Ecrittératures

19 juin 2017

Pour M. Loti et… les autres

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 9:54

 

Article paru dans l’UNIVERS en 1912

 

 

1912-11-14. L'Univers p. 1

 

La page de l’UNIVERS d’où l’article est extrait 

1912-11-14. L'Univers. Kibarian Vramchabouh 1

Suite aux massacres de 1895-97,  Le Père Vramchabouh Kibarian n’est jamais retourné en Turquie après 1899.

Le père Vramchabouh Kibarian d'Artchouguentz (inondations de 1910 àParis) copie

 

 

Avec l’aimable autorisation de Chabouh Kibarian

 

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17 juin 2017

Lettre du Professeur Joyeux sur les vaccins

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 6:29

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La Lettre du Professeur Joyeux est un service d’information indépendant sur la santé. Pour en savoir plus rendez-vous sur le site officiel du Professeur Joyeux.

MONTPELLIER Le 15 Juin 2017

A PROPOS DES VACCINS 
L’URGENCE DU DTP AVANT LE 8 AOÛT 2017
Messages au Pr Agnès Buzyn, Ministre de la Santé

La nouvelle représentation nationale

Celle qui se dessine traduit le rejet massif de la politique de santé du précédent quinquennat.

Les 1 105 872 personnes signataires à ce jour de la pétition

< http://petitions.ipsn.eu/penurie-vaccin-dt-polio/ >

réclamant le seul vaccin obligatoire le DTP sont très inquiètes.

Elles n’ont aucune nouvelle de l’Etat ou des fabricants, qui font la sourde oreille, attendant votre décision, Madame la Ministre. Seuls quelques journalistes santé, manquant d’indépendance ou de compétence, affirment qu’il faut 10 ans pour fabriquer un nouveau vaccin !

Nous savons que la ministre précédente, fortement incitée par l’empire vaccinal, a préparé de quoi imposer les 8 vaccins supplémentaires (au total 11) aux nouveaux nés.

Son rêve était évidemment que vous suiviez le chemin qu’elle a tracé.

Evidemment, pour généraliser, on médicalise l’émotion le plus tôt possible après la naissance : on ne tient pas compte des données scientifiques qui ont démontré qu’un nourrisson en bonne santé a besoin de 1000 jours après sa conception pour construire son système immunitaire naturellement. De même, aucune incitation intelligente – pourtant ce sont les conseils de l’OMS – n’a été faite pour l’allaitement maternel intégral les 6 premiers mois et une année matin et soir avant et au retour du travail de la mère. Or cet allaitement constitue la meilleure défense immunitaire de l’enfant avant ses 18 mois, et répond naturellement à tous ses besoins nutritionnels.

On ne veut pas nous dire que la vaccination de plus en plus précoce avant la naissance impose les adjuvants – donc l’Aluminium, c’était auparavant le mercure – destinés à stimuler un système immunitaire immature.

Pourquoi l’aluminium dont on connaît désormais les dangers pour la Santé[1] a-t-il été retiré des vaccins vétérinaires, et pas des vaccins pour l’enfant ou l’adulte ?

Des millions de familles attendent votre décision

Les 820 000 enfants qui naissent chaque année, allaités ou non par leur mère, attendent avec impatience la mise en application de ce qui a été décidé par le Conseil d’Etat en France le 8 février 2017 : la re-fabrication du vaccin trivalent contre Diphtérie-Tétanos-Polio, dit ”DTP” tel qu’il a existé – il est donc facile à re-fabriquer. Selon la sagesse de la Loi, il doit être prescrit avant ou proche des 18 mois de l’enfant.

La promotion de la prévention ne peut être seulement vaccinale

Vos premiers pas comme ministre de la Santé sont très réconfortants tant pour le monde médical que pour les patients : vous voulez promouvoir fortement la prévention et d’ores et déjà vous imaginez la première génération sans tabac.

Vos précédentes collègues Mesdames Bachelot et Touraine ont essayé de faire croire que la prévention passe par la vaccination généralisée ou par des médications au moindre symptôme. Cela a un coût énorme pour la solidarité nationale, mais cela rapporte beaucoup aux fabricants, qui savent utiliser au nom de la Santé publique conseillers et ”experts” dans les ministères.

Nous ne savons pas ce que sont devenus les millions de doses de vaccins contre la grippe H1N1, qui n’ont pas été utilisées malgré une campagne publicitaire puissante organisée par l’empire vaccinal et les pharmacies.

Le quinquennat démarre sous les meilleurs auspices.

Même le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) précise enfin « La prévention est le maillon faible de notre système de santé ». Comme l’affirme très justement le conseiller national de la section santé publique du CNOM : le sida, le cancer du poumon ou l’obésité pourraient le plus souvent être évités. Il s’agit bien de prévention liée à des comportements et non à des vaccinations.

Les vaccinations contre la variole et celles contre Diphtérie-Tétanos-Polio ont pu sauver beaucoup de vies, associées à l’amélioration incontestable de l’hygiène de vie. Celles actuellement proposées contre nombre de maladies de l’enfance (rougeole, oreillons, rubéole, méningites et pneumonies…) avec leurs rappels, doivent être réalisées au cas par cas, sur les conseils argumentés du médecin généraliste ou du spécialiste.

Les médecins doivent avoir la compétence pour conseiller

Leur formation ne peut dépendre exclusivement de ceux qui cherchent à vendre et mélangent autorité et publicité. Ils laissent croire que les vaccins ne sont jamais et ne peuvent être à l’origine de complications graves, parfois handicapantes à vie. J’en reçois des exemples régulièrement, toujours considérés comme des cas particuliers dus au hasard.

Il en est de même des vaccins contre la grippe ou le zona qui sont nécessaires seulement chez les personnes fragiles à risques. La politique de votre collègue qui vous a précédée au gouvernement était la généralisation sans discernement. Par exemple, les vaccins contre l’hépatite B et les papilloma virus,  n’ont rien à faire dans les écoles.

C’est au médecin et à la famille à décider selon des critères précis parfaitement identifiés. Il ne s’agit pas d’épidémies, les moyens de protection non vaccinaux existent, ils ne coûtent rien, ils doivent être promus et mieux connus des médecins et du grand public.

Enfin les 1 105 872  personnes signataires souhaitent qu’une politique vaccinale adaptée à l’état de santé des réfugiés soit mise en place pour la protection des populations en bonne santé. C’est en vaccinant ces populations fragilisées que nous serons nous-mêmes protégés.

Le retour de la polio en Italie[2]  est une alerte de plus qui impose le retour du DTP selon les décisions du Conseil d’Etat que nous attendons, avant le 8 août 2017, dans toutes les pharmacies de Métropole et Outre mer.

Nous avons confiance dans votre grande compétence immunologique et vous présentons nos vœux chaleureux de réussite.

Pr Henri Joyeux

Sources :

[1] Toxic Story – Pr Romain Gerhardi – Ed. Actes Sud

[2] Interview de la Ministre de la Santé d’Italie dans la Quotidien du Médecin – 12 juin 2017 n° 9588 p.8

 

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15 juin 2017

Etienne Copeaux : La fabrication de l’ennemi

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 12:20

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Esquisse n° 67 – Sivas, 2 juillet 1993 – La fabrication de l’ennemi

Publié par Etienne Copeaux sur 15 Juin 2017, 10:18am

Pour canaliser une foule, la diriger contre un « ennemi » et aboutir à des actes tels que meurtres, viols, pillage, incendie volontaire, il faut que l’ « ennemi » existe dans la conscience des individus agglomérés, voire dans un état de quasi-inconscience à l’état de réflexe conditionné. Il faut que la haine de l’ennemi ait été installée pour que la réaction violente, l’agression, soit perpétrée sans qu’il soit nécessaire de réfléchir ou de peser son acte, sans que la légitimité de l’acte soit mise en doute ; et l’accomplissement de l’acte doit même être ressenti comme une nécessité impérieuse, comme une opération urgente de sauvetage du groupe ou de la société tout entière.

La suite ICI

5 juin 2017

Non aux pesticides

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 8:30

Video a transmettre au nouveau President

Monsieur le nouveau Président de la République, avez-vous vu cette vidéo ?

Chère lectrice, cher lecteur,

En seulement 1 minute et 55 secondes, cette vidéo révèle l’étendue du désastre sanitaire sans précédent qui se déroule en ce moment même.

Aujourd’hui, nous, anonymes, citoyens ordinaires et de bonne volonté, avons le devoir d’agir par nous-même, et de faire enfin bouger les lignes.

Je vous demande de partager cette vidéo le plus largement possible autour de vous, pour qu’elle arrive jusqu’au nouveau Président de la République.

Il y a urgence !!!

Et si vous ne l’avez pas encore fait, je vous demande de signer notre grande pétition nationale « Non au sabotage chimique de nos vies » !

En agissant ainsi, nous pourrons éviter la catastrophe annoncée et reprendre le contrôle de nos vies, de notre santé.

Un grand merci !

Gabriel Combris

4 juin 2017

La mort de Sako Apo, 1915

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 11:06

Haroutun Kevorkian – Sako Apar: A Memoir of a Genocide Survivor / Haroutioun Kévorkian – Sako, mon frère : Mémoires d’un survivant du génocide

Avec l’aimable autoristation de Georges Festa, traducteur d’article (voir ICI)

SADJAK-OF-DERSIM_detailed_ENG_web

 Province du Dersim [Tunceli actuel] avec ses villes et villages arméniens au début du 20ème siècle. Le cours de l’Euphrate de l’Est [Murat / Aradzani] est tel qu’il est de nos jours.

Les villages entourés de bleu sont ceux submergés par la retenue d’eau du barrage de Keban (1975).

© http://www.houshamadyan.org

 

Sako Apar [Sako, mon frère] : mémoires d’un survivant du génocide

par Mary Najarian

Asbarez, 22.04.2017

Note de l’A. : Il y a sept ans environ, j’ai appris que mon père, Haroutun Kevorkian avait laissé un manuscrit autobiographique de 250 pages couvrant la période 1903-1955. J’ai décidé de raconter l’histoire de mon père en la traduisant de l’arménien en anglais. Cette tâche est plus ardue qu’une simple traduction. Les récits sont horribles, pénibles et déchirants. A chaque traduction, je finis en larmes, n’arrivant pas à fermer l’œil de la nuit. Comment mon père, âgé de 12 ans, et les milliers d’enfants comme lui, ont-ils supporté tout cela et comment ont-ils survécu ? Voici quelques pages du journal de mon père.

Sako Apar

En 1912, mon père, Krikor Kévorkian, tua un gendarme turc pour se défendre. Les anciens du village s’arrangèrent pour qu’il parte de Vasgerd, qu’il aille à Marseille, en France, puis en Amérique pour notre sécurité à tous. Mon frère, Garabed, naquit quatre mois après le départ de mon père. Nous étions impatients que mon père s’installe et nous fasse venir en Amérique, mais cela n’arriva jamais. Quelques jours avant que les marches de mort ne commencent, notre voisine turque, Khadre Khanem, dit à ma mère : « Quand ils vous feront partir de chez toi, et qu’ils vous déplaceront, laisse-moi Harout. Je prendrai soin de lui. Si tu rentres, il est à toi, et sinon, il est à moi. »

Les adieux

Le matin où la marche débuta, j’avais douze ans. Ma mère me conduisit chez Khanem. Elle portait un sac empli de nourriture sur son dos et tenait la main de mon frère âgé de trois ans. Elle me remit mon yorghan [couette] en laine et m’embrassa. Nous nous serrions dans nos bras, sans pouvoir nous quitter. Nous pleurions. « Mayrig, ne pleure pas ! Je vais devenir un musulman, mais quand je serai grand, j’irai à Adana, je gagnerai assez d’argent pour rejoindre mon père en Amérique et je redeviendrai chrétien ! »

J’embrassai ma mère pour la dernière fois. Mon frère, âgé de trois ans, ignorant ce qui se passait, me fit signe de la main. « Au revoir, apar [frangin] ! » me dit-il. C’est la dernière fois que je vis ma mère et mon frère.

Khadre Khanem

Khanem fut très gentille avec moi et me traita bien. J’aidais dans la maison en faisant des tâches ménagères comme nettoyer les sols, préparer du café pour les invités, aider à faire le pain et l’aider pour les courses. Un jour, elle me demanda d’aller acheter du henné pour teindre les cheveux de sa mère. La mère de Khanem était persuadée que le henné aidait à soigner ses maux de tête. Elles s’apprêtaient à aller au hammam et elle avait besoin de suite du henné.

Au lieu d’emprunter le chemin habituel, je pris un raccourci à travers les champs. A mi-chemin du magasin, je découvris une petite forme humaine à moitié nue, décharnée, tel un squelette recouvert de peau, adossée à un arbre, derrière les broussailles. Je fermai les yeux pour éviter ce spectacle. En m’approchant, j’entendis une voix douce. « Harout, c’est moi… » Je me suis arrêté et j’ai commencé à marcher lentement vers lui. Je ne l’ai pas reconnu. « C’est moi, Sako, le frère de ton ami Hagop… »

Sako

J’eus comme un choc. Sako avait sept ans, tout au plus. J’avais tant de questions à lui poser. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi se cachait-il dans les champs ? « Assieds-toi là et attends-moi, » lui dis-je. « Je reviens dès que je peux. »

J’ai acheté le henné et je suis retourné voir Sako. Il se tenait toujours là, à m’attendre.

« Viens ! Je t’emmène avec moi, Sako ! » Je l’aidai à marcher. Les plantes de ses pieds sales étaient écorchées, en sang. Il pouvait à peine marcher. Il s’appuyait sur moi et essayait de marcher, mais c’est moi qui l’ai porté la plupart du temps. Quand on est arrivés chez Khanem, je lui ai dit d’attendre derrière la grange dans les buissons jusqu’à ce que Khanem et sa mère partent au hammam.

Dès qu’elles furent parties, j’emmenai Sako dans la grange. Le yorghan en laine de ma mère, que je cachais dans la grange, se révéla très utile. Je pris une botte de foin et déposai le yorghan au-dessus. Je conseillai à Sako de dormir sur une moitié de la couette et d’utiliser l’autre moitié pour se couvrir. Je suis rentré et j’ai ramené un verre de lait et du pain. Se tenant toujours debout, il avala le lait et mit un morceau de pain dans sa bouche. Mais il eut de la peine à l’avaler et vomit le tout. « Je vais nettoyer, » me proposa-t-il, tout confus. « T’inquiète, » lui dis-je. Sako n’avait rien mangé depuis des jours. J’étais sûr que son estomac s’était bloqué.

« Pourquoi tu restes debout comme ça, Sako ? Assieds-toi sur la couette et repose-toi. Je vais t’apporter du lait chaud, peut-être que ça te fera du bien ? »

« J’arrive pas à m’asseoir, ni à m’allonger… Mon derrière me fait vraiment mal, » me répondit-il. Je soulevai les haillons qui lui couvraient en partie la taille et fut choqué par ce que je découvris. Son anus était déchiré. La chair pendait à certains endroits et du pus jaune suintait de ses profondes blessures. « Bon sang, Sako ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »

Il me répondit en pleurant : « Quand ma mère est partie, elle a demandé à Abou Soubhi, notre berger, de s’occuper de moi. Chaque jour, il m’a fait du mal. Je le suppliais, je pleurais et je criais de douleur, mais il s’en fichait. Quand mes blessures se sont aggravées et ont commencé à saigner, il m’a dit : « Ça me débecte de te voir comme ça ! Casse-toi ! » et, comme ça, il m’a jeté à la rue. J’ai erré pendant des semaines. Tu veux bien t’occuper de moi ? »

J’avais peur de garder Sako dans notre grange. Si le frère aîné de Khanem s’en rendait compte, il nous tuerait tous les deux et personne ne le saurait. Pourtant, je sentais qu’il fallait que je prenne soin de Sako et qu’il me fallait être très prudent.

Sako, mon frère   

La vie chez Khanem reprit son cours et, chaque jour, j’allais dans la grange voir Sako. Je partageais ma nourriture avec lui, mais j’arrivais à lui en apporter un peu plus pour qu’il récupère plus vite. Nous partagions plus que de la nourriture. Nous parlions de nos copains et de nos familles, parfois on riait tous les deux et, le plus souvent, on pleurait. Nous devînmes les meilleurs amis au monde.

Un jour, Sako me dit : « Tu sais, mon frère Hagop se battait avec moi et, parfois, il me frappait. Toi, tu es si gentil ! On peut être des frères ? »

« Mais bien sûr, Sako ! » lui répondis-je. « Tu peux m’appeler ‘apar’ ! C’est comme ça que mon petit frère Garabed m’appelait. Il me manque. Mais c’est toi que j’ai maintenant, et tu es mon frère, mon apar ! »

Chaque jour, j’avais hâte de passer un peu de temps dans la grange. Je prétextais de nourrir les bêtes et de balayer les lieux, mais en cachette je retrouvais et je parlais avec Sako.

Le mûrier

Le printemps arriva. Les blessures de Sako se cicatrisaient et il devenait plus fort. Il avait empilé quelques bottes de foin dans la grange et ainsi il pouvait grimper et regarder au-dehors à travers un petit trou dans le mur. Un jour, il me dit : « Les arbres commencent à feuillir et, bientôt, ils vont donner des fruits. Tu m’emmèneras dehors, un jour ? » « Bien sûr, Sako apar ! Je le ferai, dès qu’il n’y aura pas de danger ! »

Les arbres commencèrent à donner des mûres. Sako passait son temps à jeter un coup d’œil à travers un trou dans le mur, observer les arbres et compter combien de mûres se trouvaient sur chaque branche. Un matin, Sako me déclara : « Cette nuit, j’ai fait un rêve. Je grimpais sur le mûrier et je m’asseyais sur une branche quand, tout d’un coup, la branche s’est cassée et je suis tombé par terre. S’il te plaît, Apar, emmène-moi dehors aujourd’hui ! » Impossible de lui dire non. Sako se cachait dans la grange depuis près de six mois. Après tout, on était un vendredi, le jour où Khanem et sa mère allaient voir Hassan, le frère de Khanem.

Dès qu’elles furent parties, j’emmenai Sako dehors. Au début, il eut du mal à ouvrir les yeux. Il avait passé tellement de temps dans l’obscurité que la lumière du soleil l’aveuglait. Finalement, ses yeux s’adaptèrent et il se mit à rire, tout heureux. Il courut vers son mûrier, entoura le tronc de ses bras menus et se mit à l’embrasser. Nous grimpâmes, Sako et moi, dans l’arbre et nous nous assîmes parmi les branches les plus hautes. Il cueillait les baies sucrées et les mangeait par poignées. Il répétait tout le temps : « Merci, Harout apar ! Tu me rends si heureux ! » Nous restâmes là, assis au sommet de l’arbre, à discuter, rire et manger. Nous étions si contents, insouciants, que nous finîmes par oublier depuis quand nous nous trouvions là.

Les deux jeunes Turcs

Tout d’un coup, surgis de nulle part, deux jeunes Turcs apparurent. L’un d’eux portait un fusil. Je descendis de l’arbre pour leur parler. Le plus jeune des deux désigna Sako et dit à l’autre : « C’est ta chance d’aller au paradis ! Bute-le ! » L’aîné hésita, mais son cadet continua de l’asticoter : « Mais vas-y ! T’as pas envie d’aller au paradis ? »

Le garçon le plus âgé souleva son fusil, mit en joue et tira. La balle traversa facilement la tête de Sako. Son corps tomba à terre.

J’étais sûr d’être le prochain sur la liste, mais pour une raison que j’ignore, ils s’éloignèrent, en riant. Le jeune homme fanfaronnait, tout fier de son habileté. « Je l’ai buté ! D’une seule balle ! »

J’ai transporté le corps inanimé de Sako, mon frère, vers les ruines derrière l’église arménienne. J’ai creusé un trou de mes mains aussi profond que je le pouvais, puis j’ai enterré mon frère. J’ai fabriqué une croix en bois à l’aide de quelques brindilles. J’ai placé la croix sur sa tombe et récité le Hayr Mer [Notre Père]. En revenant, j’ai pleuré Sako, mon frère. Après des années de souffrance, il n’avait eu que quelques heures de bonheur. Sa mort survint exactement comme dans son rêve, et elle vint de la balle d’un Turc.

___________

Source : http://asbarez.com/162498/sako-apar-a-memoir-of-a-genocide-survivor/

Traduction : © Georges Festa – 05.2017

3 juin 2017

Le micro-ondes met notre santé en péril

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 6:32

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Le micro-ondes est néfaste pour la santé

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 29 Avril 2011, 07:47am

Catégories : #Santé – psychologie

 

« Le cheminement thérapeutique mène à l’esprit et le cheminement spirituel
mène au contrôle de la matière »

 
Si vous voulez des preuves concernant cette information, voici une expérience que vous pouvez faire à la maison. Plantez des graines dans deux pots. Arrosez un pot avec de l’eau qui a été passée aux micro-ondes, l’autre avec de l’eau du robinet régulière. Les graines ayant reçu l’eau passée aux micro-ondes ne germeront pas. Si l’eau passée aux micro-ondes peut arrêter les plantes de pousser, pensez à ce que la nourriture chauffée aux micro-ondes peut faire à votre santé !
En 1989, le biologiste et scientifique alimentaire Suisse Dr Hans Hertel étudia les effets de la nourriture chauffée aux micro-ondes. Huit personnes participèrent à l’étude. Pendant huit semaines, elles vécurent dans un environnement contrôlé et mangèrent par intervalles de la nourriture crue, de la nourriture cuite conventionnellement et de la nourriture chauffée aux micro-ondes. Des échantillons sanguins étaient testés après chaque repas. Ils découvrirent que manger de la nourriture chauffée aux micro-ondes cause à long terme des changements significatifs dans la chimie sanguine :

1- une diminution des valeurs de l’hémoglobine et du cholestérol, dans le HDL (bon cholestérol) versus le LDL (mauvais cholestérol) et dans les globules blancs, affaiblissant le système immunitaire, et une augmentation des niveaux de leucocytes, qui tendent à démontrer un empoisonnement et des dommages aux cellules.

Globalement, l’étude suggère que manger de la nourriture chauffée aux micro-ondes peut causer des maladies dégénératives et/ou des cancers.

2- « Les effets mesurables sur l’homme suite à l’ingestion de nourriture chauffée aux micro-ondes, différemment de la nourriture non traitée, sont les altérations sanguines, qui peuvent aussi être retrouvées au début de situations pathologiques, et sont aussi indicatifs d’un début de processus cancéreux », écrit le Dr Bernard Blanc, assistant à la recherche.

3– Les micro-ondes « cuisent » la nourriture en forçant les atomes, les molécules et les cellules contenues dans la nourriture à inverser leur polarité des milliards de fois par seconde, causant la friction – plus il y a de friction, plus il y a de chaleur. Cette oscillation déchire et déforme la structure moléculaire de la nourriture. De nouveaux composés sont formés, appelés composés radiolytiques, qui ne sont pas trouvés dans la nature. D’une manière intéressante, les micro-ondes sont actuellement utilisées dans les technologies modifiant les gènes pour délibérément briser les cellules et neutraliser leur « force de vie » pour qu’elles puissent être manipulées. Les micro-ondes détruisent la force de vie qui donne à la nourriture sa vitalité et ses qualités nutritives. Quand cette force de vie se dissipe, les microorganismes commencent à détruire la nourriture et elle commence à pourrir.

Les effets sur le lait maternel chauffé aux micro-ondes ont aussi été recherchés. John Kerner, M.D. et Richard Quin, M.D. de l’Université Stanford ont affirmé que « chauffer du lait humain aux micro-ondes, même à un niveau peu élevé, peut détruire certaines de ses capacités à combattre les maladies ».

4– Après plus de recherches, Kerner écrivit dans l’édition d’avril 1992 du Pediatrics que « le réchauffement aux micro-ondes lui-même peut en fait causer des dommages au lait pendant et après le chauffage ». Et une annonce à la radio à l’Université du Minnesota a dit que « les fours à micro-ondes ne sont pas recommandés pour faire chauffer la bouteille d’un bébé. Chauffer la bouteille aux micro-ondes peut causer de légers changements dans le lait. Dans les formules pour nourrissons il peut y avoir une perte de certaines vitamines. Dans le lait maternel, certaines propriétés immunitaires peuvent être détruites. »

5– Une autre étude à Viennes a démontré que chauffer du lait maternel aux micro-ondes « peut mener à des changements structurels, fonctionnels et immunitaires », et que les micro-ondes transforment les aminoacides L-proline en D-proline, une toxine attaquant le système nerveux, le foie et les reins.

6– En Russie, les fours micro-ondes ont été bannis en 1976 à cause de leurs conséquences négatives sur la santé et plusieurs études ont été conduites sur leur usage. Voici quelques-unes de leurs découvertes sur la nourriture chauffée aux micro-ondes :

  1. a) La nourriture chauffée aux micro-ondes perd de 60 à 90% de son champ d’énergie vitale et les micro-ondes accélèrent la désintégration structurelle des aliments.

    b) Les micro-ondes créent des agents causant le cancer dans le lait et les céréales.c) Les micro-ondes altèrent les substances élémentaires des aliments, causant des désordres digestifs.

    d) Les micro-ondes altèrent la chimie des aliments, ce qui peut mener à des dysfonctionnements du système lymphatique et des dégénérations des capacités du corps à se protéger lui-même contre des croissances cancéreuses.

    e) La nourriture chauffée aux micro-ondes amène un plus grand pourcentage de cellules cancéreuses dans le flot sanguin.

    f) Les micro-ondes altèrent la rupture des substances élémentaires quand des légumes crus, cuits ou congelés sont exposés aux ondes, même pour un très court laps de temps, et que les radicaux libres se forment.

    g) La nourriture chauffée aux micro-ondes cause des croissances cancéreuses stomacales et intestinales, une dégénération générale du tissu cellulaire périphérique, et une destruction graduelle des systèmes digestif et excrétoire chez un pourcentage statistiquement élévé de personnes.

    h) La nourriture chauffée aux micro-ondes diminue la capacité du corps à utiliser les vitamines du complexe B, la vitamine C, la vitamine E, les minéraux essentiels et les lipotropiques.

    i) Même le champ de micro-ondes près d’un four a micro-ondes a déja aussi causé une panoplie de problèmes dont certains meurtriers.

Récemment, le Dr Edward Fujimoto, gérant du programme de bien-être au Castle hospital, était à un programme télévisé pour expliquer ce danger pour la santé. Il a parlé des dioxines et affirmé combien elles étaient dangereuses pour nous tous. Il a dit que nous ne devrions pas réchauffer nos aliments dans le micro-onde en employant des contenants en plastique. Il a dit que la combinaison des graisses, la haute température et le plastique transmettaient des dioxines dans les aliments et en définitive dans les cellules de notre corps.

Il recommande d’employer plutôt le verre, les ustensiles Corning, ou de cérammique pour réchauffer les aliments. Ainsi on obtient le même résultat mais sans les dioxines. Ainsi les TV Dinners, les soupes aux nouilles, etc, doivent être vidés de leur contenant et réchauffés dans quelque chose d’autres. Le papier est bien, mais nous ne savons pas ce que contient le papier. C’est plus sécurisant d’employer le verre et le Corning, etc.

Il nous a rappelé qu’il n’y a pas très longtemps, des restaurants de fast food se sont débarrassés des contenants en plastique pour utiliser des contenants de papier. De plus, il a rappelé que le Saran Wrap est aussi dangereux quand il est placé sur les aliments que nous cuisons au micro-onde. En cuisant les aliments au micro-onde, la haute température produit des toxines empoisonnées qui sortent de l’enveloppe plastique (Saran Wrap) et s’intègrent dans les aliments.

« Couvrez plutôt les aliments avec un papier genre essuie-tout »

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NOTES : C’est un article, je crois, que vous devriez envoyer à votre famille, vos amis et tous ceux qui sont importants dans votre vie.
En marge de ces études, beaucoup de gens estiment que réchauffer leur nourriture aux micro-ondes ne les aide pas à bien se sentir. Stephanie Relfe, kinésiologiste, s’est sentie un jour affable et plutôt faible et a découvert qu’elle avait par inadvertance mangé de la nourriture chauffée aux micro-ondes dans un restaurant. Dans sa pratique, elle a découvert que tous ses patients ont donné des signes de réaction allergique à la nourriture passée aux micro-ondes. Un autre kinésiologiste, David Bridgeman, a dit : « De toutes les personnes que j’ai testé pour des allergies, 99,9% ont montré une sensibilité sévère à n’importe quelle nourriture passée aux micro-ondes ».

De plus, un remède homéopathique à proximité d’un four micro-ondes perd son potentiel de guérison…

Donc en conclusion, la façon la plus sûre de chauffer votre nourriture est d’utiliser votre cuisinière et de vous débarrasser de votre four micro-ondes!

Source : Educate Yourself www.educateyourself.org

 

La Force du Vide de Noraïr Chahinian

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 3:16

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© Aras Yayıncılık (Istanbul), 2015

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Avec l’aimable autorisation de Georges Festa, traducteur de ce texte ( ICI)

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« Ce vide témoigne de l’échec d’un plan. »

par Lora Sarı

Agos (Istanbul), 23.04.2015

[La moisson des voyages en Anatolie, que le photographe Noraïr Chahinian mène depuis 2012, vient de prendre forme dans un livre intitulé The Power of Emptiness [La force du vide]. Le vide peut dégager de la puissance dans toutes ses formes, mais le vide de l’Anatolie lui confère un trouble supplémentaire. Si les maisons, les ruines, les églises converties en mosquées, les gens et les ossements sont toujours là, quel est donc ce vide immense qui s’offre à nos yeux ? Peut-être devrions-nous tourner nos regards vers les derniers mots du texte que Sarkis Séropian a écrits pour ce livre : « Aujourd’hui, la Route de la soie, Ani, les monastères, les églises, jusqu’aux maisons et aux pièces, tout est vide, partout, d’un bout à l’autre du pays… Je me demande bien pourquoi. »]

Chaque jeune Arménien qui grandit entend dire : « Si nous ne parlons pas arménien, qui le fera ? » Plus l’on en apprend sur le motif de cette interdiction absurde de parler sa langue maternelle, plus cela devient une obligation, et comme la langue est de moins en moins utilisée, une responsabilité. A cette responsabilité s’ajoutent, au fil du temps, traditions, culture et religion. Etre un Arménien en Turquie signifie devenir un porteur de culture et de langue, et cela pèse lourdement sur l’identité.

Noraïr Chahinian est arrivé en Turquie de l’autre bout du monde. Depuis 2012, il a voyagé en Anatolie à quatre reprises. Ses voyages totalisent neuf mois. Et maintenant Noraïr tient en main un ouvrage qui rassemble les photographies qu’il a prises lors de ses périples; il s’intitule The Power of Emptiness. A son départ d’Istanbul dans deux semaines, il laissera derrière lui d’innombrables amis qu’il a rencontrés ces trois dernières années, emportant avec lui son livre et plein d’histoires passionnantes.

Peut-être une déformation liée au fait d’être arménien, c’est à ce « fardeau » que je songe de suite, quand je feuillette l’ouvrage : « L’arménité est à la base de ce projet sur lequel tu travailles depuis des années. Moi, j’amenuise ce fardeau en travaillant pour Agos, et toi, peut-être, grâce à ces voyages… C’est ça ? »

Noraïr me confie que le fait d’entamer ce périple était un devoir qu’il s’était assigné : « J’ai promis à mon grand-père, quand j’avais neuf ans, qu’un jour, j’irai visiter Maraş. Mon grand-père n’est jamais retourné à Maraş après son départ, et il m’a dit : ‘Je n’aurai pas la chance de voir Maraş à nouveau, mais la souffrance est toujours là, dans mon cœur; vas-y et parle avec les gens.’ C’est lui aussi qui m’a appris la photographie. »

Un nouveau monde 

Noraïr est plus que touché par le bonheur de voir paraître The Power of Emptiness ou l’émotion liée à l’inauguration de son exposition. Je constate qu’il répète, quatre fois au moins, les mots suivants : « Je suis venu ici chercher mes racines et remplir la tâche qui m’avait été confiée, mais parallèlement j’ai découvert un nouveau monde. Cette découverte me rend plus heureux encore que le fait d’avoir accompli le devoir dont mon grand-père m’avait chargé. » Le « nouveau monde » de Noraïr prend d’autant plus de sens, quand on connaît comment la Turquie est perçue dans la diaspora. Noraïr m’apprend qu’il est le premier de la diaspora arménienne au Brésil, forte de 25 000 membres, à se rendre en Turquie : « Ils ont peur qu’il leur arrive quelque chose. C’est un pays bizarre, c’est sûr, quelque chose peut leur arriver, mais quand même… » Avant de venir ici, Noraïr apprit qu’il pouvait être assassiné en Turquie et que, même s’il n’était pas assassiné, personne ne l’aiderait et que plus personne n’y parle l’arménien, qu’il n’y a plus de chrétiens. Mais, à ses yeux, c’était impossible et il a fait le voyage d’Istanbul. Avec pour seuls viatiques l’adresse d’Agos et le nom de Sarkis Séropian…

« Séropian a été ma boussole »

« Séropian est devenu ma boussole, » reconnaît Noraïr, comme le disent tous ceux qui rencontrent Baron [Monsieur] Séropian. Pourtant, je suis sûre que cette boussole signifie tout autre chose pour quelqu’un qui arrive du Brésil, qui ne connaît ni la langue, ni les lieux, ni la population de ce pays, et qui, par-dessus le marché, en a peur. Quand Noraïr s’est proposé de retrouver la maison de sa famille, la première réaction des gens a été, naturellement, de laisser tomber; impossible alors pour lui de retrouver ne serait-ce que la maison. Voilà pourquoi Noraïr se montre reconnaissant envers ceux qui l’ont guidé à travers les pierres et l’histoire, en particulier Baron Sarkis. « Il m’a donné des conseils du genre : ‘Va à Bitlis. Et de là, à tel et tel village… Il y a deux cafés dans ce petit village. Entre dans l’un à droite. Va voir Ali au café, et puis appelle-moi et passe le téléphone à Ali. » Sa connaissance intime du village, les amitiés proches qu’il compte parmi les habitants et savoir qu’il est possible de nouer ce genre de relations avec des Turcs, tout cela fait désormais partie du « nouveau monde » de Noraïr.

Un ami de son grand-père

La famille arménienne que Noraïr a rencontrée à Gerger, les Adıyaman, démontrent la lutte pour leur identité que les Arméniens de Turquie continuent d’opposer non seulement à Istanbul, mais aussi en Anatolie, contrairement à ce qui est dit dans la diaspora : « La doyenne de la famille Bakırcıoğlu a 96 ans, elle a été témoin du génocide. J’ai rencontré aussi son arrière-arrière-petit-fils. Ils vivent toujours en Anatolie et ils ont protégé leur culture et leur religion. Ils ont une Bible datant de 1900 chez eux. Ce qui montre que le projet d’effacer les Arménie de l’Anatolie a échoué. J’en ai tiré une grande force. »

Plusieurs coïncidences troublantes dans la vie de Noraïr l’ont guidé. La première est le message laissé sur un mur de la maison de sa famille à Urfa en 1922, dans l’espoir que d’autres membres de la famille le découvrent un jour. Autre coïncidence, son histoire avec l’oncle Hagop (Guiragossian) qu’il a rencontré à Vakıflı, où il s’est rendu en 2014 afin de rencontrer des Arméniens de Kessab : « Une partie de la famille de ma mère est de Kessab, tandis que l’autre partie de sa famille est du village de Soğukoluk, qui est très proche de Vakıflı. Voilà pourquoi aussi j’avais envie de faire leur connaissance. Quand je suis arrivé là-bas, les gens m’ont dit d’aller voir Hagop, qui est photographe. Grâce à des matériaux photographiques, j’ai découvert que Hagop est parti de Kessab à Alep dans les années 1950 et 1960. Le photographe qui lui a vendu son studio d’Alep était mon grand-père. Il connaissait mon grand-père. Au moment où j’ai appris ça, j’avais l’appareil photo de mon grand-père autour du cou… Je n’oublierai jamais son émotion, quand il a appris que cet appareil photo avait appartenu à son ami. » Noraïr ajoute : « Imagine juste : j’avais fait tout ce chemin, du Brésil à Vakıflı. Il avait tout laissé derrière lui à Kessab au cause de la guerre, et il était venu se réfugier à Vakıflı avec pour tout bagage la clé de sa maison. Et on s’est rencontrés ! » J’écoute Noraïr raconter son histoire, pour que je puise la raconter ensuite comme si c’était la mienne. Une même émotion me saisit quand je regarde les photographies de Noraïr, j’aimerais avoir vécu ces instants qu’il a saisis avec son objectif…

« Cette maison est aux Der Bedrossian ! »

Noraïr continue d’évoquer les bons moments, sans faire état des difficultés de son voyage, jusqu’à ce que je lui pose la question : « Même si tu es venu ici ‘guérir,’ tu as sûrement eu de la colère quand tu as découvert la maison de ta famille, le message sur le mur, les ruines et tout ce ‘vide.' » « Tu parles ! » soupire-t-il. Il m’apprend que parfois il a eu envie de tout laisser tomber et de repartir au Brésil, de fuir toute ce cauchemar qu’a été le génocide. « 32 membres de ma famille ont été assassinés, seuls deux ont réussi à fuir. L’un d’eux était mon grand-père. Tu peux t’imaginer ce que ça signifie de te balader autour de la maison où ils ont vécu ? En particulier, quand tu découvres une inscription sur la porte, qui déclare : « Cette maison a appartenu à Mustafa Hacı, un riche homme d’affaires durant la Première Guerre mondiale’… Mon œil ! Cette maison appartient aux Der Bédrossian ! »

Noraïr m’apprend aussi que le fait de dormir dans cette maison, si près de ce message, l’a presque rendu fou. Beaucoup de gens lui ont conseillé d’aller en justice pour que la maison lui soit rendue, mais Noraïr n’y tient pas autant, il possède une maison au Brésil, que ferait-il de celle-ci ? Ce qu’il aimerait, par contre, c’est une inscription qui dise la vérité. « Ce qui serait probablement plus difficile que de récupérer la maison ! », soupire-t-il. « Autrement dit, ce projet avait aussi de mauvais côtés. Pendant des mois, j’ai voyagé tout seul, sans parler la langue et avec une trouille en moi qui venait de la diaspora. Il y a eu des moments difficiles et tristes. Et pourtant quelque chose m’attirait. » « Tu devais le faire, voilà pourquoi tu ne pouvais pas laisser tomber, » lui dis-je. « C’est vrai, » reconnaît-il, en ajoutant : « Et, bien sûr, il y avait la possibilité de découvrir de nouveaux murs, de nouvelles pierres, de rencontrer d’autres gens ! »

Je suppose que sa curiosité pour les pierres et les murs est liée à sa profession. Noraïr est architecte. Alors, pourquoi s’intéresser aux gens ? Les discussions que Noraïr a eues avec les gens qu’il a rencontrés en Anatolie sont très révélatrices : « J’ai rencontré beaucoup de gens sur ma route; parfois, on arrivait à se comprendre grâce à un seul mot, et parfois d’un simple regard; on faisait en sorte de se comprendre, on s’apaisait mutuellement. A Urfa ou Maraş, les gens me regardaient et disaient : « Ce gars est d’ici. » Etait-ce parce que je leur ressemblais physiquement ? Ou y avait-il quelque chose de génétique ? Ils m’écoutaient avec une attention redoublée quand ils apprenaient que je venais du Brésil. La discussion abordait bien sûr 1915, et ils n’arrivaient pas à croire que des Arméniens aient pu survivre et aller jusqu’au Brésil. »

Des histoires méconnues

Des milliers de questions assailliraient l’esprit de tous ceux qui ignorent le passé. Le fait qu’aucune question n’ait été posée à Noraïr renvoie à nouveau à ces mêmes histoires méconnues. Noraïr cite aussi ceux qui lui ont présenté leurs excuses : « Je sais que la majorité des habitants de ce pays ne s’excusent pas, mais j’ai été frappé quand j’ai rencontré des gens qui reconnaissent le génocide et, en plus, s’excusent. Je sais depuis longtemps que ce problème ne peut être réglé par la politique. Seule la parole des habitants de la Turquie changera la donne. » A nouveau, émerge de ces mots l’idée que la solution viendra de ceux qui continuent à peupler ce vide. Noraïr est convaincu que ses photographies en diront beaucoup plus qu’un livre d’histoire, qui raconte des mensonges. Il sait aussi que le message qu’il a découvert sur un mur de la maison de sa famille dit beaucoup de choses à ceux qui veulent comprendre.

Je garde pour la fin la question que j’avais envie de lui poser : « Quel est ce vide ? » Noraïr me répond : « Même si ce vide résulte de l’absence des Arméniens, il est encore possible de discerner des signes d’appartenance aux Arméniens, ou de leur présence. Par ailleurs, ce vide est aussi la marque d’un plan qui a échoué. Ce plan qui visait à purger l’Anatolie des Arméniens, mais je constate que dans ces territoires, il y a non seulement des Arméniens islamisés par la force, mais aussi des Arméniens qui protègent et font vivre leur religion et leurs traditions. Un mur ou un être humain peut être ce vide; ou quelqu’un qui cherche son histoire ou ses racines. Et ce vide n’est pas seulement un signe de tristesse et de souffrance, mais aussi de vie et d’espoir. »

L’exposition « The Power of Emptiness, » qui présente des photographies extraites du livre de Noraïr Chahinian, est au Depo, du 24 avril au 31 mai 2017.

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Source : http://www.agos.com.tr/en/article/11374/this-emptiness-bears-witness-to-a-failed-plan

Traduction : © Georges Festa – 06.2017

site des éditions Aras (Istanbul) : https://www.arasyayincilik.com/

site du Depo (Istanbul) : http://www.depoistanbul.net/tr/activites_detail.asp?ac=127

 

Bienfaits de la cohérence cardiaque

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 12:28

 

Certains l’auront deviné, l’aphorisme 397 portait sur l’exercice de la cohérence cardiaque. Pour savoir ce que c’est, voici un article de Marie-Josée St-Pierre.

Mais la meilleure approche qu’on peut voir de la cohérence cardiaque, c’est de pratiquer l’exercice durant 5 minutes et si possible 3 fois par jour. Ci-dessous la liste des bienfaits.

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Le concept

Le concept de la cohérence cardiaque est apparu aux États-Unis il y a une quinzaine d’années. En plus de ses effets bénéfiques sur la gestion du stress selon l’assiduité de sa pratique, cette méthode joue un rôle important dans la prévention des maladies cardio-vasculaires. Pratiquer la cohérence cardiaque, c’est se donner les moyens de gérer ses émotions au quotidien et de prendre soin de sa santé.

Ses effets thérapeutiques

Dans une optique thérapeutique, le Dr David Servan-Schreiber a publié le livre « Guérir » en 2003 dont le sous-titre est « Guérir le stress, l’anxiété, la dépression sans médicaments ni psychanalyse ». Effectivement, la cohérence cardiaque amène un état particulier de la fréquence cardiaque permettant d’équilibrer le système nerveux autonome et la gestion émotionnelle. Cet état spécifique apporte de nombreuses conséquences physiologiques et psychologiques notamment dans la gestion du stress et des effets positifs sur l’organisme. La cohérence cardiaque est une pratique individuelle basée sur des exercices simples et accessibles par une respiration lente, ample et régulière.

Le Dr David O’Hare a également publié sur le sujet. Son livre « Maigrir par la cohérence cardiaque » nous informe sur la prise en charge émotionnelle des troubles alimentaires et de l’obésité.

Marie-Josée St-Pierre

La suite ICI 

30 mai 2017

VAN, épicentre du génocide

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 3:26

Van_Defenders

 Arméniens défendant les murs de Van au printemps 1915

(source : encyclopédie soviétique arménienne, vol. 11, p. 273)

© https://commons.wikipedia.org

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« Van fut l’épicentre de ce séisme qu’a été le génocide. »

par Yetvart Danzikyan

Agos (Istanbul), 18.11.2016

Nos remerciements à Geurges Festa qui a traduit cet article de l’anglais ( Voir Armeniantrends)

 

[Le colloque « L’histoire sociale, culturelle et économique de Van et de sa région, » organisé par la Fondation Hrant Dink, s’est tenu dans l’immeuble Anarad Hığutyun les 11 et 12 novembre dernier. Nous nous sommes entretenus avec le docteur Yektan Türkyılmaz, principal intervenant lors de ce colloque, sur l’importance de Van dans l’histoire arménienne et ottomane.]

– Yetvart Danzikyan : Van est comme un laboratoire pour la période allant de la fin du 19ème siècle à 1915, et vous l’avez évoqué de ce point de vue. Comment définissez-vous cette période de Van ?

– Yektan Türkyılmaz : Tout d’abord, nous ne devons pas partir de 1915. Nous constatons que Van est bien plus complexe que ce que nous pensions. C’est le centre du processus qui inclut la création d’une identité arménienne moderne avec d’autres dimensions, l’émergence de tensions ethniques dans la région, ainsi que la formation de l’Etat, de la société et des acteurs internationaux. Ce que le colloque a montré très clairement.

–  Yetvart Danzikyan : En fait, Van est toujours pensé dans le contexte de la célèbre résistance de 1915. Or, Van commence à prendre de l’importance dès la fin du 19ème siècle. Commençons par là, si vous le voulez bien.

– Yektan Türkyılmaz : Van est très important, bien sûr; les conditions qui ont rendu la résistance possible sont aussi en lien avec cela. Fournir des armes ne suffit pas pour amener les gens à résister. La perspective d’une résistance, le bénéfice et le coût de celle-ci, ainsi que ses chances, ont une profondeur historique. Je m’explique : nous traversons une période telle que ce que nous savons s’ébranle à nouveau. Par exemple, nous pensions qu’un intérêt international pour la question arménienne naquit après la guerre russo-turque de 1877-79 et que les intellectuels prirent la suite. Aujourd’hui, notre centre d’intérêt a changé. Nous nous intéressons davantage au droit constitutionnel des Arméniens ottomans; nous prenons conscience que le Zartonk, le réveil des Arméniens, ne saurait se limiter à cette histoire. Nous observons aussi que des acteurs locaux, en particulier Van, furent importants pour les Arméniens ottomans durant ce processus. Lors de mon intervention, j’ai cité des noms, permettez-moi de les rappeler. Par exemple, il y avait Artzvi Vaspouragan et Khrimian Hayrig. En fait, quand on s’intéresse à l’autobiographie du Patriarche Krimian Hayrig, on arrive à reconstituer de quelle manière l’identité arménienne fut rétablie. Il fut Patriarche d’Istanbul et catholicos d’Etchmiadzine, mais dans sa tête il était toujours à Van. Sa façon de penser était modelée sur les récits des Arméniens de Van et ses rêves quant à leur libération. Un point important que nous devons noter : Van ne fut jamais une région fermée; elle était beaucoup plus en lien que ce que nous pensions. Elle était en contact avec des réseaux locaux et globaux. Nous devons citer aussi quelqu’un d’autre : Portoukalian. Il combina l’idée de libération nationale et d’enseignement. L’enseignement fut toujours important, mais Portoukalian joua un rôle important dans le processus de combinaison de l’idée de libération nationale et d’enseignement, qui conduisit à une mutation véritablement révolutionnaire. J’aimerais ajouter ceci : à mon avis, le réveil de Van fut différent de ceux de Tbilissi et d’Istanbul. Lorsque Portoukalian créa son école, il avait déjà en tête une idée de libération nationale, qui n’était pas chose abstraite. La première section du parti arménagan fut créée à Van en 1885 et ce ne fut pas un hasard.

–  Yetvart Danzikyan : J’aimerais évoquer cette période. Comment vivaient les Arméniens durant les années 1880 ? Quelle était la raison de ce besoin d’organisation ?

– Yektan Türkyılmaz : Je pense que les gens ne prennent pas d’initiatives uniquement quand les choses tournent mal. Les possibilités doivent aussi être prises en compte en complément du vécu. Quel genre de possibilités et d’opportunités s’offrent-elles à vous ? De quels réseaux disposez-vous ? Nous voyons Van comme la province (vilayet) orientale de l’empire ottoman, mais ce n’est pas tout. Dans mon intervention, j’utilise le terme « Vaspourakan. » Il s’agit de la capitale d’un royaume qui symbolise l’âge d’or dans le discours national arménien. Je voulais simplement souligner un système spatial. En tant qu’unité géographique, le Vaspourakan couvre une région allant de Hizan à Hoy et de Hamidiyé (au nord de l’Irak) au Nakhitchevan. Qu’est-ce que cela signifie ? Van est plus que la ville la plus orientale de l’empire ottoman; elle fait partie d’un système qui relie trois empires. Impossible de comprendre ce qui s’est passé à Van si l’on ne saisit pas ce qui s’est passé au sein de ce système. Et ce réseau spatial n’importait pas aux seuls Arméniens. Que l’on songe, par exemple, aux Kurdes et aux proto-nationalistes kurdes. Pensons à Simko Chikak, Adburrezzak Bedirhan et Hüseyin Pacha de Haydaran. Tous ces gens font partie de ce réseau. Lequel réseau était porteur de nombreuses opportunités, ce qu’il demeura. Je veux dire par là qu’il ne faut pas s’imaginer les frontières déterminées par le traité de Zuhab de 16391. Ces liens ont perduré dans le cadre des aşirets2 et de la contrebande. L’agitation révolutionnaire maintint ces relations. Que s’est-il donc passé ? L’ordre ancien fut bousculé par la modernisation ottomane et une période de chaos apparut. Un chaos et des problèmes suscités par la centralisation ottomane d’une part, et des opportunités croissantes d’autre part. Un chaos productif, comme n’importe quel chaos. Emre Can Dağlıoğlu a présenté lui aussi une communication lors de ce colloque et nous avons appris qu’il y avait un catholicos arménien à Akhtamar, dont les parents étaient syriaques et ses alliés les plus proches des aşirets kurdes. Ce qui a mis mal à l’aise la plupart des Arméniens. Ce que j’essaie de dire, c’est que les acteurs étaient pris dans des relations complexes et que l’oppression allait croissante. L’Etat traversait un processus similaire : des acteurs issus de milieux différents imposaient leurs projets, tout en vivant eux-mêmes une mutation. Rien n’allait plus entre la terre et la propriété foncière. Nous observons que les problèmes des villageois arméniens prenaient une place dominante. Les mouvements de résistance arméniens de cette période sont en général ignorés, comme, par exemple, la défense de la forteresse de Van en 1862. Nous commençons tout juste à découvrir et à comprendre ces événements. J’aimerais citer un autre religieux originaire de la Van du Zartonk : Servandztiants. Son action rappelle celle de Komitas. Il fit lui aussi date parmi les religieux. Il recueillit des contes populaires et mit en lumière une version des Casse-cous du Sassoun, cette épopée nationale arménienne. Quel est le sujet principal de cette épopée ? La victoire d’un groupe minoritaire légitime sur son ennemi. J’y vois un très bon reflet de l’état d’esprit d’alors. Par exemple, Raffi fut lui aussi une figure éminente du Zartonk. Il joua un rôle dans ce réseau du Vaspourakan. L’on observe que Van avait repéré tous ces gens bien avant que le grand public ne les découvre. Tbilissi découvrit Van après 1878. Les gens découvrirent l’Hayastan historique et Van fut au cœur de cet intérêt. On peut le constater dans la littérature produite à cette époque. Prenez la revue Azkakragan hantès3, par exemple. L’intérêt pour Van était incroyable !

–  Yetvart Danzikyan : Van fut aussi le lieu où des mouvements politiques modernes comme le nationalisme et le socialisme sont apparus. Pour les Arméniens, je veux dire. C’est bien ça ?

– Yektan Türkyılmaz : Tout à fait. Quand on étudie Van, on découvre une histoire plus large. Une tradition spécifique est liée à Van : le parti arménagan. Il ne s’est pas formé par hasard. Il s’inspira de la théorie de libération nationale développée par Méguerditch Portoukalian; il s’agit là d’une tradition nationaliste libérale, qui devint conservatrice par la suite. Le trait distinctif de Van est la tradition arménag : une organisation nationaliste libérale, partisane de la lutte armée pour la libération. Nous pensions depuis toujours que l’Arménie ottomane fut comme le réceptacle passif du Zartonk. Van fut bien plus; l’on constate sa créativité dans la création du parti arménagan, un fait sans précédent. Nous connaissons la résistance de 1896 à Van, mais il y eut un autre mouvement de résistance en 1889 à Başkale, qui fut organisé par le parti arménagan. Il est à noter que nous ne savons rien de l’histoire qui a fait de 1915 ce qu’il est. 1896 marqua un tournant très important. 1896 nous montre que la violence est un élément constitutif. Je m’explique sur ce qui a volé en éclats à Van en 1896. Durant la seconde moitié du 19ème siècle, Van a commencé à prospérer. Partout des magasins de textile, des maroquineries, des fabriques de meubles. Le travail de l’argent et l’orfèvrerie étaient en pleine expansion. Au début du 20ème siècle, il y avait 1 500 ouvriers, un prolétariat tel que nous le connaissons. De premières grèves étaient donc prévisibles à Van. Mais 1896 réduisit à néant ce processus de développement; un véritable coup mortel porté à l’accumulation créée par l’enrichissement des Arméniens. Il suscita un processus nouveau en termes d’identité. Par ailleurs, de nombreux lieux de Van furent détruits; certains quartiers ne furent jamais reconstruits. Aykestan, le quartier arménien de fait, était toujours là, mais il était considéré comme un lieu sûr. Le fait que les quartiers arméniens pouvaient être défendus au plan stratégique rendit possible la résistance de 1915. En termes d’identité, 1896 marqua la transition d’un groupe défini par la religion vers une identité nationale, même si elle était imparfaite.

–  Yetvart Danzikyan : Parlons de 1915. Dans l’histoire officielle, la défense de Van est présentée comme le motif de la déportation. « Ils l’ont bien cherché ! », disent-ils. Quelle était la situation réelle ?

– Yektan Türkyılmaz : Fin 1914, la communauté arménienne était divisée comme jamais elle ne l’avait été. Tel est le groupe qui est accusé de complot et de rébellion. Partons de là. Les Arméniens étaient en proie à des dissensions internes. En 1908, il n’y eut pas une, mais deux révolutions pour les Arméniens ottomans : 1) le défi lancé par les Jeunes-Turcs à Abdülhamid II à Istanbul, et 2) un processus de transformation radicale marqué par le limogeage du Patriarche Malakia Ier Ormanian. Il s’agit de la phase ultime du processus lancé par le Nizâmnâme-i Millet-i Ermeniyân [Constitution nationale arménienne] dans les années 1860 : l’étape finale des révolutionnaires visant à supprimer le Patriarcat comme unique représentant des Arméniens face à l’Etat. Le centre du pouvoir se déplaça de Kumkapı à Péra, où se trouvaient les bureaux politiques. Et à Van il y avait le mouvement Tébi Yerkir [Retour au pays, autrement dit les provinces orientales], outre le parti arménagan. Ce qui signifie que d’autres mouvements ont commencé à s’implanter à Van; le parti hentchak et son homologue dachnak étaient aussi là. Ils jouèrent eux aussi un rôle en 1896. Mais, en 1908, un événement concerna le parti dachnak. Juste avant 1908, il y eut l’ignoble trahison de Tavo. Les motifs de cette trahison font polémique. Selon certains, il y aurait une histoire d’amour impossible derrière; nous l’ignorons. Tavo révéla le lieu où étaient entreposées armes et munitions, ainsi que les noms des membres du parti, portant ainsi un coup fatal au parti dachnak. Tous furent emprisonnés, y compris Aram Manoukian. Par un concours de circonstances, ils sortirent de prison en tant qu’héros de la révolution. Le parti dachnak joua alors un rôle important dans le processus de décision concernant la province. Bref, entre 1908 et 1914, le parti dachnak exerça une grande influence à Van. Il joua très habilement de son alliance avec les unionistes, tout en usant de son pouvoir contre d’autres groupes arméniens. Le parti fut très agressif. Les unionistes le soutinrent, en particulier dans ses agissements contre l’Eglise. Il y eut de nombreux assassinats politiques, perpétrés en majorité par le parti dachnak contre les nationalistes libéraux. Actions qui restèrent impunies, les autorités fermant les yeux sur les attaques visant les Arméniens nationalistes libéraux. Personne n’osait porter plainte. Ces événements conduisirent à une scission au sein de la communauté. En 1914, la communauté était véritablement scindée. Notons que 1914 fut une excellente année pour Van. Imaginez-vous. Les gens s’étaient battus pour des réformes de 1878 à 1914. Elles arrivèrent enfin et un inspecteur européen, nommé Hoff4, se trouvait à Van. Un groupe d’unionistes était aussi présent. Ils étaient encore alliés aux dachnaks, malgré une certaine amertume liée au poids local plus lourd de ceux-ci.

–  Yetvart Danzikyan : On connaît la musique ! Mais laissons ça pour plus tard.

– Yektan Türkyılmaz : Une musique bien connue, c’est vraie, mais nous commençons seulement à envisager les choses de ce point de vue. En juin 1914, les Arméniens de Van n’avaient jamais été aussi optimistes. Une communauté pleine d’espoir, mais divisée. Et tout d’un coup, la guerre qui éclate. Je dirai d’abord que Van fut l’épicentre de ce séisme qu’a été le génocide. Qu’est-ce que cela signifie ? De l’optimisme à l’apparition des tensions et finalement à l’effondrement, Van fut comme le baromètre de cette période.

–  Yetvart Danzikyan : Que s’est-il passé à Van ? Comment les choses ont-elles commencé ?

– Yektan Türkyılmaz : Je vais peut-être choquer. Lorsque la guerre éclata, le dirigeant dachnak Aram Manoukian fit la tournée des quartiers arméniens et exhorta les jeunes Arméniens à s’enrôler. Mais les gens étaient réticents. C’est alors que se produit le choc : de jeunes Arméniens, issus notamment du parti dachnak, s’enrôlèrent afin d’encourager d’autres Arméniens. Plus tard, et à juste titre, les Arméniens de Van accuseront les membres du parti dachnak, qui n’auraient pas dû être aussi aveugles. Tahsin Bey, le gouverneur de Van, déclara : « Les Arméniens de Van ne posent aucun problème. Bien au contraire, ils nous aident. » Le gouvernement central cherchait des motifs pour aggraver les tensions, tandis que le gouverneur affirmait le contraire. Notons que les Arméniens considéraient alors les dachnaks comme alliés au gouvernement, les autres institutions étant dénuées de sens. Alors que tout se passait bien, un incident se produisit près de Timar. Des gendarmes et des İnknabachdbanoutioun (milices d’autodéfense) s’affrontèrent. Il y avait eu une invasion russe et, suite au retrait des forces russes en novembre et décembre, un massacre fut perpétré. J’ajouterai ceci. En novembre, les musulmans étaient très inquiets, puisqu’il n’y avait plus de forces de sécurité à Van. Parallèlement, les dachnaks étaient organisés et armés, tandis que le parti ramgavar possédait un certain pouvoir. Par la suite, de nombreux Arméniens de Van écrivirent dans leurs mémoires que c’était une époque idéale pour se révolter, puisqu’il n’y avait même pas besoin de le faire. Or personne ne pensait à se révolter ! C’est alors que Djevdet Bey fut nommé gouverneur. Je doute que la situation eût été différente, si Tahsin était resté en poste. Djevdet nourrissait une paranoïa du genre : « Les Arméniens de Van vont se révolter. » Selon lui, ils feraient en sorte que tous les Arméniens en paient le prix, au cas où cela arriverait. Mais il n’y avait pas de révolte à Van; il y avait simplement le complot ourdi par Djevdet et une population qui luttait pour son existence. Tout comme l’Etat actuel qui qualifie les incidents du Dersim de « révolte. »

–  Yetvart Danzikyan : Que s’est-il passé en 1915 à cette époque charnière ?

– Yektan Türkyılmaz : Tout d’abord, des incidents se produisirent à Şatak, qui débutèrent avec l’incarcération d’un enseignant. Selon certains récits, il prit part à la guerre et revint, une fois blessé. Les choses sont complexes. Djevdet contacta alors İşhan, qui était en charge des affaires militaires au parti dachnak, et lui déclara : « Ramène-toi et arrange tout ça. » İşhan pensait se rendre sur place et remettre de l’ordre. Mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Il tomba dans une embuscade et fut tué, puis le député de Van, Vramian, fut arrêté (il sera lui aussi tué plus tard). Le gouverneur de Van revendiqua la responsabilité de tous ces événements. Il déclara : « Cet Etat ne sera pas du mastic entre les mains de jeunes Arméniens ! » Après quoi, le parti dachnak, censé avoir du pouvoir, fut paralysé. Il fut réellement désemparé. Certaines sources affirment qu’il se tenait prêt depuis des mois, mais c’est faux. La défense de Van fut donc dirigée par un représentant du courant arménagan, un militant ramgavar nommé Arménak Egarian. Comment s’y prirent-ils ? Je m’explique. Suite aux événements que je viens de rappeler, des personnalités de la ville rencontrèrent le gouverneur afin de négocier. Mais le gouvernement, défait en Iran, pris en tenaille par la Russie et battu à Sarıkamış, cherchait un bouc émissaire. Djevdet annonça sans ambages qu’il n’y aurait pas de négociation et ils perdirent le contact avec l’Etat. Il leur déclara : « Vous êtes plus qu’une communauté désormais ! » Il était prêt à les anéantir. Voilà pourquoi j’affirme que l’intention génocidaire fut manifeste à Van pour la première fois en territoire ottoman. Les Arméniens comptaient un millier de combattants en armes et ils commencèrent à creuser des tranchées quelques jours avant les affrontements, qui débutèrent le 19 avril. De leur côté, les Ottomans possédaient les milices kurdes. Il est à noter que la population musulmane de Van ne se joignit pas à ces milices. Les Arméniens avaient déjà fait savoir qu’ils n’avaient rien à voir avec les habitants musulmans de Van. La défense de Van ne fut donc pas la cause de ces événements, mais la conséquence. Or, le gouvernement s’en servit comme alibi pour présenter les Arméniens comme des ennemis de l’intérieur. La défense de la ville fut formidable. Comme je l’ai dit, la communauté arménienne de Van était véritablement scindée, puis, le moment venu, il ne fut plus question de scission. D’ailleurs, des affrontements se produisaient non seulement dans la ville de Van, mais dans toute la province de Van. Fuyant les massacres ailleurs, les gens arrivaient au Aykestan. Et l’Etat laissa faire, croyant que les Arméniens épuiseraient ainsi leurs ressources. Mais les Arméniens de Van surmontèrent cette épreuve grâce à une solidarité exemplaire. Ce que les Arméniens de Van ont fait, on pourrait en parler pendant cent ans. Les discriminations de classe et autres motifs de division furent oubliés et une véritable communauté émergea. La résistance et la défense furent formidables. Heureusement, Djevdet battit en retraite, suite à la victoire des forces russes et arméniennes à Dilman. Après quoi, les Arméniens reprirent la ville. Mais ils perdirent leur unité par la suite. Ce qui s’est passé après est très complexe.

–  Yetvart Danzikyan : Nous devrions programmer un autre entretien pour en parler. Nous en savons assez maintenant sur le processus qui a conduit à la défense.

– Yektan Türkyılmaz : Autre point à noter. Van ne fait figure ni de héros, ni de vétéran dans le discours du nationalisme turc. De même, le discours kurde ne retient pas Van. Or, quand je me trouvais en Arménie, j’ai compris tout ce que Van et le Vaspourakan représentent là-bas. Les Arméniens de Van sont arméniens naturellement, mais ce sont des Vanetsi avant tout.

NdT

  1. Allusion au traité de Qasr-i-Chirin ou traité de Zuhab, signé le 17 mai 1639 entre l’Iran séfévide de Safi Ier et l’empire ottoman de Murad IV, qui mit fin à la guerre turco-persane de 1623-1639 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Qasr-i-Chirin

  2. Aşiret (turc) : clan, tribu.

  3. Ազգագրական հանդէս պատկերազարդ (Azkakragan hantès badguérazart [Revue ethnographique illustrée]), publiée à Tiflis (Tbilissi, Géorgie actuelle) (1895-1916).

  4. Il s’agit du major Nicolai Hoff, officier norvégien, désigné à Van (secteur sud auquel ont été rattachés les vilayetsde Bitlis, Dyarbekir et Harput (Raymond H. Kévorkian, Le Génocide des Arméniens, Paris : Odile Jacob, 2006, p. 216).

__________

Source : http://www.agos.com.tr/en/article/17066/van-was-the-epicenter-of-the-earthquake-of-genocide

Traduction : © Georges Festa – 05.2017

 

13 mai 2017

Après les Arméniens, les Kurdes

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 5:23

derive-erdogan-documentaire-chris-den-hond

 

Merci à Antranik de nous avoir signalé ce film de l’excellent site Kedistan.net

Voir ici :

http://www.kedistan.net/2017/05/12/turquie-documentaire-derive-erdogan/

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