.

Sako – Nous sommes tous des prédateurs de l’esprit. Qu’est-ce que vous croyez ?

Dodie- L’esprit est dans un corps et le corps a besoin de proies.

Gago- Bref, on ne sait plus où aller.

Sako – Va savoir.

21 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (31)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 1:29

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Dodie- Au début, c’était anecdotique. Et puis un jour, en sortant de chez moi, j’ai cru que j’étais devenu sourd.

Gago- A quelle heure de la journée étais-tu devenu sourd ?

Dodie – Un matin, avant huit heures, juste avant de prendre le train.

Sako- Et après tu as entendu l’arrivé du train ?

Dodie- Je parle d’avant le train. Je n’entendais plus les chants des oiseaux. Tiens ! c’est bizarre, je me suis dit. Un silence inquiétant.

Sako – Ils faisaient la grâce matinée, tes oiseaux. Sûrement.

Dodie- Un oiseau ça chante avec le lever du jour. C’est mécanique. Mais là rien.

Gago- Et les autres jours, que s’est-il passé ?

Dodie- Toujours rien. J’ai été pris de panique comme si mon corps s’était grippé.

Gago- Le vide n’est pas fait pour l’homme.

Dodie- Ce que vous ne comprenez pas, c’est que j’avais l’impression d’avoir changé de monde. J’étais dans un monde où l’autre n’existerait plus.

Gago- Dans ce cas, on peut aller dans un pays où les oiseaux chantent encore avant huit du matin.

Sako – Et comme ça la question est réglée. Faut voyager, Dodie ! Faut voyager !

Dodie- Vous n’avez toujours pas compris. Ces oiseaux qui nous chantaient aux oreilles, où étaient-ils sinon qu’ils étaient morts.

Gago- Morts ! Ça reste à vérifier. Les scientifiques seront une fois de plus partagés. Les uns affirmeront qu’ils sont morts de mort violente. Les autres que rien n’est prouvé.

Sako – Tout ça ne devrait pas nous empêcher de boire une bière, avec ou sans oiseau.

19 février 2019

L’œil crépusculaire de Guillaume Toumanian (seconde mouture)

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 5:54

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( vol de nuit : 1200×640)

*

La découverte du paysage par les impressionnistes semble avoir coïncidé avec le début des transports ferroviaires qui pouvaient vous transférer hors de Paris sur la côte normande et ailleurs. Il y a eu de la part des peintres une frénésie de lumière telle qu’elle va conduire Van Gogh à Arles et Gauguin à Tahiti. Ainsi est le peintre : un produit de son époque, à moins que ce ne soit l’inverse. Toujours est-il qu’il agit comme une éponge dans la mesure où il absorbe les émotions de son temps et les « recrache » en couleurs. L’alchimie entre le peintre et le climat général de la société se traduit par une sorte de cristallisation qui prend forme à travers un tableau. Dans ce cas de figure, la peinture de Guillaume Toumanian n’échappe pas à l’intuition collective qui s’est emparée des mentalités modernes selon laquelle nous assistons à la déliquescence crépusculaire du monde. Les tableaux de Guillaume Toumanian invitent à regarder en face l’apocalypse qui est en train de se former dans un horizon proche.

 

Crépuscule du soir à dominante verte qui tamise des lumières lointaines et qui parfois semble les étouffer. On respire mal, en effet, à regarder ces tableaux. Comme si l’absence de luminosité s’apparentait à une raréfaction de l’air respirable. Comme si l’homme se trouvait tout à coup confronté à l’aporie de la civilisation techniciste, acculé au cul-de-sac de ses propres contradictions, à savoir une certaine maîtrise des lois de la nature et la destruction certaine de ces mêmes lois. En d’autres termes, ce qui est devant nous, avec les tableaux de Toumanian, c’est l’approche du chaos. Nous avons le nez dedans tandis que l’œil s’effraie de ces tremblements du pinceau, de ces taches de couleur qui maculent l’horizon.

 

Cette plongée dans la désespérance absolue n’est pas pour apporter du plaisir au regardeur moderne qui refuse de tout son corps à consentir à la dissolution de son temps. Celui qui veut de la lumière et du plaisir ne trouvera pas son compte à contempler les tableaux de Toumanian. Mais c’est justement le mérite de ce peintre de refuser toute allégeance aux tromperies du moment pour mieux voir et mieux dire l’avenir d’un présent touché par le doute. Ce mérite est d’autant plus remarquable que le peintre assume le risque d’une forme d’aversion que pourrait susciter sa vision du monde. Le peintre laisse agir la peinture plutôt qu’il ne conditionne son message.

 

C’est en cela qu’il faudrait louer l’approche apocalyptique des tableaux de Toumanian. Reste que cette approche que lui inspire le présent ne pouvait seule venir des ciels plombés qui hantent l’imaginaire du peintre. Nous parions que la mémoire, la mémoire profonde, la mémoire la plus enfouie dans l’histoire du peintre joue à sa manière pour une part dans la partition d’un tableau. Si cette peinture propose des fonds d’avenir sombre, c’est qu’à la source existe une monstruosité première. Cette monstruosité serait le génocide subi par les Arméniens, ce non-dit qui incendie les âmes et qui s’échappe du corps dans les gestes, les mots et les actes créatifs. En d’autres termes, un tableau de Toumanian se regarde selon deux orientations : la plus évidente est celle des temps à venir, l’autre est celle des catastrophes passées. Dès lors, le peintre se situe entre deux déchirements comme s’il vivait à travers un tableau une sorte de crucifixion masochiste et empreinte d’une cruelle lucidité.

 

Cette hypothèse qui consiste à voir l’emprunte d’un mal qui fut absolu dans n’importe quelle œuvre venue à un artiste arménien d’aujourd’hui pourrait sembler saugrenue si l’épreuve de sa visibilité la plus sourde ne sautait aux yeux. Pour exemple, le travail graphique d’Alain Barsamian dont nous avons parlé ici ou là. Rien n’est plus éloigné du figuratif qu’un tableau de Barsamian. Et pourtant, les zébrures qu’il crache sur la toile ressemblent aux graphismes d’une colère rentrée, aux émanations d’un mal sournois qui s’exprime par éclairs, à des écritures qui se cherchent une lisibilité tellement elles vont creuser loin dans l’infini profond du peintre. Là aussi, le mal absolu produit des déchirements car les toiles ainsi marquées ressemblent à des tissus parsemés d’accrocs. Ces déchirures sont les signes extérieurs d’une turbulence intime dont le foyer se situe au-delà de l’histoire propre du peintre, c’est-à-dire dans le fonda-mental le plus caché, fût-ce à l’auteur lui-même.

 

Ainsi sont faits les tableaux de Guillaume Toumanian. Ils procèdent de la foi en une vision du monde et de la face cachée d’un monde qui impose sa propre loi. Il s’agit donc d’une création en acte qui s’expose et qui s’ignore.

 

 

Denis Donikian

 

 

Trois personnages en quête d’apocalypse (30)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 3:00

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*

Dodie- Je ne veux pas mourir comme ça ! Je vous le dis. Pas comme ça !

Gago- Mourir pour mourir… Après tout, comme ça ou autrement…

Sako – Dodie veut dire mourir à cause d’une bêtise abyssale.

Dodie- Abyssale, c’est le mot. Une bêtise abyssale.

Gago- Un génocide mondial perpétré par les victimes elles-mêmes. Du jamais vu.

Sako – Bien fait pour nos gueules !

Dodie- Si les dieux nous regardent…

Gago- Si les dieux nous regardent, ils doivent nous prendre en pitié.

Sako – Ou bien ils se fendent la pêche. Pauvres hommes ! qu’ils font. Vous avez cru tout maîtriser. Et voilà le résultat.

Dodie- Oui, voilà bien le résultat.

Gago- C’est cuit.

Sako – On l’aura cherché.

Dodie- On ne sortira pas de là indemnes, c’est sûr.

Gago- Reste à savoir à quel moment tout était encore possible pour changer de direction ?

Sako – Rien n’était plus possible. L’homme porte en lui les germes de sa propre dissolution.

Dodie- En une vie, j’aurai assisté au naufrage de toute vie.

Gago- Une vie, c’est court.

Sako – Le monde a changé de couleur.

Gago – Même la neige est devenue noire.

Sako – C’est dire….

16 février 2019

Trois personnages en quête d’apocalypse (29)

Filed under: Trois personnages en quête d'apocalypse — denisdonikian @ 3:45

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*

Dodie- Sako, à quoi tu joues ? Avec ton esprit de démolition… Maintenant, c’est moi qui vais te démolir, ordure !

Sako – Voilà où conduit la peur du chaos. A la guerre, messieurs !

Gago- C’est vrai, quoi ! Nous cherchons un chemin et toi tu nous pisses dessus.

Dodie- Il nous faut du rêve on te dit ! Du rêve et des règles pour sortir du chaos. Sortir de ce merdier, tu entends ?

Sako – Le chaos, justement ! Mais ouvrez donc les yeux, mes lézards ! Ouvrez les yeux et débouchez vos oreilles ! C’est lui, le chaos, qui nous tombe dessus. Tenez ! En Russie, les ours blancs envahissent déjà les villes. Demain, nous pourrions avoir des serpents dans nos cuisines. Déjà les renards rôdent autour de nos poubelles. Qui sait si les crocodiles ne vont pas se mettre à traverser les mers pour s’inviter dans nos salles de bain ? Tu te vois Dodie dans ta baignoire avec un crocodile ?

Dodie- Avec Bertha peut-être. Mais avec un crocodile… Brrr…

Gago- Va savoir ! Nous allons devoir tuer pour vivre, qu’est-ce que vous croyez ?

Sako – Tuer les ours blancs qui sont déjà en extinction, c’est accélérer le processus apocalyptique. Sans eux, les phoques vont proliférer et c’est eux qu’on aura à nos portes.

Gago – Bref, c’est l’impasse.

Sako – Allez chercher du sens quand tout sera sens dessus dessous ! La réalité, ce sera cauchemar sur cauchemar.

Dodie- On devra s’adapter.

Gago- S’adapter, oui. Mais s’adapter, ça fatigue…

Sako – Va savoir !

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