Ecrittératures

30 juillet 2017

Les assassins sont parmi nous

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article du 11 juillet 2017

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Histoire d’un paradoxe

Récemment, je me suis fendu d’un commentaire sur le site intitulé «  Sur les pratiques d’un éditeur » (voir ICI) dans lequel je disais tout le mal que je pensais des Éditions Parenthèses, non pas que je souhaitais régler des comptes (alors que j’en aurais amplement les droits) mais d’un point de vue plus général pour ouvrir les yeux des Arméniens sur le paradoxe qui consiste à prétendre agir, en l’occurrence par les livres, au bénéfice la culture arménienne alors qu’en vérité ce genre d’activité « honorable » se retourne contre elle. Au lecteur d’en juger.

« Ce qu’on oublie de dire en évoquant les déboires des traducteurs de l’arménien vers le français avec un tel éditeur qui prétend défendre la culture arménienne alors qu’il ne fait que l’exploiter, c’est que ces traducteurs ne souhaitant plus renouveler une aussi humiliante expérience décident de ne plus rien traduire. En ce sens, les pratiques de cet éditeur desservent la culture arménienne. Or, aujourd’hui, on le constate, les traducteurs littéraires de l’arménien vers le français en France sont devenus rares sinon inexistants. Et la littérature arménienne contemporaine reste confinée à l’Arménie faute d’ouverture sur le monde par le truchement de traducteurs compétents. Merci aux Éditions Parenthèses et à son directeur, fossoyeur émérite de notre culture.
J’ajoute, pour compléter le tableau, que j’ai travaillé avec trois éditeurs dits « arméniens » ( sur quatre ou cinq, la notion d’éditeur chez les Arméniens ne correspondant pas exactement à ce qui se fait ailleurs). Avec ces trois éditeurs, les déboires n’ont pas manqué, selon des modalités différentes, sachant que tous se montrent des défenseurs de la culture arménienne alors qu’ils ne défendent que leur business. Je ne jette pas la pierre sur tous uniformément. Car il leur faut défendre à la fois un bien immatériel (la culture arménienne) et un équilibre commercial dans un contexte où le lectorat arménien s’amenuise de plus en plus, n’ayant pas été porté par les maisons dites de la culture arménienne, souvent transformées en relais de la mémoire historique et rien d’autre. Or la culture, ce n’est pas que la mémoire. Mais l’importance accordée à la mémoire s’est faite au détriment de la culture. C’est d’autant plus « naturel » qu’il est plus facile de parler de la chose passée que d’inventer un avenir à la faveur de vrais débats sur les valeurs dites arméniennes, lesquelles, autre paradoxe, peuvent aussi faire souffrir les Arméniens qui en sont victimes. »

 

 

Voilà. Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous. Et pourtant, c’est l’agonie de la diaspora arménienne de France qui se profile ici.

La part de l’argent

D’ailleurs, il faudrait mesurer chez les éditeurs dits arméniens la part qui revient à l’argent, celle qui repose sur la mémoire et celle qui ressortit au débat culturel, à l’actualité de la culture vivante, la culture prolongeant la mémoire et souvent en la combattant, ne serait-ce qu’en rétablissant la vérité des faits contre une histoire honteusement légendée qui fourvoie forcément les hommes du présent. Dès lors on verrait que le parent pauvre de cette trilogie serait immanquablement la culture, tandis que l’argent et la mémoire s’y taillent la part la plus substantielle. Notons au passage, qu’un éditeur courageux qui oserait aller à l’encontre des idées établies ne pourrait pas tenir longtemps la route, les lecteurs arméniens n’aimant pas qu’on les brosse à contre-poil. (Dans ce sens, je dois saluer au passage la lucidité des Éditions Sigest qui ont osé publier un de mes livres iconoclastes qui ressortissent à la littérature dite gênante: Arménie, la Croix et la bannière, avec l’immense succès qu’on peut imaginer).

Concernant la part de l’argent, comme chacun ne le sait pas, nos éditeurs arméniens, de tous bords, ne prennent jamais la peine de prévoir la rémunération destinée à l’auteur ou au traducteur. Cette rémunération comprend un vaste éventail de possibles avantageux pour leurs comptes ; cela débute avec des promesses flatteuses équivalant au final à zéro euro et peut monter péniblement jusqu’à la somme symbolique de 100, les Éditions Parenthèses préférant payer ses esclaves en exemplaires tout chauds sortis du four à imprimerie comme on offrirait des croissants à ses cochons. Ainsi, pour quatre années de labeur acharné sur l’Anthologie de la poésie arménienne, Stéphane Juranics aura bénéficié de 4 exemplaires reçus sans frais à son domicile. Soit un livre par année consacrée à la mise au net des traductions. D’autres auteurs et traducteurs d’origine arménienne ont fait l’amère expérience de cette rémunération humiliante devenue coutumière dans cette maison qui par ailleurs fonctionne grâce à de grasses subventions obtenues soit auprès du Centre National du Livre, soit de la Région, soit d’autres organismes. Bref que du bénef… Quand on songe, par exemple à la passion que met un traducteur arménien dans son travail pour aboutir à un livre qui soit à la hauteur de ses exigences, et à la douche froide que lui envoie l’éditeur par la poste sous la forme de ces quatre exemplaires, on se dit que le cynisme n’a d’égal que le mépris qui l’anime. Et comme le traducteur a sué sang et eau avec le devoir de servir selon sa vocation la cause culturelle de la nation arménienne, on peut affirmer que les pratiques d’un tel éditeur arménien équivalent à cracher sur tous les Arméniens. Certes, cela ne se voit pas, cela ne s’entend pas, cela n’est pas public, mais cela contribue à la dégradation de la diaspora arménienne, d’une manière ou d’une autre, de près ou de loin. Pour preuve, comme je le disais plus haut, aujourd’hui, les traducteurs qui ont eu le malheur de passer dans la machine à broyer des Éditions Parenthèses ne souhaitent plus se donner la peine de traduire des œuvres arméniennes. Et de fil en aiguille, pareil découragement finit par gagner les traducteurs en herbe, s’il en est, au point que leur rareté aujourd’hui conduit immanquablement à une forme de désertification culturelle au regard des chefs-d’œuvre de notre littérature qui mériteraient de sortir de nos frontières. De la sorte, on serait tenté de dire que les alliés conjoncturels du génocide, compte tenu des dommages collatéraux qu’il suppose, résident parmi nous les Arméniens car ils sont arméniens. Qu’on se le dise.

En 2010, les Éditions Parenthèses font paraître, sous la plume du traducteur Léon Ketchoyan, avec une préface de Krikor Beledian , un livre de Yervant Odian. La traduction exacte en français du titre original de ce livre aurait dû être Années maudites, pour restituer le titre arménien [Anidzial darinér]. Or, quelle ne fut pas la surprise du traducteur, recevant ses quatre fameux exemplaires pour tout salaire, de découvrir que l’éditeur avait pris sur lui de transformer le titre original en Journal de déportation. J’ai énuméré en son temps les réticences que m’inspirait une telle manipulation pour le moins illégitime et en tout cas saugrenue (voir ICI). De fait, il ne faut pas être très sorcier pour penser que l’éditeur a agi plus en boutiquier qu’en acteur culturel, Années maudites étant trop négativement connoté pour allécher le client, tandis que Journal de déportation permettait de ratisser large en intéressant d’autres communautés ayant subi les affres de l’exil forcé. Où l’on voit donc que la part de l’argent est venue, dans cet exemple, déborder sur la part du culturel au détriment du strict respect d’une œuvre et de son auteur. Où l’on voit aussi que cet éditeur sans scrupule n’a de respect pour rien, ni pour le traducteur, ni pour l’auteur, ni même pour le lecteur qui sera amené à penser que Yervant Odian aura écrit deux livres sur son expérience du bannissement : Années maudites et Journal de déportation. En somme, manque de respect pour la vérité et manque de respect pour le peuple arménien. Au passage, remarquons que les spécialistes de la littérature arménienne de cette période ne se sont guère insurgés contre pareille falsification de la part d’un éditeur qu’ils ne souhaitaient probablement pas froisser au point de mettre en doute son professionnalisme.

La part de la culture

A la réflexion, la culture fait peur, surtout à ceux qui en sont dépourvus. Le propre de la culture, étant de remettre en cause la culture, surtout parmi les esprits, assis dans leurs certitudes et atteints par la sclérose des coutumes ordinaires, qui ne respirent que l’air délétère d’un passé vicié dans son contenu. En ce sens, et comme je l’ai toujours dit et même martelé, les Arméniens de la diaspora, en misant sur la reconstitution et l’adoration d’une époque révolue et d’un lieu déserté dont ils ont été violemment arrachés, ont plongé tête baissée dans le piège tendu aux survivants par le génocide à savoir une nostalgie teintée de passéisme revendicatif au détriment d’une recherche de refondation culturelle par les valeurs arméniennes, au risque de les passer au crible d’une analyse critique permanente. Mais non. Au contraire, les acteurs de la culture arménienne n’ont rien fait d’autre que de se complaire dans le ressassement, la commémoration et la mort respectivement par des livres rappelant le paradis perdu, par des défilés et autres anniversaires de leurs défaites, par l’érection de khatchar ici ou là.

Dans ce sens, les directeurs de nos maisons dites de la culture arménienne n’auront jamais été que les pantins du passé pour la bonne et simple raison qu’ils ont été formatés depuis leur enfance par les slogans d’une culture nationaliste, de l’ordre de celle qui s’extasie devant Geghard parce qu’elle ignore Petra et le travail des Nabatéens. De fait, l’état de la culture dans la diaspora arménienne serait du même ordre en France si par exemple le Front National avait la mainmise sur l’ensemble de la production cinématographique, depuis la réalisation des films jusqu’à la gestion des salles de projection. Ou pour prendre l’exemple de l’information radiophonique, si ce même parti gérait Radio-France. Or, ce que les Arméniens de France n’admettraient pas pour la France, ils l’autorisent chez eux. On me dira, que mieux vaut le pire que rien du tout. Et moi je dis mieux vaut le rien que le pire. Car le pire peut conduire à l’abîme alors que le rien pousse à l’inventivité.

Les sauveurs improvisés

Il faut dire que l’après-génocide a fait naître nombre de « vocations » chez les Arméniens ordinaires prenant prétexte qu’il était urgent de sortir du naufrage pour en réalité se faire valoir comme sauveurs de la nation. Certains qui exerçaient des métiers de première nécessité se sont même improvisés écrivains en relatant dans des écrits hybrides des mémoires de famille mâtinées de réflexions historiques de très haute tenue. Les Arméniens se permettent tout, les Arméniens osent tout pourvu qu’ils participent, fût-ce partiellement, à la réparation des dommages causés par le génocide. C’est ainsi qu’on a vu des profanes (femmes au foyer en mal de reconversion, commerçants gestionnaires, prêtres sans formation pédagogique) se lancer dans l’administration d’une école avec une passion d’autant plus pathétique qu’elle serait même parvenue à produire des réussites d’autant plus admirables qu’elles étaient sans lendemain. Qu’importe, me direz-vous. L’essentiel n’est-il pas de semer ? Mais semer quoi ? Là est toute la question. Dans l’urgence, ces bénévoles du SAMU national sont loin d’être arrêtés par les limites de leur incompétence étant donné qu’ils ne font rien d’autre que d’occuper une place vacante. C’est que l’Arménie, depuis le génocide, a horreur du vide. Il faut dire que dans le domaine de l’éducation, les vrais professionnels d’origine arménienne ne se sont guère attardés à servir une communauté sinistrée qui n’aurait pas eu de quoi les rémunérer à la hauteur de leurs diplômes. Ils se sont empressés de travailler dans des institutions françaises établies, raisonnées et capables de répondre au niveau d’exigence que supposait leur profil professionnel. De la sorte, les écoles dites arméniennes ont été la proie d’amateurs de bonne volonté mais que ne pouvait pas soutenir un esprit nourri de culture pédagogique et universelle. En effet, quand la culture n’alimente pas le savoir-faire, le fruit n’arrive pas à maturité. En l’occurrence, s’obstiner à privilégier exclusivement un arménien (l’arménien occidental) voué à une dégradation inéluctable en repoussant l’arménien vivant (l’arménien oriental), c’est justement miser sur la mémoire et la revanche aux dépens de ce qui existe ici et maintenant à savoir l’Arménie vivante. C’est dire que la diaspora ne s’est toujours pas réveillée du traumatisme génocidaire tant elle s’obstine depuis un siècle à vouloir réveiller ses morts. Pour ce qui est de la langue, elle oublie qu’une langue ça se vit, qu’elle permet la circulation des mots et des idées, qu’elle s’enrichit sans cesse par frottement et confrontation, et surtout qu’elle doit être ancrée sur une territoire donné. C’est alors qu’elle « prend ». Quand ce territoire fait défaut, que la langue devient affaire de volonté « idéologique», qu’elle n’a pas de lieu où être mise en circulation, que lui manque l’opportunité de s’enrichir par un usage quotidien, alors cette langue se perd. Les élèves du collège de Sèvres en savent quelque chose qui sitôt entrés dans la vie active se sont empressés d’oublier « leur» langue. Car les vartabed du collège, malgré leur bonne volonté, roulaient sur la routine du salut par la langue alors que leur idéal national ne reposait sur aucun pragmatisme à long terme. Ils avaient le culte de la nation, soucieux de combler le vide produit par le mal génocidaire, ils n’avaient pas la culture qui aurait permis aux jeunes Arméniens que nous étions de recouvrer notre humanité. Aujourd’hui ceux qui s’obstinent à enseigner l’arménien occidental ne savent pas dire à leurs élèves pourquoi ils doivent apprendre une langue qu’ils ne pratiqueront jamais. Pour exemple, ces élèves n’ont qu’une idée une fois leur pensum accompli, c’est de rejeter cette chose inutile pour leur vie professionnelle. On aurait espéré que certains deviendraient des traducteurs vers le français, mais personne ne leur a fait valoir que la traduction était un moyen de donner vie à la culture arménienne. C’est que justement leurs pédagogues n’ont jamais eu d’autre souci que celui de sauver le passé alors qu’il leur fallait sauver l’avenir. Cet avenir, je l’aurais vu ainsi. Des adolescents qui savent précisément que la langue qu’ils apprennent se parlent en Arménie. Des adolescents qui parcourent à pied le pays, qui rencontrent la chair vive du peuple arménien, communiquent, partagent, festoient avec lui. Dès lors, la langue serait devenue un pont. Dès lors, elle aurait trouvé un ancrage dans une terre et un peuple, inscrite dans une culture, produisant de l’émerveillement et établissant des liens entre Arméniens d’Arménie et Arméniens de la diaspora. Quelque chose de l’avenir par la langue prendrait forme. Hélas, le Ari doun officiel du ministère de la diaspora n’est qu’une connexion artificielle, exaltée et temporaire entre l’Arménie et des adolescents qui passent ici leurs vacances comme ils les passeraient ailleurs. Pourquoi ? Parce que le ministère de la diaspora en Arménie est tenu par des technocrates que nourrit seule une culture du tape-à-l’œil, sinon de l’urgence nationale sans lien avec toute culture universelle. Programmer des adolescents pour en faire de bons Arméniens, c’est négliger d’en faire des hommes. Or la démocratie en Arménie a surtout besoin d’hommes, non de robots fascistes.

Le défaut d’humanisme

Mon lecteur commence à entrevoir des choses, mais cette notion de culture universelle, il ne la capte pas trop. Forcément. La culture universelle a du mal à pénétrer dans un esprit pétri de culture nationale. Et les Arméniens se sont bouchés les trous et autres émonctoires de peur que le ronron commémorationniste et nationaliste ne s’échappe de leur esprit au point qu’ils se trouveraient soudainement perdus dans une obscurité sans repère. La culture universelle fait peur à la culture nationale, car elle oblige à la relativisation. Elle obligerait les Arméniens, pour revenir à notre exemple plus haut, à mettre Petra au-dessus de Gerhard, probablement à réduire Barouïr Sevag à un faiseur de mots, savant et professoral, plutôt qu’à un poète inspiré, comme on le croit quand on n’ose pas le mettre en situation de confrontation avec les grands noms de la littérature universelle, si tant est que ce Tarzan des mots puisse au-delà de ses cris pathétiques « parler » à d’autres autres hommes qu’à des Arméniens.

Pour en revenir aux éditeurs, qu’ils soient d’Arménie ou de France (puisque nous sommes de France), force est de reconnaître qu’ils sont soit dans l’argent soit dans le commémoratif mais pas dans l’humanisme universel, de celui qui nourrit le livre et lui donne une vocation de vérité et de contestation. Les Arméniens qui se définissent par la haine du Turc avec l’aveugle tendance à les mettre tous dans le même sac de bourreaux devraient plutôt réviser leur jugement à l’emporte-pièce et reconnaître qu’il n’y a pas chez eux l’équivalent d’un Ragib Zarakolu, loin de là. Ragib Zarakolu publie à contre-courant des grandes haines fascistes et des puissantes falsifications de l’histoire qui parcourent le pays, au risque d’aller en prison, comme cela lui est déjà arrivé. On m’objectera que cette conduite est d’autant plus normale que les Arméniens n’ont rien à contester étant donné qu’ils sont dans le Droit alors que les Turcs sont dans le déni. Certes, mais ni durant l’époque soviétique qui a vu fleurir en Russie et ailleurs les dissidents, ni durant les mandats de Kotcharian et de Sarkissian qui se sont illustrés par des fraudes massives, on a vu naître en Arménie ou en France un éditeur arménien de la dimension d’un Ragib Zarakolu. Je veux dire que le climat délétère s’y prêtait, et s’y prête encore, d’autant que dans le domaine des droits de l’homme et de la transparence de la vie politique des figures comme celles de la regrettée Amalia Kostanian et de Hranouch Kharatian suffiraient à montrer qu’il y avait et qu’il y a toujours en Arménie matière à défendre l’homme contre l’effondrement de la raison démocratique. Est-ce à dire que les Arméniens qui n’ont que les mots ou expression « mon frère » ou «  tsavet danem » (« je prends ton mal ») à la bouche sont de piètres représentants de l’humanisme universel ? Faut-il croire que les Turcs tant décriés sont meilleurs en la matière, surtout parmi les intellectuels ? D’ailleurs, les pseudo écrivains, tant d’Arménie que de la diaspora, qui ne pensent qu’à leur pomme plutôt qu’à se mêler de ce qui les regarde quant au détournement de la démocratie au profit de quelques-uns, qui affichent sans honte un désengagement d’esthète au regard des injustices qui humilient les plus oubliés des Arméniens, loin de faire le poids auprès de ces femmes admirables, constituent une caste de beaux parleurs et de trouillards patentés, incapables de mettre une once de culture compassionnelle dans leurs livres ou dans leur vie pour faire sortir de l’ombre ceux qui subissent le fléau d’une corruption généralisée. Dans ce domaine non plus, les Arméniens n’ont pas l’équivalent d’une Asli Erdogan, d’un Oran Pamuk ou autres. Voilà bien pourquoi la société civile turque donne l’impression d’être un tissu vivant en constante ébullition alors que les Arméniens croupissent dans la résignation, la complaisance et pour tout dire la complicité. Si les soubresauts d’indignation qui traversent de temps en temps le pays ne sont soutenus par aucun éditeur, c’est bien que l’édition arménienne ignore l’indignation et qu’elle s’est donné pour toute philosophie une sorte d’éthique de la prudence, de l’attentisme et pour tout dire de la passivité. Les poèmes enflammés qui émaillent ici ou là les anthologies ont beau éclater comme des cris d’étouffement, ils ne sont qu’un assemblage de mots enfermés dans un livre, autant dire de cadavres dans un cercueil, tant que leurs auteurs n’assimileront leurs écrits à un programme de combat pour plus de liberté et de vérité.

Pour finir sur le gestionnaire de cette maison du livre arménien, on n’en pourrait dire moins sinon qu’il ne vaudra jamais d’atteindre le niveau d’engagement d’un Turc comme Ragib Zarakolu. Là où un humaniste turc risque sa vie chaque jour en milieu hostile, notre boutiquier arménien veille sur ses plans comptables. Voilà pourquoi, j’ai une bonne raison de dormir sur mes deux oreilles, heureux et fier d’être un Arménien qui attend avec impatience d’être réveillé le jour où cette maison close sera récompensée soit par les aveugles de notre diaspora, soit par les bavards de notre Arménie, pour services rendus à la nation. Chez les Arméniens tout arrive, même le pire. En l’occurrence, ce pire serait l’extinction inéluctable de la diaspora arménienne, comme acte final du génocide.

Denis Donikian

26 juillet 2017

Entretien avec Taner Akçam sur sa récente découverte

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© Princeton University Press, 2012

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Avec l’aimable autorisation de Georges Festa  pour la traduction.

( VOIR ICI)

 

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La dernière brique dans le mur négationniste :

entretien avec Taner Akçam sur sa récente découverte

par Dickran Khodanian

The Armenian Weekly, 04.05.2017

WATERTOWN, Mass. – Tandis que les communautés arméniennes à travers le monde commémorent le 102ème anniversaire du génocide arménien, une récente révélation de l’historien turc Taner Akçam, reprise par les principales chaînes d’information et la grande presse, occupe tous les esprits. Surnommé à juste titre le « Sherlock Holmes du génocide arménien » dans un récent article du New York Times, Akçam étudie le génocide arménien depuis des années en compilant des archives du monde entier pour combattre le négationnisme de l’Etat turc.

D’après Akçam, sa récente découverte – qu’il qualifie d' »arme du crime » et de « dernière brique dans le mur négationniste » prouve la pleine conscience et l’implication du gouvernement ottoman dans l’anéantissement de la population arménienne. La découverte de ces documents a été réalisée, alors qu’ils étaient censés avoir disparu suite à la Première Guerre mondiale.

L’un de ces documents, reconnu authentique par le gouvernement ottoman d’après-guerre, a aidé à déclarer coupable son auteur, Behaeddine Chakir, l’un des fondateurs du Comité Union et Progrès (CUP), comme l’un des instigateurs du génocide arménien.

Le 11 mai, l’Armenian Museum of America et la National Association of Armenian Studies and Research (NAASR) présenteront « The Story Behind: ‘The Smoking Gun' » [Les Coulisses de l’histoire : l’arme du crime], une présentation par Akçam de documents inédits jusqu’ici. Pour la première fois, ce document, ainsi que d’autres, feront l’objet d’un débat public.

The Armenian Weekly a récemment rencontré le Dr. Akçam, avant son intervention à Boston, pour évoquer sa récente découverte et sa signification dans le combat contre le déni du génocide arménien par la Turquie.

Ci-dessous l’entretien dans son intégralité.

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– Dickran Khodanian : Vous qualifiez la découverte de ce télégramme d' »arme du crime, » l’une des « dernières briques dans le mur négationniste. » En quoi cet élément de preuve est-il plus important que d’autres preuves qui étaient disponibles auparavant ?

– Taner Akçam : Cette preuve conforte celles qui ont été compilées au fil des ans. Les archives des tribunaux militaires d’Istanbul constituent l’une des plus importantes sources sur le génocide arménien. L’historien Vahakn Dadrian s’est servi de ces tribunaux pour briser le mur négationniste de la Turquie et ce, abondamment. Or les preuves émanant de la Cour ont été sans cesse critiquées, car ce n’étaient pas des originaux.

En fait, quand Guenter Lewy publia son ouvrage intitulé The Armenian Massacres in Ottoman Turkey: A Disputed Genocide1, il jeta le discrédit sur les matériaux des cours martiales au motif que nous ne possédons pas les originaux, puisqu’ils n’existent pas. Il écrit dans ce livre : « Le problème le plus grave concernant la valeur probatoire des procédures engagées par la justice militaire en 1919-20 est la perte de la totalité des documents relatifs à ces procès. Ce qui veut dire que nous ne possédons aucun document original, aucun témoignage sous serment, ni la moindre déposition, sur lesquels ces tribunaux ont fondé leurs conclusions et leurs verdicts. » (p. 80)

Aujourd’hui, nous sommes en possession de documents originaux munis d’en-têtes officiels, qui ont été déchiffrés à l’aide d’un système de codage. Ce système de codage nous permet d’authentifier des lettres liées au massacre ou à la mise en œuvre des massacres. C’est là un coup majeur porté à la thèse négationniste. Je continuerai à publier d’autres documents de ce genre, émanant des cours martiales, car il s’agit un apport très important à la recherche existante.

– Dickran Khodanian : Vous avez déclaré avoir retrouvé ce document grâce au neveu d’un prêtre catholique arménien, Krikor Guerguérian. Pourriez-vous nous préciser ? Comment avez-vous pu obtenir finalement ce document ?

– Taner Akçam : Ce document se trouve dans les archives privées du prêtre catholique arménien Krikor Guerguérian à New York. Le document original se trouve dans les archives du Patriarche arménien de Jérusalem, où Guerguérian s’est rendu dans les années 1960 et où il a filmé tous les matériaux. C’est un document très connu, qui a été publié plusieurs fois sous la forme de citations. Au tribunal compétent d’Istanbul en 1919-1921, il est largement cité ! Dadrian s’est rendu personnellement à Jérusalem et a été en contact avec Guerguérian; il a utilisé ce télégramme précis et fait référence aux archives de Guerguérian et de Jérusalem dans ses notes de bas de page.

Plus important, l’Assemblée Arménienne2 a microfilmé l’intégralité des archives de Guerguérian en 1983. Ces archives sont accessibles depuis 1983, mais personne ne peut les consulter en profondeur, car il n’existe pas véritablement de système de catalogage. Les rouleaux de microfilms se comptent par centaines et il est quasiment impossible de dépouiller chaque rouleau pour retrouver ce document. L’existence des archives Guerguérian et des copies possédées par L’Assemblée est de notoriété publique parmi les chercheurs. Quand je suis arrivé pour la première fois aux Etats-Unis en 2000, j’ai contacté le neveu de Guerguérian, en lui demandant l’autorisation de consulter les originaux qu’il possède à New York. Il a refusé, au motif que les matériaux sont tous microfilmés à Washington. En 2015, je l’ai appelé à nouveau pour lui demander l’autorisation de consulter les matériaux originaux et cette fois il me l’a accordée.

– Dickran Khodanian : Est-il possible qu’il y ait d’autres matériaux à découvrir ?

– Taner Akçam : Il existe encore de nombreux autres matériaux à découvrir. Ce sera d’ailleurs l’un des points principaux que je vais aborder lors de mon intervention le 11 mai prochain. Nous possédons plusieurs matériaux originaux émanant du tribunal d’Istanbul, que nous savons s’être retrouvés dans les archives de Jérusalem et celles personnelles de Guerguérian.

Dans les années 1940, alors que Krikor Guerguérian menait des recherches sur l’extermination du clergé durant le génocide arménien pour sa thèse de doctorat au Caire, il rencontra un ancien juge ottoman qui avait été membre des cours martiales d’Istanbul, après la Première Guerre mondiale. Ce juge informa Guerguérian que, lorsqu’il présidait la cour martiale, le Patriarcat arménien était le représentant officiel des Arméniens lors du procès. Ils obtinrent légalement le droit d’avoir accès aux matériaux du tribunal et, en conséquence, il les autorisa à prendre des matériaux.

Le juge apprit aussi à Guerguérian qu’en 1922, le Patriarche Zaven Ier [Der Eghiayan] transféra ces matériaux en Europe, à Marseille tout d’abord, puis à Manchester, en Grande-Bretagne, pour atterrir finalement aux archives de Jérusalem. Voilà pourquoi, dans les années 1960, Krikor Guerguérian s’est rendu là-bas et a tout photographié.

– Dickran Khodanian : Qu’est-ce qui rend votre découverte différente ? Vous avez déclaré dans d’autres publications ne pas croire que cette récente découverte conduise à des changements immédiats dans la position de la Turquie à ce sujet. Pourquoi ?

– Taner Akçam : La découverte importante que j’ai faite est le système de codage, et aussi la mise en évidence que ce document revêt un en-tête ottoman. Les autorités turques ne pourront pas dire qu’il n’est pas authentique. Le système de codage du télégramme est irréfutable et démontre l’authenticité de ce document.

Aujourd’hui, dans les archives ottomanes, il existe des centaines de documents, principalement sous forme de télégrammes émanant des provinces vers Istanbul. Ils sont tous codés en chiffres arabes. Quatre ou cinq chiffres indiquent un mot ou des pluriels ou des suffixes. Quand ces télégrammes codés arrivaient à Istanbul, les autorités écrivaient les mots ou les terminaisons équivalentes au-dessus de chaque groupe de chiffres. Voilà comment nous pouvons lire ces documents aujourd’hui. J’ai comparé le système de codage des télégrammes de Behaeddine Chakir avec ceux des archives ottomanes et j’ai découvert qu’ils concordaient.

Juste pour donner un exemple : le terme de déportation est codé « 4889 » sur le télégramme de Chakir; si l’on consulte les matériaux ottomans adressés au gouvernement central depuis les provinces à la même période, lesquels comptent quatre chiffres comme dans le télégramme de Chakir, on se rend compte qu’ils ont tous le code « 4889 » pour déportation.

Personne ne pourra dire que ce télégramme n’est pas authentique. Désormais, le gouvernement turc doit trouver une explication, car l’argument consistant à dire « Montrez l’original » n’est pas valable. Nous possédons l’original. Ils sont pris au piège de leur propre argumentation.

Je suis sûr qu’ils vont continuer à nier le génocide car le négationnisme n’a rien à voir avec la recherche universitaire; c’est un problème politique. Mon argument est que, compte tenu de ces documents nouveaux, il est maintenant très difficile de nier le génocide arménien. Les arguments qu’ils ont avancés au fil des ans ne fonctionneront plus. Ils devront donc recourir à autre chose.

– Dickran Khodanian : Les historiens ne sont pas autorisés à faire des recherches dans les archives de Jérusalem ?

– Taner Akçam : Tout à fait. Les chercheurs n’y ont pas accès. On me l’a refusé plusieurs fois au fil des ans. Je voulais consulter le matériau de Krikor Guerguérian pour voir s’il avait vraiment tout filmé. Impossible d’y accéder. Ils répondent invariablement : « Nous sommes en train de cataloguer. » Mais je ne suis pas sûr que ce soit vrai. A ma connaissance, il n’y a pas de raison valable pour que des historiens n’aient pas accès aux archives de Jérusalem. Je n’ai pas envie de spéculer à ce sujet.

– Dickran Khodanian : Le 11 mai prochain, vous allez intervenir à Watertown, à l’Armenian Museum of Armerica. Pourriez-vous nous dire un mot des thèmes abordés lors de votre exposé ?

– Taner Akçam : Ma conférence du 11 mai portera essentiellement sur le contenu des archives de Krikor Guerguérian en lien avec les matériaux du tribunal militaire d’Istanbul. Il y a beaucoup d’autres matériaux dans ces archives, mais je me focaliserai sur le tribunal et les matériaux recueillis à cette époque.

NdT

  1. Guenter Lewy, The Armenian Massacres in Ottoman Turkey: A Disputed Genocide, University of Utah Press, 2007
  2. Armenian Assembly of America Inc., Washington, DC 20005 – http://www.aaainc.org/

[Taner Akçam est titulaire de la chaire Robert Aram and Marianne Kaloosdian and Stephen and Marian Mugar d’études sur le génocide arménien à l’Université Clark.

Il est l’A. de The Spirit of the Laws: The Plunder of Wealth in the Armenian Genocide, avec Ümit Kurt (Berghahn Books, 2015), The Young Turk’ Crime Against Humanity: The Armenian Genocide and Ethnic Cleansing in the Ottoman Empire (Princeton University, 2012), Judgment at Istanbul: The Armenian Genocide Trials avec Vahakn Dadrian (Berghahn Books, 2011), A Shameful Act: Armenian Genocide and the Question of Turkish Responsibility (Metropolitan Books, 2006), et From Empire to Republic: Turkish Nationalism and the Armenian Genocide (Zed Books, 2004).

Il est aussi l’A. d’autres ouvrages en allemand et en turc, dont récemment Naim Efendi’nin Hatıratı ve Talat Paşa Telgrafları: Krikor Gergeryan Arşivi [Les Mémoires de Naïm Effendi et les télégrammes de Talaat Pacha : les archives de Krikor Guerguérian] (İletişim, 2016), à paraître en traduction anglaise.

[Dickran Khodanian est rédacteur en chef adjoint à The Armenian Weekly, après l’avoir été à Asbarez (édition anglaise). Diplômé d’histoire, spécialité Histoire arménienne, de l’Université de Boston, il est aussi diplômé d’histoire, option Etudes arméniennes, de l’Université d’Etat de Californie à Northridge. Il a occupé plusieurs fonctions dirigeantes au sein de l’Armenian Youth Federation (AYF) (Côte Ouest) et milite très activement dans la communauté arménienne de Los Angeles. Il compte poursuivre son doctorat en histoire.]

___________

Source : http://armenianweekly.com/2017/05/04/the-last-brick-in-the-denialist-wall-akcam-speaks-with-the-armenian-weekly-on-his-latest-discovery/

Traduction : © Georges Festa – 07.2017

25 juillet 2017

Brèves de plaisanterie

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 7:20

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PREFACE

 

A Véronique Pittolo,

naturellement.

Si, considérant l’initiale inspiration de toutes les propositions qu’on va lire, aphoristiques, farfelues ou autres, il me fallait rendre à César ce qui lui appartient, le meilleur irait à mon amie Véronique Pittolo, femme nourrie d’urgence humaniste et pratiquant une écriture en perpétuelle quête d’étonnement, pour m’avoir mis un jour sous les yeux, par malice d’entremetteuse, les textes courts et déraisonnables d’un inconnu, ivre penseur de la dérive qui prenait l’écriture pour un mode d’émancipation privilégié. Pour lui, l’évidence des mots invitait plus à fuir l’état ordinaire de leur sens qu’à s’y soumettre, plus à s’autoriser à les dynamiter plutôt qu’à consentir aux idées consensuelles qu’ils figent dans les esprits. Mais aussi à établir avec ces mêmes mots des équilibres aussi improbables que le fit Calder avec ses mobiles. Il nous fallait ce déclenchement pour qu’aussitôt les mécanismes qui régissent les légèretés poétiques de notre cerveau se mettent à jouer et à produire de ces fulgurances, fugaces mais non moins travaillées, qui allaient témoigner d’une nouvelle façon de saisir notre vie, de savourer la présence des choses, de rapporter le meilleur des expériences advenues, des souvenirs tenaces, des nostalgies, des insoumissions, mais aussi d’exprimer ces fantaisies qui frisent les vérités fausses ou les faussetés vraies… Que sais-je encore et quoi ?

Peu à peu, s’est imposée la forme du tercet isolé plutôt qu’élaboré dans le cadre d’une histoire longue façon Dante. (D’ailleurs, qui sait si Dante ne hante pas les coulisses de nos petites égouttures de vinaigre, de vin, de lessive et de sang ? Qui sait ?) Cette contrainte, soit marquée par une forme de régularité classique, soit farouchement fiévreuse, soit follement échappée, s’est avérée d’autant plus féconde qu’elle devait devenir une horlogerie mentale, un moule conceptuel dans lequel il nous arriverait, au gré des émotions, plaisirs ou peurs, de couler des mots pour dire l’incongru et l’ambigu, et ainsi nous procurer des sortes de joies créatrices, dignes de compenser les affres d’un quotidien soumis aux griffures de la maladie.

Parfois, ça nous venait en rafale dans l’avant d’un sommeil en mal de constitution, parfois c’étaient de longs jours plats d’une inquiétante stérilité et qui empêchaient tout jaillissement ternaire. Toutefois, nous avions beau nous étonner ou nous désespérer, la confiance que la chose reviendrait sans crier gare ne nous lâchait pas. C’était notre gage de survie dans une existence souffrant le noir le plus absolu d’une pathologie en quête de grâce céleste.

Cependant, qu’on ne s’y méprenne pas : ces monstruosités et sagesses minuscules ne témoignent d’aucune solennité testamentaire. Le péremptoire et le définitif sont hors de propos. A y regarder de près, c’est l’improbable et la fragilité qui dominent dans ces variations intimes, extimes et parfois infimes du moi. Loin de fixer les choses, nos mots les inscrivent dans un décor de brume flottante et de moindre clarté. Mais si nous cultivons l’évanescent, il peut arriver que le dur tire à bout portant sur la monstruosité du monde. Le sourire importe autant que les armes. Mais l’interrogation est préférée aux certitudes, l’amour adulé plus que la peur.

Puissent ces petites bulles de mots jouir de la jouissance même du lecteur, sachant qu’il devra parfois s’y arrêter longuement avant d’en saisir le reflet irisé, car le ressassement par la lecture peut seul rejoindre le ressassement qui permit leur mise au jour. Ainsi seront probablement restitués à l’esprit de petits bonheurs enfouis, si tant est que cet esprit veuille bien chercher le point où tout se rencontre, se mue en éclat et s’éparpille en fine poussière d’eau.

Juillet 2017

 

24 juillet 2017

Brèves de plaisanterie

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 8:40

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C’est la fin des brèves.

L’auteur ayant le sentiment de se répéter a choisi de surseoir à toute prolongation de ces brèves,

lesquelles feront l’objet d’un livre,

si Dieu le veut.

17 juillet 2017

Brève de plaisanterie (462 et dernière)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:45

Homme-qui-marche

Plutôt qu’à habiter cherche

à marcher Plutôt qu’à marcher

cherche à vivre

16 juillet 2017

Brève de plaisanterie (462 et dernière)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 2:39

Plutôt que chercher à habiter

Cherche à marcher

Plutôt qu’à marcher cherche à vivre

 

Brève de plaisanterie (461)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:31

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*

Sirène hors née d’un pays d’O

Brasier d’amour brisant la haine

Venus O nue anadyomène 

Brève de plaisanterie (460)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 3:26

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*

Le jour où tu sortiras du monde

Le monde ne sortira pas de lui-même

Comme si ton rien n’était 

 

 

13 juillet 2017

Brève de plaisanterie (459)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 11:39

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*

Qui te néglige aujourd’hui

Qui te méprise ou te hait

Jouera ta mort à te rendre vivant 

12 juillet 2017

Brève de plaisanterie (458)

Filed under: APHORISMES — denisdonikian @ 7:23

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*

A toi qui ne m’entends  ni mes peines de chair

Ni mes langueurs désespérées 

Ni sous tes pieds mes mots de sueur et de sang

 

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