Ecrittératures

24 mai 2018

Les avatars du négationnisme turc

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN,Uncategorized — denisdonikian @ 10:27
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À y regarder de près, la méthode Erdogan pour nier le génocide des Arméniens ne manque pas d’air. Elle ne s’inscrit plus seulement dans le mensonge ou le nettoyage des archives, le recours aux historiens ou que sais-je encore. Non. Dans la bouche d’Erdogan le sublime, le négationnisme s’est sublimé en vertu humanistique ( osons ce néologisme pour éviter de salir le mot humaniste).

En Turquie, le mois d’avril voit régulièrement fleurir de surprenantes farces et attrapes pour répondre aux Arméniens du monde entier rappelant que le génocide ne tombera pas dans les oubliettes de l’histoire.Après avoir allégué que la guerre avait forcément fait des morts côté arménien comme côté turc, après s’être essayé à une lettre acrobatique de pardon sans pardon et tout récemment promis les yeux dans les yeux des historiens l’ouverture des archives militaires turques dans une version négationniste de leur authenticité, et dit qu’un musulman ne pouvait commettre un crime de masse, voici qu’Erdogan se fait le champion de la morale universelle en fustigeant Israël qu’il accuse de commettre quoi ? Mais un GENOCIDE voyons ! Oui, un génocide contre les Palestiniens pour le moins comparable au génocide subi par les juifs durant la Seconde Guerre mondiale.Rien que ça !

Même si les Palestiniens sont parqués dans une sorte de camp immense appelé Gaza, un esprit sensé aurait du mal à le comparer aux camps nazis voués à l’extermination des sous-hommes.

Par ailleurs, il y a loin entre un affrontement ethnique  et territorial, inégal et intolérable comme celui des Palestiniens et des Israéliens et l’anéantissement systématique des juifs.

Et même si les Israéliens se comportent de manière honteuse à l’égard des Palestiniens au regard de cette fameuse morale universelle, on ne peut à bon droit parler de génocide.

Mais Erdogan le fait. Et il le fait avec l’impudeur et l’impudence des falsificateurs de la vérité universelle.

Or, on sait bien pourquoi. Affirmer que l’autre est un génocideur, c’est prendre la posture de quelqu’un qui n’a à se reprocher aucun génocide dans son histoire. De la sorte, l’accusation permet de couvrir d’un nuage de fumée bon chic bon genre tout un siècle de massacres commençant avec celui des Arméniens et finissant avec celui des Kurdes.

Ce qui voudrait signifier qu’aux yeux d’Erdogan la pratique du nettoyage ethnique opéré par les Turcs depuis cent ans n’est que l’effet d’une guerre légitime contre le terrorisme. Remarquez au passage comme le terrorisme a bon dos. Et puisque la mode et le monde sont au terrorisme, Erdogan en profite pour inclure dans le terrorisme international, un pseudo terrorisme interne afin d’exploiter dans le droit fil d’une conception monoethnique de la Turquie un climat général d’affrontement justifié et d’impunité pour éradiquer les Kurdes.

Guerre donc, mais guerre de qui contre qui s’il vous plaît ? Guerre d’un terrorisme d’Etat contre des peuples qui défendent leur territoire et leur identité.Et quand Erdogan utilise un mot dur pour le balancer à la gueule d’un pays, c’est en réalité dans l’intention cachée de jeter loin de la Turquie l’opprobre qui macule la conscience collective des Turcs négationnistes. Israël pratique un génocide. Israël pratique un terrorisme d’Etat. Mais nous, les Turcs, non !

Israël grignote la terre des autres. Mais nous, non ! Nous n’avons pas pris leurs terres aux Arméniens, ni aux Grecs, ni aux Kurdes, ni aux Chypriotes. NON ! Les autres ont  fait pire. La France par exemple. Un génocide de 5 millions d’Algériens.

Quand Erdogan le manipulateur sort de son chapeau des idées de footballeur, le monde ne rit pas. Il se met à puer. A puer la sueur de la peur et le sang de la mort. Quand la vérité la plus flagrante est à ce point détournée de son sens, c’est la beauté du monde qui commence à dépérir.

La Turquie est belle, mais les Turcs négationnistes puent la bêtise et la barbarie.
Et le monde d’Erdogan pue l’Erdogan.

 

Denis Donikian

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24 juin 2015

Haratch, journal arménien.

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:12
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Arpik Missakian

1 – Dans son éditorial du 16-17 mai 2009, Arpik Missakian comparait sa décision de cesser au 31 du mois la parution du journal Haratch à « la mort définitive » de son fondateur, Chavarche Missakian, son père. En assurant sa succession, elle l’avait maintenu en vie durant plus de 50 ans, au prix de nombreux sacrifices. Dernier quotidien arménien d’Europe occidentale, Haratch aura été confronté à la concurrence des moyens modernes d’information et à l’érosion du lectorat communautaire et arménophone. Emprunté à l’organe du SPD (parti social-démocrate allemand) publié à Leipzig par Wilhem Liebknecht et intitulé Vorwärtz (En Avant), Haratch fut créé juste après le 10ème Congrès de la FRA à Paris (novembre 1924- janvier 1925).

2 – Né à Zmara, près de Sébastia (Sivas), en 1884, Chavarche Missakian, après avoir travaillé pour les journaux dachnak Droschak et Razmig, va créer avec Zabel Essayan l’hebdomadaire littéraire Aztak et la librairie Ardziv. Entré dans la clandestinité en avril 1915, mais dénoncé, arrêté et torturé l’année suivante, il sera libéré après l’armistice. Après avoir été rédacteur en chef du quotidien de la FRA, Azadamard, il s’exile à Sofia où il se marie avec Dirouhie Azarian. Le journal Haratch, qu’il fonde à Paris en 1925, lui permettra de structurer la communauté arménienne de France. Son éditorial du 9 décembre 1945, intitulé « Génocide », fera la preuve que le terme de Lemkin pouvait s’appliquer aussi aux évènements de 1915. Il sera enterré au Père Lachaise le 31 janvier 1957 après des funérailles nationales.  

3 – La fréquentation de la direction de Haratch destinait Arpik Missakian, née en 1926, à assumer l’héritage paternel, grâce aussi à sa connaissance de la communauté arménienne et de l’arménien occidental, et aux soutiens de Chavarche Nartouni (1898-1968) et de Hrand Samuel (1891-1977) qui fournira un éditorial quotidien durant 20 ans. L’histoire tourmentée des Arméniens trouvera place dans plusieurs rubriques : « Front arménien », « Artsakh », « Bolis », « Génocide », etc., permettant ainsi un juste équilibre entre l’Arménie et la diaspora. Le supplément littéraire mensuel de 4 pages, Midk yèv Arvest (Pensée et Art), créé en décembre 1976, mettra en circulation les idées dans tous les domaines. Arpik Missakian sera inhumée au Père Lachaise le 25 juin 2015.

4 – En entrant en 1984 dans la direction de Haratch, Arpi Totoyan, née en 1945 à Istanbul, apportait sa connaissance du turc et de l’arménien occidental. Son arrivée coïncidera avec les bouleversements que connaît alors l’Arménie : Perestroïka, séisme de 1988, effondrement de l’URSS, accession à l’indépendance, libération du Haut-Karabagh, revendication de la diaspora pour la reconnaissance du génocide arménien… De son côté, Dirouhie Missakian, née Azarian (1891-1964), qui fut enseignante à Dörtyol en 1913, puis comptable du journal Djagadamard, non seulement elle soutint son mari, signant des billets d’humeur sous les pseudonymes de Sossi ou Nodji, mais fut aussi l’une des fondatrices de la Croix Bleue des Arméniens de France.

5 – Après plusieurs changements d’adresse et d’imprimerie, Haratch s’installa en 1973 au 83 rue de Hauteville à Paris, dans une pièce pour la rédaction et un atelier pour la linotype de marque allemande acquise en 1953. Devenu quotidien en 1927, Haratch, de format 32/50, distribué par abonnement et vendu en banlieue parisienne ou dans certains kiosques, comportait toujours l’éditorial de Charvarche, Mèr Khoske (Notre Parole), un billet, des analyses politiques ou littéraires, et un feuilleton ouvert aux jeunes écrivains.      

15 juin 2015

« Génocide arménien » vs « génocide des Arméniens »

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:22
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1 – Ecrit  pour le Collectif Van  par une docteure ès-lettres, sous le contrôle de deux autres docteures ès-lettres, l’article intitulé « Génocide arménien » vs « génocide des Arméniens » ( mis en ligne en novembre 2014 et avril 2015) cherche à faire la clarté sur la désignation utilisée pour qualifier les évènements de 1915. Néologisme créé en 1944 par Raphael Lemkin, génocide est formé de la racine grecque γένος/génos, « espèce », « genre », « race », et du suffixe -cide, du latin caedere, « tuer », « massacrer ».  L’ambiguïté linguistique, et non historique, de « génocide des Arméniens » provient du complément du nom ou génitif : le génocide contre les Arméniens (génitif objectif) ou par les Arméniens (génitif subjectif).

2 – De nombreux exemples corroborent cette ambivalence : « l’amour de la mère » (donné ou reçu par la mère ?), « l’attaque du régiment » (contre ou par le régiment ?), « les persécutions des communistes » (subies ou exercées par les communistes ?)… Ainsi, le « génocide des Juifs » suppose ces derniers comme victimes, tandis que le « génocide des nazis » désigne ceux-ci comme assassins. De la même manière, on écrira le « génocide des Cambodgiens » pour le distinguer du « génocide des Khmers rouges ».

3 – A l’instar des mots en –cide comme herbicide, insecticide, liberticide, ceux qui concernent les meurtres d’êtres humains désignant soit le criminel, soit le crime, sont aussi bien adjectifs que substantifs (un régicide, un acte régicide). En revanche, si on peut écrire « génocidaire » ou « suicidaire », « fongicidaire », « matricidaire » ou « fraternicidaire », etc. ne se disent pas. De fait, les noms en –cide se trouvent complétés soit par des génitifs objectifs (pour indiquer la victime), soit par des génitifs subjectifs (indiquant l’assassin). On trouvera donc « le matricide de Néron » pour dire que Néron a tué sa mère Agrippine, ou « le matricide d’Agrippine » pour signifier qu’elle a été assassinée par son fils.

4 – Pour éviter toute ambiguïté linguistique entre « le génocide des Arméniens » ou « le génocide des Turcs », on peut préciser  « le génocide des Arméniens perpétré par les Turcs » ou « le génocide des Turcs à l’encontre des Arméniens ». Cependant, ces formulations pourraient donner à penser que tous les Turcs auraient pris part au génocide alors qu’il fut ordonné par le Comité Union et Progrès, qu’il associa une vaste participation active de la population turque, mais aussi kurde, et que des « justes » ont refusé de répondre aux ordres. Il s’agit donc d’une convention de langage comme dans l’expression «  livrer un navire de guerre aux Russes ».

5 – Dans « génocide arménien » ou « génocide turc », l’adjectif fait aussi problème comme avec l’expression « la violence humaine » (éprouvée ou exercée par les hommes ?). On constate la même ambivalence avec « génocide juif » et « génocide nazi », « génocide arménien » et (plus rarement) « génocide turc ». Dès lors, décrire le contexte au moins une fois permet d’éviter toute confusion. On dira : « le génocide des Arméniens perpétré sur ordre du gouvernement Jeune-Turc » ou « le génocide arménien perpétré sur ordre du gouvernement Jeune-Turc », mais aussi « le génocide turc des Arméniens ».

9 juin 2015

Génocide des Arméniens et terminologie

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:05
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1- L’intervention de l’historien Claude Mutafian dans la rubrique « Courrier des lecteurs » du journal Libération fait suite à l’article de Cengiz Aktar paru le 16 février 2015 et intitulé : L’année 1915 : malédiction turque, dans lequel il écrit : « Le génocide arménien, la Grande Catastrophe de l’Anatolie, est la mère de tous les tabous sur ces terres ». A ce propos, Claude Mutafian précise qu’ « il n’y a jamais eu en 1915 ni « génocide arménien », ni « grande catastrophe », il y eut en revanche un «génocide des Arméniens» qualifié en son temps de « grand crime » ».

2 – De ces deux erreurs terminologiques, trop répandues pour les imputer à l’auteur de l’article, celle de «génocide arménien» conduit à inverser les rôles du bourreau et de la victime. Si on ne peut qualifier de « massacres protestants » les faits de la Saint-Barthélemy, il est tout aussi indu de parler d’un « génocide arménien », sachant que ce sont les autorités ottomanes qui l’ont mis en œuvre et qu’en conséquence il convient d’utiliser soit l’expression «génocide turc», soit celle de « génocide des Arméniens ».  L’erreur, qui se retrouve dans le texte de la loi française de 2001, provient d’un alignement sur l’anglais avec « Armenian Genocide ».

3 – L’autre erreur est imputable à un ajustement sur l’hébreu, le mot «Shoah» signifiant au sens propre «catastrophe». Faute de pouvoir utiliser le terme «génocide» jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les Arméniens avaient coutume de désigner 1915 par l’expression «metz yéghern», traduction arménienne exacte de «grand crime». Or, ce mot arménien «yéghern» est tombé en désuétude au profit du mot «vodjir». Dès lors, l’analogie avec la Shoah a conduit les uns et les autres, à commencer par les Arméniens ignorant le vrai sens du mot «yéghern», à croire qu’il signifiait «catastrophe». De cette erreur, serait née l’idée selon laquelle les Arméniens auraient appelé 1915 «la grande catastrophe».

4 – De fait, aucun dictionnaire arménien-français ne donne pareille traduction pour «yéghern». D’autres ont cru que la traduction arménienne de «catastrophe» était «aghèt». C’est le cas du film allemand d’Eric Fiedler sur le génocide de 1915, sorti en 2010 et diffusé l’année suivante sur la chaîne Arte. En dépit de ses qualités, le défaut de ce film se trouvait dans son titre «Aghet». Les commémorations du centenaire du génocide devrait être l’occasion de rectifier ces erreurs. En effet, l’année 1915 ne fut pas l’année du  «génocide arménien», ni de la «grande catastrophe», mais plus précisément celle du «génocide des Arméniens» qui fut qualifié à l’époque «grand crime».

19 mai 2015

Le Sindjar : un refuge dans la montagne

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:53
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1 – L’article d’Yves Ternon, dans la Revue d’histoire de la Shoah (Ailleurs, hier, autrement, connaissance et reconnaissance du génocide des Arméniens, N° 177-178, Janvier-Août 2003) porte sur l’exceptionnel refuge que constitua, pour les Arméniens de l’Empire ottoman durant les persécutions de 1915, la montagne du Sindjar, à l’instar du Dersim (vilayet de Kharpout). En effet, « toute fuite [était] impossible, ni par mer, ni au sud, par le désert, dans les régions hostiles où [n’existait] aucune présence arménienne ». Même déguisé, tout Arménien qui se présentait dans un village souvent composé d’un seul groupe ethnique ou religieux (kurde, arabe, nestorien, jacobite, chaldéen, syrien catholique, turc, laze…) était vite démasqué. Et s’il était accueilli ou enlevé, surtout en pays kurde, il était à la merci des humeurs de son maître.

2 – Immense plateau calcaire, percé de multiples grottes, qui se dresse au-dessus de la Mésopotamie, le Sindjar, caza du merkez-sandjak de Mossoul, possédait, en 1884, 18 000 habitants dont 50% étaient des Yézidis arrivés au XIIe siècle pour se mettre à l’abri des nomades kurdes et arabes. Hérésie de l’islam, fondée par le mystique soufi d’orthodoxie sunnite, Cheik Adi (1073-1162) le yézidisme serait la religion nationale du Kurdistan, dans le Bohtan, le Haut-Tigre et le Sindjar. Manichéens, respectueux des croyances chrétiennes et méfiants vis-à-vis des musulmans, les Yézidis se refusent d’offenser le diable et vénèrent Dieu et les sept anges, dont le chef est melek Taous, le dieu Paon, oiseau à tête de coq.

3 – Seul Hammo Chero, maître du Sindjar, permettra à des centaines de chrétiens, à majorité arménienne, de survivre et d’échapper au massacre et au pillage par les tribus arabes des Taï et des Chammar, durant la Première Guerre mondiale. Au début de juillet 1915, des réseaux vers le Sindjar sont organisés à partir de Nisibe et Ras-ul-Aïn avec des convoyeurs arabes ou circassiens. Devant le nombre croissant des arrivants, les réfugiés partagent leur argent ou font la collecte auprès de quelques riches donateurs de Mardin syriens catholiques et chaldéens restés en liberté. Sinon, ils travaillent la terre ou échangent contre des céréales des aiguilles, du sucre ou de l’argent envoyés par leurs familles de Mardin. Hammo Chero les protègera contre les tentatives de vol de certains Yézidis.

4 – Dans le Sindjar, les réfugiés chrétiens célèbrent leur culte tout en respectant les coutumes des Yézidis. Rentré à Mardin en 1916, le père Tfinkdji sera remplacé par le laïc Fardjallah Kaspo qui collectera les dons et les vivres, les partagera et organisera les soins avant de mourir quelques mois plus tard. Au cours de l’été 1917, certains réfugiés vont se faire employer au chemin de fer à Tel Alif et El Derbassieh pour aider leurs familles restées au Sindjar.

5 – En mars 1918, devant le refus d’Hammo Chero de livrer ses protégés, un corps d’armée ottoman décide d’en finir avec le réduit rebelle de Sindjar. Sans attendre la décision des autres cheikhs de la montagne, Hammo Chero et quelques hommes vont multiplier les embuscades. Mais les adversaires atteignent et pillent Mamissa, puis le village de Chero où ils installent une administration turque. Entre-temps, les réfugiés gagnent les sommets ou se réfugient chez des Arabes Taï. La reprise du Sindjar par les Yézidis n’empêchera pas les chrétiens qui ont regagné les villages où ils habitaient de vivre dans la peur.

16 mai 2015

Les Alévis durant le génocide des Arméniens

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 8:32
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1 – Erwan Kerivel consacre un chapitre entier des Fils du Soleil, Arméniens et Alévis du Dersim (SIGEST, 2013) au génocide de 1915, appelé Medz Yeghern par les premiers, Tertelê Hermeniu par les seconds, lesquels cohabitaient dans les mêmes villages. Témoins et historiens concordent pour affirmer que le Dersim fut un refuge pour les Arméniens contre l’entreprise génocidaire. On estime à 30 000, le nombre d’Arméniens rescapés, dont 10 000 sauvés de la déportation par les clans kurdes. La plupart des Alévis firent le choix de désobéir aux ordres des autorités centrales au nom de leurs principes religieux pour abriter les victimes ou les aider à fuir vers l’Arménie de l’est ou la Russie.

2 – La défiance qui empêcha les clans et tribus alévis du Dersim de céder à l’appel à la « guerre sainte » avancé par les autorités du CUP pour qu’ils s’associent une armée turque dont ils avaient subi les opérations punitives en 1908, 1911 et 1914 et les pillages, les poussa même à rejoindre les bandes arméniennes. De la même manière, ils refusèrent de collaborer avec l’armée russe pour mener sur place leur propre guerre de libération contre les Turcs. Mais en prenant le parti sous serment de protéger les Arméniens, ils encouraient les risque d’être jugés en cour martiale et exécutés. Les clans et tribus alévis dersimis protecteurs des Arméniens étaient concentrés dans le centre, l’ouest et le sud du Dersim.

3 – Fidèles à leur droit coutumier, les Alévis dersimis appliquèrent le baht, ou devoir sacré de fournir l’asile à un réfugié. Non seulement, ils organisèrent des filières d’évasion mais aussi soignèrent les gens de leurs blessures et les nourrirent, souvent pour de longs mois, malgré leurs maigres ressources et l’hiver très rigoureux de 1915-1916. Cette protection dura jusqu’à l’avancée des Russes en été 1916, date à laquelle, avec l’aide des Kurdes, les réfugiés arméniens purent traverser le nord du Dersim et rejoindre les zones occupées. Selon le pasteur Riggs, même s’il y eut des cas d’extorsion, d’une manière générale les Kurdes du Dersim se conduisirent loyalement envers leurs protégés, souvent au risque de leur vie.

4 – Pour autant, l’appât du gain, les impôts, la pauvreté et le féodalisme expliqueraient les cas isolés de spoliations et de meurtres d’Arméniens chez les Alévis. Il arrivait aussi que les sujets fussent protégés par le chef d’un clan comme sa propriété. Mais au Dersim la haine envers les chrétiens comme matrice génocidaire n’avait pas cours comme dans d’autres régions kurdes. Seuls deux cas font exception : Mir Mustafa Bey, du clan des Çarekan, agent du gouvernement ottoman et commandant d’un régiment hamidiye, qui massacra des Arméniens et des Alévis insurgés au Dersim en 1908 ; Gül Ağa alévi, du clan alévi des Balaban, commandant des escadrons (çete) qui attaquèrent les Arméniens de Tercan et Mamahatun, mais aussi les déportés traversant la région.

 

5 – Les Arméniens cachés par les Alévis dersimis payèrent leur protection et leur survie par leur assimilation à l’alévisme. Cet assujettissement, qui se traduisit par la perte de leur langue et une fusion de leur christianisme dans l’alévisme, n’était qu’un refuge contre la peur de nouveaux massacres. Mais pour avoir refusé de collaborer à l’effort de guerre contre la Russie et à l’extermination des Arméniens, les Alévis dersimis furent massacrés en 1937-1938.

15 mai 2015

Justes et attitudes justes (2)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:17
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 Djelal bey et Faïk Ali bey

1 – Dans l’introduction de son livre, Les grandes puissances, l’Empire ottoman et les Arméniens dans les archives françaises (1914-1918) (pp. LII, LIII, publication de la Sorbonne, 1983) Arthur Beylerian donne quelques noms de fonctionnaires turcs, « suffisamment épris de justice », pour avoir su résister aux instructions de leur gouvernement. Il s’agit des gouverneurs Djelal bey, vali d’Alep, Mahzar bey, vali d’Angora, Djemal bey, mutasarif de Yozgad ou Rechid pacha, vali de Kastamouni, préférant leur destitution à leur complicité. Il faut aussi compter les refus des kaïmakan de Bechiri, Sabit bey El-Sueïdi, un Arabe, et de Lidjé, Nessimi bey, un Turc né de mère crétoise, qui en perdit la vie. Celui de Kutahia, Faïk Ali bey, resta à son poste tout en protégeant les Arméniens de son district.

2 – Jusqu’alors en poste à Alep, du 11 août 1914 au 4 juin 1915, Djelal bey vient le 18 juin 1915 remplacer Azmi bey, ancien préfet de police d’Istanbul, nommé comme vali au Liban. Raymond Kévorkian (op. cit. pp. 712-713) souligne le refus de Djelal bey de déporter les Arméniens de sa province. Les Jeunes-Turcs vont profiter de son départ à Istanbul pour des soins, pour diriger vers le sud trois mille Arméniens de Konya. Rentré d’Istanbul le 23 août, Djelal bey parvient à sauver le second convoi composé de 300 familles. Ces Arméniens subsisteront jusqu’en octobre, prodiguant des soins aux dizaines de milliers de compatriotes transitant par la gare de Konya, avant d’être déportés à leur tour avec la mutation de Djelal bey.

3 – Le cas de Faïk Ali bey est d’autant plus intéressant qu’il maintint les Arméniens de la région dans leurs foyers du fait de l’opposition de la population turque locale et principalement de deux familles de notables, les Kermiyanzâde et les Hocazâde Rasik (R. Kévorkian, op. cit., page 702). Curieusement, Talaat laissa faire et permit ainsi à des déportés de Bandirma, Bursa et Tekirdagh d’échapper à leur sort, jusqu’à leur liquidation par la Grande Assemblée d’Ankara quelques années plus tard.

4 – Le refus de relayer les ordres de massacres donnés par le Dr Atif, responsable du CUP à Malatia, valut sa révocation à Hassan Mahzar, préfet d’Angora/Ankara en 1915 (R. Kévorkian, site Imprescriptible : Pour une typologie des « Justes » dans l’Empire ottoman face au génocide des Arméniens). Sa non implication dans l’extermination des Arméniens fut une garantie pour le nommer à la tête de la commission d’enquête instituée le 23 novembre 1918, après l’armistice, en vue d’instruire le dossier des criminels jeunes-turcs. En dépit des pressions, malgré la mauvaise foi manifeste des inculpés, les procès permirent la mise au jour de documents et de révélations de première importance. Si les « papiers » du CUP furent détruits avec la fuite des principaux responsables, le dossier Mazhar, conservé dans les Archives turques, suffit à montrer l’évidente planification des massacres.

5 – Officier du renseignement attaché à l’état-major turc durant toute la durée de la Première Guerre mondiale, l’historien Ahmed Refik [Altınay] osera publier un ouvrage dénonçant les crimes anti-arméniens et révélant le rôle de l’Organisation spéciale (R. K, op.cit). Malgré les demandes de Moustapha Kemal, dont il était un ami proche, il ne renoncera pas à la sortie de son livre, fruit de son expérience et de ses observations. Exclu de l’université, privé de toute fonction officielle, il fut marginalisé jusqu’à sa mort sans jamais se dédire.

7 mai 2015

LA ROSEE AZNAVOUR

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Les temps sont durs. Mais grâce au Dieu clément, ils nous sont devenus plus supportables.

Car Dieu nous a donné un fils.

Ouvrez le poste, radio ou télévision, un journal du soir ou de la veille, le Monde ou Paris-Match, un livre où fleurit une préface, libérez une porte, embrassez une fenêtre, ouvrez une lucarne ou un hublot et humez l’air du temps, que sais-je encore, déchirez un papier cadeau, écoutez siffler le train ou attendez dans un aéroport et constatez. Il est là. Bien là. Toujours là. Pas pour parler de lui seulement, donner une leçon de longévité ou laisser perler un souffle d’amour, ni évoquer ce qu’il chante ou l’enchante, mais pour être l’Arménie. Car il est son visage et il est sa voix. En vérité, je vous le dis, le visage et la voix de l’Arménie, c’est lui. Mal rasé comme une marmotte au lever d’un jour commémoratif, ou poudré comme une duchesse avant un bal médiatique, le timbre éraillé du parigot qui force le train de ses poumons ou la note fière qui cherche à monter plus haut que sa propre taille, il vous tombe dessus comme une rosée au petit déjeuner, vous accompagne comme une eau de source à votre table de midi ou vous tient la gorge au chaud en s’immisçant dans votre velouté d’asperges. Il peut même arriver qu’il vous berce avant de vous endormir ou qu’il cherche à obséder vos rêves. C’est un vin de vie qu’Aznavour.

Omniprésent Aznavour.

D’ailleurs, en ces durs temps de tempête, les Turcs redoutent d’ouvrir leur poste, radio ou télévision, un journal du soir, un hebdomadaire, le Monde ou Paris-Match, une porte de café, une fenêtre d’appartement, un hublot de navire les ramenant chez eux, d’entendre hurler un chien comme à Istanbul, capitale canine par excellence, ou d’attendre dans un aéroport. C’est qu’ils craignent de tomber sur lui, Aznavour, l’itinérant de la Cause, sur son image, sur sa voix, visage et voix de l’Arménie. A rentrer le cou, ils montrent, ces Turcs, qu’ils ne souhaitent pas être reconnus, comme à baisser la tête pour se faire disparaître, ou à tourner le regard pour viser une colombe, ou à prendre subitement leur téléphone en faisant semblant d’appeler un complice. Mais là encore, qui sait si Aznavour ne va pas leur sauter à la gueule en surgissant comme un diable de leur écran, montrer son visage ou faire entendre sa voix, visage et voix de l’Arménie.

Heureusement les Turcs ont Erdogan pour rester fiers d’être turcs. Mais plus heureux encore sont les Arméniens, car eux, ils ont Aznavour.

Erdogan pèse 100 ans de silence obtenu à prix d’or. Aznavour 1000 chansons qui bruissent de bonheur autour de la planète.

Erdogan, c’est 1,5 million de morts. Aznavour, 180 000 millions disques. Le bide contre le plein.

C’est que l’homme d’honneur a horreur du vide. Surtout l’homme européen. (Je ne parle pas ici de ces Européens vidés de toute honorable européanité, mais du peu d’hommes qui restent encore pour honorer l’Europe). Quand Erdogan parle, c’est le négationnisme qui lâche les chiens de ses obsessions. Avec Aznavour, c’est l’humanisme qui esquisse le sourire d’une vérité têtue et pacifique. Le premier s’écoute lui-même sans réussir à s’entendre car sa fierté d’être turc le conduit à ignorer son ignorance. L’autre est écouté par ses semblables, ses frères humains, qui sont légion.

Erdogan a des armes. Aznavour n’a que ses larmes. Des larmes d’amour. Aznavour pleure sur les Turcs qui ne savent plus pleurer sur l’homme et déplore que leurs armes soient source de larmes et de drames et que leurs yeux crachent du feu.

D’ailleurs à quoi reconnaît-on que la Turquie n’est pas un pays normal ? Au fait, qu’Aznavour n’y ait jamais été invité pour chanter sa « Mamma », pour inviter les uns et les autres à trousser des chemises ou pour prier ceux qui sont tombés afin qu’ils se relèvent. Alors que tous les pays du monde l’ont déjà fait ou presque, et certains plusieurs fois. Je veux dire d’aider à se relever ceux qui sont tombés et ceux qui tombent encore au souvenir de ceux qui tombèrent une fois et à jamais.

C’est qu’en Turquie, les Turcs ont peur qu’Aznavour finisse par leur tomber dessus comme la rosée du matin, par accompagner leur raki, ou qu’il arrive à leur tenir la gorge au chaud en s’immisçant dans leur yayla chorbasi. Sans oublier qu’Aznavour pourrait se substituer à leurs berceuses traditionnelles et assassiner leurs rêves d’assassins en les rendant doux comme des chats de Van et cléments comme des chrétiens de Syrie.

Aznavour, c’est le meilleur ambassadeur itinérant de la cause arménienne. A lui seul, et sans se fatiguer, il fait plus que Davutoglu qui fut ambassadeur à temps plein de la cause vide qui a vidé la Turquie de ses populations chrétiennes. Mais aussi mieux que toutes les associations arméniennes réunies pour conjuguer leurs divisions dans le but de couvrir les croassements du silence par les illuminations de l’histoire. Il suffit qu’Aznavour lève le petit doigt pour que les médias se mettent aussitôt à faire la danse du ventre et céder au tropisme de son érection charismatique.

Si la République d’Arménie a Serge Sarkissian, le président qui s’est élu lui-même, la diaspora arménienne a Charles Aznavour, son président virtuel qui n’a pas eu besoin d’élection pour se faire aimer. Il faut dire qu’à l’international, Aznavour a plus fait pour l’image de l’Arménie que Serge Sarkissian qui défait les Arméniens chaque jour au point de les forcer à l’exil. Il est vrai que l’exil des Arméniens, ça rapporte beaucoup à l’Arménie de Sarkissian. Mais ce n’est pas une raison. Il suffit qu’Aznavour apparaisse quelque part pour qu’aussitôt les Arméniens s’agglutinent autour de sa personne comme la ferraille qui se colle à l’aimant. Avec Sarkissian, c’est le contraire. Il agit en répulsif. C’est pourquoi il se montre rarement, sinon emmuré de gardes du corps.

Quand Aznavour fait un don au président de l’Arménie, le président fait don de ce don à lui-même, laissant des miettes à l’Arménie dont il est président. Mais Aznavour sait ce qu’il fait. Il a la sagesse de la longévité comme le peuple arménien qui n’est pas prêt à compromettre son « dur désir de durer » pour un président éphémère.

Il fut un temps, où je n’étais pas d’accord avec Aznavour, à cause de son omniprésence ad nauseam. C’est que toute ma vie j’ai été entouré d’Arméniens aznavourisés à mort. Un camarade de collège me bassinait déjà en imitant la voix de son dieu. Plus tard, c’est un cousin collectionneur d’affiches qui détournait toutes les conversations en remettant chaque fois son idole sur le tapis. J’ai même connu une Arménienne d’Arménie, frigide comme son intelligence, qui raffolait de ses chansons et qui s’envoyait en l’air rien qu’en les écoutant pour éviter de se mettre en chair avec une autre. Aujourd’hui, ces fanatiques pullulent autour de moi, au point que dès que je peux, je me fais un devoir de me raisonner en lâchant le plus de méchancetés dont je suis capable sur cet idolâtré plâtré au national et sur ses dévots crypto-nationalistes. Et ça me fait du bien. Par exemple, quand Aznavour a poussé son humanisme jusqu’à dire qu’il se foutait du mot génocide pourvu que les Turcs reconnaissent ce qu’ils ont fait et défait. Là, mon sang historique n’a fait qu’un tour. Mes maux ont mis ses mots en charpie. Et ça m’a fait du bien. Ou bien quand il ne s’est même pas révolté au tabassage mortel d’un pauvre homme par un garde du corps du président qui l’avait invité à dîner dans un restaurant jazzophile d’Erevan, le fameux Paplavok. Ce jour-là, j’ai eu mal à mon Aznavour et j’ai commencé à détester le jazz.

Et puis, Aznavour, c’est un adorateur d’honorifiques médailles, et qui trouve honorable de fréquenter les présidents, même les plus déshonorants, pourvu qu’ils lui donnent un musée où exhiber ses médailles le jour où il n’aura plus de assez de veste pour les accrocher. Seulement voilà, le quantitatif débouche un jour et forcément sur le qualitatif. Cent de solitude ont abouti à donner une année d’abondance et de reconnaissance pour notre génocide. Ainsi donc, je suis parvenu à penser qu’Aznavour avait ses raisons et que la raison du plus mesquin dénominateur finit toujours par être balayée par une raison plus grande. Sûrement qu’Aznavour a toujours eu des raisons plus grandes que les plus petits des présidents qu’il a fréquentés avec l’assiduité d’une sangsue. Mais il les gardait secrètement, ces raisons, laissant aux énervés de s’énerver tout seuls afin qu’ils trouvent par eux-mêmes le secret d’Aznavour le grand.

D’ailleurs, tel qu’en lui-même et pour l’éternité, Aznavour est à lui seul une recette anti-âge, un livre vivant du vivre amoureux. Et moi qui peine à me survivre, j’ai fini par comprendre qu’il fallait à tout instant porter sa vie en positif, toujours chantant et vert d’une année sur l’autre, à l’instar des oliviers qu’Aznavour cultive dans ses Alpilles et du mien mis en pot sur mon balcon. Ces oliviers de notre Cause, qui nous enterreront tous. Aznavour compris. Emmenez-moi au bout de la terre….  

1 mai 2015

Exécution des responsables du CUP par les kémalistes.

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:21
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1 – Vahakn N. Dadrian rappelle ( in Jugement à Istanbul, le procès du génocide des Arméniens de Vahakn N. Dadrian et Taner Akçam, Éditions de l’Aube, 2015) que les tribunaux de l’indépendance permirent à la République de Turquie d’éliminer tout opposant à l’autocratie de Mustafa Kemal et d’en finir avec le docteur Nazim qui le nommait Gazoz (soda) au lieu du titre honorifique de Gazi. Ainsi furent supprimés certains auteurs du génocide des Arméniens, sachant que Kemal, six ans plus tôt, avait commenté les poursuites du tribunal militaire en ces termes : « Pourquoi les Alliés n’ont-ils pas pendu toute cette racaille ?»

2 – Les procès d’Izmir (26 mai – 15 juillet 1926) portant essentiellement sur la conspiration contre Mustafa Kemal, se terminèrent par quinze condamnations à mort. Parmi les sept qui furent pendus le jour même figuraient trois responsables des massacres de 1915 et membres du CUP : Ahmet Şükrü, ministre de l’Éducation pendant la guerre, Ismaïl Canbolat, bras droit de Talaat chargé de la sécurité publique, Halis Turgut, devenu kémaliste et accusé de complicité dans les exactions contre les Arméniens.

3 – La seconde série de procès se déroula à Ankara (2 août – 26 août 1926) et s’acheva sur l’exécution le soir même du verdict d’un groupe de quatre cadres importants du CUP : le Dr Mehmet Nazim qui fut « le cerveau du projet du meurtre de masse en temps de guerre » mourut en protestant de son innocence ; Yenibahçeli Nail, liquidateur de la population arménienne de Trébizonde et qui avait utilisé la noyade en mer Noire et le massacre en nombre ; Filibali Mustafa Hilmi, lieutenant au service de Bahaeddin Şakir, qui était aussi un loyal adorateur d’Enver Pacha ; Abdülkadir Ayintabli qui fut pendu pour avoir conspiré contre Mustafa Kemal et qui avait activement participé au meurtre des Arméniens de Trébizonde, comme gouverneur du district de Gümüşhane.

4 – Massacreur de la population arménienne de Van, dont la cruauté horrifiait même les Kurdes, responsable direct du meurtre des députés Krikor Zohrab et Vartkès Serengulian, Serezli Çerkez Ahmet fut condamné et pendu le 30 septembre 1915 à Damas, avec l’approbation de Talaat. Le brigand kurde Şkaftanli Amero, qui fit exécuter 636 notables par des Tcherkesses de la tribu des Ramman fut convoqué à Diyarbakir et assassiné. Le Kurde Murza Bey, qui opérait au sinistre défilé de Kemach, fut exécuté en secret à l’instar des bourreaux commandités par l’État.

5 – Fier de son rôle dans la liquidation des Arméniens comme membre de l’Organisation spéciale, Feridunzade Topal Osman, devenu kémaliste après la guerre, massacra en masse les Grecs et les survivants arméniens de la région de Trébizonde, avant d’être tué dans un échange de coups de feu avec une unité militaire, son corps décapité restant accroché à Ulus Maydan, devant le Parlement, en mars 1923. Comme Topal Osman, au service de Mustafa Kemal, Eyuplu Deli ( le fou) Halit Karsialan jouissait d’un grand prestige militaire et d’une notoriété de massacreur acquise comme chaud partisan du CUP et proche ami de Dr Nazim. Il prit une grande part au succès de 1920 contre la République arménienne, comme adjoint du commandant en chef Kazim Karabekir. Député de Kars pour services rendus, mais devenu gênant pour Mustafa Kemal à cause de son agressivité, il fut mortellement blessé lors d’une rixe avec un de ses collègues en février 1925.

26 avril 2015

Professionnels de santé et génocide de 1915

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 9:38
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 Roupen Sevag et sa femme Yani à Lausanne en 1913.

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1 – Selon l’Union Médicale Arménienne de France (U.M.A.F.), si l’élite arménienne vivant à Constantinople comprenait environ 300 médecins, d’autres professionnels de santé habitant le reste de l’Empire s’appliquaient à soigner les populations arménienne, turque, kurde, assyrienne, arabe et autres peuples. Contribuant au développement de la médecine dans l’Empire ottoman, les Arméniens ont notamment   joué un rôle prépondérant dans la création de l’École supérieure de médecine ottomane en 1838 grâce au Docteur Manuel Chachian, affecté au service des sultans Mahmoud II et Medjid 1er, et dans celle de la Société impériale de médecine ottomane à Constantinople en 1885.

2 – Parmi les 235 intellectuels arrêtés dans la nuit du 24 au 25 avril 1915, et les 800 des jours suivants dont la majorité fut supprimée sur la route de la déportation, figuraient des professionnels de santé. En 1919, L’Union des Médecins Arméniens déplorait la mort ou l’assassinat de 113 docteurs, 73 pharmaciens, 14 dentistes et 15 étudiants. Parmi eux, se trouvait le docteur et poète Roupen Sévag, 30 ans, diplômé de la Faculté de Médecine de Lausanne, assassiné le 26 avril 1915. Le Docteur Vahram Torkomian, alors président des deux organisations scientifiques et médicales susnommées, réussit à s’exiler à Paris, où il contribua à la création de l’Union Médicale Arménienne de Paris, qui devint en 1974, l’U.M.A.F.

3 – Membres du C.U.P., les médecins turcs ottomans Mehmed Nazim et Behaeddine Chakir étaient chargés d’organiser et d’exécuter déportations et massacres. Le premier, formé à Constantinople et Paris, ministre de l’Éducation Publique, fut jugé et condamné à mort le 5 juillet 1919 par le tribunal militaire d’Ankara. Le second était Professeur de médecine légale à la Faculté de Médecine de Constantinople. Justifiant ses actes, le médecin et gouverneur général de Dyarbakir, Mehmed Reshid devait déclarer : « Vous m’avez demandé comment en tant que médecin, j’avais pu tuer un si grand nombre d’hommes. Voici ma réponse : des traîtres arméniens s’étaient fait leur nid au sein de la patrie. Ils étaient des microbes dangereux. N’était-il pas du devoir d’un médecin de détruire ces microbes ? »

4 – Pendant le génocide, Hamdi Souad, professeur d’anatomie pathologique à Constantinople, formé en Allemagne, et Tewfik Salim, médecin chef du 3e Corps d’Armée, inoculèrent du sang infecté par le typhus à des centaines d’Arméniens sous prétexte de développer un vaccin. (En 1974, le Pr Souad reçut un prix d’honneur à titre posthume par la Fondation Scientifique et de Recherche Technique Turque). Ali Saïb, directeur de la santé publique et des services de santé de Trébizonde, injectait des doses mortelles de morphine à des enfants orphelins arméniens et des femmes enceintes de l’hôpital du Croissant Rouge. Les récalcitrants étaient noyés dans la Mer Noire. Des témoignages rapportent aussi son utilisation de gaz et vapeurs mortels sur des enfants.

5 – De faux certificats médicaux étaient rédigés contre les Arméniens. Monseigneur Ignace Maloyan, évêque de Mardine, tué sur la route de la déportation, aura été déclaré mort le 10 Juin 1915 par suite d’une embolie pulmonaire par les médecins turcs ottomans de Dyarbakir. Suleyman Numan Pacha, chef médical de l’armée ottomane et inspecteur des services sanitaires autorisa le meurtre des médecins arméniens civils et militaires. A ces méfaits, s’ajoutent les viols des infirmières arméniennes, comme ceux de Fethi, médecin chef de l’hôpital militaire à Silvan (Dyarbakir), qui se savait porteur d’une maladie vénérienne contagieuse.

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Reportage sur Sevag, lire ICI.

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