Ecrittératures

30 mai 2013

Arménie : un écrivain contre le pouvoir.

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 9:15

 

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Tout arrive, même en Arménie. Il faut se réjouir qu’un écrivain aussi important que Lévon Khétchoyan refuse une récompense offerte par Serge Sarkissian pour protester contre la déplorable situation sociale des Arméniens. Voilà quelqu’un qui en a… Voilà quelqu’un qui ne se contente pas de décrire l’état des campagnes. La pauvreté qu’il côtoie chaque jour l’étouffe. Certes, qui ne la voit cette pauvreté ? Qui ne la déplore ? Ce refus d’une récompense est un acte de courage. Dire non et le montrer, c’est refuser de participer au fléau, d’être de son côté en tout cas. Voilà un acte de compassion active qui va déplaire à plus d’un collabo qu’il soit d’Arménie ou de la diaspora. Car c’est aussi aux optimistes et aux idéalistes de la diaspora que ce refus s’adresse. Que faites-vous pour enrayer cette pauvreté qui fait honte à tout le peuple arménien ?

Pour le connaître, on peut lire du Lévon Khétchoyan sur TRANSCRIPT ( Numéro consacré à la littérature arménienne) un texte traduit par Gérard Malkassian.

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28 mai 2013

FESTIVAL du PREMIER ROMAN de CHAMBERY vu par DZOVINAR

Filed under: EVENEMENTS — denisdonikian @ 2:53

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VOIR ICI

27 mai 2013

INUTILE AUX IGNORANTS

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 8:37

C’est un livre exceptionnel que s’apprête à nous donner la Société bibliophilique Ani, dû à la foi acharnée de Chabouh Kibarian qui a coordonné le travail de nombreux collaborateurs pour arriver à remettre à un public arménien d’abord et aussi français l’oeuvre majeure de  Manuel Mirakhorian ( 1856 – 1934), son fameux « Voyage descriptif des provinces arméniennes de la Turquie orientale » qui évoque l’état où elles étaient avant les massacres hamidiens. Tout est minutieusement décrit aussi bien d’un point ethnographique que zoologique, botanique et géographique. Mirakhorian a une conscience aiguë de la catastrophe qui est en train de se préparer et il voudrait faire l’inventaire de la culture arménienne avant que l’effondrement général.

Souscrivez à l’achat de ce livre aujourd’hui car son succès étant garanti, il ne repassera plus une seconde fois sous votre nez  tant on peut prévoir qu’il sera rapidement épuisé.

 

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19 mai 2013

ACTU 9

Voici résumé l’état actuel du peuple arménien.

Les riches cherchent le pardon de Dieu en construisant une église.

Et l’Eglise bénit leur œuvre.

En bénissant cette nouvelle église, elle bénit aussi l’argent.

Mais quel argent ?

Celui qui oblige le peuple à se contenter des restes.

Quel Arménien de la diaspora peut encore trouver une excuse à cette honte nationale ?

9 mai 2013

MERCI Maître PHILIPPE KRIKORIAN

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 5:40

 

 

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AUDIENCE SPECIALE DES REFERES DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE MARSEILLE

UNE AUDIENCE HISTORIQUE !

« La volonté parle encore quand la nature se tait. »

 Jean-Jacques ROUSSEAU

Chers Amis,

Encore mille mercis à vous tous, venus nombreux, dans une salle bondée, témoigner votre soutien à une cause universelle. Comme annoncé, l’audience spéciale des référés du Tribunal de Grande Instance de Marseille ( TGI ) s’est tenue le 30 Avril 2013 écoulé. Elle a été ouverte à 10h00 et levée à 12h15.

J’ai été particulièrement fier de plaider pendant deux heures ce dossier hors du commun. Et on peut dire, sans excès, que le 30 Avril 2013 a été et restera un jour historique !

Ce, à plusieurs titres.

D’une part, c’est la première fois, en France, qu’une juridiction judiciaire était saisie d’une demande contentieuse tendant, sur le fondement de la voie de fait, à la transposition en droit interne d’un acte de droit dérivé de l’Union européenne, en l’occurrence la Décision-Cadre 2008/913/JAI du 28 Novembre 2008 sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal.

Cette transposition est une double obligation juridique, tant en vertu de notre Constitution ( art. 88-1 ) que du droit de l’Union européenne. On en déduit logiquement que le défaut de transposition, près de trente mois après l’expiration du délai imparti à la France pour ce faire, ne peut s’autoriser d’aucun texte national ou international. La voie de fait, qui est l’impossibilité manifeste de rattacher l’action ou l’omission de la Puissance publique à un pouvoir légalement reconnu par un texte, est, dès lors, parfaitement caractérisée en l’espèce.

La compétence du juge judiciaire des référés est, partant, évidente.

Quant à l’exercice de ses pouvoirs, sur le fondement de l’article 809 du Code de procédure civile ( CPC ), il ne fait pas davantage difficulté. L’injonction qu’il lui est demandé de délivrer au Premier ministre de déposer un projet de loi de transposition est bien de nature à « faire cesser un trouble manifestement illicite » ( art. 809, al. 1er CPC ) et assure l’exécution d’une obligation de faire dont l’existence n’est pas sérieusement contestable ( art. 809, al. 2 CPC ) : transposer la décisioncadre du 28 Novembre 2008.

De deuxième part, cette affaire qui traite du Génocide Arménien et des autres crimes contre l’humanité, notamment sous l’angle du négationnisme, met en lumière une incongruité du droit positif français dont se prévaut l’Exécutif, savoir l’acte de gouvernement. Comme le disait justement le Doyen Paul DUEZ, au siècle passé, « tout régime qui a l’ambition de réaliser l’Etat de droit doit biffer de ses institutions ce symbole défectueux qu’est l’acte de gouvernement. » ( Les actes de gouvernement, 1935, Dalloz 2006, p. 210 ).

Cette théorie fumeuse, aux fondements juridiques vacillants, à relier à la création napoléonienne du Conseil d’Etat soucieux d’assurer sa pérennité face au pouvoir de la Restauration, ne trouve plus, aujourd’hui, aucune justification sérieuse et doit disparaître de notre ordonnancement juridique. Elle est la survivance archaïque de la « Raison d’Etat » quand seule la « Raison universelle » ( le Droit, selon PORTALIS ) doit régir l’action des hommes. Il est d’autant plus anormal que l’Etat puisse, encore, au vingt et unième siècle, s’en prévaloir, qui plus est dans une enceinte judiciaire pour prétendre exclure tout contrôle juridictionnel.

D’où ma question prioritaire de constitutionnalité ( QPC ) relative à l’article 26 de la loi du 24 Mai 1872 sur l’organisation du Conseil d’Etat qui cristallise la théorie de l’acte de gouvernement.

Et si on ne doit pas spéculer sur la décision à intervenir, on peut, assurément, au vu du principe de séparation des pouvoirs ( art. 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 Août 1789 – DDH : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée n’a point de Constitution. » ), dire d’ores et déjà ce qu’elle ne doit pas être : l’exécution d’un diktat gouvernemental.

Comme l’énonce clairement et justement la Doctrine classique : « ( … ) Un acte ne peut présenter, en même temps, les caractères de la voie de fait et ceux de l’acte de gouvernement, et échapper sous la seconde qualification aux conséquences qu’entraînerait pour lui la première ; acte ’manifestement insusceptible de se rattacher à l’exécution d’un texte légal ou réglementaire’, la voie de fait ne saurait être réputée acte de l’autorité publique ; qu’il administre ou qu’il gouverne, en effet, l’exécutif doit fonder son action sur l’assise de la loi ; un acte auquel cette assise manque ne peut plus être considéré comme acte de gouvernement, puisqu’au moment même où il l’accomplit, et du seul fait qu’il l’accomplit, le gouvernement cesse d’agir en tant que gouvernement. Les deux notions sont donc antinomiques, et l’exécutif ne saurait échapper aux conséquences de la voie de fait en couvrant celle-ci du manteau de l’acte de gouvernement. ( … ) » ( Professeur Jean RIVERO, JCP 5542, note sous TC, 02 Février 1950, Radiodiffusion Française c/ Sté de gérance et de publicité du Poste de Radiodiffusion « Radio-Andorre » )

Ainsi, la décision du juge des référés est-elle enfermée dans l’alternative à deux branches suivante :

ou bien, en application de la jurisprudence Guigon du Tribunal des conflits ( 27 Juin 1966 ), il constate la voie de fait manifeste imputable à l’Etat et il délivre injonction au Premier ministre de déposer un projet de loi de transposition de la décision-cadre du 28 Novembre 2008, après, le cas échéant, question préjudicielle posée à la CJUE quant à la conformité au droit de l’Union européenne de l’article 1er, § 4 ;

ou bien, il s’estime ( mais ne se déclare pas ) incompétent pour connaître de l’affaire, au profit du Conseil d’Etat, en relevant qu’il s’agit de prendre un décret ( le projet de loi est présenté au Parlement sous forme de décret ) et il a l’OBLIGATION ( et non pas seulement la faculté ), en vertu de l’article 34 du décret du 26 Octobre 1849 réglant les formes de procéder du Tribunal des conflits, de saisir le Haut tribunal pour que celui-ci tranche la question de la compétence. Toute autre décision serait contraire au Droit et devrait être attaquée par la voie juridictionnelle.

Il est clair, dans ces conditions, que la décision d’incompétence rendue le 26 Novembre 2012 par le Conseil d’Etat n’est pas un échec – en tout cas, pas le nôtre -, mais, à l’inverse, le premier terme du mécanisme juridictionnel pouvant conduire à la saisine du Tribunal des conflits, ce qui, en soi, serait déjà une victoire.

Comme on le voit, c’est une responsabilité écrasante qui pèse sur les épaules du juge des référés du TGI de Marseille. Il porte la Justice, comme Atlas portait le Monde. Mais, l’histoire montre que l’autorité judiciaire sait se souvenir qu’elle a été désignée par la Constitution ( art. 66 ) comme la gardienne de la liberté individuelle ( v. TC, 02 Février 1950, Radio-Andorre ) et, au-delà, en présence d’une voie de fait, comme l’institution protectrice des droits fondamentaux, ici, le droit au respect et à la protection de la dignité humaine ( Préambule de 1946 ).

Nous pouvons, donc, être raisonnablement confiants.

De troisième part, ce dossier illustre de façon emblématique ce que j’appelle l’Agir juridictionnel, c’est dire la mise en oeuvre devant le juge du droit constitutionnel du citoyen de concourir personnellement à la formation de la loi ( art. 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 Août 1789 – DDH – v. mon article publié à la Gazette du Palais, n°324-325 des 19-20 Novembre 2008 et sur mon site internet ).

La consécration dans la norme suprême du statut constitutionnel de l’Avocat défenseur ( mon article Gaz. Pal. N°334-336, 2-4 Décembre 2007 ) en sera la prochaine illustration.

Aussi, avec ou sans couverture médiatique, avec ou sans organisation représentative de la communauté arménienne, notre détermination ne faiblira pas. Celle-ci se nourrit des résistances abusives au progrès que certains misologues tentent de nous opposer en vain. Notre course inexorable vers le triomphe de la Vérité et de la Justice n’est pas achevée. Mais elle est sûre.

Trempée dans la plus pure vertu, notre volonté d’acier inspirée par le Bien commun ne fléchira ni ne cassera. Guidée par la Raison universelle, elle nous conduira au succès de nos prétentions légitimes et à la paix des âmes.

Emile ZOLA ne me démentirait pas : La Vérité est en marche et rien ne l’arrêtera.

J’ajoute : le Droit, lui, ne ment pas.

Marseille, le 05 Mai 2013

Philippe KRIKORIAN,
Avocat au Barreau de Marseille

 mercredi 8 mai 2013,

8 mai 2013

Colle, collage, coulures

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:04

Rencontre avec Denis Donikian en son Atelier (avril 2010)

(Version courte)

( Version intégrale)


Merci à Achrène Isabelle Yvos, fille émérite de Dzovinar.

Musique de Gérard Torikian

3 mai 2013

Réponse à un contradicteur énervé

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 2:57

Pavel Djankirov

Dessin de Pavel Djankirov

Réponse à Maître Haytoug.

Comme je n’écris pas par choix sur le forum d’Armenews et que maître Haytoug m’a une fois de plus fait l’insigne honneur  d’être mon contradicteur, je lui réponds ici.

Je connais sa rhétorique depuis l’époque de Yevrobatsi, je sais bien où elle prend sa source dans sa formation intellectuelle ( si on peut l’appeler ainsi), même si je dois admettre que depuis l’homme a changé de fusil mais pas d’épaule. C’est d’autant plus vrai qu’il n’a lu qu’une partie de mes livres sur l’Arménie et qu’il fait dans ma modeste production un tri qui convient seul à sa démonstration pour ne pas dire à l’idée qu’il se fait de moi, à savoir quelqu’un qui n’a que la haine à la bouche pour tout ce qui est arménien. La différence entre Haytoug et moi, c’est que quand les trains d’un pays arrivent à l’heure une seule fois sur dix,  lui ne voit qu’elle, et moi je dénonce les neuf autres, sachant que c’est tout le pays qui est désorganisé.

Evidemment, je ne ferai pas une explication de texte de mon propre texte, mais Haytoug se garde bien de s’en prendre au thème central pour critiquer les parties de ma démonstration.

L’une d’elle, c’est l’obsession du génocide dont font preuve les Arméniens ( et qui selon moi  les empêche de porter leur attention sur l’état présent de la nation arménienne aussi catastrophique en matière de perte démographique que le génocide, aux dires des autochtones).  Pas d’obsession génocidaire  selon lui. Or cette explication n’est pas la mienne, je ne fais que relayer les alarmes des Arméniens d’Arménie.  Mais je la maintiens quand je dénonce le silence des dirigeants de la diaspora concernant les atteintes au droit en Arménie alors qu’ils déploient une énergie folle à réclamer justice aux Turcs. Forcément, cette dénonciation d’une pratique du « deux poids deux mesures » ne peut plaire à Maître Haytoug qui a une conception seulement arménienne du droit.

Oui, je dis obsession génocidaire, car cette diaspora n’a pas d’autre culture, vu que nos maisons censées la dispenser l’ont contaminée avec ça. Si bien contaminée d’ailleurs que cette culture, fermée sur elle-même, répétitive, folklorique, s’est totalement anémiée. Au point que si, par aventure, le génocide était reconnu, cette diaspora n’aurait plus rien sur quoi se reposer. Le génocide est tel qu’il a même contaminé  notre littérature. Certains de nos « grands » écrivains  actuels en ont d’ailleurs fait leur fonds de commerce. Aucun écrivain français contemporain digne de ce nom n’irait chercher son inspiration cent ans en arrière. Si  la littérature, c’est d’aller chercher ses sujets dans l’histoire et exclusivement dans l’histoire, il faudrait faire disparaître Balzac, Stendhal, et plus près de nous Proust, Céline, Camus ou Sartre. Mais chez nous l’histoire a perverti notre conscience du vivant. D’ailleurs, le dernier prix Henri Verneuil l’a démontré : dans le jury aucun littéraire, et l’attribuation du prix à un livre qui, une fois de plus, après le Sinoué, parlait du génocide.  Sans compter, que ce jour-là sont venues sur le tapis des conférences sur l’éternelle rengaine du négationnisme. Comme si les auteurs invités s’étaient sentis pris au piège.

Dire que « Les Arméniens sont les moins bien informés au sujet de leur passé et de leur histoire. » pour affirmer qu’il n’y a pas de passéisme pathologique chez nous n’est pas un contre-argument satisfaisant pour la bonne raison que les gens n’ont pas le temps de se farcir des livres entiers sur l’Arménie ancienne. Mais ceux qui le prennent vont forcément chercher leur identité dans ce genre de livres qui ont proliféré depuis la fin des années soixante. Il suffit d’aller chez Samuelian et de faire la part des ouvrages portant sur l’histoire ou le passé arménien et celle consacrée aux thématiques contemporaines. Consternant.

Je ne dis pas qu’il faille négliger cette connaissance du passé mais que chez nous c’est le passé en lui-même qui occupe la majorité de notre cerveau, et ce en raison d’un matraquage constant de la part des acteurs « culturels » qui oeuvrent soit dans l’écrit soit dans la communication.

Je ne parle pas des érections de khatchkars, des expositions sur nos villes d’origine, nos livres anciens etc.

Le résultat, c’est que nous avons dégoûté la jeunesse qui nous voit comme des personnes hantées par la tyrannie génocidaire. C’est que la mort et l’excès de mémoire ne sont pas des choses assez aimables pour des esprits tournés naturellement vers la création, le neuf, pour tout dire l’avenir. Etonnons-nous après cela que la diaspora se réduise comme une peau de chagrin et « s’en foute » comme le dit Maître Haytoug.

« Sans savoir suffisamment d’où on vient, on ne pourra pas savoir vers où on va. » Certes, mais ce n’est pas seulement affaire d’histoire, sinon de culture dans le sens où ce terme se comprend comme une appréhension raisonnée du passé impliquant aussi bien le maintien des valeurs que la critique de ces mêmes valeurs. Un peuple ne peut pas se perpétuer si ses valeurs vont à l’encontre de sa présence dans le monde et si elles deviennent source de souffrance. Où l’on va ? Mais cher Haytoug, on va à l’étranger car le pays ne permet plus de se maintenir dans l’existence ni comme élément d’une entité culturelle ni comme individu. D’ailleurs vous en êtes la preuve vivante.

Mais puisque vous aimez l’histoire, moi le larmoyant, moi le pleurnichard, je me verrai bien larmoyer comme Mikael Nalbandian ( (1829-1866) écrivant : « Nous n’avons pas voué notre existence et notre plume aux riches. Barricadés derrière leur opulence, ils sont protégés de la pire tyrannie. Mais l’Arménien, exploité non seulement par des étrangers, mais par ses propres élites, son propre clergé et sa propre intelligentsia mal éduquée, voilà l’Arménien qui mérite et exige notre attention ». Mais aussi pleurnicher comme Aristakès Lastivertsi qui écrivait dans son « Histoire d’Arménie ou Récit des malheurs de la nation arménienne » : « La loi de la justice est remplacée par l’injustice. La passion de l’argent est aujourd’hui davantage goûtée que l’amour de Dieu. L’argent, et non le Christ, est objet d’adoration. Résultat, tout sens d’ordre est remplacé par le chaos. Les princes sont devenus complices des voleurs, au service de l’argent. Ivres de vengeance. Les juges sont devenus vénaux et, en échange de pots-de-vin, font insulte à la justice et ne défendent pas les droits des orphelins. » Cela ne vous rappelle rien, maître Haytoug ? Vous êtes intelligent, vous avez une passion pour l’histoire et vous, Canadien d’adoption, vous allez une fois par an au pays pour faire comprendre aux jeunes qu’il faudra y rester. Oui, n’est-ce pas ? On est à la veille de la chute d’Ani, laquelle en réalité était pourrie jusqu’à l’os. Lastivertsi  met à nu les prolégomènes de son délabrement, quand un roi ne prend plus soin de son peuple, que les élites se préoccupent moins de bâtir un Etat que d’accumuler des richesses, mus uniquement par un égoïsme sans entrave.

Vous osez dire, sans m’avoir lu et même sans avoir compris le fin du fin de mes récriminations contre le régime actuel : « dix ans à dégueuler sur soi-même, les siens et sa patrie, sans jamais rien dire de bien, de positif, de prometteur au moins ! car même l’espoir est banni, dans cette vision infernale de notre réalité.
 » Mais qu’avez-vous écrit vous–même sur Lévon Ter Pétrossian ? Et vous me récusez le devoir de dénoncer ce que je  crois pas ne pas être  juste ? La différence entre vous et moi, cher Maître, c’est comme dirait Camus, que vous vous êtes du côté de ceux qui font l’histoire, moi du côté de ceux qui la subissent.

Pour finir, Sèda Mavian ni moi-même ne sommes tombés dans aucun piège. Nous avons simplement répondu à une invitation dont les termes étaient définies d’avance. Nous avons tenu le langage qui a toujours été le nôtre. Car nous estimons qu’un 24 avril, jour de deuil et de mémoire, peut être aussi  un jour qui permet de poser une pierre pour l’avenir. D’ailleurs, les jeunes qui étaient présents dans la salle, l’ont bien  compris. Il n’y avait pas que des clones Haytoug dans la salle. Dieu merci.

 Denis Donikian

1 mai 2013

La double peine du génocide

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 8:04

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Dessin de Vaham Markarian

*

Le 24 avril dernier, anniversaire de mort et de mémoire pour tous les Arméniens, j’étais invité avec Sèda Mavian par l’Association Suisse-Arménie (ASA) à évoquer les problèmes que traverse notre petit pays bien-aimé et ses rapports avec notre continent diasporique. La gravité de la situation exigeait d’abandonner la langue de bois et d’étaler au grand jour les atteintes aux droits humains qui chambardaient le peuple et le rendaient enclin à quitter le pays. J’avais l’habitude d’émettre pareilles acrimonies, ma rengaine lyrico-critique depuis plus de dix ans était bien rôdée. Mais quelle ne fut pas ma stupéfaction d’entendre le religieux de la paroisse (la réunion avait lieu dans les sous-sols de l’église), homme d’évangile compassionnel comme je le supposais, renchéchir sur les récriminations d’un laïc pour dire que le jour était vraiment mal choisi, jour de deuil national non de lessive en famille. C’était dire dans le fond que ce n’était pas le jour de toucher au sacré nom d’Arménie en évoquant les injustices et les souffrances qu’enduraient les Arméniens. Tétanisé par cette admonestation plus terrestre que céleste, et sans vouloir mettre en avant mes révérences quasi fétichistes envers nos morts de 1915, je n’ai pas jugé utile sur le coup de répliquer au berger noir des ouailles helvétiques par les paroles du Christ selon lesquelles il faut laisser les morts enterrer leurs morts et répondre à l’urgence ( en l’occurrence, celle de la Bonne Nouvelle). Or, ce soir-là, avec Sèda Mavian, nous avions exposé tout un argumentaire pour réveiller les consciences et les rendre sensibles au désastre humanitaire, à la catastrophe démocratique et au suicide démographique que devait affronter l’ensemble du peuple arménien.  Un coup d’épée dans l’eau pour Séda Mavian. Et quant à moi, pour parler plus dru, j’avais pissé dans un violon.

Or, à bien lire les nouvelles qui tombent en cette année 2013, entre le 24 et le 30 avril, je constate  que le peuple arménien est moins que jamais épargné par la flagrante contradiction qui consiste à enterrer ses morts tout en faisant fi de ses vivants. En effet, d’un côté des commémorations commémorationnistes dont toutes les villes de France, de Navarre et du monde, sont coutumières ( avec Istanbul en cerise sur le gateau),  et de l’autre des titres à vous écoeurer le moral : « Près de 500 citoyens quitteraient l’Arménie chaque jour selon le député Aram Manoukian », « L’Arménie fait fuir ses habitants » ( ce dernier article évoquant le cas d’un policier arménien qui aurait fui son pays avec sa famille pour avoir refusé d’installer des micros dans les appartements de Levon Ter-Pétrossian, opposant notoire et premier président du pays).

Voilà qui donnait matière à réflexion.

*

Le monde est ainsi fait que rien de ce qui est humain n’échappe au système paradoxal de sa réalité. Quand vous croyez l’avoir compris en ayant réussi à enfermer une vérité dans un mot ou dans une formule, voilà qu’il vous sort par-dessous les fagots d’autres visages de cette même vérité. Ainsi, le monde humain est à ce point complexe qu’il invente sans cesse des ruses contre les hommes pour renouveler les formes de ces cruautés qu’ils croyaient avoir jugulées. La moindre faille dans leur vigilance et c’est un déluge qui surgit devant eux et qui mettra des années avant de dire son véritable nom . On a cru légiférer contre l’esclavage et l’esclavage a retrouvé d’autres chemins. On croyait nourrir ceux qui avaient faim, et voilà que d’autres faims font mourir d’autres hommes.  On a nommé le génocide pour le condamner, et il resurgit sous d’autres masques, d’autres vocables comme celui de génocide blanc.

Les Arméniens se disaient que l’histoire avait déjà bu tout leur sang et qu’elle n’oserait pas revenir pour les dévorer une fois de plus. Mais en ayant perdu un tiers de sa population en vingt ans d’indépendance, l’Arménie se retrouve confrontée à une tragédie approchant celle de 1915, si l’on envisage le phénomène en termes de dispersion et d’assimilation dans des pays tiers. Les paramètres changent, les circonstances varient, les bourreaux ne sont pas les mêmes, mais le résultat est identique. En ce sens, on doit reconnaître que l’Arménie est en train d’ajouter aujourd’hui du suicide national au génocide historique d’hier. Aujourd’hui, de sourdes migrations, lentes et inexorables, entaillent et entament le peuple arménien.  Hier à marche forcée, les Arméniens étaient  voués à la mort par le fer ou la famine, aujourd’hui, volontaire et désabusée, leur fuite les voue à une dissolution totale à plus ou moins long terme dans les bonheurs désuets des patries démocratiques. Diaspora historique hier, diaspora économique et politique aujourd’hui.  Répétons-le : depuis son indépendance, si l’on s’en tient aux dires d’un député de l’opposition, l’Arménie est en passe de perdre en citoyens l’équivalent des disparus de 1915. Aujourd’hui,   l’histoire d’un peuple qui renaît toujours de ses cendres n’a jamais été aussi proche du mythe  tellement sont mûres les conditions d’une seconde catastrophe. Une catastrophe sournoise comme l’effet pervers d’une dépression morale collective tant en Arménie qu’en diaspora en raison même d’une perte de confiance, d’un sentiment d’impuissance accru, d’un sauve-qui-peut désespéré.

*

Les mécanismes qui président à cette perte catastrophique avancent tellement masqués qu’ils échappent à l’attention générale et écrasent les meilleurs esprits sans crier gare.

De fait, l’emprise d’un génocide est telle qu’après les vivants d’hier, il emporte les vivants d’aujourd’hui. Pris dans la tourmente de sa négation, ceux-ci n’ont d’autre but que de vouloir réparer le grand dérangement causé par le coup de botte fasciste flanqué au mode de vie des Arméniens. La diaspora pouvait-elle faire mieux que ce qu’elle a accompli en cinquante ans de lutte pour la reconnaissance du génocide et la reconstitution de la nation ? Après s’être remis peu à peu de leur exil, après avoir retrouvé des valeurs anciennes et établi des repères nouveaux, impliqué leur vie dans leur pays d’accueil, les Arméniens ont commencé à parler, à écrire, à revendiquer. Mais plus ils parlaient, plus ils écrivaient, plus ils revendiquaient et plus les responsables directs et indirects de leur éradication entraient dans le silence buté de la falsification. Dès lors, l’obstination des bourreaux n’a eu pour d’autre effet que de décupler l’obstination des victimes. Même si des brèches s’ouvrent ici ou là au sein de la société civile turque, le mur de la négation continue de faire front à  l’idéologie arménienne de la reconnaissance.

De fait, cette stratégie de la négation à tout prix a pour conséquence de durcir les revendications des Arméniens, forcés qu’ils sont de les tenir pour l’élément clé de leur identité. Or, depuis cinquante ans que se multiplient les manifestations, les expositions, les livres, les mentalités tournent autour de ce trou sombre qui creuse l’âme arménienne de la diaspora, à savoir le trou de la mort et de la mémoire. Il suffit de voir quel genre de manifestation produit les plus grands rassemblements, quel genre d’exposition attire les foules, quel genre de livre s’écrit le plus et s’achète encore au sein de la communauté arménienne pour s’en persuader. Tout, absolument tout, porte sur l’histoire. L’histoire encore,  toujours l’histoire, l’histoire jusqu’à l’écœurement.  Au point que l’Arménien de la diaspora s’est construit un cerveau gangréné par la nostalgie, creusé par la perte, tourné vers le passé. Une pathologie qui a radicalement orienté sa pensée vers des temps révolus qu’il peine à vouloir ressusciter par ses livres ou par sa langue au détriment de son développement actuel. Déshumanisé hier, victimisé aujourd’hui, l’Arménien a misé toute son énergie sur la récupération de son humanité perdue, quitte à s’amputer de toute vision actuelle de l’histoire. Or l’état présent du peuple arménien a beau être criant de souffrance et d’injustice, l’Arménien de la diaspora ne l’entend que d’une oreille. Il couvre les cris et les crises de ses dons en espèces croyant soulager des plaies et promouvoir une démocratie saine, mais le mal continue dans la mesure où il se désintéresse de l’abîme réel où le pouvoir plonge le pays. La diaspora est en droit de s’interroger sur l’efficacité des aides généreuses et périodiques des phonétons, alimentées par les sacrifices des petites bourses de la diaspora, quand elle sait qu’elles n’auront pas empêché 50 000 Arméniens, dont 90% sont des femmes, d’aller faire les esclaves chez leurs anciens bourreaux. Quand elle apprend que le second président ose quitter le pouvoir avec 4 millards de dollars après avoir défiguré le centre ville de Erevan de constructions spéculatives sans avoir pu loger correctement les sinistrés du nord. Que le chef spirituel de « tous les Arméniens » se soucie davantage de construire des églises que de créer des restaurants pour les pauvres. Quand cette même diaspora constate que ses « représentants » ferment les yeux sur une émigration incessante et un système politique manifestement corrompu, réclament à cor et à cri le respect du droit aux Turcs et se taisent sur les flagrantes injustices qui gangrènent l’Arménie.

C’est dire que l’effet pervers de la lutte acharnée pour la reconnaissance du génocide est d’avoir laissé se développer une situation dramatique qui pèse lourd sur le destin du peuple arménien. Au point que les Arméniens qui perdent de plus en plus les raisons de s’aimer en tant qu’Arméniens cherchent à s’aimer comme ressortissants d’autres pays en pratiquant l’émigration à tout prix.

Une culture de mémoire et de mort, voilà ce qu’a fait de nous le génocide.

Denis Donikian

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