Ecrittératures

27 mai 2016

Encore un livre que personne n’achètera…

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 3:35

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C’est un livre. Il réunit des rages et des rires. Et chose rare, c’est un livre arménien. Mais pas un livre fait pour obtenir le prix Aznavour, ni le prix Henri Verneuil. Un livre qu’on n’invitera pas à notre radio naphtaline, celles qui conserve les mythes, mémorise la mémoire et fait du boniment pour nous vendre sa soupe. C’est pourquoi, ce livre ne se vendra pas. Ceux qui voudront l’acheter éprouveront un certain scrupule à le faire. Pourquoi ? Parce que c’est un livre frais. Et un livre frais est un livre vrai. Il agit comme un miroir. Il vous montre le devant et le derrière des Arméniens, les faux culs de la vertu et de la pensée qui répond aux ordres.

Alors, en vérité, je vous le dis. Qui l’aura ce livre fera rire la part humaine de sa personne et pleurer la part arménienne de son humanité. Même si à 15 Euros, port compris on a tout ça réuni, les chroniques de celui qu’on surnomme à mauvais escient « la mouche du coche », comme si l’auteur avait l’outrecuidance de penser que ses piques faisaient avancer le char de notre magnifique Arménie.

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Denis Donikian, L’Arménie, à coeur et à cri, Collection ZOOM ( Actual art, Erevan, 2016, 296 pages), 15 euros,port compris,  disponible seulement chez l’auteur. ( Denis Donikian, 4 rue du 8 mai 1945, 91130, Ris-Orangis)

(Couverture : oeuvre de D. Donikian : Venus)

 

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Avant-propos.

 

Les textes du présent recueil proviennent de notre blog ÉCRITTÉRATURES. Ils ont été classés selon des thématiques qui reflètent les constantes d’une même indignation. En effet, ils sont nés du contact avec une réalité politique fondée sur le mépris : mépris des personnes et mépris de la raison. C’est pourquoi leur ton oscille entre celui du tragique et celui de l’humour. En effet, on ne peut que pleurer sur les conséquences d’une politique délétère et rire des stupidités dont certains de ses représentants s’enorgueillissent. Sachant toujours que ce sont les plus démunis qui subissent les contrecoups de décisions arbitraires ou de mythes absurdes qui vont à l’encontre de toute démocratie ou de toute sagesse. Dans ce sens, nous espérons que le lecteur se rendra compte de la délectation qui a présidé à l’écriture de ces lignes dont l’irrespect constitue avant tout une manière de tenir son humanité devant la monstruosité de certains dignitaires ou de certaines attitudes. C’est que les hommes campés dans le sérieux de leurs fonctions officielles, souvent usurpées, ou dans la fierté de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, tendent naturellement à des comportements ridicules, honteux et parfois criminels. Les courtisans qui se font manipuler au prix de leur propre lâcheté et au nom d’intérêts ou d’idéaux qu’ils tiennent pour supérieurs donnent les coudées franches à ces personnages placés au pinacle. Le peuple n’a alors que sa voix pour crier, ses bras pour se défendre des coups et sa rancœur pour lot quotidien. De la sorte, ces textes pourraient être lus comme l’expression d’une voix rebelle à toute allégeance, s’ils n’étaient avant tout et simplement une voix qui choisit d’échapper à la bêtise.

Dans le fond, quelque chose qui est au-delà nous oblige parfois à écrire. Cette chose domine dans notre esprit les noirceurs que nous impose la réalité. Si l’écriture est un absolu, c’est par cet horizon de sagesse et de sérénité qu’elle vise en permanence tandis qu’elle s’exécute à démêler les enfermements qui étouffent la petite humanité qu’elle a prise pour sujet. En l’occurrence, notre Arménie ne se confond pas avec celle qui empêche tant les Arméniens d’être heureux qu’ils lui préfèrent les incertitudes de l’exil. On lira donc ce que nous écrivons sur les Arméniens comme la chronique, dans un temps donné, des tribulations d’un peuple dont on nie qu’il fut par le passé massivement assassiné et qui de nos jours cherche sa liberté et son bonheur tandis qu’on le viole par les urnes. Peuple méprisé hier par les autres, méprisé aujourd’hui par les siens. Certes, l’écrivain n’est censé apporter le salut à personne, mais il contribue à diluer de ses mots le noir dans lequel nous sommes tous plongés.

(Janvier 2016)

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4 mai 2016

Pour une grève de la faim arménienne et mondiale

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 10:51

 

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Photo : D Donikian ( copyright)

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En cent ans, l’action des Arméniens pour la reconnaissance du génocide de 1915 a connu deux phases, également partagées dans le temps : une phase traumatique et une phase rhétorique.

La phase traumatique s’est caractérisée par le gel absolu de la parole, l’effarement de la pensée et son renversement vers une langue, des temps et des lieux nouveaux. Mais cette phase,qui a duré une cinquantaine d’années, préparait déjà en sous-main la suivante, la phase rhétorique. En effet, les premiers discours et les quelques livres qui émaillèrent le cinquantenaire ont permis de déclencher une véritable réappropriation de la parole arménienne. Durant cette période, la conscience arménienne s’est amplifiée au fil des années, la responsabilité de chacun s’est consolidée, tout un peuple s’est réveillé contre le silence orchestré autour du Grand Crime. Il fallait prouver et il fallait convaincre. Le centième anniversaire a vu le travail des historiens et des tribuns porter leurs fruits. Désormais, le génocide arménien existe comme un problème mondial. En effet, le monde ne peut pas faire l’économie d’un génocide, quel qu’il soit, s’il veut progresser en humanité.

Pour autant, malgré l’opprobre dont elle est l’objet, la Turquie perpétue une mentalité ethnocentrique qui puise son inspiration dans les valeurs jeunes-turques, soit en faisant fi des revendications arméniennes, soit en répétant aujourd’hui avec les Kurdes le nettoyage ethnique perpétré hier contre les Arméniens. Qui plus est, elle fait taire la presse libre, accuse de terrorisme des parlementaires légalement élus, confisque des églises, et forte de son cynisme fait du chantage à l’Europe pour y être acceptée comme un pays démocratique. Les Arméniens ne peuvent être que révulsés par les compromissions d’une Europe vantée pour ses valeurs. Leur expérience historique de la duplicité turque a beau alerter les Européens, ils se voient déjà submergés par l’afflux de leurs bourreaux venus les narguer jusqu’en leur exil grâce à l’exemption de visa accordée par le réalisme politique de ces mêmes Européens et leur sacro-saint principe des intérêts.

Dès lors, quelle marge de manœuvre reste-t-il aux Arméniens, voués aux sempiternels discours que n’écoutent ni l’intéréssée, ni ceux qui n’ont aucun intérêt à le faire. Combien de temps encore ces cris arméniens porteront-ils avant de lasser et de tomber dans les oubliettes de l’histoire en marche ? Les Arméniens n’ont pas la force militaire, ils n’ont que la force morale, leur seul atout, dans un monde où les valeurs démocratiques sont encore incarnées par des hommes de foi. C’est, comme nous le disions plus haut, l’intérêt du monde que soit reconnu le génocide arménien. Sans sa condamnation effective, agissante, la mentalité génocidaire sera toujours à l’œuvre. Dans ce contexte, et en l’état actuel des choses, les Arméniens s’ils n’ont pas de divisions, ont encore l’unité. Unité dans la mémoire, unité dans la revendication, unité dans le sacrifice.

Le peuple arménien est en alerte depuis cent ans et plus. C’est ce rôle qu’il lui est donné de jouer dans le concert des nations. Celui de harceler l’esprit du bourreau sans relâche. De le forcer à la prise de conscience. D’être sa mauvaise conscience partout où il cherche à imposer sa loi. Dans ce sens, les Arméniens doivent passer de la phase rhétorique à la phase éthique.

Par quels moyens ? Par la grève de la faim. Les Arméniens qui en 1915 ont subi la faim forcée jusqu’à la mort invitent les Arméniens d’aujourd’hui à prendre la faim volontaire comme l’instrument d’une force morale destinée à promouvoir la justice et la vie.

Le 24 avril 2017 pourrait être le déclenchement d’une grève de la faim arménienne à laquelle se joindraient tous ceux qui souhaitent la paix, le dialogue, le respect de l’Autre. Arméniens, mais aussi Kurdes, Assyro Chaldéens, Grecs et autres hommes de cœur devraient investir dans le monde des lieux symboliques où ils montreraient qu’ils sont capables d’arrêter de se nourrir un jour, deux jours ou plus pour combattre sans se battre les politiques de compromission et les bourreaux négationnistes.

 

Denis Donikian

Écrivain

 

 

 

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