Ecrittératures

31 janvier 2010

Itinéraire avant l’oubli (31)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 9:54
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Manne des mots heureuse à mes oreilles

Et maintenant m’inonde

Le béant noir de la mélancolie

*

tableau de Pierre Soulages

30 janvier 2010

Itinéraire avant l’oubli (30)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:19

Chaleur et sel, ors disparus

Comment vivre désormais sans désir

Chaleur de celle qui m’a perdu…

27 janvier 2010

Itinéraire avant l’oubli (29)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 10:00
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Dilidjan :

Un air doux de femme embaumait l’esprit de la colline

26 janvier 2010

Itinéraire avant l’oubli (28)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 12:59

Mes pas marchaient dans tes pas

Mon corps aimait dans ton corps

Il fendait l’obscur de la forêt

25 janvier 2010

Itinéraire avant l’oubli (27)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 11:43

Les amours ont changé de chemin

Et maintenant devant la route est seule

Et maintenant le temps devant qui ne vit déjà plus

22 janvier 2010

Rapport du colonel Stange à la Mission Militaire Allemande à Constantinople


Sur la photo : Les chefs massacreurs turcs et allemands d’Erzéroum.1) Le traducteur de Kouzi bey, 2) Kouzi Bey 3) L’Allemand Stakechi, 4) Chobner, le chef allemand des Tchété 5) Le traducteur de Chobner , 6) L’Allemand Stanger, 7) Le traducteur de Stanger.

Note de DD : Est-ce que Stanger  est le colonel  Stange, auteur du rapport ?  Toujours est-il que si c’était le cas, il serait indu de le placer parmi les massacreurs. Mais des questions restent posées. Si Stange/Stanger est en présence de Chobner, chef allemand des Tcheté, c’est bien qu’il est au courant de la fonction de son collègue. Dès lors, pourquoi dénonce-t-il les Tcheté dans son rapport puisque sa présence à cette réunion semble en faire un complice ?  Il serait intéressant de savoir qui a édité cette carte et qu’est-ce qui a autorisé cet « éditeur » d’y ajouter ce commentaire : Les Chefs des massacreurs Turcs et Allemands à Erzeroum (sic) ? Les accents de sincérité du rapport visent-ils à dédouaner Stange/Stanger de toute complaisance concernant les massacres qu’il décrit ? Les questions restent ouvertes sur le cas étrange du colonel allemand Stange/Stanger.

Concernant Chobner, il s’agirait en fait de Max von Scheubner-Richter, qui devint un proche de Hitler et mourra lors du putsch de Munich en 1923. Hitler dédie la première partie de Mein Kampf à plusieurs de ses compagnons  en ces termes :  » Le 9 novembre 1923, à midi, devant la Feldherrnhalle et dans la cour de l’ancien Ministère de la Guerre, les hommes dont les noms suivent tombèrent pour leur fidèle croyance en la résurrection de leur peuple : [ suivent divers noms dont celui de Scheubner-Richter Max-Erwin (von), Dr, ingénieur, né le 9 janvier 1884 ] Les autorités nationales refusèrent, après leur mort, une sépulture commune à ces héros. A leur mémoire commune je dédie le premier volume de cet ouvrage, afin que leur martyre rayonne constamment sur nos partisans.
Landsberg-a.-L., Maison d’arrêt, le 16 octobre 1924. »

Raymond Kévorkian, évoquant les déportations d’Erzéroum ( cf Le génocide des Arméniens,Paris, éd. Odile Jacob 2006, pp 358-359) insiste sur la désapprobation du vice-consul allemand Scheubner Richter auprès du vali concernant les massacres commis contre les déportés. Par conséquent, compte tenu de la lettre de Stange/Stanger, il semble que toute la responsabilité des massacres d’Erzéroum ne soit pas imputable aux autorités militaires allemandes présentes sur cette carte. D’ailleurs, toujours selon Raymond Kévorkian, les tchété étaient en fait supervisés par Filibeli Ahmed Hilmi bey, adjoint du Dr Chakir et non par Scheubner, comme l’indique la carte.

Toujours à propos de Scheubner, on pourra consulter le livre de Paul Leverkuehn, A German Officer during the Armenian Genocide: A Biography of Max von Scheubner-Richter, et l’intéressante recension faite par The Armenian observer blog.

*

1915-08-23-DE-013

DE/PA-AA/ Ambassade de Constantinople/Vol. 170.
Publication : DuA Doc. 149 ( abbr.)

Du colonel Stange à la Mission Militaire Allemande à Constantinople

J. N°  3841                                                                                               Erzeroum, 23 août 1915

Rapport sur la déportation des Arméniens

La déportation des Arméniens a débuté vers la mi-mai 1915. Jusqu’alors tout était assez calme ; les Arméniens pouvaient vaquer à leur commerce et autres affaires, pratiquer leur religion sans être inquiétés et étaient globalement satisfaits de leur situation. Or, le 10 février de cette même année, le directeur en second de la Banque Ottomane locale, un Arménien, fut abattu en pleine rue juste avant six heures du soir. Malgré de soi-disant tentatives par le gouvernement, le meurtrier ne fut jamais appréhendé. Aujourd’hui, il n’existe plus aucun doute sur le fait que le motif présidant à cet assassinat était purement politique. A cette époque, l’évêque arménien d’Erzindjan fut aussi assassiné.

Le 20 mai environ, le commandant en chef, Kiamil Pacha, donna l’ordre d’évacuation des villages arméniens situés au nord d’Erzeroum. Ces ordres furent exécutés par les instances turques de la manière la plus brutale ; la copie d’une lettre écrite par les villageois arméniens et adressée à leur évêque en fournit la preuve : la population fut chassée de ses foyers, fermes et champs dans un délai le plus court possible et regroupée. Un grand nombre de gens n’obtinrent même pas des gendarmes le temps de rassembler le strict nécessaire à emporter. Les biens qui furent ainsi abandonnés ou même emmenés avec eux furent confisqués par les gendarmes et les soldats chargés de les escorter ou bien volés dans les maisons. Soumis aux mauvaises conditions climatiques qui prévalaient à cette époque, les exilés durent dormir au dehors ; ils furent seulement autorisés par les gendarmes – la plupart du temps contre rétribution spéciale – à entrer dans les villes ou les villages afin d’y obtenir de la nourriture ou remplir d’eau leurs besaces. Des viols ont eu lieu et il est certain que des mères désespérées ont souvent jeté leurs nourrissons dans l’Euphrate, ne présageant plus aucune chance de pouvoir les nourrir. A plusieurs reprises, le consul d’Allemagne fit en sorte que ses employés consulaires distribuent quelque nourriture et ce même consul est à même de témoigner de la misère des exilés.

Il est tout à fait établi que ces Arméniens, presque sans exception, ont été assassinés dans la région de Mama Hatun (Tertian) par de soi-disant tchété (volontaires), des ashiret (bandes) et autres crapules de même acabit. Ces agissements furent, de fait, tolérés par les responsables des escortes militaires, et même perpétrés avec leur concours. Le vali a reconnu ces faits devant le consul d’Allemagne – naturellement dans certaines limites seulement – et ce dernier a interrogé en détail un vieil Arménien, qui avait réussi à fuir ce massacre, malgré ses blessures, sur ces événements. Un grand nombre de cadavres ont été observés à cet endroit par un employé du consulat, Schlimme, engagé volontaire dans l’armée.

Début juin, commença la déportation des Arméniens de la ville d’Erzeroum. La manière avec laquelle cela fut organisé par les autorités gouvernementales et policières, ainsi que leurs services, fut dépourvue de toute forme d’organisation et de discipline. Tout au contraire, elle constitue un premier exemple de l’arbitraire cruel, inhumain et illicite, de la brutalité bestiale de tous les Turcs impliqués vis à vis de cette catégorie de gens qu’ils haïssent profondément et qu’ils considèrent comme une cible parfaite et des hors-la-loi. Un grand nombre d’exemples dignes de foi attestent ces faits. Le gouvernement n’a rien fait pour aider les exilés en quelque manière que ce soit, et comme les policiers connaissaient l’opinion de leurs supérieurs, ils firent en conséquence tout leur possible pour augmenter les souffrances des Arméniens. Des expulsions furent décrétées, puis révoquées ; à la suite de quoi, des permis de séjour furent délivrés, puis exigés par la police après quelques jours seulement et détruits. De nouveaux ordres d’expulsion furent donnés, très souvent le soir même précédant l’expulsion prévue le matin suivant. Objections et plaintes furent ignorées, obtenant ordinairement pour toute réponse de mauvais traitements.

Le gouvernement n’a fourni aux exilés aucune information quant à leur destination. Il laissa les prix des différents moyens de transport atteindre un niveau quasi exorbitant ; surtout, il mit sur pied un nombre insuffisant d’escortes, à la formation des plus sommaire et qui ne prirent nullement au sérieux leur devoir de protéger les déportés, comme cela s’avéra plus tard. Or il est généralement admis que la dangerosité des routes avait atteint un haut niveau. Cela ne dissuada cependant pas les autorités d’expulser les Arméniens. De fait, ils étaient censés mourir. A Trébizonde, les Arméniens, après avoir reçu les ordres de déportation, se virent même interdire de vendre ou d’emporter quelque bien que ce soit. L’employé du consulat local, le volontaire allemand Schlimme [Schlimme se déplaçait pour une mission consulaire via Baiburt, d’Erzindjan à Trébizonde] fut lui même témoin à Trébizonde de la manière avec laquelle les officiers de police, devant le commissariat, dépouillait les déportés de passage de leurs pauvres balluchons.

L’exposé qui précède devrait suffire à donner une idée, fut-ce la plus élémentaire, du traitement épouvantable auquel les Arméniens ont été soumis. Bien d’autres détails sont accessibles.

Pour autant qu’il est possible d’en juger, malgré les efforts du gouvernement pour tenir ces événements secrets ou du moins les atténuer, la situation est la suivante :

Sur le premier convoi qui partit le 16 juin sur la route menant directement à Harput et qui se composait principalement de notables arméniens, ayant beaucoup de bagages avec eux, tous les hommes, à de très rares exceptions près, ont été assassinés, bien que le vali ne reconnaisse que 13 victimes arméniennes. Les femmes parvinrent apparemment à Harput avec les enfants les plus petits, mais l’on ne sait rien de certain quant aux adolescentes. Les autres groupes furent emmenés via Baiburt vers Erzindjan, puis en direction de Kamakh (vallée de l’Euphrate). Ils sont généralement « censés » parvenir à traverser sains et saufs la vallée de l’Euphrate, mais doivent encore traverser une section périlleuse lors de leur parcours vers Harput et les alentours d’Ourfa.

Parmi les Arméniens originaires de Trébizonde, les hommes furent conduits à part dans les montagnes et massacrés avec l’aide des troupes militaires, tandis que les femmes furent emmenées dans un état déplorable en direction d’Erzindjan. L’on ignore à ce jour ce qu’il leur advint. A Trébizonde, les Arméniens furent conduits en mer, puis jetés par dessus bord. L’évêque de Trébizonde fut convoqué devant une cour martiale à Erzeroum et étranglé chemin faisant, ainsi que ses gardes. Un médecin militaire arménien a été assassiné entre Trébizonde et Baiburt.

Les Arméniens originaires d’Erzindjan furent tous conduits vers les gorges de Kamakh (Euphrate) où ils furent massacrés. Des rapports dignes de foi signalent que les cadavres furent chargés sur des charrettes qui avaient déjà été disposées à cet endroit, puis emmenés vers l’Euphrate et jetés dans le fleuve. L’évêque d’Erzindjan escortait ses fidèles et aura partagé leur destin.

A Erzeroum, seuls quelques rares Arméniens sont restés après que l’ordre originel, au terme duquel les femmes et les enfants sans aucune protection masculine pouvaient demeurer dans la ville, fut révoqué et que leur expulsion ait été menée d’une manière stricte et brutale. Même ceux qui étaient des plus nécessaires pour des tâches militaires et administratives, les artisans, les forgerons, les camionneurs, le personnel hospitalier, les employés de banques, les fonctionnaires et les médecins militaires, furent tous déportés sans raison.

Le déplacement des Arméniens hors de la zone de guerre autour d’Erzeroum fut légalement autorisé et est justifié en tant que nécessité militaire. De fait, en maints endroits, les Arméniens se sont avérés peu fiables. Avec le soutien de la Russie, des révoltes et des actes de violence ont eu lieu à l’encontre des populations musulmanes, par exemple près du lac de Van, à Bitlis, à Moush. Parfois, des fils télégraphiques ont été coupés et les cas d’espionnage ne sont pas rares. D’autre part, la population arménienne d’Erzeroum est restée jusqu’alors totalement calme. Quant à savoir s’ils seraient restés aussi tranquilles au cas où les Russes eussent progressé et approché d’Erzeroum, par exemple, nul ne peut l’attester pour l’heure. Excepté une fraction relativement réduite, tous les Arméniens prêts pour le service militaire ont été appelés sous les drapeaux. En conséquence, il semble n’y avoir aucune raison de craindre quelque soulèvement de fait.

Il semble cependant que le gouvernement redoute les Arméniens à un point dépassant toute proportion relativement à la situation d’impuissance où se trouvaient alors les Arméniens. Or, même si la décision de déporter cet élément devenu suspect est toujours de la responsabilité du commandement suprême, il convient d’attendre et même d’exiger que ces mesures soient prises sans porter atteinte à la vie et aux biens des déportés, contre lesquels il n’existe pas la plus légère preuve de culpabilité. La justification et l’obligation de poursuivre des contrevenants à titre individuel n’est pas ici en jeu. Mais le fait que des centaines et des milliers de gens soient purement et simplement assassinés, que les autorités prêtent leur concours afin de s’emparer des biens qui ont été abandonnés (maisons, magasins, biens, affaires domestiques) – dans l’église arménienne se trouvent des stocks pour un montant de 150 000 livres turques -, le fait que ces expulsions ont été organisées dans des conditions inhumaines et que des familles et des femmes furent emmenées sans aucune protection masculine, et le fait que les Arméniens qui se sont depuis longtemps convertis à la foi musulmane ne soient plus considérés comme suspects et donc laissés en paix, ne sont pas sans poser certaines questions. L’on ne peut que présumer le fait que les considérations militaires sont d’une importance secondaire en ce qui concerne la déportation des Arméniens et que l’objectif principal est de tirer avantage de cette opportunité idéale afin de mettre en application un plan préparé de longue date visant à affaiblir tout à fait, sinon à détruire le peuple arménien, sans qu’à l’étranger quelque protestation ne se fasse entendre. Les motifs militaires et les tentatives de rébellion dans plusieurs régions du pays ne constituent que des prétextes bienvenus pour cette entreprise.

A cet égard, les autorités semblent considérer le principe consistant à se venger sur l’innocent pour les actes du coupable, sur lequel on ne peut cependant mettre la main, comme étant justifié. Pour les Européens, un tel principe ne peut s’expliquer que par le fait que les Turcs ont des conceptions du savoir-vivre et de la moralité, qui ne correspondent aucunement aux nôtres.

Tout en exécutant les mesures de déportation, le vali se référait parfois aux ordres du commandement suprême, et parfois à ceux de Constantinople. Réciproquement, le commandement suprême continuait de faire pression pour une mise en œuvre impitoyable de ces expulsions et, plus souvent encore, donnait des ordres, mais en incriminant le vali quant à leur mise en œuvre, sans être en mesure ou désireux de lui donner les moyens d’exécuter ces ordres. Le commandement en chef a certainement eu connaissance du meurtre des premiers Arméniens, ainsi que du comportement des gendarmes chargés des escortes ; il était conscient des conditions d’insécurité des routes, n’a rien fait pour enrayer ces abus et a cependant ordonné la déportation des Arméniens le long de ces routes. Or ce comportement est conforme à une observation qu’il fit au consul concernant le fait qu’après la guerre la question arménienne n’existerait plus.

Considérant l’ensemble de ces faits, l’on peut établir ce qui suit comme des faits avérés :

L’expulsion et la destruction des Arméniens ont été décidées par le Comité  des Jeunes-Turcs à Constantinople, organisées avec soin par eux et exécutées avec l’aide de membres de l’armée et de groupes volontaires. Pour aider à mettre en œuvre cette tâche, les membres suivants du Comité furent nommés localement : Hilmi Bey, Chakir Bey, député d’Erzeroum, Seyfoulla Bey. Furent aussi en fonction : le vali, Tahsin Bey, le directeur de la police, Khoulousse Bey, et enfin Mahmud Kiamil Pacha, qui, aux côtés du directeur de la police, se révéla le plus brutal dans l’exécution des ordres.

Colonel Stange

[Note de Liman von Sanders, 9 septembre]

Pour l’attaché  militaire impérial, Son Excellence le colonel von Lossow.

Source : http://www.armenocide.de/armenocide/armgende.nsf/0/6E391E4279646318C1256AD70078EB9A?OpenDocument

Traduction anglaise : Linda Struck

© 1995-2009 Wolfgang et Sigrid Gust – www.armenocide.net

Traduction française : © Georges Festa pour Denis Donikian – 01.2010

21 janvier 2010

Entretien avec Sarkis Seropyan et Pakrat Estukyan, de la rédaction d’Agos

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(Traduction Georges Festa)

« L’affaire Ergenekon était le rêve de Hrant »

par Yonca Poyraz Doğan

Todays Zaman, 18.01.10

« Si Hrant vivait et voyait l’affaire Ergenekon, il serait aux anges ! », nous confie Sarkis Seropyan. « Il suivrait beaucoup plus cette affaire que nous ne pouvons le faire à Agos. Il ne se contenterait pas de présenter les actualités liées à Ergenekon. »

Seropyan se réfère à l’enquête visant Ergenekon, un groupe néo-nationaliste présumé issu d’un réseau clandestin de groupuscules comprenant des membres des forces armées et accusé d’être derrière plusieurs assassinats non résolus de journalistes, universitaires, leaders d’opinion et écrivains.

« C’était son rêve de voir tous ces gens démasqués. », note Seropyan, se référant aux membres présumés d’Ergenekon, poursuivis par le Procureur public d’Istanbul.

Une enquête, suite à l’assassinat de Dink, a révélé qu’un groupe d’ultranationalistes était derrière ce meurtre. De fortes preuves laissent penser que certains membres de ce groupe avaient des liens avec les services de police au nord, à Trabzon, lieu d’attache des conspirateurs.

Des gendarmes ont ensuite confirmé avoir été informés du complot visant à tuer Dink, avant que le meurtre ne soit commis.

Les avocats de la famille Dink ont affirmé à plusieurs reprises que la police a tenté de masquer les preuves. Fethiye Çetin, qui représente la famille Dink à ce procès, nous avait confié  en 2008 que certaines personnes, arrêtées suite à l’opération Ergenekon, furent très actives dans le processus qui conduisit au meurtre de Dink.

Néanmoins, bien que trois ans se soient écoulés depuis l’assassinat de Dink, l’enquête concernant ce crime haineux, n’a abouti à aucune conclusion.

Deux rédacteurs d’Agos, Seropyan et Pakrat Estukyan, ont répondu à nos questions sur Agos après Hrant Dink et d’autres sujets.

  • Yonca Poyraz Doğan : Après le meurtre de Hrant Dink, vous avez continué à publier Agos sans aucune interruption. Comment les choses se sont-elles passées ?
  • Sarkis Seropyan : Beaucoup de gens ont défilé dans nos bureaux juste après la nouvelle. Certains – que nous connaissions ou que nous ne connaissions pas – sont venus nous aider à éditer le journal. Grâce à leur contribution, nous avons pu éditer un numéro spécial. Qu’ils ont fait. C’est Ümit Kıvanç, aujourd’hui disparu et qui a travaillé longtemps à Agos comme graphiste, qui a réalisé cette couverture inoubliable. Ce numéro s’est vendu à 50 000 exemplaires, alors que notre tirage normal ne dépasse pas 5 000.
  • Yonca Poyraz Doğan : Quel est votre tirage actuellement ?
  • Sarkis Seropyan : Avec ce numéro spécial, notre tirage a augmenté, mais depuis il a progressivement décliné, pour s’équilibrer entre 8 000 et 10 000 exemplaires.
  • Yonca Poyraz Doğan : Les Amis de Hrant viennent de publier un communiqué de presse rappelant que trois ans se sont écoulés depuis son assassinat et que ceux qui l’ont commandité sont toujours en liberté. Qu’en pensez-vous ?
  • Sarkis Seropyan : Dans les crimes d’honneur, les adultes utilisent des mineurs afin d’éviter des condamnations plus lourdes et c’est apparemment ce que des adultes ont fait en planifiant le meurtre de Hrant. Un rapport préparé par les avocats de la famille de Dink précise les faits et le processus grâce auquel l’affaire n’a pas été résolue, en dépit de ces mêmes faits. Seuls deux jeunes hommes ont été présentés devant le tribunal en tant qu’assassins. Certaines personnes que je sentais respirer derrière moi lors des audiences sont maintenant jugées en liaison avec Ergenekon. Ce sont des soi-disant avocats, juristes, généraux, etc, mais ils sont maintenant responsables devant la justice. Tôt ou tard, l’affaire Hrant trouvera un lien avec l’affaire Ergenekon, même si nous ignorons jusqu’où Ergenekon sera poursuivi. Mais s’il l’est, ce sera une bonne chose pour le pays. Si Hrant était vivant et voyait l’affaire Ergenekon, il serait aux anges. Il sauterait de joie. Il suivrait beaucoup plus l’affaire Ergenekon que nous ne pouvons le faire à Agos. Il ne se contenterait pas de présenter les actualités liées à Ergenekon. Cette affaire visant Ergenekon, il en rêvait. C’était son rêve de voir tous ces gens démasqués.
  • Yonca Poyraz Doğan : Selon vous, qu’aurait fait Dink à Agos en liaison avec l’affaire Ergenekon ? Pouvez-vous l’imaginer ?
  • Sarkis Seropyan : Il était tellement différent ! Il aurait sûrement fait quelque chose que nous n’imaginons même pas. Fatih [Le Conquérant] Sultan Mehmet II fit transporter ses navires à travers les terres. Hrant aurait transporté lui aussi ses navires à travers les terres. Qui peut se le figurer ?
  • Yonca Poyraz Doğan : Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans le rapport préparé par les avocats de la famille de Dink ?
  • Sarkis Seropyan : Le rapport répète la phrase « Hrant Dink a été tué le 19 janvier 2007, dans plusieurs paragraphes. Il nous rappelle fréquemment le fait, car nous avons fréquemment besoin de nous en souvenir. Nous ne devons jamais oublier ce fait et nous n’oublierons pas. Car si nous l’oublions, l’affaire Ergenekon perdra en importance. Le processus de démocratisation de la Turquie est directement lié au meurtre de Hrant. Personne ne doit oublier que Hrant a été tué le 19 janvier 2007. Tous ceux qui éprouvent un réel amour pour ce pays doivent s’en souvenir. Nous aimons ce pays. Nous aimons l’Anatolie, où vécurent nos grands-parents. Quand je vais en Anatolie, j’ai tellement envie de ressentir cette terre que j’y marche nu-pieds. Je ne le fais même pas chez moi à Istanbul. J’ai 75 ans, j’ai beaucoup de problèmes de santé, de l’hypertension au diabète, mais je vais mieux quand je suis en Anatolie. Là-bas, ma pression sanguine baisse, même quand je mange du fromage salé et une nourriture riche.
  • Yonca Poyraz Doğan : Dink allait-il aussi en Anatolie ?
  • Sarkis Seropyan : Parfois, mais le temps lui manquait. Avant d’être assassiné, il voyageait fréquemment à l’étranger. Il était invité à des colloques. Il n’obtint son passeport que deux ans avant son assassinat, ayant été interdit de sortie du territoire à cause de ses activités politiques de gauche durant sa jeunesse.

« La politique officielle ne convainc plus les gens. »

  • Yonca Poyraz Doğan : « Pensez-vous que le meurtre de Dink ait joué un rôle dans l’empathie croissante au sein de la société turque à l’égard des Arméniens ? »
  • Pakrat Estukyan : Oui, tout à fait. A l’arrière-plan de cette empathie, il y a le fait que la politique officielle de l’Etat ne convainc plus les gens. Si l’Etat n’avait pas adopté une politique de déni, le meurtre de Dink aurait pu n’être qu’un assassinat de plus d’un journaliste. Mais à partir du moment où il fut tué, du fait qu’il était Arménien, 72 millions de gens en Turquie ont su qu’il avait été tué parce qu’il était Arménien. Pourquoi lui et pas d’autres Arméniens ? Parce que lui disait la vérité. La cérémonie des obsèques montra clairement les réactions des gens.
  • Yonca Poyraz Doğan : D’après vous, ces sentiments d’empathie existent-ils toujours ?
  • Pakrat Estukyan : L’euphorie initiale disparut quelque temps après, mais ce genre d’événements peuvent constituer des étapes décisives dans la vie des gens. J’ai lu une réflexion de ce genre dans un article d’Hilal Kaplan, journaliste à Taraf, qualifiant Dink de « Hrant Abi » [mon frère Hrant]. Elle écrit qu’elle fut profondément affectée par deux événements dans sa vie. Le premier, lorsqu’elle s’inscrivit à l’université qu’elle souhaitait, mais dont elle fut exclue à cause de son foulard, et le second est le meurtre de Dink. Elle explique ensuite pourquoi elle se réfère à Dink en tant que « Hrant Abi », alors qu’elle ne le connaissait même pas avant sa mort. Elle lut, dit-elle, tous les écrits de Dink après son assassinat, se sentant suffisamment proche de lui pour l’appeler « Hrant Abi » et qu’elle ressentit beaucoup de peine de ne jamais l’avoir rencontré. En assistant à ses obsèques, écrit-elle, elle eut l’impression de donner un sens à sa vie. L’on peut donc dire que certaines personnes, en particulier les intellectuels, ont éprouvé ce genre d’expériences. Mais pour revenir à votre question, si nous parlons de l’opinion en général, je ne pense pas que tel soit le cas. Certaines personnes présentes aux obsèques de Dink il y a trois ans, pensent maintenant que l’enquête visant des généraux au titre de l’affaire Ergenekon est un coup des islamistes. Ce sont les paradoxes de la société turque.
  • Yonca Poyraz Doğan : Comme Dink voyageait avant sa mort et que ses idées étaient observées de près, comment était-il perçu ici ?
  • Pakrat Estukyan : Avec étonnement, car c’était un homme peu conventionnel. Disant que les Turcs sont un peuple très bon, mais que la politique étatique est fasciste. Pour un Arménien lambda, qui n’est jamais allé en Turquie ou n’a jamais eu de contact avec un Turc, ce n’est pas acceptable car lui ou elle confond les Turcs et l’Etat turc. Le point positif qui surgit après la mort de Dink, c’est que des Turcs et des Arméniens en Allemagne et en France se sont rassemblés lors de manifestations commémoratives. Depuis l’époque où des Turcs sont partis en Allemagne comme ouvriers – et il y avait quelques Arméniens parmi eux -, les associations turques et arméniennes se gardaient d’organiser ensemble des activités sociales. Il est donc significatif qu’elles le fassent maintenant. C’est là un écho aux paroles de Hrant, que certains ont intériorisées.
  • Sarkis Seropyan : La Turquie a récemment commenté la libération de Mehmet Ali Ağca [qui assassina le journaliste turc Abdi İpekçi et tenta d’assassiner le pape Jean-Paul II]. J’ai noté à la télévision hier soir que les caméras montraient la rue Abdi İpekçi, et je me suis demandé pourquoi la Mairie d’Istanbul n’a pas choisi de rebaptiser Şafak Street, où Hrant fut assassiné, Hrant Dink Street. Des explications risibles ont été données par cette même Mairie, y compris le fait que les postiers auraient des difficultés à trouver la rue si son nom était modifié ! Ceci en dépit du fait que le maire d’Istanbul est présent lors de nos actions commémoratives, en souvenir de Hrant. Même genre de problèmes lorsque nous avons pris l’initiative d’ériger un mémorial discret à l’endroit où Hrant a été assassiné. Je me réfère à cela car votre question concernait les perceptions en Europe. A Marseille, 16 rues portent le nom de personnalités arméniennes. Une rue de cette ville porte même le nom de Hrant. A Paris, il existe une école nommée Hrant Dink. En Arménie, l’amphithéâtre d’une université a pris le nom de Hrant Dink.

Les relations turco-arméniennes vont se normaliser

  • Yonca Poyraz Doğan : Lorsque Agos fut fondé en 1996, un de ses objectifs était de contribuer à la normalisation des relations entre Turquie et Arménie. Gardez-vous quelque espoir, compte tenu des avancées à cet égard ?
  • Sarkis Seropyan : Ces étapes sont retardées. J’avais plus d’espoir au début, pas maintenant. Des deux côtés, les forces nationalistes sont trop puissantes et ne sont guère enthousiastes à l’idée d’avoir de bonnes relations de voisinage, encore moins d’amitié. L’opposition soutient que tout ce que fait le gouvernement dans ce processus est mauvais et que c’est eux qui ont raison !
  • Yonca Poyraz Doğan : J’aimerais m’adresser à M. Estukyan sur ce point et lui demander son opinion à ce sujet. Gardez-vous l’espoir que les relations s’améliorent avec l’Arménie ?
  • Pakrat Estukyan : J’ai espoir, même si je suis d’accord avec Sarkis sur le fait que les politiciens n’ont pas pour habitude d’être sincères et que l’opposition n’aide pas non plus. Mais je garde espoir car le monde change, en ce sens qu’il existe une volonté de régler de vieux problèmes, en particulier au Caucase. Dans le passé, seuls la force militaire et les accords militaires ont importé dans cette région du monde stratégiquement importante. Mais aujourd’hui, la question concerne les ressources énergétiques, les voies de transport et comment celles-ci peuvent être protégées et sûres. L’Arménie et la Turquie se trouvent toutes deux dans la région, et un conflit dans cette zone ne contribuerait pas au développement et au transfert des ressources énergétiques. Apparemment, l’Ouest ne veut pas prendre ce risque, et les Etats-Unis comme l’Union Européenne pensent de même.
  • Yonca Poyraz Doğan : Pensez-vous que la communauté internationale aidera aussi à éliminer les problèmes entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ?
  • Pakrat Estukyan : Elle doit le faire. Afin de mettre un terme aux conflits dans cette région, facteurs d’instabilité.
  • Sarkis Seropyan : J’aimerais ajouter que je ne trouve pas les politiciens sincères, mais finalement les frontières s’ouvriront et les gens auront plus d’échanges. Depuis la fondation de la république de Turquie, jusqu’à très récemment, les autorités turques ont déclaré que « la Turquie est entourée d’ennemis ». Comment a-t-il été possible que la Turquie fusse en mauvais termes avec tous ses voisins ? Les choses évoluent maintenant dans un sens positif. Tous les voisins de la Turquie seraient-ils bons maintenant, sauf l’Arménie ? Cela aussi va changer.

Les Amis de Hrant demandent : qui a tué  Hrant Dink ?

  • Voici notre réponse : c’est une volonté collective officielle qui a tué Hrant. Ceux qui ont manifesté cette volonté sont brutaux, lâches et fourbes. Ils n’apparaîtront jamais en pleine lumière; ils n’osent même pas se montrer !
  • Souvenez-vous du complot de la Cage révélé au sein de l’Etat profond. Souvenez-vous comment le meurtre de Hrant fut présenté comme une « opération ».
  • Ils essaient aussi de nous entraîner dans leurs ténèbres – nous, les amis et proches de Hrant, qui demandons justice. Ils veulent nous faire mordre la poussière des prétoires, ils veulent nous faire désespérer dans notre quête de justice. Nous nous y refusons. Nous n’en avons pas le droit !

Source : http://www.todayszaman.com/tz-web/mobile.do?load=wapDetay&link=198828

Traduction : © Georges Festa pour Denis Donikian – 01.2010

Cliché  Hrant Dink : http://cmes.hmdc.harvard.edu/files/uploaded_images/hrant-1.jpg

20 janvier 2010

S’immerger

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 8:16
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Denis Donikian – Géonirisme sur plaque d’aluminium. 4. 2000

Sur le Géonirisme version courte cliquer ICI

Un texte de Georges Festa

Pour Denis

S’immerger

Dans ce feu

De la chair

Traverses

Aux éclairs luisants

Corne

D’Afrique

Mondes

Où se meuvent

Nos sangs

Mêlés

Tout changera

De forme

Il t’a été donné

De voir

Cette coulée

Songe

Hémorragique

Deux anges

Foudroyés

Epousent

La boue

Autel

De feu

Où danse

Ce qui n’a pas de fin

georges festa – 01.2010

18 janvier 2010

Grand concours littéraire arménien

Photo Yoda Zoy

par Denis Donikian

L’Arménien appartient à la civilisation du livre. Et il le sait. L’autre jour, j’ai rencontré Nazar Aghpar dans un café d’Alfortville. Au lieu de lire du Denis Donikian ou je ne sais qui, il écrivait. C’est son droit, me direz-vous. Mais ils sont tous comme ça, les Arméniens, protesta-t-il. Il avait raison dans le fond. Si les Arméniens ne lisent pas, c’est qu’ils écrivent. Ils ne lisent pas pour avoir le temps d’écrire. Quitte à ne pas être lus. Ils écrivent parce qu’ils portent en eux la civilisation du livre. Ils la vivent. Ils l’alimentent. Donnez-leur un bout de papier et un crayon. Ils ne peuvent pas s’empêcher d’écrire. Ils écriraient même dans les toilettes, vu qu’on leur fournit le papier, mais pas le crayon. Le papier, n’importe lequel, ça excite leur logorrhée. Et si par malheur, ils s’enferment pour leur besoin principal avec un crayon, ils ne décollent plus de leur tinette. Ils jouissent de se répandre par le haut tandis qu’ils se vident par le bas. C’est spirituel et physique. Mais en général, ça leur vient surtout à la retraite. Quand tout à coup ils se rappellent qu’ils ont un témoignage à laisser aux générations futures. Même dans le plus grand malheur, ils ne lâchent pas l’espoir de prendre leur plume. Ce sont des Job. Pas besoin pour ça d’être allé à l’école. Une éducation élémentaire suffit. En plein génocide, on a eu des Arméniens qui écrivaient. Non seulement des instruits comme Kapikian, Aram Andonian, Grigoris Balakian ou Yervant Odian, mais d’autres, des anonymes qui durent affronter des années de plomb et de sang. Ils n’écrivaient pas en train de souffrir, mais ils souffraient en pensant qu’ils allaient écrire sur leurs souffrances.  Car une civilisation du livre ne saurait mourir d’un génocide, fût-il atroce, terrible, tout ce qu’on voudra. Aujourd’hui, les Turcs ont contre eux des tonnes de livres écrits par des Arméniens. Ils croyaient les effacer de la terre, ils sont maintenant submergés de mots témoignant de leur barbarie. Et c’est pas fini.

Le mois de décembre est le mois des salons du livre arménien. J’étais à celui d’Alfortville. Effrayant ! Il y avait plus d’ouvrages que d’acheteurs. Ils tapinaient ventre à cul, tandis que les clients déambulaient dans les allées aussi librement que sur la Promenade des Anglais. C’était la rue Saint-Denis un jour de Toussaint. Les livres minaudaient comme des putes à l’étalage, et les gens refusaient de faire l’amour avec l’un d’eux pour moins de vingt euros. Il faut dire que les titres arméniens ne font pas dans le sex-appeal. Ils sont noirs comme la mort. Ou rouges comme le massacre. On pourrait leur demander quelque chose d’érotique, histoire de relever un peu la sauce. Mais les Arméniens ne connaissent pas. Cherchez un Sade, un Verlaine, un Aragon, ou une Hô Xuân Hương, vous ne trouverez pas. Pour eux, l’amour, c’est contraire à Dieu. C’est fonctionnel, national, et rarement individuel. On y va pour faire des enfants. Car un enfant, c’est une revanche sur les forces de la mort. Seul titre détonnant dans cet ensemble morbide : Érotophylles et végétaliennes. Probablement une manière de favoriser la fornication des légumes. Allez savoir.

Donc voici ce que j’ai pensé. Vu que les auteurs arméniens croissent en nombre à mesure que décroît l’ombre de leurs lecteurs, je me suis dit qu’on pourrait mettre en place un concours de lecture. Histoire de récompenser tout lecteur d’origine arménienne s’intéressant à son « arménité ». Et donc de compenser le déficit de lecture qui engendre un déficit d’intérêt pour une diaspora en déficit de culture. Quelque chose de bisannuel pour ne pas lasser les fatigues. En commençant par exemple par des bandes dessinées, mais exclusivement centrées sur les Arméniens. L’avantage, c’est qu’il y en a peu et que chacun comporte à coup sûr beaucoup d’images. Si les signes d’intérêt se révèlent encourageants, alors on serait en mesure de proposer des romans d’amour sur fond de génocide. Les Arméniens aiment l’amour quand il est romantique et confronté à des méchants vraiment méchants. Une fois cette partie gagnée, on tenterait des histoires historiques. Car les Arméniens sont des êtres pétris d’histoire. L’histoire, ça  rend les Arméniens  hystériques. Surtout l’histoire tragique. Ils aiment tellement se lamenter que depuis que l’un d’eux a écrit Le livre des lamentations, ils se lamentent plus fort. C’est un peuple du pathos. Dans le  même ordre d’idées, on pousserait vers des histoires sur fond d’histoire mais sous forme de poème. Le pathétique y est plus intense. L’âme remue plus facilement.

Le gagnant ? Il aurait droit à un voyage en Arménie, tout gratuit, sauf le prix de l’avion, l’hôtel et les repas. Les boissons seraient à sa charge. On lui organiserait gratuitement une rencontre avec Hranoush Hagopian, la Ministre de la Diaspora, histoire de lui serrer la main au ministère de la civilisation du livre. Mais on ne pourrait pas demander à la Hranoush de pimenter la rencontre autrement. On aurait mieux que ça. Il serait accompagné de son auteur préféré. Denis Donikian a même promis de faire le voyage s’il avait la chance d’être choisi et de faire un strip-tease devant l’Ararat sous le regard du gagnant. Même si c’est une gagnante.

Qu’on se le dise !

7 janvier 2010

Aphorisme (6)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 6:07

Ceux que vous teniez pour les plus éloignés de vos inquiétudes,  parfois vous devancent et vous indiquent malgré eux le vrai chemin. Et ceux que vous regardiez comme les plus aptes à vous guider, vous retardent et vous fourvoient.

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