Ecrittératures

14 octobre 2019

Dieu est Grand…

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:06

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Quand on meurt, c’est définitif. Ne cherchez plus à revenir. Je vous dis que c’est over, terminé, sans espoir de retour. Seuls, et c’est déjà arrivé, ceux qui ont bénéficié d’une grâce christique ont pu retrouver leur pantoufles et manger encore des frites. Mais pour les autres, rien. Ils sont au-delà de tout et c’est pour toujours. Au-delà de leurs pantoufles et au-delà de leurs frites. Ils ne pourront ni mettre les unes, ni manger les autres. Sauf qu’il ne faut pas voir les choses comme ça. Quand on y est, on y est bien. On a mieux que des pantoufles et mieux à faire que de manger des frites. Bien, je vous dis. Si bien qu’on n’a plus envie de revenir.

Vous me direz, mais comment vont faire ceux qui n’y ont jamais cru ? Comme le catholicos K2 et mon amie arménienne Hayganouch. Mon amie Hayganouch est tellement athée que ses cheveux en rougissent. Athée comme le catholicos K2, qui dans son extrême bonté, ne la tient pas pour arménienne. Alors qu’ils le sont tous les deux athées. Oui mais pour le catholicos, c’est très compliqué : comme son athéisme est de dissimulation, sa religiosité est de théâtre. Alors que l’athéisme de Hayganouche est un athéisme religieux. Et donc, le catholicos se sent autorisé à la mettre au ban des Arméniens orthodoxes, avec les Arméniens musulmans et les Arméniens pédophiles. Et pourtant, Dieu sait que des pédophiles chez les curés ça court les rues comme des lapins.

Ceux qui n’y ont jamais cru qu’au-delà il y a mieux que leur Arménie vont pousser une AH ! d’étonnement, pour ne pas dire d’éblouissement. Ils vont être bluffés comme on dit. Tous ceux qui croient que l’Arménie est un paradis vont tomber sur le cul. Mais en fait, devant l’évidence mystique du vrai amour, tout leur sera pardonné. Pourquoi  me demanderez-vous ? Parce que l’amour n’est pas un tribunal. L’amour aime. Même Erdogan sera aimé, c’est dire ! De l’autre côté, là où tout est irréversible, les lois qui y règnent ne sont pas les lois d’ici. Les Arméniens vont voir ce qu’ils vont voir, à savoir que leur culte de l’histoire arménienne, c’est de la gnognotte auprès de ce qui les attend. Bien sûr, ils pourront encore revendiquer pour la reconnaissance du génocide. Mais ça ne servira plus à rien car ils ne seront plus dans l’Histoire. Reste à savoir s’ils vont pouvoir parler avec Erdogan. Possible. Car en effet, tout est possible pour Dieu. Même l’impensable. Car Dieu joue avec les hommes comme avec des dés qui ne doivent rien au hasard, mais tout à sa seule volonté. C’est Dieu, que voulez-vous. Or Dieu est Grand, comme l’a proclamé en titre d’un de ses livres Denis Donikian. Si grand que les petits Arméniens qui ont l’habitude de lever les yeux sur leur Ararat, cette fois vont devoir regarder plus haut jusqu’à avoir un torticolis. Tous les Arméniens vont devoir faire ça, se pencher en arrière au risque de tomber pour regarder Dieu qui se situe toujours nettement plus haut que les plus hautes montagnes du monde. Ça va en faire des torticolis, je vous dis pas. La catholicos K2 va devoir aussi se pencher en arrière, tellement que son chapeau en forme de cône va se renverser. C’est comme ça que Dieu se moque des petitesses des hommes. Car Dieu est grand, c’est sûr. Et je suis son prophète, c’est sûr aussi…

10 octobre 2019

TSAVET DANEM’ (Je prends ton mal) (1)

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 3:57

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Première partie – Il était une fois la révolution…

 

Qu’ajouter à l’article critique de Philippe Raffi Kalfayan du 1er octobre dernier sur le site des Nouvelles d’Arménie Magazine dès lors que nous aurions du mal à ne pas partager certains parmi les arguments qui y sont exposés ? Le raisonnement est documenté et porte sur des faits qui ne sont malheureusement pas à mettre au crédit du Premier Ministre d’Arménie. N’étant pas juriste, nous n’entrerons pas dans les arcanes du Droit tel qu’il est débattu et malmené actuellement en Arménie. Pour autant, les impairs, sinon les imperfections constatés ici ou là ne nous conduisent pas à condamner le nouveau régime, dans la mesure où le cas arménien mérite d’être considéré de manière plus holistique que strictement juridique, à savoir en tenant compte du contexte politique du pays, de ses impératifs économiques, des mentalités qui y règnent, des trois décennies de souffrances et d’humiliations subies par une population avide de justice et de bonheur, sans parler des 70 années de soviétisme ou du fait que l’Arménie demeure un petit pays par le nombre d’habitants, en guerre larvée sur le flanc est depuis plus de 30 ans, et quasiment enclavé, avec un ennemi héréditaire sur le flanc ouest. Ces composantes complexes et étroitement imbriquées devrait les prendre en compte quiconque chercherait à passer au crible les décisions, les avancées et les fautes du Premier ministre d’Arménie.

(Certes, préserver le Droit pour un pays démocratique constitue le socle sur lequel il peut bâtir une société juste et prospère. Et monsieur Kalfayan aurait raison de penser l’Arménie actuelle selon cette seule optique juridique si les responsables de la politique, à commencer par le Premier ministre, n’étaient quant à eux contraints de tenir compte d’un bien plus large spectre d’obligations. Le cas de la mine d’or d’Amulsar suffirait à le démontrer dans la mesure où elle concentre un grand nombre d’intérêts contradictoires qui paralysent toute décision. Les écologistes n’en veulent pas ainsi que les villageois proches qui bloquent les routes depuis le 23 juin. Quant à la société Lydian, elle maintient qu’elle utilisera une technologie propre à respecter l’écosystème local. Sans parler de la Fédération Internationale des droits de l’homme qui a enquêté sur place et défend les opposants à la mine. Que dire des 1 400 personnes employées par l’entreprise qui n’ont pas pu aller travailler depuis le 23 juin ? Quant au gouvernement, il a hérité de cette patate chaude signée dans des conditions douteuses sous l’ancien régime. Pachinian, qui a promis du travail aux Arméniens, devrait-il au contraire se parjurer en supprimant des emplois ? Sachant qu’il ne peut se permettre le luxe d’un procès intenté par la société Lydian, ni celui de prendre contre elle une décision arbitraire qui rendrait peu crédible l’Arménie auprès des investisseurs étrangers. Toujours est-il qu’on ne peut lui reprocher une quelconque dérobade puisqu’il est venu à la rencontre de tous les opposants pour clarifier la situation. On est loin des pratiques précédentes où les décisions se prenaient à huis clos.)

Tout de même, étant donné que le passage entre l’ancien et le nouveau régime s’est opéré sans effusion de sang, il nous paraît incongru d’en faire coup d’État ? En effet, il n’y a pas eu, que nous sachions, renversement du pouvoir Sarkissian ni de façon illégale, ni de façon brutale. De même, la révolution, si révolution il y a, ne s’est pas faite par la force. Par conséquent, n’en déplaise à Monsieur Kalfayan, ces deux modes de transition ne sauraient selon nous s’appliquer à l’Arménie. J’ajoute que cette « révolution » n’est pas sortie du chaos, mais a mûri au cours de trente années de protestations continues de la part du peuple arménien, émaillées de plusieurs amorces de guerre civile, dont celle du 1er mars, et qu’une volonté de changement général a été entérinée par un vote reconnu comme transparent et incontestable, le premier depuis l’avènement de la république.

Dans ce contexte, il faut reconnaître à Serge Sarkissian, comme nous l’avons déjà fait, le mérite d’avoir affirmé que c’était Pachinian qui avait raison et qui voyait juste. Il faut saluer son courage pour avoir mis un terme à son mandat par un acte digne d’un homme d’État ayant le souci de la nation plutôt que celui tant de ses intérêts que de sa classe politique. On n’ose pas se demander ce qui serait arrivé si ce geste humiliant pour lui n’avait pas été accordé à ses opposants, à savoir à la majorité de la population arménienne. D’ailleurs, aurait-il pu faire autrement tant la pression de la rue était massive et unanime ?

Cependant, force est de constater que celui qui a orchestré cette « révolution » et qui prenait Nelson Mandela pour modèle, s’en est écarté à partir du moment où, au lieu de jouer sur la réconciliation et l’unité, comme le souligne à juste titre Monsieur Kalfayan, il a exacerbé les divisions entre son parti qui prétend représenter le peuple et celui des Républicains. Reste à savoir si les membres du parti républicain étaient solubles dans un régime de réconciliation nationale. On peut en douter, et le premier à en douter ce fut le Premier ministre qui a connu la prison de la part de ces mêmes Républicains. Toujours est-il que la politique d’apartheid, à savoir de développement séparé des populations blanches et noires, était autrement plus cruelle et injuste que l’ostracisation aveugle de la population arménienne par les Républicains. Et pourtant, Mandela, après vingt-sept ans d’emprisonnement, osera bâtir l’avenir de son pays contre sa propre rancune et contre l’esprit de revanche des Noirs, sachant que cet avenir ne pouvait être viable si devaient se perpétuer les antagonismes raciaux et politiques qui ont déchiré les populations.

Je reconnais, avec Monsieur Kalfayan, qu’une politique transitionnelle, fondée sur une constitution intérimaire, était nécessaire. Même si me choque une Constitution voulue sur mesure par un président et formulée à l’aune de ses intérêts, de manière à se mettre à l’abri de toute poursuite judiciaire, me choque aussi le fait que son auteur, Robert Kotcharian soit jeté en prison comme un chien alors même que son procès est en cours. Aucun représentant de l’autorité n’est censé ignorer que, dans une démocratie normale ou en voie de normalisation, tout prévenu est innocent tant que sa culpabilité n’a pas été démontrée par un jugement. A ce jour, la place de Kotcharian n’est pas derrière les barreaux. Il doit jouir pleinement de sa liberté de citoyen durant toute la durée de son procès sans pour autant être autorisé à quitter le pays. Et quoi, l’Arménie n’aurait-elle rien à envier au Japon qui jeta Carlos Ghosn en prison avant même qu’il n’ait eu le temps de savoir de quoi on l’accusait ? Rien à envier non plus à la Turquie qui garde en prison Osman Kavala alors même qu’aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été présentée. D’ailleurs, la déclaration du mécène au tribunal du 8 octobre dernier sonne comme un rappel au respect du droit : «  Le fait que je sois maintenu en détention depuis si longtemps sans que le tribunal ait pu avancer des preuves de ma culpabilité est une violation supplémentaire du droit. Il s’agit d’une pratique illégale et discriminatoire, assimilable à une punition. J’exige que le tribunal mette fin à cette pratique illégale, discriminatoire ». Cette vindicte n’est pas à l’honneur de la nouvelle démocratie à laquelle aspire l’Arménie.

Le fait de se réclamer du peuple, comme le fait Pachinian, ici ou là, suscite obligatoirement le doute en raison du raccourci dont il s’accommode au détriment de la réalité. 70 % d’une population ne font pas un peuple, mais produisent une discrimination à l’égard des 30% qui ont le droit de penser autrement. Pachinian confond le peuple avec la foule des meetings où les présents buvaient ses paroles.

Par ailleurs, les Arméniens, peuple à sang chaud s’il en est, sont prompts à sanctifier un leader autant qu’à diaboliser son adversaire. Combien de fois n’a-t-on pas devant nous stigmatisé Kotcharian en le traitant de Turc ? Tandis qu’aujourd’hui, Pachinian est devenu une figure de saint laïc dont l’effigie se trouve partout ad nauseam. Il faut savoir que les Arméniens sont capables de retournements à 180° avec une brutalité qui étonnerait un observateur étranger. Ceux qui criaient « Levon ! Levon ! » (à savoir Levon Ter Petrossian) durant et après le charjoum, comme s’il était leur sauveur, ont réussi à le détester avec la même ardeur à la suite des élections probablement truquées de 1996 aux dépens de Vazken Manoukian, jusqu’à le pousser à la démission le 3 février 1998. Ils y ont gagné Kotcharian. Cela dit, cette sanctification aveugle de Pachinian atténue forcément les sens critique et civique du citoyen et donne à l’intéressé des ailes, sinon des mains pour se croire autorisé à fesser quiconque le contredit. Autrement dit, Pachinian jouit d’une telle notoriété qu’il pourrait être enclin à abuser de son autorité. Dans cette perspective, la démocratie pourrait virer à l’autoritarisme.

En effet, cette position éminente dans l’opinion est malsaine, même si elle est compréhensible. Pachinian devient de la sorte la main armée de la hargne qui anime une grande partie de la population humiliée par des années de frustration. J’ai toujours pensé que les applaudissements dont il bénéficiait lors des meetings étaient mâtinés de haine à l’égard des Républicains. Or, cette haine entre tenants de l’ancien régime et partisans du nouveau échauffe les esprits et circule partout dans le pays au point de menacer la sérénité dont il a besoin pour se normaliser. Au lieu de se battre ensemble sur les moyens à mettre en œuvre pour faire avancer le pays et le défendre, les Arméniens sont embourbés dans des querelles de procédures qui sont autant de perte d’énergie, alors que la population trépigne d’impatience dans l’attente des réformes promises.

Or, dans cette course aux réformes, nombreux sont les obstacles qui ralentissent l’action du Premier ministre.

Par exemple, la révolution dont celui-ci se réclame ne saurait être effective sans le remplacement des collaborateurs de l’ancien régime par des élites éduquées et neuves. Pour rappel, l’Arménie, pays jeune, n’a pas un corps de fonctionnaires capables de transcender les aléas des urnes et de travailler avec dévouement et abnégation uniquement pour la pérennisation de l’État et le bien public. En d’autres termes, manque à l’État arménien une institution qui formerait des fonctionnaires responsables de sa haute administration. Cette carence oblige le nouveau régime à composer avec des élites qui ont largement forniqué avec les gouvernances précédentes et qui y ont acquis des automatismes fondés sur l’égoïsme des intérêts propres plutôt que sur un comportement soucieux du bien général. Ce qui a pu avoir comme effet la formation d’un État profond, où ces élites ont pu prendre des décisions conformes à la défense de leur pré carré et non au profit du pays. (D’ailleurs, en Arménie comme ailleurs et même en France, les hommes étant ce qu’ils sont et les Arméniens bien davantage que des hommes, la création d’une élite de fonctionnaires pourrait constituer un État dans l’État propre à contrecarrer les décisions de l’exécutif.)

Cet état de fait constitue une sérieuse entrave à l’action du gouvernement. Dès lors comment ne pas comprendre Pachinian qui doit être obligé de nettoyer les écuries d’Augias s’il veut faire place nette et avancer. On se trouve ainsi dans le cul-de-sac d’une cruelle aporie : faire la révolution par le changement des élites alors que manquent les élites nouvelles.

De la même manière, le passage du soviétisme à la république n’a été qu’une vaste mascarade. Comme l’Arménie manquait de fonctionnaires aptes à assumer la nouvelle constitution, elle a dû reconduire ceux de la dictature précédente au risque d’y perdre dans le changement. En fait, au début de la république, les automatismes d’hier ont été simplement reproduites faute de formation pour faire vivre la pensée de l’Indépendance et en raison du chaos dominant provoqué par le conflit du Karabagh. Ce chaos, les voyous en ont largement profité pour accroitre leur business tandis que les héros se jetaient à corps perdu dans la bataille au risque de sacrifier leur vie. L’économie de l’urgence a tôt fait de détruire le travail par la vente précipitée des usines et des biens nationaux. Au chaos a succédé l’abîme. Et on aurait du mal à affirmer que les présidents qui vinrent après Levon Ter-Petrossian furent aptes à relever le défi à la fois de la défense nationale et de la reconstruction.

Que monsieur Kalfayan assimile Pachinian à un Erdogan poursuivant les gülenistes me paraît d’autant moins pertinent que Pachinian, plutôt que de s’acoquiner avec les Républicains comme Erdogan le fit avec Gülen, les a inlassablement combattus. Pour quelle raison me direz-vous ? Pour une raison de tempérament politique. Pachinian a mis sa vie au service du peuple arménien alors que les Républicains étaient au service de leurs sales affaires. Quant à lui donner des intentions et même des comportements de dictateur, aussi indiscutables et tranchés quand il s’agit d’Erdogan, cela n’est ni crédible ni supportable, même si des erreurs et des naïvetés ont été commises.

On se demande quels poux va chercher Monsieur Kalfayan dans la chevelure d’Anna Hagopian, l’épouse du Première ministre, quand il dénonce l’origine de l’argent devant servir à la Fondation Mon Pas dans les domaines culturels, éducatifs et de santé, principalement au profit des enfants gravement malades d’Arménie, alors que cet argent est majoritairement recueilli auprès de la diaspora ? Si les épouses Kotcharian et Sarkissian avaient pour mission de piloter une fondation semblable qui était de leur responsabilité, on ne peut pas dire que leur activisme ait été très visible ou très opérant.( mystepfoundation.am)

« Faut-il rappeler que la justice est rendue par des hommes, et ceux-ci ont droit à l’erreur ? » écrit à juste titre Monsieur Kalfayan. Faut-il aussi lui rappeler que la politique est également rendue par des hommes et qu’ils ont droit à l’erreur surtout dans un contexte d’urgence et de renouvellement en vue de remettre le pays sur pieds ? Il reste que ce pays doit s’inventer un avenir de prospérité par le travail et remettre les comportements sur les rails d’une éthique conforme à ses fondamentaux culturels, sans quoi la révolution entamée, loin de rouler sur du velours, pourrait engendrer un tapis de ronces, d’épines et de barbelés.

 

Denis Donikian

 

Demain deuxième partie : L’évangile  selon saint Nigol

18 août 2019

ADIEU DIKRAN

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 3:14

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Il était l’ami d’Armand Sammelian. Un ami combatif, intelligent, généreux.

Oui, quand quelqu’un vient de mourir nous lui trouvons tout à coup toutes sortes de qualités.

Mais les qualités de Dikran Timourdjian qui nous a quittés    cette nuit, étaient bien réelles.

J’en ai eu la preuve quand il commentait longuement mes articles. Ça l’inspirait. Car nous avions pour l’essentiel les mêmes irritations, les mêmes valeurs.

Il se trouve que je ne l’ai connu que par ce qu’il écrivait sur mon blog et parfois par sa voix à travers le téléphone.

Mais jamais nous ne nous étions rencontrés. Et pourtant nous étions devenus des amis, surtout depuis le jour où il m’avait sollicité pour défendre son église, celle de Sainte-Marie à Nice construite par les rescapés du génocide. Oui, il la défendait et il m’a éclairé pour me montrer à quel point sa colère le portait hors des limites d’un patriotisme de complaisance.

Justement la meilleure façon d’aimer son peuple est celle-là qui consiste à s’attaquer aux mensonges, aux intérêts malsains même s’ils viennent de l’institution la plus sacrée, à savoir l’Église apostolique arménienne, avec son chef qui représente tout ce qui il y a de plus douteux en matière de religion.

Bien sûr, mon sang n’a fait qu’un tour et je n’ai pas hésité à mettre ma plume au service de ceux qu’on voulait humilier, dépouiller, bouter hors de leur légitime droit à prier comme ils le souhaitaient et là où ils l’avaient toujours fait.

Adieu cher Dikran !

Depuis plusieurs mois, mes messages de soutiens n’obtenant que le silence, j’ai pensé au pire tout en espérant que tu t’en sortirais.

Et voilà qu’Armand m’a annoncé la triste nouvelle.

Au delà des contrariétés que la communauté provoquait chez nous, nous avions un foyer pour nous rejoindre et nous apprécier, celui où l’amitié se forge dans le combat pour la vérité.

Sache qu’elle triomphera.

Denis

Les obsèques de Dikran Timourdjian se dérouleront vendredi à 14h 30 à l’église Saint-Marie, Boulevard de la Madeleine, à Nice.

 

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Dikran au centre, commémoration d’avril 2013 ( photo Alain Barsamian, copyright)

15 août 2019

Ես ատում եմ Փաշինյանին

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 2:55

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Traduit du français par Yvette Nvart Vartanian

Հայ ընթերցողներիցս նրանք, ովքեր ջանասիրաբար այցելում են այս բլոգը՝ հայտնաբերելու համար, ինչ նոր գրոհ կարող են ներշնչել ինձ Հայաստանը, հայերը, հայ իրականությունը և Գ․2 կաթողիկոսը, նկատած կլինեն, որ մեկ տարուց ի վեր առաջվա եռանդսայլևս չկա։Գրիչս անգործության է մատնվել, իսկ նրա ցայտքերը հազվադեպ են արտանետվում։Պետք է խոստովանեմ՝ գրական-ստեղծագործական դադարի մի ժամանակաշրջան եմ ապրում, դա առողջական վիճակիս վատ նախանշաններից է, իմանալով, որ սուր քննադատություններս միշտ եղել են մտավոր կարողության լավ զգացողության նշան, նույնիսկ այն ժամանակահատվածում, երբ մարմինն էր տառապում։

Այլևս ոչինչ չկա, որ ատամիս տակ գցեմ։

Սարգսյանի և հատկապես Քոչարյանի օրոք ես գոնե հային խժռելու մի հնարավորություն ունեի, ատամ ցույց տալով հայկական անհեթեթությունների հասարակական շեղումներին, որ լացացնելու աստիճան ծիծաղ էր առաջացնում․․․ Բայց Փաշինյանի հարցում՝ ոչինչ։

Ատում եմ Փաշինյանին, քանի որ ինչ նա է անում, այնքան հարթ է, ինչպես նորածնի մաշկը։ Իսկ ես չեմ կարող կծել աշխարհի պես գեղեցիկ և կյանքի պես կենսախինդ մանկանը։ Ո՛չ, անկարող եմ։

Ատում եմ Փաշինյանին, քանի որ ոչինչ չի ընձեռում ինձ, ո՛չ իր հայտարարություններով, ո՛չ գործողություններով, որ արթնացնեն պամֆլետագրիս բնազդները։ Սարգսյանի, Քոչարյանի դեպքում կարողանում էի։ Երբ նրանք ինչ-որ բան էին ձեռնարկում՝ հակադեմոկրատական էր։ Երբ ոչինչ չէին ձեռնարկում՝ նույնպես հակադեմոկրատական էր։ Օրինակ, մարտի 1-ը սարքեցին, իսկ ետերկրաշարժի անտուն մարդկանց համար ոչինչ չարեցին։ Ես ամենախեղճերի մասին չեմ խոսում, ովքեր տապալվեցին փոշու մեջ, մինչդեռ նրանք սլանում էին իրենց 4x4 -երի մեջ բազմած։

Այո, ատում եմ Փաշինյանին, որովհետև ինձ դանդաղ սպանում է՝ որքանով որ հեղափոխական մտքերը թեժացնում է։ Որպես գրող-գրաքննադատ ես հոգեվարքի մեջ եմ․․․

Իրականում, եթե իմ ընթերցողը բավականին լավ է ճանաչում գործերս, տեղյակ է․ դեռ 2011 թվից կանխազգացել եմ, որ Փաշինյանը մի օր երկրի իշխանության գլուխ է կանգնելու։ (Հիմա, երբ նա հասել է դրան, տեղն է ինձ)։ Նրանք, ովքեր միշտ ձեռք են առել ինձ, թե զրպարտում եմ Սարգսյանի կամ Քոչարյանի խայտառակ վարչակարգերը, իրականում իրենց նողկալիություններով նրանք հանցակիցներ էին, արժանին մատուցվեց նրանց։ Հիմա որձկում եմ հաճույքից, որովհետև կարող եմ վերևից նայել ու խոսել, ինչպես միշտ եմ արել, այնինչ նրանք ինձ անտաշ քննադատի տեղ էին դնում։ Ճիշտ է, որ երբեմն գրական ժանրի մեջ ես գուշակի դերում եմ հանդես գալիս։

Ամեն դեպքում ես ատում եմ այս Փաշինյանին, եթե նույնիսկ կանխատեսել եմ նրա գալը և շտապում էի՝ շտապեցնելով Սարգսյանի անկումը անդուդի խորքը։

Պետք է նշել, որ միշտ լավ դպրոց է անցել այդ Նիկոլը, որովհետև ոչ մի միտինգ, ոչ մի ցույց բաց չի թողել և զերծ չի մնացել ճաղերի ետևում հայտնվելուց (մի բան, որ մեր հայ մտավորականները լռության են մատնել այս հանգամանքն այն ժամանակ, երբ ես այս բլոգում արտահայտվում էի ի պաշտպանություն նրա

Ուրեմն, այո, Փաշինյանը ճիշտ ուղու վրա դրեց Հայաստանը։

Սկսել ժողովրդավարական վստահությունից։ Քոչարյանին, Սարգսյանին, ինչպես նաև Տեր-Պետրոսյանին հաջողվել էր հուսահատության մատնել հայերին, ովքեր ձգտում էին հասնել ժողովրդավարական երջանկության։ – Իսկ ի՞նչ է ժողովրդավարական երջանկությունը,- կհարցնեք ինձ։ Այս երջանկությունն սկսում է սեփական երկրի և իր ժողովրդի հետ ներդաշնակելու զգացումից։ Դա հզոր զգացում է, որ քաղում է իր ներշնչանքը կառավարական գործողությունների թափանցիկությունից և դինամիզմից։

Ինչ վերաբերում է Հայաստանին, շատ հաճախ մոռանում ենք, որ հեղափոխական վերածնունդը դեռ մեկ տարեկան է, որ երկրի մեջ սեպ էր խրված, որ մի կողմից մշտապես պատերազմի մեջ է, մյուս կողմից՝ թշնամական վիճակում հայտնված։

Ամենախորամանկ հայերի մեջ, որ կարծում են, ապացուցում են իրենց խելամտությունը՝ թափելով ատելության մաղձը Փաշինյանի կառավական որոշումների վրա, պետք է կարողանան նախ սովորել կողպեք դնել իրենց լեզուներին։ Քանի որ քաղաքացու ժողովրդավարական առաքինությունն է նաև ուղեկցել ընտրված կառավարությանը նորմալ ձևով, որը նույնպես չի խնայում ջանքերը մարդկանց երջանկությունը կերտելու համար։

Այո, հիրավի, Փաշինյանը քննադատելի է։ Միշտ առիթներ կան քննադատելու քաղաքական որոշումները, երբ պետք է շիտակ խոսել բազմության առջև և ընդհանուրի շահերից ելնել։ Բայց այս փուլում, և հաշվի առնելով Հայաստանի իրավիճակը, քննադատներն են քննադատելի, քանի որ քննադատությունները խարխլում են վստահությունը և խորտակում են տրամադրվածությունն այն պահին, երբ այդ վստահությունն ու տրամադրվածությունը պետք է նպատակներից վեր կանգնած լինեն։ Այն հայերը, ովքեր մասնագիտացել են պառակտման և ինքնաոչնչացման հարցում, պետք է կարողանան հետևել առաձգական շարժմանը, երբ այն ազգային ընդգրկում ունի, ինչպես դա կատարվում է այսօր Հայստանում։

Այն ժամանակից ի վեր, ինչ Հայաստանի հանրապետությունը գոյություն ունի, տաբուլա ռազայի ոչ մի քաղաքականություն չի իրագործվել նույնպիսի արմատականությամբ։ Իրականում յուրաքանչյուր հեղափոխություն պահանջում է վերադառնալ հիմքերին, այն ժամանակին, երբ իրականացել են խախտումներ, որոնք կապված են եղել կաշառակերության (կոռուպցիայի), խարդախության, հովանավորչության հետ, իսկ կարևորների կողքով անցնում եմ։

Այսպիսով, Փաշինյանը ժամացույցի սլաքները ճիշտ ժամերի վրա դրեց, հարձակում գործելով հիմնականում համար առաջին չարիքի վրա, նկատի ունենալով կաշառակերությունը։ Շատ հաճախ մոռանում ենք, որ մարդիկ կաշառակերության պատճառով են մահանում, մանավանդ, երբ այն թափանցում է հանրային առողջության ոլորտ կամ մինչև իսկ բանակի մեջ։ Հավաստիապես ճանաչելով հայերին, շատ լավ գիտենք, որ մանր խաբեբաները միշտ փորձելու են սողոսկել ցանցի անցքերի միջով։ Բայց մի վարչակարգի, որտեղ կաշառակերությունը օրենք էր դարձել և մի այլ վարչակարգի միջև, որ պայքար է մղում, պետք է գովաբանել այն մարդուն, ով գտնվում է պայքարի բարձունքին։

Բացի այդ, Փաշինյանը գիտի, որ հայ երիտասարդությանը պետք է դուրս բերել խավարամիտ ուսումից, արժևորել այդ երիտասարդի ունակության առավելությունները։ Կողմնորոշումը դեպի նոր տեխնոլոգիաները կարողանալու է հայերին ուղեկցել սահմանելու առաջին կարգի բևեռացում և աշխատատեղեր ստեղծել։ Այս երիտասարդությունը եռանդով է լեցուն և ընչաքաղց է նորագույն գիտելիքների հանդեպ։ Հայտանշական է հավաստել, որ անմիջապես, երբ խթանող միջավայրում է հայտնվում, հայ երիտասարդն ընդունակ է վեր խոյանալ լավագույնների միջից։ Ընդհանրապես արտասահմանում են հայ երիտասարդները ցուցաբերում իրենց ունակությունների ծավալումը։ Ճանաչել եմ հայ երեխաների, որ ֆրանսերեն գրել, կարդալ չիմանալով հանդերձ, մի քանի տարի հետո դարձել են իրենց դասարանի լաավագույն աշակերտները, հաղթահարել են այն խոչընդոտները, որ կանգնում են դեպի բարձրագույն դպրոցներ տանող ճանապարհներին։ Այժմվանից ինչու՞ չկերտել երկրի համար որակյալ այդպիսի միջավայր, նույնիսկ, որպեսզի երիտասարդները հանձնեն իրենց ողջ ունակությունները հօգուտ ազգի բարելավման։

Մինչդեռ սփյուռքը Քոչարյանի, Սարգսյանի աչքին կթան կով էր, իսկ Փաշինյանը այն պահում է Արցախի և Հայաստանի հետ միասին որպես հայոց ազգի երեք ճյուղեր։ Այդ ժամանակից ի վեր սփյուռքը հաշվի մեջ է և եթե պետք է նկատի առնել նրան, սփյուռքը պիտի իր դերը կատարի այս եռամաս նվագախմբի մեջ։ Դա անցնում է փոխանակումների միջոցով, փոխադարձ և հիմնավորված վստահությամբ ու միասնության կամքով երկրի ապագայի համար, նաև ցեղասպանության ճանաչման համար։

Այո, ես ատում եմ Փաշինյանին, որովհետև խանգարում է ինձ գրել։

Բայց շատ հայտնի փաստ է․ պատվավոր մարդը զուսպ է լինում։

Դընի Դոնիկյան

12 juillet 2019

L’horreur alimentaire

Filed under: APPEL à DIFFUSER,ARTICLES,QUESTIONS de SANTE — denisdonikian @ 6:51

Lettre de NUTRI-SANTE

par Benoit Dauriac

 

Des cochons par millions… et du miel sans abeilles

… bienvenue dans l’Horreur Alimentaire !!

Très chers amis,

Que voyez-vous sur la photo ci-dessous :

  • Un hôtel de luxe dans la montagne ?

  • Une HLM dans la verdure ?

  • Un lycée construit en pleine forêt ?

Usine à cochon en Chine

Eh bien, vous êtes très loin du compte.

C’est l’élevage de porc de Guangxi Yangxiang Co Ltd en Chine.

De loin, ça a presque l’air un peu bucolique là-bas dans les montagnes du Yaji.

De près, c’est tout simplement L’HORREUR ALIMENTAIRE.

Les deux premiers bâtiments de 7 étages accueillent déjà des milliers de truies.

Quatre autres bâtiments, dont l’un fera 13 étages, accueilleront bientôt de nouveaux cochons.

Cette “usine à cochons” abritera à terme 30 000 truies… et produira jusqu’à 840 000 porcelets par an !!

En Chine, c’est la première “ferme” de cette dimension, mais elles vont éclore un peu partout pour nourrir la population.

Je suis sûr que ces usines produiront même des cochons “bio”, selon les normes locales.

Et demain peut-être, les petits porcelets finiront dans nos supermarchés…

Même si depuis le début de l’année, c’est tout l’inverse qui se produit.

Avec l’épidémie de peste porcine africaine (PPA) – non transmissible à l’homme – la Chine doit abattre des millions de porc et même importer des cochons.

Mais dès que l’agriculture chinoise aura surmonté cette crise sanitaire, on peut imaginer que des porte-containers entiers, chargés de cochons élevés dans ces usines… se déverseront dans le port du Havre ou à Rotterdam.

Et ça a déjà commencé avec des tas d’autres produits.

Si vous avez acheté du miel récemment, vous avez probablement touché du doigt, sans le savoir, “l’horreur alimentaire”.

Même si vous avez acheté du “miel de montagne” ou du « miel bio ».

Avec le jeu subtil des étiquetages, plus personne ne connaît aujourd’hui la véritable origine des aliments que l’on achète.

“Origine UE et Non UE” : cette escroquerie est légale et généralisée

Quand vous voyez un miel bio origine “Origine UE et non UE”, cela veut dire qu’il y a peut-être 10% de miel européen bas-de-gamme dans le pot, et le reste vient probablement de Chine.

Et encore, quand on parle de “miel chinois”, tous les industriels savent que c’est un affreux abus de langage.

“ Là-bas, chez nos fournisseurs, je n’ai jamais vu de ruches ! Juste des laboratoires qui fabriquaient des sucres liquides. En réalité, c’est un assemblage de sirop de glucose et de différents sucres, de colorants, arômes, pollens et diverses substances mystérieuses dont seuls les Chinois connaissent le secret !”

Celui qui révèle ce scandale, c’est Christophe Brusset.

Cet homme est un “repenti” de la mondialisation alimentaire.

Il a été “trader” dans l’agro-alimentaire pendant 25 ans.

Il a monté les pires escroqueries… acheté les produits les plus infâmes… trouvé les astuces les plus ignobles pour tromper le consommateur…

… avant de tout arrêter, écoeuré par ce qu’il a fait et vu pendant toutes ces années.

Vous vous demandez peut-être comment il est possible qu’en France, du miel vendu en supermarché puisse être du “faux miel”, fabriqué sans la moindre abeille…. dans une usine chinoise ?

C’est très simple.

Je vais vous expliquer.

Les industriels ont une imagination sans limite : ils envoient du mauvais miel chinois au Brésil, et il revient comme “Miel d’Amazonie”

Par exemple, pour réussir à importer du “faux miel” chinois aux Etats-Unis, voici la technique employée par un gros fournisseur allemand :

« Il exporte massivement du miel chinois dans des pays comme l’Argentine, le Vietnam ou l’Inde. Là-bas, il change les étiquettes, et le réexporte tel quel avec un faux certificat d’origine”.

On a la même chose dans les rayons des supermarché en France.

Si vous voyez “Miel d’Amérique latine”, méfiance.

Ces pays exportent leur vrai miel vers les Etats-Unis, pas en Europe : il y a beaucoup de chance pour que ce soit du miel chinois ré-étiqueté, et expédié depuis le Mexique.

Hélas, il n’y a pas que le miel qui est “traficoté”.

Il vous arrive peut-être de craquer pour une bonne tartine à la confiture de fraises.

Si vous la faites vous-même, très bien : elle sera sûrement moins gorgée de sucre, et puis les fraises seront… des fraises.

Mais si vous achetez un pot de confiture dans un supermarché, c’est une autre histoire.

Il y beaucoup de chances qu’au lieu de manger de la fraise, de la framboise, ou des cerises, vous mangiez du… sureau.

Même la confiture de fraise est truquée

Oui, c’est un des concentrés de fruits les plus vendus au monde : et bizarrement, personne n’en a jamais entendu parler.

Mais pourquoi diable mettraient-ils du sureau dans notre confiture de fraises ?

« La réponse est simple : le jus de sureau est le moins cher des jus de fruits rouges. Il est très coloré, son goût pas très marqué, il se mélange donc très bien, très discrètement avec les autres fruits rouges. Il est très fréquent que du jus de sureau remplace tout ou partie de fruits plus chers (comme les fraises, les framboises, les cerises ou les groseilles) dans les coulis, confitures et autres préparations aux fruits».

Même chose avec les délicieuses glaces à la vanille. Sur la liste des ingrédients, vous verrez sûrement “gousses de vanilles épuisées”.

Et personne ne se demande jamais ce que c’est. Eh bien, je vais vous le dire.

Ce n’est rien d’autre qu’un déchet.

C’est ce qui reste de la vanille, après l’extraction chimique des arômes (à l’hexane, une substance cancérigène).

“C’est une poudre noire sans saveur, comme du marc de café, qui ne sert que de « marqueur visuel », c’est-à-dire faire croire qu’on a mis de la vraie bonne vanille pour donner le goût”.

Je ne vais pas lister ici toutes les techniques perfides de l’industrie alimentaire : vous les retrouverez dans le dernier livre de Christophe Brusset : Et maintenant on mange quoi ?

Si je vous dis ça, c’est parce qu’il faut prendre conscience (je suis sûr que c’est déjà votre cas à vous) – qu’on est arrivé dans l’ère de l’horreur alimentaire.

Il me semble qu’il est de notre devoir à chacun d’informer le maximum de personnes de ce qu’il y a dans nos assiettes :

“L’Aile ou la Cuisse” ce n’est plus du cinéma : informez vos proches de ce qu’ils achètent

Vous qui vous intéressez déjà à la santé, vous êtes sûrement déjà conscient de tout ça.

Alors, parlez-en autour de vous, alertez vos enfants, petits-enfants, amis…

Il y a 10 ans encore, les gens souriaient poliment quand on tenait ce genre de propos.

Mais aujourd’hui, même les plus réfractaires à l’alimentation saine, commencent à ouvrir les yeux.

Et ils ont raison, car c’est “L’Aile ou la Cuisse” tous les jours au supermarché.

Vous vous souvenez de ce film de Claude Zidi, avec Louis de Funèset Coluche ?

Hélas, les usines Tricatel sont aujourd’hui partout.

Et le pire, c’est qu’elles prétendent proposer des produits sains : “sans gluten”, “végétarien”, “bio”, etc.

Alors qu’elles produisent des produits de plus en plus transformés et pollués.

Alors que faire ?

Réflexe de survie n°1 : se « désaccoutumer » du supermarché

La meilleure chose à faire pour sa santé aujourd’hui, c’est de se tenir à l’écart de son supermarché.

Au premier abord, cela parait compliqué, parce qu’on a l’habitude d’y aller, c’est une sorte de rendez-vous hebdomadaire.

Certains apprécient ce tour des rayons qui débordent d’emballages aguicheurs… d’autres détestent, mais tout le monde y va !

Mais en fait, si on recentre son alimentation autour des seuls produits bruts, vous allez voir que c’est beaucoup plus simple de se passer de son supermarché.

L’ennemi, ce sont les produits transformés, cuisinés à votre place.

Si vous achetez des produits simples, les risques sont déjà beaucoup plus limités.

    • Pour les fruits et les légumes, il y a le marché (étals bio), le magasin bio, ou les circuits courts type “Amap” ;

    • Pour la viande ou le poisson, c’est encore possible de trouver des bons artisans qui s’approvisionnent auprès des meilleurs éleveurs ou pêcheurs ;

    • Pour les produits laitiers, si vous avez la chance d’avoir accès à des producteurs, n’hésitez pas ; prenez du bio au supermarché ou au magasin bio ;

    • Vous pouvez acheter des oeufs bio assez facilement aujourd’hui, même au supermarché ;

    • Pour les céréales, légumineuses, mais aussi les épices, herbes, condiments ou encore les huiles végétales vierges, allez plutôt au magasin “bio” ;

  • Pareil pour les produits d’épicerie comme le chocolat noir, le thé ou le café, le sucre et le café.

Tout le reste, ce sont des produits qui ne sont pas nécessaires :

Faites-les vous même ! (et chassez ces cochonneries de vos placards)

C’est une habitude très récente que d’acheter autant de produits tout faits.

Il y a 30 ans à peine, vous aviez moitié moins de produits industriels dans les placards de votre cuisine.

Un des premiers « intrus » à faire son entrée de façon massive dans les foyers, c’était la sauce tomate en pot, à la fin des années 80.

Bien sûr, il faut accepter de passer quelques minutes à couper et faire cuire vos tomates, à les faire revenir à feux doux avec un peu d’ail, des oignons et de l’huile d’olive.

Cela demande 15 minutes de préparation, et vous aurez une délicieuse sauce tomate, plutôt que d’acheter un pot de sauce tomate, truffé de conservateurs, de sucres, d’arômes… ou de tomates concentrées venues de Chine, bourrées d’additifs chimiques et de pesticides.

Pour les biscuits, même chose : en 20 minutes seulement, vous aurez de délicieux cookies au chocolat maison qui régaleront vos enfants ou petits-enfants.

Et c’est incomparablement meilleur que toutes les cochonneries que vous trouverez dans les rayons des supermarchés : Pepito, Granola, Choco BN, et autres…

Bien sûr, tout ça demande plus de temps et c’est parfois un peu plus cher.

Mais croyez-moi, c’est un des gestes les plus importants que vous pouvez faire pour votre santé.

Et ce geste  fait aussi du bien à la planète (pensez aux usines et aux emballages qui produisent toutes ces denrées)… ;  et aux animaux (pensez une seconde au petit million de porcelets entassés dans les 13 étages de l’usine à cochons chinoise).

Et surtout, en abandonnant tous les produits transformés, vous verrez des effets spectaculaires très vite sur votre santé, même en quelques semaines.

Ça pourrait être votre défi de l’année ==> “Objectif : zéro produits transformés”.

Bon appétit et à très vite !

Benoit Dauriac

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28 juin 2019

L’intelligence naturelle de l’intestin.

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 9:00

 

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Chacun sait combien son corps est intelligent et combien ce même corps regrette que son intelligence soit ignorée. En effet, cette intelligence du corps est à ce point sophistiquée qu’elle oblige souvent l’intelligence intellectuelle à baisser les bras devant tant d’énigmes pour en donner une explication. Dès lors, les pionniers de la recherche dans leur démarche à vouloir comprendre les mécanismes physiologiques se perdent en conjectures. Certains en sont réduits à se prendre eux-mêmes pour cobayes pour examiner les effets d’une cause. Si j’ingurgite du gluten, qu’est-ce qui va se passer dans mon corps ? Si je m’enfile des frites et des hamburgers, genre Mac Do, quelles vont être les modifications de mon microbiote, celui-ci étant compris comme l’ensemble des microbes qui peuplent les intestins et qui favorisent la transformation des aliments en nutriments pour les fonctions du corps.

C’est ce genre d’expérience que propose le docteur Michael Mosley. Après une première partie théorique, il suggère dans une seconde partie des recettes qui vont aider à l’intestin à produire les bonnes bactéries. En ce sens, il s’agit d’un livre pratique mais aussi et surtout d’un livre qui vous fait comprendre comment ces bactéries peuvent renforcer le système immunitaire ou comment on peut l’affaiblir en laissant les ennemis prendre le contrôle de l’intestin au point qu’ils traverseront un jour les parois intestinales pour contaminer tout le corps.

Ainsi donc, le Dr Michael Mosley vous dira combien l’huile d’olive fait partie des bonnes graisses et comment éviter les contrefaçons, quels poissons gras privilégier sachant que certains ont des taux de mercure élevés. De même, le docteur Mosley est-il conduit à passer en revue la viande rouge, le chocolat, les œufs, le vin riche en polyphénols, les fruits et légumes etc.

Il vous dira quels aliments sont à éviter comme le sucre, les édulcorants de synthèse, les aliments transformés, et les effets néfastes des antibiotiques.

Bref un livre passionnant qui vous incitera certainement à faire analyser votre caca par un institut comme Luxia-scientific pour connaître l’état de votre microbiote.

Oui, mais chercher c’est cher.

*

Dr Michael Mosley : L’intelligence naturelle de l’intestin (chez Pocket, 7,50 euros)

14 juin 2019

NOTES SUR L’EXIL

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 5:45

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( Texte datant probablement d’avant 2003)

*

1 – Arménien d’origine, né en France, je me situe dans cet entre-deux culturel. D’un point de vue biographique, j’ai fait constamment des va et  vient entre mes deux cultures, par mes études et mes voyages. Sans jamais réussir à faire le pas pour être pleinement dans l’une ou totalement dans  l’autre. En tant qu’artiste, cela ne m’a pas toujours aidé. En France, pays cartésien, on n’aime guère le genre hybride. Or, c’est ce que j’affectionne le plus en littérature, mais aussi dans l’art des autres, le genre hybride. Ni tout à fait récit, ni tout à fait poésie, ni tout à fait journal, ni tout à fait livre d’art, etc. Je crois que nous allons de plus en plus vers un art ouvertement métissé, (ce que j’appelle un bris-collage, dans une sens noble de ce néologisme).

Mais quel est mon rapport à l’exil ? En tant que personne, c’est une histoire assez loufoque. Mes parents étaient directement issus du génocide de 1915. Et  pour ma part, je suis né en France. Vivant en France, comment me sentir exilé, me direz-vous ? Or, justement. Je reste un  enfant du génocide dans la mesure où mes parents m’ont élevé sans le vouloir, c’est-à-dire avec leurs mots, leur mémoire, leur difficulté à s’adapter à un étrange pays, etc. dans le sentiment de l’exil. C’est donc ça, j’ai un sentiment d’exil sans pour autant être exilé puisque je sais que je ne me sentirais ailleurs jamais aussi bien que je le suis en France et qu’en France je rêve d’un autre pays, d’un pays qui soit nôtre, à nous, une Arménie pour Arméniens. Je vis donc constamment avec comme fond de ma conscience ce que le poète Vahé Godel appelle un arrière-pays. Et beaucoup de jeunes compatriotes, plus jeunes que  moi, vivent ainsi. En France, mais préoccupé par un pays où ils ne vivront  probablement jamais, l’Arménie. (Et mon histoire est d’autant plus compliquée que le pays de mes parents n’a rien à voir avec l’Arménie actuelle, située bien plus à l’Est et dont ils n’avaient pas idée). Mon impression d’exil est donc d’éducation. La seule réalité de cet exil, c’est qu’il s’agit d’un exil  hérité.

2 – Être exilé, c’est être ex-quelqu’un, venu de quelque part à la suite d’une violence. C’est être sorti de son île pour devenir un il quelconque, jamais  plus soi-même, c’est-à-dire plus jamais un être accordé à une terre.

L’arrachement fait l’exilé. L’exilé sera désormais un ex-ceci, un ex-cela.
Qu’il le veuille ou non, l’exilé affiche son origine, c’est-à-dire une façon d’être ici et ailleurs. Pour moi, il m’est impossible de me présenter comme Français à part entière, car ce serait mal dire la chose, ni Arménien pour les  mêmes raisons. Mais Français d’origine arménienne. En d’autres termes, je suis  toujours d’origine, condamné à être d’origine. Ainsi, l’exilé est la preuve  vivante que le monde va mal, qu’il est injuste. Il nous fait lire l’état du  monde tel qu’il est. C’est-à-dire la condition même de l’homme. Il rappelle à  l’autochtone que l’exil menace son propre confort. Mais aussi qu’on peut être  un exilé de l’intérieur par rapport à une norme, un consensus, une opinion  commune, l’idéologie dominante, l’ethnie dominatrice. Le chômeur, le handicapé physique ou mental, l’opprimé, l’opposant politique sont autant d’exilés.

Pour en revenir au génocide subi par les Arméniens, le sentiment d’exil se décline aussi bien côté bourreau que côté victime. Le négationnisme est une forme de perpétuation de l’exilé par un exilant.

L’exilé ne peut entrer dans la communauté des hommes tant qu’il sera rejeté par une partie de cette  communauté, une communauté étant de fait la mise en commun de valeurs humanistes. Mais l’exilant, le bourreau, lui aussi s’exile de cette communauté dans la mesure où il récuse le pacte de respect mutuel. Aujourd’hui, les Turcs et les Arméniens, les bourreaux et les innocents, se trouvent inclus dans cette dialectique infernale. L’enjeu, ce sera justement l’entrée de la Turquie dans l’Europe. Laquelle Turquie ne veut pas faire le pas d’une reconnaissance de sa mémoire comme l’a fait l’Allemagne.

3 – Par ailleurs être exilé, n’est pas un état, c’est un acte qui n’en finit pas. L’exilé est toujours en situation d’exil, c’est-à-dire en suspens entre deux mondes : le monde qui a été (familier) et le monde qui est en train de devenir (familier). C’est d’autant plus vrai que la langue de l’exilé est aussi bien une langue perdue, qui est derrière, qu’une langue qui reste à acquérir et qui est devant. Encore cet entre-deux. En fait, l’exilé est désintégré en permanence, et quoi qu’il fasse. Il cherche à recoller les morceaux de sa mémoire pour en faire un avenir. Là où il est, il n’est jamais totalement. Il est parti d’un pays qui l’a refusé (le pays natal) pour ne jamais être en adéquation absolue avec le pays qui l’a accueilli (le pays fatal).

4 – Au passage, le poète, quant à lui, est exilé dans et par la langue. La vraie poésie est au-delà de la poésie (Bataille). C’est la langue qui le lui dit. Il est dans la nostalgie de la langue et chemine vers une perfection de la langue, c’est-à-dire une adéquation parfaite de la langue avec les choses. (Tout le mal de la poésie, ou le malheur du poète, réside dans cette perte, en ce sens qu’elle définit la poésie même. Sans la perte, la poésie n’aurait pas lieu d’être). Plus précisément, la langue est son chemin entre ce que la langue dit de l’éden perdu et d’une adéquation parfaite de soi avec elle. Il est donc exilé, c’est-à-dire en suspens, mais un suspens actif et désespéré.

De fait, toute écriture se situe dans un entre-deux comme l’exilé entre deux langues et deux pays. La métaphore, en ce sens, désigne à celui qui l’invente un autre monde où il n’est pas. Les expériences symbolistes ou surréalistes ont eu l’intuition de ce quelque chose qui est en avant de la langue. Dans la métaphore, on s’étonne de ce que la langue utilise une voie/voix rationnellement fausse pour nous faire atteindre quelque chose à quoi nous adhérons comme vraie. Le poète, c’est un exilé de l’avenir.

La poésie comme absolu du langage invite au dépouillement total, elle invite au dépouillement de sa part d’histoire pour qu’il retrouve son temps intérieur profond. Et ce n’est jamais gagné.

5 – Mais l’exil peut être une chance pour l’humanisation des cultures. Une chance pour la culture d’accueil autant que pour la culture de l’exilé.

D’abord, elle oblige cette culture au dépassement d’elle-même en donnant du sens à sa propre humanité. Que vaudrait une culture qui ne serait pas « humaine » ? Ensuite, la porosité des cultures va créer des passerelles, des expériences de mariages, qui sont des épreuves de vie. Les cultures comme les hommes sont voués au métissage. (« L’avenir est au métissage » disait Léopold  Sédar Sengor). Les plus égocentrées des cultures ne pourront nier longtemps les apports culturels de l’histoire. Les plus ethnocentrés des hommes baignent déjà dans l’évidence de l’interaction des cultures. Quoi qu’ils disent et aujourd’hui plus que jamais. En art, c’est tout autant un fait qu’un mode d’évolution. Que vaudrait Picasso sans l’art nègre ? Van Gogh ou Monet sans les estampes japonaises ? Mais au sein même d’un art, c’est le métissage des techniques qui permet le renouvellement de notre vision du monde. L’art ne cherche qu’à pousser ses tentacules dans toutes les directions. Mieux, nous dirons que tout genre littéraire, par exemple, qui joue avec le métissage permet d’échapper à l’uniformité. On a beau dire de La recherche du temps perdu que c’est un roman, on sait bien que dans ce « roman », il y a du mémorialiste puisque Proust était un lecteur assidu de Saint-Simon, mais également un essayiste à la manière de Montaigne, sans oublier qu’il sut  exploiter à merveille l’intuition de Chateaubriand sur la mémoire. On a donc affaire à un art hybride, mais équilibré et dominé par la facture romanesque.

6 – « Aime, et fais ce que tu veux » disait Saint Augustin. Il faut aimer l’amour donc. La résolution des contraires est dans ce pacte avec le monde tel qu’il est. Je suis un être en suspens. Un être en attente. Or, l’attente est attention. Il n’y a pas mieux que l’exil, en attendant qu’il y ait mieux que l’exil.

Denis Donikian

20 mai 2019

Pashinyan : un faux pas

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 6:41

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Pour le moins, c’est la stupéfaction. Vus de l’étranger, les événements qui agitent l’Arménie ces dernières 24 heures constituent une vraie déception. Celui qui prônait une révolution en douceur en appelle à une certaine radicalisation par le peuple, c’est-à-dire en jetant la foule des affidés contre un système judiciaire qui tarde à adopter la nouvelle mentalité . Jusque-là nous avons cru que la séparation des pouvoirs serait respectée comme le veut toute bonne démocratie. Mais voilà que l’exécutif se mêle de ce qui ne le regarde pas.

Le déclenchement de cet acte anticonstitutionnel, disons plutôt anti démocratique, a été provoqué par la libération de Robert Kotcharian, qui bénéficie en l’occurrence des cautions des deux présidents de l’Artsakh, Bako Sahakian et Arkady Ghoukasian.

Ces faits obligent à nous interroger sur plusieurs points.

En quoi Robert Kotcharian, en tant que citoyen devrait-il être privé du droit au respect de sa personne tant que sa culpabilité n’est pas prouvée. On se demande pourquoi la présomption d’innocence ne lui a pas été accordée. L’Arménie s’est montrée aussi rétrograde que le Japon en la matière, qui a jeté en prison Carlos Ghosn avant même que les procès en accusation aient débuté. Quoi qu’il ait fait, Robert Kotcharian doit se soumettre à la justice dès lors que des griefs pèsent sur son mandat et sur sa personne. Si Pashinyan voulait donner la preuve qu’il est le garant d’une vraie démocratie, le cas Kotcharian est loin de le démontrer. En ce sens, Pashinyan avait à faire appliquer la justice avec le plus de retenue possible, dans le respect des règles, s’il voulait que cette justice fût efficace et non entachée d’actes douteux ou humiliants pour la victime.

Dès lors qu’on agit avec autant d’acharnement vis-à-vis de l’exprésident, celui-ci a tout à fait raison de brandir contre son accusateur le prétexte d’une vendetta politique. Ce qui fait de lui une victime qui attire forcément l’incompréhension et la compassion.

Cette accusation, Pashinyan vient de la renforcer en supportant mal qu’il ait été libéré sous caution. En appeler au peuple pour semoncer les juges d’avoir mal jugé relève de l’ingérence dans les cours de justice.

Par ailleurs, s’opposer à la caution des présidents Bako Sahakian et Arkady Ghoukasian équivaut à se mettre à dos la population du Karabagh, comme si les Arméniens avaient besoin d’une telle division.

De plus, la caution du peuple à laquelle fait appel Pashinyan, Premier ministre, jusqu’à lui demander de descendre dans la rue ou d’investir le palais de justice, rappelle à regret les propos d’Erdogan dans son acharnement à vouloir invalider les élections concernant la mairie d’Istanbul, sous prétexte que cette invalidation reflétait la volonté populaire. Cette volonté populaire qui a porté Pashinyan ne peut être invoquée à tout bout de champ. C’est au parlement et à la constitution de prendre le relai.

Ce qui pourrait excuser Pashinyan, c’est qu’il a forcément une connaissance des affaires arméniennes qui l’oblige à des réponses radicales, dans la mesure où il veut sauver la démocratie au prix de quelques entorses au système de droit. Nul plus que lui qui est au cœur des difficultés que traverse le pays sait quelles forces jouent contre sa personne au profit d’un retour à l’ancien régime. Nul plus que lui sait qui veut sa perte, et par conséquent la perte de la démocratie. La lutte contre la corruption n’est pas sans danger aussi bien pour celui qui la combat que pour le pays même. L’Arménie, à l’heure actuelle, marche sur un fil tendu. Et les nostalgiques du monde perdu, tant en Arménie qu’en Diaspora, se réjouissent des avatars de la nouvelle société. Or, on oublie que c’est la majorité des Arméniens qui a porté Pashinyan au pouvoir et que ce sont les Arméniens d’Arménie qui ont souffert le plus sous les régimes honnis de Kotcharian et Sarkissian. En conséquence, cette souffrance et ce besoin de changement, fussent-il problématiques, méritent d’être respectés. Honte à ceux qui en diaspora se délectent des échecs que rencontre l’Arménie nouvelle. Les échecs étaient inévitables. Les faux pas le sont aussi. Mais l’Arménie avance. En un an, elle a plus fait qu’en 20 ans sous les deux régimes précédents.

Denis Donikian

Je renvoie le lecteur à l’excellent article de Raffi Kalfayan dans les NAM

11 mai 2019

Journal d’un militant

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 5:11

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« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. » (Hannah Arendt)

Nous publions sur notre blog l’article de Manoug Atamian pour plusieurs raisons. La première étant que cet article aura été refusé par tous les médias arméniens auxquels il a été proposé. Et pour cause ! C’est un article critique sur le livre d’un militant connu et qui fourmillerait d’informations fausses ou douteuses. En ce sens, Manoug Atamian, qui déteste qu’on lui fasse avaler des couleuvres, nous alerte dans la mesure où trop souvent les complaisances dont fait preuve une communauté arménienne pétrie de patriotisme ordinaire peut la conduire à gober tout ce qui se dit ou s’écrit. Si être militant d’une cause comme la nôtre est louable, et notre auteur l’est pour avoir joué un rôle probablement important,  il reste que le moi frise le haïssable quand il prend le pas sur le nous. L’article de Manoug Atamian nous ouvre les yeux et c’est tant mieux si tout auteur improvisé prend dans notre communauté le risque d’être contredit ou lu à la loupe. Cela dit, cet article de Manoug Atamian reste de sa seule responsabilité, la nôtre étant de lui donner à la parole.

Denis Donikian

*

 

Dans son « Journal d’un militant » récemment publié et promu à coups de soirées de présentation et d’articles élogieux (avec sa photo en recto verso de la couverture et une troisième sur la tranche du livre !), à la page 179, Ara Krikorian nous apprend la disparition de Franz Werfel le 17 mai 1978 à l’âge de 90 ans. En 1978 ? On l’aurait donc connu de son vivant, l’auteur des « Quarante jours du Musa Dagh » ! Mais non, car dans la même annonce soi-disant rédigée à chaud ce jour-là, on lit à la fin de ce sujet qu’en fait, il est décédé à 54 ans en 1945… Franz Werfel est donc mort deux fois, à 33 ans d’intervalle. Comment peut-on écrire une pareille ineptie ?

Ce « Journal » manifestement remanié pour sa publication (ainsi, comme dans ce cas, à chaque fois qu’un personnage célèbre décède, au lieu d’exprimer les sentiments que lui inspire le disparu ou bien les souvenirs qu’il en a, Ara Krikorian nous sort une « nécro » toute prête, du genre : « il est né en telle année, il a fait ceci, il a écrit cela » etc.), « Journal » dans lequel il nous raconte sa vie, depuis son enfance difficile, puis à travers ses diverses responsabilités dans la F.R.A. ou comme président du CDCA (en évitant comme d’habitude d’évoquer le travail du Centre d’études arméniennes dans l’éveil des consciences durant les années qui précédèrent le cinquantenaire du Génocide). Ce qui lui permet de se donner le beau rôle, fustigeant les uns, de préférence déjà morts, flattant d’autres bien vivants avec force « mon ami » Untel, ou bien en parlant à plusieurs reprises, en tant qu’ancien élève du collège de Sèvres, de sa prétendue proximité avec les Pères mékhitaristes, alors qu’il n’y a passé qu’une année. (7 en ce qui me concerne).

Ara Krikorian poursuit ainsi son chemin dans la lignée de son « Dictionnaire de la Cause arménienne », digne du Guinness des Records en matière d’erreurs ou d’approximations de toutes sortes, dans lequel il compensait ses manques, parfois élémentaires, en matière d’Histoire, par son imagination fertile. Par exemple, en écrivant (page 33) que le fleuve Araxe est la « frontière naturelle de l’Arménie historique »(sic) ou à la page 26 que l’église d’Akhtamar date du VIIème siècle (on n’est plus à trois siècles près…). Il va jusqu’à confondre l’identité de portraits archiconnus, comme la photo de Daniel Varoujan sous laquelle il écrit Bedros Tourian (p.235), ou bien celle de Djemal Pacha sous-titrée Enver Pacha ! (p.95) Souvent, comme dans le cas de Franz Werfel, il donne un renseignement exact, puis il se contredit avec un fait ou une date inventée de toutes pièces. Par exemple, à l’article « NAZIM, Dr » (p.172), il écrit à juste titre que ce bourreau jeune-turc a fini par être exécuté en 1926 par les siens pour avoir comploté contre Kemal, tandis qu’à l’article « OPERATION NEMESIS » (p.179), on apprend qu’il aurait été abattu par Missak Torlakian, donc par un Arménien et plusieurs années auparavant !

Ara Krikorian va jusqu’à confondre sous la même rubrique : DJEMAL PACHA (AZMI), les deux personnages de Djemal Pacha déjà cité, l’un des trois acolytes du Triumvirat jeune-turc, avec Djemal Azmi, vali de Trébizonde, qui organisa l’extermination des Arméniens de sa province, souvent par noyade dans la mer Noire.(p.91) En revanche, ils se retrouvent séparés à l’heure de leur mort, en tombant sous les balles de vengeurs arméniens différents, pour Djemal Pacha en 1922 à Tiflis comme on peut le lire à la fin de cette rubrique, et en ce qui concerne Djemal Azmi à Berlin, en même temps que Behaeddine Chakir, le 17 avril 1922 (en page 69), et un an auparavant, « en avril 1921 », à la page 251.

Une rubrique concerne l’actualité de ce 24 avril : la « DECLARATION DU 24 MAI 1915 », document essentiel dont il a remanié les phrases à sa façon, avec pour résultat d’affadir sa signification, en substituant les termes de « nouveaux crimes de la Turquie contre l’humanité et la civilisation », dont les mots mis en caractères gras  furent utilisés ici pour la première fois dans un texte officiel, par celui de «  crime de lèse-humanité » sorti de son chapeau. Et c’est probablement en se fiant à son « Dictionnaire » que le rédacteur du discours du Premier ministre Edouard Philippe, lorsqu’il a évoqué cette Déclaration des Alliés, lui a fait prononcer, et à deux reprises, ce « lèse-humanité » inventé par le « militant » Ara Krikorian qui se prend pour un historien de la Question arménienne.

Or un « Journal », on peut le jeter par-dessus bord (ne vous inquiétez pas, on nous a annoncé qu’un deuxième tome était en préparation), mais un dictionnaire, y compris malheureusement celui-là, est destiné à demeurer dans les bibliothèques durant des décennies et de servir de « référence », c’est le mot qu’avait utilisé Arpik Missakian à son sujet, et je viens d’en montrer une conséquence fâcheuse.

Dans notre communauté hélas, entre le silence complice des uns et l’ignorance des autres, on peut écrire et publier n’importe quoi et jouer les vedettes, le ridicule ne tue pas.

Manoug Atamian

 

9 mai 2019

TOUMANIAN : interview à radio Arménie, Lyon

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 3:57

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RA : Quelles raisons donneriez vous à un Arménien de France d’acheter les quatrains de Toumanian nouvellement publiés en édition bilingue par Actual Art, l’éditeur Mkrtitch Matévossian à Erevan ?

 

DD : Il y a cinquante ans, je me trouvais à Erevan et on fêtait le 100ème anniversaire de la naissance de Toumanian par une publication en français de son œuvre en 4 volumes. J’en ai beaucoup acheté pour les offrir. Cette année est le 150ème anniversaire. Et j’ai pensé qu’il fallait marquer cet hommage à Toumanian en republiant ces quatrains. Toumanian, c’est notre La Fontaine, son écriture est simple mais savante, profonde mais populaire et ses textes ont forgé la mémoire et l’esprit des Arméniens. Il s’inspire de l’âme populaire et réussit à faire de ce microcosme quelque chose d’universel. Toumanian est un pur écrivain arménien en ce sens qu’il n’imite ni les Russes, ni les occidentaux comme d’autres auteurs. S’il le fait, il donne toujours la prééminence à la langue populaire. En ce sens, Toumanian peut constituer une excellente porte d’entrée de la littérature arménienne dans la littérature mondiale. L’impératif de la reconnaissance du génocide a étouffé nos autres valeurs à commencer par notre littérature. Il serait temps de montrer que les Arméniens valent plus que les commémorations. Leurs écrivains ont à dire des choses au monde. Alors je dis aux Arméniens, achetez nos livres et offrez-les. Et vous ferez de ce cadeau un acte militant.

 

RA : C’est en effet un très beau livre. Je dirais même un livre classieux. Avec des portraits de Toumanian en pleine page, une par année de production. Actual Art a encore fait un excellent travail.

 

DD : Je travaille depuis des années avec Mkrtitch Matévosian, qui en tant que faiseur de livres montre une inventivité et un perfectionnisme qui sont uniques en Arménie. Il m’étonne à chaque fois. Un livre comme Poteaubiographie a même obtenu un prix. Cette fois, les portraits de Toumanian sont dans une technique à base d’argent. Les effets sont superbes. Par ailleurs, j’ai demandé à mon ami, Christopher Atamian, poète et écrivain vivant à NewYork, lauréat du prix Toloyan de littérature en 2017, d’en écrire la préface.

 

RA : En deux mots parlez nous de ces quatrains.

 

DD : Ce sont des sortes de haïku japonais, très brefs, exprimant l’évanescence de choses. Dans le domaine du bref, il y avait avant Toumanian, Nahapet Koutchak lequel exprimait les bonheurs que lui inspirait le spectacle de la vie. Toumanian fait du japonisme mais en mettant l’accent sur la nostalgie, le temps qui passe. C’est pourquoi il nous parle. Et nous n’avons pas besoin d’être arménien pour ça. Ce qu’il disait hier peut être entendu encore aujourd’hui.

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