Ecrittératures

17 septembre 2021

Morts ! Où sont vos victoires ? (4)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:56

rhume neige paysage eau

Photo de Uu011furcan u00d6zmen sur Pexels.com

4 – Une littérature de propagande

En matière de création littéraire, les faiseurs de livres ethnocentriques se font comme un devoir patriotique de débiter du roman familial à base d’ingrédient génocidaire. Soit pour combler le désœuvrement de leur retraite, soit par piété filiale, enfin avec la conviction qu’ils ajoutent leur pierre aux monceaux de preuves portant sur les événements de 1915. Touchant ! Mais ce genre d’auteur qui écrit derrière les barreaux du génocide, montre en même temps qu’il a perdu ses ailes pour s’en échapper. Comme si la mort, la mort immense, la mort tueuse excitait en lui la mécanique du grimoire mémoriel. Car là encore la mémoire vaut plus que l’imagination. L’histoire est préférée au contemporain. Le tragique à l’humour. Le passé à la fiction. Rares sont les romans où l’inventivité prédomine comme chez Alexandre Topchian avec Banque ottomane, ou chez Daniel Arsand avec Un certain mois d’avril à Adana. Le reste du temps, cette « littérature de la perte », tant prisée par les fadas du deuil et les fanas de la reconnaissance, et que cherchent à primer des jurys où dominent la clique des causeurs de la Cause, n’est rien moins qu’une forme romancée de propagande. Dans un roman à base de génocide, c’est toujours l’angle d’attaque qui en fait de la littérature ou du boniment. Le véritable écrivain du génocide, loin de se laisser dévorer par le monstre, laisse place à l’humour, au vivant ou à la créativité. Les quarante jours du Musa Dagh, Le conte de la pensée dernière ou Le livre des chuchotements (respectivement de Franz Werfel, Edgar Hilsenrath, Varujan Vosganian) trempent dans le génocide autant qu’ils le transcendent. Leurs auteurs ne laissent pas l’histoire contaminer ou paralyser la mécanique fictionnelle qui anime leur écriture. Mais chez nous la domination de l’histoire sur toutes les autres disciplines de l’esprit est telle qu’elle produit chaque jour des aberrations qui à force sont devenues la norme. Pour tout dire, la littérature est à ce point humiliée qu’on aura vu, lors d’une soutenance de thèse sur un écrivain de la diaspora, des historiens arméniens du génocide arménien sortir de leurs compétences historiennes pour prendre part aux délibérations comme membres du jury. Que diraient-ils si des littéraires avaient dû juger leurs travaux dans le même cadre universitaire ? On ne s’étendra pas sur les jeux sombres que pratiquent certains de nos médias, spécialisés dans la censure feutrée, l’information orientée ou une certaine culture de l’obscurantisme, qui se plaisent à ostraciser l’écrivain arménien parce qu’il est plus soucieux de dire les quatre vérités que de devoir réciter des vérités mises en conserve. Mais passons…

Prochain article : Les frigidaires de notre culture.

*

A lire également :

1) Le génocide frappe deux fois.

2) Le ressassement contre le vivant.

3)  Traducteurs maltraités, nation trahie.

4)

5) Les frigidaires de notre culture.

6) Ecoles : sarcophages de la langue.

7) L’art de hanter les cercueils.

8) Edifier le pays, fluidifier les liens.

2 commentaires »

  1. Merci pour cette analyse constructive Denis djan

    Commentaire par Christine Sedef — 17 septembre 2021 @ 5:17

  2. Le livre des chuchotements m’a laissé une grande impression.
    Cet ouvrage révèle un caractère presque mystique des Arméniens.

    Commentaire par antranik — 17 septembre 2021 @ 5:29


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