Ecrittératures

23 septembre 2018

Le vol des oligarques

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 5:05

Prise de Bec

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Les oiseaux volent légers contrairement aux oligarques qui ne volent
que du lourd. C’est pourquoi selon la nature des choses, les oiseaux
n’entreront jamais dans le clan des oligarques, ni les oligarques dans
la catégorie des oiseaux. Ce sont deux mondes qui s’ignorent, quitte à
ce que le vol d’un oiseau puisse faire ici ou là l’admiration d’un
oligarque comme celui d’un vautour en train d’emporter un agnelet pour
le dévorer. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : on ne verra jamais un
vautour s’en prendre à un coffre-fort. Le monde naturel est ainsi fait
que les oiseaux restent dans l’ordre des oiseaux. Alors que toute
oligarchie qui se respecte ne connaît pas d’autre ordre que celui du
désordre. L’oligarchie est une anarchie.

Un oiseau dans les airs vole comme sur du velours. Ca glisse et ça
lisse. L’oiseau se laisse porter par les airs ascendants et économise
ainsi son énergie. En revanche, l’oligarque adore les messes basses et
les basses besognes, quitte à descendre le moindre péquenot qui veut
faire obstacle à l’empire de sa graisse. Et pourtant, le pire que
devrait apprendre à redouter un oligarque, ce sont les réunions
sauvages de tous les péquenots qu’il a dégommés, mais pas assez pour
leur ôter l’envie de lui voler dans les plumes. Ainsi surgissent les
révolutions que l’oligarque n’a pas vu venir tellement elles avancent
en silence en jouant sur du velours. Tant qu’elles se produisaient sur
les places publiques pour divertir le peuple, ces furies faisaient
sourire les oligarques en train de compter leurs grosses voitures, de
nourrir leurs bêtes exotiques ou de baiser une pute pour se donner de
l’extase à vil prix.  Mais dès lors que le peuple trop longtemps violé
par les prédateurs de tout poil s’est mis en tête de bousculer le
désordre établi, les oligarques ont aussitôt appliqué leur plan B en
prenant le premier vol  pour une capitale du capitalisme. Ne vous y
trompez pas, ceux qui font profil bas dans les aéroports, ce sont des
oligarques (par exemple, les dasnaks ne font jamais ça vu qu’ils n’ont
aucune honte à s’exposer à poil de face ou de profil). Généralement,
ils se choisissent la meilleure place : près d’un hublot pour voir les
grands oiseaux voler un temps de concert avec leur avion en phase de
décollage jusqu’au moment où ils seront lâchés loin derrière. C’est
alors qu’ils se sentent soulagés et qu’ils peuvent commander un verre
de cognac à l’hotesse qu’ils se promettent de baiser dans les
toilettes, même si les oligarques de gro/as gabarit du genre Dodi Gago,
notre sumo bien-aimé, savent qu’à deux ils ne pourraient  pas s’en
tirer. Ainsi quittent leur patrie les oligarques sachant qu’ils n’ont
jamais eu d’autre patrie que l’argent. Alors que la seule patrie des
oiseaux, c’est l’air. L’air vaste et libre qui permet d’errer à sa
guise d’un pays à l’autre. Car les oiseaux, êtres marinés d’azur par
excellence, ne connaissent pas les frontières sinon pour les
transgresser. Une cigogne ne sera jamais arménienne ni turque, ni
africaine ni alsacienne. Ce sera toujours une cigogne sans autre
territoire que celui que lui accorde la transcendance du vol, à savoir
le grand espace ouvert jusqu’à l’horizon derrière l’horizon. Alors
qu’un oligarque qui ne peut plus voler ici, volera ailleurs,peu
importe le pays pourvu qu’il fasse son nid. C’est tout lard du cochon
que d’être constitutif de son amour du monde. Lui non plus ne connaît
pas de frontière. D’ailleurs, c’est le seul point qu’il partage avec
les oiseaux.

Pléneuf Val André, le 18 septembre 2018

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10 septembre 2018

Shadi Ghadirian, ou l’éloge de l’oxymore

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 7:55

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Une chose est sûre, la femme est l’avenir de la femme. Partout dans le monde, mais surtout en Iran où elle n’a d’autre avenir que celui d’être défigurée par des voiles de croyances et des préjugés d’homme. Et c’est la femme qui peut seule sauver la femme des clôtures dans lesquelles son destin a été scellé dès sa naissance et à jamais. Surtout si cette femme est une artiste de la dimension de Shadi Ghadirian dont l’œil corrosif de photographe pointe les anomalies d’une culture de l’aliénation, de la défiguration et pour tout dire de la dépersonnalisation. Car si la femme souffre du regard de l’homme, elle seule connaît la profondeur de sa perdition identitaire et elle seule possède les clefs qui la sortiront de son enfermement.

 

L’une des techniques photographiques de Shadi Ghadirian pour casser les codes infertiles de la tradition repose sur l’oxymore, c’est-à-dire la rencontre des contraires. Là où l’œil est habitué à voir des images de normalité, Shadi Ghadirian impose une vision qui contrarie les règles généralement admises. Ce mariage des contraires produit chez le spectateur un inconfort psychologique d’une brutalité telle qu’il pénètre dans son esprit au point de provoquer une véritable piqûre de conscience.

 

Ainsi ses portraits de femmes voilées, entièrement recouvertes, tandis que leur figure reste masquée par un ustensile du quotidien : fer à repasser, théière, gant de nettoyage, râpe, etc. C’est montrer, de la sorte, que la femme est réduite à sa fonction domestique au détriment de son identité.

 

Autres portraits oxymoriques, ceux de femmes prenant la pose affublées du hijab traditionnel mais accompagnées d’objets qui leur sont interdits car ce sont des objets d’homme : guitare, journal, vélo… De fait, Shadi Ghadirian joue de manière ironique sur le mariage de la tradition avec la modernité, sachant que ce mariage est impossible dans une société où la modernité est la propriété exclusive des hommes. En d’autres termes, le photographe montre la cruauté de la situation : les hommes ayant toute liberté pour jouir des nouveautés technologiques ou des loisirs élémentaires tandis que la femme est forcée de croupir dans l’inchangé et le dogme d’une mentalité sclérosée.

 

Dans « Nil, Nil » ( 2008), l’oxymore est encore plus flagrant quand il dénonce le crime, la guerre, ou la bêtise. Ainsi ce porte-cigarettes dans lequel Shadi Ghadirian fait se côtoyer des cigarettes avec une balle. Ou bien elle introduit des balles dans un sac de femme. Ou encore une gourde de soldat dans un réfrigérateur. Certes, on est dans le procédé. Mais ce procédé est constamment opérant. Il déconcerte l’esprit et traduit une présence explosive par le fait que les objets quittent leurs lieux habituels pour en habiter d’autres en intrus. Ainsi le mélange des lieux et des objets qui leur sont attachés produit des images mentales inédites venues d’une réalité plus vraie que celles offertes par la culture dominante.

 

L’ironie de Shadi Ghadirian éclate quand elle affuble des objets de soldats (casque, ceinturon, gourde, caisse à munitions) d’un ruban rouge soigneusement noué comme pour un cadeau. Là encore, l’oxymore fait son jeu et bat son plein.

 

On voit qu’avec ses photographies, Shadi Ghadirian jouit de son art comme d’un instrument de protestation politique. L’artiste est politique quand il se mêle de dénoncer les méfaits des préjugés engendrés par les rites figés de la tradition. En ce sens, l’artiste, si tant est qu’il respecte sa fonction, est toujours dans une opposition à l’imbécillité ambiante sinon aux formes de dénaturation sociale.

 

Or, si la femme dénaturée est son sujet de prédilection, le thème qui la hante, le souci qui l’anime, Shadi Ghadirian sait jouer sur les variations pour éviter l’ennui du répétitif. Ce qui frappe chez elle, c’est sa capacité à renouveler le concept, à épuiser son idée jusqu’à la corde. Ainsi fait-elle avec son exposition « Be colorful » de 2002 où elle introduit la couleur et produit avec subtilité des déchirements de hijab propres à symboliser les déchirures faites à l’âme de la femme, comme si, dans le fond, cette femme était condamnée à croupir derrière une vitre. On se demande même si dans ce cas ce n’est pas la vertu obligée, enchaînée, aliénée qui se tient derrière une vitrine ainsi exposée, à l’instar des prostituées de certains pays qui se produisent pour appâter le client.

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Dans « Miss Betterfly » (2011), la femme est mise en scène avec d’immense toiles d’araignée. Mais des toiles qu’elle semble tisser elle-même. Or, quand on sait que la toile tissée par l’araignée est un piège à papillons (entre autres), on se demande si Shadi Ghadirian n’a pas voulu dire que la femme posait elle-même les conditions de sa propre aliénation. Comme si elle était une victime consentante, une victime propre à se perpétuer pour maintenir la tradition, fût-elle une tradition aberrante.

 

Photographe universelle car elle introduit le débat au cœur des sociétés qui humilient, manipulent et qui piègent le vivant au nom d’intérêts contre nature, Shadi Ghadirian résume son époque en prenant la femme comme le parangon des pires offenses faites à la vie, à la joie de vivre, à la beauté d’un monde qui n’a d’autre vocation pour être que d’échapper aux entraves et aux oppressions.

 

Donikian

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19 août 2018

Kotcharian a-t-il jamais aimé l’amour ?

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 3:35

 

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Contrairement à ce que pensent les politiques, la politique est une affaire de cœur pas de cerveau. C’est le cœur qui doit dicter au cerveau les lois de la république. Pas ce cœur qui n’aime que la nation à laquelle on appartient, mais le cœur qui aime l’autre quel qu’il soit. Et on a tort de solliciter le cœur sous le seul prétexte de vouloir humaniser les règles de la démocratie. C’est que, quoi qu’ils le disent, les présidents manquent de cœur et ne font parler que leur cérébralité. Pour exemple, on reproche à Macron d’être trop loin des gens, à Poutine, monstre froid, de rester inflexible à l’idée que son opposant Oleg Sentsov est en train de mourir d’une grève de la faim, à Donald Trump de séparer une mère de son enfant, à la Birmanie de chasser les Rohingyas et au Bengladesh de vouloir les confiner sur une île inondable. L’action des humanitaires est la preuve flagrante que les politiques manquent d’humanité, à savoir de cœur. Ils n’aiment pas l’amour qui les conduirait à brader les intérêts de leur nation alors qu’il est le garant de sa prospérité. Ainsi donc, le patriotisme n’est qu’un amour de soi, qui se gère avec le cerveau.

 

A propos de l’emprisonnement de l’ex-président Kotcharian, certains ont cherché à démontrer que la nouvelle Arménie, dans sa volonté d’apurer les comptes d’une période puant le marigot et pour ainsi dire de permettre au peuple arménien de faire son deuil de ces hommes politiques qui l’ont forcé à l’humiliation des urnes et à une précarité croissante, pourrait manquer de cœur, sinon de justesse dans l’appréhension globale d’un fait de justice aussi complexe. Pour autant, ils se gardent à juste raison d’exempter Kotcharian des multiples abus de pouvoir, manifestes ou secrets, évidents ou cachés, même si, quoi qu’il ait fait ou défait, un président tel que lui serait en droit d’être respecté dans la mesure où durant plusieurs années il aura défendu avec cérébralité et pugnacité les intérêts du Karabagh et de l’Arménie. L’emprisonnement serait d’autant plus injustifié que la procédure est encore au niveau de l’enquête, sachant, comme le prétend le procureur, que les preuves sont plus que suffisantes, et que l’homme s’est présenté spontanément à la convocation qui lui avait été envoyée, sans chercher à fuir ses responsabilités.

 

Il est vrai que cet emprisonnement qui donnait l’impression d’être précipité pouvait être considéré comme l’effet d’une rancune éprouvée par un peuple contre un responsable politique qui n’a pas su l’aimer. Mais si elle est légitime dans ce genre d’affaire, l’émotion ne saurait s’exprimer au détriment du seul recours au droit. On voit bien que cet empressement à mettre sous les verrous un président dont le mandat fut non seulement controversé mais aussi largement négatif pour avoir installé dans son pays une sorte de jungle favorable aux esprits prédateurs, relève d’une volonté qui n’est pas très éloignée d’une riposte enfin devenue possible, sinon d’une vengeance. Or, on oublie que la meilleure façon de rendre à Kotcharian la monnaie de sa pièce, c’est d’agir en se gardant bien de suivre son modèle de pouvoir arbitraire, mais de se comporter avec humanité et conformément au droit contre lui qui manquait de l’une et qui se moquait bien de l’autre.

 

Pourtant, on se demande si un président qui a fait fi des impératifs du droit durant son mandat et qui sous son régime s’est bien gardé de juguler la corruption ou d’interrompe l’émigration des Arméniens, devrait encore bénéficier des règles qu’il a bafouées. Les Roumains n’ont pas été embarrassés ni par des lois ni par des scrupules humanitaires lorsqu’il a fallu juger le couple Ceausescu, lequel par sa mégalomanie et ses instincts prédateurs a directement et indirectement exercé sur le peuple roumain une violence morale et matérielle sans précédent.

De fait, la première chose que le droit requiert en matière d’inculpation est la présomption d’innocence. Tant que l’enquête n’a pas été menée jusqu’au bout, que les torts n’ont pas été indubitables, les abus suffisamment dénoncés et documentés, Kotcharian devrait être à l’abri de toute incarcération. On oublie en effet dans cette affaire ce principe fort de la présomption d’innocence qui reste la clé de voûte d’une démocratie fondée sur les droits des individus. D’autant qu’un président dans un moment de crise aiguë peut être amené à jouer avec le feu. Pris entre plusieurs issues, il choisit de sacrifier quelque chose au nom du bien général. Dès lors que dire si le pays passe la crise à la faveur de certaines transgressions ? Certes, tout le monde ne voit pas le problème de cette façon – à commencer par nous-même. Dans le fond, ce qui a toujours manqué à l’Arménie durant les décennies de son indépendance, c’est la pratique pleine et entière de la démocratie. De celle qui tente de se faire entendre aujourd’hui. Et aujourd’hui, ces bombes à retardement éclatent au nez des personnes qui les ont fabriquées.

Retenons aussi que l’Arménie n’est pas dans une situation normale ; elle reste un pays en guerre. Or, un pays en guerre est un pays fragile, un pays où le stress sévit aussi bien aux frontières qu’à l’intérieur. Un pays où les décisions sont des décisions prises dans l’urgence. Ces forces contradictoires – démocratie et sécurité – n’ont certainement pas été faciles à gérer. C’est pourquoi, la constitution, sur l’impulsion du président, s’était dotée d’un article qui avait pour vocation de prévenir toute condamnation du dit président et de garantir son immunité. Dès lors, l’emprisonnement de Kotcharian devenait forcément anticonstitutionnel. Certes… Mais ce tour de passe-passe, inventé par le président lui-même pour échapper à toute poursuite, devait-il pour autant faire de lui un monarque de droit divin, à savoir un homme qui n’aurait de compte à rendre qu’à Dieu ? Il est certain que les fraudes électorales ont mis en place des députés que les suffrages réels des Arméniens ne pouvaient avoir mandatés pour les représenter. Cela veut dire que la constitution, quelle qu’elle soit, n’est qu’une mascarade. On ne voit pas comment ce peuple arménien qui descendait massivement dans les rues, qui manifestait de meeting en meeting contre le pouvoir aurait été à même d’approuver une loi mettant le président à l’abri de tout procès.

 

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Mais si l’homme de pouvoir peut se tromper dans la précipitation, il reste que son devoir l’oblige à faire des choix justes dans le long terme pour assurer le bien-être moral et physique des individus. Or, les choix justes sur le long terme sont des choix qui reposent sur l’amour plutôt que sur des lois qui appauvrissent le peuple et les libertés. Malheureusement, les choix justes d’un homme comme Kotcharian auront bénéficié prioritairement à sa propre personne et à ses affidés au détriment du reste de la population. Pour le moins, il est difficile, concernant un si petit pays aux si grandes difficultés économiques, d’admettre que son dirigeant vive dans un certain luxe quand les citoyens doivent trimer pour assurer le pain quotidien. Inadmissible que ce luxe se soit constitué durant son mandat tandis que la population plongeait de jour en jour dans le marasme.

Comme nous l’avons dénoncé ad nauseam dans nos chroniques, il est insupportable que la population arménienne ait eu à souffrir de la corruption endémique qui a sévi durant les décennies de l’indépendance, à commencer par les années Kotcharian. Grâce cette indépendance retrouvée, l’Arménie appartenait enfin aux Arméniens et l’occasion leur était donnée d’en faire un pays juste, fondé sur la confiance démocratique. Mais non, cette corruption est devenue à ce point omnipotente que les Arméniens devaient au quotidien composer avec elle sans en avoir souvent les moyens, étant donné que le travail manquait et que l’argent lui-même faisait défaut qui devait servir à alimenter la machine machiavélique tournant à plein régime.

Un Arménien de la diaspora, habitué à vivre dans un pays policé et relativement construit autour de l’épanouissement de l’individu, ne pourra jamais imaginer quelle entrave à la vie constitue cette corruption dont tout le monde parle mais que personne n’a jamais vue ni éprouvée. La corruption n’est pas seulement liée aux monopoles dont jouissent les oligarques, permettant ainsi l’enrichissement des plus riches. Ce n’est pas seulement l’impunité de ceux qui se croient tout permis sous prétexte qu’ils gravitent autour du pouvoir. Dans le fond, ces modes de corruption ne toucheraient pas directement la population et resteraient quasiment invisibles s’ils n’engendraient des dommages collatéraux et s’ils ne s’égrenaient dans les sphères plus basses de la société au point de la gangrener tout entière.

Lors de mes randonnées dans le pays profond, plus précisément à quelques kilomètres de Tatev, au village d’Aghvani, je me suis retrouvé dans une famille arménienne qui m’avait invité à prendre le café. Sont venus se joindre à nous en voisins une mamie et un jeune homme. Au fil de la discussion, il s’est avéré que les reins de ce jeune homme semblaient s’épuiser. J’ai essayé de lui indiquer quels étaient les critères d’un dysfonctionnement rénal. Mais comment lui faire comprendre que l’un des marqueurs du rein était le taux de créatinine dans le sang ? Toujours est-il que ce jeune homme semblait enfermé dans sa maladie ( et moi dans mon impuissance) et qu’il n’avait aucune perspective pour résoudre son problème.

Il faut préciser que les centres de dialyse en Arménie se trouvent essentiellement dans la capitale et qu’un dialysé doit impérativement « passer à l’essorage» trois fois par semaine. Par ailleurs, toute dialyse implique au préalable la pose d’un cathéter et d’une fistule. Celle-ci, quand elle devient fonctionnelle, prend le relai du cathéter qui peut alors être enlevé. On peut supposer à quels problèmes financiers allait être confronté ce jeune homme pauvre si son dysfonctionnement rénal devait atteindre le stade terminal. En principe, en Arménie les soins sont gratuits. Mais comme on l’imagine, la corruption change toutes les données du système de santé. Par ailleurs, dans ce pays qui se croit européen, les mentalités n’admettent pas le don d’organe, sauf à la rigueur au sein d’une même famille. Ce qui veut dire qu’un insuffisant rénal en Arménie a de grandes « chances » d’être dialysé à vie s’il ne meurt pas avant faute d’argent.

Prenons un cas concret, celui de Mariné (le nom a été changé), Arménienne d’Arménie qui, après maints déboires dans son pays, a la chance d’avoir été admise en France pour y être dialysée. Mariné enseignait comme assistante à l’université. Son salaire mensuel était de 62 000 drams, soit environ 102 euros. Son mari travaillait 6 mois dans l’année en Russie. Leur fils était employé dans une entreprise étrangère. (Précisons qu’un retraité reçoit 16 000 drams mensuels, soit environ 30 euros. Seuls sont gratuits les soins d’un retraité handicapé). Le jour où elle a appris que ses reins ne fonctionnaient plus fut pour Mariné et sa famille un jour de catastrophe. A commencer par les problèmes économiques que cela a occasionné dans le foyer. En effet, pour la pose d’un cathéter et d’une fistule, Mariné a dû sortir de sa poche 230 000 drams (soit 411 euros) qui passèrent directement dans celle du chirurgien. Mais pour être admise en dialyse, elle a dû verser au centre 600 000 drams (soit 1 074 euros). Pour cela, la famille a dû vendre sa voiture. Les médicaments restent à la charge du patient, en espérant qu’ils soient de qualité. Un Arménien de la diaspora qui se fait dialyser en Arménie doit débourser 100 euros par séance.

On voit que la mentalité du business gangrène aussi les services de santé. Il n’est pas bon en Arménie de tomber gravement malade. Mais le lecteur aura remarqué que ce système corrompu établit une discrimination par l’argent. Ceux qui peuvent sont relativement sauvés, ceux qui ne peuvent pas peuvent crever. Sans oublier que les hôpitaux ne sont pas des biens publics, ils appartiennent souvent à des gens gravitant autour du pouvoir, comme celui de Massiv qui est la propriété du gendre de Serge Sarkissian… L’hôpital est donc devenu un tiroir-caisse et les Arméniens des cobayes et des vaches à lait.

C’est cela aussi la corruption, un système économique pervers où s’expriment seuls les instincts des plus forts, lesquels n’ont d’amour pour le peuple arménien que celui de leurs intérêts propres. En ce sens, on n’est pas loin de penser que les Arméniens les plus à même de faire prospérer l’Arménie sont à l’image de Kotcharian. Dans leur course à la grande bâfrerie de la vie, ce n’est plus le cœur qui parle….

 

Denis Donikian

21 juillet 2018

Los Caballos Paradjanov ( Les chevaux Paradjanov)

Filed under: ARTICLES,LIVRES,Uncategorized — denisdonikian @ 5:25
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A l’occasion  de sa traduction  par Ana Arzoumanian et Cristina Bourette publiée en Argentine.

 

 

Los caballos Paradjanov

 

J’ai écrit ce livre, Les Chevaux Paradjanov, parmi les premiers de mes livres, à un âge où je me sentais de plus en plus heurté par le monde des hommes forts. Juste avant, mes textes avaient été écrits sur le génocide des Arméniens puis sur mon expérience soviétique puisque j’avais vécu deux ans sous ce régime comme étudiant. Mon écriture est née de la conjonction de ces deux prises de conscience, le monde génocidaire et le monde totalitaire. Paradjanov est venu juste après comme un homme à sauver. Je suis encore fier d’avoir contribué à sauver Paradjanov en militant, en écrivant et en le rencontrant. Contribuer dans sa vie ne fût-ce qu’une fois à sauver un homme des griffes des hommes forts, ce n’est pas rien.

Les Chevaux Paradjanov est l’expression d’une colère inutile. D’une colère qui se sent inutile contre les hommes qui sont plus forts qu’elle. En ce sens, c’est une colère poétique. C’est de la poésie au service d’une colère. Et oui, Les chevaux Paradjanov est un livre inutile. Mais que serait un pays où tous les livres publiés seraient utiles ? Ce serait un pays invivable car tout y serait codifié. Un pays amputé de son imaginaire. Un pays où ne se publieraient que des recettes, même des recettes pour faire de la poésie. De la poésie sans colère, de la poésie aseptisée.

Qu’un pays comme l’Argentine publie Les chevaux Paradjanov est le signe que la colère y est vivace et l’imaginaire toujours d’actualité. C’est le signe qu’une poésie inutile y a encore son utilité, celle de défendre la générosité naturelle du monde contre ceux qui veulent la remplacer par la force, la force de la raison, la force de la destruction, la force de la raison destructrice telle qu’elle s’exprime à travers un régime génocidaire ou un régime totalitaire.

Il faut sauver Paradjanov !

Denis Donikian

 

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19 juillet 2018

Y a le feu aux soutanes !

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,E VIVA ARMENIA ! — denisdonikian @ 3:48

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Avec une chaleur estimée à 45° en ce mois de juillet dans la plaine de l’Ararat, les esprits gonflent et les soutanes brûlent par le bas. Oui, par le bas, car tout le monde sait que l’homme destiné aux enfers commence à brûler ici-bas, pour se consumer progressivement par la tête dans l’au-delà.

Voici quelques jours, chauffés à blanc par une colère trop longtemps rentrée, des opposants au PDG d’Etchmiadzine s’en sont pris directement à sa personne en bloquant sa voiture. L’homme a dû prendre son bâton de pèlerin pour finir les quelques mètres qui lui restaient sous les huées. Du jamais vu.

Il faut dire, et nous l’avons dit à maintes reprises contrairement à ceux qu’inhibe le tabou de l’Apostolique Église Arménienne, que le PDG d’Etchmiadzine aura tout fait pour exaspérer les esprits. A commencer par ce qu’il n’a pas fait pour soulager la misère des pauvres en se situant du bon côté du fléau Sarkissian.

Et pourtant ce n’est pas qu’il lui manquait des moyens. Il avait su mettre de côté plus d’un million de dollars dans une banque suisse en prévision des malchances qui devaient mettre à la misère des Arméniens. Or, les Arméniens victimes de malchance en Arménie sont légion. Il est vrai que ce million caché dans la banque suisse HSBC n’y suffirait pas. Mais certains pensent qu’en l’utilisant à bon escient et en bon Nersissian,  il y aurait possibilité de soulager quelques âmes nécessiteuses. Toujours est-il que ce million enfle d’année en année en faisant des petits au lieu de diminuer en volume pour soutenir les floués de l’Arménienne Église Apostolique, soit en leur offrant le gîte, soit en leur offrant le couvert. Bien sûr, en attendant que le catholicos se bouge le cul, la diaspora alimente dans l’urgence des restaurants du cœur destinés aux infortunés de la vertu patriotique pendant que l’autre braille des psaumes en pensant à sa fortune.

De fait, se conduisant comme un chef d’entreprise faute d’avoir assez d’étoffe pour se conduire en chef spirituel des Arméniens, Karékine II sent de plus en plus gronder le vent des frondes qui a su déloger en un tour de main le président et Premier Ministre Serge Sarkissian, et Taron Markarian, maire de Erevan, au retour de cette même main.

Cette tempête à coup sûr devrait  gonfler sa soutane et l’emporter dans les airs même si le bougre s’accroche aux accoudoirs de son siège et commence à avoir la nostalgie des honneurs rendus à son rang et des petits déjeuners composés invariablement d’un œuf dur pondu de frais par les poules mouillées de la diaspora et de confitures d’abricot offertes par les  ouailles confites du pays arménien.

Tout cela n’est pas réjouissant ni pour le saint homme ni pour les fervents de l’Église Arménienne Apostolique, incapables de voir d’un mauvais œil les turbulences qui secouent le Siège vu qu’ils ont toujours préféré l’aveuglement à la lucidité même quand on cherchait à leur ouvrir les yeux.

Il est vrai qu’on peut être triste au spectacle du monastère de Tatev converti en Tour Eiffel en vue d’augmenter le business de nos patriotes les plus haut placés. Triste que les couvents autrefois habités par la ferveur et le chant religieux soient depuis tant d’années livrés à la végétation sauvage et au vide actif.

Ce qui manque à l’Arménie et aux Arméniens, c’est l’Esprit. Et ce n’est pas un catholicos oligarchique qui fera changer la tendance au matérialisme dans laquelle se complait un peuple qui se targue d’être la première nation chrétienne.

L’Esprit commence par la compassion. Et ce catholicos là en manque sévèrement.

L’Esprit, c’est la compassion gratuite mais aussi la ferveur gratuite, celles qui se donnent sans compter.

Or, en Arménie tout se compte. Même les comptes à rebours pour ceux qui ont fait de l’égoïsme financier un conte personnel et un sport national.

 

Denis Donikian

18 juillet 2018

Du rotavirus à Jérôme Cahuzac

Filed under: APPEL à DIFFUSER,ARTICLES,La SANTE en QUESTIONS — denisdonikian @ 7:51

Rotavirus : le vaccin qui TUE des bébés

 

SANTE CORPS ESPRIT par Hervé Bazin

Cher(e) ami(e) de la Santé,

Imaginez que votre enfant décède simplement parce que vous avez accepté de le vacciner contre la banale « gastro-entérite ».

Vous aviez fait confiance à votre pédiatre, qui vous a prescrit le vaccin. Vous aviez fait confiance au Haut Conseil de la Santé Publique, qui avait officiellement recommandé ce vaccin pour tous les nourrissons[1].

Mais quelques jours après avoir vacciné votre nourrisson, c’est le drame : votre bébé pleure sans s’arrêter, il vomit, il a de la fièvre… et vous retrouvez du sang dans sa couche.

Vous l’emmenez en urgence à l’hôpital, où les meilleurs médecins s’activent pour le soigner.

Mais bientôt, on vous annonce la mort de votre bébé.

Ce cauchemar, il a réellement été vécu par deux familles entre 2012 et 2014.

Les graves effets indésirables du vaccin contre la gastro

C’est la très officielle Agence Nationale du Médicament (ANSM) qui l’a révélé dans un rapport publié en février 2015[2].

Après avoir analysé tous les « accidents » survenus à la suite des vaccins Rotateq et Rotarix contre le rotavirus (qui cause la gastro), elle conclut :

    • Pour le Rotarix : 161 évènements « graves », dont 35 cas d’invaginations intestinales aiguës, trois d’entre elles étant particulièrement graves : « 2 hospitalisations en réanimation et 1 décès » ;
  • Pour le Rotateq : 40 évènements graves ont été rapportés, avec 12 cas d’invaginations intestinales aiguës, « dont un ayant évolué vers le décès ».

Devant cet aveu « officiel », les titres de presse furent sans ambiguïté :

« Deux bébés sont morts après avoir été vaccinés contre la gastro-entérite » (Le Monde, 1er avril 2015)

« Des vaccins contre la gastro-entérite ont bien causé la mort de deux bébés » (Le Figaro, avec AFP, 31 mars 2015)

(Je les cite pour ceux qui croient encore que les vaccins n’ont jamais d’effet indésirable grave).

Devant le scandale, les autorités ont alors été bien obligées de faire marche arrière.

Le Pr Daniel Floret, président du Comité technique français des vaccinations a déclaré sur TF1 que « avec ces effets adverses tout à fait inquiétants, nous sommes en train de réévaluer la balance entre le bénéfice et le risque »[3].

Puis, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a fait un virage à 180 degrés :

« Du fait de l’évolution défavorable de certains cas rapportés d’invagination intestinale aiguë (décès, résections) et ne pouvant exclure que de telles situations se reproduisent, le HCSP suspend la recommandation de vaccination des nourrissons contre les infections à rotavirus en population générale »[4].

Tant mieux.

Mais cela ne fera pas revenir à la vie les nourrissons victimes de ce vaccin pourtant recommandé en 2013.

Cette affaire est particulièrement grave, car ces morts auraient dû être évitées.

Mais avant d’entrer dans les détails (terrifiants) de ce dossier, j’aimerais vous poser une question.

À la lumière de cette affaire, faites-vous une confiance aveugle à nos autorités, quand elles nous assurent aujourd’hui que les 11 vaccins obligatoires sont sans danger pour nos enfants ?

Qu’est-ce qui nous prouve qu’elles ne « changeront » pas d’avis, dans quelques années, quand d’autres scandales éclateront ?

Ce risque est d’autant plus grand que le cas du rotavirus est la preuve que quelque chose ne tourne pas rond dans le monde des vaccins.

Si vous en doutez, je vous décris en détail cette terrible affaire ci-dessous (mais si vous êtes pressé, je vous invite à passer directement à la dernière section et mon anecdote « croustillante » sur Cahuzac et Big Pharma).

On savait déjà que ce vaccin pouvait tuer !

Déjà, il faut bien comprendre que la gastro-entérite, elle, ne tue pas les nourrissons.

C’est uniquement la déshydratation causée par la gastro qui peut causer des complications.

Mais pour éviter cette déshydratation, il existe une solution très simple et peu coûteuse : il s’agit de « solutés de réhydratation orale » (SRO), vendues 6,2 euros en pharmacie !

Comme le dit bien la pédiatre, le Dr Claudina MichaTeitelbaum :

« Il ne semble pas très difficile de prescrire du SRO à tout nourrisson sortant de la maternité de la même manière qu’on lui prescrit de la vitamine D ».

Et pourtant, cela n’a jamais été recommandé, ni même envisagé !

Est-ce parce que les vaccins Rotarix et Rotateq coûtent 131 et 150 euros, donc sont beaucoup plus rentables pour les labos ?

On peut se poser la question, quand on sait que les effets secondaires graves du vaccin étaient connus depuis longtemps !

Le tout premier vaccin contre le rotavirus, le Rotashield, a été commercialisé au début des années 2 000 aux États-Unis… et a été très vite retiré du marché suite à des cas d’invaginations intestinales et du décès d’un nourrisson[5].

Exactement ce qui s’est passé en France récemment, avec les vaccins de seconde génération !

Mais on n’a voulu tirer aucune leçon de cette première expérience désastreuse.

Personne ne s’est demandé pourquoi les « essais cliniques » n’avaient pas décelé ce risque de décès de nourrissons.

La raison est pourtant simple… et vaut pour tous les vaccins : pour déceler un risque rare, il faut faire des études sur des centaines de milliers d’enfants !

Pour avoir une chance de détecter cet effet indésirable grave avant la mise sur le marché, il aurait fallu tester le vaccin sur 250 000 enfants ![6]

Or les études qui permettent de mettre un vaccin sur le marché ne sont généralement réalisées que sur 5 000 enfants maximum !

Dans ces conditions, il est impossible de déceler des décès rares causés par les vaccins (quels qu’ils soient) !

Avec un échantillon de 5 000 patients, si un bébé meurt dans le groupe qui a reçu le « vaccin », et aucun dans le groupe « placebo », les statisticiens diront forcément que cette mort est due « au hasard ».

Il a donc fallu attendre la généralisation du vaccin dans toute la population pour qu’on se rende compte qu’il pouvait tuer des bébés !

Et encore, il a fallu pour cela un « concours de circonstances » très favorable :

Ces morts qu’on ne veut pas voir

Comprenez bien une chose : si les autorités ont reconnu la responsabilité du vaccin rotavirus dans la mort des nourrissons, c’est uniquement parce qu’il ne fait aucun doute médical que ce vaccin peut causer des invaginations intestinales.

Le lien de cause à effet entre le vaccin et les invaginations est évident pour tout le monde.

Mais il existe quantité d’effets secondaires moins évidents à « relier » aux vaccins.

Par exemple, si vous lisez le rapport de l’ANSM, vous vous rendez compte que ce sont peut-être trois bébés (et non pas deux) qui sont morts des suites du vaccin anti-rotavirus :

Un cas marquant d’entérocolite nécrosante d’évolution fatale chez un enfant vacciné par Rotateq® a été discuté lors du comité technique. Un total de huit cas d’entérocolite chez les patients vaccinés par Rotateq® est enregistré dans la base de données Eudravigilance.

Conclusion des auteurs : « même si le lien entre Rotateq® et l’entérocolite ne peut être affirmé, il ne peut être exclu dans la mesure où des entérocolites sont rapportées avec le rotavirus sauvage ».

Traduction : le Rotateq est peut-être responsable de ces 8 cas d’entérocolite, dont l’un a causé la mort du bébé.

Ici, on est dans une situation intermédiaire : il y a de bonnes raisons de penser que le vaccin peut causer des entérocolites, mais on n’en est pas sûr.

Mais il y a aussi les cas où les vaccins peuvent causer des dégâts totalement inattendus – et dans ce cas, vous pouvez être sûr que personne ne s’en rendra compte !

C’est le cas par exemple du lien entre la pneumonie et le Rotarix.

Dans les études cliniques réalisées sur le Rotarix, on s’est aperçu que les bébés vaccinés avaient deux fois plus de pneumonies que les autres.

Mais comme l’échantillon était modeste, et qu’on ne connaît pas de lien biologique évident de cause à effet entre le vaccin et la pneumonie, on a « laissé couler ».

L’agence américaine du médicament, la FDA, s’est contentée d’une ligne dans un rapport, observant que, d’après une étude réalisée dans 6 pays européens :

« Les décès de nourrissons liés à une pneumonie étaient significativement plus élevés pour le groupe qui a reçu le Rotarix par rapport à celui qui a reçu le placebo »[7].

Pour une personne normalement constituée, ces résultats sont TRES inquiétants.

Mais pas pour nos « autorités », qui s’abritent derrière l’absence de lien biologique évident entre rotavirus et pneumonie.

Pourtant, ce lien n’a absolument rien d’invraisemblable, quand on sait à quel point les virus, comme les bactéries, « s’équilibrent » entre elles.

Il est tout à fait possible que les bébés infectés naturellement au rotavirus puissent bénéficier d’une protection accrue contre les infections respiratoires !

Mais comme on ne peut pas le prouver, on s’empresse de cacher ces résultats sous le tapis !

Quant à la « pharmacovigilance », c’est-à-dire aux accidents rapportés « après coup », on peut être sûr qu’elle ne fera jamais le lien !

Aucun pédiatre n’imaginera jamais que la mort d’un nourrisson par pneumonie a été causée indirectement par le vaccin contre la gastro-entérite !

Ce genre d’effets « ricochet » du vaccin ne peut être décelé que dans des études cliniques (contre placebo)… mais comme vous l’avez compris, ces études ne comportent jamais assez d’enfants pour déceler avec certitude la totalité des effets graves !

Conclusion : les effets indésirables graves des vaccins sont TOUJOURS sous-estimés !

Voilà pourquoi le principe de précaution doit être appliqué aux vaccins, qu’il ne faut utiliser qu’en cas de menace grave et évidente pour la santé publique

…ce qui n’est absolument pas le cas de la gastro du nourrisson !!

C’est du simple bon sens.

Mais hélas, le bon sens est désormais noyé sous le lobbying intense de Big Pharma !!

Et dans le cas du vaccin contre le rotavirus, on connaît au moins un des hommes qui a joué un rôle non négligeable dans son approbation :

Quand Jérôme Cahuzac s’active pour généraliser le vaccin anti-rotavirus

Si quelqu’un est « mouillé » avec l’industrie pharmaceutique, c’est bien Jérôme Cahuzac.

Pas seulement parce qu’il a été officiellement consultant du laboratoire Pfizer de 1993 à 1995.

Grâce à l’enquête des juges sur son « compte en Suisse », on en a appris de belles sur son compte !

Lorsque les juges lui ont demandé d’où venaient les millions de francs déposés sur son compte secret en Suisse, il a dit et répété que ces sommes lui avaient été virées… par des laboratoires pharmaceutiques !

D’après les juges qui l’ont interrogé :

« Il pense que les deux entrées de 817 500 francs le 4 janvier 1993 et de 504 000 francs le 7 mai 1993 proviennent de Pfizer. Mais en dehors de ces deux virements (qui représentent 1,3 million de francs sur un total de 3,2 millions de francs), Jérôme Cahuzac n’a fourni aucune explication sur l’origine des autres virements, si ce n’est qu’il a indiqué avoir travaillé pour d’autres laboratoires, tels Pierre Fabre, Roche, Sandoz, UPSA »[8].

Lors de son procès en septembre 2016, il a même lâché une petite « bombe ».

Il a déclaré que cet argent lui avait été viré par les laboratoires pharmaceutiques pour financer l’éventuelle campagne présidentielle de Michel Rocard en 1995 !

« À l’époque, c’était banal. Tout le monde l’a fait », a déclaré Cahuzac lors de son procès. « L’industrie pharmaceutique a financé tous les partis politiques »[9] !

Vous voyez le contexte ?

Maintenant, pensez-vous que ce soit un hasard si le même Cahuzac a interpellé officiellement la Ministre de la Santé en 2009 en ces termes :

M. Jérôme Cahuzac attire l’attention de Mme la ministre de la santé et des sports sur la vaccination contre le rotavirus. En effet, le Comité technique des vaccinations a émis un avis en 2006 ne recommandant pas la vaccination contre le rotavirus généralisée (…) Les vaccins sont disponibles, efficaces et sûrs. Il demande donc à la ministre de veiller à ce que le Comité technique des vaccinations étudie à nouveau la question de la vaccination anti-rotavirus et de rendre son avis dans des délais rapides »[10].

Est-ce un hasard complet si le Haut Conseil à la santé publique va finalement lui donner raison en 2013, quelques mois après son passage dans le gouvernement de François Hollande ?

Peut-être, peut-être pas.

Mais ce qui est sûr, c’est que Jérôme Cahuzac n’est qu’un relais parmi des milliers d’autres du puissant réseau d’influence des géants de la pharmacie.

Et voilà comment on a autorisé et même conseillé de donner à des nourrissons un vaccin dangereux pour les protéger contre une maladie qui ne l’est pas !

Bonne santé,

Xavier Bazin

PS : je ne voulais pas être trop long, mais pour être parfaitement complet sur ces fameux vaccins rotavirus, sachez que :

    • 40 % seulement des gastro-entérites des nourrissons sont dues au rotavirus – les autres peuvent être causées par des bactéries ou d’autres virus ;
    • Il existe de nombreuses souches du rotavirus, mais le vaccin ne protège que contre un quart d’entre elles : il faut donc s’attendre à ce que les autres souches prennent la place des quatre visées par le vaccin, comme cela s’est produit dans d’autres cas ;
  • Et en 2010, on a appris que les vaccins anti-rotavirus avaient été contaminés par de l’ADN et des particules virales de circovirus porcin(bien entendu, les autorités se sont empressées de déclarer que ce n’était pas bien grave).


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29 mai 2018

De la passion patriotique (3 et fin)

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 1:54

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3

 

Ce qu’ont réussi les trois présidents de l’indépendance de l’Arménie, c’est d’avoir accumulé de la haine au sein du peuple arménien durant leurs mandats. Cette haine est montée en puissance à mesure que les abus s’exprimaient sans vergogne et s’étalaient sur la place publique avec l’impunité de ceux qui ont le pouvoir dans leur poche. Comme nous l’avons déjà dit à maintes occasions, on peut  violer le peuple un temps, on ne le peut tout le temps. Arrive le moment où la masse de rancœur se traduit en répulsion. Ces présidents n’avaient pas compris que le pire ennemi du pouvoir est le manque de considération dont peuvent souffrir ceux qui subissent malversations et injustices ad nauseam sans avoir la possibilité de se défendre. Ou même s’il leur arrivait de se défendre, sans parvenirà renverser le cours des choses.

Les Arméniens de la diaspora ont dû maintes fois à chaque voyage être confrontés à cette rancœur. Qui n’a entendu les autochtones se plaindre d’un pouvoir qui n’avait d’autre objectif que de piller le pays ? C’était devenu une rengaine qui en disait long sur l’état psychologique des Arméniens, acculés à vivre en permanence dans l’aversion impuissante de leurs dirigeants.

Marchant des heures dans la forêt de Girants à la recherche d’un monastère, voici que nous tombons sur des apiculteurs. Ils nous invitent à boire du café. Et de quoi nous parlent-ils dans ce cadre enchanteur ? Non pas de leur merveilleux métier, ni de leur vie en pleine nature. Non ! Ils nous parlent de la manière dont le gouvernement Sarkissian s’emploie pour pourrir la vie du peuple arménien en lui volant son bonheur et son honneur. Un mot viendra souvent dans la bouche de l’apiculteur comme dans d’autres : « talan’ », à savoir pillage. Au retour de cette randonnée, nous serons pris en charge par un vieux grumier russe, chargé à bloc. Les « bûcherons » sont des Arméniens habitant Sarigyugh, le dernier village avant la forêt. Les troncs d’arbres ont été prélevés en toute illégalité. Mais la misère oblige à ça. Et s’ils rencontraient des policiers ? Eh bien, il leur suffira de leur graisser la patte. Car c’est ainsi que « fonctionnait » le petit peuple sous Sarkissian, qui avait pris exemple sur plus experts que lui en matière de vol. Sachant que les Arméniens pauvres pratiquaient un vol de survie, et les Arméniens riches un vol de luxe. Dans le Zanguezour, à Tatev, nous avons vu en pleine journée des hommes valides jouer aux cartes faute de travail, d’autres qui ressemblaient à des âmes errantes, tandis que certains se démenaient comme des diables pour sauvegarder le « pain du jour ». Tatev dont les habitants sont contraints de trouver leur bois de chauffage dans les forêts environnantes, par manque de gaz. Dans tel autre village, à Vorotan  plus précisément, telle personne, autrefois enrichie par la pisciculture, était à ce point déprimée qu’elle envisageait de plier bagage pour se refaire en Russie. Un tiers du peuple arménien vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les hommes valides sont partis travailler dans les pays environnants. Sans parler des femmes qui se prostituent en Turquie. Quelles pensées peut nourrir une épouse dont le mari doit vivre en Russie pour nourrir sa famille, ou qui habite un domik sinon une maison délabrée faute d’entretien, et qui vit comme une veuve sans être veuve ? Depuis le tremblement de terre de Spitak, certaines victimes n’ont toujours pas bénéficié d’un logement décent. Qui s’en est inquiété ? Pendant ce temps, le parlement est soumis à d’autres urgences. Les députés n’ayant pas le souci chrétien de l’autre pour rendre leur dignité aux plus pauvres. Une indifférence que Sarkissian a payée au prix fort. C’est que tôt ou tard, il était voué à tomber de son arbre comme un fruit gâté par le soleil.

Ces exemples sont symptomatiques de ce que fut l’état général de la société arménienne durant les premières décennies de l’indépendance. Parmi les dommages collatéraux, figurent des histoires de famille soumises au délabrement. De fait, dans les jours, sinon les mois qui précédèrent la démission de Sarkissian, la haine qui animait le peuple arménien était à son comble. C’est la haine de ce pouvoir honni qui dévorait les cœurs d’une manière quasi générale. Si Sarkissian était resté au pouvoir, la mal-être des Arméniens se serait aggravé dangereusement. Certains qui le pouvaient avaient déjà fui à l’étranger. D’autres les auraient suivis en masse. Certains qui le pouvaient s’étaient suicidés. D’autres l’auraient fait encore. Certains étaient déjà partis travailler en Russie. D’autres auraient pris le même chemin. L’Arménie en était arrivée au point où elle avait cessé d’être une patrie pour les Arméniens. Marâtre patrie en somme. Effectivement, en l’espace de trois mandats présidentiels, les Arméniens se sont sentis pris en étau entre un devoir d’amour envers leur pays et une accumulation de haine envers le pouvoir.

Dans son histoire récente, le peuple arménien a subi plusieurs passions ( le mot étant pris cette fois au sens premier de souffrance, comme dans la Passion du Christ) : le génocide, l’ère soviétique et ces trente années de souffrante indépendance. C’est seulement sur la fin de l’ère soviétique que les Arméniens commencèrent à trouver un semblant de stabilité et de bien-être, fût-ce au prix fort d’une liberté démocratique quasiment nulle. Puis, ils entrèrent dans l’indépendance par les trois portes de l’enfer : le séisme, la guerre du Karabakh et l’effondrement du système soviétique. Les répercussions de ces trois catastrophes n’ont pas cessé de peser sur les Arméniens jusqu’à aujourd’hui. Et les trois présidents, loin de tirer avantage de l’aide internationale ou des secours de la diaspora pour résoudre les problèmes monstrueux auxquels ils étaient confrontés, les ont pervertis au profit de quelques-uns et au détriment du peuple arménien.

C’est une passion moindre qui affecte les Arméniens de la diaspora dans la mesure où leur destin a été pour l’essentiel confronté à l’exil physique, si l’on s’en tient aux premières générations du génocide, puis à un exil symbolique compte tenu du fait que les générations suivantes ont hérité de l’exil premier de leurs parents sans pour autant avoir connu leur territoire d’appartenance. En ce sens, c’est le déracinement, puis la nécessaire adaptation, et enfin le sentiment permanent d’être apatride, à savoir d’une dépossession de soi, qui constituèrent ce qu’on peut appeler à juste titre la passion des Arméniens de la diaspora.

Arméniens d’Arménie et Arméniens de la diaspora avaient des raisons différentes de haïr l’histoire qui les avait fait naître sous de mauvaises étoiles. Quand les Arméniens d’Arménie ont réussi à sublimer leur haine en espérance, les Arméniens de la diaspora ont éprouvé un même sentiment de légèreté. Car alors, la terre arménienne devenait brusquement ouverte à tous les Arméniens dispersés de par le monde. Comme si la dialectique de l’histoire s’ouvrait enfin sur la synthèse d’une réconciliation.

Il faut ici reconnaître à Pachinian un coup de génie que ses détracteurs patentés, aveuglés par le ressentiment, ne pouvaient entrevoir. Pachinian a « vu » que sur la haine qui avait pourri l’âme du peuple arménien en proie aux maltraitances de ses trois premiers présidents, nul pays ne pouvait se construire durablement. Il a délibérément décidé d’arrimer l’Arménie non seulement sur le socle du droit mais aussi sur celui de l’amour. Amour des Arméniens d’Arménie entre eux. Amour entre les Arméniens d’Arménie et les Arméniens de la diaspora. Amour des Arméniens envers leur terre et leur pays. Cette conversion demeure l’axe capital de la révolution de velours. Et il reste à parier que si les hommes suivent ce nouvel ordre national le climat en Arménie, loin d’être délétère, sera de réelle fraternité.

Ce qui manquait aux Arméniens, c’était la Foi, l’Espérance et la Confiance. Les voici revenues comme des mages pour saluer la nouvelle naissance d’un pays.

Denis Donikian

 

 

 

10 mai 2018

L’honneur ultime de Serge Sarkissian

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Serge-Sarkissian

 

Qu’on le veuille ou non, il faut reconnaître à Serge Sarkissian, le premier des Premiers ministres de l’Arménie parlementaire, le courage patriotique de l’autocritique le jour où il a reconnu que Nikol Pachinian avait raison sur l’avenir du pays et que lui avait tort.

Cette décision n’était pas sans risque pour la sécurité du pays. Mais le risque d’un embrasement intérieur aurait été autrement plus dangereux. Le chaos eût été partout si Sarkissian n’avait pas joué l’apaisement et misé sur la résolution de la crise en se retirant.

Voilà probablement l’acte politique le plus digne qui ait été accompli durant la décennie que dura le pouvoir d’un Sarkissian qui se survécut de gré ou de force, par le maintien de l’ordre ou le bourrage des urnes.

Cet acte qu’on qualifia de faiblesse fut exemplaire dans le sens où les intérêts de la nation arménienne ont été considérés avec gravité et justesse. La paix plutôt que le sang. Et effectivement, une fois qui n’était pas coutume dans la gouvernance de Sarkissian, l’apaisement des consciences prévalut sur l’effusion du sang. Acte d’autant plus exemplaire qu’il suscita de par le monde une certaine admiration. L’ère Sarkissian sera donc marquée dans l’histoire de l’Arménie par ce rattrapage politique qui permit à son auteur de quitter ses fonctions par le fait d’une rupture symbolique avec une décennie de malversations et d’abominations dont les Arméniens eurent à souffrir.

Certes les poussées fiévreuses de la rue démontrèrent que Serge Sarkissian n’avait pas d’autre issue que le retrait tellement l’humiliation du peuple arménien avait assez duré au point de se transformer en haine. C’est qu’on peut tromper un peuple un temps, mais on ne peut le tromper tout le temps. Vient le jour où le violeur de la volonté populaire doit payer pour le mal qu’il a provoqué.

Ce mal, le nouveau Premier ministre, Nikol Pachinian, ne souhaite pas qu’il devienne une cause de déchirement au sein du peuple arménien nouvelle manière. Nikol Pachinian a exclu toute vengeance, tout règlement de compte, même si, qu’il le veuille ou non, le temps viendra de donner force au droit pour reconsidérer toutes les anomalies antidémocratiques qui ont été accomplies sous le règne tant de Sarkissian que de Kotcharian. Il faudra bien un jour que des historiens de l’ère post-soviétique, pratiquant des méthodes d’investigations modernes et animés par la nécessité de clarifier les premiers temps de l’indépendance mettent au jour les agissements secrets de cette république souvent qualifiée de bananière. Sans ce nécessaire et salutaire travail de l’histoire portant sur les trente premières années du pays indépendant, il sera difficile de sortir des méthodes obscures qui ont prévalu dans la gestion politique du pays. Pour la bonne raison qu’en ne les examinant pas avec toute la lucidité qu’il convient, elles continueront à gangréner le pays et à perturber les avancées démocratiques voulues par la nouvelle donne.

Ainsi donc, en définitive, il faut reconnaître que durant les trois dernières semaines qui viennent de s’écouler avec l’espoir qu’elles ont apporté, l’Arménie peut à juste titre se présenter comme le symbole d’un changement par la pacification des esprits. Elle le doit à deux personnalités politiques qui ont joué des rôles complémentaires, à savoir Serge Sarkissian et Nikol Pachinian. Grâce leur soit rendue.

 

Denis Donikian

3 mai 2018

Arménie : nouvelle donne

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( Photo D. Donikian, Erevan,  nov 2010)

*

Depuis l’indépendance, et même avant, les intellectuels arméniens de la diaspora se sont comportés de trois manières principales généralement assez tranchées : l’indifférence désengagée, la collaboration passive ou l’observation critique. Il nous est arrivé d’en parler à maintes reprises, car le rôle des intellectuels dans l’évolution des mentalités n’est pas négligeable. Ils décrivent avec leurs mots une réalité qu’ils mesurent à l’aune de la souffrance et de l’injustice. Et même si la part de l’esthétique peut valoir plus que celle de l’éthique, la force interne du verbe les conduit naturellement à dénoncer les aberrations d’une société plutôt qu’à se réjouir de la régularité des trains.

Dans le cas arménien, l’énormité du génocide a obéré les consciences au point de les détourner, à leur insu, de l’urgence du présent. L’écrivain, plus que tout autre, n’a pas été épargné par cette tyrannie du passé. Dans cet ordre d’idée, chez les Arméniens l’historien tient lieu de conscience collective plutôt que l’écrivain lui-même, lequel s’est trop souvent laissé envahir par les questions restées ouvertes de notre histoire, quitte à trahir sa mission d’observation du réel. De la sorte, ce réflexe passéiste a en quelque sorte neutralisé sa capacité à promouvoir un imaginaire de la vie, à faire l’examen des comportements, à percer la carapace du monde tel qu’il est.

L’indifférence désengagée vis-à-vis de l’état social et politique de l’Arménie est d’autant plus déplorable que c’est là que se tient l’avenir du peuple arménien. Cette cécité philosophique qui repose sur une sorte de neutralité petite bourgeoise est-elle admissible quand il s’agit d’un peuple qui se vide lui-même par l’exil, la pauvreté, le mépris politique ou la guerre ? Autant de « causes » humaines qui engendrent des souffrances et sur lesquelles un œil simplement humain ne peut que s’accrocher. C’est que l’Arménie vit sur le fil du rasoir. Croire que toute critique à son encontre, fût-elle humaniste, peut faire le jeu de l’abîme, est indécent. Le véritable abîme est celui que vivent les gens : exil, pauvreté, mépris, guerre. Mais les indifférents qui se réfugient soit dans le passé, soit dans l’art, font aveu de faiblesse. Et cette faiblesse affaiblit le peuple même auquel ils appartiennent.

A l’autre extrême, se situent ceux qui trouvent un malin plaisir à encenser le pouvoir en place, à lui reconnaitre sagesse, hauteur de vue et tutti quanti. Pour autant, ils vous jureront que leur approbation ne vaut pas collaboration. C’est certes vrai dans la mesure où leur engagement n’accompagne pas forcément les impérities et les aberrations du pouvoir. Cependant, approuver suppose qu’on partage les mêmes idées, les mêmes actions, les bonnes autant que les mauvaises. Les bonnes du gouvernement Sarkissian seraient d’avoir préservé la sécurité du pays contre l’ennemi qui le menace périodiquement d’invasion. Les mauvaises seraient d’avoir maintenu la corruption, appauvri les pauvres, alimenté l’émigration. Bonnes ou mauvaises, ces actions forment un tout, constituent une cohérence, produisent un système. Quand on adhère à une politique, on en porte la responsabilité. En d’autres termes, ces intellectuels sont, qu’on le veuille ou non, d’autant plus complices de la corruption qui sévit en Arménie et de la pauvreté qui gangrène la société qu’ils s’opposent farouchement à ceux-là mêmes qui combattent la corruption et s’insurgent contre l’appauvrissement des gens en s’opposant à Sarkissian. Et comme ces intellectuels s’opposent aux opposants, ils donnent raison à celui qui a fait de la corruption un pilier du système et de la pauvreté le dernier de ses soucis (le premier de ses soucis présidentiels étant de bien manger, bien s’habiller et bien boire dans une maison bien protégée). Or, si la pauvreté pousse à l’exil, un climat de corruption généralisée fait de même. L’hémorragie que connaît l’Arménie depuis deux décennies affaiblit numériquement le pays qui est contraint par l’impératif de se défendre. Par ailleurs, si la corruption se répand partout où elle peut trouver de l’avantage, elle finit immanquablement par miner la société, mais aussi pourquoi pas l’économie militaire. Ce qui revient à dire que le soldat, faute d’armement adéquat, en sera réduit à se battre à son corps défendant. Les 4 jours d’avril 2016 ont montré que l’obsolescence des armes a exposé inutilement le soldat arménien. De fait, la corruption substitue à la camaraderie primordiale en temps de guerre un je-m’en-foutisme généralisé, quitte à détériorer la condition du soldat. Là encore, notre soldat est victime de cette mentalité. C’est dans ce sens qu’il faut placer le cas du soldat grièvement blessé qui ne pouvait être soigné qu’en Allemagne et qui s’est vu refusée toute aide financière de la part du gouvernement. Indigne !

De fait, on sait très bien à quelle Arménie se réfèrent ces intellectuels ringards de la collaboration. A une Arménie historique, idéale, traversant les siècles. En vérité, leur Arménie idéale, historique, traversant les siècles est une Arménie théorique, c’est-à-dire sans Arménien. Une certaine idée de l’Arménie. Sinon une Arménie avec des Arméniens qu’on peut sacrifier sans scrupule sur l’autel de la Patrie, de ces Arméniens qui sont accrochés au pays, pas de nos intellectuels d’une diaspora éloignée de tout conflit, à l’abri d’une réalité quotidienne aliénante et qui ose faire la leçon aux autochtones.

Quant aux intellectuels critiques, on l’aura compris, ils ne peuvent garder le silence, quand bien même les indifférents et les collaborateurs les traiteraient de « mouches du coche », c’est-à-dire de personnes qui croient produire du changement politique alors que le mouvement d’une société vient d’ailleurs.

Certes.
Mais à l’heure où Nikol Pachinian est en passe de devenir Premier ministre d’Arménie, le temps est venu de se réjouir qu’après trois présidents responsables du dégoût général, un homme se réclamant de Nelson Mandela  cherche à faire le ménage en remettant aux mains du peuple les clefs de son destin. Trois présidents que notre plume n’aura pas épargnés, depuis Le peuple haï (1995) jusqu’à L’Arménie, à cœur et à cri (2016), en passant par Un Nôtre Pays ( 2003), Vidures (2011), sans parler des livres de randonnées et autres articles parus sur le site Yevrobatsi.org et notre Blog Ecrittératures. A telle enseigne que ces livres et articles nous avaient donné une réputation d’écrivain négatif, incapable d’extraire d’une réalité complexe le solide en ne privilégiant que l’aberrant, comme si le pays arménien était voué à rester irrémédiablement enfoncé dans sa fange à cochons.

Il ne s’agit pas ici de faire du triomphalisme. Mais force est de constater que nos critiques, incessantes, obsessionnelles, compulsives depuis plus de vingt ans n’étaient autres que celles du peuple lui-même. Les 500 000 personnes qui en Arménie sont descendues dans la rue, s’ils avaient lu nos livres, y auraient vu la description de leur âme propre, la teneur de leurs dénonciation, le fiel de leur rancœur. Ce qui se passe aujourd’hui en Arménie est le résultat, qu’on le veuille ou non, comme cela se fait dans l’ordre des idées, d’un climat général de dénigrement, de réprobation et pour tout dire d’écœurement à l’égard de la classe dirigeante. Climat auquel ont contribué aussi bien les Arméniens eux-mêmes que les intellectuels de la colère. Tandis que les autres, les partisans de l’indifférence molle ou de la collaboration tiède se plaçaient par leurs paroles, leurs actions et leur vie du côté le plus inhumain du fléau.

A vrai dire, indifférents et collaborateurs avaient une si piètre idée du peuple arménien qu’ils n’étaient pas loin de penser que c’était un peuple rendu immature par soixante-dix années de soviétisme. Rien de bon ne pouvait advenir de ce peuple qui faisait en quelques années l’expérience de la catastrophe, de la guerre et de l’indépendance. Que ce peuple s’était étourdi sous le poids des malheurs  au point de perdre toute conscience politique et que son accès à la démocratie ne pouvait s’opérer sans un passage obligé par la phase du parti unique auquel il avait été habitué. Or, il aura fallu trois présidents, tous aussi mauvais les uns que les autres, pour donner au peuple arménien un puissant désir de démocratie. Une période d’étouffement qui fut une période d’initiation durant laquelle les Arméniens ont nourri leur colère démocratique et alimenté leur vœu de justice juste, d’élections transparentes et de  libre fraternité. Cette période qu’on ne savait pas transitoire, ni nécessaire, sinon depuis l’avènement de Pachinian, qui a forgé les esprits et les solidarités, les intellectuels de la contestation l’ont conceptualisée par leurs textes. Tandis que les autres continuaient à croire que le peuple arménien ne méritait pas mieux qu’une dictature déguisée en démocratie.

Et donc, disons-le tout net, ce qui nous a toujours guidé comme écrivain arménien, c’était de donner la parole aux sans-voix, de mettre des mots sur leurs souffrances, d’humaniser en quelque sorte le sort cruel que des Arméniens infligeaient à d’autres Arméniens. Nous n’aurons pas failli à cette tâche, même si les thuriféraires patentés des usurpateurs ont pris plaisir à nous ostraciser. Il n’y a pas d’écrivain véritablement humain qui ne soit iconoclaste. Et si, par malheur, Pachinian devait manquer à sa parole, nous reprendrions du service. C’est juré !

 

Denis Donikian

29 avril 2018

Marche et rêve…

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Tandis qu’en Arménie une fièvre démocratique s’est emparée des foules, certains parmi les « intellectuels » de notre diaspora, qui fréquentent les cafés du commerce cybernétiques, commentent les évènements avec l’ironie du scepticisme pour prophétiser que l’aventurisme des leaders conduira forcément le pays à la catastrophe.

Il se trouve que ces « intellectuels » de l’immobilisme qui ne vivent pas au pays viennent faire la leçon à des légions d’Arméniens qui subissaient depuis des années le mépris d’un parti habile à bourrer les urnes pour son avantage. Qui savait écouter les gens en Arménie n’entendait que force récriminations, dégoût et envie de fuir le pays.

Car c’était ça l’Arménie pendant de nombreuses, trop nombreuses années, un écrasement des âmes au quotidien. On ne le dira jamais assez. Un écrasement qui obligeait tant à la résignation qu’à l’exil soit physique soit intérieur. Un écrasement comme une véritable catastrophe culturelle et qui empêchait le potentiel intellectuel de la jeunesse de donner toute sa mesure. En ce sens, la perte de la démocratie conduit nécessairement à une perte des esprits, constamment détournés vers des soucis de survie matérielle ou de sauve-qui-peut politique.
Ce désordre démocratique a engendré des modèles de vie proches de la prédation et de l’affairisme mafieux. En effet, les jeunes n’avaient pas d’autre idéal que celui de calquer leur vie sur la réussite des oligarques. Gros business, grosses voitures, grosses fiestas. Le tout enrobé par un réseau d’amitiés fondé sur le renvoi d’ascenseur ou le retour sur investissement. Telle était la culture dite du « aghperoutyoun ».

A la longue, ce système, si l’on ne s’en préservait pas, pouvait engendrer des pathologies sociales tirées par des valeurs exclusivement matérialistes. La société arménienne a banni l’altruisme réel au profit d’un altruisme de parole où chacun « prend le mal » de l’autre à chaque détour de conversation. Mais dans le fond, c’était un monde de lutte serrée où le souci de l’autre n’existait plus. Cela veut dire que dans un tel contexte, les droits de l’homme ne peuvent avoir aucune consistance réelle faute d’ancrage dans une culture de fraternité.

Or, aujourd’hui, il semble que la société arménienne se réveille brusquement de son sommeil dogmatique et suicidaire. Ce qui se passe dans les têtes, c’est l’ouverture des esprits à tous les possibles. En effet, ce qui se passe dans la rue arménienne équivaut à l’explosion d’un bouchon de champagne. C’est que l’Arménie était vécue comme une société bouchée qui s’agitait en vase clos et n’aspirait qu’à prendre l’air.

Mais contrairement à un processus naturel irrépressible, les Arméniens se sont comportés jusque-là en personnes responsables. En premier lieu, ils ont voulu mener une révolution pacifique d’autant que des consignes ont été données pour éviter toute chasse aux sorcières. Toutefois, il ne s’agira certainement pas d’une révolution susceptible de répéter le passé honni en gardant en place ne serait-ce que des parties du système. Si révolution il y a, ce sera au sens strict, un retour à la case départ de la démocratie où les éléments d’une politique équitable et transparente seront remis au peuple pour qu’il accomplisse le chemin de son bonheur collectif.

En d’autres termes, les Arméniens viennent d’ouvrir la boite de leur rêve politique, celle-la même que le régime républicain s’était acharné à fermer hermétiquement en les privant du droit légitime de choisir celui qui doit incarner leurs aspirations. En effet, l’erreur de Sarkissian a été d’instaurer un régime parlementaire pour se faire élire par ses propres sbires plutôt que par le peuple. Cette dépolitisation à laquelle il a soumis le peuple arménien a fini par jouer contre lui. Mauvais calcul. On peut imaginer ce premier ministre nouvelle manière mesurer l’abîme qu’il aura ainsi creusé entre lui et son peuple au seul spectacle du dégout qu’il a dû lire sur les visages d’une jeunesse débordant de vie dans les rues de la capitale.

Aujourd’hui, tout est permis au peuple arménien, à commencer par le droit de rêver. Rêver d’une Arménie librement choisie. Rêver de travailler pour soi et pour son pays. Rêver de pouvoir donner un avenir à ses enfants. Bref, rêver au bonheur de vivre.

Oui, messieurs les pessimistes, les Arméniens ont raison de rêver. Rêver d’un monde sans oligarques ni corruption. Car à l’origine d’une réalité sociale transformée, il y a toujours une utopie. Et l’utopie nait de l’enthousiasme  qu’inspire un avenir plus grand, plus juste et plus fraternel.

Alors vive le rêve arménien !

 

Denis Donikian

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